2 mai 2026

VISION CATHOLIQUE: Sainte Marie-Léonie Paradis

Sainte Marie-Léonie Paradis

Par Benoit Voyer

2 mai 2026

On la connaît sous le nom de Marie-Léonie Paradis, mais le prénom qu’elle reçoit à sa naissance et son baptême est Alodie, mais qu’on appellera familièrement Élodie.

Elle est née le 12 mai 1840, à l’Acadie, sur la rive sud de Montréal, au Bas-Canada. Elle est la fille unique de Joseph Paradis et Émilie Grégoire.

Vers 1845, dans le rang de la tortue, pas très loin du village de Saint-Philippe-de-Laprairie, Joseph Paradis loue un moulin désaffecté, Il y moud le grain, scie du bois et carde la laine.

À neuf ans, elle devient pensionnaire chez les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, à Laprairie. Mais ce n’est que pour une courte durée, la famille déménage à Napierville où elle continue d’aller à l’école pendant que Joseph s’exile en Californie afin de se faire chercheur d’or. Elle retournera au pensionnat de Laprairie en 1850.

Vie religieuse
Le 28 février 1854, elle entre chez les Sœurs Marianites, la branche féminine de la Congrégation de Sainte-Croix, à Ville Saint-Laurent. Elle a 13 ans. En communauté, elle porte le nom de sœur Marie-de-sainte-Léonie.

À son retour de Californie, son père tente de la faire rentrer à la maison. En vain. Son choix est ferme et définitif.

En 1956, elle enseigne aux enfants dans le patelin de Sainte-Scholastique, devenu de nos jours un arrondissement de la ville de Mirabel.

Le fondateur, le père Basile-Antoine Moreau, de passage au Canada, lui permet, le 22 août 1857, de prononcer des vœux permanents de vie religieuse en dépit d'une faible santé. Elle a 17 ans.

Elle se consacre à l'éducation. À Varennes, Saint-Laurent et Saint-Martin (devenu un quartier de Laval), elle est enseignante, surveillante et secrétaire de la supérieure.

En 1862, on l'envoie travailler à l'orphelinat Saint-Vincent-de-Paul, à New York.

En 1870, en Indiana, Élodie choisit de passer définitivement à la branche américaine des Sœurs de Sainte-Croix. Aux États-Unis, elle enseigne les travaux à l'aiguille et le français à l'Académie Sainte-Marie. Son immersion dans la langue de Shakespeare lui permet d’en venir à maîtriser la langue anglaise.

Après un séjour au Michigan, à l'automne de 1874, on la nomme à Memramcook, au Nouveau-Brunswick, afin de diriger un groupe de postulantes et de novices au Collège Saint-Joseph dirigé par le père Camille Lefebvre, de la Congrégation de Sainte-Croix. Elle est affectée aux soins de l’économie domestique et de la bonne tenue du département culinaire de la maison. Le collège est un nouvel établissement qui a ouvert ses portes en 1864.

Les petites sœurs de la Sainte-Famille
En 1880, la direction de la communauté religieuse accepte l’idée qu’un groupe de filles, portant le nom de « Petites Sœurs de la Sainte-Famille », s'organise en institut autonome sous la direction de Léonie. L’idée de cette dernière. La mission de son groupe est et restera le soutien spirituel et matériel des prêtres. Les femmes célibataires qui marchent à sa suite se consacrent aux tâches domestiques dans un grand nombre de presbytères et d’évêchés, et travaillent aussi au secrétariat, à la comptabilité et à la gestion des archives.

En 1895, la mort du père Lefebvre laisse l'œuvre sans approbation canonique. L’évêque du lieu refuse toute reconnaissance.

Mgr Paul Larocque, évêque de Sherbrooke, étant à la recherche de religieuses pour son séminaire et son évêché, fait une offre au groupe de femmes. Léonie consulte, réfléchit et décide de transférer la maison-mère et le noviciat des Petites Sœurs de la Sainte-Famille à Sherbrooke.

Le 5 octobre 1895, Marie-Léonie et ses filles déménagent au 10, rue Peel, à Sherbrooke.

Le 26 janvier 1896, Mgr Paul Larocque donne une approbation diocésaine à la nouvelle communauté des Petites Sœurs de la Sainte-Famille.

En 1905, le pape Pie X la relève de ses obligations envers sa première communauté et lui donne la permission d’être, elle aussi, une petite sœur de la Sainte-Famille.

Décès
Marie-Léonie Paradis décède le 3 mai 1912, à la veille de ses 72 ans. En ce jour, 635 femmes célibataires marchent à sa suite dans les trois Amériques et en Italie.

Béatification
Le 11 septembre 1984, elle est béatifiée lors d’une messe présidée par le pape Jean-Paul II au parc Jarry, à Montréal. Mes parents sont présents au rassemblement.

Un autre miracle
En 1986, à Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie, un miracle aurait eu lieu par son intercession. Il s’agit d’un nouveau-né de sexe féminin, à la suite d’une asphyxie périnatale prolongée avec défaillance de plusieurs organes et encéphalopathie.

La cathédrale Saint-Michel
Transfert à la cathédrale Saint-Michel

Le tombeau de Marie-Léonie Paradis repose au couvent des Petites Sœurs de la Sainte-Famille jusqu’au 31 mai 2017. Ce jour-là, on déménage sa dépouille dans la basilique-cathédrale Saint-Michel, à Sherbrooke, à l’occasion d’une cérémonie officielle présidée par Mgr Luc Cyr. Une partie du musée du centre Marie-Léonie y est également transférée durant la même année.

Canonisation
Le 20 octobre 2024, sur la place Saint-Pierre, dans la Cité du Vatican, Marie-Léonie Paradis est canonisée.

Dans son homélie, le pape François, qui préside la célébration, rappelle l’importance du service, une caractéristique des chrétiens :

« Jésus dévoile les pensées, dévoile les désirs et les projets de notre cœur, démasquant parfois nos attentes de gloire, de domination, de pouvoir, de vanité. Il nous aide à penser, non plus selon les critères du monde, mais selon le style de Dieu qui se fait dernier pour que les derniers soient élevés et deviennent les premiers. Et souvent ces questions de Jésus, avec son enseignement sur le service, sont aussi incompréhensibles, incompréhensibles pour nous qu’elles l’étaient pour les disciples. Mais en le suivant, en marchant sur ses pas et en acceptant le don de son amour qui transforme notre façon de penser, nous pouvons nous aussi apprendre le style de Dieu : le style de Dieu, le service. N’oublions pas les trois mots qui illustrent le style de service de Dieu : proximité, compassion et tendresse. Dieu se fait proche pour servir ; il se fait compatissant pour servir ; il se fait tendre pour servir. Proximité, compassion et tendresse…

C’est ce que nous devons viser : non pas le pouvoir, mais le service. Le service est le mode de vie chrétien. Il ne s’agit pas d’une liste de choses à faire, comme si, une fois faites, nous pouvions considérer que notre tour est fini ; celui qui sert avec amour ne dit pas : “maintenant, ce sera le tour de quelqu’un d’autre”. Cela, c’est la pensée d’employés, pas celle de témoins. Le service naît de l’amour et l’amour ne connaît pas de limites, il ne fait pas de calculs, il dépense et donne. L’amour ne se contente pas de produire pour obtenir des résultats, il n’est pas une performance occasionnelle, il naît du cœur, un cœur renouvelé par l’amour et dans l’amour.

Lorsque nous apprenons à servir, chaque geste d’attention et de soin, chaque expression de tendresse, chaque œuvre de miséricorde devient un reflet de l’amour de Dieu. Et ainsi nous tous – et chacun de nous – nous poursuivons l’œuvre de Jésus dans le monde. »

Mémoire
Chaque année, la mémoire liturgique de sainte Marie-Léonie Paradis est soulignée le 4 mai dans toutes les messes de la planète.

Toile de Léonie au Sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré
Propos de sainte Marie-Léonie Paradis

-1-

« Ma foi venait de la présence de Dieu que je sentais en moi. Il a toujours eu la première place dans ma vie. J’étais convaincue que l’âme qui ne perdait pas la présence de Dieu en elle avait trouvé un trésor que personne ne pouvait lui ravir »

-2-

« Vous ne pouvez dire et redire assez souvent, pendant la journée, le Notre Père, en allant, en venant, en travaillant sans cesse, car Dieu est pour nous le plus tendre des pères et jamais nous ne pourrons assez lui marquer notre profonde reconnaissance ».

