RÉFLEXION SPIRITUELLE: La paix ne naît pas du silence ou de l'évitement, mais d'une rencontre
Par Benoit Voyer
6 septembre 2026
Lorsqu'une blessure ou une incompréhension survient, notre première réaction est souvent d'en parler à d'autres. La nature humaine est ainsi faite.
Dans une époque où les réactions sont souvent rapides et les opinions facilement diffusées, Jésus nous invite donc à une certaine lenteur avec nos réactions émotives.
Jésus nous propose un autre chemin : aller d'abord à la rencontre de l’autre, dans la discrétion, avec le désir de le retrouver plutôt que de le condamner (cf. Mt 18, 15-20).
Si cette première démarche ne suffit pas, le dialogue s'élargit peu à peu. Rien ne doit être précipité. Tout doit être orienté vers la réconciliation. Même lorsque la communauté intervient pour aider à régler un dilemme, l'objectif doit toujours être de préserver la communion plutôt que la division.
La paix ne naît pas du silence ou de l'évitement, mais d'une rencontre vécue dans la vérité et la charité.
Il est bon de garder à l’esprit que tout ce que nous aiderons à réconcilier sur la terre sera aussi réconcilié dans le ciel. En des mots que les enfants comprennent : quand nous contribuons à réparer une chicane et à redevenir un ami, Dieu est content. Il fera la même chose avec nous dans son ciel.
MA FOI DU BON DIEU : Église de Saint-Esprit
Ce samedi 5 septembre 2026, j'ai participé à la messe dominicale de 16 h 30 à l'église catholique de Saint-Esprit, dans la région de Lanaudière. La célébration était présidée par l'abbé Laurent Gouneau, prêtre répondant pour la région pastorale de Montcalm.
JEAN-PAUL REGIMBAL : Une enfance à l’eau bénite
Par Benoit Voyer
6 septembre 2026
Jean-Paul Regimbal est né à North Bay, en Ontario, le 4 juillet 1931. Il est le fils de Léo Regimbal et d’Emma Frappier.[1]
Sa famille compte 12 enfants (5 filles et 7 garçons) [2] : Albert [3], l’aîné, Gertrude, Germaine[4], Lucille, Pauline [5], Jacqueline [6], Maurice [7], Roger, Raymond [8], Sylvio [9], Jean-Paul [10] et, le cadet, Louis-Joseph [11].
Le lendemain de sa naissance, le poupon Regimbal est baptisé à l’église catholique Saint-Vincent-de-Paul, à North Bay, en Ontario. La célébration est présidée par l’abbé Joseph Chapleau, curé de la paroisse. On lui donne les prénoms de Jean, Paul et Avila. Sa marraine est sa sœur Germaine.[12]
Jean-Paul grandira dans une maison où il y a toujours quelqu'un qui chante, travaille, joue ou parle. Les repas sont animés, les chambres partagées et la solitude est rare.
Petite enfance
Dans ses jeux d’enfant, tous les matins, Jean-Paul s’amuse à célébrer la messe pendant les vacances d’été. En fait, il revêt des vêtements qui ressemblent à une aube et consacre la piquette [13] de son père. Sa sœur Jacqueline est sa première servante de messe.[14]
Les membres du clan Regimbal chantent et aiment la musique. La famille Trapp a chanté dans la maison familiale des Regimbal, lors d’un concert à North Bay. Durant leur séjour, la troupe demeure à l’Hôtel Saint-Régis ou Donat-Léo Regimbal est gérant.
Chez les Regimbal, les trois plus jeunes, c’est-à-dire Jean-Paul, Raymond et Joseph ont fait partie des Chanteurs céciliens sous la direction de Joseph Beaulieu. La troupe parcourt le Nord-Ouest de l’Ontario. Jean-Paul a souvent été soliste lors des prestations publiques [15]
« Jean », comme l’appellent affectueusement et simplement ses frères et sœurs, performe particulièrement au piano. C’est un virtuose! D’ailleurs, au fil de ses jeunes années, il désire devenir concertiste professionnel. Au long de son enfance et de son adolescence, il suit des leçons dans ce seul but.
En 1940, lors d’une visite à la prison de Cochrane, un fort appel intérieur se fait sentir dans le cœur de l’enfant de 9 ans : venir en aide aux personnes privées de liberté.[16]
Ce jour-là, un détenu lui demande simplement de lui apporter un journal. Ce geste insignifiant en apparence impressionne profondément l'enfant. Il découvre qu'une présence, une attention ou un petit service peuvent apporter beaucoup à une personne privée de liberté. Il en parlera longtemps autour de lui.
À cause de son asthme, Jean-Paul ne pratique pas de sport. Il occupe donc son temps à d’autres activités.[17]
À 10 ans, il compose sa première pièce musicale et, à 12 ans, sa première messe à quatre voix qu’il enregistre sur disque pour sa mère grâce à la participation de la radio de North Bay où il habite.[18]
Les samedis après-midi, à son initiative, il amène son frère Raymond visiter les personnes âgées au centre d’accueil situé près de la maison familiale. Pour Raymond, c’était un véritable sacrifice, mais Jean-Paul s’en fait une joie.[19]
Jean-Paul aime rire. Il excelle dans les « bonnes farces » et les jeux de mots. Il adore, notamment, citer la Bible autour de la table. Un jour, excédé par cette manie, un de ses frères lui demande : « Que feras-tu si je te frappe une joue ». Sans tarder, Jean-Paul répond qu’il tendra l’autre joue. Alors, son frère lui donne un coup au visage. Jean-Paul lui tend l’autre joue. Sans hésitation, il lui assène un autre coup. Insulté, d’un bon Jean-Paul lui fout son poing sur la mâchoire.[20]
Au Collège du Sacré-Cœur, à Sudbury
Jean-Paul Regimbal entre au Collège Sacré-Cœur des Jésuites de Sudbury [21] ou son frère aîné, Albert, est déjà reçu Jésuite. Il y rejoint son frère Raymond.
À l’école, il s’avère un adolescent fonceur et qui agit toujours par conviction : il touche à l’orgue et s’implique dans les activités étudiantes.[22]
Un jour, sa mère parcourt les 130 kilomètres de North Bay à Sudbury pour visiter ses fils. Ce n’est pas le jour des visites. Madame Regimbal (Emma Frappier) doit repartir de l’école sans voir ses fils. Elle laisse un paquet et un message pour ses fistons.
Jean-Paul n’a pas froid aux yeux. En apprenant que les Jésuites ont empêché sa mère de voir ses enfants, Jean-Paul, fâché, investit le bureau du directeur et s’insurge contre une telle pratique, signifiant qu’il n’est pas charitable d’avoir aussi peu de considérations pour les parents.[23]
Au terme de son enfance, plusieurs traits qui marqueront toute sa vie sont déjà présents : un tempérament fonceur, un remarquable talent musical, une foi simple, un goût du service et une attention particulière envers les personnes oubliées.
Il tombe sous le charme
Du 18 au 22 juin 1947, au Parc Lansdowne, à Ottawa, a lieu un grand congrès marial, à l’occasion du 100e anniversaire du diocèse d’Ottawa.
Le cardinal James McGuigan, archevêque de Toronto, le cardinal Paul Émile Léger, archevêque de Montréal, et tous le gratin religieux catholique du pays est présent.
Le programme comprend des conférences, des célébrations et des manifestations artistiques.
Le 18 juin 1947, le quotidien Le Droit publie un supplément de plus de 50 pages pour souligner l’événement. À part l’abondante publicité, on y donne le programme et on y présente les activités et les dignitaires.
Jean-Paul Regimbal se rend au congrès avec d’autres étudiants du collège du Sacré-Cœur qu’il fréquente à Sudbury.
Il est très intéressé par la grande exposition religieuse qui y est présentée. 117 communautés d'hommes et de femmes y tiennent des kiosques illustrant leurs liens avec la Vierge Marie. Celle-ci couvre une superficie de plus de 133,000 pieds carrés.[24]
Pour la première fois de sa vie, Jean-Paul rencontre des Trinitaires. C’est le coup de foudre! Ces instants sont pour lui une réponse à ses nombreuses prières. Il se dit : « Voilà enfin des religieux qui s’occupent des prisonniers! »
Sans tarder, il en parle à son guide spirituel. Le père Jean-Paul Demers, s.j. Ce dernier lui demande de garder cela dans le secret de son cœur afin de laisser Dieu lui préciser l’appel. En sera-t-il capable?
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[1] Paroisse Saint-Vincent-de-Paul (North Bay, Ontario), registre des baptêmes, 1931, acte no 71 (Jean Paul Avila Regimbal), 5 juillet 1931. Collection Drouin (consultée sur Ancestry, le 31 juillet 2026). https://www.ancestry.ca/imageviewer/collections/1109/images/d13p_34890456?pId=537740 Note : En effectuant mes recherches généalogiques, j'ai constaté que Jean-Paul Regimbal et moi sommes de lointains cousins. Charles Allaire (1637-1687) est son 11e arrière-grand-père du côté de sa grand-mère maternelle et mon 7e arrière-grand-père du côté paternel, en passant par les familles Voyer, Bélanger, Talbot et Allaire.
[2] Avis de décès de Jean-Paul Regimbal. Voix de l’Est, 12 septembre 1988, page 18. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430720?calendar_open=1
[3] Albert deviendra prêtre jésuite
[4] Germaine deviendra religieuse de l’Assomption de Nicolet
[5] Pauline épousera Carmen Norman
[6] Jacqueline épousera Robert Foisy
[7] Maurice épousera Clémence Rivet
[8] Raymond épousera Lorraine Nadon
[9] Sylvio épousera Roland Michaud
[10] Jean-Paul deviendra prêtre trinitaire
[11] Louis-Joseph épousera Diana Gardiner
[12] Paroisse Saint-Vincent-de-Paul (North Bay, Ontario), registre des baptêmes, 1931, acte no 71 (Jean Paul Avila Regimbal), 5 juillet 1931. Collection Drouin (consultée sur Ancestry, le 31 juillet 2026). https://www.ancestry.ca/imageviewer/collections/1109/images/d13p_34890456?pid=537740 Note de recherche : Le registre semble indiquer que le parrain pourrait être le curé Joseph Chapleau, qui est également le célébrant du baptême. Cette interprétation devra être confirmée par l'examen de l'original ou par la comparaison avec d'autres actes du même registre.
[13] Une piquette est un vin bon marché et de qualité médiocre.
[14] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430720?calendar_open=1
[15] Il en est aussi question dans : Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[16] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[17] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[18] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[19] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[20] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[21] Le collège deviendra l’Université de Sudbury en 1957 et deviendra une composante de l’Université Laurentienne en 1960.
