UN PEU DE MOI : La prière

La prière

Par Benoit Voyer

16 juin 2026

Un jour, Jésus rappelait l’attitude que nous devons avoir lorsque nous voulons prier : « Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Mt 6,6)

Dans ma vie, la plus belle catéchèse que j’ai reçue sur la prière, c’est le prêtre catholique et auteur Michel Quoist qui me l’a donnée quelques mois avant son décès [1].

Prier est un verbe qui nous met en action. Michel Quoist m’en donnait une définition simple que j’apprécie. Prier, c’est « parler à Dieu comme à un ami, c’est exprimer son amour par la parole, par des gestes, en chantant, en offrant quelque chose à celui que l’on aime, avec des gestes… Il y a bien des formes possibles et inimaginables de prières. Prier, c’est, aussi, s’exprimer par le silence, c’est-à-dire être là à côté de quelqu’un par amour. Prier, c’est aimer. Il y a de nombreuses façons d’exprimer son amour ».

Les mots sont justes : « Prier c’est aimer ». Et puis, aimer et être aimé, c’est ce qui donne du sens et du souffle à l’âme humaine. C’est un peu ce qu’écrivait Christian Lépine : « La prière constitue la respiration de l’âme »[2]. Il expliquait qu'« on ne voit pas l’air qui nous entoure et pourtant il est indispensable à notre vie […] Comme la respiration nous permet de vivre, l’indispensable prière nous permet de vivre en chrétien en mettant concrètement et radicalement au centre de notre vie Jésus. »

Ainsi donc, comme nous l’a appris Jésus, la prière, pour reprendre les paroles de Michel Quoist, « sert à répondre à l’amour infini de Dieu. Il est venu au-devant de nous pour nous le déclarer. On peut s’ouvrir à celui-ci ou bien lui dire « Je n’en ai rien à faire de ton amour ! » Si on s’ouvre à un amour, on est transformé par lui. »

Il me disait aussi : « À ceux qui me disent « Je ne suis pas capable de prier ! », je dis toujours « Est-ce que tu es capable de dire bonjour ? Bonsoir ? Je t’aime ? J’ai fait ceci ? J’ai fait cela ? » Ils disent « bien oui ». Alors, je rétorque à ces gens : « C’est cela prier. » Il s’agit de le dire à Dieu. C’est simple ! Pas besoin d’apprendre à prier… Ça m’agace un peu les histoires d’écoles de prière. On n’apprend pas à dire « je t’aime ! »

La manière d’entrer en contact avec Dieu n’est pas différente de celle qu’établissent deux êtres humains. « C’est comme dans l’amour humain : quand une fille se présente à un gars et vice-versa, ils ne se connaissent pas au début et, pourtant, ils dialoguent dès la première rencontre. Ensuite, au fil du temps, la relation s’approfondit », insistait Michel Quoist dans ce qu’il me disait.

La prière se fait donc au cœur du quotidien… « Vous savez, ça me barde d’aller faire des courses. Je demande au Seigneur : « Viens-tu avec moi ? » C’est une prière, ça ! En faisant des courses, je lui dis : « Regarde la dame, elle a une drôle de tête ! »

En d’autres mots, les paroles de Michel Quoist étaient aussi, à d’autres époques, celles de deux saintes du Québec.

Un jour, sainte Marie-Léonie Paradis priait ainsi : « Vous savez, Seigneur, que je vous aime… tout pour vous, mon Dieu ; tout par amour pour vous. Tout ce que je demande, c’est que toutes les palpitations de mon cœur à chaque instant de ma vie soient des actes d’amour ».

Avant elle, sainte Marguerite Bourgeoys écrivait : « Il me semble que l’on ne porte pas assez d’attention à la prière, car si elle ne part pas du cœur qui doit être son centre, elle n’est qu’un songe qui ne produit rien, car la prière doit être dans la pensée, la parole et l’exécution. On est donc obligé de s’exciter, autant que cela se peut, à faire réflexion sur ce qu’on demande ou promet ; ce qui ne se fait point si l’on ne fait point d’attention à ses prières.

Dieu nous parle par les prédicateurs, les lectures, par toutes ses créatures et ses maximes, et il veut être écouté spécialement de ceux qu’il a reçus à son service, qui ne lui plaisent pas quand l’on s’entretient avec des pensées frivoles, avec ses inclinations ou ses bonnes amies, spécialement les matinées des jours de communion et la demi-heure du soir pour la préparation. Ce recueillement est très nécessaire après les récréations et je ne vois pas que cela s’observe. »[3]

Je reviens à Michel Quoist. Je lui demandais : Et puis, chaque jour, combien de temps devrait-on prier ? Je m’en souviens comme si c’était hier, il n’a pas aimé la question. À la boutade, il m’a lancé : « Je ne sais pas ! C’est comme si vous me demandiez « Combien de temps dois-je embrasser ma femme ? » Je ne sais pas. Ça dépend de vous ! Ça dépend d’elle ! Ça dépend si elle a besoin de sentir votre amour ! »

Vous savez, Dieu « connaît tous ses enfants et il sait qu’ils sont différents. Chaque enfant a une façon différente de dire « Papa, je t’aime bien ! » Dieu accueille les différentes façons. Ce n’est pas la façon extérieure qui importe, c’est le contenu. […] [Et puis] on n’a pas à copier l’autre dans sa prière. C’est quelque chose de personnel. C’est pour cela qu’il est difficile d’en parler d’une façon générale. C’est tellement différent pour chacun comme est différent l’amour vécu par telle ou telle personne. »

Parfois on se décourage et on se questionne : est-ce que Dieu écoute et est-ce qu’il nous répond vraiment ? Michel Quoist me répondait : « C’est lui qui a parlé le premier… par l’Écriture. On y croit ou il n’y croit pas ! C’est sûr ! Sa Parole, c’est une lettre d’amour qu’on a reçue. C’est lui qui a parlé le premier et c’est nous qui ne répondons pas. Il répond par les Écritures, les événements, les personnes que nous rencontrons, etc. Pour le voir et l’entendre, il faut la foi. »

Et vient un temps où, Dieu et moi, on n’a plus grand-chose à se dire… « Il suffit d’être là, l’un à côté de l’autre… Il suffit de se regarder et de se mirer par nos regards. » […] « L’adoration c’est ça! C’est d’être là pour celui qui est là, gratuitement.», me disait Michel Quoist.

« Une des sources de la prière, c’est le quotidien. Le quotidien vécu dans sa monotonie, sa beauté », écrit Christian Beaulieu [4].

Et puis, si on est distrait ce n’est pas si grave : « Les moments involontaires de distraction ou notre imagination se promène n’empêchent pas notre âme de rester tournée vers Dieu et n’empêchent pas Dieu d’être présent en nous et d’agir en nous », écrit Christin Lépine.

Au fil des ans, la manière de prier change. Comme c’est le cas entre deux vieux amoureux, souvent cette présence un a l’autre compte plus que les mots. C’est ce que me disait Michel Quoist sur sa manière de prier à l’apogée de sa vie, lors de son dernier voyage au Québec: « Elle est pleine de silences. C’est plus contemplatif… Au début d’une relation amoureuse, les mots et les gestes sont importants. Au fil des années, il y en a de moins en moins. »

C’est un peu ce que disait en d’autres mots sainte Marie-Léonie Paradis : « Ma foi venait de la présence de Dieu que je sentais en moi. Il a toujours eu la première place dans ma vie. J’étais convaincue que l’âme qui ne perdait pas la présence de Dieu en elle avait trouvé un trésor que personne ne pouvait lui ravir »

Ou ce qu’écrivait Christian Lépine : « On ne perd jamais son temps quand on aime. Prier, c’est aimer, c’est se ressourcer à la vie de Dieu».

Les techniques de prière
Y a-t-il une position corporelle, une façon de respirer qui favorise davantage le dialogue avec Dieu ? Michel Quoist m’expliquait que les techniques qu’on tente d’enseigner, « ce sont des préfaces à la prière. Ce n’est pas la rencontre. Les techniques de respiration, je ne suis pas contre, mais je n’aime pas beaucoup cela, parce qu’au fond on mélange la méthode avec la prière. Ces longues préparations engendrent beaucoup d’illusions. Quand on fait de longs exercices de préparation, on se retrouve en face de soi. La prière, c’est se trouver en face de Dieu. »

Sa pensée sur la question est un peu celle de l’archevêque catholique de Montréal, Mgr Christian Lépine. Pour lui, « Dieu est l’être personnel, vivant, avec qui nous sommes appelés à entrer en relation de confiance et d’amour. Il n’est pas une force sans nom que l’on manipulerait par des techniques de méditation pour parvenir à nos fins ».

