1er août 2024

ICI ET LA: 1er août 2024

Aujourd'hui, voici ce qui a retenu mon attention dans les médias:

FINANCES PERSONNELLES: Autre coup dur pour le consommateur... le compte d’Hydro risque de gonfler en avril
journaldemontreal.com/2024/08/01/votre-compte-dhydro-risque-de-grimper-denviron-5-par-mois

FINANCES PERSONNELLES: Hydro-Québec propose des hausses de tarifs « limitées », pour le moment
ici.radio-canada.ca/nouvelle/2093309/hydro-quebec-hausses-tarifs-electricite?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

FINANCES PERSONNELLES: La chasse aux économies à l’épicerie, même en Ontario
ici.radio-canada.ca/nouvelle/2093153/rabais-application-prix-economie-alimentation?utm_source=adestra&utm_campaign=na&utm_medium=infolettre&utm_term=region.ontario

SANTÉ MENTALE: Manger du bacon vous pousse vers la démence: journaldequebec.com/2024/07/31/manger-du-bacon-vous-pousse-vers-la-demence

SANTÉ MENTALE: La solitude augmenterait le risque de perte de mémoire liée à l'âge
noovo.info/nouvelle/la-solitude-augmenterait-le-risque-de-perte-de-memoire-liee-a-lage.html

SANTÉ MENTALE: Intervention policière à Saint-Constant
lereflet.qc.ca/intervention-policiere-en-sante-mentale-a-saint-constant

SANTÉ MENTALE: Comment l’activité physique contrecarre la dépression avantages.ca/sante/sante-mentale/comment-lactivite-physique-contrecarre-la-depression/

SANTÉ QUÉBEC: Déficit de 1 G$ dans les établissements de santé au Québec, Lanaudière dans le rouge de plusieurs millions
monjoliette.com/deficit-de-1-g-dans-les-etablissements-de-sante-au-quebec-lanaudiere-dans-le-rouge-de-plusieurs-millions/


LE KAMOURASKA, PAYS DE MES ANCETRES: Trois municipalités, une direction générale, ça fonctionne?
ici.radio-canada.ca/nouvelle/2093159/directrice-generale-partage-municipalites-kamouraska?utm_source=adestra&utm_campaign=na&utm_medium=infolettre&utm_term=region.bsl

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Un pape «contemplactif» qui souhaite changer le paysage géopolitique de la planète

Un pape « contemplactif » qui souhaite changer le paysage géopolitique de la planète

Depuis une vingtaine d'années, les chefs catholiques se limitent à évoquer les grands principes internationaux. Cela semble vouloir changer avec l'actuel leader du Vatican. François s'aventure hors de la sphère de la philosophie politique pour entrer dans celle de la décision.

Par Benoit Voyer


En matière de relations internationales, le pape François part de loin. Tout au long du pontificat de Jean-Paul II, il n'y a pas eu de renouvellement géopolitique au Vatican. Par la suite, Benoît XVI s'est complètement désintéressé de ce grand dossier. Cela a terni les capacités diplomatiques du Saint-Siège. On n'a eu aucun grand projet en la matière. L'actuel pontife ne marche pas sur les mêmes pas. Il s'y intéresse. Mais puisqu'il a peu de temps devant lui, il fait de la diplomatie plus réactive que prospective. Il fonctionne par petits coups concrets. Son approche semble marcher.

De l'intérieur, ce pape organise ses troupes. S'il ne réussit pas, tout ce qu'il initie se soldera par l'échec. Pour y parvenir, il lui faut de puissants relais dans les pays où les gouvernements s'intéressent à la condition de vie des catholiques, les évêques, les partis politiques et les organisations non gouvernementales (ONG).

Depuis une vingtaine d'années, les chefs catholiques se limitent à évoquer les grands principes internationaux. Cela semble vouloir changer avec l'actuel leader du Vatican. François s'aventure hors de la sphère de la philosophie politique pour entrer dans celle de la décision. Ce n'était pas arrivé depuis 1993.

Cette évolution est à l'image de la personnalité du pape François. En Argentine, bien avant d'être élu à la tête de l'Église, il a toujours ramené ses discours à des choses concrètes. Pas question pour lui de seuls rappels moraux plus ou moins abstraits. Il ne fera jamais que se contenter d'inviter les catholiques à prier. Il veut les amener vers l'action.