[22] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[23] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[24] Supplément publié à l’occasion du congrès marial d’Ottawa, page 48 ; Le Droit, 18 juin 1947.
[1] Paroisse Saint-Vincent-de-Paul (North Bay, Ontario), registre des baptêmes, 1931, acte no 71 (Jean Paul Avila Regimbal), 5 juillet 1931. Collection Drouin (consultée sur Ancestry, le 31 juillet 2026). https://www.ancestry.ca/imageviewer/collections/1109/images/d13p_34890456?pId=537740 Note : En effectuant mes recherches généalogiques, j'ai constaté que Jean-Paul Regimbal et moi sommes de lointains cousins. Charles Allaire (1637-1687) est son 11e arrière-grand-père du côté de sa grand-mère maternelle et mon 7e arrière-grand-père du côté paternel, en passant par les familles Voyer, Bélanger, Talbot et Allaire.
[2] Avis de décès de Jean-Paul Regimbal. Voix de l’Est, 12 septembre 1988, page 18. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430720?calendar_open=1
[3] Albert deviendra prêtre jésuite
[4] Germaine deviendra religieuse de l’Assomption de Nicolet
[5] Pauline épousera Carmen Norman
[6] Jacqueline épousera Robert Foisy
[7] Maurice épousera Clémence Rivet
[8] Raymond épousera Lorraine Nadon
[9] Sylvio épousera Roland Michaud
[10] Jean-Paul deviendra prêtre trinitaire
[11] Louis-Joseph épousera Diana Gardiner
[12] Paroisse Saint-Vincent-de-Paul (North Bay, Ontario), registre des baptêmes, 1931, acte no 71 (Jean Paul Avila Regimbal), 5 juillet 1931. Collection Drouin (consultée sur Ancestry, le 31 juillet 2026). https://www.ancestry.ca/imageviewer/collections/1109/images/d13p_34890456?pid=537740 Note de recherche : Le registre semble indiquer que le parrain pourrait être le curé Joseph Chapleau, qui est également le célébrant du baptême. Cette interprétation devra être confirmée par l'examen de l'original ou par la comparaison avec d'autres actes du même registre.
[13] Une piquette est un vin bon marché et de qualité médiocre.
[14] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430720?calendar_open=1
[15] Il en est aussi question dans : Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[16] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[17] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[18] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[19] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[20] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[21] Le collège deviendra l’Université de Sudbury en 1957 et deviendra une composante de l’Université Laurentienne en 1960.
[22] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[23] Daniel Paquette. « Enfant, Jean-Paul Regimbal jouait à dire la messe le samedi », Voix de l’Est, 13 septembre 1988, page 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3430721
[24] Supplément publié à l’occasion du congrès marial d’Ottawa, page 48 ; Le Droit, 18 juin 1947.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Homélie de Mgr Jean-Marie Fortier aux funérailles de René Lévesque
Homélie de Mgr Jean-Marie Fortier
Texte intégral de l'homélie prononcée le 5 novembre 1987 par Mgr Jean-Marie Fortier, archevêque de Sherbrooke et président de la Conférence canadienne des évêques, lors des funérailles nationales de René Lévesque.
Frères et sœurs dans le Christ,
M. René Lévesque, Gaspésien, journaliste, homme politique éminent, premier ministre du Québec, n'est plus!
Cette nouvelle nous frappa de plein fouet à l'aube du 2 novembre dernier.
René Lévesque n'est plus!
Quelles que soient leurs allégeances politiques, il n'aura pas manqué d'hommes et de femmes pour rendre un hommage légitime à ce grand citoyen.
La douleur, la sympathie, les regrets ont soulevé le peuple québécois telle une puissante vague de fond.
Tantôt par des voix éloquentes, tantôt sur des lèvres malhabiles furent loués son sens de la démocratie, son souci de la justice, son esprit de service, son amour des petites gens, sa simplicité. Toutes valeurs qui s'enracinent profondément dans l'Évangile et qui ne cessent de nous interpeller, qui que nous soyons.
Comme évêque et pasteur, ma responsabilité première, la plus grave, est celle d'enseigner à partir de la Parole de Dieu.
Je puiserai dans celle-ci quelques vérités qui projetteront des lumières sur notre naissance en Dieu, sur le passage de notre mort à la vie éternelle.
Que l'Esprit Saint m'accompagne et me guide; que l'Esprit Saint vous donne cette « oreille intérieure » qui reçoive la parole et lui fasse produire dans vos cœurs espérance, consolation et paix.
Pour mieux saisir la richesse de cet extrait de l'Évangile qui vient d'être proclamé, il importe de le situer dans l'ensemble du troisième chapitre de saint Jean.
Le Christ en est au tout début de sa mission. Il a accompli quelques signes qui secouent la société juive du temps jusque dans les milieux influents.
« Il y avait parmi les pharisiens un homme du nom de Nicodème, un chef des Juifs; celui-ci vint vers Jésus. » (Jn 3, 1)
Venir vers Jésus! Qu'est-ce à dire?
Ce sont les premiers pas de l'homme vers Dieu qui attire, mais toujours respectueux de notre liberté, selon le mot de saint Augustin :
« Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé. »
Des hommes et des femmes viennent vers Jésus, partis des horizons les plus divers, rejoints dans les circonstances les plus variées. Ils arrivent dans des dispositions personnelles qui vont de la réticence explicite, de la simple curiosité jusqu'à la sympathie déclarée.
Nicodème est le type du candidat à la foi.
La rumeur est parvenue à ses oreilles d'un prophète qui va et vient sur les routes, parlant d'autorité et accomplissant des miracles.
Il se présente « de nuit », soit par peur de se compromettre, soit par souci de se ménager un long entretien avec le Maître.
Sa sympathie est manifeste :
« Rabbi, dit-il d'entrée de jeu, nous le savons, c'est de la part de Dieu que tu es venu en docteur; personne, en effet, ne peut faire ces signes que tu fais, si Dieu n'est avec lui. » (Jn 3, 2)
Une conversation s'engage alors entre le Christ et son visiteur, conversation animée au cours de laquelle fusent questions et réponses.
Surgit, à la fin de l'entretien, la grande révélation :
« Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » (Jn 3, 16-17)
Il n'est pas sûr que Nicodème quitta le Christ totalement conquis.
La Parole de Dieu est une semence dont la croissance est habituellement lente.
Nous retrouverons Nicodème plus tard aux heures de l'abandon et de la souffrance.
Son âme droite prend la défense de Jésus devant ses pairs. Il plaide pour lui :
« Notre loi condamne-t-elle un homme sans que d'abord on l'entende et que l'on connaisse ce qu'il a fait? » (Jn 7, 51)
Nicodème sera là près de la croix.
Il se penchera sur le corps du supplicié et lui ménagera un ensevelissement princier.
« Nicodème vint aussi, celui qui au début était venu vers Jésus de nuit; il apportait un mélange de myrrhe et d'aloès d'environ cent livres. » (Jn 19, 39)
Le cycle est complet : la Parole était tombée dans une âme droite; elle a lentement germé et poussé sa tige; elle vient de produire ses fruits : l'amour et le respect d'autrui, même à l'heure de ses plus grandes dérélictions.
Nous sommes et nous demeurons tous des « candidats à la foi », en ce sens que la foi en Dieu et en Jésus-Christ est toujours susceptible de s'enraciner plus avant dans notre être, de croître et, enfin, de produire des fruits plus abondants de justice et d'amour.
Que les baptisés ne se targuent donc pas de leur baptême comme d'un privilège.
Qu'ils le considèrent plutôt comme un appel au dépassement.
Que nul ne désespère de son salut.
Le concile Vatican II, dans son texte majeur sur l'Église, affirme :
« Ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile du Christ et son Église et cependant cherchent Dieu d'un cœur sincère et qui, sous l'influence de sa grâce, s'efforcent d'accomplir dans leurs actes sa volonté qu'ils connaissent sous la dictée de leur conscience, ceux-là aussi peuvent obtenir le salut éternel. » (Lumen gentium, no 16)
Déjà l'Ancien Testament, par la voix de Job, a découvert la victoire du Christ sur le péché et sur la mort.
Remarquez la solennité de l'affirmation :
« Je voudrais qu'on écrive ce que je vais dire, que mes paroles soient gravées dans le bronze, qu'elles soient sculptées dans le roc pour toujours. » (Jb 19, 23-24)
Le cri de victoire éclate :
« Je sais, moi, que mon libérateur est vivant et qu'à la fin, il se dressera sur la poussière des morts. » (Jb 19, 25)
Nous sommes intimement liés au triomphe de notre Libérateur.
Comme il convient entre l'amour offert et l'amour reçu, un dialogue muet s'établit entre le Sauveur et le sauvé.
« Je me tiendrai debout, et de mes yeux de chair, je verrai Dieu. Moi-même, je le verrai et, quand mes yeux le regarderont, il ne se détournera pas. » (Jb 19, 26-27)
Comme pour chacun de nous, et au-delà de tout jugement humain, ce dialogue s'est engagé entre le Christ miséricordieux et notre frère René.
Ce dialogue fait aujourd'hui l'objet de notre prière et le vœu de notre espérance.
____________________
Référence :
FORTIER, Jean-Marie, L'objet de notre prière et le vœu de notre espérance. Homélie prononcée lors des funérailles nationales de René Lévesque, Basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, 5 novembre 1987. Texte intégral publié dans Le Devoir, 6 novembre 1987, p. 11.
Référence :
FORTIER, Jean-Marie, L'objet de notre prière et le vœu de notre espérance. Homélie prononcée lors des funérailles nationales de René Lévesque, Basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, 5 novembre 1987. Texte intégral publié dans Le Devoir, 6 novembre 1987, p. 11.
5 septembre 2026
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Au parc des cultures Bernard Landry, a Saint-Jacques-de-Montcalm dans la region de Lanaudiere, en ce 5 septembre 2026. |
POLITIQUE : Aider le milieu communautaire à se financer
Par Benoit Voyer
5 septembre 2026
Les personnes qui œuvrent dans les innombrables organismes sans but lucratif (OSBL) qu’il y a au Québec et au Canada travaillent fort afin de trouver du financement pour assurer les services qu’elles donnent à la population. Comme on dit, l’argent, c’est le nerf de la guerre.
Ces organismes jouent souvent des rôles de suppléance ou de complémentarité indispensables aux services que les gouvernements donnent à monsieur et madame tout le monde, notamment dans les domaines de la santé et des services sociaux et de la préservation du patrimoine. Ils le font à moindre coût.
Les dirigeants de ces OSBL comptent pour un grand nombre sur le support des gouvernements du Canada et du Québec ou de leur MRC et, même, dans plusieurs cas, de leur municipalité pour se financer. Trouver un programme qui colle à sa mission est tout un défi. Certains organismes doivent aller jusqu’à modifier leur raison d’être pour se conformer et obtenir les subsides désirés.