Les textes pour prier
A propos des textes pour prier, qu’ « il faut s’en servir quand on n’a pas les mots à sa disposition… Encore une fois, quand un garçon aime une fille, il n’a pas une liste de formules. L’amour c’est l’expression d’une vie.[…] Quand on est pauvre, quand on ne sait pas quoi dire au Seigneur, il faut les utiliser. Quand on prie en commun, il y a la belle formule du « Notre Père ». Cependant, on n’utilise pas une formule pour exprimer son amour; on parle avec ses mots a soi. Cela dépend du cheminement de chaque personne. Il y en a qui ont besoin de beaucoup de mots pour s’exprimer et d’autres qui n’en ont pas besoin. C’est la présence qui compte. »

Les émotions en panne
Pour le frère Denis Lévesque, la prière et la vie spirituelle ne sont pas « des affaires de feeling ». A son avis, « sentir émotivement » la présence de Dieu est une grâce qu’il ne faut point rechercher. Le maître du temps et de l’histoire la donne à qui il veut et quand il veut…

« Il y a des gens qui disent : « Il y a des années que je prie Dieu pour obtenir telle ou telle faveur et il ne m’exauce pas ! » Pourtant, Jésus dit dans l’évangile : « demandez et vous recevrez! » Jésus n’est pas un menteur ! La question à se poser n’est guère : « Pourquoi il ne m’exauce pas? » mais plutôt « Est-ce que, moi, j’exauce Dieu dans ma vie? » me disait le fondateur des Franciscains de l’Emmanuel, à l’été 1997.[5]

Il m’explique que Dieu fait aussi des prières a l’humain : « Dans la mesure où nous allons exaucer Dieu, de la même manière il va nous prendre au sérieux et va se donner à nous. »

Le fondateur des Franciscains de l’Emmanuel m’indiquait que la prière est un dialogue et c’est Dieu qui a parlé le premier. La Bible contient des centaines de ses prières : les commandements, « Écoute mon peuple… », « Aimez-vous les uns les autres… », « Partagez… », « Pardonnez pour être pardonnés… », « Libérez les esclaves », etc. Alors, selon lui, il n’y a donc pas à être inquiet de ne pas sentir la présence de Dieu ou d’avoir vécu une expérience sensible, et que, tout à coup, c'est la panne sèche : « C’est normal ! Plus la relation à Dieu est stable, moins il y a de hauts et de bas dans la vie intérieure. Le cheminement spirituel est une pente qui se monte tranquillement – sauf pour les débutants où ça ressemble à des montagnes russes ».

____________________

[1] Benoit Voyer. « LA PRIÈRE : Un dialogue d’amoureux », Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, pp. 8 et 9. Tous les propos de Michel Quoist cités dans cette réflexion sont tirés de cet article.
[2] Christian Lépine. Créés pour êtres aimés, Médiaspaul, 2012. Tous les propos de Christian Lépine cités dans cette réflexion sont tirés de ce livre.
[3] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, pp. 243 à 245.
[4] Christian Beaulieu. Du vent plein les voiles, Les Éditions Le Renouveau, 1984, p. 29-30.
[5] Cf. Benoit Voyer. L’homme prie Dieu, Dieu prie l’homme, bulletin Trinité, septembre 1997, p. 1.

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Jean Duhaime

Jean Duhaime
Professeur de théologie et spécialiste des manuscrits de la mer Morte

« Il n'y a rien de dangereux pour la foi chrétienne de chercher à mieux savoir d'où elle vient et dans quel contexte elle est née ! Est-ce que les écrits de Qumrân peuvent amener à remettre en question les dogmes de l'Église catholique et ce que nous savons de Jésus ? Pas vraiment ! À moins d'avoir l'esprit tordu ! »

Benoît Voyer

MONTRÉAL – Les manuscrits de la mer Morte, découverts en 1947 dans une grotte de Qumrân, au sud-est de Jérusalem, fournissent de nouvelles pistes pour comprendre les contemporains de Jésus, vus par le judaïsme. Les chercheurs comprennent, grâce à eux, que les racines juives du christianisme sont beaucoup plus profondes qu'on ne l'avait cru jusqu'à maintenant. Dans cette interview, Jean Duhaime raconte le parcours qui l'a conduit à devenir un spécialiste des écrits de Qumrân.

Jean Duhaime est professeur à la faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal. Il est titulaire d'interprétation biblique depuis 1976. Il concentre ses activités sur les Psaumes, les écrits de sagesse (Job, Proverbes, Qohélet, Ben Sira, Le livre de la Sagesse), le Cantique des cantiques et sur l'apport des sciences sociales à l'étude de la Bible. Son champ de recherche privilégié est la littérature juive ancienne, les textes de Qumrân, connus aussi sous le nom de manuscrits de la mer Morte. Il s'intéresse aux nouveaux courants religieux et à la sociologie des religions. Il est enraciné dans la communauté chrétienne Saint-Albert-le-Grand, à Montréal, et il participe activement au dialogue entre Juifs et chrétiens. Sa traduction et sa mise à jour du livre de Lawrence H. Schiffman, « Les manuscrits de la mer Morte et le judaïsme », a été publié, il y a quelques mois, chez FIDES.

REVUE SAINTE ANNE – Jean Duhaime, on ne devient pas du jour au lendemain un spécialiste de la Bible. Quelle est votre formation ?

JEAN DUHAIME – J'ai fait mes études en théologie à l'Université de Montréal, à partir de 1968. À cette époque, comme pour plusieurs jeunes de cette génération, j'envisageais une vocation sacerdotale. J'étais novice chez les Prêtres des Missions étrangères (PMÉ). Après une année d'études à Québec, je suis allé étudier la théologie en banlieue de Montréal, au Grand Séminaire des PMÉ, à Pont-Viau, Ville de Laval. L'année suivante, je devenais étudiant à la faculté de théologie de l'Université de Montréal.

Le fait que les études théologiques se faisaient à l'université permettait à la plupart des communautés religieuses de la région de se regrouper, avec leurs meilleurs professeurs, afin d'offrir un enseignement de haut niveau.

À l'occasion de mes études en théologie, j'ai rencontré le professeur Guy Couturier, qui est maintenant professeur émérite de la faculté. À l'époque, il donnait des cours sur les prophètes. C'est à lui, et à quelques autres professeurs, que je dois mon goût des études bibliques.

RSA – Vous avez vécu dans les années d'effervescence en théologie… (!)

J.D. – Effectivement ! Pour moi, ces études répondaient à des questions et à des intérêts personnels. Je voulais mieux comprendre et avoir des outils pour analyser les textes bibliques afin de pouvoir mieux interpréter leur signification, car il y a toujours des choses un peu intrigantes et étonnantes dans les textes de la Bible. Lorsqu'on essaie de les situer – notamment sur le plan littéraire et en les remettant dans leur cadre historique et archéologique – et d'en dégager une portée pour aujourd'hui, ils deviennent particulièrement intéressants.

En 1971, je terminais mon BAC. À l'époque, on appelait cela une licence en sciences religieuses.

RSA – En quelle année avez-vous commencé à enseigner ?


J.D. – Dès la fin du baccalauréat, j'ai été engagé à titre de professeur d'enseignement religieux catholique, au secondaire. Pendant deux ans, je me suis occupé des élèves de la première à la troisième année du secondaire.

Ce passage au secondaire a été pour moi une bonne occasion de mettre en pratique le bagage des connaissances acquises et m'approprier certains outils de communication. Apprendre à présenter un texte biblique qu'on a étudié pendant plusieurs heures sur les bancs de l'université et le présenter en vingt minutes à des jeunes de 12 ans, il faut un peu d'adaptation (!) (il sourit).

Ce passage m'a aussi permis de compléter mon BAC en enseignement secondaire. Je l'ai réalisé tout en travaillant. Cela m'a donné une formation en pédagogie dont je continue à tirer profit. Ça n'a pas été du temps perdu ! Elle m'a permis de préciser mes intérêts pour les études supérieures. D'ailleurs, je conseille souvent à des étudiants qui ont complété un premier cycle à l'université, et qui ne savent pas trop ce qu'ils vont faire rendus à la maîtrise, de prendre une année ou deux de recul afin d'aller travailler sur le terrain pour préciser un peu plus leurs champs d'intérêts et leurs questions.

RSA – Quel a été votre sujet de maîtrise ?


J.D. : En 1973, il était clair que je voulais faire une maîtrise en études bibliques. Je voulais surtout travailler sur des textes en hébreu, plus proches du Premier Testament. Naturellement, je suis allé voir Guy Couturier qui m'a considérablement marqué au premier cycle. Il m'a orienté vers les manuscrits de la mer Morte. Monsieur Couturier est un diplômé de l'École biblique de Jérusalem où était l'équipe responsable de la publication de ces textes.

Il m'a expliqué que c'est un domaine d'études relativement nouveau et qu'il me permettrait de travailler sur des écrits en hébreu parce que la plus grande partie de ce corpus est écrite dans cette langue. De plus, c'est une période de l'histoire charnière entre le Premier et le Second Testament. C'était donc la combinaison gagnante pour moi.

Je me suis donc intéressé à cela. J'ai fait la maîtrise et les deux années d'études de 3ᵉ cycle – qui correspondent à des études de doctorat – à l'École biblique à Jérusalem afin de travailler avec des spécialistes des études bibliques et en particulier avec un des spécialistes des textes de Qumrân, le père Murphy O'Connor, un Dominicain.

RSA – Est-ce que vous étiez encore en communauté ?

J.D. – Non (!) J'ai quitté les PMÉ, en 1968, à la fin de la première session d'études universitaires. J'ai réalisé que je ne suis pas fait pour la vie communautaire et le service ministériel. Néanmoins, j'ai décidé de continuer mes études sans trop savoir où je m'en allais.

RSA – Que s'est-il passé à votre retour de Jérusalem ?

