SANTÉ MENTALE : La solitude touche de plus en plus les jeunes Québécois
Par Benoit Voyer
10 octobre 2026
Longtemps perçue comme un enjeu principalement lié à l’isolement des aînés, la solitude apparaît désormais comme une réalité qui traverse les âges et qui soulève des questions sur les liens sociaux, la santé mentale et le sentiment d’appartenance dans la société québécoise.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les plus récentes données de Statistique Canada, à la fin de l’année 2024, 13,1 % de la population du Québec affirmait se sentir toujours ou souvent seule.
Le phénomène touche particulièrement les jeunes générations. En 2022, selon l’Institut de la statistique du Québec, 17,8 % des personnes âgées de 15 à 29 ans déclaraient ressentir souvent ou toujours de la solitude, tandis que 34,7 % affirmaient en ressentir parfois.
FLASH : Des semaines déterminantes pour l'avenir politique du Québec et du Canada
Les prochaines semaines pourraient être marquées par de grands changements politiques au Québec et au Canada. Élections, référendum, renouvellement de directions politiques et reprise des travaux parlementaires : plusieurs rendez-vous pourraient redessiner le paysage politique canadien.
Voici quelques dates à retenir :
17 octobre : désignation prévue d'un chef intérimaire à la Coalition avenir Québec (CAQ), après sa défaite électorale.
19 octobre : référendum en Alberta, où les électeurs se prononceront notamment sur le maintien de leur province au sein du Canada ou l'engagement d'un processus pouvant mener à un référendum sur la séparation.
19 octobre : reprise des travaux parlementaires à Ottawa.
24 octobre : élections provinciales anticipées en Colombie-Britannique.
3 novembre : élections américaines de mi-mandat, dont les résultats pourraient modifier les rapports de force au Congrès et influencer les relations avec le Canada.
17 novembre : ouverture de la nouvelle législature à Québec, avec un gouvernement péquiste minoritaire.
De Québec à Edmonton, en passant par Ottawa, Victoria et Washington, les décisions des prochaines semaines pourraient entraîner des conséquences importantes sur l'avenir politique, économique et constitutionnel du Canada. (Benoit Voyer, 10 octobre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Heureux qui écoutent la Parole
Par Benoit Voyer
10 octobre 2026
Dei Verbum, un document issu du dernier concile de l’Église catholique, est pour moi l’élément clé de ce grand rendez-vous qui insistait sur un retour aux sources du christianisme.
Vatican II a grandement insisté sur l’importance pour les catholiques de se remettre à la lecture biblique. À ses yeux, elle permet de transformer la vie intérieure.
Cela rejoint ce que Jésus disait : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent » (cf. Lc 11, 27-28).
Ainsi la Parole n’est pas faite pour rester dans les pages d’un livre. Elle demande à descendre dans le cœur, à y faire sa demeure, puis à passer du cœur aux gestes. C’est peut-être là l’un des plus beaux appels de Vatican II : devenir non seulement auditeurs de la Parole, mais ses vivants témoins.
SAINTS ET SAINTES : Le Concile Vatican II
Par Benoit Voyer
10 octobre 2026
Le concile Vatican II a lieu du 11 octobre 1962 au 8 décembre 1965. Il s’est ouvert sous saint Jean XXIII et s’est terminé durant le pontificat de saint Paul VI.
En 1959, lorsque Jean XXIII (1881-1963) annonce son intention de convoquer un concile œcuménique, il déclare qu'il s'agira d'une « nouvelle pentecôte » pour l’Église.
Est-ce que le concile aura été une « nouvelle pentecôte » comme le prophétisait Jean XXIII ? Dans les années qui suivent le concile, le pape Paul VI (1897-1978) laissera entendre à plusieurs occasions que cette prédiction porteuse d'espoir ne s'est pas réalisée comme prévu.
Dans les faits, les années qui suivront le grand rendez-vous seront caractérisées par un déclin catastrophique dans tous les secteurs de la vie de l'Église. En quelques années, les diverses associations de laïcs comme l'Action catholique et la Légion de Marie, les confréries et les Tiers-Ordres, qui vivaient une grande prospérité sous le pontificat de Pie XII (1876-1958), connaissent une crise tellement profonde qu’elles finissent par disparaître.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : L’Église et le respect de la vie
Entrevue avec Mgr Bertrand Blanchet
Le suicide assisté, l’avortement, les méthodes de fécondation in vitro, la pilule… des sujets qui ne sont pas faciles à aborder. Mgr Bertrand Blanchet, un spécialiste des questions morales et archevêque de Rimouski, tente de démystifier la position de l’Église. Parfois sans hésiter, parfois difficilement, il ose des réponses.
par Benoit Voyer
La morale, selon lui, c’est ce qui rend une action plus humaine chez l’individu et dans ses relations avec les autres.
Dans le cas de l’euthanasie, il n’est pas assuré que cela pourrait être considéré comme un bien pour certaines personnes. Dans bien des situations, ce que désire la dame ou l’homme souffrant, c’est d’avoir un soulagement pour ses douleurs et une certaine qualité de vie.
Bertrand Blanchet raconte : « Je pense à Nancy B… Elle vivait sous un respirateur. Quand j’ai donné mon avis sur le sujet, j’ai dit : “On peut lui enlever cette technique-là! Cette femme vit quasi artificiellement, c’est comme si on prolongeait sa mort, plutôt que sa vie.” Je trouvais que c’était de l’acharnement thérapeutique! C’est grâce à la machine qu’elle survivait. »
Toutefois, il faut respecter, chez le malade, le souhait de vivre. S’il affirme son choix de mettre fin à ses jours, c’est une autre affaire! L’orientation serait différente s’il s’agissait de donner une injection d’une substance quelconque qui le ferait s’endormir pour l’éternité, même s’il est paralysé!
« S’il est dans le coma… (il hésite longuement avant de poursuivre) …il y a des comateux qui ont vécu des mois dans cet état et qui sont revenus à la santé. Il vaut mieux ne pas aller trop vite! L’être humain possède une espèce de caractère tragique. Il y a des gens qui ont des épreuves morales aussi lourdes à porter que la maladie de Sue Rodriguez. Les médecins disaient qu’elle ne souffrait pas. Il y a un danger de faire des pas vers une libéralisation du suicide assisté parce que cela comporte des conséquences ».
Mgr Bertrand Blanchet affirme que la vie est humaine quand elle permet à quelqu’un une certaine autonomie et un certain niveau de relations avec les gens. Il en est de même lorsqu’elle permet de donner du sens à ce que l’on fait tout en permettant d’assumer et de dépasser les moments difficiles. Souvent des gens qui ont vécu des moments pénibles sont plus beaux après qu’avant. « Si on acceptait trop la tendance d’éliminer toutes souffrances et douleurs durant vie ou au début de la vie, il n’est pas assuré qu’au total, nous serions plus humains, avoue le sympathique archevêque de Rimouski.
In vitro : un péché?
Utiliser des méthodes de fécondation in vitro… Est-ce un péché grave? Mgr Blanchet n’a pu s’empêcher de démontrer son embêtement face à la question. En réfléchissant à haute voix, il dit : « Autrefois, nous disions que pour avoir un péché, il faut qu’il y ait une faute grave : ici, c’est le cas. Il faut aussi que la volonté soit impliquée et surtout qu’elle sache que c’est un péché. Alors, même si l’Église dit : il y a faute grave, la personne, en conscience, pourra dire : “Moi, je ne pense pas”. Je crois qu’il faudra que je respecte sa conscience. Il n’est pas évident que Dieu soit contre ça! Nous, dans l’Église, on croit que c’est contre la nature; c’est déshumanisant… de là à dire que c’est une faute grave… je suis hésitant à dire cela ».
Les bébés conçus par la méthode in vitro peuvent d’ailleurs être baptisés à l’Église et être acceptés par celle-ci. Une fois que l’enfant est né, il n’a pas à porter la responsabilité de ce que les autres ont fait.
La position de Rome sur la fécondation in vitro est très restrictive. Mgr Bertrand Blanchet ne s’en cache pas. Pourtant, derrière ce radicalisme se trouve un côté très humain qui est à découvrir.
« Ce qui me réconforte dans la position de l’Église, confie-t-il, c’est qu’au plan biologique, c’est loin d’être sûr que cette technique est totalement bénéfique. Les médecins donnent des hormones en quantité importante pour que la femme puisse produire plus d’un ovule. Je demeure convaincu que cette manière de procéder risque de créer à long terme chez les femmes des dégâts importants.