Malheureusement, les moyens financiers de nos gouvernements sont de plus en plus limités. Ils ne peuvent pas tout financer. L’époque de l’État providence est terminée.
Depuis une trentaine d’années, je le dis et le redis, il faut que les gouvernements aident les OSBL à trouver de nouvelles sources de financement afin qu’on cesse de toujours dépendre d’eux. Pour reprendre dans mes mots un vieil adage : on peut bien donner du poisson à celui qui a faim. C’est louable! Mais si en lui donnant du poisson on lui montrait comment pêcher? En mots moins poétiques : il est essentiel de donner de l’argent pour le maintien des OSBL, mais si en même temps on leur apprenait comment faire surgir de nouvelles sources de financement?
On pourrait aussi aller plus loin. Et si les gouvernements revoyaient la fiscalité en faisant preuve d’audace... Un don en argent à un OSBL pourrait être déductible jusqu’à 100 % sur les impôts annuels. Pourquoi pas? Une telle mesure pourrait aussi aider considérablement le milieu communautaire.
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Savoir reconnaître, au moment opportun, qu'il est toujours temps de faire le bien
Par Benoit Voyer
5 septembre 2026
En 1995, à plusieurs reprises, j'ai eu le privilège de rencontrer Mgr Jean-Marie Fortier, alors archevêque de Sherbrooke. À cette époque, je travaillais pour la Revue Notre-Dame du Cap à titre de journaliste et de rédacteur en chef par intérim.
Un matin, j’apprends qu’il a remis sa démission au pape. Il venait de célébrer son 75e anniversaire de naissance. Le droit canonique l’oblige à rappeler « aux officines vaticanes » son âge. Sur un coup de tête, sans trop réfléchir – c’était peut-être une lumière de l’Esprit saint – je prends le téléphone et je l’appelle.
Au bout du fil, il est visiblement heureux qu’un journaliste spécialisé au service de « la sainte Église » lui demande une interview afin de faire le point avec lui sur ses années à la tête du diocèse sherbrookois et pour parler de quelques sujets d’actualité. « J’accepte à une condition », me lance-t-il taquin. Je lui demande laquelle. Il me répond : « Vous allez arriver vers 11h. Vous venez à mon bureau. Vous déposez vos affaires et nous irons manger dans un bon restaurant! Nous bavarderons amicalement « of the record ». Par la suite, nous reviendrons à mon bureau et nous ferons l’entrevue officielle. C’est moi qui paie! Vous serez mon invité… ».
Il était rare qu’un évêque m’accueille de cette manière. J’accepte volontiers.
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| Mgr Jean-Marie Fortier |
Après une série de questions sur mon jeune parcours de journaliste, les sujets s’enchaînent. À plusieurs occasions, il me lance : « Gardez ça pour vous! Je ne pourrai pas redire cela publiquement par solidarité avec mes confrères évêques ». Un jour, je vous raconterai peut-être une de ces confidences qui m’ont fait voir la morale chrétienne d’une nouvelle manière.
Je me souviendrai jusqu’à ma mort de ces précieux moments. Ce jour-là, j’ai fait la rencontre d’un homme de grande culture, mais surtout d'une profonde bonté. Il ne jugeait pas les personnes à partir des étiquettes qu'on leur collait.
Dans son bureau, nous nous mettons rapidement au boulot. Je mets mon magnétophone sur « record » et, sans prendre le plan d’entrevue que j’avais préparé, j’ai choisi de simplement poursuivre la conversation avec la même fluidité et bonhomie qui avait marqué notre repas. Bien entendu, je tenterai de revenir sur quelques conversations, mais lorsqu'il devinait la direction que je prenais, il me faisait un signe de la main pour indiquer son refus d’aller plus loin dans cette direction.
L’entretien officiel [1] s’ouvrira sur une boutade sarcastique : Comme ça « si je me souviens bien, c'est vous qui avez célébré les funérailles de René Lévesque... »
Il n’en fallait pas plus pour lui faire parler d’un des grands instants de sa vie. Il n’en a jamais parlé publiquement, mais au repas il m’avait confié être en faveur de la souveraineté politique du Québec…
« ...ça c'est une belle histoire! Il meurt le dimanche soir... Évidemment, le lundi matin, nous parlions de cela à l'archevêché. Raymond, un confrère, me dit : « Monseigneur, je n'aimerais pas être dans les bottes de celui qui fera l'homélie de la cérémonie de l'ex-premier ministre. » Je lui ai répondu : « C'est entendu que ça ne sera pas facile, mais le cardinal Vachon a une grande expérience. Je vais y aller comme président de l'Assemblée des évêques du Québec (AEQ). Je vais m'asseoir dans le chœur de la cathédrale et écouter l'homélie. »
La journée se passe normalement et, à 22 h 30, l'évêque auxiliaire de Québec me téléphone et dit : « Écoutez, monseigneur, on est vraiment mal pris! L'archevêque est à Victoria. Il est malade et ne peut absolument pas être présent aux funérailles. Pourriez-vous venir? »
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| Les funérailles de René Lévesque, à Québec |
Les téléphones des journalistes ont commencé à arriver : « Pourquoi est-ce que c'est vous qui présiderez les funérailles? Vous allez célébrer les funérailles d'un divorcé-remarié? » J'ai répondu que ce n'était pas une béatification et que c'est l'Église qui intercède pour le salut de l'âme de son fils qui est décédé. Quand je vais avoir mes funérailles, ils vont prier pour l'âme de leur pauvre évêque, le recommandant à la miséricorde de Dieu. Pour monsieur Lévesque, c'est la même chose!
L'après-midi du mercredi, Jacques Côté, le responsable des communications au diocèse de Québec, me demandait d'assister à une conférence de presse.
Au fond, les journalistes voulaient savoir le déroulement de la cérémonie. J'ai répondu à leurs questions. J'ai finalement dit : « Mon homélie est prête, je vous en remets une copie. Je vous demanderais seulement de respecter l'embargo jusqu'à demain après-midi après la célébration. » Ils ont accepté. »
C’est effectivement ce qu’il a fait.
Le 5 novembre 1987, son homélie des funérailles de René Lévesque s’ouvrira en disant : « Frères et sœurs dans le Christ, M. René Lévesque, Gaspésien, journaliste, homme politique éminent, premier ministre du Québec, n'est plus! Cette nouvelle nous frappa de plein fouet à l'aube du 2 novembre dernier. René Lévesque n'est plus! Quelles que soient leurs allégeances politiques, il n'aura pas manqué d'hommes et de femmes pour rendre un hommage légitime à ce grand citoyen. La douleur, la sympathie, les regrets ont soulevé le peuple québécois telle une puissante vague de fond. Tantôt par des voix éloquentes, tantôt sur des lèvres malhabiles furent loués son sens de la démocratie, son souci de la justice, son esprit de service, son amour des petites gens, sa simplicité. Toutes valeurs qui s'enracinent profondément dans l'Évangile et qui ne cessent de nous interpeller, qui que nous soyons. Comme évêque et pasteur, ma responsabilité première, la plus grave, est celle d'enseigner à partir de la Parole de Dieu. »[2]
Après avoir longuement commenté les textes bibliques lus précédemment, il conclura en lançant : « Comme pour chacun de nous, et au-delà de tout jugement humain, ce dialogue s'est engagé entre le Christ miséricordieux et notre frère René. Ce dialogue fait aujourd'hui l'objet de notre prière et le vœu de notre espérance. »
Mgr Jean-Marie Fortier a refusé d'entrer dans le débat sur les mœurs de l’ancien premier ministre. Son regard était ailleurs. Il voyait d'abord un homme confié à la miséricorde de Dieu.
En relisant l'Évangile de Luc (Lc 6, 1-5), le souvenir de l’attitude de cet évêque m'est revenu avec force.
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| René Lévesque, le cardinal Louis Albert Vachon et saint Jean-Paul II, a Québec |
Les pharisiens reprochent aux disciples d'arracher quelques épis un jour de sabbat. La question semble porter sur une règle religieuse. En réalité, Jésus dévoile quelque chose de beaucoup plus profond : notre tendance à laisser les règles prendre toute la place, jusqu'à oublier la personne.
Le sabbat est un don de Dieu. Jésus ne le méprise pas. Mais lorsque son interprétation devient un obstacle au bien, il rappelle sa véritable raison d'être. Les disciples ont faim. Avant de voir une infraction, Jésus voit des hommes.
Jean-Marie Fortier a fait un peu la même chose. Avant de voir le « divorcé-remarié » ou de s'arrêter aux jugements portés sur sa vie, il voyait d'abord un homme décédé pour lequel l'Église était appelée à prier. Il ne rejetait pas l'enseignement de l'Église. Il refusait simplement que celui-ci fasse oublier la première mission de l'Église : conduire les êtres humains vers la miséricorde de Dieu.
C’est peut-être là l'une des plus grandes résistances de notre cœur. Nous sommes souvent plus rapides à revendiquer une règle qu'à discerner ce que Dieu attend de nous dans une situation concrète. L'Évangile ne nous demande pas de mépriser les règles. Il nous invite à ne jamais oublier pourquoi elles existent.
Le plus bel hommage que l'on puisse rendre à Dieu n'est peut-être pas de gagner un débat, mais de savoir reconnaître, au moment opportun, qu'il est toujours temps de faire le bien.
Comme disait Jean-Marie Fortier aux funérailles de René Lévesque : « la Parole était tombée dans une âme droite; elle a lentement germé et poussé sa tige; elle vient de produire ses fruits : l'amour et le respect d'autrui, même à l'heure de ses plus grandes dérélictions ». Oui, même à l’heure des grands instants d’abandon absolu.
____________________
[1] Benoit Voyer, « Le temps d'une paix », Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1995, pp. 20-21.
[2] FORTIER, Jean-Marie. L'objet de notre prière et le vœu de notre espérance. Homélie prononcée lors des funérailles nationales de René Lévesque, Basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, 5 novembre 1987. Texte intégral publié dans Le Devoir, 6 novembre 1987, p. 11.
[1] Benoit Voyer, « Le temps d'une paix », Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1995, pp. 20-21.
[2] FORTIER, Jean-Marie. L'objet de notre prière et le vœu de notre espérance. Homélie prononcée lors des funérailles nationales de René Lévesque, Basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, 5 novembre 1987. Texte intégral publié dans Le Devoir, 6 novembre 1987, p. 11.
MA FOI DU BON DIEU : Lectio divina
Tot ce matin, j'ai lu un extrait du livre de Seracide (si 34, 2-3). Puis, j'ai ferme mes yeux afin de laisser le texte penetrer en moi.