-3-

« Ayez confiance au bon Dieu comme à un bon père N’allez pas croire que le bon Dieu vous perdra si vous mettez toute votre confiance en Lui. Tenez-vous en paix, quoi qu’il arrive ! »

-4-

« Je ne demande pas la perfection, elle n’est pas de ce monde, mais des efforts constants pour bien remplir nos devoirs, pratiquer surtout les grandes vertus : la charité, l’humilité, sans lesquelles il n’y a pas de bonheur possible sur la terre ; c’est notre orgueil froissé qui cause tous nos chagrins, nous fait verser des larmes. »

-5-

« Je suis décidée à laisser faire tranquillement le bon Dieu. À quoi bon se tourmenter en pure perte ? C’est Dieu qui conduit toutes choses et il sait mieux que nous ce qu’il nous faut ».

-6-

Combien de fois vous ai-je vue vous lamenter, ne plus entendre la voix de ceux qui cherchaient à vous calmer, parce que, disiez-vous, c'est moi qui ai forcé le bon Dieu à m'abandonner. Eh bien ! laissons ce passé, oubliez-le comme Dieu lui-même l'oublie et dites avec bonheur : J'ai trouvé celui que j'aime, je le tiens et ne le laisserai point aller.

Ce n'est pas seulement dans le repos de la contemplation, dans une paix exempte de trouble que vous devez chercher Dieu ; c'est dans les rues et les places publiques, c'est au milieu du bruit de votre imagination, du désordre de vos pensées, des attaques de vos passions et de l'ennemi de votre salut.

Il faut, pour trouver le bien-aimé de votre âme, vous élever au-dessus de tout cela ; il ne dépend pas de vous de n'avoir point de tentation, de n'être pas sujette à toutes les peines de l'imagination, à tous les soulèvements de la nature ; votre âme est quelquefois semblable aux rues et places publiques d'une grande ville ; mais, lorsqu'on cherche un objet chéri, on ne pense qu'à Lui, on entend le bruit mais on ne l'écoute pas et c'est là la grande science de la vie spirituelle : aller en avant malgré ce qui se passe en nous et hors de nous, demandant sans cesse le bien-aimé, ne se lassant jamais quoiqu'on ne le trouve pas ; ne s'effrayant point de ce tumulte, de cette confusion de pensées qui, tour à tour, envahissent l'âme.

Dieu ne change point, et c'est Lui que je veux ; l'unique nécessaire ; je l'ai compris, il s'agit maintenant de me lever. Oui, je me lèverai ; je parcourrai les rues de la ville, parce que rien ne me coûtera pour parvenir jusqu'à Lui. C'est Lui que je veux à tout prix, et fallut-il passer ma vie à la recherche de cet objet unique, la passer au milieu de ce bruit intérieur qui me fatigue. C'en est fait. Je me lève. Je cours. Je vole, je le cherche et suis sûre de le trouver enfin. (Dans une lettre à sœur Maria Petipas)

Prier comme sainte Marie-Léonie Paradis

-1-

« Très doux cœur de Jésus, je vous consacre aujourd’hui et pour toujours : mon esprit pour méditer vos commandements et vos conseils, mon cœur pour les aimer, mon corps et toutes mes puissances pour les mettre en pratique. Mon Jésus, miséricorde. »

-2-

« Vous savez, Seigneur, que je vous aime… tout pour vous, mon Dieu ; tout par amour pour vous. Tout ce que je demande, c’est que toutes les palpitations de mon cœur à chaque instant de ma vie soient des actes d’amour ».

Sainte Marie-Léonie Paradis et moi

Sur le plan généalogique, sainte Marie-Léonie Paradis est ma 3ᵉ arrière-petite-cousine éloignée au troisième degré.

D’elle à moi :
Marie Léonie Élodie Paradis (1840-1912) ;
Joseph Paradis (1816-1871), son père ;
Jean-Baptiste Paradis (-1843), son grand-père ;
Jean-Baptiste Paradis, son arrière-grand-père ;
Pierre Paradis (1718-), son 2ᵉ arrière-grand-père ;
Joseph Paradis (1679-1749), son 3ᵉ arrière-grand-père ;
Pierre Paradis (1647-1700), son 4ᵉ arrière-grand-père ;
Pierre Paradis (1604-1675), son 5ᵉ arrière-grand-père ;
Guillaume Paradis (1644-1716), son 6ᵉ arrière-grand-père ;
Gabriel Paradis (1675-1755), son 7ᵉ arrière-grand-père ;
Louise Paradis (1728-1810), son 8ᵉ arrière-grand-mère et ma 5ᵉ arrière-grand-mère ;
Marie Anne Soucy (1769-1809), ma 4ᵉ arrière-grand-mère ;
Félicité Chamberland (1805-1893), ma 3ᵉ arrière-grand-mère ;
Jérémie Rémi Chenard (1829-1908), mon 2ᵉ arrière-grand-père ;
Rémi Chenard (1864-1918), mon arrière-grand-père ;
Alice Chenard 1889-1981, ma grand-mère
Roméo Voyer (1930-2021), mon père
Benoit Voyer (moi)

EN LIBERTÉ: Le pape Benoit XIV, parapsychologue (3 mai)


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Nouvelles de chez nous

N
ouvelles de chez nous

Benoît Voyer

QUÉBEC

Le comédien Gérard Depardieu devient curé

MONTRÉAL – Le comédien français, Gérard Depardieu, incarnera le rôle d'un curé dans le long-métrage Nouvelle-France qui sera à l'affiche dans quelques semaines dans les salles de cinéma. Premier film québécois à prendre pour toile de fond l'époque de la Conquête (1758-1761).

La cathédrale de Chicoutimi retrouve ses lumières
CHICOUTIMI – Après une trentaine d'années d'inactivité, les 1450 ampoules de la cathédrale de Chicoutimi, qui bordent les arches délimitant le transept, ainsi que la fresque baptisée « La glorification du Christ ressuscité », se sont illuminées durant les messes célébrées à Noël. Le système a été installé lors de la construction du temple, en 1922.

La paix et la guerre
MONTRÉAL – Le 26 octobre, le cardinal Jean-Claude Turcotte écrivait dans sa chronique hebdomadaire publiée dans le Journal de Montréal : « La paix n'est pas seulement l'absence de guerre ; c'est aussi la mise en place de conditions économiques, sociales et politiques qui permettent de répondre aux besoins vitaux d'une nation. Il existe dans notre monde une trop grande disparité dans la répartition de la richesse entre les pays. La pauvreté et la misère sont toujours une source de violence et une terre propice à faire naître les conflits ».

Sanctuaire à la radio
TROIS-RIVIÈRES – Le sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, situé dans le secteur de Cap-de-la-Madeleine à Trois-Rivières, présente une émission radiophonique dominicale sur les ondes de CHLN 550, chaque dimanche, de 9 heures à 9 h 30 www.chln550.com

Mérite diocésain
JOLIETTE – Mgr Gilles Lussier, évêque de Joliette, a remis la médaille du mérite diocésain à Gilles Tessier, spécialiste des communications, à l'abbé François Lanoue, éducateur et historien, et aux Sœurs des Saints-Cœurs-de-Jésus-et-de-Marie, pour 100 ans d'engagement dans le diocèse de Joliette.

Oratoire Saint-Joseph
MONTRÉAL – L'Oratoire Saint-Joseph aura 100 ans le 19 octobre 2004. Le lancement des festivités du centenaire a eu lieu à l'automne, à l'occasion d'une célébration présidée par le cardinal Jean-Claude Turcotte. « Avec tout l'amour du monde depuis 1904 » est le thème retenu pour marquer cet événement. www.saint-joseph.org

Il faut protéger le patrimoine funéraire
GRANBY – Afin de créer un répertoire des cimetières du Québec, dans le but de recenser les personnes inhumées et les œuvres d'art qui dorment dans ces lieux de repos éternel, un groupe d'une centaine d'historiens, préoccupés par le patrimoine funéraire du Québec, réunis en colloque à Granby, en novembre, demande au gouvernement de la province d'accorder une subvention de 100 000$ pour ce projet. La lettre envoyée au ministre de la Culture, il y a plusieurs mois, est toujours sans réponse.

