Éric Nicolai
première partie
Un protestant devient catholique
« Un jour, assis dans un autobus, je réfléchis à mes conversations avec Dwight. Jésus Christ, l'Évangile, l'histoire de l'Église ... « Il serait tout à fait absurde que tout cela soit de la pure invention humaine. Qui aurait la folie de dire: On va inventer un paquet d'histoires pour mettre les gens dans l'erreur? » Il était clair en moi que toute cette tradition repose sur une vérité. C'est cette journée-là que j'ai décidé d'être catholique »
Benoît Voyer
Pourquoi Éric Nicolai a-t-il décidé de devenir prêtre de l'Opus Dei ? Ce n'est assurément pas à cause d'un manque de jugement. L'homme est d'une intelligence au-dessus de la normale et possède une solide formation humaine, spirituelle et académique. En 1995, après avoir obtenu une maîtrise en histoire de l'art de l'université Laval à Québec avec une thèse portant sur les portraits d'enfants au 19ᵉ siècle, il obtient un doctorat en théologie de l'université pontificale Sainte-Croix à Rome avec un mémoire ayant pour thème : « Les règles exégétiques de Hugues de Saint-Victor ». Ordonné prêtre le 15 septembre 1994 dans la prélature personnelle de l'Opus Dei, l'homme aujourd'hui âgé de 39 ans est habité par un feu dévorant d'amour pour le Christ. Son parcours de vie est unique.
Monsieur l'abbé, qu'est-ce qui vous a amené à devenir prêtre de l'Opus Dei ?
C'est une longue histoire. Avant d'adhérer à l'Opus Dei, j'ai dû adhérer au catholicisme puisque je ne l'étais pas.
Alors, commençons par le début. Vous êtes originaire de quel endroit ?
Je suis né à Saint-Lambert, sur la rive sud de Montréal. Mes parents sont des immigrants allemands.
Ils voulaient que je sois instruit dans les écoles catholiques, mais parce que j'étais protestant, il n'y avait pas de place pour moi. Pour commencer, elles prenaient des enfants catholiques et, après, s'il y avait de la place, elles prenaient des protestants. Il n'y a jamais eu de place pour moi ! J'ai donc étudié dans les écoles protestantes du quartier où j'habitais à Saint-Lambert.
Jusqu'à l'âge de 17 ans, je n'ai pas pratiqué de religion parce que je suivais les traces de mes parents.
Qu'est-ce qui s'est passé dans votre vie à 17 ans ?
Je me posais des questions sur l'existence et le sens de la vie. Il me semblait qu'il devait y en avoir une qui ne soit pas banale. De plus, je me suis rendu compte que je devais répondre à une interrogation fondamentale que je portais : « Est-ce que Dieu existe ou non ? » Ce n'était pas une simple question intellectuelle : la réponse qu'on y donne suppose toujours un engagement vital.
Au cégep, je fréquentais un ami catholique. Nous nous connaissions depuis l'enfance. Mes autres amis étaient protestants, comme moi, mais j'étais non pratiquant.
Les protestants étaient très enclins au prosélytisme. Ils m'encourageaient fortement à vivre plus intensément ma foi protestante et surtout à lire la Bible.
À chaque fois que je m'exclamais : « Ah ! Mon Dieu ! O my God! », ils disaient : « Tu ne peux pas dire ça ! Tu ne peux pas dire ça ! C'est un sacrilège ! » (rires) Ils m'ont fait réaliser à quel point je disais souvent « O my God ! », sans lui donner vraiment une valeur. Leur attitude m'achalait beaucoup.
Mon ami catholique Dwight était tout le contraire d'eux. Il avait des difficultés et, puisque j'étais son ami, je l'encourageais, je le supportais. En moi, je sentais un devoir de l'aider. Ainsi, pour lui porter compagnie, je l'accompagnais même à la messe, mais non pas parce que je m'intéressais à la messe comme telle. Nous apprécions beaucoup la présence de l'un et l'autre. Nous parlions de toutes sortes de choses.
Un jour, en marchant vers l'église, il me dit : « Écoute, c'est le seul instant que j'ai en ce moment pour prier avec mon chapelet. Tu devrais m'aider ! Sinon, je vais me distraire et je n'aurai pas le temps. » Je lui ai demandé ce qu'est le chapelet et il m'a montré la partie du chapelet que je devais dire : « Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. » J'ai donc prié avec lui sans vraiment prier parce que je voulais vraiment lui être utile.
