Benoit Voyer
VISION CATHOLIQUE: Léon-Pierre Éthier, mon ami le “bum”
Par Benoit Voyer
25 février 2026
Mise a jour
Un certain jour de 1982, nous recevons à la table familiale Léon-Pierre Éthier. Léon est membre de l’équipe de soutien de la maison des Trinaires à laquelle appartiennent mes parents. Il fréquente aussi le groupe R3 de mon frère Clément.
Mon père apprécie cet homme au langage de la rue. Comme lui, il ne fait pas dans la dentelle avec un vocabulaire « politiquement correct ». Il dit tout haut ce qu’il pense avec des expressions de basse-cour.
De plus, notre invité à des opinions franches et bien arrêtées. On ne philosophe pas sur les virgules avec lui.
Il me faudra quelques rencontres pour apprivoiser le style de Léon-Pierre, mais ça viendra. Il deviendra même un ami.
Léon est né à Montréal, le 28 mars 1936. C'est le fils de Marie-Ange Lajeunesse et Éloi Éthier. Sa famille compte treize enfants.
L’enfance du bambin sera difficile. Son père est un homme intransigeant qui a un sérieux problème avec l’alcool. Sa mère pleurera souvent devant ses enfants.
À quinze ans, comme tous les membres de sa famille, il vagabonde dans les rues de Montréal. Pendant trois ans, il mène une vraie vie de clochard, sans domicile fixe.
D’ailleurs, toute sa vie il se définira comme "un bum" : « Je suis un vrai bum ! Bummer est une vocation spéciale ! On a la liberté ! On n’a pas un dollar dans les poches, mais on a tout ! », me disait-il en 1998 en me racontant des bribes de son existence.
Il me disait : « Lorsqu’on bummait, on avait pitié de nous autres : c’est un mendiant, un petit de la rue, c’est un pauvre ! Alors on nous accueillait, on nous gardait dans une modeste chambre pour dormir l’hiver. L’été nous couchions dehors. J’aimais bien fouiner d’un bord à l’autre, me déniaiser… C’est comme ça que j’ai visité une partie de la province de 15 à 18 ans. J’étais un clochard, un bum… Pis j’aimais ça ! J’étais bien dans ça ! »
À 17 ans, il vit sa première peine d’amour. C’était une étudiante en soins infirmiers. Ses parents s’opposent à cette relation. Pour éviter qu’ils se voient « en cachette », ils la placent chez une tante à Québec. Comme dit le dicton, « loin des yeux, loin du cœur ».
Heureusement, le cas de Léon-Pierre n’est pas désespéré. En 1954, il entre en communauté. Il a 18 ans.
Huit ans plus tard, juste avant de prononcer ses vœux, il quitte la congrégation. Il a 26 ans. En apprenant la nouvelle, son père le renie : « En arrivant chez moi, mon père m’a dit : « Tu es défroqué ! Tu es le déshonneur de la famille ! Retourne donc dans la rue ! » Léon-Pierre vagabondera un autre six mois, sans domicile fixe.
Durant ses premières semaines hors de la communauté, pour la deuxième fois de sa vie, il rencontre une femme. Il en est follement amoureux. Son père est avocat. Malheureusement, pour une affaire de classe sociale, Léon-Pierre n’est pas le bienvenu dans le clan familial de l’homme de droit. L’histoire de cœur prend fin. Il n’aura jamais plus de nouvelles de la jeune femme. En 1998, en parlant d’elle avec lui, ses yeux et sa voix s’emplissent d’émotions. Visiblement, sa « blessure d’amour » était encore très vive.
En novembre 1962, une idéation suicidaire le poursuit. Il élabore un plan. Il fixe une date pour l’exécution de celui-ci. Léon-Pierre a fait le choix de mourir.
La Providence changera son plan : « J’entre dans une église. Il y avait là un prêtre qui prêchait. Il m’a touché. Après la cérémonie, je suis allé le rencontrer. Il m’a fait entrer dans son groupe religieux. Mais… Je trouvais ça trop riche. Alors il m’a dit : « Je vais t’envoyer dans une communauté qui ramasse n’importe quoi. » Si au moins il m’avait dit… n’importe qui ! J’y suis entré et demeuré pendant 14 ans. C’était une congrégation semi-contemplative. »
Après des années, il finit par la quitter. Cette fois-ci, ce n’est pas par fuite, mais dans le but de devenir diacre permanent. Un évêque désire ses services. Ce dernier l’aide à être relevé de ses vœux perpétuels.
Après quelques mois de formation universitaire, l’évêque décède. Le projet diaconal tombe à l’eau. Néanmoins, il devient agent de pastorale. Pendant huit ans, il s’occupera des clochards, des pauvres de la Saint-Vincent-de-Paul et des jeunes de la rue. Durant ces années, il passe six mois en France, à l’Arche.
En 1980, à la mort de la deuxième épouse de son père (sa mère est décédée en 1974), il décide volontairement de retourner vivre dans la rue. Il se donne douze mois à temps plein pour toucher du doigt les souffrances morales des jeunes de la rue. Mais la vie d’itinérant n’offre plus le même confort ni la même joie de vivre que dans sa jeunesse. Les problèmes sociaux ne sont plus les mêmes.
En 1981, il commence une série d’expériences : trois mois à la Famille Myriam Bethléem à Baie-Comeau, trois mois à Hauterive au service de la prévention du suicide, trois mois à la Trappe de Mistassini, trois mois à Sutton avec les alcooliques et un séjour un peu plus prolongé au Centre de formation charismatique L’Eau Vive et à la maison des Trinitaires, à Granby, où il travaille auprès du père Jean-Paul Regimbal.
Finalement, il retournera s’installer à Montréal pour s’occuper des jeunes de la rue, jusqu’au jour où il fonde la Fraternité Éric.
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| Ghislain Robert et Léon-Pierre Éthier |
C'est sa famille spirituelle, la Fraternité Charles-de-Foucauld, qui demande à Léon-Pierre de porter une attention spéciale aux sidéens. Il m’avouait en 1994 qu'il ressentait de grands préjugés. « J'avais peur d'attraper le SIDA », me disait-il. Un jour, une lumière intérieure lui fait comprendre que Jésus se cache derrière chaque malade atteint du sida. Il pose alors un geste compromettant. Léon-Pierre se décide d'embrasser un sidéen en phase terminale. Le visage de cet homme était couvert d'herpès.
En 1998, il élaborera davantage. Il me racontait : « C’était un soir, il y avait des funérailles pour un sidéen. Les cendres étaient sur la table. Au baiser de paix, il y avait là un bonhomme qui avait l’air d’un cure-dent. Je me suis senti attiré par lui, alors que nous étions plus de 80 dans cette grande salle. Au moins 50 étaient porteurs du virus. J’ai été vers lui. Je l’ai pris dans mes bras. Je lui ai souhaité la paix de Jésus. Je l’ai embrassé et j’ai entendu à l’arrière de moi : « Attention, tu vas attraper le sida ! » Comme je venais de l’embrasser sur les deux joues – il avait plein d’herpès et de sang dans la figure –, je l’ai embrassé encore une fois sur la joue. Je lui ai dit : « Je t’aime et Jésus t’aime encore plus que moi. » Il m’a fait un beau sourire… Lorsque je suis dans la tristesse, je pense à lui et tout disparait. Ce jour-là, j’ai vu en lui la sainte face de Jésus. » À partir de ce moment, il ne craint plus cette maladie.
A partir de cet instant, Léon-Pierre n'hésitera plus. Comme l'a fait Jésus avec les lépreux, il fréquentera les sidéens. Pendant une dizaine d’années, en plein centre-ville de Montréal, il s’occupera d’eux à l’approche de la mort.
En 1994, il me disait : « C'est une vocation spéciale, une grâce. Je connais des gens qui fréquentent les sidéens et qui ne l'ont pas. Ils abandonnent au bout de quelques mois. Pour moi, c'est un appel. »
Alors que la recherche médicale commence à s’activer afin de trouver un traitement efficace pour améliorer l’état physique des malades atteints, la maladie n’est pas la principale préoccupation de Léon-Pierre. Il s’intéresse à ce qu’ils sont. La personne d’abord.
À travers les rencontres, il s’adresse à leur âme. Il leur présente « Jésus modèle de la route à suivre » et les accompagne spirituellement de la vie à la mort physique, et, parce qu’il est chrétien, de la mort physique à la vie après la vie, au royaume des bienheureux du ciel.
Durant ses années de dévouement, il accompagnera 610 malades. Une vingtaine d’entre eux meurent dans ses bras. Cela peut sembler héroïque, mais il ne faut pas croire que cela a été facile à vivre.
Daniel, qui a rendu l’âme le 4 décembre 1988, est de ce nombre. Léon-Pierre Éthier se souviendra longtemps de lui. Il hantera ses rêves. Il lui faudra de nombreuses années pour en arriver à avoir la certitude qu’il est en paix sur l’autre rive de la vie.
Il y a eu également Denis. Son histoire est unique. Léon-Pierre me racontait en 1994 : « Le père de Denis n’acceptait pas que son fils soit homosexuel. » [...] « Il est venu le visiter quatre fois avant sa mort. Après son décès, il m’a dit : « Je veux mourir comme mon gars. » « Tu veux mourir comme une tapette !? », lui ai-je demandé. Il m’a répondu : « Oui ! » Cet homme a été rejoint par les attitudes de son fils. Au moment de sa mort, Denis disait : « Je tiens la main de mon chum. Il est tellement beau, mon Jésus… » Lorsque son père venait le voir, il répétait les mêmes paroles : « Tais-toi papa, je tiens la main de mon chum… qu’il est beau !… Qu’il est beau… » Deux semaines avant de mourir, Denis s’est confessé et a assisté à la messe. »
Ghislain Robert a profondément marqué sa vie. Il en parle comme un père parle de son fils : « J’ai vécu avec lui une profondeur spirituelle que je n’ai jamais vécue avec un autre sidéen ».
Je me souviens de lui. Léon-Pierre me l’avait présenté. Nous étions allés lui rendre visite dans son petit logement. Ghislain était un homme doux et tendre. Malheureusement, à 9 ans, il a été la victime d’un pédophile. Comme cela arrive souvent, c’était un ami de la famille. Les abus marqueront à jamais sa vie.
Ghislain a souvent accompagné Léon-Pierre dans ses tournées d’un bout à l’autre du Québec. Il parlait de sa maladie, de sa vie et de la foi en Dieu qui l’habitait.