Le pape trop vieux ?
MONTRÉAL – Environ 41 % des Canadiens croient qu'un âge limite devrait être imposé pour être pape, selon un sondage Léger Marketing. Au Québec, un répondant sur deux est favorable à une limite d'âge. C'est dans les Prairies et en Ontario que les répondants sont les moins nombreux à croire qu'un âge maximum devrait être imposé, soit 32 % et 34 % respectivement. Le sondage révèle aussi qu'un Canadien sur deux estime que Jean-Paul II n'est plus en mesure de bien jouer son rôle. Cependant, ce sont les jeunes de 18 à 24 ans qui sont les moins critiques envers le pape, puisque 55 % d'entre eux jugent qu'il est encore en mesure de bien remplir son rôle. Le sondage a été réalisé auprès de 1502 répondants du 21 au 26 octobre. Sa marge d'erreur est de 2,6 %, 19 fois sur 20.

TERRE-NEUVE

Nouveau président de la CECC

SAINT-JEAN – Mgr Brendan O'Brien, archevêque de Saint-Jean, Terre-Neuve, a été nommé président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). Il devient ainsi le 30ᵉ président de la CECC et le premier évêque d'un diocèse terre-neuvien à occuper cette fonction.

ONTARIO

Situation linguistique des enfants

OTTAWA – Partout au Canada, le nombre d'enfants qui ont le droit à une éducation en français est en diminution. Depuis 15 ans, un rapport de l'Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques montre une diminution remarquée de 27 % des enfants de 0 à 4 ans et de presque 17 % pour les 5 à 17 ans. Une fécondité à la baisse et l'absence presque totale d'immigrants francophones à l'extérieur du Québec expliqueraient la situation. De plus, les mariages mixtes contribuent grandement à l'assimilation des francophones. Les enfants issus de ces unions entre anglophone et francophone fréquentent en général des écoles anglophones. Au pays, 63 % des enfants de la minorité francophone sont nés de mariages mixtes. À peine 15 % des enfants issus de ces mariages parlent plus souvent le français que l'anglais à la maison et seulement 44 % de ces enfants connaissent assez bien la langue française pour soutenir une conversation. Au Nouveau-Brunswick, 81 % des enfants francophones qui y ont droit fréquentent une école française. Cette proportion s'élève à 38 % en Nouvelle-Écosse, à 35 % à l'Île-du-Prince-Édouard et à 31 % à Terre-Neuve-et-Labrador. Cependant, en Colombie-Britannique, il ne s'élève qu'à 10 %

(Revue Sainte-Anne, janvier 2004, p. 14)

1er mai 2026

HISTOIRE: À Saint-Jean-Vianney, c’était comme si l'enfer s’était ouvert

À Saint-Jean-Vianney, c’était comme si l'enfer s’était ouvert

Par Benoit Voyer

1er mai 2026

Le 4 mai 1971 est un mardi soir qui ressemble à tous les autres dans la municipalité de Saint-Jean-Vianney. En pleine série éliminatoire de hockey, ils sont nombreux à se coucher tard afin de regarder à la télévision le match opposant les Canadiens de Montréal aux Blackhawks de Chicago.

Tout à coup, à 22 h 50, le village sombre dans l’obscurité totale. C’était « comme si l’enfer s’était ouvert, les flammes en moins » [1]. Le sol se met à bouger… et s’ouvre soudainement. 56 maisons neuves sur un total de 701 habitations qu’il y a dans la municipalité sont englouties dans une mer de boue. À cela s’ajoutent les nombreuses demeures demeurées juchées sur les bords de la falaise dans un équilibre précaire. En tout, 31 personnes sont emportées avec les maisons [2]. C’est beaucoup pour une population de 2600 habitants. Dans ce hameau, tous se connaissent.

Le cratère est immense. Il fait autour de 320 000 mètres carrés et sa profondeur est de 15 à 31 mètres. On estimera qu'un milliard cinq cents millions de kilogrammes d’argile et de sable sont emportés jusqu’à la rivière Saguenay. [3]

Au loin, provenant des maisons qui s’engouffrent, on entend gémir des cris de détresse, d’angoisse et d’appels au secours. C’est à crever le cœur. Les témoins de la scène se sentent démunis, ne pouvant rien faire.

Un autobus, avec à bord des employés de l’ALCAN, a dégringolé dans le cratère. Par chance, la majorité d’entre eux a réussi à sortir juste à temps du véhicule et à se rendre en lieu sûr.

Alertés de la situation, les secours arrivent de partout : tous les services de police des municipalités avoisinantes, notamment de Chicoutimi, Jonquière, Kénogami et Arvida, la Protection civile, la Croix-Rouge et même des membres des Forces armées canadiennes de la base de Bagotville.

Les sinistrés trouvent refuge dans la salle municipale de Kénogami, devenue un dispensaire où on administre les premiers soins, et chez des parents et amis.

En cette nuit d’horreur aux allures de fin du monde, « les blessures corporelles, au dire de la police, ne sont pas nombreuses, mais les chocs nerveux ne se comptent pas ». [4] Cette nuit, les citoyens de Saint-Jean-Vianney ont vu les couloirs de l’enfer.

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[1] Le propos est d’un policier à qui le journaliste de La Presse a parlé. Cf. Jean de Guise et Thomas Duhaime. Cataclysme au Saguenay, La Presse, 5 mai 1971, pp. 1 et 6. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2716629
[2] Wikipédia, l'encyclopédie libre. Saint-Jean-Vianney. http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Saint-Jean-Vianney&oldid=224146725
[3] Wikipédia, l'encyclopédie libre. Saint-Jean-Vianney. http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Saint-Jean-Vianney&oldid=224146725
[4] Cf. Jean de Guise et Thomas Duhaime. Cataclysme au Saguenay, La Presse, 5 mai 1971, pp. 1 et 6. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2716629

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Jacques Ménard

Jacques Ménard

Le secret caché d'un homme qui brasse des milliards de dollars. « Dans mon travail de gestionnaire, Jésus est un cadre supérieur qui a la responsabilité du contrôle de la qualité »

Benoît Voyer


MONTRÉAL – L. Jacques Ménard, un homme qui brasse annuellement des milliards de dollars, se réfugie, au moins une fois par semaine, dans la quiétude de la magnifique basilique Notre-Dame, dans le Vieux-Montréal, pour méditer, demander conseil à Dieu et participer à l'eucharistie. De plus, en avion, lors de ses très nombreux déplacements entre ses deux bureaux de Montréal et celui de Toronto, il médite les mystères de la foi à l'aide du chapelet et invoque la Vierge Marie.

La réputation de cet homme n'est plus à faire. L. Jacques Ménard est un des plus importants gestionnaires en Amérique et le patron de près de 10 000 employés. En plus de ses fonctions de président des conseils d'administration de BMO Nesbitt Burns et de BMO Groupe financier, il est administrateur de Rona inc., de Bowater incorporated, d'Ontario Power Generation (OPG) et de nTrein Technologies inc. De plus, il a notamment été président du conseil d'administration d'Hydro-Québec de 1996 à 2001 et est très connu des amateurs de baseball professionnel puisqu'il a été impliqué dans l'administration des Expos. Enfin, il a reçu de nombreuses distinctions pour son apport à la collectivité. La plus prestigieuse est sans aucun doute celle d'officier de l'Ordre du Canada.

Appelé à prendre régulièrement la parole sur différents sujets de la vie publique, il est très pudique lorsqu'il s'agit de parler de lui, surtout de sa vie religieuse. D'ailleurs, il a fallu faire preuve de vertu de persévérance pour le convaincre. Les messages laissés à son bureau ont été multipliés et l'intervention de Robert Dutton, président exécutif et chef de direction de Rona, a été sollicitée. Après tout, c'est lui qui a suggéré le sujet ! « Ne crains pas ! C'est un excellent journaliste ! », lui a lancé son fidèle ami pour le rassurer.

« Si le fait d'accepter de parler de mes valeurs avec vous pouvait convaincre d'autres leaders économiques à faire de même, j'en serais heureux. Cela aiderait l'Église du Québec à retrouver ses lettres de noblesse », a-t-il confié à la fin de cette interview exclusive accordée à la Revue Sainte Anne, en limousine, en transit entre le siège social de la Banque de Montréal, situé en face de la Place d'Armes, et son bureau principal au 6ᵉ étage du 1800 avenue McGill College.

Au nom du père
Né à Chicoutimi le 29 janvier 1946, L. Jacques Ménard doit beaucoup à l'influence de ses parents, surtout à son père.