J.D. – Il y a eu l'ouverture d'un poste à demi-temps à la faculté de théologie de l'Université de Montréal pour l'enseignement du Premier Testament, nouvelle appellation pour désigner l'Ancien Testament. C'était un domaine pour lequel je m'étais préparé. J'ai conservé ce poste de 1976 à 1981. Puisque j'avais une jeune famille à nourrir, j'enseignais aussi le matin, à demi-temps, au secondaire, au Collège Mont-Saint-Louis, à Montréal. En 1981, je suis passé à temps complet à l'Université de Montréal. Durant les 15 années qui ont suivi, j'ai surtout été affecté à des tâches administratives, dont vice-doyen pendant 12 ans et responsable de section pendant trois ans.

RSA – À quel moment est réellement née votre passion pour Qumrân ?

J.D. – J'ai toujours gardé un intérêt pour les manuscrits de la mer Morte, même si pendant mes premières années d'enseignement je n'ai pas pu y toucher beaucoup. Lorsque j'ai été embauché à temps complet à l'université, j'ai pu davantage investir du temps dans cette recherche. Je continue d'y travailler sur une base régulière même si ce n'est pas l'essentiel de ma besogne, parce que je donne surtout des cours sur la Bible. Toutefois, je donne souvent des conférences aux étudiants de maîtrise ou des cours de premier cycle d'initiation à cette littérature. Enfin, je donne aussi des causeries sur le sujet à l'extérieur de la faculté de théologie, lorsque j'ai des invitations.

RSA – Qu'est-ce que vous avez découvert dans les livres de la mer Morte ?

J.D. – Ils nous donnent accès à une communauté juive de l'époque de Jésus. Celle-ci nous invite à faire de l'observation participative. La bibliothèque de Qumrân contient environ 800 manuscrits (!) Ils sont le reflet de ce qu'était la culture religieuse d'une communauté juive à l'époque. Tous les manuscrits ne sont pas uniquement sectaires, c'est-à-dire des manuscrits exclusifs à la secte. Il y en a de nombreux qui sont des textes communs à toutes les communautés juives de ce temps. Il y en a aussi qui ne sont pas bibliques, mais qui interprètent la Bible, la commentent, la paraphrasent, etc. Ce sont des textes qui étaient partagés par différents groupes et qui ne sont pas exclusifs au groupe de Qumrân. Enfin, il y a des manuscrits exclusifs à la secte, avec le langage particulier d'un groupe qui s'est séparé du judaïsme pour vivre une réforme religieuse.

Il est fascinant d'avoir accès, de première main, à de la documentation qui n'a pas été modifiée ou retouchée par des siècles d'interprétation ou de transmission.

Je m'intéresse beaucoup aux idées religieuses qu'il y a dans ces textes, aux liens qu'il y a entre celles-ci et le contexte social et culturel de l'époque. Je suis persuadé qu'une bonne partie des idées religieuses qui circulent dans un groupe sont le reflet d'une réflexion, d'un ajustement, d'une interprétation de situations concrètes, historiques, politiques, religieuses et culturelles faites à partir de l'environnement humain où il se trouve.

Mon étude m'a amené à explorer un autre domaine des sciences humaines. Je me suis donné des outils en sociologie afin d'analyser ces textes et d'essayer de comprendre la dynamique sociale de ces gens. En sociologie, je me suis surtout intéressé à la manière dont on produit des idéologies politiques, culturelles et religieuses.

Je m'intéresse à la question du dualisme, c'est-à-dire l'idée que le monde est partagé entre des forces du bien et du mal qui sont en lutte depuis que le monde est monde, au fond, depuis que la lumière est séparée des ténèbres et que le jour et la nuit existent, qu'ils alternent dans le cycle cosmique.

Une autre question étroitement reliée au dualisme a surgi de mes études des manuscrits. Il s'agit de la question du déterminisme. Est-ce que tout est décidé d'avance pour chacun de nous ? Est-ce que nous ne sommes que des marionnettes qui exécutons un plan divin ? Ou, encore, est-ce qu'on a une part de responsabilité ? Les gens de Qumrân ont souvent débattu de ces questions.

Enfin, il y a la question du messianisme. On a à Qumrân une trentaine de textes où il est question de Messie à venir.

RSA - Est-ce que dans les écrits de Qumrân il y a des éléments nouveaux qui remettent en question le catholicisme?

J.D. – Il n'y en a pas. Les textes de Qumrân nous apportent une meilleure connaissance du paysage religieux de cette époque : l'originalité du christianisme, de la personne et du message de Jésus ressortent beaucoup mieux si l'arrière-plan sur lequel il se dessine est mieux défini.

RSA – Pour un non-initié, il y a un danger à explorer ces nouveaux manuscrits ?

J.D. – Il n'y a rien de dangereux pour la foi chrétienne de chercher à mieux savoir d'où elle vient et dans quel contexte elle est née ! Est-ce que les écrits de Qumrân peuvent amener à remettre en question les dogmes de l'Église catholique et ce que nous savons de Jésus ? Pas vraiment ! À moins d'avoir l'esprit tordu !

Jean Duhaime
Faculté de théologie et de sciences des religions
Université de Montréal
3333 Queen-Mary, 6ᵉ étage, bureau 640-28
C.P. 6128, succ. Centre-ville
Montréal (Québec) H3C 3J7
(514) 343-7261
jean.duhaime@umontreal.ca
www.theo.umontreal.ca


Vous connaissez une personne exceptionnelle qui mériterait un reportage ou une interview dans la Revue Sainte Anne ? Écrivez-nous quelques mots pour nous la faire connaître ! revuesainteanne@benoitvoyer.com


(Revue Sainte Anne, février 2005, pp. 57 et 83)

15 juin 2026

UN PEU DE MOI : La pandémie de choléra en 1832, à Québec

La pandémie de choléra en 1832, à Québec

Par Benoit Voyer

15 juin 2026

En 1932, plus particulièrement du 8 au 28 juin, une pandémie de choléra frappe la ville de Québec. Durant cette période, les prêtres de la communauté catholique de Saint-Roch président les funérailles d’environ 195 paroissiens. La plupart des défunts seront inhumés dans le nouveau cimetière de la Pointe. Parmi les victimes figure mon arrière-arrière-arrière-grand-père Gabriel Garneau. Il décède le 16 juin 1832. Au registre, il figure au nom de Pierre Garneau.

Cette pandémie ne ravage pas uniquement la population de Québec. Elle est principalement causée par les vagues d’immigration et par le développement du commerce international.

Entassés dans les cales des bateaux lors de leur long voyage vers la terre promise, les conditions sanitaires des passagers laissent à désirer. Il en résulte que leurs résistances immunitaires sont grandement affectées par la fatigue, le mal de mer, l’alimentation de très mauvaise qualité pauvre en vitamines et en calories.

À cela s’ajoute une mauvaise connaissance des maladies et de leurs transmetteurs : l’eau contaminée et impropre à la consommation, les vêtements souillés et l’hygiène personnelle et communautaire. En d’autres mots, les passagers ne sont pas très propres.

Denis Goulet explique, dans un article paru dans la revue d’histoire Cap-aux-diamants [1], que depuis la fin du XIXᵉ siècle, on sait « que le choléra est une infection intestinale causée par le vibrion cholérique, un type de microbe transmis essentiellement par voie orale. Normalement. L’acidité gastrique de l’estomac permet à l’organisme de détruire le vibrion. Or, chez les personnes souffrant de malnutrition, cette barrière est affaiblie et permet au microbe de se rendre aux intestins où il provoque de violentes diarrhées accompagnées de vomissements tout aussi violents qui entrainent une forte déshydratation. Le corps prend une apparence bleutée en raison d’une cyanose […] Généralement, la mort survient en quelques jours. »

En 1857, on fermera le cimetière de la Pointe. Tous les défunts, dont Gabriel, sont exhumés et inhumés à nouveau dans le cimetière Saint-Vallier, maintenant administré par le cimetière Saint-Charles, à Sainte-Foy. Il n’y a aucune pierre tombale sur le site. Le terrain où les victimes du choléra de 1832 reposent est, de nos jours, situé sur le bord de l'avenue du Pont Scott, à quelques pas de la rivière Saint-Charles.

Gabriel
Né le 9 mars 1763, à L'Ange-Gardien, sur la Côte de Beaupré. Gabriel Garneau est le fils de Pierre Garneau (1740-1815) et de Marguerite Julien (1739-1813). Le lendemain il est baptisé dans la tradition catholique.

Il épousera Marguerite Ouellet. Le 20 novembre 1797, ils signent un contrat de mariage chez le notaire Louis Cazes, à La Pocatière. Le 28 novembre, ils reçoivent le sacrement du mariage dans l’église catholique de Saint-Roch-des-Aulnaies. À la suite de son décès, elle finira ses jours à Saint-André-de-Kamouraska. Elle quittera ce monde le 28 octobre 1837.

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[1] Denis Goulet. « Choléra et typhus au XIXᵉ siècle – D’une crise immunitaire à une autre », Cap-aux-diamants, été 2024, pp. 20 à 23.

SAINTS ET SAINTES : Saint Josémaria Escriva

Saint Josémaria Escriva

Par Benoit Voyer

15 juin 2026

Le 9 janvier 1902, saint Josémaria Escriva de Balaguer nait à Barbastro, dans la province de Huesca, en Espagne. Il est le fils de Dolores et José Escriva de Balaguer. Josémaria aura un frère et quatre sœurs. Trois d’entre elles décéderont en bas âge. Il lui restera Carmen (1899-1957) et Santiago (1919-1994). Au sein du clan familial, on leur transmet une profonde éducation chrétienne, dans la tradition catholique.