Dans ses confidences de 1998, Léon-Pierre me disait : « Il faut faire cheminer les âmes vers Dieu. Le Seigneur a mis dans mon cœur que ces malades ont plus besoin de la lumière éternelle que de simples soins du corps. C’est vrai qu’il faut les soigner physiquement, mais le soutien moral est très important pour ces personnes qui bien souvent ont été délaissées, mises de côté à 15-18 ans et qui ont dû cheminer dans une voie qui n’était pas celle qu’elles désiraient pour gagner un repas ou un coucher le soir ».
Et il ajoutait : « À travers tous mes amis, les malades du sida, je découvre Jésus. Je découvre un Jésus à l’agonie quand ils apprennent qu’ils sont porteurs du virus du sida ; je découvre un Jésus crucifié lorsqu’ils avancent dans leur maladie ; et je découvre un Jésus ressuscité au moment de leur départ vers le Père et qu’ils me disent : « Tu sais, j’embrasserai Jésus pour toi ! » Ce qu’ils attendent de nous, c’est un regard de tendresse et d’amour. »
Pour Léon-Pierre, le sida n’est pas seulement l’affaire des homosexuels et des plus pauvres de la société. Toutes les classes sociales sont touchées. Mais les gens ont honte de cette maladie et les décès sont souvent annoncés sous le couvert du cancer ou d’autres maladies.
Pour lui, le condom protège un peu des infections, mais n’empêche pas toujours la contamination des partenaires sexuels. Le latex contient de très petits trous : trop petits pour laisser passer les spermatozoïdes, mais assez grands pour laisser passer le virus du sida.
Léon-Pierre me l’a souvent répété : le meilleur moyen de ne pas attraper le virus est l’abstinence. Cela est une évidence ! « Beaucoup prônent aussi une meilleure éducation sexuelle comme protection, mais on se trompe : ce n’est pas d’une éducation sexuelle que les jeunes ont besoin, mais d’une éducation à l’amour. Aimer, c’est savoir attendre l’autre. Néanmoins, pour les aventures compulsives, deux épaisseurs de latex valent encore mieux que rien.
En mars 1998, à la demande de son médecin, Léon-Pierre Éthier se retire de son implication auprès des sidéens en phase terminale. Lorsqu'il m’a informé de ses problèmes de santé, je n’ai pas tardé à le visiter.
Le 27 mars [1], nous nous rencontrons dans son petit logement, au 4357, rue Saint-Hubert, à Montréal. C’est toujours un plaisir de se revoir. Il me demande toujours des nouvelles de ma famille de qui il garde de bons souvenirs et nous commençons un entretien-bilan en vue d’un article dans la Revue Sainte-Anne.
Il commence par m’informer à regret que la Fraternité Éric cessera ses activités au début du mois de juin parce qu’il a besoin de récupérer physiquement de ses quatre interventions chirurgicales à cause de pierres aux reins. A 62 ans on ne récupère pas aussi rapidement qu'à 31 ans!
Ce jour-là, malgré la tristesse de devoir se retirer de son implication, il était fier du travail réalisé : « Pendant 3 ans [sur les dix ans de dévouement], j’ai visité 45 000 jeunes dans les écoles secondaires. 4000 m’ont écrit à peu près la même chose : si tu es venu juste pour moi, tu m’as sauvé… Je vais suivre tes conseils. » À regret, à cause de la maladie, il me confiait avoir dû refuser l’invitation de 51 écoles.
Suite a cette rencontre, nous nous reverrons à quelques occasions lors de mes passages à Montréal.
Léon-Pierre Éthier décède le 12 décembre 2001, à l’hôpital Saint-Luc, à Montréal. Il sera inhumé dans le lot 04463 (section L) du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal.
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Sources :
Benoit Voyer. « Vivre avec le Sida », Revue Notre-Dame du Cap, mai 1994, pp. 13 à 15.
Benoit Voyer. « Léon-Pierre Éthier - Du sida du corps au sida de l'âme, Revue Sainte Anne, juillet-août 1998, pages 295 et 317. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/12/le-present-du-passe-leon-pierre-etier.html
Benoit Voyer. Les témoins de l’essentiel, Éditions Logiques, 2005. Un chapitre lui est consacré.
Sources :
Benoit Voyer. « Vivre avec le Sida », Revue Notre-Dame du Cap, mai 1994, pp. 13 à 15.
Benoit Voyer. « Léon-Pierre Éthier - Du sida du corps au sida de l'âme, Revue Sainte Anne, juillet-août 1998, pages 295 et 317. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/12/le-present-du-passe-leon-pierre-etier.html
Benoit Voyer. Les témoins de l’essentiel, Éditions Logiques, 2005. Un chapitre lui est consacré.
Note:
[1] Dans un mémo envoyé par télécopieur le 13 avril 1998, j’indique au père Claude Lavergne de la Revue Sainte Anne que le 27 mars 1998, j’ai rencontré à Montréal Léon-Pierre Éthier dans son logement de la rue Saint-Hubert et je lui donne de ses nouvelles. Le mémo est conservé dans le fonds P049 de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Des nouvelles de chez nous
Fête de Saint-Roch
Pour souligner sa fête patronale, le 16 août, la communauté chrétienne Saint-Roch de Québec a rendu hommage à son saint patron en invitant la gent canine à une célébration spéciale. Les « pitous » ont été bénis et on a rendu hommage aux pompiers de la municipalité.
Fête de la Sainte-Catherine
À l'occasion de la fête de la Sainte-Catherine, le 24 novembre, la Maison Saint-Gabriel, située dans le quartier Sud-Ouest à Montréal, invite toute la population à déguster de la tire en compagnie de Marguerite Bourgeoys et des Filles du Roy.
Diocèse de Trois-Rivières
La fin de l'année des festivités du 150e anniversaire du diocèse de Trois-Rivières aura lieu le 24 novembre. Pour l'occasion, des messes spéciales seront célébrées dans toutes les paroisses du diocèse.
Saints d'ici
Le 6 novembre 1659 décédait Jérôme Le Royer de la Dauversière, visionnaire de la future ville de Montréal. Sa cause est introduite au Vatican à la Congrégation pour les saints. La réponse se fait attendre tout comme celles de Ovide Charlebois, décédé le 20 novembre 1933, et de Victor Lelièvre, décédé le 20 novembre 1956
Missionnaires de l'Immaculée-Conception
Le centième anniversaire des sœurs Missionnaires de l'Immaculée-Conception a été célébré, le 8 septembre, à l'hôtel Le Castel de l'Estrie à Granby. La rencontre a été précédée, à 10h30, d'une messe à l'église Sainte-Famille de Granby. Que de souvenirs pour ces femmes qui ont œuvré dans cette municipalité de 1930 à 1986!
11 septembre : 1er anniversaire
De nombreuses célébrations ont été présidées à l'occasion du 1er anniversaire des événements du 11 septembre. Mgr Marcel Gervais a animé un grand rassemblement de prière à la cathédrale Notre-Dame d'Ottawa. De son côté, le premier ministre du Québec, Bernard Landry, s'est joint au rassemblement à l'église Saint-Roch à Québec.
JMJ 2002 : appel à l'aide
La JMJ 2002 a terminé son exercice financier avec un déficit de 30M$. La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) lance un appel à la générosité des catholiques canadiens afin d'éponger l'imposante dette. Il est possible d'obtenir un reçu d'impôt. Pour faire un don, il suffit de composer sans frais le 1-888-569-9930. Les dons peuvent être faits au moyen d'une carte de crédit.
Une femme préside un mariage catholique
Pour la première fois de l'histoire de l'archidiocèse d'Ottawa, une femme a présidé, le 19 juillet, un mariage religieux. Celui-ci a été célébré, à l'église Saint- Joachim de Chute-à-Blondeau, par Rachèle Saint-Denis Lachaîne, coordonnatrice des activités paroissiales dans son milieu. Elle a été mandatée par Mgr Marcel Gervais, archevêque d'Ottawa, pour présider aux mariages, funérailles et baptêmes. En ce qui concerne l'aspect civil du mariage, elle possède la licence requise.
Décret canonique
Les paroisses Saint-David d'Estcourt (Sully), Marie-Médiatrice (Estcourt), Saint-Joseph-de-la-Rivière-Bleue et Saint-Marc-du-Lac-Long dans l'archidiocèse de Saint-Germain (nom officiel de l'archidiocèse de Rimouski) sont passées au diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, le 1er septembre. Le décret a été émis par le Vatican, le 1er juillet 2002.
Nouveaux diacres permanents
Richmond Hotte, Claude Jacques, Pierre Pharand, André Pommainville et Luc Richer ont été ordonnés diacres permanents pour l'archidiocèse d'Ottawa, le 29 septembre, à la cathédrale Notre-Dame d'Ottawa.
Temple-Sikh-Abbotsford
Le Temple-Sikh-d'Abbotsford, construit en 1911, a été désigné lieu historique national du Canada. Cet endroit rappelle le rôle religieux, social et politique que ces temples ont joué dans les premières communautés d'immigrants sikhs. Il montre comment les Sikhs ont su conserver leurs croyances religieuses tout en s'adaptant à la réalité canadienne. Il s'agit du plus ancien temple de cette tradition religieuse en Amérique du Nord.
Le curé de Jean Lapierre
Il y a quelques semaines, Jean Lapierre, animateur de l'émission radiophonique Lapierre & compagnie, présentée du lundi au vendredi, de 15h30 à 18h, sur les ondes du réseau Radiomédia, a dit à ses auditeurs qu'il lui arrive assez régulièrement d'aller à la messe. Il a lancé qu'il aime surtout se rendre aux célébrations de l'abbé Réal Lanoie, curé de la paroisse Saint-François-Xavier à Bromont. « Il fait une réflexion sur la vie, la vraie vie! On se sent concerné par ce qu'il dit », a-t-il confié à la Revue Sainte Anne.
Prix œcuménique
Lors du 26e Festival des films du monde qui a eu lieu à Montréal, en septembre, le Prix oecuménique a été décerné au film El Ultimo Tren (Le dernier train) du réalisateur uruguayen Diego Arzuaga. De plus, le jury a décerné une mention spéciale au film italien Casomai, du réalisateur Alessandro D'Alatri. Le Prix œcuménique est décerné à un film qui se distingue par ses qualités artistiques, sociales et spirituelles et par son apport au progrès humain et à la reconnaissance de valeurs éthiques.
Centenaire chez les Soeurs du Sacré-Cœur
Le 8 septembre, les Sœurs du Sacré-Coeur ont célébré leur centième anniversaire en terre canadienne. La grande célébration a été présidée, le 8 septembre, par Mgr Marcel Gervais, archevêque d'Ottawa, à l'Université Saint-Paul et au Couvent du Sacré-Coeur.