Le chef de l'État du Vatican est un réaliste qui place les « réalités existentielles » avant les discours théologiques. Pour lui, il ne faut « jamais perdre le contact avec la réalité, mais (…) être amants de la réalité ». « En présence d'une culture dominante qui met au premier plan l'apparence, tout ce qui est superficiel et provisoire, le défi à relever est d'aimer la réalité », a -t-il dit dans un discours le 23 août. Et puis, il a exhorté les catholiques à ne pas vivre hors du monde et à « aimer la réalité », seule manière selon lui d'être convaincants au milieu de la « culture de l'apparence ».

Il est ainsi de la véritable école jésuite. Ignace de Loyola parlait, avec ses mots, de contemplation dans l'action et de l'action dans la contemplation. On pourrait dire que ce pape est un « contemplactif » (contemple-actif).

Et puis, il est de nature « volontariste ». Il ne reste pas insensible. Il intervient. Il pose des gestes. C'est un proactif.

François est très préoccupé par la question de l'esclavage. Ce thème sera d'ailleurs celui de la 48ᵉ Journée mondiale de la paix qui aura lieu le 1ᵉʳ janvier 2015. Son message pour l'occasion a été rendu public, le 21 août, par la curie vaticane. Le thème de la Journée y fait référence : « Non plus esclaves, mais frères ». Il ne s'agit nul autre que de l'orientation diplomatique du Saint-Siège pour la nouvelle année.

Pour le pape, le mot « esclave » est antonyme de « fraternité ». C'est pour lui un scandale de notre époque. « L'esclavage porte un coup mortel à cette fraternité universelle et, par conséquent, à la paix », résume le Conseil pontifical Justice et Paix chargé de préparer ce texte. « Le phénomène abominable de l'esclavage prend aujourd'hui dans le monde des formes multiples : le trafic des êtres humains, la traite des migrants et de la prostitution, le travail forcé, l'exploitation de l'homme par l'homme, la mentalité esclavagiste vis-à-vis des femmes et des enfants. » Elles incluent aussi le trafic d'organes.

Dans son message de 2014, il dénonçait la « mondialisation de l'indifférence », « qui nous fait lentement nous habituer à la souffrance de l'autre, en nous fermant sur nous-mêmes ».

Le voyage d'un jour qu'il fera en Albanie, le 21 septembre, sera justement une occasion de sortir ce petit pays, jadis communiste, de l'indifférence planétaire.

Le 15 juin, sur la Place Saint-Pierre, le pape François expliquait les motifs de cette visite : « Je désire confirmer dans la foi l'Église en Albanie, et témoigner de mon amour et de mes encouragements à un peuple qui a longtemps souffert des conséquences des idéologies du passé. » Depuis quelques mois, il revient souvent dans ces discours sur ce thème des idéologies, notamment politiques, qui rendent l'humain esclave.

Enfin, il souhaite se rendre en Albanie parce que ce pays a réussi à faire un gouvernement d'unité nationale entre musulmans, orthodoxes et catholiques, avec un conseil interreligieux qui, paraît-il, aide beaucoup et paraît équilibré. Il souhaite leur dire : « On peut travailler ensemble ! » Ce sera une sorte de prélude au thème de sa prochaine année diplomatique.

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Huffington Post Québec, 19 septembre 2014. www.huffpost.com/archive/qc/entry/un-pape-contemplactif-qui-souhaite-changer-le-paysage-geopolit_b_5803484

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Lettre au Pape François à l'occasion de Noël

Lettre au pape François à l'occasion de Noël

Je suis un « catholique à gros-grain », pour reprendre une vieille expression du terroir québécois. Je ne suis guère le plus chrétien, le plus fervent, le plus vertueux, le plus enthousiaste et le plus saint.

Par Benoit Voyer


Je suis un « catholique à gros-grain », pour reprendre une vieille expression du terroir québécois. Je ne suis guère le plus chrétien, le plus fervent, le plus vertueux, le plus enthousiaste et le plus saint. Bien au contraire ! Je ne vais pas à la messe chaque semaine, mais souvent. Et même si j'aime les valeurs de l'Évangile, elles ne trouvent pas toujours un écho dans mes comportements du quotidien.