En 1915, les affaires ne sont pas très bonnes pour Jose Escriva. Son entreprise doit fermer ses portes. Le père de famille se trouvera un emploi à Logroño. La famille y déménagera.

Un jour, après avoir vu des traces de pieds nus dans la neige laissées par un religieux, le jeune Josémaria a la conviction profonde que Dieu attend quelque chose de particulier de lui, mais il ne sait pas quoi exactement. Il pense qu’en devenant prêtre, il pourra mieux le découvrir. À Logroño, il commence à s’y préparer. Il poursuivra sa quête au séminaire de Saragosse.

En plus de ses études en philosophie et en théologie, Josémaria poursuivra des études de droit civil, comme auditeur libre.

En 1924, son père trépasse. Malgré lui, Josémaria devient le chef de la famille.

Le 28 mars 1925, il est ordonné prêtre. Il est nommé titulaire d’une paroisse rurale près de Saragosse.

En 1927, avec la permission de son évêque, il s’installe à Madrid afin de compléter un doctorat en droit.

Le 2 octobre 1928, durant ses exercices spirituels, il commence à percevoir ce que Dieu lui demande. Il fonde une œuvre destinée à la sanctification des laïcs. Dès lors, il commença à travailler à cette fondation, tout en exerçant son ministère sacerdotal, spécialement dans les milieux déshérités, auprès des pauvres et des malades.

Il prolonge ses études à l’université de Madrid et dispense des cours pour subvenir aux besoins de sa famille.

C’est son accompagnateur spirituel qui, à force de l’entendre parler de son appel intérieur et de sa mission particulière, finira par appeler le projet l'« Opus Dei », c’est-à-dire « l’œuvre de Dieu ».

Il fondera aussi la Société de la Sainte-Croix pour les prêtres désirant vivre du même esprit.

En 1946, Josémaria Escriva s’établit à Rome, en Italie. Il y obtient un doctorat en théologie, à l’université du Latran. Tour à tour, il sera nommé consulteur de deux congrégations vaticanes, membre honoraire de l’Académie pontificale de théologie et prélat d’honneur de Sa Sainteté.

À partir du sol romain, il voyage dans les pays d’Europe et, en 1970, au Mexique. À chaque fois, il travaille à établir et consolider l’Opus Dei dans les régions qu’il visite.

En 1974 et en 1975, il fait deux grands voyages en Amérique centrale et du Sud, où il tient de grandes réunions catéchétiques. Partout où il passe, on s’abreuve de ses paroles.

Une heure avant son décès
Josémaria Escriva décède à Rome le 26 juin 1975.

Le 17 mai 1992, il est béatifié par le saint pape Jean-Paul II en présence de près de 300 000 personnes, dont 34 cardinaux et 200 évêques. Dix ans plus tard, le 6 octobre 2002, Jean-Paul II le canonise. À cette occasion, il dira à la foule : « On pourrait dire qu’il fut le saint de l’ordinaire. Il était en effet convaincu que, pour celui qui vit dans une optique de foi, tout est occasion de « rencontre avec Dieu », tout devient un encouragement à la prière. Vue ainsi, la vie quotidienne révèle une grandeur insoupçonnée. La sainteté se retrouve vraiment à la portée de tous. »

La commémoration liturgique de saint Josémaria Escriva est le 26 juin de chaque année.

Au Québec :


Coteau-du-Lac, le 16 juin, à 19 h 30
Présidée par Mgr Alain Faubert, évêque de Valleyfield
Église Saint-Ignace
339, chemin du Fleuve
Coteau-du-Lac, QC J0P 1B0
Confessions à partir de 19 h

Québec, le 22 juin, à 19 h 30
Présidée par Mgr Jean Tailleur
Église Saint-Michel de Sillery
1600, rue du Cardinal-Persico
Québec, QC G1T 1H3
Confessions à partir de 19 h 00

Montréal, le 26 juin, à 19 h 30
Présidée par Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal
À la basilique-cathédrale Marie-Reine-du-Monde
1085, rue de la Cathédrale
Montréal, QC H3B 2V3
Confessions à partir de 19 h

En Colombie-Britannique :


Victoria, le 26 juin, à 18 h
Présidée par Mgr Gary Gordon
St. Joseph the Worker
753 Burnside Rd. W
Victoria, BC V8Z 1M9

Vancouver, le 27 juin, à 11 h
Présidée par l'abbé Bruce J. Hamilton
Corpus Christi Parish
6350 Nanaimo Street
Vancouver, BC V5P 4K7
Confessions à partir de 10 h 30

En Alberta :

Edmonton, le 23 juin, à 19 h 00
Présidée par l'abbé Andrew Schoenberger, vicaire général du diocèse de Saint-Paul
St. Andrew's Parish
12810 111 Ave NW
Edmonton, AB T5M 2N7
Confessions à partir de 18 h 30

Calgary, le 26 juin, à 19 h
Présidée par l'abbé Avinash Colaco
St. Mary's Cathedral
219 18 Ave SW
Calgary, AB T2S 0C2
Confessions à partir de 18 h 30

Au Manitoba :

Winnipeg, le 17 juin, à 19 h 00
Présidée par l'abbé Fernando Mignone
Église Holy Cross
252, rue Dubuc
Winnipeg, MB R2H 1Ê3
Confessions à partir de 18 h

En Ontario :


Kingston, le 16 juin, à 19 h
Présidée par l'abbé Richard Whelan
St. Joseph's Church
392 Palace Road
Kingston, ON K7L 4T3
Confessions à partir de 18 h

Marmora, le 26 juin, à 9 h
Présidée par l'abbé Justin Pulikunnel
Sacred Heart of Jesus Parish
46 Bursthall St.
Marmora, ON K0K 2K0
Confessions à partir de 8 h

Oakville, le 20 juin, à 11 h
Présidée par Mgr Wayne Lobsinger, évêque auxiliaire à Hamilton
St. Michael Church
181 Sewell Dr.
Oakville, ON L6H 1E3
Confessions à partir de 10 h 30

Brockville, le 26 juin, à 18 h
Présidée par l'abbé Fr. Andrew Shim
Saint Francis Xavier Parish
66 Church Street
Brockville, ON K6V 3X6
Confessions à partir de 17 h 30

Ottawa, le 26 juin, à 19 h
Présidée par Mgr Brendan O'Brien, archevêque émérite de Kingston
Basilique-cathédrale Notre-Dame
385, rue Sussex
Ottawa, ON K1N 1J9
Confessions à partir de 18 h 30

St. Catharines, le 26 juin, à 19 h
Présidée par l'abbé Ben Weber
Cathedral of St. Catherine of Alexandria
3 Lyman St.
St. Catharines, ON L2R 5M8
Confessions à partir de 18 h 30

Strathroy, le 27 juin, à 9 h
Présidée par l'abbé David Johnston
All Saints Parish
124 Front St E
Strathroy, ON N7G 1Y9

Toronto, le 27 juin, à 11 h
Présidée par Mgr Robert Kasun, évêque auxiliaire à Toronto
St. Edward the Confessor Church
75 Churchill Ave.
North York, ON M2N 1Y8
Confessions à partir de 10 h 30


LE PRÉSENT DU PASSÉ : Michèle Boulva, codirectrice de l'Organisme catholique pour la vie et la famille

Michèle Boulva, codirectrice de l'Organisme catholique pour la vie et la famille

« Le rêve de Dieu est de prendre toute la place dans ton cœur, de te donner tout son amour, de te combler, de t'accompagner dans tout ce que tu fais, d'avoir une relation intime avec toi à travers les choses de chaque jour et d'avoir un dialogue constant avec toi. Évidemment, on peut dire oui ou non ou un petit peu oui ou un petit peu non. Il nous laisse libres Je lui ai donc confié tout ce que je suis. »

Par Benoît Voyer


OTTAWA – Je suis très anxieux. Pourtant, Radio Classique diffuse de la musique qui fait du bien. Malheureusement, aujourd'hui Beethoven, Mozart et Bach n'ont pas d'effet sur moi. Au volant de ma voiture, entre Montréal et Ottawa, mon esprit est absorbé par ce stress que je porte.

Dans quelques heures, j'aurai devant moi une des plus compétentes journalistes aux affaires religieuses au Canada et une catholique engagée. Je n'ai jamais caché mon admiration pour cette femme. J'avoue bien humblement qu'elle a une longueur d'avance sur moi en ce qui a trait à la qualité de la rédaction et à la capacité de production littéraire. « Elle va assurément analyser ma pauvre méthode d'entrevue », me dis-je.

Il y a quelques mois, après 18 ans de loyaux services au journal le « Nouvel Informateur Catholique » (NIC), Michèle Boulva a troqué son métier de journaliste pour devenir codirectrice, avec Jennifer Leddy, de l'Organisme Catholique pour la Vie et la Famille (OCVF), une corporation sans but lucratif, financée par les Chevaliers de Colomb d'un océan à l'autre et la Conférence des Évêques Catholiques du Canada (CECC).

Son bureau est bien modeste. Il est installé dans le nouveau bâtiment de la CECC sur la place Don Reid, à Ottawa.

« Salut mon Benoît ! », me lance-t-elle en arrivant dans le hall d'entrée de l'édifice. « Ça fait un bon moment que nous ne nous sommes pas vus ! Je suis contente de te revoir ! » Notre amitié remonte à plus de dix ans.