RELIGIOLOGIQUE : Le prélude à la société catholique québécoise
Par Benoit Voyer
5 septembre 2026
Pendant environ 125 ans, l’Église catholique a été très présente dans la société québécoise. On pense de nos jours qu’il en a toujours été ainsi depuis l’époque de la colonisation française. Ce n’est pourtant pas la réalité. Dans la première partie des années 1800, le catholicisme est en sévère perte de vitesse. Les religieux, religieuses et membres du clergé sont de moins en moins présents dans la société. Et puis, dans l’ensemble, les catholiques sont de moins en moins catéchisés et mélangent leurs croyances avec d’autres. Le catholicisme se dirigeait droit dans un mur.
Le 3 septembre 1840, l’évêque de Québec, Mgr Pierre-Flavien Turgeon, reçoit de la grande visite. Venant à peine de débarquer du British America au port de Québec, après avoir parcouru une partie des États-Unis, Mgr Charles-Auguste de Fourbin-Janson, évêque de Nancy, en France, et fondateur de la congrégation des missionnaires de France, en 1814, répond à la demande de l’épiscopat de donner une série de sermons au Canada.
L’invité a la réputation d’être un grand orateur. « Il possède à un degré éminent la triple puissance du pathétique, de la logique et de l’enthousiasme, ce qui, joint à une phraséologie naturelle et intarissable », indiquent les Prémices des « Mélanges religieux »[1].
Sans tarder, le dimanche 6 septembre, il donne un premier grand entretien dans la cathédrale de Québec. Ne possédant pas d’organisme de loisirs culturels, les citoyens de Québec aiment se régaler de beaux discours. À entendre cet homme venu de loin, ils sont comblés.
Le lendemain, le journal Le Canadien [2] fait les éloges de l’évêque et annonce une grande retraite spirituelle : « Le sermon de Monseigneur l’évêque de Nancy, hier, dans la cathédrale de cette ville, a produit une impression des plus vives dans son auditoire, et il est devenu le sujet de toutes les conversations : en un mot on en est revenu tout enthousiasmé. Aussi est-ce une bonne nouvelle que l’on va recevoir avec infiniment de plaisir, lorsque nous dirons que ce vénérable prélat se propose de faire en cette ville une retraite de quelques jours, où chacun pourra aller se nourrir avec abondance de la parole de Dieu prêchée par une bouche éloquente. De Québec, Mgr de Nancy doit se rendre, dit-on, à Montréal et dans le Haut-Canada, puis au Détroit et à New York, et dans diverses autres parties des États-Unis, semant partout les fruits de son admirable prédication. Il fait espérer une nouvelle visite à Québec dans le cours de l’été prochain. »
La retraite spirituelle débute le 13 septembre. Elle ne devait durer qu’une semaine, mais devant l’affluence, elle sera prolongée. Le 28 septembre, le journal Le Canadien [3] écrit : « Hier s’est terminée la retraite, commencée il y avait deux semaines, à la cathédrale de cette ville, sous la direction de Monseigneur de Nancy. Cette retraite ne devait durer qu’une semaine, mais l’affluence des fidèles auprès des directeurs de leurs consciences a été telle, tant de monde a voulu profiter des avantages spirituels qu’offrait cette retraite, qu’on a dû doubler le temps qu’on lui avait d’abord destiné. Tel est l’effet du cours de prédications de ce prélat distingué ; il en dit plus que tout ce que nous pourrions rapporter, dans le cas où un pareil sujet tomberait dans les attributions du journalisme. Monseigneur de Nancy a prêché deux fois par jour la première semaine, et une fois la seconde, et chacune de ses improvisations durait une heure et demie à peu près. On avait réuni dans cette retraite les fidèles des deux paroisses de Québec et de St-Roch, la matinée pour les femmes, le soir pour les hommes, et chaque fois la cathédrale était encombrée de monde. On a calculé qu’il ne pouvait pas y avoir moins de 5 000 à 6 000 personnes à chaque instruction.
Monseigneur de Nancy a su profiter de l’impulsion qu’il a imprimée à la population catholique de cette ville, pour encourager la formation d'une société de tempérance, sous les auspices des autorités ecclésiastiques, et avec des avantages et exercices spirituels, sur le modèle des sociétés recommandées par les évêques catholiques d’Irlande et des États-Unis. Ainsi le passage de ce prélat serait marqué par l’accomplissement d’une œuvre qui ne peut manquer d’influer beaucoup et d’une manière permanente sur le bien-être social de notre population. […]
Cet après-midi, il a dû être présenté à Monseigneur de Nancy une adresse signée par un grand nombre de notabilités catholiques de cette ville, le remerciant des efforts qu’il a bien voulu faire en faveur des fidèles des deux paroisses. »
Le 30 septembre, l’évêque de Nancy quitte Québec pour Montréal [4], mais la visite est compromise à cause du décès de l’évêque montréalais.
____________________
[1] Prémices des Mélanges religieux, 14 décembre 1840 au 20 janvier 1841, p. 12. Cité dans : Germaine Duval. Par le Chemin du roi une femme est venue, Bellarmin, 1982, p. 111.
[2] Le Canadien, 7 septembre 1840, p. 3 https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3455239
[3] Le Canadien, 28 septembre 1840, p. 3 https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3455248
[4] Le Canadien, 30 septembre 1840, p. 2 https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3455249
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Le temps d'une paix avec Mgr Jean-Marie Fortier
ENTREVUE
Selon toute probabilité, Mgr Jean-Marie Fortier, âgé de 75 ans, se retirera de son mandat d'archevêque de Sherbrooke.
Celui qui a le visage d'un « grand-papa-gâteau » et la joie de vivre d'un jeune jouvenceau est le rare évêque canadien encore en fonction à avoir participé au concile Vatican II.
Dans son diocèse comme ailleurs, il est l'humble pasteur que tous aiment. Il a peu d'ennemis.
Ses 27 années à la tête du diocèse sherbrookois auront été marquées par la paix.
Mgr Jean-Marie Fortier a été ordonné évêque le 23 janvier 1961 à Ste-Anne-de-la-Pocatière. Après quelques années comme évêque auxiliaire de ce diocèse, il devenait berger de l'Église diocésaine de Gaspé en 1965 et, un peu plus tard, en 1968, prit la tête de l'archidiocèse de Sherbrooke.
Pour sa retraite, il souhaite aller aider en paroisse et, occasionnellement, animer des retraites paroissiales et sacerdotales.
NDC – Si je me souviens bien, c'est vous qui avez célébré les funérailles de René Lévesque...
JMF – ...ça c'est une belle histoire! Il meurt le dimanche soir...
Évidemment, le lundi matin, nous parlions de cela à l'archevêché. Raymond, un confrère, me dit : « Monseigneur, je n'aimerais pas être dans les bottes de celui qui fera l'homélie de la cérémonie de l'ex-premier ministre. » Je lui ai répondu : « C'est entendu que ça ne sera pas facile, mais le cardinal Vachon a une grande expérience. Je vais y aller comme président de l'Assemblée des évêques du Québec (AEQ). Je vais m'asseoir dans le chœur de la cathédrale et écouter l'homélie. »
La journée se passe normalement et, à 22 h 30, l'évêque auxiliaire de Québec me téléphone et dit : « Écoutez, monseigneur, on est vraiment mal pris! L'archevêque est à Victoria. Il est malade et ne peut absolument pas être présent aux funérailles. Pourriez-vous venir? »
Après avoir accepté, je me suis dit : « Jean-Marie Fortier, tu es un pasteur, tu es évêque, tu auras un peuple chrétien qui sera là. Alors, tu vas parler de la Parole de Dieu. »
Les téléphones des journalistes ont commencé à arriver : « Pourquoi est-ce que c'est vous qui présiderez les funérailles? Vous allez célébrer les funérailles d'un divorcé-remarié? » J'ai répondu que ce n'était pas une béatification et que c'est l'Église qui intercède pour le salut de l'âme de son fils qui est décédé. Quand je vais avoir mes funérailles, ils vont prier pour l'âme de leur pauvre évêque, le recommandant à la miséricorde de Dieu. Pour monsieur Lévesque, c'est la même chose!
L'après-midi du mercredi, Jacques Côté, le responsable des communications au diocèse de Québec, me demandait d'assister à une conférence de presse.
Au fond, les journalistes voulaient savoir le déroulement de la cérémonie. J'ai répondu à leurs questions. J'ai finalement dit : « Mon homélie est prête, je vous en remets une copie. Je vous demanderais seulement de respecter l'embargo jusqu'à demain après-midi après la célébration. » Ils ont accepté.
NDC – Quel genre de pasteur êtes-vous?
JMF – Quand je suis devenu évêque, je me souviens avoir dit à mon directeur spirituel: « Je veux devenir un saint évêque! » J'ai toujours eu ce projet-là. Ce que je suis devenu, c'est à Dieu d'en juger.
Aussi, un vieil évêque de mes amis me disait: « Jean-Marie, tu vas devenir évêque, tu seras un homme seul. » Je me suis dit, peut-être prétentieusement, non je ne serai pas un homme seul. Tout évêque éprouve naturellement une certaine solitude à cause des dossiers qu'il porte. Je n'ai jamais été un homme seul cependant. Je suis toujours au centre d'un réseau d'amitiés. J'en ai besoin comme de l'air que je respire.
NDC – Vous aimez célébrer l'eucharistie?
JMF – Je dis toujours aux gens: « La messe que j'ai célébrée aujourd'hui, elle est meilleure que ma première messe... »
La première eucharistie d'un jeune prêtre s'enveloppe de beaucoup d'émotivité. Enfin, tu arrives au terme de ta recherche. Ton père et ta mère sont là, tes frères, ta sœur, ta communauté, tes parents, tes amis... Sur le plan émotif, cette messe a été plus vibrante que celle que j'ai dite ce matin à la cathédrale.
Dans cette dernière, c'est tout mon passé d'homme et d'évêque qui est là; c'est ma vie qui est offerte avec ses joies et ses peines.
NDC – Est-ce que la pauvreté vous touche?
JMF – Évidemment! La conception que j'en avais dans mon adolescence, à l'époque où je fréquentais les Conférences St-Vincent-de-Paul, était d'ordre matériel. On donnait des bons d'épicerie, des vêtements chauds pour l'hiver, des couvertures de laine...
Maintenant, ça dépasse ça! Je m'intéresse aux pauvretés diffuses. C'est surtout sur les causes que je suis tenté de travailler. C'est pour cela que l'Office de pastorale sociale de mon diocèse est très impliqué dans les mouvements populaires de la région.