En ouvrant une parenthèse, il se rappelle le moment où les médecins ont proposé la pilule contraceptive. On disait alors qu’elle ne possédait pas d’effets secondaires. Mgr Blanchet n’y croyait pas tellement. Il déclarait à cette époque que cela n’est presque pas possible et qu’une telle intervention au niveau des hormones ne vienne à un moment briser le délicat équilibre hormonal dans l’organisme humain. Les recherches prouvent maintenant son intuition.
Dans le cas de la méthode in vitro, « la femme doit prendre des médicaments sans que le résultat soit assuré. On en est arrivé à des résultats qui ne dépassent pas 10 ou 15% dans certaines cliniques. Ici à Montréal, un médecin prétend être rendu à 30%. Bon, peut-être que la technique s’est raffinée. Les médecins implantent moins d’embryons qu’autrefois.
Mais, il me semble que cette technique comporte un risque. Le processus peut déshumaniser la naissance. De plus, la mère qui subit ces traitements peut être considérée comme un objet de laboratoire particulièrement lorsqu’elle est obligée de répéter à plusieurs reprises cette démarche » argumente l’évêque.
Mgr Blanchet pense que le film “Portion d’éternité” produit par l’Office National du Film (ONF) est assez révélateur sur la technique. L’Église insiste beaucoup sur le fait que nous devons respecter la vie humaine et qu’il faut éviter d’intervenir sur l’être humain comme si c’était un objet d’expérimentation. C’est d’ailleurs l’axe de fond de la réflexion d’Humanae vitae. Les mass média n’ont retenu que la question de la contraception artificielle. L’encyclique du pape Paul VI tentait plutôt de proposer une perspective écologique basée sur le respect de la nature. Mgr Blanchet croit que c’est un peu la même chose pour le corps. Pourquoi n’essaie-t-on pas de respecter ses lois et ses rythmes? Pourquoi n’essaie-t-on pas de respecter davantage cette forme d’unité qui existe entre l’acte d’amour, la relation conjugale et l’ouverture à la vie?
Bertrand Blanchet ajoute : « Il me semble que cette ligne-là ne vieillira pas. Y a des gens qui, parfois, stipulent que la position de l’Église est d’arrière-garde. Je ne suis pas sûr qu’il en soit ainsi. Elle est peut-être plus d’avant-garde qu’on pense! C’est de la prudence. C’est aussi le respect de la personne humaine. Nous devons porter notre attention sur le fait suivant : pourquoi devons-nous toujours nous mettre à la remorque des technologies? C’est facile d’utiliser une technologie “Maintenant, c’est possible… on le fait!” On a vu comment le docteur Testar, le père de la fécondation in vitro, réagissait là-dessus. Il disait : “Maintenant, je refuse d’aller plus loin…” »
« À l’heure actuelle, je trouve cela dommage que notre société ait peur de donner la vie. On a aussi crainte de rater sa vie parce qu’on a peur de la donner. Alors que, selon mon humble expérience de vie, je suis amené à constater que celui qui donne sa vie en reçoit encore davantage. »
Mgr Blanchet poursuit : « Notre société n’est pas vraiment accueillante à la vie. Prenons le cas d’une femme qui travaille. Comment son patron va-t-il réagir si elle doit s’absenter pendant deux ou trois mois? C’est pas facile! Il y a aussi les conditions d’habitation qui ne favorisent pas les enfants. Il y a des personnes qui sont prêtes à signer des pétitions contre l’avortement mais ne veulent pas avoir des marmots en haut, à gauche et à droite de leur logement… »
Mgr Blanchet souligne aussi le fait que l’avenir est relativement incertain pour tout le monde. Alors, il est difficile de penser à des projets à long terme.
Au naturel
Les couples qui font la démarche de la planification des naissances de façon naturelle y voient une occasion de communication et de respect entre eux. C’est relativement facile : On prend le condom, on prend la pilule. À ce moment-là la relation sexuelle risque d’être banalisée et il arrive que la femme ne se sente pas toujours respectée. Ce n’est guère profondément humain!
« Je suis convaincu qu’il y aurait moins de couples qui en seraient arrivés à des échecs s’ils s’étaient obligés au dialogue et au respect mutuel. Plus on banalise la relation conjugale, parce qu’on peut la faire en tout temps, plus ça lui enlève du sens. Dans le fond, on déshumanise la relation, conclut Mgr Blanchet.
L’Église et le respect de la vie
Le suicide assisté, l’avortement, les méthodes de fécondation in vitro, la pilule… des sujets qui ne sont pas faciles à aborder. Mgr Bertrand Blanchet, un spécialiste des questions morales et archevêque de Rimouski, tente de démystifier la position de l’Église. Parfois sans hésiter, parfois difficilement, il ose des réponses.
par Benoit Voyer
La morale, selon lui, c’est ce qui rend une action plus humaine chez l’individu et dans ses relations avec les autres.
Dans le cas de l’euthanasie, il n’est pas assuré que cela pourrait être considéré comme un bien pour certaines personnes. Dans bien des situations, ce que désire la dame ou l’homme souffrant, c’est d’avoir un soulagement pour ses douleurs et une certaine qualité de vie.
Bertrand Blanchet raconte : « Je pense à Nancy B… Elle vivait sous un respirateur. Quand j’ai donné mon avis sur le sujet, j’ai dit : “On peut lui enlever cette technique-là! Cette femme vit quasi artificiellement, c’est comme si on prolongeait sa mort, plutôt que sa vie.” Je trouvais que c’était de l’acharnement thérapeutique! C’est grâce à la machine qu’elle survivait. »
Toutefois, il faut respecter, chez le malade, le souhait de vivre. S’il affirme son choix de mettre fin à ses jours, c’est une autre affaire! L’orientation serait différente s’il s’agissait de donner une injection d’une substance quelconque qui le ferait s’endormir pour l’éternité, même s’il est paralysé!
« S’il est dans le coma… (il hésite longuement avant de poursuivre) …il y a des comateux qui ont vécu des mois dans cet état et qui sont revenus à la santé. Il vaut mieux ne pas aller trop vite! L’être humain possède une espèce de caractère tragique. Il y a des gens qui ont des épreuves morales aussi lourdes à porter que la maladie de Sue Rodriguez. Les médecins disaient qu’elle ne souffrait pas. Il y a un danger de faire des pas vers une libéralisation du suicide assisté parce que cela comporte des conséquences ».
Mgr Bertrand Blanchet affirme que la vie est humaine quand elle permet à quelqu’un une certaine autonomie et un certain niveau de relations avec les gens. Il en est de même lorsqu’elle permet de donner du sens à ce que l’on fait tout en permettant d’assumer et de dépasser les moments difficiles. Souvent des gens qui ont vécu des moments pénibles sont plus beaux après qu’avant. « Si on acceptait trop la tendance d’éliminer toutes souffrances et douleurs durant vie ou au début de la vie, il n’est pas assuré qu’au total, nous serions plus humains, avoue le sympathique archevêque de Rimouski.
In vitro : un péché?
Utiliser des méthodes de fécondation in vitro… Est-ce un péché grave? Mgr Blanchet n’a pu s’empêcher de démontrer son embêtement face à la question. En réfléchissant à haute voix, il dit : « Autrefois, nous disions que pour avoir un péché, il faut qu’il y ait une faute grave : ici, c’est le cas. Il faut aussi que la volonté soit impliquée et surtout qu’elle sache que c’est un péché. Alors, même si l’Église dit : il y a faute grave, la personne, en conscience, pourra dire : “Moi, je ne pense pas”. Je crois qu’il faudra que je respecte sa conscience. Il n’est pas évident que Dieu soit contre ça! Nous, dans l’Église, on croit que c’est contre la nature; c’est déshumanisant… de là à dire que c’est une faute grave… je suis hésitant à dire cela ».
Les bébés conçus par la méthode in vitro peuvent d’ailleurs être baptisés à l’Église et être acceptés par celle-ci. Une fois que l’enfant est né, il n’a pas à porter la responsabilité de ce que les autres ont fait.
La position de Rome sur la fécondation in vitro est très restrictive. Mgr Bertrand Blanchet ne s’en cache pas. Pourtant, derrière ce radicalisme se trouve un côté très humain qui est à découvrir.