Assis dans son bureau, on se donne des nouvelles. Elle a quitté le métier, mais celui-ci ne l'a pas quittée. Nous parlons.

Michèle est visiblement autant anxieuse que moi devant cette interview qui débutera dans quelques minutes. Je la rassure.

Cela semble porter des fruits. Après quelques minutes, bien installés à la table de l'excellent restaurant Flying Pigg, sur la rue Bank, nous prenons une grande respiration afin de nous calmer intérieurement. « Mon Dieu, aide-nous ! »

« De quelle manière a débuté ta carrière de journaliste ? » Elle parle vite. Elle veut tout dire en même temps. Elle est attendrissante. Je préfère sourire et l'écouter.

Elle me raconte qu'après ses études en pédagogie, en 1967, La Presse cherchait des jeunes pour couvrir Expo 67. « Ça a été une expérience incroyable ! J'ai réalisé ma première expérience journalistique en rencontrant une princesse de passage au pays. J'étais tellement stressée ! Heureusement, Michel Gravel, un photographe d'expérience, m'accompagnait. Tout s'est bien passé ! », me raconte-t-elle.

Rapidement, elle est orientée vers la section « Vivre aujourd'hui », les pages féminines du journal. Elle y passera quatre ans. Elle est rédactrice de mode.

Je lui lance : « Dans un éditorial, Pierre Venat écrivait que tu es une des femmes qui ont marqué l'histoire de La Presse ». Elle me regarde, le regard étonné, et le fou rire s'empare d'elle. En chuchotant, elle dit : « Ben voyons ! Qu'est-ce que tu veux que je réponde à ça ! J'étais juste une journaliste de mode ! »

En 1971, elle trouve un boulot dans le domaine des relations publiques et, en 1974, elle fait le choix de quitter son job pour se consacrer à l'éducation de sa fille Stéphanie. Plus tard viendront aussi Christian et Katerine. « Ces enfants ont été les trois plus beaux cadeaux de ma vie ! J'ai vraiment eu du plaisir à m'occuper d'eux ! », lance-t-elle.

Expérience spirituelle intense
En 1984, suite à une séparation conjugale, elle retourne au marché du travail : « Malheureusement, mon mariage s'est avéré un échec (elle a de la difficulté à dire le mot). Mais – Dieu merci : – c'est à travers cette période de difficultés que j'ai découvert le sens profond du sacrement du mariage, une alliance à trois… Dieu qui s'engage avec l'homme et la femme et qui, toujours, reste fidèle. C'est avec lui que j'ai élevé mes trois enfants ! »

Elle profite de l'occasion pour me dire qu'elle a eu des parents extraordinaires (elle est l'aînée d'une famille de six enfants) qui lui ont transmis des valeurs solides, qu'elle a toujours été catholique, qu'elle a toujours fréquenté la messe et qu'elle n'a jamais connu de crise majeure de foi.

Durant ces mois difficiles de son existence, elle commence aussi un cheminement de foi plus profond.

Elle se rend régulièrement chez les moniales dominicaines de Berthierville pour se ressourcer. Un prêtre et une religieuse l'accueillent et l'accompagnent. « En 1985, à travers une « prière ensemble » avec ces personnes, j'ai vraiment été touchée au cœur. J'ai compris l'amour inconditionnel de Dieu… malgré mon échec. Ça a été un baume. Dieu nous aime, qu'importe ce qu'on vit et traverse de difficultés et de joies. Il nous accompagne toujours et partout. » Son regard est lumineux.

Elle baisse la voix et reprend le ton de confidence. En chuchotant et avec un débit très rapide, elle confie : « Dis pas ça ! Mais je te jure, après que je sois sortie de là, je courais dans le jardin ! Je me sentais comme une gamine qui gambade. C'est une image, mais c'est comme ça que je me sentais. C'était un moment de grande intensité ! » À partir de ce moment, et pendant quelques années, elle fréquentera régulièrement les groupes du renouveau charismatique catholique.

Le Nouvel Informateur Catholique
Elle a le goût de revenir au journalisme et de devenir pigiste « parce que c'est un travail qui lui permettrait d'être disponible à la maison pour les enfants. »

Quand la Providence se manifeste. À trois reprises, on lui dit : Va voir à l'Informateur catholique ! « Je m'y suis présentée et j'ai été engagée. »

Pendant 18 ans, le NIC est pour elle une école de formation catéchétique et humaine. Une véritable école de la foi. Elle me parle de plusieurs rencontres qui ont marqué ces années et qui ont fait d'elle ce qui m'impressionne tant aujourd'hui. L'heure est à la confidence.

En toute intimité
Durant toutes ces années, elle est restée seule. « Au chapitre de la sexualité, ça n'a pas été trop difficile, Michèle ? »

« Dans ma prière, j'ai dit : Seigneur, je crois et je sais, je vis et j'expérimente que tu combles tous mes besoins, y compris au plan affectif… » Elle se fait rassurante sur ce point. Elle insiste pour dire qu'elle a véritablement donné son célibat à Dieu et qu'elle veut être fidèle à cela.

Elle ajoute : « Lorsque tu laisses entrer le Seigneur dans ta vie, il prend l'espace que tu lui laisses habiter. Si tu lui en donnes plus, il en prend davantage. Le rêve de Dieu est de prendre toute la place dans ton cœur, de te donner tout son amour, de te combler, de t'accompagner dans tout ce que tu fais, d'avoir une relation intime avec toi à travers les choses de chaque jour et d'avoir un dialogue constant avec toi. Évidemment, on peut dire oui ou non. Il nous laisse libres. Je lui ai donc confié tout ce que je suis, y compris ma sexualité. Je l'ai confiée au Seigneur. La grâce existe ! Il suffit de l'accueillir ! »

Vie et famille
En 2000, son travail l'amène à couvrir le Jubilé de la famille à Rome. Dès cet instant qui est gravé en elle, Michèle sent qu'elle doit faire davantage pour promouvoir la vie et la famille. Elle sent qu'elle doit faire plus. Elle augmente sans tarder son intérêt pour ces sujets. Dans ses articles publiés dans le NIC, elle ne se gêne pas pour en parler chaque fois que l'occasion se présente à elle. Elle écrit aussi de nombreuses lettres ouvertes qu'elle envoie aux médias francophones du Québec et de la capitale canadienne.

Ce désir de travailler au service de la famille grandit en elle, jusqu'à ce que, à l'automne 2003, s'ouvre un poste à l'OCVF. Durant le processus d'embauche, elle a goûté à la grâce de la Providence. « J'ai compris que le Seigneur m'appelait à autre chose et qu'il me l'a présenté sur un plateau d'argent. C'était la réponse à trois longues années de désir de me consacrer entièrement à cette cause », confie-t-elle.

Préalablement, elle a dû passer par une période de doutes. Elle a longuement hésité à quitter Montréal pour Ottawa parce que sa famille et ses amis y vivent. De plus, par fidélité, elle ne voulait pas laisser tomber Évelyne Lauzier et Paul Bouchard, les patrons de l'Informateur Catholique, car au fil des années, ils sont devenus ses grands amis. « À mon départ, ils m'ont écrit une lettre de référence formidable, malgré leur peine de me voir partir après tant d'années. »

À l'OCVF, elle devient codirectrice. Ce travail l'amène à collaborer avec les évêques canadiens à l'élaboration de stratégies et de documents en vue de participer à des débats publics autour du thème de la vie et de la famille et de préparer des documents pédagogiques. Projets de lois C250 sur la propagande haineuse et C-6 sur la procréation assistée, intervention en Cour suprême sur la redéfinition du mariage… Elle consacre toutes ses énergies professionnelles à la promotion et la valorisation de la vie et de la famille et du respect de la dignité humaine.

Elle insiste : « C'est le devoir des chrétiens d'être à l'origine, ou au moins d'en faire partie, de la réflexion sociale. Bien des gens aimeraient limiter la religion à la sphère privée, mais on ne peut pas séparer les choses de cette manière. Je prends l'exemple du médecin catholique. Il ne peut pas arriver à l'hôpital et enlever son manteau de chrétien et le remettre à la sortie. Cela serait tout à fait incohérent avec le message de l'Évangile et l'engagement de son baptême. Les décisions de ce spécialiste doivent être inspirées par une conscience éclairée. »

Les dossiers qu'elle pilote avec sa complice sont d'une grande importance pour l'avenir de la société. L'heure est même à l'urgence pour tout ce qui a trait à la famille parce que ses fondements sont attaqués par plusieurs groupes de pression.

Elle ajoute : « La vie est le premier des droits fondamentaux. Si on ne respecte pas ton droit à naître, tu n'en auras pas d'autres. Quand une société ne respecte pas le droit à la vie, elle risque tôt ou tard de bafouer les autres droits de la personne. Par ailleurs, la famille, qui est la cellule de base de la société, est attaquée de toute part. Pourtant, elle est la première école de vie. C'est à cet endroit que les enfants apprennent à être, c'est-à-dire à devenir des collaborateurs de Dieu, des citoyens autonomes, responsables et respectueux qui bâtiront une société plus juste et plus humaine. C'est pour cette raison qu'elle doit être défendue. »

D'ailleurs les statistiques montrent que les familles les plus solides reposent sur le mariage, même s'il y a beaucoup de divorces. Une étude démontre que les enfants dont les parents se sont mariés sans vivre ensemble, avant leur union, ont 13 % de chances de les voir divorcer. Ceux qui vivent en union de fait ont 63 % de chances de voir leurs parents rompre. Enfin, ceux qui se sont mariés après avoir vécu ensemble, la statistique est de 25 %.