Colloque Communications et Société
Le prochain Colloque Communications et Société aura lieu le vendredi 8 novembre 2002, à Montréal, au Centre 7400, sur le thème « Le téléroman au Québec: Miroir de toutes les passions: chances et défis pour l'évangélisation. » À cette occasion, Le Prix Communications et Société 2002, catégorie « Livre religieux », seront remis.
Incendie à la Cathédrale de Valleyfield
La cathédrale Sainte-Cécile de Valleyfield a été touchée par un important incendie, le 4 septembre, un peu après la messe de 8h le feu a pris naissance dans l'entre toit du bâtiment au moment où des travaux de soudure avaient lieu dans la toiture. L'intérieur du temple devra complètement être reconstruit. Une cinquantaine de pompiers ont combattu l'élément destructeur. Mgr Luc Cyr, évêque de l'endroit, est encore sous le choc.
Une église est reconnue bâtiment historique
La ville de Granby a posé un geste historique, au milieu de l'été, en reconnaissant l'église Sainte-Famille comme bâtiment historique. C'est la première fois que cette municipalité reconnaît l'intérêt historique d'une pièce de son patrimoine. L'église a été construite en 1932.
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, Novembre 2002, pages 443, 444 et 445)
VISION CATHOLIQUE: Notre Père
Par Benoit Voyer
23 février 2025
Alfred Bessette, le saint frère André de l’oratoire Saint-Joseph, disait souvent : « Le Bon Dieu n’est pas loin de vous. Il est proche de vous. Chaque fois que vous dites Notre Père, il a l’oreille collée à votre bouche ». Alfred, qui est devenu orphelin de père en bas âge, avait trouvé dans la paternité divine un père adoptif. En lui, il a trouvé celui qui l’aime inconditionnellement et sur qui s’appuyer.
Je me souviendrai toujours d’une longue conversation que j’ai jadis eu avec Jérôme Saint-Pierre. Il me disait : « L'enfant dit de son Père : « Est-ce que je vaux quelque chose ? " Pour moi, la question élémentaire c'est la valeur de la personne. La mère ne peut pas pleinement répondre à cette question. Seul le père peut le faire. C'est pour cela que le phénomène des pères qui abandonnent leurs enfants est très problématique. L'abandon dit à l'enfant : Je ne veux rien savoir de toi. […] Le père confirme comme Dieu le Père confirme. D'ailleurs Jésus parle en ces mots : il dit toujours que le Père confirme ce qu'il dit et ce qu'il fait. Le père donne la vie de façon bien différente de la mère. Sa façon de faire est vitale, surtout pour la petite fille. […] Un père c'est quelqu'un qui m'appuie et qui m'aime comme je suis inconditionnellement. »[1] Ainsi en est-il du divin père auquel croit tant de gens.
J’aime ces propos de sainte Marie-Léonie Paradis : « Vous ne pouvez dire et redire assez souvent, pendant la journée, le Notre Père, en allant, en venant, en travaillant sans cesse, car Dieu est pour nous le plus tendre des pères et jamais nous ne pourrons assez lui marquer notre profonde reconnaissance ». […] « Ayez confiance au bon Dieu comme à un bon Père. N’allez pas croire que le bon Dieu vous perdra si vous mettez toute votre confiance en Lui. Tenez-vous en paix, quoi qu’il arrive! ».
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[1] Benoit Voyer. « Le plus fort c’est mon père », Revue Sainte Anne, octobre 1998, pages 396 à 398. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/12/le-present-du-passe-le-plus-fort-cest.html
LE PRÉSENT DU PASSÉ: 4 ans d'esclavage dans les camps de la mort
Tran Lam
WATERVILLE - Pendant 4 ans, Tran Lam a vécu une vie d'esclave dans les camps de la mort instaurés par les Khmers rouges au Cambodge. Son livre autobiographie « La survivante - La guerre des autres » (Stanké), qui vient de paraître en librairie, est l'écho des sales atrocités qu'elle a vécues dans son pays. L'enfant qu'elle a été et qui se cache encore en elle montre tous les tourments qu'elle a dû affronter pour rester en vie.
Il y a quelques années, elle a trouvé refuge au Canada. Vivant là-bas comme un animal quasi-sauvage, elle a réappris à vivre et à se comporter dans une société civilisée. À sa première visite au cabinet d'aisance, elle ne savait même pas où faire ses besoins puisqu'au camp de la mort, la majorité du temps, elle urinait dans son pantalon et soulageait le reste sur le bord de la route des chantiers où elle devait travailler parfois jour et nuit.
Depuis qu'elle est au Canada, elle fait l'expérience d'une certaine liberté puisqu'elle est convaincue, depuis qu'elle a découvert Jésus Christ, que la véritable liberté ne se trouve qu'en Dieu.
Pourquoi vous êtes-vous convertie au christianisme?
Lorsque je suis partie de chez Yanna, parce qu'elle m'a mise à la porte, je suis demeurée en parrainage dans une famille montréalaise. J'ai vécu chez une certaine dame Lacroix, pendant deux ans. J'ai été touchée par sa bonté. Elle allait à la messe et elle m'a appris à prier.
C'est en la voyant vivre que j'ai décidé que je voulais mieux connaître ce Jésus qu'elle aimait. Je lui ai demandé si je pouvais devenir catholique comme elle. J'ai donc demandé le baptême. Durant ma préparation, elle est décédée.
Cette initiation au christianisme n'était pas facile pour moi parce que je ne comprenais pas trop bien le français. Il y avait donc un interprète qui m'aidait
Est-ce qu'il y a un moment où vous avez voulu mettre fin à votre démarche baptismale?
Une seule fois parce que j'étais en colère.
Quand est venu le temps du baptême, plusieurs personnes voulaient que je sois baptisée dans une église où on n'avait jamais vu un baptême d'adulte.
Je n'aimais pas cette façon de faire. C'est pour cela que j'ai failli mettre un terme à ma démarche.
De son côté, Monsieur Lacroix voulait que je sois baptisée à l'église Saint-Nom-de-Jésus à Montréal parce que les gens de cette paroisse m'ont aidée.
Je trouvais qu'on se compliquait un peu trop la vie pour un baptême.
Durant cette petite crise, j'ai regardé un film sur la vie de Jésus. J'ai visionné l'épisode où Pierre renie Jésus. Ah! J'étais tellement choqué de l'attitude de Pierre. Il m'a amenée à m'intérioriser. Je me suis dit : Je ne suis pas mieux que lui. Je suis en train de faire la même chose. J'ai finalement accepté le baptême. Il a eu lieu à l'église Saint-Nom-de-Jésus, lors d'une veillée pascale.
Qu'est-ce qui vous a amenée à Waterville, dans la région de Sherbrooke?
Lors de ma formation, j'ai rencontré une sœur des Servantes du Saint-Cœur-de-Marie. Elle m'a proposé d'aller à l'école. C'est pour cette raison que je suis partie de Montréal.
Quelle est la différence entre votre conception de Dieu avant et après votre baptême?
Honnêtement, je ne sais pas qui est Dieu. Je ne le savais pas plus avant.
Dans mon pays, on m'a raconté qu'il y a Bouddha qui est venu au monde, qui était bien spécial et qui, lors de sa naissance, a marché sept pieds sur les fleurs.
Qui est Dieu pour vous aujourd'hui?
Cela est difficile à décrire. C'est une expérience qui se vit en soi [elle cherche les mots en elle].
Peu importe les bêtises que font les humains, il est amour et miséricorde. Il pardonne qui reconnaît ses fautes et retourne à lui.
Dieu est tellement grand! Il m'est difficile de dire avec des mots tout ce qu'il est en moi.
Qui est Jésus pour vous?
Pour moi, Jésus, à travers ce qu'il fait, est l'expression parfaite du Père. Il est un modèle pour moi. Je veux tenter de suivre son exemple.
Toutefois, j'ai une difficulté à m'expliquer pourquoi Dieu a un fils. Cependant, si Jésus l'appelle père, c'est peut-être juste un nom comme ça. Il aurait peut-être pu l'appeler mère ou Paul. Il a choisi le mot père parce qu'il a une signification pour lui. Ça doit faire plus affectueux, j'imagine!
Qu'est-ce qui vous touche chez Jésus?
Sa vérité d'être. Il aide les gens. Même ceux qui le détestent. Cela me dépasse!
Il y a aussi son attitude devant Pilate qui me touche. Ce dernier le questionne. Il ne répond pas. Jésus sait qui il est. Il sait qu'il n'a pas besoin de se défendre. Pilate lui demande : Es-tu le fils de Dieu? Il répond tout simplement : C'est toi qui le dis. Quel homme! Il est capable d'être lui-même. Jésus n'avait pas peur de se faire traiter de fou en portant la bonne nouvelle que Dieu est proche de son peuple. Il n'avait pas peur de la controverse et des opinions.
Est-ce que vous vous reconnaissez dans son histoire? Comme lui, vous avez vécu une période d'esclavage et de persécutions.
J'ai de la misère à voir une similitude entre son expérience et la mienne, mais ... Non! Il est trop grand!
Est-ce que vous appréciez la liberté que vous offre l'Occident?
Nous ne sommes pas assez libres pour bien utiliser la liberté. Nous sommes les esclaves de ce que l'on est, en soi. [...] Je crois que nous n'avons pas assez de liberté intérieure pour bien utiliser celle que Dieu nous donne. Cela a pour résultat que les personnes de notre temps sont esclaves de toutes sortes de choses
Le pire de l'esclavage n'a rien de physique. C'est en soi. Je crois que l'être humain n'est pas ce qu'il est réellement parce que la véritable image de l'humain, c'est Jésus qui la montre.
De quelle manière?
Nous sommes appelés à être bons, heureux et libres. Il me semble que nous sommes « poignés » dans nos propres « bibittes ».
Le pire ennemi emprisonné, c'est soi-même. L'esclavage physique est quelque chose d'extérieur à soi.
Regardez le monde civilisé : Tous sont libres! Cependant, tous semblent être prisonniers de quelque chose. Si tu es libre intérieurement, tu peux faire n'importe quoi à l'extérieur de toi. Tu peux aller n'importe où.
Est-ce que votre expérience chrétienne vous amène à vivre cette liberté intérieure?
Peu à peu. Ma liberté intérieure est beaucoup plus grande qu'avant.
Comment trouver cette liberté intérieure?
[Un grand silence. Elle cherche une réponse] À chaque jour, je demande à Dieu de me rendre libre. Ce n'est qu'en Dieu que je peux la trouver, à travers ma prière et en me donnant des temps pour être avec moi-même. Je suis loin d'être pleinement libre parce que, si je l'étais, je pourrais aimer n'importe qui et accepter la différence de chacun.