« Ce qui me réconforte dans la position de l’Église, confie-t-il, c’est qu’au plan biologique, c’est loin d’être sûr que cette technique est totalement bénéfique. Les médecins donnent des hormones en quantité importante pour que la femme puisse produire plus d’un ovule. Je demeure convaincu que cette manière de procéder risque de créer à long terme chez les femmes des dégâts importants.
En ouvrant une parenthèse, il se rappelle le moment où les médecins ont proposé la pilule contraceptive. On disait alors qu’elle ne possédait pas d’effets secondaires. Mgr Blanchet n’y croyait pas tellement. Il déclarait à cette époque que cela n’est presque pas possible et qu’une telle intervention au niveau des hormones ne vienne à un moment briser le délicat équilibre hormonal dans l’organisme humain. Les recherches prouvent maintenant son intuition.
Dans le cas de la méthode in vitro, « la femme doit prendre des médicaments sans que le résultat soit assuré. On en est arrivé à des résultats qui ne dépassent pas 10 ou 15% dans certaines cliniques. Ici à Montréal, un médecin prétend être rendu à 30%. Bon, peut-être que la technique s’est raffinée. Les médecins implantent moins d’embryons qu’autrefois.
Mais, il me semble que cette technique comporte un risque. Le processus peut déshumaniser la naissance. De plus, la mère qui subit ces traitements peut être considérée comme un objet de laboratoire particulièrement lorsqu’elle est obligée de répéter à plusieurs reprises cette démarche » argumente l’évêque.
Mgr Blanchet pense que le film “Portion d’éternité” produit par l’Office National du Film (ONF) est assez révélateur sur la technique. L’Église insiste beaucoup sur le fait que nous devons respecter la vie humaine et qu’il faut éviter d’intervenir sur l’être humain comme si c’était un objet d’expérimentation. C’est d’ailleurs l’axe de fond de la réflexion d’Humanae vitae. Les mass média n’ont retenu que la question de la contraception artificielle. L’encyclique du pape Paul VI tentait plutôt de proposer une perspective écologique basée sur le respect de la nature. Mgr Blanchet croit que c’est un peu la même chose pour le corps. Pourquoi n’essaie-t-on pas de respecter ses lois et ses rythmes? Pourquoi n’essaie-t-on pas de respecter davantage cette forme d’unité qui existe entre l’acte d’amour, la relation conjugale et l’ouverture à la vie?
Bertrand Blanchet ajoute : « Il me semble que cette ligne-là ne vieillira pas. Y a des gens qui, parfois, stipulent que la position de l’Église est d’arrière-garde. Je ne suis pas sûr qu’il en soit ainsi. Elle est peut-être plus d’avant-garde qu’on pense! C’est de la prudence. C’est aussi le respect de la personne humaine. Nous devons porter notre attention sur le fait suivant : pourquoi devons-nous toujours nous mettre à la remorque des technologies? C’est facile d’utiliser une technologie “Maintenant, c’est possible… on le fait!” On a vu comment le docteur Testar, le père de la fécondation in vitro, réagissait là-dessus. Il disait : “Maintenant, je refuse d’aller plus loin…” »
« À l’heure actuelle, je trouve cela dommage que notre société ait peur de donner la vie. On a aussi crainte de rater sa vie parce qu’on a peur de la donner. Alors que, selon mon humble expérience de vie, je suis amené à constater que celui qui donne sa vie en reçoit encore davantage. »
Mgr Blanchet poursuit : « Notre société n’est pas vraiment accueillante à la vie. Prenons le cas d’une femme qui travaille. Comment son patron va-t-il réagir si elle doit s’absenter pendant deux ou trois mois? C’est pas facile! Il y a aussi les conditions d’habitation qui ne favorisent pas les enfants. Il y a des personnes qui sont prêtes à signer des pétitions contre l’avortement mais ne veulent pas avoir des marmots en haut, à gauche et à droite de leur logement… »
Mgr Blanchet souligne aussi le fait que l’avenir est relativement incertain pour tout le monde. Alors, il est difficile de penser à des projets à long terme.
Au naturel
Les couples qui font la démarche de la planification des naissances de façon naturelle y voient une occasion de communication et de respect entre eux. C’est relativement facile : On prend le condom, on prend la pilule. À ce moment-là la relation sexuelle risque d’être banalisée et il arrive que la femme ne se sente pas toujours respectée. Ce n’est guère profondément humain!
« Je suis convaincu qu’il y aurait moins de couples qui en seraient arrivés à des échecs s’ils s’étaient obligés au dialogue et au respect mutuel. Plus on banalise la relation conjugale, parce qu’on peut la faire en tout temps, plus ça lui enlève du sens. Dans le fond, on déshumanise la relation, conclut Mgr Blanchet.
(Revue Notre-Dame du Cap, septembre 1994, pp. 8 à 10)
SANTÉ MENTALE : Le défi de travailler en psychiatrie
Par Benoit Voyer
9 octobre 2026
Depuis quelques années, chaque nuit, je travaille en santé mentale dans l’unité de soins psychiatriques d’un hôpital de la région de Lanaudière. Même si la passion est moins présente que jadis, j’aime beaucoup mon travail. La maladie mentale me fascine.
Pourquoi ai-je perdu la passion ? La réponse est simple : la maladie mentale use les intervenants et les infirmiers spécialisés. Ce boulot est demandant. Ce n’est pas tant de la patience qui finit par manquer, mais la compassion. Malgré tout, comme chacun de mes collègues, je garde mon professionnalisme.
Qu’est-ce qui nous use tant ? Bien des choses. Mais j’ose en nommer deux. Il y a d’abord la violence de plusieurs patients désorganisés que nous devons gérer. À cela s’ajoute l’encadrement disciplinaire que nous devons assumer. Encadrer un patient avec un réel problème en santé mentale, c’est compréhensible. En revanche, la gérance de troubles du comportement, c’est-à-dire du monde simplement « mal élevé », demande bien de l’énergie.
Je pourrais aussi parler de la toxicomanie. Les drogues, même légales, sont une source de problèmes pour de nombreux patients. À mon avis, la légalisation du cannabis n’a pas été une bonne chose pour les personnes qui ont un problème en santé mentale. Par moments, j’ai l’impression que notre milieu de soins est devenu un centre de désintoxication.
Un jour, il faudra que s’organisent de grands États généraux en santé mentale. Pour le bien des patients et une meilleure performance des milieux de soins, il faut une grande réflexion collective sur les soins que nous donnons au Québec. Le personnel de la santé fait en ce moment des petits miracles, mais il pourrait arriver à de meilleurs résultats en revoyant les protocoles. D’ailleurs, en janvier 2025, j’ai proposé au comité de la conception du programme au Parti conservateur du Québec d’inscrire ces états généraux dans les priorités de la formation politique. L’affaire est restée lettre morte. Je n’ai même pas reçu un accusé de réception.
Ma consolation est que de nombreux patients repartent en meilleure condition qu’à leur arrivée et peuvent poursuivre leur vie quasi normalement grâce à la médication.
De mon côté, j’ai un autre défi quotidien. Le travail de nuit. C’est un choix que j’ai fait, bien entendu. Mais cela n’enlève pas la difficulté. Afin de récupérer, je dors deux fois par jour : le matin et en soirée. À cela s’ajoute très souvent une petite sieste durant ma pause. Durant les congés, je tente de dormir un peu la nuit, mais c’est comme si je dormais une sieste au cœur de l’après-midi. Après tant d’années à travailler la nuit, mon corps a changé son rythme de croisière. Je ne sais même pas si je serai capable de revenir à la normalité à ma retraite, dans quatre à sept ans.
Bon ! Bon ! Comme l’écrivait le frère Marie-Victorin à Marcelle Gauvreau, le 20 février 1937 : « On soulage ses maux en les racontant. » C’est peut-être un peu ça que j’ai fait aujourd’hui… Mais je voulais surtout que vous ayez une pensée pour ceux et celles qui travaillent auprès des personnes malades.
Le 10 octobre est la Journée internationale en santé mentale.