« Il faut absolument revaloriser la profession parentale. Former un être humain, c'est toute une responsabilité et, je vous assure, le plus beau cadeau à faire à l'enfant est de lui apprendre à fréquenter Jésus en lui partageant ses joies, ses peines et ses rêves, chaque jour de sa vie », conclut avec un calme inouï Michèle Boulva.

Au volant de ma voiture, la station de radio ottavienne Couleur FM diffuse un magnifique air de Bach. Un moment d'extase pour le mélomane en moi. Je remercie Dieu. Mon anxiété n'est plus en moi.

Michèle Boulva, codirectrice
Organisme catholique pour la vie et la famille (OCVF)
2500 Promenade Don Reid
Ottawa, Ontario, Canada
K1H 2J2 – (613) 241-9461

www.ocvf.cccb.ca
mboulva@cecc.ca


(Revue Sainte-Anne, mars 2005, pp. 105 et 107)

14 juin 2026

POLITIQUE : John Abbott, premier ministre du Canada

John Abbott ne voulait pas devenir premier ministre
John Abbott, premier ministre du Canada

Par Benoit Voyer

14 juin 2026

En ce matin du 14 juin 2026, dans le cadre de ma série de visites aux lieux de sépulture des premiers ministres du Canada, je me suis souvenu de John Abbott. Il a été premier ministre du Canada de juin 1881 à décembre 1882. Il est inhumé dans le cimetière Mont-Royal, à Montréal.

En faveur de l’annexion avec les États-Unis
En 1849, avec une liste de politiciens canadiens-français et d’hommes d’affaires anglophones, il cosigne le "manifeste de Montréal" qui exhorte le Canada à fusionner avec les États-Unis afin de profiter de meilleures conditions économiques et d'institutions politiques moins rétrogrades que la monarchie.

Par la suite, lorsqu’on lui reprochera son manque de fidélité à la couronne britannique, il dira qu'à titre de lieutenant-colonel du onzième régiment d'Argenteuil, il a dirigé 300 "miliciens", qui ont eu pour mission de protéger la colonie durant l'incident du Trent au début des années 1860.

Premier ministre du Canada
Jonh Abbott ne souhaitait pas devenir premier ministre. Il méprise la fonction. À ce sujet, il disait : « Je déteste la politique et ce qu’on juge comme ses méthodes appropriées. « Je déteste la notoriété, les réunions publiques, les discours en public, les caucus et toutes les servitudes qui semblent attachées à la politique, sauf l’obligation de servir le public du mieux que je peux. »

Au décès du premier ministre John A. MacDonald, il appuie la candidature de John Thompson. À cause de conflits internes au Parti conservateur du Canada, en homme de devoirs, John Abbott accepte d’être une solution de compromis. Le 15 juin 1891, il devient le troisième premier ministre du Canada. Il est le premier leader du Canada à être né au pays.

Son règne est de courte durée. Malade, il se retire en août 1892, sur la recommandation de son médecin. Il désigne John Thompson comme successeur. Il part pour l'Angleterre, la France et l'Italie, espérant retrouver la santé. Le gouverneur général accepte sa démission le 4 décembre. Thompson est assermenté trois jours plus tard.

Il décède le 30 octobre 1893. Ses funérailles sont célébrées le 2 novembre à la cathédrale anglicane Christ Church, à Montréal.

Voici les photos de ma visite de ce matin
au cimetière Mont-Royal, à Montréal




MUSIQUE : Valérie Carpentier poursuit sa route

Valérie Carpentier poursuit sa route

Par Benoit Voyer

14 juin 2026

Vous la connaissez fort probablement. Elle s’appelle Valérie Carpentier. Elle est la première gagnante de la version québécoise de l’émission télévisée "La Voix". Depuis quelques années, elle poursuit sa route loin des projecteurs des médias traditionnels.

Née le 17 novembre 1993 à Cap-de-la-Madeleine, devenue la municipalité de Trois-Rivières, elle passera son enfance à Sainte-Anne-de-la-Pérade, en Mauricie.

En 2010, paraît « Du Parc Belmont à Hôtesse de l'air », son premier album, sous étiquette " Disques TOX. "

Le 14 avril 2013, elle remporte la première saison du concours télévisé "La Voix". Suivra la sortie, sous le label "Productions J", de son album "L’été des orages", duquel sortiront les singles "À fleur de peau" (2013), "Le Rendez-vous" (2013), "L’été des orages" (2014) et "Le bout du monde" (2015). L’album sera certifié « disque d'or » en 2014.

En 2016, chez « Productions J », elle lance l’album « Pour Rosie », duquel paraîtront les simples « Pour Rosie » (2016) et « On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime » (2017).

Par la suite, elle produira une série de simples : "Monokini & Tsunami" (2021), "Donne-moi ton cœur" (2025), "Désillusion" (2025), "La plus belle nuit du monde" (2025), "Comme de l’eau" (2026) et "Fidji" (2026).

Fidji (Valérie Carpentier)

SAINTS ET SAINTES : Parole de la bienheureuse Marie-Anne Blondin


LE PRÉSENT DU PASSÉ : Benoit Voyer, journaliste (2)

Benoit Voyer, journaliste (2)

Dieu est vivant ! Jésus est ressuscité !

« Notre silence a assez duré. Je suis venu à ta rencontre pour te demander de rentrer à la maison. Si tu acceptes, dans peu de temps je te convierai à un grand banquet d'amour. Nous ferons une grande fête pour souligner ton retour. D'ici ce jour, je viendrai te rencontrer régulièrement afin que nos cœurs vibrent au même diapason. Myriam a bien hâte de te revoir. Chaque jour, elle me parle de toi. »

Benoît Voyer

MONTRÉAL – Journaliste spécialisé dans les affaires culturelles et religieuses depuis 1987, Benoît Voyer, collaborateur à la Revue Sainte Anne depuis 1996, est un communicateur fort connu au sein de l'Église catholique francophone du Canada. Né le 22 novembre 1966 à Granby, cité du célèbre jardin zoologique, il a signé, depuis le début de sa carrière de journaliste, de nombreux articles dans les médias écrits, a animé et collaboré à plusieurs séries d'émissions à la radio et à la télévision et a fondé un organisme culturel catholique. En février 2000, une crise de vie sévère l'amène à partir en exil, en plein désert urbain, afin de retrouver en lui des forces nouvelles pour vivre et des raisons de croire que Dieu est vivant et que Jésus est ressuscité. Dans ce deuxième article d'une série de deux, il raconte le vendredi saint de son existence, ce temps de souffrances qui l'a conduit à un nouveau matin de Pâques pour sa vie, un temps de lumière et d'espérance.

***

De septembre 2000 à avril 2002, il m'est permis de vivre une aventure intellectuelle, hors de l'ordinaire, à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) où je suis inscrit à des cours. Je bois chacune des paroles de mes professeurs et j'ai un plaisir fou à lire tout ce qui me passe sous le nez.

Je suis fasciné par l'intelligence et la sagesse de Louis Rousseau (voir la Revue Sainte-Anne, mai 2001, page 199). Paul-André Comeau (voir la Revue Sainte-Anne, septembre 2001, page 343) me rassure sur mes talents de communicateur. La méthode pédagogique de Jocelyn Coulon m'impressionne… Pendant de longs mois, à travers les propos de mes professeurs, je me ressource.

Je passe d'un programme universitaire à l'autre à la recherche de ma voie. J'espère tant retrouver la passion d'antan et le calme dans mes angoisses. Je passe de l'enseignement des religions au journalisme, et de l'anglais langue seconde au certificat en français écrit.

De janvier 2002 à janvier 2003, tout en poursuivant mes cours, je reprends le chemin du marché du travail. J'obtiens des contrats au sein d'entreprises médiatiques et au département des communications de l'UQAM, afin d'aider Jocelyn Coulon au cours Informations internationales.

Je fais mon travail sans plaisir et sans intérêt. Au fil des mois, il devient évident pour moi que le journalisme n'est plus ma voie. Les expériences m'amènent vers un ailleurs que je saisis difficilement.

« C'est Jésus qui me poursuivait ! »
Un soir d'octobre 2002, alors que je marche dans les rues de Châteauguay où nous habitons, je me sens poursuivi par quelqu'un. Je marche plus vite. Je me sens vraiment épié. Je me retourne souvent. Pourtant, il n'y a personne derrière moi. Pendant soixante minutes, je marche vite, très vite, afin d'échapper à… Je ne sais pas trop qui.

Avant d'entrer à la maison, je m'assois sur un banc du parc de Cambray, face à notre édifice à logements. Le ciel est magnifique. Il est dégagé, sans nuage… On voit la lune luire à l'est.

Après quelques minutes, quelqu'un s'approche de moi. « Qui es-tu ? C'est toi mon ange ? » dis-je à haute voix. Je vois son sourire. Je le reconnais.

— Bonsoir Benoît ! Je peux m'asseoir avec toi ?

— Tiens ! Tiens ! Voilà le Monsieur Jésus qui se pointe ! Tu sais bien que tu peux t'asseoir ! Malheureusement, je n'ai pas grand-chose à te dire. Il y a tant de temps que tu te fais discret…

— Tu m'en veux ?