Cet homme, né dans la région d'Ottawa, était peu scolarisé lorsqu'il a quitté la ferme familiale à l'âge de 16 ans. Malgré tout, il se trouve un emploi de messager à la Banque royale Afin d'améliorer sa condition sociale, il décide de suivre des cours par correspondance avec l'Institution canadienne des banquiers. Il réalise son rêve en devenant gérant de succursales. C'est pour cette raison que ses deux aînés, Jean-Pierre et Jacques, sont nés au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Toutefois, Jacques garde peu de souvenirs de ce magnifique patelin puisqu'il revient à Montréal vers l'âge de 5 ans.

Cet homme qui a passé 43 ans à l'emploi de la Banque Royale était un passionné pour le monde de la finance et du crédit.

« Dans l'intimité, je le voyais prier souvent. Il avait une grande foi en Dieu », se souvient L. Jacques Ménard.

Au nom de la mère
La tendre mère du clan Ménard a consacré toute sa vie à l'éducation de sa famille. Ses deux fils, nés à onze mois l'un de l'autre, et ses jumelles, Louise et Denise, occupent toute son attention.

La foi et la pratique religieuse sont également des valeurs importantes pour elle. Elle est attachée aux rites du catholicisme. Elle ne manque pas une occasion de faire vivre à ses protégés les célébrations du calendrier liturgique et elle décore pieusement la résidence d'images religieuses, d'icônes et de statues.

Dans la résidence montréalaise, située dans la paroisse des Dominicains, il y a trois chambres à l'étage. Jacques partage la sienne avec son frère. Dans le corridor, il y a une statue du Sacré-Cœur. La mère y allume occasionnellement un lampion afin de souligner les grandes occasions. « Puisqu'elle a failli mettre le feu à la maison, papa a décidé, un jour, d'électrifier tout cela. Il a installé une espèce de veilleuse que, finalement, nous allumions souvent en soirée et la nuit pour se rendre au cabinet d'aisances », raconte le gestionnaire, l'étincelle dans les yeux et le sourire aux lèvres.

Il poursuit : « Lorsque nous vivions des moments tendus en classe à cause des examens, maman nous disait toujours de ne pas s'en faire… « Je vais allumer le Sacré-Cœur et tout va bien se passer ! » Je dois vous avouer que parfois, en salle d'examen, j'avais l'impression qu'il y avait une panne de courant à la maison ! » (rires)

Au nom du fils
Afin d'éviter l'oisiveté à leurs enfants, Jacques est inscrit, comme son frère, au sein du mouvement scout Il évolue huit ans dans la formation de Baden Powel. Toujours prêt, c'est à cet endroit qu'il vit ses premières implications au service de la communauté.

De plus, au Collège Sainte-Marie, sous l'influence des Jésuites, il vit des expériences intercalées de valeurs évangéliques et universelles qui le marquent.

Après avoir complété un baccalauréat ès arts au Collège Sainte-Marie (1966) et un baccalauréat en commerce, spécialisé en économie au Collège Loyola (1967), il décide de se perfectionner davantage en complétant un M.B.A. à l'université Western Ontario, de 1967 à 1970.

« Il y avait, là-bas, une petite communauté chrétienne où j'allais me réfugier un peu le dimanche matin pour prier et participer à l'eucharistie. Tout de suite après, j'allais dîner avec Claude Bachand, et son épouse Nathalie, qui était en deuxième année de maîtrise, alors que j'en étais encore à ma première. Tout de suite après le repas, je retournais chez moi pour poursuivre mon travail de maîtrise. « J'étudiais presque tout le temps », se remémore-t-il.

À son retour à Montréal, il se trouve un boulot de courtier en valeurs mobilières et commence à s'impliquer bénévolement pour aider ceux qui en ont besoin.

Il est touché par l'action sociale de Raymond Bachand (actuel président et directeur général de Secor) au sein d'OXFAM Québec. L'organisme en est à ses débuts. Il se joint à son ami et à Yvon Deschamps, Pierre-Marc Johnson et Claude Fillion. Ceux-ci lui demandent de s'occuper des aspects économiques de l'institution.

Au nom de l'amour
« Le meilleur coup de ma vie, je l'ai fait à 29 ans. Il s'agit de ma rencontre avec Marie-Josée Ratelle, la femme qui est devenue mon épouse en 1975, après trois années de fréquentations.

Elle avait 23 ans lorsque je l'ai connue. C'est l'abbé Pierre Saint-Cyr, actuel curé à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal, qui a célébré notre mariage et qui, par la suite, a baptisé nos enfants. En Marie-Josée, j'ai trouvé une chrétienne engagée et qui vit ses convictions. Elle le fait avec beaucoup de réserve, de pudeur et de discrétion », lance-t-il.

Sa manière de vivre l'a considérablement touché. Lorsque son frère Gilles est décédé à l'âge de 34 ans, elle a été pour lui d'une exemplarité hors du commun.

La foi de sa vieille complice le nourrit également. Elle lui a fait redécouvrir l'Évangile, notamment à la lecture de l'Évangile romancé de Maria Valtorta. « Souvent, elle m'en lisait de longs extraits, le soir, après mes longues heures de travail », ajoute Jacques Ménard. Souvent, ils prient ensemble.

Il n'a que des éloges pour SA Marie-Josée : « C'est une dame d'une grande élégance, d'une grande générosité, d'une intensité hors de l'ordinaire, courageuse, qui a une écoute extraordinaire et son implication communautaire est vraiment inspirante. J'ai beaucoup d'admiration pour elle. Elle est pour moi un modèle et une conseillère très franche et très patiente. »

Au nom de la Trinité
Il faut savoir vivre le risque de ses convictions. Cette idée revient régulièrement au fil de ses confidences.

Pourquoi la foi est-elle si importante pour lui ? « Cette question est difficile pour moi, parce que ma foi je l'ai reçue dans mon héritage parental. Elle forme un tout harmonieux avec tout ce que je suis. Cependant, je peux affirmer que la foi est pour moi un point de repère important et elle m'amène à vouloir être, avec mes petits moyens et mes talents, un agent de changements pour enrichir la vie des autres, dans toutes les facettes de l'expression, et améliorer celle de ceux que je côtoie », explique l'homme.

La parabole des talents est sa préférée. Il en parle souvent. Est-ce qu'elle lui sert à justifier sa richesse financière et le niveau économique dans lequel il vit? Peut-être. Cependant, son explication de la parabole interpelle.

« Le Seigneur a distribué les ressources, les talents et les capacités de manière fort inégale dans la société. La parabole des talents me rappelle que ceux qui ont reçu beaucoup, que la vie a choyés en abondance, le Seigneur attend davantage. Les personnes en position d'autorité dans le monde des affaires doivent mettre à contribution leurs talents au service de la société. En ce sens, il est nécessaire que les agents économiques se sentent responsabilisés au devoir de s'exercer à être des agents de changement avec les capacités et les ressources auxquelles ils ont accès. » Ces paroles, c'est à son expérience qu'il les puise.

Même s'il est un homme d'affaires qui brasse des milliards de dollars par année, il se défend bien de « l'avoir acheté » ce Jésus auquel il croit. Mais que peut bien représenter le Christ pour ce gestionnaire ? Qu'est-ce que cette relation apporte de différent à sa manière de gérer ses entreprises ? « Dans mon travail de gestionnaire, Jésus est un cadre supérieur qui a la responsabilité du contrôle de la qualité », rien de moins ! Et c'est pour cette raison qu'il visite souvent Jésus dans le somptueux décor de la basilique Notre-Dame et qu'il trouve du réconfort auprès de sa mère.

(Revue Sainte-Anne, 9 janvier 2004, pp. 9 et 46)

30 avril 2026

PSYCHOLOGIE: La sexualité, c'est toute la pulsion qu'il y a en soi qui nous pousse à aimer

La sexualité, c'est toute la pulsion qu'il y a en soi qui nous pousse à aimer

Par Benoit Voyer

30 avril 2026

Un jour, la docteure en sexologie clinique, Marie-Paule Ross [1], me donnait une définition intéressante de ce qu’est la sexualité humaine. Il s’agit d’un beau complément à la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe [2]:

« La sexualité, c'est toute la pulsion qu'il y a en soi qui nous pousse à aimer, à créer et à entrer en relation avec les autres. Quand on parle du vrai sens de la sexualité, quand on parle de processus de sexualisation, cela signifie que l'être humain est né de la fusion et que, tout au long de son processus de sexualisation, il doit atteindre l'autonomie et la liberté. C'est une dynamique intérieure qui nous pousse à la croissance et à grandir sur les plans affectif et spirituel.

C'est pour cette raison que, s'il n'y a pas tout ce lien affectif, toute cette relation profonde à l'intérieur d'un couple, l'intimité érotique n'a pas de sens.