Quand allez-vous la trouver cette liberté?
Je n'en sais rien! Je le serai quand je serai totalement ouverte à Dieu et que mon cœur sera totalement guéri par lui de tout ce qui m'empêche d'être libre. Cela arrivera peut-être juste à ma mort.
4 ans d'esclavage dans les camps de la mort
« Nous ne sommes pas assez libres pour bien utiliser la liberté. Nous sommes les esclaves de ce que l'on est, en soi. […] Je crois que nous n'avons pas assez de liberté intérieure pour bien utiliser celle que Dieu nous donne. Cela a pour résultat que les personnes de notre temps sont esclaves de toutes sortes de choses. »
Par Benoît Voyer, journaliste
WATERVILLE - Pendant 4 ans, Tran Lam a vécu une vie d'esclave dans les camps de la mort instaurés par les Khmers rouges au Cambodge. Son livre autobiographie « La survivante - La guerre des autres » (Stanké), qui vient de paraître en librairie, est l'écho des sales atrocités qu'elle a vécues dans son pays. L'enfant qu'elle a été et qui se cache encore en elle montre tous les tourments qu'elle a dû affronter pour rester en vie.
Il y a quelques années, elle a trouvé refuge au Canada. Vivant là-bas comme un animal quasi-sauvage, elle a réappris à vivre et à se comporter dans une société civilisée. À sa première visite au cabinet d'aisance, elle ne savait même pas où faire ses besoins puisqu'au camp de la mort, la majorité du temps, elle urinait dans son pantalon et soulageait le reste sur le bord de la route des chantiers où elle devait travailler parfois jour et nuit.
Depuis qu'elle est au Canada, elle fait l'expérience d'une certaine liberté puisqu'elle est convaincue, depuis qu'elle a découvert Jésus Christ, que la véritable liberté ne se trouve qu'en Dieu.
Pourquoi vous êtes-vous convertie au christianisme?
Lorsque je suis partie de chez Yanna, parce qu'elle m'a mise à la porte, je suis demeurée en parrainage dans une famille montréalaise. J'ai vécu chez une certaine dame Lacroix, pendant deux ans. J'ai été touchée par sa bonté. Elle allait à la messe et elle m'a appris à prier.
C'est en la voyant vivre que j'ai décidé que je voulais mieux connaître ce Jésus qu'elle aimait. Je lui ai demandé si je pouvais devenir catholique comme elle. J'ai donc demandé le baptême. Durant ma préparation, elle est décédée.
Cette initiation au christianisme n'était pas facile pour moi parce que je ne comprenais pas trop bien le français. Il y avait donc un interprète qui m'aidait
Est-ce qu'il y a un moment où vous avez voulu mettre fin à votre démarche baptismale?
Une seule fois parce que j'étais en colère.
Quand est venu le temps du baptême, plusieurs personnes voulaient que je sois baptisée dans une église où on n'avait jamais vu un baptême d'adulte.
Je n'aimais pas cette façon de faire. C'est pour cela que j'ai failli mettre un terme à ma démarche.
De son côté, Monsieur Lacroix voulait que je sois baptisée à l'église Saint-Nom-de-Jésus à Montréal parce que les gens de cette paroisse m'ont aidée.
Je trouvais qu'on se compliquait un peu trop la vie pour un baptême.
Durant cette petite crise, j'ai regardé un film sur la vie de Jésus. J'ai visionné l'épisode où Pierre renie Jésus. Ah! J'étais tellement choqué de l'attitude de Pierre. Il m'a amenée à m'intérioriser. Je me suis dit : Je ne suis pas mieux que lui. Je suis en train de faire la même chose. J'ai finalement accepté le baptême. Il a eu lieu à l'église Saint-Nom-de-Jésus, lors d'une veillée pascale.
Qu'est-ce qui vous a amenée à Waterville, dans la région de Sherbrooke?
Lors de ma formation, j'ai rencontré une sœur des Servantes du Saint-Cœur-de-Marie. Elle m'a proposé d'aller à l'école. C'est pour cette raison que je suis partie de Montréal.
Quelle est la différence entre votre conception de Dieu avant et après votre baptême?
Honnêtement, je ne sais pas qui est Dieu. Je ne le savais pas plus avant.
Dans mon pays, on m'a raconté qu'il y a Bouddha qui est venu au monde, qui était bien spécial et qui, lors de sa naissance, a marché sept pieds sur les fleurs.
Qui est Dieu pour vous aujourd'hui?
Cela est difficile à décrire. C'est une expérience qui se vit en soi [elle cherche les mots en elle].
Peu importe les bêtises que font les humains, il est amour et miséricorde. Il pardonne qui reconnaît ses fautes et retourne à lui.
Dieu est tellement grand! Il m'est difficile de dire avec des mots tout ce qu'il est en moi.
Qui est Jésus pour vous?
Pour moi, Jésus, à travers ce qu'il fait, est l'expression parfaite du Père. Il est un modèle pour moi. Je veux tenter de suivre son exemple.
Toutefois, j'ai une difficulté à m'expliquer pourquoi Dieu a un fils. Cependant, si Jésus l'appelle père, c'est peut-être juste un nom comme ça. Il aurait peut-être pu l'appeler mère ou Paul. Il a choisi le mot père parce qu'il a une signification pour lui. Ça doit faire plus affectueux, j'imagine!
Qu'est-ce qui vous touche chez Jésus?
Sa vérité d'être. Il aide les gens. Même ceux qui le détestent. Cela me dépasse!
Il y a aussi son attitude devant Pilate qui me touche. Ce dernier le questionne. Il ne répond pas. Jésus sait qui il est. Il sait qu'il n'a pas besoin de se défendre. Pilate lui demande : Es-tu le fils de Dieu? Il répond tout simplement : C'est toi qui le dis. Quel homme! Il est capable d'être lui-même. Jésus n'avait pas peur de se faire traiter de fou en portant la bonne nouvelle que Dieu est proche de son peuple. Il n'avait pas peur de la controverse et des opinions.
Est-ce que vous vous reconnaissez dans son histoire? Comme lui, vous avez vécu une période d'esclavage et de persécutions.
J'ai de la misère à voir une similitude entre son expérience et la mienne, mais ... Non! Il est trop grand!
Est-ce que vous appréciez la liberté que vous offre l'Occident?
Nous ne sommes pas assez libres pour bien utiliser la liberté. Nous sommes les esclaves de ce que l'on est, en soi. [...] Je crois que nous n'avons pas assez de liberté intérieure pour bien utiliser celle que Dieu nous donne. Cela a pour résultat que les personnes de notre temps sont esclaves de toutes sortes de choses
Le pire de l'esclavage n'a rien de physique. C'est en soi. Je crois que l'être humain n'est pas ce qu'il est réellement parce que la véritable image de l'humain, c'est Jésus qui la montre.
De quelle manière?
Nous sommes appelés à être bons, heureux et libres. Il me semble que nous sommes « poignés » dans nos propres « bibittes ».
Le pire ennemi emprisonné, c'est soi-même. L'esclavage physique est quelque chose d'extérieur à soi.
Regardez le monde civilisé : Tous sont libres! Cependant, tous semblent être prisonniers de quelque chose. Si tu es libre intérieurement, tu peux faire n'importe quoi à l'extérieur de toi. Tu peux aller n'importe où.
Est-ce que votre expérience chrétienne vous amène à vivre cette liberté intérieure?
Peu à peu. Ma liberté intérieure est beaucoup plus grande qu'avant.
Comment trouver cette liberté intérieure?
[Un grand silence. Elle cherche une réponse] À chaque jour, je demande à Dieu de me rendre libre. Ce n'est qu'en Dieu que je peux la trouver, à travers ma prière et en me donnant des temps pour être avec moi-même. Je suis loin d'être pleinement libre parce que, si je l'étais, je pourrais aimer n'importe qui et accepter la différence de chacun.
Quand allez-vous la trouver cette liberté?
Je n'en sais rien! Je le serai quand je serai totalement ouverte à Dieu et que mon cœur sera totalement guéri par lui de tout ce qui m'empêche d'être libre. Cela arrivera peut-être juste à ma mort.
(Revue Sainte Anne, novembre 2002, pages 441 et 466)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Festival du film juif
MONTRÉAL (BV) - Le 7e Festival du film juif de Montréal a eu lieu, du 9 au 16 mai, à la Cinémathèque québécoise, au Centre cinéma Impérial et au Cinéma ONF. Vingt-six productions ont été portées à l'écran. Le festival s'est ouvert avec la projection fort attendue du film Late Marriage, un film français et Israélien.
La programmation comprenait des films qui attirent l'attention du public sur des questions et des événements d'actualité. Le documentaire inédit Trembling before G-d, film qui traite du rejet de l'homosexualité par le judaïsme orthodoxe, a attiré quelques critiques. The Optimists, qui raconte de façon émouvante comment la Bulgarie a sauvé sa communauté juive de l'Holocauste, était fort attendu. Plus près de nous, des archives ont dévoilé de sombres chapitres de l'histoire du Canada à l'égard du peuple juif.
(Revue Sainte Anne, Octobre 2002, page 401)
VISION CATHOLIQUE: Monter en descendant
Par Benoit Voyer
21 février 2026
Dans son livre au style littéraire évangélique, Mathieu raconte qu’un jour « Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par l’esprit du mal. » Et il ajoute : « Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. »[1]
Quarante jours, ce n’est pas rien. Après seulement quelques heures de privation, je commence à perdre patience. A mes yeux c’est tout un exploit.