- Oui ! Tu ne peux pas savoir à quel point tu m'as manqué. Ce désert de ma vie aurait pu être évité si tu avais été là lorsque j'avais besoin de toi.

— Je te demande pardon. Papa et moi en avons longuement parlé. Nous avons difficilement convenu qu'il serait bénéfique pour toi que tu marches ton chemin sans nous, pour quelque temps. Nous t'avons laissé aux soins de ton ange gardien. Il avait la mission de te guider. Cependant, nous n'étions pas très loin. À plusieurs intersections de ta vie, j'étais caché et je t'observais.

— Et pourquoi es-tu ici aujourd'hui ?

— Notre silence a assez duré. Je suis venu à ta rencontre pour te demander de rentrer à la maison. Si tu acceptes, dans peu de temps, je te convierai à un grand banquet d'amour. Nous ferons une grande fête pour souligner ton retour. D'ici ce jour, je viendrai te rencontrer régulièrement afin que nos cœurs vibrent au même diapason. Myriam a bien hâte de te revoir. Chaque jour, elle me parle de toi. Est-ce que tu acceptes l'invitation ?

Je ne sais plus combien de temps a duré cette rencontre. Je suis rentré chez moi positivement ébranlé avec une certitude en moi : Jésus est vivant ! Je ne peux plus douter. Je l'ai vu. Il m'a parlé. Je lui ai touché.

Rencontre de l'abbé Éric
Quelques mois plus tôt, à cause de mon travail à la radio, j'ai rencontré un prêtre exceptionnel. Il s'agit de l'abbé Éric Nicolai (voir les éditions d'octobre et de novembre 2003 de la Revue Sainte Anne). Rapidement, nous sommes devenus des amis. Il a toujours respecté mon cheminement, malgré mes doutes et ma distance du christianisme.

D'une rencontre à l'autre, au restaurant autour d'une bonne bouffe ou au salon de la résidence pour étudiants Riverview ou chez moi ou dans son bureau, en plus d'échanger sur nos travaux et sur la vie, je lui partage mes doutes et il me parle de son grand amour pour Dieu, pour le Christ et pour l'Église. Il m'impressionne, surtout pour son don total et son choix radical pour le Christ à travers l'Opus Dei. Je cherche une note antiévangélique dans sa vie… Il n'y a rien. C'est un homme intègre.

Ses paroles ne contredisent pas ses actions du quotidien. La sainteté de ce prêtre de 39 ans est évidente. Si je repense aux paroles de Jean-Paul II, je ne me trompe pas : « La sainteté émerveille ! [...] Elle fait penser, convainc et, Dieu voulant, convertit. […] Quiconque rencontre Jésus ressent une manière particulière d'être heureux, une joie de vivre différente basée non pas sur l'avoir et l'apparaître, mais sur l'être. › (Audience du 1ᵉʳ février 2003)

En décembre 2002, je manifeste à l'abbé Éric mon appel intérieur. Il m'accompagne. Pendant plusieurs semaines, je rencontre Jésus dans la prière, le silence et la lecture spirituelle, particulièrement à travers le livre Amis de Dieu qui contient plusieurs homélies de saint Josémaria Escriva, un ouvrage que m'a donné le religieux lors d'un dîner et qui est longtemps resté dans l'indifférence sur ma table de travail. Dans ses écrits, le fondateur de l'Opus Dei lance de riches interpellations qui me préparent au grand banquet de l'amour, la fête du ciel.

Durant ces mois, je m'arrête souvent au Sanctuaire Kateri Tekakwitha, à Kanawake, pour m'entretenir avec Dieu et avec la bienheureuse Amérindienne. Son désir intense de vivre en présence de Dieu me touche. Je ne porte plus les doutes que je vivais le 25 juin 2001 (voir la Revue Sainte Anne, mars 2002, page 130). Ma prière est maintenant une certitude ! « Kateri, merci de veiller sur ma vie et ma famille ! »

Le 30 janvier 2003, l'abbé Éric me reçoit dans le silence de son bureau pour célébrer avec moi, à travers le sacrement du pardon, un grand moment de mon cheminement avec le ressuscité.

Cet après-midi, je choisis le Christ sans condition, malgré les difficultés intérieures qu'il me reste à surmonter. « L'amour de Dieu est jaloux ; il ne lui plaît pas que l'on vienne à son rendez-vous en posant des conditions : il attend avec impatience le moment où nous nous donnerons totalement, où nous ne garderons plus dans notre cœur de recoins obscurs, fermés à la joie et à l'allégresse de la grâce et des dons surnaturels. » (Saint Josémaria Escriva, Amis de Dieu, n. 28)

À chacun sa mission
En plus de découvrir la grandeur de la Trinité, je découvre une nouvelle mission pour ma vie. Ces semaines de janvier et février 2003 sont importantes.

Après avoir été un observateur de la société canadienne et de l'évolution de l'Église à travers ma carrière de journaliste et après avoir joué un rôle important dans la diffusion de la culture religieuse d'ici à cause de mon travail de directeur général d'un organisme de la région de Granby, une autre voie se dessine devant moi.

Suite à cette rencontre avec Jésus sur le banc du parc de Cambray et surtout suite à ce retour à ma foi baptismale à travers les sacrements du pardon et de l'eucharistie, tout s'éclaire en moi. Mes prochaines années se passeront dans le monde de la santé.

À la fin de janvier 2003, je m'inscris à une formation de préposé aux bénéficiaires et, du 10 au 14 février, je complète un stage en milieu de travail afin de peaufiner concrètement ce que j'ai théoriquement appris. Dès les premières minutes du cours, et encore plus lors du stage dans un centre d'accueil de l'arrondissement Saint-Lambert, à Longueuil, mon intuition se confirme.

Le stage d'intégration n'est même pas terminé que je suis convoqué à des entrevues. Quelques jours plus tard, je suis embauché dans un centre de la santé de la région de Montréal.

Dieu est bon !
Est-ce que je quitterai définitivement l'univers passionnant des communications, milieu professionnel qui m'a vu évoluer depuis 1987 ? Seul Dieu le sait ! Afin de réfléchir à la question, je suis présentement en année sabbatique. Je laisse mon ange gardien me guider.

Mon cheminement de foi se poursuit. Tout n'est pas accompli. Avec sa grâce, Dieu m'amène vers un bonheur sans faille. De jour en jour, je recherche sa présence, car je le désire comme il me désire. Auprès de lui, j'apprends comment devenir un artisan de la nouvelle civilisation de l'amour. Dieu est vivant ! Jésus est ressuscité ! J'en ai la certitude parce qu'il s'est révélé à moi. J'en ai la certitude, car la joie du banquet de l'amour s'est installée en moi.

Consultez le site Internet de Benoît Voyer :
www.benoitvoyer.com



(Revue Sainte Anne, avril 2004, pp. 153 et 164)


13 juin 2026

PSYCHOLOGIE : La relecture de vie

La relecture de vie

Par Benoit Voyer

13 juin 2026

Dans le domaine de la psychologie, particulièrement aux États-Unis, un sujet en développement est la relecture de vie [1]. Ce phénomène est très important chez les personnes confrontées à la mort afin de mieux trouver la paix intérieure.

La personne revoit les chapitres de son existence et les retouche, au besoin, à la lumière du recul des années. L’individu le fait verbalement ou mentalement pour faire un épilogue au grand livre de sa vie qu’il voit maintenant avec un portrait d’ensemble.

Le psychiatre américain Robert Butler, dans son livre « Aging and Mental Health », publié en 1963, parlait « d’un processus mental universel caractérisé par le retour progressif à la conscience d’expériences passées, particulièrement par la résurgence de conflits non résolus », lesquels pourront alors « être examinés et intégrés normalement ».

La vie est ainsi caractérisée, selon le psychanalyste allemand Erik Erikson, par différentes étapes à franchir. La dernière étape consiste, justement pour appuyer Butler, à prendre le pouls de sa vie afin de trouver la sérénité. Si l’étape est mal vécue, le sujet risque de décéder dans le désespoir, donc plus difficilement.

Dans bien des cas, la personne raconte sa vie à qui veut bien l’écouter. D’autres auront besoin d’accompagnement de la part de la famille, d’une infirmière ou d’un bénévole initié au processus de passage de vie à trépas et qui a des habilités à l’écoute active.

Il existe cinq types de relectures [2] : les relectures terminées et paisibles, les relectures en cours, les relectures défensives et les relectures pénibles.

Je reprends ici un extrait de l’article de Jean-Luc Hétu paru dans la revue Frontières à l'automne 1993.

« Les relectures terminées et paisibles : il s’agit en fait de récits de vie » plutôt que de relectures. Le sujet a déjà fait sa relecture et il n’éprouve plus le besoin de se situer par rapport à son passé. S’il en parle, c’est souvent en réponse à une invitation précise qui lui est faite. L’implication effective est faible, mais la personne est sereine et non pas sur la défensive. À l’écoute d’un tel récit, il n’y a pas tellement à intervenir.

Tout comme dans la catégorie précédente, dans les lectures de consolidation, le sujet n’a pas de prise de conscience à faire sur son passé. Il s’est déjà permis de revenir sur ses difficultés de parcours et il a assez bien réussi à les mettre en perspective. Mais, ici, il est impliqué affectivement. Il éprouve le besoin de revenir sur le chemin parcouru et il lui arrive souvent d’éprouver une satisfaction évidente à le faire.