Mes collègues, qui sont aussi des sexologues cliniciens, sont en accord avec moi. Nous vivons dans une société qui est tellement hédoniste, tellement pro-sensuelle, qu'on est en train de défaire notre humanité. Il est urgent d'intervenir pour que cette situation change. […]

Les blessures causées, à cause d'une sexualité défaillante qui ne respecte pas l'ordre des choses, et la consommation érotique, créent un vide dans l'affectivité humaine. »

Et puis, je lui demandais si de nos jours il est encore possible de vivre la chasteté ».

Il m’expliquait qu’ « atteindre la chasteté fait partie d'une dynamique de croissance chez tout humain. La chasteté signifie vivre des relations sexuelles conformes à l'amour, c'est-à-dire dans le respect, la liberté, la fidélité et la vérité. Elle nous garde loin de la fusion, de la dépendance et de la symbiose.

De son côté, le célibat qui inclut l'abstinence sexuelle, est une autre affaire ! La chasteté est pour tous ceux qui acceptent de devenir des personnes plus matures sur les plans affectif et spirituel et qui se rendent de plus en plus capables de vivre la chasteté. Celle-ci a pour but d'atteindre la liberté dans nos relations et ne pas utiliser l'autre à nos fins.

Ce n'est pas juste un idéal ! La chasteté est la réalisation à son apogée d'une personne humaine. Quand elle est vécue dans l'amour, c’est la vertu qui nous permet de vivre notre sexualité de façon constructive et non destructive. »

Dans son propos, elle insistait sur l’importance de la formation : « Comment se forme-t-on ? En apprenant comment fonctionne l'érotisme et en traitant nos angoisses, parce que celles-ci amènent à des compulsivisés incontrôlables. Que l'on soit célibataire ou marié, c'est la même chose… »

« Mais s’ils ne peuvent pas se maîtriser, qu’ils se marient, car mieux vaut se marier que brûler de désir » (1 Co 9, 9). Marie-Paule Ross éprouvait un grand malaise devant les propos de Paul: « Je ne suis pas en accord avec saint Paul. Ce n'est pas vrai que le mariage est la solution à ceux qui ne sont pas capables de vivre le célibat. Une personne qui ne peut pas vivre seule n'est pas plus apte à se marier ! Le célibat consacré, ce n'est pas seulement vivre sans relation sexuelle ! C'est aussi toute une proposition à vivre dans la liberté intérieure. Je me répète : les plus grands ennemis à une sexualité mature sont les angoisses non résolues en soi. »

Elle insistait : « Ce n'est pas avec des caresses, des tendresses et des embrassades qu'on résout les anxiétés humaines. Ces comportements se concluent par de la généralisation de conflits. Contrairement à l'enfant, l'adulte mature est capable de vivre sans caresses, comme il est capable d'en donner et d'en recevoir en conformité avec son engagement vocationnel. Je trouve vraiment regrettable que, ces dernières années, on ait créé toute une génération d'esclaves sur le plan sensuel. Pour être bien en soi, il est très important de traiter rapidement ses angoisses pour trouver le chemin vers la liberté. »

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[1] Cf. Benoit Voyer. “La passion d’une religieuse pour la sexualité », Revue Sainte-Anne, février 2004, pp. 57 et 73.
[2] 1 Co 7, 1-40

LE PRÉSENT DU PASSÉ: En chassant du paysage toutes nos croix, on procède à un suicide identitaire

En chassant du paysage toutes nos croix, on procède à un suicide identitaire

Une autre histoire de crucifix refait surface dans l'actualité. C'est à un vrai chemin de croix auquel nous participons depuis quelques années. Cette fois-ci, Claude Talbot de l'arrondissement Verdun, à Montréal, a demandé au Mouvement laïque québécois (MLQ) de déposer une plainte, en son nom, à la Commission des droits de la personne, afin d'obliger le maire à enlever la croix, un symbole de notre héritage chrétien, du mur de la salle du conseil d'arrondissement.

Après avoir vécu dans une société chrétienne, le « fondamentalisme laïc », dont le MLQ en est un excellent porte-parole, a pris toute la place. Celui-ci n'admet pas la présence d'aucune religion dans l'espace public, les reléguant au domaine privé. On est passé d'un extrême à l'autre. Ce « fondamentalisme laïc » est aussi grosse menace aux libertés individuelles que le « fondamentalisme religieux ». Serait-il possible de trouver un juste milieu ?

Aussi, en retirant tous ces crucifix, nous sommes en train d'évacuer notre histoire nationale qui a été tricotée serrée avec le christianisme. En évacuant ce passé qui donnait sens à nos luttes quotidiennes, à notre survie, nous sommes en train d'offrir le vide à mes enfants. Ce vide, ils vont le remplacer par quoi ? Rien de très satisfaisant. Tant qu'à ne rien offrir en échange qui ne soit valable, je préférerais qu'on laisse à la vue des signes de la bergerie qui, jadis, nous a tous rassemblés.

Mais allons plus loin. Pourquoi s'attaquer à un symbole qui n'a de pouvoir que dans l'esprit des gens qui veulent bien lui en donner ? Aujourd'hui, sauf exception, c'est moins les religions qui menacent nos libertés que des croyances contemporaines déguisées en savoir. Ainsi, la science, les techniques, la publicité, l'économie, les médias... sont devenus de véritables idoles. Ces nouveaux cléricalismes tablent désormais sur leurs prêtres et diacres, dont les discours sont assénés et reçus sans aucun esprit critique, comme d'Évangile.

Comme l'écrivait Jean-Claude Guillebaud dans son livre « La Force de conviction » (Seuil, Paris, 2005), on dit que « les croyances, c'est quelque chose d'archaïque, maintenant ce qui compte, c'est le savoir. Le savoir de l'économie, le savoir de la technique, le savoir transgénique ... Le fait de donner à ces secteurs-là le statut de savoir, ça leur permet de toiser avec un brin de condescendance les croyances et de les considérer comme des choses vétustes. Mais ce n'est qu'un mensonge, un subterfuge »

Nous sommes entourés de savoirs qui n'en sont pas réellement. Ceux-ci sont des croyances qui se déguisent en savoir. Il y a autant de croyances, en d'autres mots de superstitions, dans l'économie et la politique que dans le religieux et le spirituel. On essaie pourtant de nous faire croire que ce sont des sciences, comme c'est le cas des mathématiques. On nous berne !

Ces secteurs, dont le libéralisme fondé par Adam Smith et d'autres penseurs, ne sont rien d'autres que des choix éthiques, voire des philosophies. Ce n'est pas de la mathématique. On choisit une option économique ou politique dans le seul but d'en arriver à un résultat sur l'humain. Il en va de même pour la technique. Elle n'est pas objective. Elle contient une part de croyances.

Ainsi, face à ces faux savoirs, l'humain ne doit pas sacrifier son sens critique et se soumettre aveuglément. S'il le fait, il devient esclave de systèmes de pensée.

En chassant le religieux institutionnel, on a favorisé le retour des idoles. Je crois, comme Jean-Claude Guillebault, que les idoles peuvent être demain encore plus meurtrières que l'était le religieux. En chassant du paysage toutes nos croix, on procède à un suicide identitaire.

Benoit Voyer

(Revue Sainte-Anne, juillet-août 2008, p. 302)

29 avril 2026

VISION CATHOLIQUE: Le paradoxe des béatitudes

Le paradoxe des béatitudes

On reproche parfois au message évangélique d’agir comme un somnifère, et aux béatitudes, en particulier, d’encourager une morale de faibles qui érige la misère et la soumission en vertus. Mais si tel était vraiment le cas, pourquoi les autorités religieuses de Jérusalem au 1er siècle, alliées au pouvoir romain, auraient-elles décidé de faire mourir celui qui avait propagé la Bonne Nouvelle?

Il semble que nous oublions parfois le sens des béatitudes. Elles nous rappellent que le message de Jésus est résolument provocateur, bien loin d’une mièvre résignation. C’est d’abord et avant tout un appel au bonheur. Reste à savoir duquel il s’agit…

Jésus déclare que sont heureux les gens qui vivent dans des états contraires à l’idée que nous nous faisons habituellement du bonheur : les pauvres, les affamés, les affligés, les assoiffés. Ce paradoxe est au cœur des béatitudes. Celles-ci ne promettent pas le bonheur; elles le proclament. Elles tracent ainsi une manière originale d’être humain et chrétien ou chrétienne, ici et maintenant.