FLASH : Au coeur de l'agitation du monde
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Au coeur de l'agitation du monde, l'église catholique Marie-Reine-du-Monde, à Rawdon, se transforme en havre de silence, chaque jeudi, de 9 h à 15 h. |
FLASH : Le parc municipal au Pied du courant
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Notre maison intérieure
Notre maison intérieure
Par Benoit Voyer
9 octobre 2026
« Il parcourt des lieux arides en cherchant où se reposer… » (cf. Lc 11, 15-26)
Dieu ne veut pas seulement faire le ménage dans notre maison intérieure ; il veut venir l’habiter. Ainsi donc, une question se pose : par qui ou par quoi voulons-nous laisser notre « maison intérieure » être habitée ?
LA PRIERE : « Je suis avec celui que j’aime »
Par Benoit Voyer
9 octobre 2026
La prière peut prendre différentes formes. Il y a notamment les psaumes et la prière liturgique, mais la rencontre personnelle avec Dieu ne peut être enfermée dans des formules. C’est ce qu’expliquait le père Jacques Vinet, moine à l’abbaye cistercienne de Rougemont, en 1994, à la journaliste Lise Lapalme, membre de l’équipe de l’émission télévisée Parole et vie animée par Roland Leclerc.
Pour lui, la prière est d’abord une relation. Une relation qui se construit avec le temps.
Jacques Vinet compare la prière à une relation humaine. Lorsque nous rencontrons quelqu’un pour la première fois, nous employons des formules convenues. Avec une personne qui vit près de nous ou un ami que nous connaissons depuis des années, ce n’est plus nécessaire. La relation devient naturelle et spontanée. Pour lui, c’est un peu la même chose avec Dieu : « C’est le cœur qui parle et qui dit ce qu’il vit sur le moment sans passer nécessairement par des formules stéréotypées apprises d’avance. »
Plus une relation s’approfondit, plus elle développe son propre langage. Quelques mots peuvent alors contenir beaucoup plus que leur sens apparent.
Le moine prend l’image d’un vieux couple assis sur un balcon. Après avoir passé des années ensemble, les deux personnes n’ont plus besoin de longues conversations pour se comprendre. Un regard, un geste ou une simple question comme « Est-ce que tu as froid ? » peut porter en lui toute une histoire d’amour et d’attention à l’autre.
Prier sans parler
Peut-on alors parler avec Dieu ? Le père Jacques Vinet explique : « Dieu ne nous répond pas nécessairement avec des mots comme le ferait une personne placée devant nous. Avec le temps, explique-t-il, un autre langage se développe. La rencontre avec Dieu peut être faite de « clins d’œil, de sourires, de caresses, de présence l’un à l’autre ». Il n’est donc pas toujours nécessaire de parler.
La prière devient progressivement présence. Celle-ci ne devrait pas disparaître au moment où commence le travail. Pour le moine, il faut dépasser l’opposition entre le temps consacré à Dieu et celui consacré aux occupations quotidiennes. Il faut chercher à « travailler en présence de Dieu ».
« Je suis avec celui que j’aime »
Quel sentiment habite le moine quand il prie ? Jacques Vinet répond sans hésiter : « Je suis avec celui que j’aime. Celui qui m’a d’abord aimé le premier. »
Pour lui, la prière n’est plus quelque chose que l’être humain doit accomplir, comme une besogne à réaliser. Elle est avant tout la rencontre entre deux personnes qui s’aiment. Et cette relation ne commence pas par l’amour que l’être humain porte à Dieu, mais par l’amour que Dieu lui porte. Pourquoi ? Parce que l’amour humain demeure fragile.
Quand Dieu semble absent
Comme dans toute relation humaine, cette relation avec Dieu n’est pourtant pas toujours lumineuse. Le moine reconnaît l’existence de périodes obscures. Le doute fait partie du chemin.
Jacques Vinet va même plus loin : en avançant dans la vie spirituelle, certaines illusions peuvent tomber. Des émotions que nous avions prises pour des expériences de Dieu peuvent se révéler n’être que des émotions. Il faut alors apprendre à ne pas confondre Dieu avec ce que nous ressentons. Il parle d’une « pédagogie du dépouillement ».
Dieu conduirait progressivement la personne à se détacher de certaines expériences sensibles afin qu’elle ne s’attache plus aux sensations procurées par la prière, mais à Dieu lui-même. La lune de miel finit un jour par se terminer. Lorsque l’intensité des premiers sentiments diminue, une décision doit être prise : continuer ou partir ailleurs. Continuer à aimer peut alors signifier demeurer fidèle même lorsque les émotions ne sont plus celles des premiers jours.
Pour lui, quelque chose de semblable se produit dans la relation avec Dieu. La vie spirituelle ne consiste donc pas à rechercher continuellement des sensations religieuses. Elle conduit à une relation qui peut continuer d’exister et de grandir jusque dans le silence et le dépouillement.
Une présence au cœur de soi
Pour le moine comme pour toute personne, cette recherche de Dieu conduit finalement vers soi-même.
Le père Vinet explique que, comme dans toute vie chrétienne, la vie monastique ne permet pas de fuir les véritables problèmes de l’existence. Au contraire, elle oblige à affronter « les démons qui sont au-dedans de moi, les failles de ma personne ».
Il ajoute : « Si je ne suis pas capable de vivre avec moi-même, je ne pourrai pas vivre avec Dieu, qui est au plus profond de moi-même. C’est là que la rencontre se fait. »
Ainsi, prier, c’est bien plus que réciter des paroles ou consacrer quelques minutes de sa journée à Dieu. C’est apprendre à vivre en sa présence. C’est lui parler, puis parfois ne plus avoir besoin de parler. C’est travailler avec lui. C’est se savoir aimé lorsque notre propre amour semble fragile. C’est continuer à le chercher lorsque les émotions disparaissent et que le doute s’installe.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Pour contrer le chômage
Dans un manifeste intitulé: «Sortons le Québec de l’appauvrissement», les évêques du Québec et une vingtaine de personnalités dont: Claude Béland, président de la Confédération des caisses populaires et d’économies Desjardins, André Bérard, président de la Banque Nationale du Canada, Claude Castonguay, vice-président du Conseil de la Banque Laurentienne du Canada; Clément Godbout, président de la FTQ; Gérald Larose, président de la CSN; et, Loraine Pagé, présidente de la CEQ; invitent les Québécois à se mobiliser pour lutter contre la pauvreté, surmonter le fatalisme et explorer des solutions collectives pour créer des emplois.
Il est évident qu’avec 23% de la population active exclue du monde du travail qu’il va falloir plus que des programmes de formation pour créer la reprise économique. En blaguant, l’économiste Claude Fortin dit: «Le Seigneur nous a donné deux yeux: un pour surveiller l’offre et l’autre pour surveiller la demande. Alors, il faut que les travailleurs soient prêts à offrir leurs services, mais à condition d’avoir des emplois disponibles.»
Aucun d’entre eux croit au conte de fée pour contrer le chômage. Le groupe propose des moyens simples comme: des investissements dans la recherche, l’aide aux PME, définir une nouvelle stratégie industrielle et le travail partagé. Gérald Larose va jusqu’à affirmer qu’il faut couper le temps supplémentaire: «rien que pour la “chop” de Baie Comeau, dans l’aluminium, c’est 200 jobs», pas à 6, mais à 18$».
«Si la société ne se mobilise pas, la pauvreté va rester un sujet moralisateur», déclarait Gretta Chambers, chancelière de l’Université McGill de Montréal.
Il faut réagir rapidement, car, selon les signataires du manifeste, les conséquences de la pauvreté sont pénibles. Des tensions s’installent et des gens se durcissent, ce qui fait que la solidarité sociale en prend pour son rhume. «De plus en plus de gens frustrés ou inquiets cherchent qui blâmer pour les malheurs du temps.»
Ils concluent le document en affirmant: «Comme signataires, nous souhaitons que les diverses communautés, associations, syndicats, organisations socioculturelles, groupes d’affaires, équipes de recherche prennent connaissance de notre manifeste et interviennent à tous les paliers, afin que des voies de solution soient rapidement trouvées. Car vivre une telle situation échappe à tout contrôle, le Québec entrera dans une période dangereuse. Par contre l’enthousiasme reviendra pour peu que nous trouvions les bases d’une nouvelle société québécoise, respectueuse de l’autonomie des individus dans une pratique plus communautaire de l’économie. (Benoit Voyer)
(Revue Notre-Dame du Cap, Septembre 1994 , p. 6)
SANTÉ QUÉBEC : Près de 27 000 employés du réseau de la santé du Québec en invalidité
Par Benoit Voyer
8 octobre 2026
À la fin de l’année 2025, le réseau de la santé et des services sociaux du Québec comptait 26 964 employés en arrêt de travail pour invalidité. Ce nombre représenterait environ 7,8 % des effectifs du réseau.