Ce ne sont pas toujours des catholiques! Dans une association, il y a une juive qui y exerce une action caritative exceptionnelle! Je ne demande pas leur carte d'abonnement de la messe du dimanche! Je me dis que ces hommes, ces femmes, vivent des valeurs de Jésus-Christ sans souvent le savoir. C'est à moi de leur faire découvrir!
NDC – Les Québécois vivent une grande pauvreté spirituelle!
JMF – Il ne faut pas la juger par leur non-pratique religieuse du dimanche...
NDC – Qu'est-ce qui s'est passé au long des années pour en arriver là?
JMF – Tu sais, on fait toujours allusion à la Révolution tranquille comme si 1960 était la date charnière dans la vie de l'Église du Québec. Il n'y a pas de date charnière! Tu peux pas dire qu'à la fin de 1959 c'est une chose et au début de 1960, c'est une autre chose!
La période de forte influence de l'Église du Québec a été, selon moi, relativement courte: de 1846 à 1910, 70 ans environ.
La première cause profonde se situe au niveau sociologique. La province est passée d'une société rurale, au début du siècle, à un monde urbain, en 1995.
Non pas que la ville soit un obstacle à la vie chrétienne! Il reste que ce sont des sociétés anonymes, les gens se connaissent peu.
En second, il y a la prospérité matérielle. Il y a quelques années, un bon ami médecin, autrefois de Sherbrooke, arrivait de Pologne où il était allé pour une mission spéciale. Il s'extasiait auprès des évêques du nombre de vocations à la prêtrise, à la pratique religieuse dans leurs églises. Les évêques de Pologne lui ont dit: « Monsieur, donnez-nous l'indépendance politique que vous avez, donnez-nous votre prospérité matérielle, et nous allons passer exactement par la même crise. » Ils la vivent actuellement.
NDC – Est-ce que Vatican II a été une cause?
JMF – Pas du tout! Je me dis que s'il n'y avait pas eu le concile, ça serait pire!
Il reste que Vatican II, c'est un mouvement de l'Esprit. Il n'a pas entièrement porté ses fruits. Jean XXIII a prié pour que ce concile soit un printemps pour l'Église. Nous en voyons déjà des pousses.
NDC – Il faudra combien d'années pour qu'il soit pleinement intégré?
JMF – Le concile de Trente a pris bien du temps...
NDC – Vous avez participé au concile Vatican II!
JMF – J'étais un jeune évêque. On était au fond de l'église St-Pierre. Je ne suis pas intervenu lors des périodes orales.
NDC – Vous dites que ce concile était inspiré de l'Esprit Saint. Est-ce que le précédent le fut aussi?
JMF – ...(Il fait un large sourire en sachant qu'il est pointé sur la question de l'infaillibilité du pape. Il cherche une réponse juste.)
NDC – Nous pouvons passer à une autre question si vous ne voulez pas répondre!
JMF – Non... ça va... (long silence)
Vois-tu, la définition d'une vérité (comme un dogme) par le pape... et par le pape seul, est un fruit qui arrive au terme d'une longue maturation. Le peuple chrétien le porte d'abord dans sa prière. Les théologiens en font l'objet de leurs recherches, de leurs discussions. Elle devient l'objet de l'enseignement de plus en plus généralisé des évêques. Enfin, le Saint-Père consulte ses frères évêques. Sur avis de ceux-ci unanimement ou majoritairement favorables, le pape juge que le moment est venu de définir tel ou tel dogme : l'Immaculée Conception en 1854, l'infaillibilité en 1870 et l'Assomption de Marie en 1950.
NDC – L'infaillibilité est-elle engagée dans tous les documents signés par le Saint-Père?
JMF – Évidemment non. Est-ce qu'une lettre personnelle (très rare) que le pape écrit à un évêque est infaillible? Il existe toute une marge!
Un canoniste m'a déjà dit qu'il y a environ 35 façons que le Saint-Père utilise pour s'adresser au peuple chrétien.
Tout document émanant du pape doit être reçu avec respect. Cela est dû à la dignité unique dont il est revêtu; cela est dû aussi à sa vaste expérience et à ses qualités personnelles.
Plus les sujets traités sont importants, plus le ton du document est grave, plus l'obéissance du catholique est requise s'il veut demeurer fidèle à Pierre, à qui le Christ a confié son Église, et dont le pape est le successeur.
NDC – La mort... À 75 ans, vous en êtes proche!
JMF – Cela va te paraître drôle, mais j'ai peur de mourir. Je redoute la mort. D'abord, que va-t-elle être? Est-ce qu'elle sera subite? souffrante? Est-ce que je vais décéder d'un cancer comme mon père? C'est ça qui me fait mal! Je tiens à la vie. J'aime la vie. J'ai bien aimé partager un bon vin avec toi en repas, c'est « l'fun »!
Je me vois sur mon lit funèbre avec ces gens qui pleurent; ça me fait mal...
Mais je ne crains point pour après. C'est le passage qui me fait peur.
Le Seigneur va m'accueillir. Je n'ai pas de mérite à ce qu'il le fasse, mais j'ai essayé d'être un évêque donné.
NDC – Est-ce qu'un évêque va au ciel directement?
JMF – (rire) C'est pas assuré! Je ne suis pas sûr d'aller au ciel. Il n'y a pas de certitude absolue. Aller au ciel directement... j'aurai assurément besoin d'une purification avant.
Le temps d'une paix
Selon toute probabilité, Mgr Jean-Marie Fortier, âgé de 75 ans, se retirera de son mandat d'archevêque de Sherbrooke.
Celui qui a le visage d'un « grand-papa-gâteau » et la joie de vivre d'un jeune jouvenceau est le rare évêque canadien encore en fonction à avoir participé au concile Vatican II.
Dans son diocèse comme ailleurs, il est l'humble pasteur que tous aiment. Il a peu d'ennemis.
Ses 27 années à la tête du diocèse sherbrookois auront été marquées par la paix.
Mgr Jean-Marie Fortier a été ordonné évêque le 23 janvier 1961 à Ste-Anne-de-la-Pocatière. Après quelques années comme évêque auxiliaire de ce diocèse, il devenait berger de l'Église diocésaine de Gaspé en 1965 et, un peu plus tard, en 1968, prit la tête de l'archidiocèse de Sherbrooke.
Pour sa retraite, il souhaite aller aider en paroisse et, occasionnellement, animer des retraites paroissiales et sacerdotales.
NDC – Si je me souviens bien, c'est vous qui avez célébré les funérailles de René Lévesque...
JMF – ...ça c'est une belle histoire! Il meurt le dimanche soir...
Évidemment, le lundi matin, nous parlions de cela à l'archevêché. Raymond, un confrère, me dit : « Monseigneur, je n'aimerais pas être dans les bottes de celui qui fera l'homélie de la cérémonie de l'ex-premier ministre. » Je lui ai répondu : « C'est entendu que ça ne sera pas facile, mais le cardinal Vachon a une grande expérience. Je vais y aller comme président de l'Assemblée des évêques du Québec (AEQ). Je vais m'asseoir dans le chœur de la cathédrale et écouter l'homélie. »
La journée se passe normalement et, à 22 h 30, l'évêque auxiliaire de Québec me téléphone et dit : « Écoutez, monseigneur, on est vraiment mal pris! L'archevêque est à Victoria. Il est malade et ne peut absolument pas être présent aux funérailles. Pourriez-vous venir? »
Après avoir accepté, je me suis dit : « Jean-Marie Fortier, tu es un pasteur, tu es évêque, tu auras un peuple chrétien qui sera là. Alors, tu vas parler de la Parole de Dieu. »
Les téléphones des journalistes ont commencé à arriver : « Pourquoi est-ce que c'est vous qui présiderez les funérailles? Vous allez célébrer les funérailles d'un divorcé-remarié? » J'ai répondu que ce n'était pas une béatification et que c'est l'Église qui intercède pour le salut de l'âme de son fils qui est décédé. Quand je vais avoir mes funérailles, ils vont prier pour l'âme de leur pauvre évêque, le recommandant à la miséricorde de Dieu. Pour monsieur Lévesque, c'est la même chose!
L'après-midi du mercredi, Jacques Côté, le responsable des communications au diocèse de Québec, me demandait d'assister à une conférence de presse.
Au fond, les journalistes voulaient savoir le déroulement de la cérémonie. J'ai répondu à leurs questions. J'ai finalement dit : « Mon homélie est prête, je vous en remets une copie. Je vous demanderais seulement de respecter l'embargo jusqu'à demain après-midi après la célébration. » Ils ont accepté.
NDC – Quel genre de pasteur êtes-vous?
JMF – Quand je suis devenu évêque, je me souviens avoir dit à mon directeur spirituel: « Je veux devenir un saint évêque! » J'ai toujours eu ce projet-là. Ce que je suis devenu, c'est à Dieu d'en juger.
Aussi, un vieil évêque de mes amis me disait: « Jean-Marie, tu vas devenir évêque, tu seras un homme seul. » Je me suis dit, peut-être prétentieusement, non je ne serai pas un homme seul. Tout évêque éprouve naturellement une certaine solitude à cause des dossiers qu'il porte. Je n'ai jamais été un homme seul cependant. Je suis toujours au centre d'un réseau d'amitiés. J'en ai besoin comme de l'air que je respire.
NDC – Vous aimez célébrer l'eucharistie?
JMF – Je dis toujours aux gens: « La messe que j'ai célébrée aujourd'hui, elle est meilleure que ma première messe... »
La première eucharistie d'un jeune prêtre s'enveloppe de beaucoup d'émotivité. Enfin, tu arrives au terme de ta recherche. Ton père et ta mère sont là, tes frères, ta sœur, ta communauté, tes parents, tes amis... Sur le plan émotif, cette messe a été plus vibrante que celle que j'ai dite ce matin à la cathédrale.
Dans cette dernière, c'est tout mon passé d'homme et d'évêque qui est là; c'est ma vie qui est offerte avec ses joies et ses peines.
NDC – Est-ce que la pauvreté vous touche?
JMF – Évidemment! La conception que j'en avais dans mon adolescence, à l'époque où je fréquentais les Conférences St-Vincent-de-Paul, était d'ordre matériel. On donnait des bons d'épicerie, des vêtements chauds pour l'hiver, des couvertures de laine...
Maintenant, ça dépasse ça! Je m'intéresse aux pauvretés diffuses. C'est surtout sur les causes que je suis tenté de travailler. C'est pour cela que l'Office de pastorale sociale de mon diocèse est très impliqué dans les mouvements populaires de la région.