Et puis, comme vous et bien d'autres personnes, j'ai mes rigidités, mais je ne suis guère fondamentaliste.

Je fuis toute forme de radicalisme. Je suis un pacifique. J'ai en horreur les conflits. Comme l'ancien premier ministre canadien Wilfrid Laurier, j'aime la conciliation. Un jour, peut-être que c'est moi qui permettra à Dieu et au diable de trouver un terrain d'entente.

Ainsi, on ne me verra guère dans les manifestations anti-avortement ou contre l'aide médicale à mourir. Je suis pro-vie dans ma vie personnelle et pro-choix pour la sphère publique. Je crois fermement que je n'ai pas à imposer mes valeurs morales et religieuses à l'ensemble de la société.

J'aime « spiritualiser » les vieilles images religieuses. Pour moi, la croix est un signe de croissance. Les mots croix, crise et croissance n'ont-ils pas la même racine langagière ? Lorsque je vois un crucifix, je vois avant tout un symbole mathématique. La croix est un « plus ». Ce « plus » est une invitation au dépassement et à additionner les gestes de charité envers les autres, surtout envers ceux qui ne m'aiment pas.

Je suis de mon époque et de ma culture. Celle où j'ai grandi et évolué ébranle mon identité catholique. Elle me force à continuellement me remettre en question, à convertir ce qui doit l'être en moi et à nommer en qui et en quoi je crois.

Ma foi chrétienne se vit comme si je portais un secret, voire un trésor dans un vase d'argile. J'en parle avec peu de verbes et avec beaucoup de gestes. Plus ces derniers paraissent anodins, plus ils semblent parler fort De toute manière, au Québec tous les mots issus du christianisme sont perçus comme des maux. Ils allument la suspicion.

Devant ma société qui est devenue réfractaire au religieux, je dois rester humble et discret, ferme et debout.

Il n'est pas facile d'être catholique au Québec. Les Québécois n'aiment pas la religion ou, en d'autres mots, en sont venus à haïr religieusement la religion. Dans un sondage CROP paru en 2014, 45 % des répondants disaient avoir une perception négative de la religion.

Je fais sourire lorsque je dis que je suis allé à la messe. Je sens les préjugés : « Ça va bien dans sa tête ? » ; « Tiens, il est allé parler à ses bonshommes imaginaires ! Est-il devenu schizophrène ? » ; « Donnez-y des pilules, quelqu'un ! »

Avoir la foi au Québec, c'est assurément devoir la professer sans porte-voix, sans trop la nommer dans la sphère publique et sans dire qu'elle inspire plusieurs de mes idées. À moins de vivre sur une île nordique au fond du Nunavut, on a affaire à des propos méprisants lorsqu'on ose le faire.

On dirait qu'il est interdit d'être différent, que tout le monde doit être pareil, qu'on ne doit pas avoir d'identité individuelle, qu'on doit se fondre dans la masse…

Est-ce que le Québec serait en train de vivre une forme de génocide ou de suicide culturel ? Ici, on a élevé la laïcité en dogme. Je suis d'accord avec la séparation de la politique et de la religion, mais mal à l'aise devant le « laïcisme » sectaire et intolérant. Il est devenu une sorte de vérité à croire, une philosophie dogmatique : hors du « laïcisme », point d'avenir. Cela rappelle le discours passéiste : « Hors de l'Église, point de salut ». Mon peuple est passé d'un fondamentalisme religieux à un fondamentalisme laïc. Est-il possible de trouver un juste milieu entre les deux ?

Il y a plusieurs années qu'on tente de chasser toutes traces du passé catholique de ma société. Bien entendu, au nom de l'art, on préserve et rénove quelques vieilles églises, mais on investit peu dans l'héritage humain et spirituel de Marguerite Bourgeoys, Jeanne Mance, Marie de l'Incarnation, Marguerite d'Youville, François de Laval, Isaac Jogues et tous les autres qui ont bâti mon pays. Devant l'adage « Je me souviens » affiché sur l'Hôtel-du-Parlement, à Québec, il est triste de constater que la mémoire est limitée « par chez nous ».