Comme l’écrit Florence K : « Quarante est un nombre important dans l’histoire. En Russie, on considère que c’est au quarantième jour après le décès de quelqu’un que son âme quitte la surface de notre terre pour s’élever au ciel. Quarante jours, c’est le carême, les quarante jours de jeûne du Christ dans le désert. C’est le temps qu’a duré la pluie dans le déluge vécu par Noé. On dit qu’il faut quarante jours pour qu’une femme se remette d’un accouchement, et les nouveaux immigrés attendaient quarante jours à Ellis Island avant de pouvoir enfin mettre les pieds sur une terre d’accueil. Quarante a toujours impressionné. Ali Baba et les quarante voleurs. Forty, le seul nombre dont les lettres qui le composent sont en ordre alphabétique, la crise de la quarantaine, l’isolement en quarantaine, moins quarante est la température à laquelle les degrés Celsius et Fahrenheit ont la même valeur. »[2]
Dans l’univers biblique, quarante est avant tout un symbole. On le retrouve 90 fois dans la Bible. Dans l’hébreu ancien, le chiffre 40 correspond à la lettre Mem. Dans l’univers du symbolisme, Mem désigne l’Eau ou la Mère. A ce sujet, Pierre Guillemin explique que « Mem évoque le changement, les cycles de la mort (la symbolique des mouvements de l’eau, par exemple, comme le perpétuel mouvement de sac et de ressac de l’eau sur une plage) et de la renaissance (d’où la symbolique de la mère). Le nombre 40 constitue cet appel à retourner à la source, aux eaux matricielles qui diffusent partout la vie et le progrès par-delà la mort, afin de nous redécouvrir comme les enfants de l’Univers créé par Dieu. »[3]
Ainsi donc, en ce temps du carême, nous sommes invités à partir au désert afin de nous donner un ou des temps pour descendre en soi, parce qu’« on ne rencontre pas la vie, Dieu, en montant par en haut mais en descendant en bas.»[4]
____________________
[1] Mt 4, 1-2
[2] Florence K. Buena Vida, Libre expression, 2015, p.258.
[3] Pierre Guillemin. « Le nombre 40 », L’essentiel – votre magazine paroissial, 28 décembre 2023. https://presse.saint-augustin.ch/blog/le-nombre-40/
[4] Christian Beaulieu, Du Vent plein les voiles, 1984, Les Éditions Le Renouveau, p. 26.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Nouvelles de chez nous
B. Voyer
NOUVEAU DIRECTEUR DE L'OFFICE NATIONAL DE LITURGIE
MONTRÉAL (BV) - Gaëtan Baillargeon a été nommé à la direction de l'Office national de liturgie. Il est prêtre de l'archidiocèse catholique de Sherbrooke. Jusqu'à sa nomination, il était professeur de théologie dogmatique et directeur du Département de théologie et de sciences religieuses de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
NOUVEAU PRÉSIDENT DE DÉVELOPPEMENT ET PAIX
WINNIPEG (BV) - Roger Dubois, psychologue à la retraite, est le nouveau président national de Développement et paix. Il habite la ville de Winnipeg au Manitoba. Il a été élu par les 21 membres du conseil national de l'organisme qui proviennent de partout au pays. Il succède à une enseignante de l'Ontario, Susan McNamara Scott.
(Revue Sainte Anne, Octobre 2002, page 398)
VISION CATHOLIQUE: Le frère Didace Pelletier
Par Benoit Voyer
20 février 2026
Le 28 juillet 1657, à Sainte-Anne-de-Beaupré, naît Claude Pelletier, fils de Georges Pelletier et de Catherine Vannier, originaires de Dieppe en France.
Puisqu’il n’y a pas encore d’église dans ce patelin, il est baptisé dans la maison familiale par le père jésuite André Richard, un missionnaire de passage. L’acte de naissance est écrit sur une feuille volante et transcrit dans le registre paroissial par l’abbé Germain Morin, curé de la paroisse, en 1690. Il s’agit du premier acte de baptême qui figure dans le registre paroissial.
En 1664, le 28 février, l'évêque de Québec et de la Nouvelle-France, saint François de Laval, lui octroie le sacrement de confirmation.
À Saint-Joachim, sur la Côte-de-Beaupré, il fréquente l’école d’arts et métiers fondée par l’évêque. Il devient charpentier et menuisier.
Il part de Sainte-Anne-de-Beaupré en septembre 1678. Il a 21 ans.
À Québec, il entre chez les Récollets, au couvent Notre-Dame-des-Anges. Arrivés en Amérique en 1615, ils sont les premiers missionnaires à s’établir en Nouvelle-France. Le 3 février 1679, Claude revêt l'habit religieux et reçoit le nom de frère Didace. Le 5 février 1680, il prononcera ses vœux de pauvreté, chasteté et obéissance.
À Notre-Dame-des-Anges, le père Joseph Denis devient son accompagnateur spirituel. Il le dirigera pendant quatorze ans.
Dès cette époque, on reconnaît sa vie religieuse intense et fervente, et son travail consciencieux de charpentier et bâtisseur d'églises et de couvents. Il sera mis à contribution à Percé et à l'île Bonaventure (1684-1689), à Plaisance, Terre-Neuve (1689-1692) et à Montréal (1692-1696).
Le frère Didace est finalement nommé à Trois-Rivières. Il entreprend la construction de la chapelle du couvent et, durant l'hiver 1698-1699, travaille à la préparation du bois qui sera utilisé au printemps.
L'hiver sera rigoureux. Le récollet attrape une pleurésie. D’urgence, on le transporte à l'hôpital des Ursulines. Même si le médecin (probablement le docteur Jacques Duguay) le dit hors de « danger de mort », il demande les « derniers sacrements ».
Le samedi 21 février 1699, le frère Didace, 41 ans, dont une vingtaine d’années chez les Récollets, décède.
Il est inhumé dans la crypte de l’église des Récollets, à Trois-Rivières. Une église, construite en 1754, est érigée sur le même emplacement. De 1821 à 2000, le lieu est occupé par les Anglicans. Il est devenu un bien patrimonial de la Ville de Trois-Rivières. Son corps reposerait toujours sous l’église. Quant à son crâne, il a été transporté à Québec et conservé dans la sacristie. Il est disparu dans un incendie, le 6 septembre 1796.
Le père récollet Joseph Denis, qui a vécu avec lui une bonne partie de sa vie religieuse, écrit à son sujet : « Frère Didace a conservé toute sa vie, non seulement la première ferveur de son noviciat, mais encore la première grâce de son baptême… Son obéissance était parfaite dans les petites choses comme dans les plus grandes et sa pauvreté si extrême qu'il n'a jamais voulu avoir seulement qu'une tunicelle pour changer dans les plus grandes chaleurs de l'été où il était continuellement exposé, travaillant à la charpente de toutes les églises et maisons de nos établissements, non plus que de s'exempter du jeûne dans les plus grands et pénibles travaux, et de se lever à minuit pour prier. […] Lorsque je lui représentais qu'il ne pouvait pas vivre longtemps en ne donnant aucune relâche à la nature, il me priait, non seulement comme son confesseur, mais encore comme étant presque toujours son supérieur, de le laisser faire, aimant mieux mourir dix ans plus tôt et avoir la consolation d'avoir observé sa règle que de vivre dix ans plus tard et avoir à se reprocher de s'être épargné. Sa religion (son ordre religieux) s'était bien passée de lui avant qu'il y fût et elle s'en passerait encore bien après sa mort. Le travail qui faisait le plus d'honneur à son état était de se sanctifier soi-même. Son humilité était si profonde qu'il s'estimait toujours serviteur inutile, quoique doué de beaucoup d'esprit et de pénétration pour tous les arts. »
Huit mois après sa mort, Mgr Jean-Baptiste de la Croix de Chevrières de St-Vallier, deuxième évêque de Québec, débutait son procès en vue de le béatifier et de le canoniser. Il sera repris en 1717 et, dans ce cadre, le séminaire de Québec gardera les témoignages du père Denis et des 22 miracles attribués au frère Didace. Malheureusement, il n’y eut pas de suite à ce début d’enquête. Il n’est pas impossible qu’il soit réouvert.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Guy Boucher
« Il y aurait 50 théologiens de diverses religions devant moi qui me diraient : Ce n'est pas vrai tout ça… Je leur dirais la même chose qu'à toi : Voyons donc! Je le sais, moi! Je l'ai vécu! Et je le vis tout le temps! Dieu n'est qu'amour. Il est complètement démuni devant nous...
Par Benoît Voyer, journaliste
SHERBROOKE - Malgré quelques épreuves qu'il a eu à traverser, Guy Boucher n'a jamais cessé d'être fidèle à l'appel intérieur qu'il a reçu, il y a une vingtaine d'années, lors d'un séjour chez les moines de l'Abbaye Saint-Benoît-du-Lac. Après avoir été l'ami de tout le peuple québécois, grâce à ses rendez-vous sur la scène, à la télévision et à la radio, il s'est retiré, en ermite urbain, pour vivre à plein avec son amant, un homme qu'il rencontre et touche spirituellement.
Lorsqu'il est question de son Jésus, son complice de vie, il parle de lui comme s'il le voyait en chair et en os, comme si l'invisible existait vraiment. Son exemple de vie rappelle ce qu'écrivait le pape Paul VI dans son encyclique L'Évangélisation dans le monde moderne, qui fêtera en 2005 son trentième anniversaire : « Le monde réclame évangélisateurs qui lui parle de Dieu, qu'ils connaissent et fréquentent, comme s'ils voyaient l'invisible »
À travers son échange avec le journaliste Benoît Voyer, on découvre en lui les traces d'un grand témoin de la foi et de l'invisible.
Comment fait-on pour rencontrer Dieu?
Pour chaque personne, ce n'est pas pareil. Moi, ça a été une rencontre radicale! Maintenant, je sais qu'il m'aime et qu'il est miséricordieux.
Lorsque je suis sorti de chez les moines, je n'en revenais pas. Je disais à mes amis : J'ai eu une vie assez mouvementée. J'ai eu trois grands amours dans mon existence. J'ai eu des aventures. Vous savez, de tous les amours que j'ai vécus, il n'y a rien qui peut égaler ce que je vis avec le Seigneur.
Pourquoi?
Parce que ça ne se vit pas de la même façon! [il cherche des mots pour parler de son expérience…] Le Seigneur habite en nous et il se manifeste dans une dimension qui n'a rien de sexuel. C'est un amour inconditionnel. C'est un amour démuni. Le Seigneur est totalement démuni devant nous…
Guy, je suis dans un désert de la foi. Je tente de renouer le contact avec Dieu. J'ai beau lui parler, mais je ne le sens pas présent. C'est ma souffrance ... Comment puis-je faire pour renouer le dialogue avec lui? Qu'est-ce que je dois faire pour le sentir présent?
La première chose à faire est qu'il ne faut pas lâcher. Il faut que tu sois persévérant
Je me permets de te raconter mon histoire. Après ma conversion, j'ai été vraiment choyé pendant 2 1/2 ans. Très fortement, je ressentais la présence de Dieu.
Un jour, je me suis levé et Dieu n'était plus là. J'ai paniqué! Je suis allé voir un religieux pour lui parler de ce que je vivais. Je lui ai dit : Le Seigneur n'est plus là!
Il m'a dit : C'est normal!
On dirait que le Bon Dieu se retire. Ce retrait n'est pas pour te nuire, mais pour te faire grandir. C'est également ainsi pour tous les malheurs qui nous arrivent dans la vie. Si nous n'avions pas l'épreuve nous ne grandirions pas.