Ce ne sont pas toujours des catholiques! Dans une association, il y a une juive qui y exerce une action caritative exceptionnelle! Je ne demande pas leur carte d'abonnement de la messe du dimanche! Je me dis que ces hommes, ces femmes, vivent des valeurs de Jésus-Christ sans souvent le savoir. C'est à moi de leur faire découvrir!
NDC – Les Québécois vivent une grande pauvreté spirituelle!
JMF – Il ne faut pas la juger par leur non-pratique religieuse du dimanche...
NDC – Qu'est-ce qui s'est passé au long des années pour en arriver là?
JMF – Tu sais, on fait toujours allusion à la Révolution tranquille comme si 1960 était la date charnière dans la vie de l'Église du Québec. Il n'y a pas de date charnière! Tu peux pas dire qu'à la fin de 1959 c'est une chose et au début de 1960, c'est une autre chose!
La période de forte influence de l'Église du Québec a été, selon moi, relativement courte: de 1846 à 1910, 70 ans environ.
La première cause profonde se situe au niveau sociologique. La province est passée d'une société rurale, au début du siècle, à un monde urbain, en 1995.
Non pas que la ville soit un obstacle à la vie chrétienne! Il reste que ce sont des sociétés anonymes, les gens se connaissent peu.
En second, il y a la prospérité matérielle. Il y a quelques années, un bon ami médecin, autrefois de Sherbrooke, arrivait de Pologne où il était allé pour une mission spéciale. Il s'extasiait auprès des évêques du nombre de vocations à la prêtrise, à la pratique religieuse dans leurs églises. Les évêques de Pologne lui ont dit: « Monsieur, donnez-nous l'indépendance politique que vous avez, donnez-nous votre prospérité matérielle, et nous allons passer exactement par la même crise. » Ils la vivent actuellement.
NDC – Est-ce que Vatican II a été une cause?
JMF – Pas du tout! Je me dis que s'il n'y avait pas eu le concile, ça serait pire!
Il reste que Vatican II, c'est un mouvement de l'Esprit. Il n'a pas entièrement porté ses fruits. Jean XXIII a prié pour que ce concile soit un printemps pour l'Église. Nous en voyons déjà des pousses.
NDC – Il faudra combien d'années pour qu'il soit pleinement intégré?
JMF – Le concile de Trente a pris bien du temps...
NDC – Vous avez participé au concile Vatican II!
JMF – J'étais un jeune évêque. On était au fond de l'église St-Pierre. Je ne suis pas intervenu lors des périodes orales.
NDC – Vous dites que ce concile était inspiré de l'Esprit Saint. Est-ce que le précédent le fut aussi?
JMF – ...(Il fait un large sourire en sachant qu'il est pointé sur la question de l'infaillibilité du pape. Il cherche une réponse juste.)
NDC – Nous pouvons passer à une autre question si vous ne voulez pas répondre!
JMF – Non... ça va... (long silence)
Vois-tu, la définition d'une vérité (comme un dogme) par le pape... et par le pape seul, est un fruit qui arrive au terme d'une longue maturation. Le peuple chrétien le porte d'abord dans sa prière. Les théologiens en font l'objet de leurs recherches, de leurs discussions. Elle devient l'objet de l'enseignement de plus en plus généralisé des évêques. Enfin, le Saint-Père consulte ses frères évêques. Sur avis de ceux-ci unanimement ou majoritairement favorables, le pape juge que le moment est venu de définir tel ou tel dogme : l'Immaculée Conception en 1854, l'infaillibilité en 1870 et l'Assomption de Marie en 1950.
NDC – L'infaillibilité est-elle engagée dans tous les documents signés par le Saint-Père?
JMF – Évidemment non. Est-ce qu'une lettre personnelle (très rare) que le pape écrit à un évêque est infaillible? Il existe toute une marge!
Un canoniste m'a déjà dit qu'il y a environ 35 façons que le Saint-Père utilise pour s'adresser au peuple chrétien.
Tout document émanant du pape doit être reçu avec respect. Cela est dû à la dignité unique dont il est revêtu; cela est dû aussi à sa vaste expérience et à ses qualités personnelles.
Plus les sujets traités sont importants, plus le ton du document est grave, plus l'obéissance du catholique est requise s'il veut demeurer fidèle à Pierre, à qui le Christ a confié son Église, et dont le pape est le successeur.
NDC – La mort... À 75 ans, vous en êtes proche!
JMF – Cela va te paraître drôle, mais j'ai peur de mourir. Je redoute la mort. D'abord, que va-t-elle être? Est-ce qu'elle sera subite? souffrante? Est-ce que je vais décéder d'un cancer comme mon père? C'est ça qui me fait mal! Je tiens à la vie. J'aime la vie. J'ai bien aimé partager un bon vin avec toi en repas, c'est « l'fun »!
Je me vois sur mon lit funèbre avec ces gens qui pleurent; ça me fait mal...
Mais je ne crains point pour après. C'est le passage qui me fait peur.
Le Seigneur va m'accueillir. Je n'ai pas de mérite à ce qu'il le fasse, mais j'ai essayé d'être un évêque donné.
NDC – Est-ce qu'un évêque va au ciel directement?
JMF – (rire) C'est pas assuré! Je ne suis pas sûr d'aller au ciel. Il n'y a pas de certitude absolue. Aller au ciel directement... j'aurai assurément besoin d'une purification avant.
(Propos recueillis par Benoit Voyer)
(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1995, pp. 8-10)
UN PEU DE MOI : Le berceau de Sainte-Anne-de-La-Pocatière
Par Benoit Voyer
18 juillet 2026
Le 29 novembre 1669, dans la basilique Notre-Dame, à Québec, Marie-Anne Juchereau, fille de Nicolas Juchereau, seigneur de la Grande-Anse [1], et Marie-Thérèse Giffard, épouse François Pollet de la Combe Pocatière, maréchal des logis et capitaine réformé du régiment de Carignan-Salières. La célébration par l’abbé Charles de Lauzon.
Le 18 septembre 1670, Nicolas Juchereau rétrocède à son gendre une portion de terre à l'est de sa seigneurie, c’est-à-dire le fief Saint-Denis de Sainte-Anne.
François Pollet y décède accidentellement le 20 mars 1672. Marie-Anne devient propriétaire des terres cédées par son père à son défunt mari et, par concession, de la seigneurie de Saint-Denis. Les premiers colons arriveront sur le territoire de la seigneuresse à partir de 1674.
En 1678, Mgr François de Laval, vicaire apostolique de la Nouvelle-France, crée, dans la région de Kamouraska, sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, la paroisse de La Combe. L’endroit sera aussi appelé Grande-Anse, Sainte-Anne-du-Sud et Sainte-Anne-de-la-Grande-Anse. Le nom fait référence au fleuve qui, de la pointe Saint-Roch à la pointe de la rivière Ouelle, forme une anse d’environ 14 km.
De leur côté, les Amérindiens appelaient ce lieu Kamitsitsit ou Kannissigit, c’est-à-dire l'« endroit où il y a beaucoup de castors ».
En 1715, à la paroisse de Sainte-Anne-de-La-Pocatière, on ouvre les registres où on commence à inscrire les baptêmes, les mariages et les sépultures. et on construit une chapelle de « colombage » de 60 pieds de long dans le secteur du « Haut Sainte-Anne ». La technique du « colombage » consiste à placer entre les solives des murs extérieurs des cailloux noyés dans le mortier ou de la glaise mêlée d’aigrettes. Pour la première fois, un prêtre s’installe à Sainte-Anne. Il s’agit de l’abbé Jacques de Lesclache.
Le recensement de 1723 rappelle qu’il y a, sur le domaine, une maison de pièces sur pièces de 30 pieds de long, une grange de 60 pieds de long, une écurie de 10 pieds de long, 120 arpents de terre labourable, 20 arpents de prairie, un moulin de pièces sur pièces de 25 pieds de long et une église de colombage de 60 pieds de long.
En 1731, on débute la construction d’une nouvelle église en pierre. Elle ouvrira au culte en 1735. Elle sera incendiée en 1766 et reconstruite sur les mêmes murs.
Jusqu’en 1800, le domaine seigneurial, le premier moulin banal et la première église sont situés dans le haut de Sainte-Anne. En cette année, on ouvre au culte une nouvelle église catholique située au centre de la paroisse.
À 1845, pour donner suite à l'Acte des municipalités et des chemins du Bas-Canada, on créera à cet endroit la municipalité de Sainte-Anne-de-La-Pocatière, nom du bureau de poste du lieu depuis 1831. Le 1ᵉʳ janvier 1960, la municipalité sera scindée en deux afin de créer la municipalité de La Pocatière. En 2025, avec Saint-Onésime-d’Ixworth, ils redeviendront une même ville.
La petite chapelle sur le site du Berceau de Sainte-Anne a été construite par la Société Saint-Jean-Baptiste en 1952 avec des pierres de l’ancienne église. Autour de la petite chapelle reposent 1512 hommes et femmes inhumés du 8 février 1715 au 5 octobre 1799. En réalité, ce nombre est assurément plus élevé puisque les registres paroissiaux de 1755 à 1759 ont disparu. On pense qu’ils seraient plutôt autour de 1550 personnes.
DE PASSAGE À LA POCATIÈRE
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PASSEURS DE MÉMOIRE
Mes ancêtres dans le berceau de Sainte-Anne
Mes 4ᵉˢ arrière-grands-parents
Augustin Gauvin (1768-)
Charlotte Pelletier (1781-1817)
Honoré Dionne (1776-1846)
Madeleine Mignier Lagacé (1763-1846)
Thérèse Bérubé (1766-1863)
Mes 5ᵉˢ arrière-grands-parents
Angélique Desanges Caron (1720-1807)
Basile Mignier Lagacé (1747-1816)
Madeleine Leclerc Francoeur (1750-1779), mes 5ᵉˢ ;
Mes 6ᵉˢ arrière-grands-parents
Alexandre Dubé (1732-1806)
Ambroise Lebrun Lebreux Brun (1726-1810)
Anne Lizotte (1715-1768)
Anne Roy (1713-1799)
Antoine Dionne (1707-1779)
Catherine Soucy (1716-1769)
François Lévesque (1680-1765)
Françoise Marguerite Durand (1702-1751)
Jacques Miville-Deschênes (1709-1789)
Joachim Leclerc Francoeur (-1772)
Joseph Leclerc Francoeur (1693-1759)
Joseph Lizotte (1685-1768)
Joseph Soucy (1704-1745)
Josephte Bergeron (1725-1808)
Madeleine Leclerc (1735-1816)
Madeleine Mignier Lagacé (1706-1777)
Marguerite Pelletier (1717-1795)
Michel Mignier Lagacé (1714-1773)
Pierre Jean (1715-1788)
Mes 8ᵉˢ arrière-grands-parents
René Ouellet (1644-1722)
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[1] Qui deviendra la seigneurie des Aulnaies
RÉFLEXION SPIRITUELLE : La résistance du cœur humain
Par Benoit Voyer
4 septembre 2026
Les évangélistes ne choisissent jamais leurs mots au hasard. En général, avec quelques variantes, les récits se ressemblent dans les quatre évangiles canoniques, particulièrement dans les trois que l’on dit « synoptiques » : Matthieu, Marc et Luc. Chacun possède des détails qui lui sont propres. Ces différences sont souvent révélatrices. En voici un exemple : « Personne, après avoir bu du vin vieux, n'en désire du nouveau. Il dit en effet : "Le vieux est bon." » (Lc 5,39)
L’auteur précise une réalité importante de la vie spirituelle : la résistance du cœur humain. Ce n’est pas pour rien.