Ces temps-ci, on va même jusqu'à s'interdire de parler du Noël traditionnel dans les écoles québécoises. Que peut-il y avoir de dangereux à parler d'un enfant qui a transformé les valeurs de l'humanité et qui soit né dans la plus stricte pauvreté entre un âne et un bœuf ? N'y a-t-il pas une plus belle histoire – un conte devenu sacré pour les chrétiens – pour rappeler que c'est dans la pure simplicité que naissent les grandes choses ?

J'étais d'accord avec vous, lorsque vous affirmiez, en novembre, que « notre identité n'est pas à vendre », qu'il ne faut pas la mettre « aux enchères sous prétexte de vouloir être comme tout le monde » et que « la pensée unique est le fruit de la mondanité et conduit à l'apostasie ».

J'aime me souvenir des propos du Dalaï-Lama : « La meilleure des religions, c'est celle qui fait de toi un meilleur humain. »

À l'occasion de la fête de la Nativité, je tiens à vous exprimer mes souhaits de bonheur. L'Enfant Roi nous invite à garder le cœur ouvert.

En 2017, à l'occasion du 475ᵉ anniversaire de la fondation de Montréal et du 150ᵉ du Canada, j'espère vous savoir près de nous. Ici, on a besoin qu'on nous invite à nous souvenir du « gros grain » de nos origines. Comme dans le récit merveilleux de la naissance de l'Emmanuel, il y a quelque chose de divin dans l'histoire du Canada.

Avec l'assurance de mes prières – et merci de le faire pour mon pays et ma famille –, recevez mes salutations les meilleures.

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Huffington Post Québec, 20 décembre 2015. www.huffpost.com/archive/qc/entry/lettre-au-pape-francois-a-loccasion-de-noel_b_8813512

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le pape François, une bombe diplomatique?

Le pape François, une bombe diplomatique ?

François marche-t-il sur le pas de Jean XXIII, un de ses prédécesseurs ? L'histoire se souvient qu'en octobre 1962, durant la crise des missiles à Cuba, ce dernier s'était imposé en médiateur entre les États-Unis et l'Union soviétique.

Par Benoit Voyer


Le 14 août, au moment où le pape François débarquait de son avion à l'aéroport Incheon de Séoul pour sa visite en Corée du Sud, en vue, notamment, d'apporter un message de paix et de réconciliation en Asie, les dirigeants de la Corée du Nord lançaient trois missiles de courte portée dans la mer du Japon. L'après-midi même, ils en larguaient deux autres.

C'est le moyen qu'a trouvé le régime communiste pour manifester son mécontentement et menacer son voisin du Sud – de qui il est séparé depuis 1953 – et ses alliés occidentaux. Ces missiles de Pyongyang sont une menace en vue de forcer la Corée du Sud à annuler ses exercices militaires annuels prévus avec les Américains. Ceux-ci doivent avoir lieu à partir du 18 août, c'est-à-dire au lendemain de la visite du pape Jorgue Bergoglio, d'origine argentine.

Bien qu'habituée à la manière un peu rustre de s'exprimer des dirigeants coréens du Nord, la diplomatie sud-coréenne n'était visiblement pas contente de la situation. Elle n'a pas manqué de répondre : « Il est assez inconvenant de tirer ce genre de projectiles le jour de l'arrivée du pape qui vient apporter sa bénédiction à tous les habitants de la péninsule coréenne, qu'ils vivent au sud ou au nord. »

En plus de cette riposte, les autorités de Pyongyang ont refusé que quelques catholiques de leur pays se rendent rencontrer le pape à Séoul. Pourtant leur constitution garantit théoriquement la liberté de culte et de croyance, mais la réalité est autre.

La présidente Park Geun-Hye espère beaucoup de cette visite du roi du Vatican au « pays du matin calme ». Le 14 août, dans son discours d'environ neuf minutes, qui a précédé celui du souverain pontife, au salon Chungmu de la Maison Bleue de Séoul, elle n'a pas hésité à l'exprimer :

« Notre pays est divisé depuis très longtemps et cela a causé beaucoup de souffrances. De nombreuses familles n'ont pas pu se rencontrer depuis la division. Il y a 70 000 familles qui sont ainsi divisées.