Il se manifeste toujours dans l'épreuve?
C'est souvent ainsi! C'est souvent après une maladie ou une épreuve terrible ou une mortalité que tu grandis.
Je ne suis pas le seul à dire cela. C'est écrit dans les Psaumes! « Pourquoi Seigneur tu n'es plus là? Pourquoi m'as-tu abandonné? » Je t'invite à persévérer ..
Après l'épreuve, il me sera possible de le sentir autant qu'avant?
Mon expérience spirituelle n'est jamais revenue aussi forte que dans mes premières années de conversion, mais ma rencontre avec le Seigneur demeure la chose la plus importante de ma vie. Il n'y a rien pour m'enlever ce que je vis avec lui. C'est trop beau! C'est trop grand!
Certains matins, au moment où je fais oraison avec l'office des lectures, des textes me prennent au cœur avec une telle intensité. Ouf! Ils me donnent de la misère à respirer! Je me lève, je me promène dans la maison ...
C'est ça le bon Dieu! C'est ça le bon Dieu! La souffrance de son absence que tu vis en toi ressemble à celle du psalmiste.
Ta relation à Jésus est tellement rendue importante que tu lui parles à chaque matin...
Je ne lui parle pas que le matin! Nous nous parlons aussi en soirée... et même en automobile. Je suis tellement bien dans mon auto. Je n'ai même pas de radio! Lui et moi on en profite pour bavarder!
Comme un ami!
C'est bien plus que ça! Tu sais, quand tu aimes quelque chose ou que tu aimes une personne, tu as le goût d'être avec elle. Tu as le goût d'y communier! Tu as le goût de lui écrire ou de téléphoner... C'est comme ça dans ma relation avec lui. C'est une très grande relation d'amour.
Parfois, je doute. Je me demande si tout cela est vrai.
Il y aurait 50 théologiens de diverses religions devant moi qui me diraient : Ce n'est pas vrai tout ça... Je leur dirais la même chose qu'à toi : Voyons donc! Je le sais, moi! Je l'ai vécu! Et je le vis tout le temps! Dieu n'est qu'amour. Il est complètement démuni devant nous. Il attend toujours après nous qu'on l'aime! Il attend toujours! Il a besoin que tu lui dises que tu l'aimes.
Et pour le rencontrer, il faut que tu lui demandes! Et n'oublie pas que c'est lui le « boss »! C'est lui qui va décider du meilleur moment.
Lors de ta conversion, tu as assurément reçu une grâce spéciale pour avoir une telle certitude…
J'ai probablement reçu le charisme de la piété. Pour moi, la prière ce n'est vraiment pas une corvée. Sois attentif à la voix qu'il y a en toi. Il t'a aussi donné un charisme particulier.
(Revue Sainte Anne, Octobre 2002, page 393)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Aide à l'Afghanistan
À la mi-juin, le ministère d'État aux Relations internationale, dirigé par Louise Beaudoin, a donné 50 000$ à Développement et Paix, composante de la Conférence des évêques catholiques du Canada pour la paix et le développement international. Avec cette contribution gouvernementale, c'est 150 000$ que l'organisme a donné pour la réalisation de ce projet qui accueillera100 enfants.
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, Septembre 2002, page 354)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le Canada pourrait devenir un leader dans la recherche sur les cellules souches
OTTAWA - Le 13 juin, devant les membres du Comité permanent de la Santé de la Chambre des communes à Ottawa, qui ont étudié le projet de loi C-56 sur la procréation humaine, les évêques catholiques du Canada ont recommandé que soient interdits la recherche et tous les traitements non destinés au bien-être des embryons humains.
« Il existe un chemin d'avenir qui permettra à la fois la protection de la vie humaine et le traitement ou la guérison des maladies dégénératives grâce à la recherche sur les cellules souches adultes qui, comme le sait le comité, fait montre de progrès remarquables. Alors que certains peuvent arguer que cette approche nous placera derrière nos partenaires commerciaux, nous soutenons que cela nous mettra plutôt en tête. Le Canada pourrait devenir un leader dans la recherche sur les cellules souches adultes tout en favorisant le progrès scientifique et en respectant la dignité et la vie humaine », écrivent les évêques dans leur mémoire qui a été présenté par Mgr Terrence Prendergast, archevêque de Halifax, et par l'éthicien Noël Simard, professeur à l'Université Saint-Paul d'Ottawa.
L'épiscopat catholique canadien a étudié le projet de loi C-56 à la lumière des principes de l'enseignement de l'Église qui stipulent qu'il faut respecter la vie humaine depuis son commencement, respecter la dignité et l'intégrité humaine et la beauté et l'intégrité de la création, se soucier du plus vulnérable et faire la promotion du bien commun.
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, Septembre 2002, page 354)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Écotourisme et dignité humaine
MONTRÉAL - Devant le Canadian Tourism Commission et Tourisme Québec au sujet de « l'écotourisme et de l'éthique du tourisme », Mgr Pierro Monni, observateur permanent du Vatican à l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), a pris la défense « de la dignité humaine des populations locales » en éthique du tourisme et de l'écotourisme.
Il a dit qu'il est indispensable, pour un développement de l'écotourisme, de rester centré sur l'humain.
Mgr Monni en a profité pour s'en prendre aux « propositions touristiques de paradis artificiels, où sont exploitées à des fins purement commerciales les populations locales, au bénéfice d'un tourisme qui, en certains cas, ne respecte même pas les droits humains les plus élémentaires des habitants du lieu ».
« L'écotourisme offre en effet l'occasion de ne pas privilégier uniquement les initiatives commerciales, mais le soutien de tous les protagonistes concernés », a-t-il expliqué.
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, Septembre 2002, page 353)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Créativité et audace
Par Benoît Voyer, journaliste
OTTAWA - Pour surmonter la crise qu'elle traverse, l'Église canadienne doit plonger dans l'inconnu et prendre des risques. Elle doit se tourner vers « l'inventivité chrétienne ». C'est le constat qu'ont fait les participants au Forum annuel de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) avec les associations catholiques nationales qui a eu lieu à Ottawa les 31 mai et 1er juin.
« L'avenir de notre Église repose sur notre capacité d'avancer au large », a lancé Mgr André Gaumond, archevêque de Sherbrooke, aux personnes réunies.
« La créativité, c'est faire quelque chose de nouveau à partir de deux choses qui n'avaient en apparence aucun lien en commun. Jésus a été un grand créateur. À plusieurs reprises, il a associé deux concepts disparates pour en faire une nouveauté extraordinaire. Prenez l'exemple du lien qu'il a fait entre aimer Dieu et aimer son prochain », a dit de son côté le père Richard Côté, directeur du Bureau de théologie de la CECC. « L'Esprit créateur, c'est en quelque sorte l'imagination divine », a-t-il ajouté.
De son côté, Richard Haughian, de l'Association catholique canadienne de la santé, a affirmé que « Si nous y croyons vraiment, notre créativité nous aidera à surmonter nos difficultés ».
(Revue Sainte Anne, Septembre 2002, page 353)
VISION CATHOLIQUE: Le frère trinitaire André-Marie Lahaie
André-Marie Lahaie
Avec le meilleur de mes souvenirs du frère trinitaire, André-Marie Lahaie que j'ai connu a Granby a partir de mai 1981. Dans les années 1960, André-Marie a travaillé Maintirano, a Madagascar. Les Trinitaires du Canada y ont fondé un collège. On parlait de lui dans l'édition de septembre 1965 de la revue Trinité et Vie. (BV)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Nouvelles de chez nous
Par Benoît Voyer, journaliste
Dans le cadre des activités du 150e anniversaire du diocèse de Trois-Rivières, l’église trifluvienne Saint-Léon-le-Grand, la plus vieille église paroissiale de ce diocèse, présente, jusqu'au 15 octobre, l'exposition « La contribution des premiers évêques du diocèse à la vie de la paroisse ». L'exposition met en vedette les évêques Cooke, Laflèche et Clouthier.
Le 18 août, la paroisse Notre-Dame-de-l'Assomption de Châteauguay a célébré ses 50 ans, à l'occasion d'une messe solennelle.
Les statistiques officielles de la Chancellerie du diocèse de Saint-Jean-Longueuil révèlent que 715 mariages ont été célébrés dans les paroisses de ce diocèse en 2001. En 2000, il y a en eu 758. Avant de s'unir à la vie à la mort par les liens indissolubles du sacrement du mariage, 644 couples de 2001 sur 715 cohabitaient avant leur pacte d'amour, soit 90%.
Un grand concert bénéfice a eu lieu, le 25 mai, dans le but d'amasser des fonds pour la restauration de l'orgue de l'église Saint-Charles à Montréal. L'orgue Casavant opus 646 construit en 1916, un joyau de l'arrondissement de Pointe Saint-Charles, est en très mauvais état.
À la mi-mai, la présidente du Conseil du Trésor et députée de Wesmount-Ville-Marie à la Chambre des communes, Lucienne Robillard, a annoncé un investissement de 600 000$ à la mission Bon Accueil pour la rénovation du Pavillon Macaulay et pour l'achat d'ameublement et d'équipement. Ce montant provient de l'Initiative de partenariats en action communautaire (IPAC), qui s'inscrit dans l'Initiative nationale pour les sans-abris.
Le diocèse de Saint-Jean-Longueuil a atteint sa plus faible croissance depuis 50 ans. En 2001, la population diocésaine a atteint 654 056 habitants, soit une hausse de 13 032 personnes depuis 1996. Dans ce diocèse, les catholiques représenteraient 568 000 âmes.
Le 18 mai, à la cathédrale Notre-Dame d'Ottawa, Mgr Marcel Gervais, archevêque d'Ottawa, a présidé l'ordination sacerdotale de six nouveaux prêtres. Il s'agit de Michael Browning, Mark Goring, Randal Hendriks, Giles Joly, Timothy McCauley et Fernando Suarez. Cette ordination se déroula en anglais.
Un temple indou, fraîchement débarqué de bateau et pièces détachées, servira de grand musée dans la municipalité de Larouche au Saguenay. Lorsqu'il sera reconstruit, celui-ci hébergera une collection d'œuvres d'arts, propriété de Claude Slmard. Le fonds comprend, notamment, des oeuvres de Borduas, de Riopelle et de Lemieux. Le temple provient de la région de Cochin, dans le sud de l'Inde. Le projet Simard devrait bientôt attirer deux autres temples indous, une mosquée et une maison de brahmane qui date du XVIIle siècle.