Jésus ne condamne personne. Il ne fait qu'un constat. Il connaît le cœur humain. Il sait qu’il préfère spontanément ce qui lui est familier. Il se complaît dans ses habitudes, ses certitudes et ses sécurités. Si Dieu, dans sa bonté, lui ouvre un chemin de bonheur, quelque chose en lui murmure : « Le vieux est bon. »
Chez Luc, la foi avance rarement en ligne droite. Elle progresse par étapes. Comme si Dieu respectait le rythme de chacun : les disciples entendent Jésus sans toujours le comprendre. Ils assistent aux miracles sans saisir pleinement sa signification. Après les derniers moments de Jésus sur la croix, les disciples d'Emmaüs marchent plusieurs kilomètres avec le Ressuscité sans le reconnaître. Plus tard, dans les Actes des Apôtres, Pierre hésitera longtemps avant d'accepter que l'Esprit Saint soit donné aux païens.
Le 8 septembre marquera l’anniversaire de décès du père Jean-Paul Regimbal. En marche vers ce jour de mémoire, j’ai relu l’article « La psycho-dynamique de la conversion », un texte oublié, paru dans la revue Trinité Liberté en décembre 1974. Détenteur d’une maîtrise en criminologie, le Trinitaire commence sa dissertation par une observation qui surprend.
Afin de bien faire comprendre ce qu’est la conversion chrétienne, il reprend une idée centrale de sa thèse universitaire sur la délinquance juvénile. Il écrit : « Le criminel ne parviendra jamais à se réinsérer dans le circuit social qu'à la condition de changer son comportement et de réviser le système de valeurs qui sous-tend ce comportement criminel. Changer de comportement, réviser son système de valeurs, réajuster son mode d'agir à un nouveau système de valeurs, qu'est-ce donc sinon la description du phénomène extraordinaire qu'on appelle la CONVERSION? »
Ainsi, comme il l’indique, le problème n'est pas d'abord le comportement. Le problème est le système de valeurs. N'est-ce pas précisément de cela que parle Jésus? Celui qui a bu le vieux vin ne refuse pas le nouveau parce qu'il serait mauvais. Il continue de préférer l'ancien parce que son goût n'a pas encore changé.
La conversion chrétienne est donc beaucoup plus qu'une réforme morale. Jean-Paul Regimbal le rappelait avec force : « La conversion chrétienne repose essentiellement sur la découverte de QUELQU'UN vers qui on se retourne... Cet AUTRE, c'est DIEU. »
La conversion chrétienne est exigeante. Elle ne consiste pas seulement à améliorer quelques comportements. Elle oblige toute notre existence à changer de paradigme. Or, ce déplacement intérieur rencontre inévitablement une résistance.
Puis, Jean-Paul Regimbal décrit avec finesse les étapes de cette transformation : « On pourrait distinguer cinq phases dans la démarche de retour qu'est la conversion : la révolte contre l'ordre existant; la prise de conscience que cette révolte est sans issue; la prise de conscience des valeurs proposées; la prise de position en face de ces valeurs; enfin, la mise en pratique de ces nouvelles valeurs. On remarquera que la conversion ne suit pas une démarche rectiligne et ascensionnelle vers un sommet. Au contraire, il s'agit plutôt d'un mouvement d'oscillation pendulaire… C'est une marche dialectique qui procède par mode de négation et d'affirmation… Ce n'est qu'au terme de ce mouvement d'oscillation que le sujet finit par retrouver son équilibre dans la paix. »
Comment ne pas penser à la phrase unique du livre de Luc ? « Personne, après avoir bu du vin vieux… » Jésus ne décrit pas simplement une préférence. Il insiste sur la difficulté de quitter un ancien système de valeurs, même lorsqu'un monde nouveau s'ouvre devant soi. La résistance n'est pas le contraire de la conversion. Elle en est souvent le commencement.
Jésus ne brusque jamais les consciences. Il accompagne. Il explique. Il recommence. Il marche avec les disciples d'Emmaüs. Il reprend doucement Pierre. Il laisse le temps à la grâce de transformer les cœurs.
Nous parlons souvent de la conversion comme d'un changement spectaculaire. Luc nous montre plutôt un Dieu infiniment patient. Il sait que nous aimons le vieux vin. Il ne s'en scandalise pas. Il continue simplement à nous offrir le vin nouveau.
À cause d’une série de conférences qu’il a données en 1983 afin de mettre en garde le public contre les dérives du système monétaire international et contre ce qu'il considérait comme les effets pervers de la musique rock chez les jeunes, notamment la présence de messages subliminaux, on a démonisé Jean-Paul Regimbal. On lui a attribué des étiquettes de fanatique, de radical et de conspirationniste. Pour l’avoir côtoyé plusieurs années, je peux dire que cette image ne correspondait pas à l'homme que j'ai connu.
Le Trinitaire avait une âme d’artiste. Avant son entrée en communauté, c’était un pianiste virtuose. Au piano, il était sublime. Jean-Paul a toujours eu une sensibilité hors de l’ordinaire. Avec finesse, il savait lire dans les cœurs. Et jamais il n’a imposé sa manière de penser. Il proposait l’idéal de l’évangile et il laissait chacun faire ses choix selon ses capacités.
En le relisant, j’ai l’impression qu’il avait saisi quelque chose d'essentiel : la grâce de Dieu ne détruit pas nos résistances. Elle les traverse. Elle les éclaire. Elle les transforme de l'intérieur. Et peut-être qu'un jour, presque sans s’en rendre compte, on découvrira que notre cœur a changé de goût. Le vin nouveau nous paraîtra alors meilleur.
Alors, ne craignons pas le vin nouveau. Laissons-le nous convertir lentement, patiemment. Dieu connaît nos résistances mieux que nous-mêmes. Il ne se décourage jamais. Après tout, c'est lui le meilleur des sommeliers.
Allez! Levons nos verres à la grâce de Dieu! Chin! Chin!
MA FOI DU BON DIEU : Messe à Saint-Henri, à Mascouche
Chaque lundi, mardi, jeudi et vendredi, à 8 h 15, à l'église catholique Saint-Henri, à Mascouche, il est possible de participer à la messe du jour. J'aime arriver tôt pour profiter de la quiétude du lieu de prière. C'est ce que j'ai fait, hier.
JEAN-PAUL REGIMBAL : Le renouveau charismatique catholique
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| Père Jean-Paul Regimbal, O.ss.t. |
Par Benoit Voyer
4 septembre 2026
Thérèse Corriveau [1], proche collaboratrice du père Jean-Paul Regimbal dans les années 1970 et 1980, explique que « le Renouveau charismatique dans son ensemble, c'est l'approfondissement de la vie chrétienne… C'est le plein épanouissement de la vie chrétienne, mais sous la mouvance de l'Esprit saint. C'est pourquoi l'Esprit saint joue un rôle tellement important comme il devrait le jouer dans la vie de tout chrétien. Le baptême dans l'Esprit saint, c'est comme une nouvelle effusion de la vie de l'Esprit saint en nous, qui libère les dons qu'on reçoit au baptême. Il n'y a pas de nouveaux dons, ce sont les mêmes dons mais qui prennent vie […]. Le père Regìmbal disait souvent… [Il] compare ça un peu à un cadeau que l'on reçoit au baptême. Il est bien enveloppé [avec] des beaux rubans, mais à un moment donné il faut le déballer et c'est ce qui se produit au moment du baptême dans l'Esprit saint ou, comme on l'appelle aussi, l'effusion de l'Esprit saint » […]. C'est l'enseignement traditionnel, si vous voulez, mais inspiré de cette foi nouvelle qui est découverte sous la mouvance de l'Esprit saint. C'est ajouter cette dimension de vie dans l'Esprit saint qui donne une coloration tout à fait nouvelle, une vie, ça devient plus vivant. »
En effet, cette pensée sur l’Esprit saint n’est pas nouvelle. En 1899 [2], dans sa neuvaine au Saint-Esprit, le bienheureux Frédéric Janssoone écrivait : « Nous savons, en outre, par la foi, que le Saint-Esprit est l’amour que se portent mutuellement Dieu le Père et le Verbe Éternel ; c’est pourquoi le don de l’amour que le Seigneur accorde à nos âmes et qui est le plus grand de tous les dons est spécialement attribué au Saint-Esprit, selon ce que dit l’Apôtre que la charité de Dieu est répandue en nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné. »
Thérèse Corriveau insiste sur le fait que « le père Regimbal ne [donnait jamais] de cadre à personne. Il communiquait cette vie dans l'Esprit Saint et ensuite chacun devait y aller selon ce qu'il était et selon l'inspiration de l'Esprit Saint. »
En 1971, dans son document « Signes et témoins du royaume », Jean-Paul Regimbal attribuait cette manière d’être à l’Esprit saint : « Personne ne contestera au Saint-Esprit le droit de "souffler où Il veut". Il agit parfois de façon très étonnante car "ses pensées ne sont pas nos pensées et ses voies ne sont pas nos voies." C'est pourquoi il faut davantage admirer et glorifier le Saint-Esprit dans ses œuvres – une fois passée la première surprise, bien entendu – que de s'en méfier ou encore de "le contrister" lorsqu'Il daigne se manifester. Un passage du décret sur les missions (Ad Gentes, nᵒ 29) nous avertit d'ailleurs que l'Esprit-Saint prend souvent l'initiative dans bien des domaines et qu'il n'y a pas lieu de s'en surprendre puisqu'Il est souverain : "Bien que l'Esprit-Saint suscite de diverses manières l'esprit missionnaire dans l'Église de Dieu ; bien qu'il ne soit pas rare que l’action de l’Esprit saint prévienne (précède) l’action de ceux à qui il appartient de gouverner la vie de l’Église, ce dicastère doit cependant, pour sa part, promouvoir la vocation et la spiritualité missionnaire." Oui, l'Esprit souffle où Il veut et quand Il veut. C'est donc, pour chacun de nous, l'occasion de constater avec "gratitude et joie spirituelle" ce que l'Esprit-Saint daigne faire dans l'Église et dans le cœur des hommes de notre temps. Puisque c'est par le renouveau charismatique que l'Esprit saint a choisi de se manifester de nos jours, il est utile d'examiner cette action de l'Esprit à la lumière des Écritures, des Pères de l'Église, des théologiens et du Magistère officiel de l'Église, notamment dans les textes conciliaires de Vatican II. »
Comme l’explique Francis Kohn dans sa biographie sur le vénérable Pierre Goursat [3] : « L’émergence du mouvement charismatique dans l’Église catholique remet en valeur la personne et l’action de l’Esprit saint qui, pour bien des gens en Occident, est le grand inconnu. »
L’histoire
Le renouveau charismatique est fortement marqué par ses origines pentecôtistes.