Rodhain Kasuba [1]

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[1] Rodhain Kasuba. « Un chemin de bonheur », Prions en Église (mensuel), 1er février 2026, p. 35.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: La maladie se vit d'une manière différente pour le croyant et le non-croyant

La maladie se vit d'une manière différente pour le croyant et le non-croyant

MONTRÉAL - Il n'est pas facile d'être malade. La personne qui croit en Dieu ou en un Être suprême et celle qui n'y croit pas ne vivent pas ce temps de la même manière.

La personne malade a besoin, dans le parcours que la maladie lui impose, d'une aide particulière. Pour le croyant, elle est de l'ordre de la présence aimante et aidante de Dieu ou de son Être suprême. Pour le non-croyant, l'aide doit se diriger vers la quête du sens de cet épisode de souffrance au cœur de sa vie.

Concrètement, la personne qui ne croit pas en un Être divin, est souvent confrontée au vide : Pourquoi cette souffrance ? À quoi peut-elle bien servir ?

Henri (prénom fictif dans le but de respecter son anonymat), 72 ans, atteint de la maladie de Parkinson, ne trouve pas de réponses satisfaisantes à ses questions de sens. Il est athée. Pour lui, la maladie et la souffrance n'ont aucun sens. « Lorsque je serai trop malade, j'aimerais être euthanasié. Je ne veux pas souffrir. Vous savez, il faut juste une petite piqûre pour m'endormir afin que je ne me réveille plus », me confiait-il.

De son côté, le croyant, dans sa démarche de foi, place l'épisode de sa maladie dans sa relation avec Dieu ou avec Celui en qui il croit. Pour lui, les événements présents ont une signification. Il croit que tout ce qui lui arrive le prépare ou le purifie en vue de la grande rencontre, après sa mort, avec Celui en qui il croit. Puisque chaque instant de la vie est précieux, il veut vivre sa vie goutte à goutte et jusqu'au bout, qu'importe s'il doit traverser des instants douloureux. Pour lui, la croix n'a pas une signification négative, elle est plutôt synonyme de croissance.

L'accompagnateur spirituel au service des personnes malades et des personnes âgées joue un rôle important : il permet une actualisation de la présence du Tout-Autre ou une révélation du sens de cet épisode de maladie. Il est important, en période de grandes souffrances, de ne pas rester seul, et savoir demander l'aide d'un accompagnateur spirituel...

Benoit Voyer

(Revue Sainte-Anne, avril 2008, p. 158)

28 avril 2026

RÉFLEXION: Le « fondamentalisme laïc »

Le « fondamentalisme laïc »

Par Benoit Voyer

28 avril 2026

En matière de laïcité, serait-il possible de trouver un juste milieu ? Après avoir vécu dans une société chrétienne, le « fondamentalisme laïc » a pris toute la place. Celui-ci n'admet pas la présence d'aucune religion dans l'espace public, les reléguant au domaine privé. On est passé d'un extrême à l'autre. Ce « fondamentalisme laïc » est aussi grosse menace aux libertés individuelles que le « fondamentalisme religieux ».

Depuis quelques décennies, on est en train d'évacuer notre histoire nationale qui a été tricotée serrée avec le christianisme. En évacuant ce passé qui donnait sens à nos luttes quotidiennes, à notre survie, on est en train d'offrir le vide à mes enfants. Ce vide, ils vont le remplacer par quoi ? Rien de très satisfaisant. Tant qu'à ne rien offrir en échange qui ne soit valable, je préférerais qu'on laisse à la vue des signes de la bergerie qui, jadis, nous a tous rassemblés.

Aujourd'hui, sauf exception, ce sont moins les religions qui menacent nos libertés que des croyances contemporaines déguisées en savoir. Ainsi, la science, les techniques, la publicité, l'économie, les médias... sont devenus de véritables idoles. Ces nouveaux cléricalismes tablent désormais sur leurs prêtres et diacres, dont les discours sont assénés et reçus sans aucun esprit critique.

Comme l'écrivait Jean-Claude Guillebaud dans son livre « La Force de conviction » (Seuil, Paris, 2005), on dit que « les croyances, c'est quelque chose d'archaïque, maintenant ce qui compte, c'est le savoir. Le savoir de l'économie, le savoir de la technique, le savoir transgénique… Le fait de donner à ces secteurs-là le statut de savoir, ça leur permet de toiser avec un brin de condescendance les croyances et de les considérer comme des choses vétustes. Mais ce n'est qu'un mensonge, un subterfuge »

Nous sommes entourés de savoirs qui n'en sont pas réellement. Ceux-ci sont des croyances qui se déguisent en savoir. Il y a autant de croyances, en d'autres mots de superstitions, dans l'économie et la politique que dans le religieux et le spirituel. On essaie pourtant de nous faire croire que ce sont des sciences, comme c'est le cas des mathématiques. On nous berne !

Ces secteurs, dont le libéralisme fondé par Adam Smith et d'autres penseurs, ne sont rien d'autres que des choix éthiques, voire des philosophies. Ce n'est pas de la mathématique. On choisit une option économique ou politique dans le seul but d'en arriver à un résultat sur l'humain. Il en va de même pour la technique. Elle n'est pas objective. Elle contient une part de croyances.

Ainsi, face à ces faux savoirs, l'humain ne doit pas sacrifier son sens critique et se soumettre aveuglément. S'il le fait, il devient esclave de systèmes de pensée.

En chassant le religieux institutionnel, on a favorisé le retour des idoles. Je pense que les idoles peuvent être demain encore plus meurtrières que l'était le religieux. En chassant du paysage le christianisme, on contribue à une forme de suicide identitaire.

Malgré tout, je demeure optimiste. Dans les milieux que je fréquente, je vois depuis 2023, année de mon retour à l’église, de nombreux jeunes milléniaux adhérer au christianisme de tradition catholique. Pour eux, ce n’est pas un retour à l’église, mais bien le choix d’y adhérer afin de combler le vide de sens que leurs prédécesseurs ont laissé. Les nouvelles générations reviennent à des valeurs plus conservatrices, des valeurs qui ont façonné notre identité collective depuis l’époque de la Nouvelle-France.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: L'antisémitisme doit cesser

L'antisémitisme doit cesser

OTTAWA - Dans une lettre envoyée aux Églises du Canada, le 8 décembre, les grands leaders religieux du Canada, dont le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), ont déploré l'antisémitisme grandissant au pays : « Nous sommes profondément préoccupés, consternés même, par l'intensification alarmante de l'antisémitisme au Canada. Celui-ci revêt de multiples formes, dont la violence à l'égard de personnes juives - du seul fait de leur appartenance ethnique ou religieuse – et la profanation de leurs lieux saints et cimetières », écrivent-ils.

Les signataires de la lettre se disent plutôt reconnaissants des racines juives de la tradition chrétienne et ils reconnaissent le grand apport du peuple juif à la civilisation mondiale et, surtout, à la société canadienne. Ils ajoutent : « Nous reconnaissons, avec des sentiments de tristesse et de regret mêlés d'une profonde honte, le fardeau historique de persécution que les Juifs ont dû porter tout au long de l'histoire occidentale, fardeau trop souvent imposé par des chrétiens qui diffamaient le peuple de Jésus au nom même de Jésus. Nous exhortons toutes les Églises, paroisses et communautés, ainsi que toutes les personnes de bonne volonté, à rechercher des moyens de démasquer et d'extirper l'antisémitisme qui émane de la société canadienne ou qui sévit chez elle. Nous ne pouvons rester muets. »

Benoît Voyer 

(Revue Sainte-Anne, mars 2004, p. 113)

27 avril 2026

VISION CATHOLIQUE: La vénérable Élisabeth Bergeron

La vénérable Élisabeth Bergeron

Par Benoit Voyer

27 avril 2026

À La Présentation, près de Saint-Hyacinthe, le 25 mai 1851, naît Élisabeth, la fille de Théophile Bergeron et Basilisse Petit.

À cause de la piètre situation économique, sa famille émigre aux États-Unis. Elle a 14 ans. Elle y travaille dans une filature de coton.

En terre américaine, elle s'aperçoit que ses amis et compatriotes du Québec ignorent à peu près tout de la religion. Elle finit par les inviter chez elle pour leur donner des leçons de catéchisme.