Mgr Jude Saint-Antoine a présidé, le 19 mai, la messe de clôture du rassemblement de la Pentecôte du renouveau charismatique catholique au Sanctuaire de la Réparation au Sacré-cœur, à Montréal. La journée charismatique mettait en vedette des conférences de Henri Lemay, un pilier du renouveau charismatique au Canada.
La congrégation des Sœurs missionnaires de l'Immaculée-conception a souligné son centième anniversaire de fondation.
Le 1er juin, dans le cadre du 250e anniversaire de la paroisse Saint-Joseph-de-Soulanges, à Les Cèdres, dans le diocèse de Valleyfield, Mgr Luc Cyr a présidé une messe en latin à l'occasion de la Fête-Dieu. Après celle-ci, une grande procession, avec les mouvements paroissiaux d'hier et d'aujourd'hui, a conduit les fidèles au premier reposoir de la paroisse aménagé à l'hôtel-de-ville (ancienne académie Rémillard dirigée par les Frères du Sacré-cœur) puis au second situé à l'école Marguerite-Bourgeoys et de Mère-Marie-Anne (ancien couvent des Sœurs de la congrégation Notre-dame). De retour à l'église, il y a eu l'installation de deux nouvelles statues, soit celles de saint Marguerite d'Youville et de la bienheureuse Marie-Anne Blondin.
La ministre Diane Lemieux a annoncé, le 19 mai, une aide de 900 000$, en vertu du programme « Soutien au recyclage des édifices religieux patrimoniaux », pour la réalisation de travaux de restauration à l'église Saint-Esprit de Beauport en vue d'y accueillir l'École de cirque ainsi que les Productions Cirque Eos. Cette contribution s"ajoute à celle de 3,2M$ déjà annoncée l'année dernière. Ce montant, octroyé par l'entremise du programme « Développement de la capitale Nationale », incluait une participation de 1M$ pour l'acquisition et le réaménagement de l'église Saint-Esprit, Érigée en 1930, dans le quartier Limoilou à Québec, l'église Saint-esprit était désaffectée depuis l'été 2001. Des travaux majeurs de restauration et d'aménagement, estimés à 2 636 435$, seront réalisés afin que les lieux soient adaptés à leur nouvelle vocation.
(Revue Sainte Anne, Septembre 2002, page 349)
FILM: 15 février 1839
15 février 1839
Par Benoit Voyer
14 février 2026
Avec « 15 février 1839 », Pierre Falardeau a mis sur grand écran la plus merveilleuse histoire mythologique que le Québec a connue. C'est un véritable monument pour contrer l'oubli. Quel message ! Marie Thomas Chevalier de Lorimier, notaire de formation, enseigne à ses héritiers qu'il faut se battre jusqu'au bout de ses convictions. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis », disait un autre messie. Il faut bien l'admettre, De Lorimier s'est offert en victime pour la rédemption du peuple québécois. Son messianisme, étouffé par l'envahisseur anglais, revient hanter les esprits contemporains. Dans la lignée des gens de son époque, la mémoire collective se réveille grâce à « saint Falardeau », le patriote ressuscité.
Depuis 1760, la terre des francophones américains est occupée par les Britanniques. Après 40 ans d'une démocratie artificielle, les Anglais mettent fin au système parlementaire et poussent le peuple d'origine française, qui désire sa terre de Canaan, à la révolte. L'armée patriotique soulève une guerre contre l'armée la plus puissante du monde. Chargés, de manière préhistorique, de haches, de fourches et de quelques fusils, plus de 300 patriotes désireux de libérer leur région de la tutelle du roi d'Angleterre meurent à bout de sang. Les 8000 soldats des troupes de Sir John Corbone pillent les maisons, brûlent les fermes et rasent les villages. 108 prisonniers, condamnés à mort, sont amenés à la prison de Pied-du-Courant à Montréal. Le 14 février 1839, à 24 heures d'avis. Marie Thomas Chevalier de Lorimier, leur chef et libérateur en qui ils ont une confiance aveugle, est condamné à la pendaison avec trois autres compatriotes. « 15 février 1839 », un chemin de croix moderne qui laisse émerger un caractère profondément sacré, a été écrit à partir des relations entre De Lorimier et sa femme.
« C'te défaite-là, j'pense que c'est plus grave que celle de 1760… Mais le plus dangereux… J'pense, c'est pas l'occupation militaire… C'est c'qui vient avec… C'est l'occupation de nos cerveaux. [...] J'ai peur qu'à l'avenir on s'habitue au malheur… [...] Nos barreaux, on va finir par les transporter dans nos propres têtes », dit un patriote incarcéré à un autre.
« 15 février 1839 » est un film quasi-parfait. Les critiques n'ont qu'à faire l'effort de se transporter 162 ans en arrière et se laisser bercer par le climat de cette époque. Il ne faut surtout pas tenter de faire des comparaisons avec aujourd'hui.
Cette haine intense envers les Anglais n'est plus de notre temps. Aujourd'hui, les Britanniques ne sont plus l'incarnation diabolique du mal extrême. La seule chose qui reste est cet intense rêve d'une nation, mais cela est une autre histoire, celle de Paul Saint-Pierre-Plamondon et de sa formation politique.
Par moments ce film sent l'héroïsme romanesque et le fait historique déformé, mais pour créer l'effet qu'il provoque sur le plan de la sensibilité et de la réflexion, l'aventure en vaut bien un bout de chiffon rouge entre les doigts de De Lorimier au moment de sa pendaison.
D'ailleurs, Paul Saint-Pierre-Plamondon sera assurément d'accord sur le fait que ce bout de tissu, qui a fait souffrir bien des Canadiens francophones, mis entre les doigts de Chevalier de Lorimier, livré en innocente victime au bûcher britannique, fait éclater un grand gage d'amour et de tendresse envers sa femme et un intense don de soi pour l'honneur de la nation.
L'amour d'une femme
Quel supplice pour son épouse ! Ce n'est pas pour rien qu'elle goûte l'hystérie. Son Chevalier est toute sa vie ! Ce genre de rupture, une sorte de divorce passionnel, est le plus cruel qui puisse exister. Il faut comprendre la situation.
Quant à leurs ultimes échanges amoureux, ils donnent des images puissantes, touchantes, frémissantes pour les spectateurs, témoins impuissants de ce passage triste, mais élogieux, de l'historiographie nationale. Ils ne peuvent que laisser échapper des larmes douces sur leurs joues. Ces scènes d'amour, de tendresse et de passion sont les plus poignantes de la tradition cinématographique québécoise.
Le rôle joué par Sylvie Drapeau est bref, mais intense. Son texte est une véritable poésie : « Moi, j'veux pas te perdre… C'est toi que j'aime… pas ta révolution… Moi, mon pays… c'est toi. [...] J'les laisserai pas te faire du mal… J'les laisserai pas me faire du mal à moi… Ils veulent nous détruire… J'vais me battre… comme une chienne. Avec mes pieds… avec mes ongles… avec mes dents… Je t'aime… Est-ce que tu comprends ça ? J'taime ... J'taime ... J't'aime. Comment j'vais faire pour vivre si tu meurs… Moi je suis toi… Toi, tu es moi… Tu fais partie de moi… Y peuvent pas t'arracher de moi. [...] Qu'est-ce que je vais faire sans toi ? J'pourrai plus jamais te toucher, te sentir… te tenir dans mes bras… Plus jamais… », dit-elle avec une intensité qui reste gravée dans l'être des heures et des heures après la projection de l'œuvre.
Des images puissantes
Dans ce film, le directeur photo, Alain Dostie, et le réalisateur Falardeau réussissent à donner au public les plus belles images et les plus beaux éclairages de l'histoire du cinéma d'ici. Les puits de lumière, préalablement bien étudiés, permettent au spectateur d'entrer dans l'intensité émotionnelle de ces 24 heures de purgatoire, en donnant l'impression de vivre dans les mêmes pièces que les patriotes.
Parmi les images fortes, il y a bien entendu celles où Chevalier de Lorimier apprend sa condamnation. Le silence du condamné et le jeu intérieur de Luc Picard pénètrent l'âme. La peur, la souffrance et le doute s'expriment avec une grande fougue. Devant l'émotion, les erreurs historiques, comme le fait que les comédiens soient plus âgés qu'ils l'ont fort probablement été dans la réalité, n'ont plus d'importance.
Il est impossible de passer sous silence deux autres tableaux émouvants : Un prêtre catholique (Julien Poulin), un ami du chef des patriotes, est en prière avec les condamnés. Ils sont douze autour de lui. Une scène qui rappelle un certain Jeudi saint dans le film « Jésus de Nazareth ». Il y a aussi le dernier repas festif de Hindelang où des gens s'amusent, malgré l'épreuve, sous le regard d'un officier étonné de la situation. Il semble s'exclamer comme les compatriotes d'Astérix : « Ils sont fous ces Romains ! »
On voit aussi une religieuse en visite au cachot. Sans la nommer, l’histoire se souvient que la bienheureuse sœur Émilie Gamelin était la seule autorisée par les Britanniques pour se rendre auprès d’eux.
Erreurs historiques
« 15 février 1839 » est un récit inspiré de faits historiques, mais n'est pas l'histoire tout à fait telle que vécue. Les erreurs sont pardonnables, mais nombreuses :
En 1839, les Britanniques ne sont pas installés en Afrique. Il faut attendre la guerre des Sipahis (1857) pour qu'ils y débarquent.
Le portrait de Hindelang est intéressant, mais peu crédible. En relisant les faits historiques, il n'est pas assuré qu'il a été si courageux que cela. Dans la réalité, il a même essayé de se dissocier de ses amis afin de se sauver de la mort.
Jean Joseph Girouard, que nous voyons à l'occasion faire des croquis en prison, a été emprisonné officiellement du 26 décembre 1837 au 16 juillet 1838. Il ne devrait donc pas apparaître dans ce film.
La hiérarchie sociale n'est pas respectée. Puisque De Lorimier était notaire, de simples paysans n'oseraient jamais le « tutoyer ». Il y avait des protocoles d'usage qui étaient en vigueur entre bourgeois, notables et paysans.
Cependant, donnons raison à Falardeau puisque les historiens ne sont pas tous en accord sur ce point.
Ce ne sont que quelques détails qui démontrent qu'il faut regarder ce film avec un œil et une intelligence critique.
Un film politiquement engagé
« 15 février 1839 », c'est Pierre Falardeau à son meilleur. Qu'est-ce qu'il pourra offrir de mieux maintenant ? Ce long métrage est une construction d'une implacable rigueur. Il est aussi le manifeste d'un cinéaste politiquement engagé, à l'image de son idéologie.