À titre de comparaison, les données de Statistique Canada indiquent qu’environ 4,3 % de la population active québécoise était absente du travail en raison d’une maladie ou d’une incapacité au cours de la même période. Le taux observé dans le réseau de la santé serait donc nettement supérieur à celui de l’ensemble de l’économie québécoise.
Ces chiffres proviennent d’un tableau du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec du 27 décembre 2025.
FLASH : Les idées économiques d’Osons Québec enthousiasment un expert
Philippe Richard Bertrand, expert en commercialisation et en technologies, s’enthousiasme pour les propositions économiques d’Osons Québec.
Le 9 septembre, au micro de l’émission de Benoit Dutrizac, sur QUB, il disait : « Moins de subventions, plus de capital remboursable ; moins de fiscalité sur les petites entreprises ; plus d’investissement productif, plus de technologie, puis plus de productivité. […] Tu ne peux pas dire qu’on n’a pas besoin de ça au Québec. » Sa réaction a fait dire à l’animateur : « C’est rare qu’on te voie emballé de même. »
Il apprécie particulièrement le caractère concret des propositions de la nouvelle formation politique : « C’est pratique […] Ce ne sont pas des “il faudrait que…”. C’est : “Voici ce qu’on va faire.” »
Il estime que l’idée de remplacer des subventions par des prêts remboursables ou des participations dans les entreprises est exactement ce que le gouvernement devrait faire : « Les subventions, il faut arrêter. Ça ne permet pas aux entreprises de se battre dans un marché à armes égales. Par contre, prends des participations à la place ! »
De cette manière, l’État québécois deviendrait actionnaire d’entreprises, avec possibilité pour celles-ci de racheter ses actions. Cette forme de participation lui donnerait un droit de regard sur la manière dont sont gérées les sommes investies.
Philippe Richard Bertrand apporte une précision : Est-ce que « c’est du capital de risque déguisé ? Oui, ils mettent de l’argent dans ta business, mais ils te demandent des garanties en retour. Ce n’est plus du capital de risque, là, tu comprends ? »
Le spécialiste est particulièrement intéressé par les mesures fiscales de l’approche d’Osons Québec. À ses yeux, elles faciliteraient le transfert d’entreprises à des repreneurs québécois, notamment aux employés qui contribuent déjà à leur gestion : « Mais imagine s’il y avait une fiscalité avantageuse pour dire : “Je ne la vends pas à l’Américain, à une société étrangère. Je la transfère à des Québécois.” » (Benoit Voyer, 8 octobre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : La pédagogie de Jésus
Par Benoit Voyer
8 octobre 2026
Jésus est un pédagogue unique. À travers plusieurs des récits des textes évangéliques, il nous montre comment prier Dieu. Il nous dit notamment qu’il faut oser demander, persévérer et avoir l’audace de demander des choses particulières.
Bien entendu, Dieu n’accordera pas nécessairement tout ce que nous imaginons. Il donnera ce qui est véritablement bon. Pourquoi ? Parce que la prière chrétienne ne cherche pas uniquement à obtenir des choses. Elle cherche d’abord à recevoir Dieu lui-même, sa présence, sa force et sa lumière.
Prier, c’est avoir suffisamment confiance en Dieu pour demander, suffisamment d’espérance pour continuer à frapper et suffisamment d’ouverture pour accueillir un don qui peut être différent de celui que nous avions imaginé — l’Esprit Saint lui-même.
SAINTS ET SAINTES : Le vénérable Adolphe Chatillon
Par Benoit Voyer
8 octobre 2026
Adolphe Chatillon est né à Nicolet, au Québec, le 31 octobre 1871.
À la suite de la mort de sa mère, alors qu'il avait neuf ans, il devient pensionnaire chez les Frères des Écoles Chrétiennes de la Baie-du-Febvre et de Yamachiche.
À 13 ans, le 6 février 1884, il se présente au Petit-Noviciat de Montréal pour y devenir Frère des Écoles chrétiennes de saint Jean-Baptiste de La Salle.
Le 26 juillet 1887, il entreprend son noviciat sous le nom de Frère Théophanius-Léo.
Professeur
Les talents et le dévouement du jeune professeur ne tardent pas à attirer l’attention de ses Supérieurs. Il s’ingénie à rendre son enseignement le plus vivant possible. Il s’attarde davantage aux élèves en difficulté et travaille fort pour rendre l’enseignement du catéchisme plus intéressant.
À Lachine, en 1904, l'année scolaire étant déjà commencée depuis quatre mois, Frère Théophanius est appelé à remplacer le directeur.
En 1907, il reçoit une autre obédience pour diriger l'école Sainte-Cunégonde, à Montréal.
Trois mois après son arrivée, la maladie le terrasse. Autour de lui on pense qu'il va mourir.
Heureusement, il revint peu à peu à la santé et dut se soumettre à une longue convalescence.
Il occupe son temps à donner quelques leçons de chant et de liturgie aux novices. Au fil du temps, il devient maître des novices.
Il dira : « Ma mission auprès de ces jeunes est de les aider à se former ; je suis ici pour leur montrer comment faire ; mon rôle est de les amener à agir par eux-mêmes et sans aide, aussitôt que possible. […] Au cours de votre noviciat, une idée forte, chargée de toutes les énergies de votre âme, doit vous dominer ; la voici : je veux être l'ami de Jésus, l'enfant de Marie et le héros des âmes. »
En 1923, on lui demande de visiter les maisons de formation de l’Amérique du Nord, un travail alourdi par la longueur des voyages.
En novembre 1928, Adolphe assiste en Belgique au Chapitre général de sa communauté comme président de la commission chargée d'étudier l'observance des Règles.
En raison d'un cancer de l'intestin, il éprouve une grande fatigue. On le conduit à Paris pour y subir une sérieuse intervention qui n'obtient pas le résultat espéré.
Au début de mars 1929, il se sent assez bien pour entreprendre la traversée de l'océan afin de revenir au Canada.
Il s’endort pour toujours, le dimanche 28 avril 1929.
Il repose dans l'église catholique Saint-Jean-Baptiste-de-Lasalle, à quelques pas du Stade olympique.
Il a été déclaré vénérable le 2 avril 2011.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Robert Jolicoeur un prêtre qui attire les foules
Comment un prêtre peut-il semaine après semaine remplir son église alors que celles du voisinage se vident? Nous sommes allés recueillir le témoignage de l’abbé Robert Jolicoeur de la paroisse St-Charles-Garnier de Sherbrooke. Ce prêtre ne laisse pas indifférent tant par ses propos que par ses cheveux longs.
par Benoit Voyer
Robert Morin, le Sherbrookois le plus riche et l’un des hommes d’affaires les plus fortunés du Québec, selon le journal Les Affaires, a rencontré l’abbé Robert Jolicoeur, curé de la paroisse St-Charles-Garnier de Sherbrooke, par l’intermédiaire de sa mère. « Elle venait à la messe ici, raconte-t-il, elle me parlait beaucoup du curé Jolicoeur. Une fois, elle m’a demandé d’aller la chercher pour la reconduire à l’église. J’ai décidé d’assister à la messe. J’ai été touché! À partir de ce jour, Robert Morin, un homme à l’allure timide, a décidé de redonner aux autres ce que la vie lui avait donné.
« Si un couple n’était pas venu me chercher à la crèche quand j’avais 11 mois, poursuit le millionnaire, je ne serais probablement pas devenu ce que je suis aujourd’hui. » Ses parents adoptifs n’étaient pas riches. Ainsi, il a grandi au 3e étage d’un bâtiment du centre-ville de Sherbrooke.
« La misère, confie Robert Morin, c’est une réalité que j’avais perdue de vue. J’en suis venu à ne plus savoir ce que peut représenter 20 $ ou 50 $ pour une personne qui n’en a pas. Quand tu es toujours au milieu des Mercedes, des BMW, des Jaguar, tu ne vois plus cela. Le curé Jolicoeur m’a appris à voir un peu plus clair... »
Il est une de ces personnes qui ont changé leur vie après avoir rencontré ce curé pas comme les autres âgé de 45 ans.