Et puis, elle a osé : « Nous espérons la réunification de la Corée » et « que la Corée du Nord va renoncer aux armes, en particulier l'arme atomique, et que nous pourrons vivre tous en paix. Nous souhaitons que les deux Corée se débarrassent de toutes ces armes et vivent en paix. Pour cela, il faudrait d'abord que la Corée du Nord arrête d'abord son programme nucléaire ».

Le pape n'a pas répondu directement à sa demande. Il a préféré rester sobre en se contentant simplement de lancer que « la diplomatie en tant qu'art du possible est basée sur la ferme et persévérante conviction que la paix peut être atteinte par l'écoute tranquille et le dialogue, plus que par les récriminations mutuelles, les critiques stériles et le déploiement des forces ».

On le comprend, le Saint-Père marche sur des œufs en Asie. Néanmoins, sa seule présence dans la région semble vouloir exprimer son désir de « faire un petit quelque chose » pour aider les régions à la paix fragile de la planète. On n'a qu'à regarder son agenda pour tirer quelques conclusions : Il n'y a pas longtemps, il est allé en Israël et en Palestine. En septembre, il ira en Albanie. Et puis, il compte se rendre en Inde dans la même période.

François marche-t-il sur le pas de Jean XXIII, un de ses prédécesseurs ? L'histoire se souvient qu'en octobre 1962, durant la crise des missiles à Cuba, ce dernier s'était imposé en médiateur entre les États-Unis et l'Union soviétique.

Avec le décès de Nelson Mandela et le retrait de la vie publique du dalaï-lama, peu de leaders politiques et religieux réussissent à s'imposer en ambassadeurs de la paix. François réussira-t-il ? Sera-t-il un futur prix Nobel de la paix ? Tout est possible.

Le 18 août, le pape François a présidé une « messe pour la paix et la réconciliation » à la cathédrale de Myeongdong, à Séoul, peu de temps avant de regagner son pays de quelques kilomètres carrés. Dans son homélie, il n'a pas osé interpeller directement la Corée du Nord, préférant s'adresser aux « Coréens » dans leur ensemble pour les appeler à la réconciliation.

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Huffington Post Québec, 20 août 2014 www.huffpost.com/archive/qc/entry/le-pape-francois-une-bombe-diplomatique_b_5691614

LE PRÉSENT DU PASSÉ: François le révolutionnaire

François le révolutionnaire

Le pape François est un révolutionnaire. Sa révolution est celle de la tendresse et de la miséricorde. Lors de son voyage à Cuba du 19 au 22 septembre, un prélude à sa visite aux États-Unis, il a agité les consciences.

Par Benoit Voyer


Le pape François est un révolutionnaire. Sa révolution est celle de la tendresse et de la miséricorde. Lors de son voyage à Cuba du 19 au 22 septembre, un prélude à sa visite aux États-Unis, il a agité les consciences.

« Jésus propose toujours la logique de l'amour. Une logique capable d'être vécue par tous, parce qu'elle est pour tous. Loin de tout type d'élitisme, l'horizon de Jésus n'est pas pour quelques privilégiés capables d'arriver "à la connaissance désirée" ou à divers niveaux de spiritualité. L'horizon de Jésus est toujours une offre pour la vie quotidienne », exhortait-il sur la Place de la Révolution, à La Havane.

À Cuba, l'Argentin a encore une fois dérangé l'ordre établi.

François ne juge point. Il ne condamne pas, mais il bouscule. Il bouscule beaucoup…

Il bouscule le marxisme en disant que « le service n'est jamais idéologique, puisqu'il ne sert pas des idées, mais des personnes. » Et il ajoute que « l'importance d'une personne se fonde toujours sur la façon dont elle sert la fragilité de ses frères. »

Il rappelle au régime Castro, sans le nommer directement, et à tous, que « servir signifie, en grande partie, prendre soin de la fragilité. Servir signifie prendre soin des membres fragiles de nos familles, de notre société, de notre peuple. Ce sont les visages souffrants, les personnes sans protection et angoissées que Jésus propose de regarder et invite concrètement à aimer. [...] Ce sont des personnes en chair et en os, avec leur vie, leur histoire et spécialement leur fragilité, que Jésus nous invite à défendre, à protéger et à servir. [...] Le chrétien est toujours invité à laisser de côté ses aspirations, ses envies, ses désirs de toute puissance, en voyant concrètement les plus fragiles. »

Et il dit encore : « Il y a un "service" qui sert les autres ; mais nous devons nous prémunir contre l'autre service, contre la tentation du "service" qui "se" sert des autres. Il y a une façon d'exercer le service qui vise comme intérêt le bénéfice des "miens", au nom de ce qui est "nôtre". Ce service laisse toujours les "tiens" dehors, en générant une dynamique d'exclusion. »

Le roi de la Cité du Vatican bouscule ceux qui croient que la prospérité économique résoudrait tous les problèmes des Cubains.