« Nous autres, on veut pas savoir d'ousse tu d'viens ou de quelle couleur que t'es. Que tu soyes blanc, jaune, noir… vert si tu veux… on s'en sacre… Nous autres c'qu'on veut savoir, c'est si t'es d'notre bord ou du bord des Anglais », fait dire Falardeau à Charles Hindelang par l'intermédiaire d'un des patriotes.
Plus loin, sur les lèvres de Hindelang, il poursuit : « Je les hais, là, tu peux pas savoir… C'est comme du feu… icitte… Touche. touche… mais fais attention, tu vas te brûler… » Et le message politique lancé aux Québécois d'aujourd'hui arrive : « C'est ça votre problème à vous autres… Vous êtes pas capables de haïr… »
Voilà que l'Évangile selon saint Falardeau est né. Tout est presque parfait, sauf la pleine véracité historique, mais cela n'est pas important lorsqu'un peuple se raconte une légende mythologique et christique qui donne un sens à la finitude de ses luttes libératrices.
Le film est disponible gratuitement sur Youtube :
https://www.youtube.com/watch?v=cX5Rs71KX64&t=147s
Évangile de Lorimier selon saint Falardeau
Par Benoit Voyer
14 février 2026
Avec « 15 février 1839 », Pierre Falardeau a mis sur grand écran la plus merveilleuse histoire mythologique que le Québec a connue. C'est un véritable monument pour contrer l'oubli. Quel message ! Marie Thomas Chevalier de Lorimier, notaire de formation, enseigne à ses héritiers qu'il faut se battre jusqu'au bout de ses convictions. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis », disait un autre messie. Il faut bien l'admettre, De Lorimier s'est offert en victime pour la rédemption du peuple québécois. Son messianisme, étouffé par l'envahisseur anglais, revient hanter les esprits contemporains. Dans la lignée des gens de son époque, la mémoire collective se réveille grâce à « saint Falardeau », le patriote ressuscité.
Depuis 1760, la terre des francophones américains est occupée par les Britanniques. Après 40 ans d'une démocratie artificielle, les Anglais mettent fin au système parlementaire et poussent le peuple d'origine française, qui désire sa terre de Canaan, à la révolte. L'armée patriotique soulève une guerre contre l'armée la plus puissante du monde. Chargés, de manière préhistorique, de haches, de fourches et de quelques fusils, plus de 300 patriotes désireux de libérer leur région de la tutelle du roi d'Angleterre meurent à bout de sang. Les 8000 soldats des troupes de Sir John Corbone pillent les maisons, brûlent les fermes et rasent les villages. 108 prisonniers, condamnés à mort, sont amenés à la prison de Pied-du-Courant à Montréal. Le 14 février 1839, à 24 heures d'avis. Marie Thomas Chevalier de Lorimier, leur chef et libérateur en qui ils ont une confiance aveugle, est condamné à la pendaison avec trois autres compatriotes. « 15 février 1839 », un chemin de croix moderne qui laisse émerger un caractère profondément sacré, a été écrit à partir des relations entre De Lorimier et sa femme.
« C'te défaite-là, j'pense que c'est plus grave que celle de 1760… Mais le plus dangereux… J'pense, c'est pas l'occupation militaire… C'est c'qui vient avec… C'est l'occupation de nos cerveaux. [...] J'ai peur qu'à l'avenir on s'habitue au malheur… [...] Nos barreaux, on va finir par les transporter dans nos propres têtes », dit un patriote incarcéré à un autre.
« 15 février 1839 » est un film quasi-parfait. Les critiques n'ont qu'à faire l'effort de se transporter 162 ans en arrière et se laisser bercer par le climat de cette époque. Il ne faut surtout pas tenter de faire des comparaisons avec aujourd'hui.
Cette haine intense envers les Anglais n'est plus de notre temps. Aujourd'hui, les Britanniques ne sont plus l'incarnation diabolique du mal extrême. La seule chose qui reste est cet intense rêve d'une nation, mais cela est une autre histoire, celle de Paul Saint-Pierre-Plamondon et de sa formation politique.
Par moments ce film sent l'héroïsme romanesque et le fait historique déformé, mais pour créer l'effet qu'il provoque sur le plan de la sensibilité et de la réflexion, l'aventure en vaut bien un bout de chiffon rouge entre les doigts de De Lorimier au moment de sa pendaison.
D'ailleurs, Paul Saint-Pierre-Plamondon sera assurément d'accord sur le fait que ce bout de tissu, qui a fait souffrir bien des Canadiens francophones, mis entre les doigts de Chevalier de Lorimier, livré en innocente victime au bûcher britannique, fait éclater un grand gage d'amour et de tendresse envers sa femme et un intense don de soi pour l'honneur de la nation.
L'amour d'une femme
Quel supplice pour son épouse ! Ce n'est pas pour rien qu'elle goûte l'hystérie. Son Chevalier est toute sa vie ! Ce genre de rupture, une sorte de divorce passionnel, est le plus cruel qui puisse exister. Il faut comprendre la situation.
Quant à leurs ultimes échanges amoureux, ils donnent des images puissantes, touchantes, frémissantes pour les spectateurs, témoins impuissants de ce passage triste, mais élogieux, de l'historiographie nationale. Ils ne peuvent que laisser échapper des larmes douces sur leurs joues. Ces scènes d'amour, de tendresse et de passion sont les plus poignantes de la tradition cinématographique québécoise.
Le rôle joué par Sylvie Drapeau est bref, mais intense. Son texte est une véritable poésie : « Moi, j'veux pas te perdre… C'est toi que j'aime… pas ta révolution… Moi, mon pays… c'est toi. [...] J'les laisserai pas te faire du mal… J'les laisserai pas me faire du mal à moi… Ils veulent nous détruire… J'vais me battre… comme une chienne. Avec mes pieds… avec mes ongles… avec mes dents… Je t'aime… Est-ce que tu comprends ça ? J'taime ... J'taime ... J't'aime. Comment j'vais faire pour vivre si tu meurs… Moi je suis toi… Toi, tu es moi… Tu fais partie de moi… Y peuvent pas t'arracher de moi. [...] Qu'est-ce que je vais faire sans toi ? J'pourrai plus jamais te toucher, te sentir… te tenir dans mes bras… Plus jamais… », dit-elle avec une intensité qui reste gravée dans l'être des heures et des heures après la projection de l'œuvre.
Des images puissantes
Dans ce film, le directeur photo, Alain Dostie, et le réalisateur Falardeau réussissent à donner au public les plus belles images et les plus beaux éclairages de l'histoire du cinéma d'ici. Les puits de lumière, préalablement bien étudiés, permettent au spectateur d'entrer dans l'intensité émotionnelle de ces 24 heures de purgatoire, en donnant l'impression de vivre dans les mêmes pièces que les patriotes.
Parmi les images fortes, il y a bien entendu celles où Chevalier de Lorimier apprend sa condamnation. Le silence du condamné et le jeu intérieur de Luc Picard pénètrent l'âme. La peur, la souffrance et le doute s'expriment avec une grande fougue. Devant l'émotion, les erreurs historiques, comme le fait que les comédiens soient plus âgés qu'ils l'ont fort probablement été dans la réalité, n'ont plus d'importance.
Il est impossible de passer sous silence deux autres tableaux émouvants : Un prêtre catholique (Julien Poulin), un ami du chef des patriotes, est en prière avec les condamnés. Ils sont douze autour de lui. Une scène qui rappelle un certain Jeudi saint dans le film « Jésus de Nazareth ». Il y a aussi le dernier repas festif de Hindelang où des gens s'amusent, malgré l'épreuve, sous le regard d'un officier étonné de la situation. Il semble s'exclamer comme les compatriotes d'Astérix : « Ils sont fous ces Romains ! »
On voit aussi une religieuse en visite au cachot. Sans la nommer, l’histoire se souvient que la bienheureuse sœur Émilie Gamelin était la seule autorisée par les Britanniques pour se rendre auprès d’eux.
Erreurs historiques
« 15 février 1839 » est un récit inspiré de faits historiques, mais n'est pas l'histoire tout à fait telle que vécue. Les erreurs sont pardonnables, mais nombreuses :
En 1839, les Britanniques ne sont pas installés en Afrique. Il faut attendre la guerre des Sipahis (1857) pour qu'ils y débarquent.
Le portrait de Hindelang est intéressant, mais peu crédible. En relisant les faits historiques, il n'est pas assuré qu'il a été si courageux que cela. Dans la réalité, il a même essayé de se dissocier de ses amis afin de se sauver de la mort.
Jean Joseph Girouard, que nous voyons à l'occasion faire des croquis en prison, a été emprisonné officiellement du 26 décembre 1837 au 16 juillet 1838. Il ne devrait donc pas apparaître dans ce film.
La hiérarchie sociale n'est pas respectée. Puisque De Lorimier était notaire, de simples paysans n'oseraient jamais le « tutoyer ». Il y avait des protocoles d'usage qui étaient en vigueur entre bourgeois, notables et paysans.
Cependant, donnons raison à Falardeau puisque les historiens ne sont pas tous en accord sur ce point.
Ce ne sont que quelques détails qui démontrent qu'il faut regarder ce film avec un œil et une intelligence critique.
Un film politiquement engagé
« 15 février 1839 », c'est Pierre Falardeau à son meilleur. Qu'est-ce qu'il pourra offrir de mieux maintenant ? Ce long métrage est une construction d'une implacable rigueur. Il est aussi le manifeste d'un cinéaste politiquement engagé, à l'image de son idéologie.
« Nous autres, on veut pas savoir d'ousse tu d'viens ou de quelle couleur que t'es. Que tu soyes blanc, jaune, noir… vert si tu veux… on s'en sacre… Nous autres c'qu'on veut savoir, c'est si t'es d'notre bord ou du bord des Anglais », fait dire Falardeau à Charles Hindelang par l'intermédiaire d'un des patriotes.
Plus loin, sur les lèvres de Hindelang, il poursuit : « Je les hais, là, tu peux pas savoir… C'est comme du feu… icitte… Touche. touche… mais fais attention, tu vas te brûler… » Et le message politique lancé aux Québécois d'aujourd'hui arrive : « C'est ça votre problème à vous autres… Vous êtes pas capables de haïr… »
Voilà que l'Évangile selon saint Falardeau est né. Tout est presque parfait, sauf la pleine véracité historique, mais cela n'est pas important lorsqu'un peuple se raconte une légende mythologique et christique qui donne un sens à la finitude de ses luttes libératrices.
Le film est disponible gratuitement sur Youtube :
https://www.youtube.com/watch?v=cX5Rs71KX64&t=147s
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