D’hier à aujourd’hui
Robert Jolicoeur est né le 28 septembre 1948 à Montréal, « sur l’asphalte », d’une famille heureuse. Son père était plombier et sa mère s’occupait de la maison. Enfin, il a une sœur qu’il affectionne et qui se nomme Claudette.
« Je demeurais dans une paroisse animée par les Rédemptoristes. Je trouve ça important parce que saint Alphonse, le fondateur des Rédemptoristes, m’a appris l’amour des pauvres. C’est d’ailleurs l’un de mes trois maîtres à penser. Ma mère qui s’occupait des pauvres de la Société St-Vincent-de-Paul, nous amenait souvent, ma sœur et moi, l’aider le samedi matin », dit-il en se confiant au journaliste de la revue Notre-Dame du Cap.
Il se rappelle un événement de sa jeunesse. Il désirait avoir un tee-shirt de son idole Mickey Mouse. Tous ses amis d’école en avaient un. Cet achat était trop coûteux pour son père. « Alors, explique celui que ses paroissiens appellent simplement par son prénom, mon père m’a dit : “Si tu en veux un, c’est pas compliqué : tu vas travailler et tu vas le gagner.” Alors, je passais “The Gazette” aux anglophones de Montréal. Enfin, j’ai pu acheter mon tee-shirt. Mais, le samedi d’après, j’arrive au Grenier des pauvres (nom qui était donné au local de la Société St-Vincent-de-Paul) puis là, un p’tit gars, plus pauvre que moi, voulait avoir mon tee-shirt. Ma mère m’a dit : “Enlève-le et donne-le lui, il y en a d’autres dans le Grenier des pauvres.” Sans le savoir, elle préparait mon cœur de prêtre à être quelqu’un qui est beaucoup plus heureux quand il donne que lorsqu’il attend qu’on lui donne tout. »
Robert Jolicoeur a poursuivi ses études chez les Rédemptoristes au Séminaire St-Augustin à Cap-Rouge. Il s’envole vers l’Europe à l’âge de dix-sept ans grâce à l’Union générale des étudiants. Il se familiarise alors durant quatre mois avec la culture anglaise. Peu de temps après, il se rend à Paris étudier la littérature dans le but de devenir enseignant. « J’en mangeais, relate Robert Jolicoeur. Je me suis assis sur la tombe d’Alfred de Musset et je lisais des poésies. J’allais, le soir, voir jouer du Racine, du Molière et du Corneille à la Comédie française. Je désirais devenir un bon professeur de littérature française. »
Les filles? « Je me souviens que j’avais plusieurs amies lorsque j’étais au secondaire. De vraies “blondes”... La première qu’on peut dire que j’ai vraiment aimée, c’est une Française que j’avais connue sur le bateau en Grèce. Quand je suis revenu ici, j’ai égaré son adresse!
En 1971, il entre chez les moines de St-Benoît-du-Lac afin de chercher un sens à son existence. Le silence lui parle. D’ailleurs Dieu ne parle-t-il pas dans le silence? Un bon matin, au bout de deux ans, à la chapelle, un bénédictin lit un texte biblique qui le touche profondément : « Si tu veux être heureux, vends tout, quitte tout, suis-moi et tu seras heureux. » Robert avait l’impression que ce texte s’adressait directement à lui. Il se sent invité comme il ne le fut jamais auparavant à devenir prêtre.
Saint Benoît est la deuxième grande influence de sa vie. Encore aujourd’hui, il retourne faire silence à l’abbaye. « Parce qu’on ne peut pas donner aux autres ce qu’on a soi-même rencontré. » En plus de séjours d’intériorité, il se rend, chaque dimanche soir chez les moines pour l’office des complies.
Les jeunes
Robert Jolicoeur est ordonné prêtre le 25 avril 1976 par Mgr Jean-Marie Fortier, archevêque de Sherbrooke. Il est nommé vicaire à la paroisse St-Esprit et c’est là qu’il exerce son premier ministère. Son curé lui confie alors la mission de rejoindre les jeunes.
Une idée surgit : créer une discothèque pour adolescents seulement. De là, on a pu rapprocher bien des jeunes qui se sont, par la suite, impliqués dans la communauté chrétienne, se remémore-t-il. Saint Jean Bosco disait : « Si tu veux être l’ami d’un jeune, intéresse-toi à ce qui l’intéresse. » Je pense que la musique a toujours été au milieu des rencontres de jeunes. Je me disais : Robert, si tu t’intéresses à ces jeunes-là et à ce qui les fait vivre, tu vas devenir intéressant pour eux. » De cette façon, à toutes les soirées du vendredi, la salle paroissiale était transformée en un lieu pour les jeunes. On commençait par faire de l’humanisation et après ça, on pouvait parler d’autres choses. »
Les mois passent et Robert Jolicoeur est nommé curé d’une petite paroisse. Cet emploi lui laisse du temps de sorte qu’il devient professeur au Séminaire salésien de Sherbrooke.
« Je me souviens. J’avais des élèves pas mal “rockers”. Nous allions voir des spectacles à Montréal. Ces jeunes sont devenus mes éléments les plus dynamiques car j’étais devenu pour eux beaucoup plus qu’un professeur de religion. »
« Si les parents qui ont de la difficulté avec leurs jeunes se souvenaient juste de ça, ils pourraient réussir à établir des contacts incroyables avec eux. Le problème, c’est que les adultes veulent que les jeunes s’intéressent à ce qui les préoccupe. Il est rare que les parents prennent le temps de s’intéresser à ce qui fait vivre les jeunes. »
Mort-Résurrection
Robert Jolicoeur prend charge en 1986 de la paroisse Saint-Charles-Garnier à Sherbrooke. Au début, cinq messes, d’une assistance moyenne de 30 personnes, meublaient la vie dominicale de cette communauté chrétienne. Six mois après son arrivée, il n’y avait plus assez de bancs.
On décide alors la construction d’une nouvelle église parce que cela aurait été trop coûteux de réparer l’église devenue trop petite. Robert Jolicoeur raconte : « La construction a été pour la ville de Sherbrooke, une question qui aujourd’hui porte ses fruits. Beaucoup de gens se sont posé des questions sur la présence de Dieu dans leur vie. Cette église a été édifiée pour un peu moins d’un million de dollars et il ne reste que 40 000$ à rembourser.
Quels phénomènes font qu’un prêtre attire les foules semaine après semaine? L’abbé Jolicoeur répond : « C’est une question que je ne me pose moi-même. Il me semble qu’il y a rien de si extraordinaire qui se passe ici. Si je laisse aller mon imagination, j’ai comme l’impression que l’Église vit une crise de langage; on a de la difficulté à vraiment parler aux gens un langage qui va les rejoindre. » Un sondage réalisé auprès d’une trentaine de paroissiens avant une célébration révèle cette conclusion qui donne sens à ses propos : « Avec Robert, on comprend mieux l’Évangile. »
À fleur de peau? Chut! Ne le dites pas trop fort car vous ferez des ennemis en ce lieu. « Ils comprennent le langage du cœur, pas celui du cerveau, rétorque-t-il avec franchise. Je pense qu’un être entier est aussi fait de sentiments, d’affectivité et de raison. C’est un ensemble de choses. Je pense que l’Église s’adresse un peu trop par le cerveau. C’est trop cérébral. À l’église, on lit toujours. »
Il n’a pas d’automobile. L’abbé Jolicoeur s’est constitué, au fil des ans une équipe d’individus qui se font un plaisir de le conduire. Si personne n’est disponible, il prend l’autobus ou marche.
Si vous lui parlez de golf, il vous dira que son tournoi « sous les palmiers » pour venir en aide aux défavorisés de sa communauté a rapporté l’an dernier 60 000$. Si vous l’abordez au sujet « de ses Expos de Montréal », il sera ravi. C’est son passe-temps. Non! Sa passion... Quand il se rend à des matches, il ne passe guère inaperçu depuis qu’il est l’ami de l’as lanceur Denis Martinez...