En 1870, alors qu’elle est de retour en terre canadienne et qu’elle a été refusée par trois communautés religieuses, Élisabeth parle de son désir de vie religieuse à l’évêque de Saint-Hyacinthe, le bienheureux Louis-Zéphirin Moreau. Il lui demande de fonder une communauté enseignante pour les enfants des campagnes. Elle lui répond : « Si vous pensez que je peux répondre à votre projet malgré mon ignorance et mes inaptitudes, je suis à votre disposition. »

Le 12 septembre 1877, entourée de trois autres femmes, Elisabeth fonde officiellement les Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe. Elle prend le nom de Mère Saint-Joseph.

Deux ans plus tard, Mgr Moreau nomme une nouvelle supérieure pour la jeune communauté. La fondatrice accepte avec humilité la décision de l’évêque. Elle devient assistante générale. Elle gardera son poste jusqu’en 1925.

Élisabeth Bergeron décède le 29 avril 1936.

Elle a été déclarée vénérable le 12 janvier 1996.

De nos jours, la vénérable Élisabeth Bergeron repose au mausolée du columbarium du cimetière de la cathédrale de Saint-Hyacinthe, 1075, rue Girouard Est.

D’Élisabeth à moi
Je trouve ça toujours un peu rigolo, mais bon (!) c’est la réalité : Élisabeth Bergeron, la vénérable fondatrice des Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe, est une lointaine petite cousine. Elle est officiellement ma « petite-cousine éloignée au 5ᵉ degré du mari de ma cousine germaine éloignée au 1ᵉʳ degré ». Si c’est ainsi, c’est à cause de Daniel Laprès, le compagnon de vie de la fille de ma cousine Ginette Voyer, la fille de mon oncle Gérard Voyer de Shawinigan, si je suis devenu parent avec Élisabeth. Regardons cela en détail :

La vénérable Élisabeth Bergeron (1851-1936) est la fille de Théophile Bergeron et de Basilisse Petit. Le père de Basilisse est Joseph Petit.

Joachim Petit (1765-1809) est le père de Joseph (décédé en 1850). Le père de Joachim est Jean-Baptiste Laprès (1736-1800). Joachim aura un frère : Jean Baptiste Jean Noël Laprès (1770-1822). Ce dernier donnera naissance à Jean Olivier Laprès (1806-1894).

Sans grande originalité : Jean-Olivier donnera naissance à Jean-Baptiste (né en 1831) et le fils de Jean-Baptiste sera aussi Jean-Baptiste Laprès (1857-1943).

Le Jean-Baptiste de 1857 donne naissance à Joseph Laprès (1883-1969). Bien oui ! Un autre Joseph !

Joseph donnera naissance à Jules (1922-1988) et Jules à Jacques (1942-2007) et Jules à Daniel Laprès, le mari de ma petite-cousine Louise Voyer.

Et la suite est facile : Louise est la fille de ma cousine Ginette Voyer. Ginette est la fille de mon oncle Gérard Voyer (1913-2014), qui a été conseiller municipal à la ville de Shawinigan pendant 25 ans. Gérard est le frère de mon père Roméo (1930-2021) et tous deux sont les enfants d’Alice Chenard (1889-1981) et Edgar Voyer (1889-1967).

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Terre sainte : la situation est inquiétante

Terre sainte : la situation est inquiétante

OTTAWA – La situation politique en Israël inquiète beaucoup Édouard Ottis, commissaire du Commissariat de Terre Sainte au Canada, dont les modestes bureaux sont situés sur la place Kilborn, à Ottawa. Les tensions qui sévissent entre Israël et les pays arabes, surtout avec les territoires occupés par les Palestiniens, ne cessent de faire fuir les chrétiens, notamment les catholiques.

« C'est une profonde tristesse que nous vivons ! La situation est vraiment tragique parce qu'il y a de moins en moins de chrétiens en Israël. Est-ce que nos musées seront éventuellement gérés par les Juifs ? », interroge le franciscain.

Le problème est réel, mais il ne veut pas trop penser à la réponse pour l'instant. De plus, il ne sait pas encore si son organisation va remettre en question sa présence en Terre sainte.

Néanmoins, il confie au journaliste de la Revue Sainte-Anne de passage dans la capitale canadienne : « Nous autres on est des étrangers là-bas. Nous ne faisons pas partie du paysage. Nous sommes vus par ceux qui vont visiter, mais là-bas nous sommes totalement soumis. Par contre, on est beaucoup plus proche des Palestiniens parce que ce sont eux qui les ont écrasés !»

Les évêques canadiens et d'ailleurs ont déjà eu de bons échanges avec Yasser Arafat, le défunt leader palestinien. Tout porte à croire qu'ils se poursuivront avec son successeur.

Le Commissariat est un organisme de liaison entre le Canada et la Terre sainte Sur la planète, il existe 69 autres bureaux. Celui du Canada a été fondé par le bienheureux Frédéric Janssoone, en 1888. Leur principale activité est de recueillir des aumônes pour le maintien de l'œuvre de Terre Sainte, surtout lors de la collecte annuelle dans les oratoires et églises de partout sur la planète lors de la semaine sainte.

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, février 2005, p. 66)

26 avril 2026

UN PEU DE MOI: Le retour à l’école d’un « drop out »

Mon retour à l'école en 1988 au CERA, à Granby
Le retour à l’école d’un « drop out »

Par Benoit Voyer

26 avril 2026

En 1988, j’ai 22 ans. Puisque je n’ai pas complété mes études secondaires, je fréquente pendant une dizaine de mois le Centre éducatif régional des adultes (CERA), à Granby, afin d’obtenir mon diplôme de fin d’études secondaires. Une seule matière à l’horaire : le français de tout le secondaire et compléter trois crédits que je ferai en français enrichi.

Ce retour a été précédé par quelques jours dans une classe d’intégration où on a fait quelques trucs de développement personnel.

Durant mon séjour à l’éducation des adultes, je dépendais du professeur Normand Saint-Ours qui m’a donné un fier coup de pouce. Il restera toujours dans ma mémoire.

C’est durant cette année que se développeront mes réelles aptitudes pour l’écriture. Durant ces mois, je prendrai conscience que la langue française est quelque chose de très mathématique et logique.

P.S. Si tu te reconnais sur la photo, écris-moi!

LE PRÉSENT DU PASSÉ: 550 enfants veulent aller à l'école

550 enfants veulent aller à l'école

BECONSFIELD - 550 enfants de Champerico et de Totonicopan au Guatemala rêvent de fréquenter l'école, mais leurs parents n'ont pas les moyens financiers pour payer les frais de base. C'est pour cette raison que la fondation Les amis du père Armand Gagné inc. (FAPAG), en collaboration avec Aide chrétienne internationale à l'enfant (ACIE), recherche des parrains pour payer les études d'un élève du primaire ou du secondaire, durant un à cinq ans.

En 2004, l'organisme a réussi à faire subventionner par des Canadiens 200 enfants à Champerico et 200 autres à Totonicopan. En 2005, la FAPAG doit trouver 150 nouveaux partenaires pour Totonicopan.

Chaque parrainage coûte 29 $ par mois. Ce montant se paie par autorisation bancaire pré-autorisée. « 348 $ par année, ce n'est pas très coûteux pour aider un enfant à sortir de la misère. Vous savez, après la remise d'impôts, le coût réel du parrainage est de 201,48 $ », explique le président de la FAPAG, Eugène Sergerie, à la Revue Sainte-Anne.

En plus d'obtenir une photo de son protégé et des renseignements à son sujet, il est possible de correspondre avec l'enfant. Des religieuses assurent la traduction puisque la langue d'usage de ces jeunes est l'espagnol.

De plus, il est possible de partir en voyage au Guatemala, avec le père Armand Gagné, afin de visiter le pays et l'enfant, son école et sa famille. Périodiquement, la FAPAG organise des voyages, à prix modique. L'itinéraire s'attarde habituellement aux régions où œuvre l'organisme de charité, c'est-à-dire loin des itinéraires touristiques traditionnels. Le choc culturel est assuré.

« La FAPAG est entièrement administrée par des bénévoles qui ne reçoivent aucun salaire. Cela nous permet de redonner presque la totalité des sommes recueillies aux projets que nous subventionnons, dont le parrainage d'enfants », tient à préciser Eugène Sergerie.

Il est possible de communiquer avec la FAPAG, sans frais, en composant le 1-877-693-8871. L'adresse du site Internet de l'organisme est www.fapag.org.

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, octobre 2004, p. 402)

25 avril 2026

VISION CATHOLIQUE: Il connaît chacun et chacune par son prénom et son nom

Il connaît chacun et chacune par son nom

Par Benoit Voyer

25 avril 2026

La parole de l’évangéliste Jean résonne en moi depuis quelques jours : « Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. » (Jn 10,3).