Est-ce que Dwight était membre de l'Opus Dei ?
Non, mais il connaissait un prêtre de la prélature. Il fréquentait le Centre Riverview, la maison pour les étudiants où je suis actuellement aumônier. Il s'y rendait occasionnellement pour les temps de formation spirituelle.
D'où lui venait cette ferveur religieuse ? C'est rare chez les jeunes !
Il avait une grande sensibilité religieuse, mais il recevait à l'Opus Dei une formation qui l'aidait à mieux comprendre sa foi. Il me parlait de la foi comme on parlait de bien d'autres sujets. Il ne me donnait pas l'impression de vouloir me convaincre comme mes amis protestants. Parfois, je lui amenais des arguments et on en discutait.
Est-ce que vous avez gardé un lien avec Dwight ?
Nous nous rencontrons assez régulièrement. Après avoir fait des études dans une école culinaire, il est devenu cuisinier. Je continue de lui apporter mon soutien. Il habite Montréal.
À quel moment avez-vous décidé de devenir catholique ?
Un jour, assis dans un autobus, je réfléchis à mes conversations avec Dwight. Jésus-Christ, l'Évangile, l'histoire de l'Église… « Il serait tout à fait absurde que tout cela soit de la pure invention humaine. Qui aurait la folie de dire : « On va inventer un paquet d'histoires pour mettre les gens dans l'erreur ? » Il était clair en moi que toute cette tradition repose sur une vérité. C'est cette journée-là que j'ai décidé d'être catholique.
Mais vous n'étiez pas baptisé…
Mes parents m'ont fait baptiser chez les protestants lorsque j'étais enfant, mais je ne savais pas qu'il fallait être reçu dans l'Église, dans la grande Église, pour porter le nom de catholique.
De quelle manière avez-vous appris cela ?
Au Cégep, entre jeunes, nous parlions de la religion. Tous disaient qu'elle était la sienne. L'un disait : « Je suis bouddhiste », l'autre musulman, catholique, protestant… « Et toi, Éric, qu'est-ce que tu es ? », me demande-t-on. J'ai répondu : « Je suis catholique ! » Il y a eu un silence. Une fille m'a regardé et m'a dit : « Tu n'es pas catholique, toi ! » J'ai rétorqué : « Oui, je suis catholique ! » Je crois tout ce que l'Église enseigne… » Elle ajoute : « Tu penses que tu es catholique… mais tu ne l'es pas ! » Sa réponse m'a bouleversé parce que je pensais l'être.
J'ai parlé de ce qui m'est arrivé à Dwight. Il m'a dit qu'il faudrait que je sois accueilli dans une communauté de foi. Alors j'étais catholique dans la mesure où j'étais baptisé chez les protestants, mais je n'étais pas en pleine communion avec l'Église catholique.
J'ai suivi quelques catéchèses initiatiques. Mgr Norbert Lacoste m'a bien expliqué les fondements de la foi catholique. Ensuite, le 14 mars 1982, j'ai fait une profession de foi durant une célébration eucharistique à la paroisse Saint-François-d'Assise à Saint-Lambert. J'avais 18 ans. Mes parents ont assisté à l'événement.
Est-ce qu'ils étaient en accord avec votre choix ?
Ils pensaient que ça serait une étape de mon adolescence et que je m'en sortirais [il lance cette phrase sur le ton de la plaisanterie avant de poursuivre plus sérieusement]. Toutefois, ils ne se sont pas opposés à mon choix parce qu'ils ont toujours eu un grand respect de ma liberté.
Pourquoi n'y a-t-il pas eu un nouveau baptême ?
Parce que presque tous les baptêmes protestants sont valides chez les catholiques.
Quand avez-vous fait votre initiation aux sacrements du pardon et de l'eucharistie ?
J'avais déjà fait ma première confession avec Mgr Lacoste, mais à l'occasion de la même célébration j'ai pu faire ma première communion au corps du Christ. Ceci a été un moment très émouvant pour moi. Dès ce jour, j'ai commencé à aller à la messe chaque jour.
C'est ainsi que le Seigneur a pris peu à peu une grande place dans mon âme.
(Revue Sainte Anne, octobre 2003, pages 393 et 406)