(Revue Notre-Dame du Cap, avril 1994, pp, 10 à 12)
NEUROSCIENCES : Une nouvelle approche contre la maladie d'Alzheimer et le déclin cognitif
Par Benoit Voyer
7 octobre 2026
Dans le traitement de la maladie d’Alzheimer, le diranersen, un médicament expérimental, ouvre de nouvelles possibilités de traitement. Cette molécule cible une protéine différente de celle visée par les traitements actuels. Alors que les nouveaux agents thérapeutiques autorisés ces dernières années cherchent à éliminer les accumulations d’amyloïde dans le cerveau, ce composé développé par Biogen agit sur la production de la protéine tau, impliquée dans la progression de la maladie.
Le 14 juillet 2026, Lauran Neergaard, de l’Associated Press, expliquait que le médicament aurait contribué à ralentir le déclin cognitif, avec une réduction d’environ 26 % dans le groupe traité. L’étude aurait été menée auprès d’environ 400 personnes atteintes d’une forme précoce de la maladie d’Alzheimer ou de troubles cognitifs légers. Les premiers résultats sont donc encourageants. Ces résultats ont été présentés lors de la Conférence internationale de l’Association Alzheimer, tenue à Londres.
Les chercheurs demeurent prudents. Des études à plus grande échelle seront nécessaires afin de confirmer l’efficacité du diranersen. Néanmoins, cette avancée permet de relancer l’intérêt pour les traitements ciblant la protéine tau.
FLASH: Osons Québec sur les médias sociaux
Osons Québec fait son entrée sur les réseaux sociaux.
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RÉFLEXION SPIRITUELLE : Sois sans crainte, Marie
Par Benoit Voyer
7 octobre 2026
Je souris à chaque fois que je relis le récit de l’apparition de l’ange à Marie [1]. À nos petits-enfants, on dit que c’est la cigogne qui apporte le nouveau bébé à sa maman.
Ce texte ressemble à une sorte de conte fantastique : Un ange venu d’un autre monde dit à Marie qu’elle sera enceinte : il « te prendra sous son ombre ». C’est bien ce que nous venons de lire : un dénommé Gabriel annonce à Marie, qui, dit-on, ne connait rien aux petits plaisirs de la vie, qu’elle va tomber enceinte sans avoir une relation sexuelle.
Nous, les hommes, savons ce que veut dire l’expression « prendre » une femme « sous son ombre ». Surtout lorsqu’elle nous appelle « mon ange ». On n’a pas besoin de faire un dessin pour comprendre la nature humaine.
Trêve de plaisanterie, soyons un peu plus sérieux…
Il est clair qu’il ne faut pas lire ce texte au premier degré. Il faut plutôt en chercher le sens profond, le sens spirituel.
Le rédacteur de ce récit est un juif instruit qui connait la Torah. Il sait fort bien que si Jésus est ressuscité, il est inévitablement né d’une vierge. C’est écrit noir sur blanc dans le livre d’Isaïe.
Dans cette histoire, l’archange annonciateur de nouvelles, le messager de Dieu, Gabriel, apparaît à Marie, la nouvelle Ève, la future maman choisie par le Très-Haut pour être la mère humaine de son Fils.
Apparition ? On n’en sait rien. Pour le croyant, tout est possible. Une chose est sûre, Marie a eu une illumination intérieure : une voix a parlé en elle.
Dans la vie spirituelle ou surnaturelle, l’illumination intérieure est un classique. C’est comme cela que l’humain a la certitude de toucher le divin.
Ce que Marie apprend lui semble impossible. Mais elle écoute la voix de l’archange Gabriel. Elle reste humble et accueillante : il arrivera bien ce qui doit arriver. Tout ce que je veux, c’est faire la volonté de Dieu.
Plus tard, sa cousine Élisabeth confirmera à Marie la véracité de ce qui lui a été révélé parce qu’elle aussi a reçu la visite de l’archange.
N’oublions pas la phrase centrale de ce récit : « Rien n’est impossible à Dieu. » Vous avez bien entendu : « Rien n’est impossible à Dieu. ».
Être devant un mystère, c’est être devant une réalité inépuisable
Allons plus loin. Pour mieux comprendre le récit de l’annonce et de la naissance de Jésus raconté par Luc, il faut le faire avec l’imagination d’un enfant parce que l’évangéliste utilise la structure littéraire du conte. Si cher aux temps de l’Avent et de Noël, l’esprit d’enfance est nécessaire.
Dans son livre « Créés pour être aimés » (Médiaspaul, 2012), Mgr Christian Lépine explique que Jésus enfant « se présente à nous comme l’humble par excellence, le petit par excellence, le pauvre par excellence ».1 L'archevêque catholique de Montréal écrit : « Le temps de Noël, qui est un temps d’espérance et de joie, est aussi un temps où on célèbre l’esprit d’enfance devant Dieu qui se fait enfant à nos yeux. Je suis invité à retrouver le sens de l’accueil confiant et à l’approfondir sans cesse. Dieu se livre à des mains humaines et fragiles, il nous fait confiance avant que nous lui fassions confiance. Il espère en nous avant que nous espérions en lui (Péguy). Dieu a posé chaque personne dans l’existence en ayant en vue une identité à réaliser, une mission à accomplir. Est-ce que je veux me recevoir de Dieu dans l’abandon du nouveau-né qui se laisse porter, dans la docilité de l’enfant qui se laisse conduire ? »2
L’incarnation, c’est-à-dire le fait que Dieu s’est fait chair, est pour le croyant un « mystère ». Ce « mystère » dans la foi chrétienne n'est pas ce qu'on ne peut comprendre, mais ce qu'on n'a jamais fini de comprendre, et qui ne peut être compris de façon ultime que dans la foi, et on le sait, la foi n’est pas un fait scientifique.
Pour Christian Lépine, « le mot « mystère » est un mot clef de la révélation. C’est un mot qui veut dire « faire silence ». Faire silence parce qu’être devant un mystère, c’est être devant une réalité que je ne peux connaitre en la saisissant par la seule force de ma raison, sans qu‘elle me soit révélée. »
Il ajoute : « Mais il y a autre chose, être devant un mystère, c’est être devant une réalité inépuisable. C’est-à-dire que j’ai beau en connaitre quelque chose, il y en a toujours plus que j’ignore. C’est pourquoi toutes les paroles que je peux en dire sont toujours enveloppées dans le silence: elles viennent du silence et retournent au silence. »
Le Seigneur est avec toi
Dans « Créés pour être aimés », Mgr Christian Lépine donne des pistes pour bien comprendre l’apparition de l’ange à Marie, une manifestation du mystère de Dieu:
« C’est l’ange qui parle, mais c’est Dieu qui l’envoie. Devant le fait de cette manifestation du ciel, et devant le contenu de la salutation, Marie « fut toute bouleversée ». À travers tout l’Ancien Testament, c’est là la réaction typique lorsque le mystère de Dieu se manifeste d’une façon ou d’une autre: être saisi d’étonnement, se sentir dépassé, submergé.
Mais l’ange, sans laisser le temps à Marie de répondre, lui dit : « Sois sans crainte. » C’est que Dieu ne veut pas nous écraser avec son mystère, mais nous combler. Devant le mystère de sa présence et de sa parole, il invite à la paix et à la confiance.
Marie reconnaît le mystère qui se présente à elle, elle est mise en confiance devant lui. Mais elle demeure active en se posant des questions : « Elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation », et en questionnant l’ange : « Comment cela va-t-il se faire ? »
Mais ces questions ne sont pas des réticences, elles sont un effort pour mieux connaître la volonté de Dieu. En effet, Marie n’a qu’un désir : être « la servante du Seigneur ». C’est là la toile de fond de sa vie, de toute son existence. C’est avec une disponibilité de tout son être qu’elle accueille le mystère de Dieu dans sa manifestation.
À l’intérieur de son entière disponibilité, elle reconnait le mystère, est en confiance devant lui, cherche à mieux connaitre la volonté de Dieu et y répond par un oui total: « Que tout se passe pour moi selon ta parole ».
Le mystère divin peut s’exprimer de bien des manières. On le retrouve manifeste de façon appropriée dans la salutation de l’ange lorsqu’il dit à Marie: « Le Seigneur est avec toi ». Mystère insaisissable et inépuisable d’une présence qui nous rejoint. Mystère d’une nouveauté qui vient non pas du monde, de l’histoire, mais du surnaturel, de l’éternité.