Le père Valérien Gaudet raconte [4] : « Un an après le concile, en 1967, l’étincelle prit feu dans l’université catholique de Duquesne, Pittsburg, Ohio, aux États-Unis, et à l’instar du renouveau liturgique, il couvrit progressivement tous les continents de ses groupes de prière et de ses ministères charismatiques. Puisque c’était le même Esprit qui était à l’origine de ces deux événements à portée ecclésiale, l’un sous l’impulsion hautement directive du concile, il était tout normal que progressivement ils se rencontrent et se fécondent l’un l’autre. En effet, l’impact de la liturgie sur le renouveau charismatique et celui du renouveau charismatique sur la liturgie ne tarda pas à se faire sentir ».
En effet, l’expérience des 17 et 18 février 1967 à l’université Duquesne, à Pittsburgs, aux États-Unis, est considérée par plusieurs comme étant le point de naissance du renouveau charismatique dans l’Église catholique.
Durant cette fin de semaine de ressourcement spirituel, plusieurs étudiants font l’expérience du « baptême dans l’Esprit », comme cela se vit dans les groupes pentecôtistes. Ce moment transforme leur existence et influencera le reste de leur vie.
Ce qu’ils vivent ressemble à ce qu’auraient vécu les apôtres au jour de la Pentecôte : une « rencontre personnelle avec le Christ », une compréhension nouvelle des textes bibliques, une Parole qui devient vivante et agissante dans leur vie, une redécouverte de l’Église, une force et une assurance pour témoigner de leur foi, la joie, l’amour fraternel et l’exercice des charismes qui sont donnés pour édifier la communauté chrétienne ». Cela est raconté dans une lettre de Paul : « C’est pourquoi je vous le rappelle : si quelqu’un parle sous l’action de l’Esprit de Dieu, il ne dira jamais : « Jésus est anathème » ; et personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint. Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. À celui-ci est donnée, par l’Esprit, une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; un autre reçoit, dans le même Esprit, un don de foi ; un autre encore, dans l’unique Esprit, des dons de guérison ; à un autre est donné d’opérer des miracles, à un autre de prophétiser, à un autre de discerner les inspirations ; à l’un, de parler diverses langues mystérieuses ; à l’autre, de les interpréter. Mais celui qui agit en tout cela, c’est l’unique et même Esprit : il distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier. »[5]
Très rapidement, et de manière spontanée, naissent des groupes de prières aux États-Unis, sans lien et sans coordination entre eux.
D’ailleurs, en 1970, un groupe de taille très modeste existe à Montréal, mais il ne connait pas un grand succès. À l’été de cette année-là, le retour au Québec du père Jean-Paul Regimbal à la suite de sa rencontre avec l’anglicane Sandy Winter, le 9 septembre 1969, à 9 h, au presbytère Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus, à Phoenix, en Arizona, et son leadership remarquable contribueront, à partir de la maison des Trinitaires de Granby où il est nommé à la direction des retraites spirituelles, à l’expansion de ce renouveau au Canada, en France et dans plusieurs pays. Il a été l’étincelle qui a contribué à un embrasement du feu de l’Esprit saint.
Néanmoins, pour Jean-Paul Regimbal, la petite histoire du renouveau charismatique catholique débute avec le pape Jean XXIII lors du lancement du concile Vatican II. En 1971, il écrivait : « Cependant, c'est au cours de ce même concile Vatican II que l'Église entière […] a récité avec ferveur la prière de Jean XXIII : "Renouvelez en notre temps les merveilles de la pentecôte". Or voici que Dieu, fidèle à la promesse de Jésus-Christ : "Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous l'accordera…" réalise concrètement, bien au-delà de toute attente, ce vœu si ardemment formulé. Depuis 1967, il se passe dans l'Église catholique à travers le monde entier le même phénomène qu'au jour de la Pentecôte […] L'Église demandait un renouveau doctrinal, liturgique, théologique, ascétique et mystique ; tout cela fut exaucé à merveille dans les profondes réformes entreprises à la suite des 16 textes conciliaires. Mais Dieu, infiniment libéral dans son amour et sa miséricorde, lui accorde, par surcroît, un renouveau charismatique d'envergure… Et au lieu de s'en réjouir, beaucoup s'affolent, s'apeurent et tendent à attribuer à Béelzébul, le Prince des Démons, ce qui manifestement vient de l'Esprit-Saint, conformément aux Actes des Apôtres et aux Épîtres de Paul, sans parler des promesses de Jésus lui-même que rapportent les Évangélistes ».[6]
Problématiques
Dans le renouveau charismatique, on donne une grande importance à « expérience spirituelle intense », pour reprendre l’auteur Jean-Luc Hétu qui m’a jadis enseigné. Pour le vénérable Pierre Goursat, il faut demeurer prudent afin d’éviter les dérives émotives, de l’illuminisme et du fidéisme. Il disait que pour y parvenir, il faut former l’intelligence des chrétiens. D’ailleurs, les évêques catholiques du Québec abondaient en ce sens dans un document sur le renouveau charismatique paru le 11 avril 1975.
Que ce soit au Québec, en France ou ailleurs, un des problèmes des groupes de prière charismatique est la tendance à « spiritualiser » et à se replier sur eux-mêmes. Hier, tout comme de nos jours, ces groupes doivent s’ouvrir aux autres en allant vers eux et en se mettant au service des malades et des pauvres.
Le vénérable Pierre Goursat disait, le 23 juillet 1975, lors d’une session à Paray-le-Monial [7] : « Il faut annoncer le Seigneur parce que nous avons reçu un esprit de Pentecôte, un esprit de puissance et de hardiesse […] Parce que si nous restons bien au chaud, gentiment dans nos communautés, on pourrira dans nos communautés ».
Francis Kohn explique : « Grâce au Renouveau charismatique qui se développe rapidement en France et dans le monde en ces années 1970, de nombreux chrétiens reçoivent l’effusion de l’Esprit et redécouvrent une foi vivante, fondée sur la prière et une relation personnelle avec le Christ. Certains groupes ont cependant tendance à privilégier l’expérience sensible et une lecture fondamentaliste de la parole de Dieu, pas suffisamment éclairée par la connaissance des Écritures, la tradition et le magistère de l’Église, comme le concile Vatican II l’a préconisé »[8], dans la constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum [9] publiée le 18 novembre 1965.
Tout comme le disait jadis le père Regimbal - et comme le rediront Pierre Goursat et Francis Kohn - : le renouveau charismatique n’est pas un « mouvement » ecclésial. [Le renouveau charismatique] a cette particularité d’être né spontanément sous des formes multiples, en différents endroits du monde. [Il faut] sauvegarder l’identité spécifique de chaque communauté, considérant que la richesse du renouveau tient précisément aux charismes variés que Dieu a suscités en son sein ».[10]
Il y a aussi le fidéisme qui cause problème. Comme le disait le philosophe Michel Serres, l’humain ne peut accéder à une saine spiritualité que par l'intermédiaire du savoir. « Je crois que la spiritualité sans le savoir, c'est décidément vouloir tout avoir sans rien payer, c'est vouloir tout accueillir sans rien débourser », me disait-il en 2001 [11].
Actuellement, au sein de la société occidentale, il y a une forte tendance au fidéisme, c'est-à-dire à la tentation d'une spiritualité sans savoir ou d'un accès à la contemplation sans la connaissance.
Le fidéisme est une tendance chez plusieurs adeptes du renouveau charismatique. D’ailleurs, le vénérable Pierre Goursat s’est attaqué à ce problème dès l’instauration des premiers groupes de prière charismatique de l’Emmanuel, à Paris.
« Depuis quelques années, la connaissance a mauvaise réputation. Je vous mets en garde de ce danger. Il est sérieux, car c'est lui qui ouvre la voie à tous les mouvements comme le Nouvel Âge et toutes les sectes possibles et imaginables », insistait Michel Serres.
____________________
[1] Les propos de Thérèse Corriveau sont tirés d’un entretien qu’elle accordait à la journaliste Lise Lapalme dans le cadre de la chronique « Visage d’Église » diffusée durant l’émission télévisée « Parole et Vie », animée par Roland Leclerc. Document conservé dans le fonds Benoit Voyer (P049) de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska, à Granby. https://shhy.info L’émission est disponible en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=breLPkfypAc&list=PL9wL_zxleKDY-8uzaZtDHV810ik7a7f2_&index=5&t=1529s
[2] Frédéric Janssoone. Neuvaine au Saint-Esprit, 1899, pp. 7 et 8. https://dn790001.ca.archive.org/0/items/cihm_46408/cihm_46408.pdf
[3] Francis Kohn. Pierre Goursat, Éditions Emmanuel, 2025, p. 169.
[4] Valérien Gaudet. « La célébration charismatique des sacrements », conférence prononcée au Congrès national de juin 1979, Assemblée canadienne francophone du renouveau charismatique catholique, 1980. BANQ 264.0208 G266c 1980.
[5] 1 Co 12, 3-11
[6] Jean-Paul Regimbal. « Signes et témoins du royaume – Sous la mouvance de l’Esprit, le renouveau charismatique dans l’Église catholique », Ralliement pour le Christ, 1971. BANQ (en traitement).
[7] Francis Kohn. « Pierre Goursat », Éditions Emmanuel, Paris, 2025, pp. 231 et 232.
[8] Francis Kohn. « Pierre Goursat », Éditions Emmanuel, Paris, 2025, p. 317.
[9] Paul VI. Constitution dogmatique sur la révélation divine Dei Verbum, 18 novembre 1965. https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19651118_dei-verbum_fr.html
[10] Francis Kohn. « Pierre Goursat », Éditions Emmanuel, Paris, 2025, p. 365.
[11] Benoît Voyer. « Savoir et spiritualité », Revue Sainte-Anne, janvier 2002, p. 17. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/01/le-present-du-passe-savoir-et.html
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