Sa révolution est surtout pour la jeunesse. Il les appelle à rêver en plaçant l'amitié au cœur de leurs aspirations : « La capacité de rêver doit rentrer dans la réalité de la vie. Et un jeune qui n'est pas capable de rêver est fermé, renfermé sur lui-même. [...] Rêve qu'avec toi le monde peut être différent. Rêve que si tu y mets le meilleur de toi-même, tu vas aider à ce que ce monde soit différent. Ne l'oubliez pas, rêvez. Parfois, vous exagérez et vous rêvez trop grand, et la vie réduit votre chemin. Peu importe, rêvez. Comptez sur vos rêves. »

Il les a invités à accueillir l'autre dans sa différence et à éviter de s'enfermer dans des pièges idéologiques fermés : « Pourquoi ne nous donnons-nous pas la main en ce que nous avons de commun ? Nous encourager à parler de ce que nous avons de commun. Et ensuite, nous pourrons parler des choses que nous avons de différentes ou que nous estimons telles. Mais je dis de parler. Je ne dis pas de nous quereller. Je ne dis pas de nous enfermer. [...] C'est possible uniquement si on a la capacité de parler de ce qu'on a en commun avec l'autre ».

C'est aussi l'Église cubaine qu'il bouscule en rappelant l'idéal de la pauvreté au clergé et aux religieux et religieuses dans ce pays sous embargo et qui est plongé dans la misère : « L'Église, notre Sainte Mère, est pauvre, Dieu la veut pauvre. « Aimez la pauvreté comme une mère ».

Personne n'y échappe. Il secoue l'ensemble des chrétiens : ils doivent se faire serviteurs des plus pauvres. L'Évangile les oblige à donner l'amour qu'il y a en eux parce qu'ils doivent être des témoins de la miséricorde en donnant eux-mêmes le pardon.

Avec une vive surprise, il ne ménage pas ses prêtres. Il les supplie de retourner au confessionnal, mais en les invitant à la prudence : « Lorsqu'il te montre sa misère, s'il te plaît, ne le défie pas, ne l'arrête pas, ne le punis pas. [...] Ne le chasse pas du confessionnal, ne le défie pas. [...] Pense à tes péchés. Et pense que tu peux être cette personne. Et pense que, probablement, tu peux arriver plus bas encore. Et pense qu'en ce moment tu as un trésor dans les mains, qui est la miséricorde du Père. S'il vous plaît – vous, les prêtres –, ne vous lassez pas de pardonner. Soyez des dispensateurs de pardon. [...] Ne vous cachez pas derrière des peurs et des rigidités. »

Et il secoue le voile des nonnes en reprenant en d'autres mots ce qu'il écrivait dans son exhortation apostolique « L'Évangile de la joie » : Il y a des chrétiens qui semblent avoir un air de Carême sans Pâques. [...] Un évangélisateur ne devrait pas avoir constamment une tête d'enterrement ».

La révolution du pape François est en marche. « Nous sommes invités à vivre la révolution de la tendresse », lançait le leader catholique au Sanctuaire de la Vierge de la Charité à Santiago de Cuba, la patronne de Cuba. « Nous sommes invités à "sortir de chez nous", à avoir les yeux et le cœur ouverts aux autres. Notre révolution passe par la tendresse, par la joie qui se fait toujours proximité, qui se fait toujours compassion ». Le chrétien se doit de vivre la nouvelle « écologie sociale », un grand changement d'environnement.

Comme on dit au Québec : « Allez ! On se bouge les fesses ! C'est là que ça se passe… »

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Huffington Post Québec, 25 septembre 2015. www.huffpost.com/archive/qc/entry/francois-le-revolutionnaire_b_8192132

VISION CATHOLIQUE: Nous avançons vers toi

(Photo: Benoit Voyer)