« Le Seigneur est avec toi », cette parole est dite à Marie afin qu’elle puisse être dite en vérité à chacun et chacune d’entre nous. À Noel, l’ange me dit: « Le Seigneur est avec toi ». Ce don est la manifestation gratuite de l’amour de Dieu. »
Un nom adorable
J’aime ces quelques paroles du père Eugène Prévost : « Quand ce nom adorable de Jésus a été prononcé pour la première fois sur la terre, il a été entendu par la créature la plus pure sortie des mains du Créateur. Au seul nom de Jésus que lui annonça l’Ange de l’Incarnation, Marie a été éclairée, embrasée, plongée dans l’adoration et l’amour, et elle s’est abîmée dans l’humilité la plus profonde pour accomplir les desseins de Jésus qui venait sauver le monde. »[2]
La personne de l’Esprit saint
Pour parler de l’Esprit saint, il n’y avait pas mieux que le regretté père Jean-Paul Regimbal pour le faire. Voici ce qu’il écrivait à son sujet [3] :
« Le Saint-Esprit est, sans aucun doute, la personne la moins connue, la moins aimée et la moins adorée de l'auguste Trinité. Et pourtant, c'est la personne divine qui opère dans nos vies quotidiennes le rôle le plus constant et le plus intime dans l'œuvre de notre croissance spirituelle, de notre sanctification. C'est le Saint-Esprit qui, au moment du baptême, a été diffusé dans nos cœurs, par Dieu le Père, pour nous marquer du signe du salut, pour nous communiquer la vie divine, pour nous conformer à l'image même du Christ, pour que nous devenions tous enfants de Dieu, fils de Dieu dans le seul et unique vrai Fils, Jésus-Christ. C'est par lui encore que nous est communiqué le salut que le Seigneur Jésus nous a mérité sur la Croix. C'est toujours par lui que nous sommes régénérés à la vie nouvelle que nous a acquise le Fils de Dieu, Jésus, par sa mort et sa résurrection.
Le Saint-Esprit est une personne divine égale et coéternelle au Père et au Fils. C'est une personne qui "demeure en nous" (Jn 14, 16-17), qui "nous enseigne et nous conduit à la plénitude de la Vérité" (Jn 14, 26), qui "convainc et confond le monde en matière de péché, de justice et de jugement" (Jn 16, 8). Il conduit, il parle, il entend, il annonce, il glorifie, il ordonne, il envoie, il empêche, il avertit, il aide et intercède, il pense, il sonde tout, il opère et distribue, il possède une volonté, puisqu'il souffle où il veut, et qu'il accorde ses dons selon son bon plaisir. Or, seule une personne possède ces attributs et peut exercer ces diverses actions envers les hommes.
Par ailleurs, les hommes peuvent lui mentir (Ac 5,3), le tenter (Ac 5,9), lui résister (Ac 7,51), l'attrister (Ep 4,30), l'outrager (He 10,29) et blasphémer contre lui (Mt 12,31). C'est d'ailleurs le seul péché que Jésus a déclaré irrémissible, sans pardon : le péché contre l'Esprit-Saint.
C'est encore la personne du Saint-Esprit qui, tout à fait aux origines mêmes du christianisme, a rendu féconde la Vierge Marie en la couvrant "de son ombre", a oint de puissance et d'autorité le ministère sacré du Christ, au moment de son baptême par Jean-Baptiste, et a transformé le cœur et la personnalité des apôtres pour annoncer avec audace le Royaume de Dieu établi par Jésus-Christ, au point d'en témoigner au prix du sang.
[…] Dans le Nouveau Testament, il est bien le premier fait d’expérience : naissance et sanctification de Jean-Baptiste dès le sein de sa mère, conception virginale du Christ dans le sein de Marie, manifestation visible sous la forme d'une colombe le jour du baptême de Jésus-Christ.
J'irais même un pas plus loin en précisant que le Saint-Esprit est le premier fait d'expérience de toute la Révélation, car c'est Lui qui a inspiré les Patriarches et les Prophètes et c'est de Lui dont parle l'auteur de la Genèse dès les toutes premières lignes du récit de la Création : "Au commencement, l'Esprit de Dieu (ruah Elohim) planait sur les eaux." (Gn 1,2). […]. Et c'est encore au même Esprit de Dieu que se réfère le témoignage de Jean au dernier chapitre de l'Apocalypse : "l’Esprit et l’épouse disent : 'Viens' (marana tha). Que celui qui écoute dise : 'Viens'. Et que l'homme assoiffé s'approche, que l'homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement." (Ap 22, 17).
Il n'est donc pas étonnant qu'à un moment de l'histoire de l'humanité où tout semble sur le point de se perdre dans le chaos le plus complet, la manifestation prodigieuse de l'Esprit-Saint soit de nouveau voulue par Dieu pour "renouveler la face de la Terre" et pour y apporter l'ordre, la justice, la lumière et la paix, dans la plénitude de l'AMOUR. Cela est d'ailleurs conforme à la prophétie de Joël qu'évoquait saint Pierre au jour de la Pentecôte : "Il se fera, dans les derniers jours, dit le Seigneur, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Alors leurs fils et leurs filles prophétiseront, les jeunes gens auront des visions et les vieillards, des songes. Et moi, sur mes serviteurs et mes servantes, je répandrai de mon Esprit et je ferai paraître des prodiges là-haut dans le ciel et des signes ici-bas sur la terre. Le soleil se changera en ténèbres et la lune en sang. Avant que vienne le jour du Seigneur, ce grand jour. Et quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé." (Jo 3, 1-5). (Ac 2, 17-31)
L'Esprit de Dieu continue toujours son action dans l'Église, comme en témoigne d'une façon éclatante le concile Vatican II. Un essor spirituel considérable fut imprimé à toute l'Église, tant au sein du laïcat et du clergé qu'au sein des communautés religieuses. Renouveau et réforme vont de pair pour redonner à l'Église sa beauté primitive "sans ride, ni tache". C'est en ce sens que parle Jean XXIII dans la bulle d'indiction : « Cela mettra en évidence la vie et la perpétuelle jeunesse de notre Mère la Sainte Église, qui est toujours présente aux événements humains et qui, au fur et à mesure que passent les siècles, renouvelle sa beauté, brille d'une nouvelle splendeur et remporte de nouvelles victoires, tout en restant toujours la même et en se conformant à cette splendide image qu'a voulu lui donner Jésus-Christ, son divin Époux, qui l'aime et la protège. »
Cependant, c'est au cours de ce même concile Vatican II que l'Église entière […] a récité avec ferveur la prière de Jean XXIII : "Renouvelez en notre temps les merveilles de la Pentecôte."
[…] L'Église demandait un renouveau doctrinal, liturgique, théologique, ascétique et mystique ; tout cela fut exaucé à merveille dans les profondes réformes entreprises à la suite des 16 textes conciliaires. […]
Personne ne contestera au Saint-Esprit le droit de "souffler où Il veut". Il agit parfois de façon très étonnante car "ses pensées ne sont pas nos pensées et ses voies ne sont pas nos voies." C'est pourquoi il faut davantage admirer et glorifier le Saint-Esprit dans ses œuvres – une fois passée la première surprise, bien entendu – que de s'en méfier ou encore de "le contrister" lorsqu'Il daigne se manifester. Un passage du décret sur les missions (Ad Gentes, nᵒ 29) nous avertit d'ailleurs que l'Esprit-Saint prend souvent l'initiative dans bien des domaines et qu'il n'y a pas lieu de s'en surprendre puisqu'Il est souverain : "Bien que l'Esprit saint suscite de diverses manières l'esprit missionnaire dans l'Église de Dieu ; bien qu'il ne soit pas rare que l’action de l’Esprit saint prévienne (précède) l’action de ceux à qui il appartient de gouverner la vie de l’Église, ce dicastère doit cependant, pour sa part, promouvoir la vocation et la spiritualité missionnaire."
Oui, l'Esprit souffle où Il veut et quand Il veut. C'est donc, pour chacun de nous, l'occasion de constater avec "gratitude et joie spirituelle" ce que l'Esprit-Saint daigne faire dans l'Église et dans le cœur des hommes de notre temps. »
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[1] Lc 1, 26-38
[2] Eugène Prévost. Elevaciones : vida de amor y de intimidad con Jesús, Les Amis de Béthanie, 2002 (BANQ 232 P9447e E2002)
[3] Jean-Paul Regimbal. Signes & témoins du royaume – Sous la mouvance de l’Esprit – Le Renouveau charismatique dans l’Église catholique, Ralliement pour le Christ, 1971,
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