« Chacune par son nom… » Ce n’est pas rien. Les mots sont ici vibrants de sens.

Dans son livre « Créés pour être aimés » (Médiaspaul, 2012), Christian Lépine écrit au sujet de ce passage :

« Nous aussi nous recevons un nom lors de notre naissance à la vie. […] ce nom dit notre identité en disant notre mission. […] Ce n’est pas une étiquette interchangeable avec une autre, ce n’est pas un moyen commode d’identification, c’est l’expression d’une mission. […]

L’archevêque catholique de Montréal ajoute : « Toute personne a une mission, toute personne est une mission en puissance, en attente d’être réalisée. Toute personne a en elle une capacité pour le beau, le vrai et le bien, une capacité appelée à se manifester dans l’accomplissement d’une mission.

Fondamentalement, dire que l’être humain est une personne, c’est-à-dire qu’il est un être de relation, fait pour être aimé et pour aimer. Or, c’est la mission qui donne une direction à l’amour, qui exprime une façon d’aimer, d’accueillir et de se donner. Donc, c’est en accomplissant de plus en plus ma mission que je réalise l’amour que je suis appelé à être, que je m’accomplis de plus en plus en tant que personne.

Mais ce que je suis, ce que je suis appelé à être, est un mystère pour moi-même. Je ne connais jamais totalement mon identité et ma mission. Cela peut même devenir une souffrance qui me paralyse et m’empêche de me donner.

[Dieu] connait parfaitement mon identité et ma mission, il connait parfaitement ma vocation. Ainsi, je peux m’abandonner totalement à lui. »

Plus loin, Christian Lépine précise sa pensée : « Le nom désigne ce qu’est la personne, ce qu’elle est appelée à être et à réaliser […]

Dire que le Pasteur appelle chaque personne par son nom, c’est donc dire qu’il connaît profondément chacune d’elles et ce pour quoi elle est faite. Il connait totalement ses capacités et le rôle qu’il peut lui confier. Il sait la mission pour laquelle j’existe, celle où je pourrai me réaliser comme personne en participant à son œuvre de création et de salut.

Dans mon ignorance de ce que je suis, je m’appuie sur la connaissance parfaite que Jésus a du sens de ma vie. Lorsqu’il m’appelle par mon nom, il me révèle à moi-même ce que je suis, il m’appelle à suivre un chemin, il me dit ma vocation. »

Cette connaissance est un chemin de découverte et d’union à Dieu : « La volonté de Dieu est un chemin que je découvre en le prenant. Il y a les lentes maturations et les éclairs subits. Il y a les directions claires et les étapes obscures, ou l’inverse. Il y a les moments où on ne voit pas plus loin que le prochain pas à faire. Il y a la vocation à l’intérieur de la vocation. Et il y a les attentes apparemment sans réponse alors que la vie nous pousse à prendre une décision. » […]

« Qui que je sois, quelle que soit ma condition physique, affective, psychologique, intellectuelle, économique, sociale, j’ai un nom, c’est-à-dire une mission. […] La condition de base se présente d’elle-même : appeler quelqu’un par son nom, c’est viser un contact personnel avec quelqu’un, un contact unique, car chaque nom est unique. [Lorsqu’il] m’appelle par mon nom, il m’appelle à vivre une relation interpersonnelle avec lui ».

Christian Lépine se questionne : « Est-ce que je me laisse nommer par Dieu ? Est-ce que je laisse Dieu me donner ma mission ? Est-ce que je veux me laisser aimer par Dieu et recevoir de lui le sens de ma vie ? »

« Se laisser nommer par Dieu »… n’est pas qu’un beau discours philosophique. Lorsqu’on s’arrête pour prier dans le secret et qu’on fait silence, il arrive qu’une voix surgisse au fond de soi. Plusieurs l’appellent « la voix de la conscience » ou celle du dialogue avec soi-même. Pour moi, c’est la voix de la Vie qui habite en soi et, la Vie, c’est le divin en soi. Cette voix est plus forte que nos tombeaux intérieurs.

Dans les premiers mois de 1995, dans le secret de ma chambre, dans une prière surgit d’un des plus grands gouffres de ma vie, c’est cette voix qui m’a guidé vers mon avenir en me donnant de l’espérance.

Cette voix, j’en ai écrit quelques mots sur lesquels j’ai composé une musique. Cette pièce est devenue, à Granby, la chanson-thème de la Marche du pardon qui a eu lieu le vendredi saint 14 avril de cette année-là :

Une voix parle au fond de nous
d’un amour plus fort que nos tombeaux.
Une voix nous parle d’avenir :
La lumière jaillit de la mort.
Allons ensemble vers l’espérance,
le soleil brillera demain.
Suivons le Maître, changeons nos cœurs.
Un matin nouveau se lèvera.

Une voix redit simplement :
« N’aie pas peur, je te tiens par la main ».
Une voix murmure dans le désert :
Dieu est là, vivant dans nos cœurs.
Allons ensemble vers l’espérance.
Le soleil brillera demain.
Suivons le Maître, changeons nos cœurs,
Un matin nouveau se lèvera.

Une voix chante doucement :
« Y a quelqu’un qui pense encore à toi. »
Une voix nous appelle à la vie :
Levons-nous, tout peut commencer.
Allons ensemble vers l’espérance.
Le soleil brillera demain.
Suivons le Maître, changeons nos cœurs,
Un matin nouveau se lèvera.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Revenue au bercail

Revenue au bercail

CITÉ DU VATICAN – Espérant améliorer ses relations avec l'Église orthodoxe russe, le Saint-Siège a remis au patriarche Alexis II une icône datant du XVIe siècle représentant la Vierge de Kazan, œuvre qui se trouvait jadis dans la cathédrale de cette ville située à l'Est de Moscou. Le Vatican en est propriétaire depuis le début du XXᵉ siècle. Une délégation du Vatican s'est rendue en Russie, pour remettre la magnifique toile, le 28 août, jour de la fête de l'Assomption de la Vierge Marie dans le calendrier orthodoxe.

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, octobre 2004, p. 402)

24 avril 2026

VISION CATHOLIQUE: Se préoccuper de l’avenir de l’évangile

Se préoccuper de l’avenir de l’évangile

Par Benoit Voyer

24 avril 2026

Mgr Marc Pelchat, évêque auxiliaire à Québec, écrivait : « Notre catholicisme n’est pas entré en phase terminale. Il passe cependant par une conversion radicale de notre être croyant, de nos pratiques et de notre vie en communautés de foi. Ce n’est pas tant l’avenir de l’Église qui doit nous préoccuper que l’avenir de l’évangile. Or l’évangile a bel et bien un avenir chez nous. »[1]

Vous avez bien lu. Pour Mgr Pelchat : « Ce n’est pas tant l’avenir de l’Église qui doit nous préoccuper que l’avenir de l’évangile ».

Tous ceux qui marchent à la suite du Vivant savent qu’il est agissant en ce monde. Lorsqu’on garde les yeux ouverts, on le voit, il se manifeste. Est-ce que nous en parlerons autour de nous ? Je sais, les paroles de nos bouches ne sont pas les meilleures pour en « jaser ». C’est pourquoi nous devons passer de la parole aux actes. Il faut cesser d’être des chrétiens tièdes. Chacune de nos vies doit être une Parole vivante.

Le saint pape Paul VI écrivait des paroles qui sont encore d’une étonnante actualité : « Le monde qui, paradoxalement, malgré d'innombrables signes du refus de Dieu, le cherche cependant par des chemins inattendus et en ressent douloureusement le besoin. Le monde réclame des Évangélisateurs qui lui parlent de Dieu, qu’ils connaissent et fréquentent, comme s’ils voyaient l’invisible. Le monde attend de nous la simplicité de vie, l'esprit de prière, la charité envers tous, spécialement envers les petits et les pauvres, l'obéissance et l'humilité, le détachement de nous-mêmes et sans cette marque de sainteté, notre parole fera difficilement son chemin dans le cœur de l'homme de ce temps. »[2]

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[1] Marc Pelchat. Dans « 350 ans de sens et d’action – Église catholique de Québec – Reflets d’hier à demain », le magazine officiel du 350ᵉ anniversaire du diocèse de Québec, décembre 2023, p. 39.
[2] Paul VI. Encyclique Evangelii Nuntiandi, 8 décembre 1975. https://www.vatican.va/content/paul-vi/fr/apost_exhortations/documents/hf_p-vi_exh_19751208_evangelii-nuntiandi.html