À certains moments, il peut pleurer, se fâcher, éprouver des difficultés, etc. Mais, le climat d’ensemble est à la sérénité. Il y a consolidation des guérisons ou des réconciliations par rapport au passé, et par conséquent consolidation de l’estime de soi.

Au moment de la relecture en cours, le sujet vit un corps à corps avec son passé. Il s’est résolument engagé dans le ménage d’une maison dont certaines portes n’ont pas été ouvertes, ou dont certaines pièces accusent encore un désordre relatif. Comme les sujets de la catégorie précédente, il est susceptible de vivre des émotions diverses, mais il a plus de chances de se sentir surpris par ces émotions. Il pourra donc avoir besoin d’être aidé à les accueillir et à les identifier. De plus, étant donné que la partie n’est pas encore gagnée, le sujet pourra se montrer ambivalent quant à différentes dimensions de son vécu.

La catégorie des relectures défensives regroupe les relectures où le sujet accepte de parler de son passé, ou décide spontanément de le faire, mais où il se censure beaucoup en évitant les épisodes qui le menacent. Il pourra ainsi soit parler d’abondance, mais seulement des moments heureux de sa vie, soit se raconter sur un ton détaché, sans se permettre de manifester les sentiments reliés aux épisodes qu’il évoque. À la limite, si la censure est forte, il n’y a pas à proprement parler de relecture, le sujet n’étant pas vraiment en train de faire son bilan.

Il arrive souvent, cependant, que le sujet donne des indices plus ou moins clairs des épisodes qui font problème, comme s’il demandait de l’aide pour surmonter les résistances qui le paralysent. S’il n’a pas d’aide, le sujet demeurera dans l’ambivalence.

Enfin, contrairement à la relecture défensive, la relecture pénible évoque clairement des blessures profondes : le sujet qui la fait se retrouve alors plus près du pôle du désespoir que de celui de la sérénité. Il a souvent l’impression d’avoir raté sa vie et il trouve que le temps est trop court pour pouvoir s’en remettre ou se reprendre. Contrairement à celui de la relecture précédente aussi, le sujet de la relecture pénible se montre souvent dépressif, anxieux, amer ou révolté : il demeure alors difficile de prédire si l’espoir et la paix prévaudront finalement sur le désespoir et la peur. »

Quand quelqu’un fait une relecture de vie, il en profite généralement pour faire des aveux. C’est souvent le cas où se dévoilent des agressions sexuelles, des amours secrets, un inceste vécu dans sa jeunesse, etc. Ce n’est qu’après une véritable relecture de vie que le sujet se sent en paix avec lui-même.

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[1] Benoit Voyer, « La relecture de vie (1ʳᵉ partie) », Chronique Au-delà du visible, L’Hebdo Granbyen, 22 mars 1995, p. 8.
[2] Benoit Voyer, « La relecture de vie (2ᵉ partie) », Chronique Au-delà du visible, L’Hebdo Granbyen, 29 mars 1995, p. 8.

SAINTS ET SAINTES : Parole de la bienheureuse Catherine Longpré de Saint-Augustin


LE PRÉSENT DU PASSÉ : Benoît Voyer, journaliste (1)

Benoît Voyer, journaliste

Dieu est vivant ! Jésus est ressuscité ! (1)

« Dieu est un être de désir. Il m'implore de vivre avec lui une profonde intimité. Il veut être tout pour moi et que je sois tout pour lui. Tout ! Sans demi-mesure ! Sans infidélité… De jour en jour, il plonge ses yeux dans mes yeux, il met ses mains dans les miennes et me redit comme dans une passion amoureuse : « Je ne peux pas vivre sans ton regard posé sur moi. Sans moi, Dieu est. Grâce à moi, Dieu vit ! Sans lui, je suis. Grâce à lui, je vis. Il appelle chaque humain à la même proximité. »

Benoit Voyer

MONTRÉAL – Journaliste spécialisé dans les affaires culturelles et religieuses depuis 1987, Benoît Voyer, collaborateur à la Revue Sainte Anne depuis 1996, est un communicateur fort connu au sein de l'Église catholique francophone du Canada. Né le 22 novembre 1966 à Granby, cité du célèbre jardin zoologique, il a signé, depuis le début de sa carrière de journaliste, de nombreux articles dans les médias écrits, a animé plusieurs séries d'émissions à la radio et à la télévision, y a collaboré et a fondé un organisme culturel catholique. En février 2000, une crise de vie sévère l'amène à partir en exil, en plein désert urbain, afin de retrouver en lui des forces nouvelles pour vivre et des raisons de croire que Dieu est vivant et que Jésus est ressuscité. Dans cette série de deux articles, il raconte le Vendredi saint de son existence, ce temps de souffrances qui l'a conduit à un nouveau matin de Pâques pour sa vie, un temps de lumière et d'espérance.

***

En février 2000, j'organise, au nom de l'organisme culturel que j'ai fondé avec l'abbé Gérald Ouellette et pour lequel je suis directeur général, une grande fête artistique, afin de souligner, avec le milieu culturel de la région de Granby, le grand jubilé de l'an 2000. Pendant dix jours, l'église Notre-Dame est le théâtre d'une manifestation culturelle hors de l'ordinaire. Le programme de la décade comprend une exposition des magnifiques icônes byzantines de Rosette Mociornitza et des peintres de la région, des concours de peinture et de poésie, des concerts mettant en vedette le magnifique orgue Casavant du temple qui nous accueille et deux célébrations eucharistiques jubilaires, la première au cachet classique mettant en vedette Les Petits Chanteurs de Granby, sous la direction de la talentueuse Isabelle Petit, et une seconde, présidée par Mgr François Lapierre, au rythme gospel avec le chœur Cantamus, dirigé par Jean-Luc Hébert. Dans le décor de l'église Notre-Dame qui offre à l'œil des splendides vitraux et des fresques de Guido Ninchiri, le Michel-Ange québécois, nous sommes aux anges.

De jour en jour, les éloges fusent de partout dans la région. L'événement attire quelques milliers de visiteurs et déplace plusieurs journalistes et équipes de télévision.

Plus le succès du jubilé des artistes se confirme, plus ma santé physique et psychologique s'enlise dans une crise dont je ne soupçonne pas l'ampleur. Mon désir de travailler avec une très petite équipe de bénévoles, compte tenu de la grandeur de cette manifestation culturelle, m'emporte. Le poids est trop lourd pour un seul humain.

Descente aux enfers
Depuis plusieurs années, je néglige de soigner certaines problématiques en moi. Mon intériorité n'est pas en très bonne santé. Le diagnostic se résume à ces points : a) Mes formations journalistique et théologique m'ont conduit au relativisme ; b) Je n'ai pas encore vécu le départ tragique de mon ami, le journaliste Gaétan Girouard, qui s'est pendu dans sa résidence de la région de Québec ; c) Je souffre d'angoisses et de névroses, ce qui m'amène à vivre des relations amoureuses conflictuelles, à des moments de paralysies émotives et à des comportements compulsifs, notamment au travail ; d) J'éprouve des difficultés avec certains membres du conseil d'administration de l'organisme que je dirige.

Suite au jubilé des artistes, je prends quelques jours de repos, croyant qu'un peu de sommeil me remettrait sur pied Malheureusement, rien ne change. Au fil des jours, je commence ma relecture de vie. Le constat est lourd. En plus d'établir un diagnostic sur le mal intérieur que je porte en moi, j'en viens à la conclusion que toutes les valeurs humaines et religieuses que j'ai défendues depuis tant d'années ne trouvent plus de sens en moi… Pas plus que ma vie, d'ailleurs ! Au fond du précipice, je n'ose même pas prier, car pour moi, en ces semaines, je ne crois plus que Dieu est vivant et que le Christ est ressuscité. Je sombre dans l'athéisme.

De peine et de misère, je poursuis mon travail de direction et je demande la permission à ma conjointe de nous séparer, de quelques semaines à quelques mois, afin de me ressourcer. Elle accepte. Elle me laisse le logement pour quelques jours, mais en bout de piste, elle me dit être incapable de vivre indéfiniment dans l'attente. Elle demande le divorce. Notre mariage n'aura même pas duré deux ans.

Je décide de tout laisser derrière moi. L'abbé Gérald Ouellette m'offre l'hospitalité. C'est le début de ma réhabilitation.

Partir ou rester ?
Mourir ou vivre ?


En ces jours difficiles, je pense beaucoup à Gaétan Girouard, mon ami. Puisque j'habite non loin du cimetière où il repose, je vais le visiter régulièrement. J'en viens même à la conclusion qu'il a fait un bon choix en mettant fin à ses souffrances intérieures en se suicidant, pendu au bout d'une corde.

Durant cette nuit de la vie qui me semble interminable, je décide d'aller le rejoindre. Je fixe une date à l'agenda et je planifie mes derniers instants.

Ce jour-là, je me rends visiter Gaétan une dernière fois. Seul, assis derrière le volant de l'automobile que je conduis, je refais un dernier survol de ma courte existence et, surtout, je cherche en moi une seule raison de vivre, juste une… Apparaît en moi le visage de chacun de mes enfants, nés de ma première union matrimoniale. Sans tarder, une voix parle en moi : « Tes enfants ont besoin de toi. Ils seront blessés pour toujours par ton suicide, comme ceux de Gaétan. Ils souffriront jusqu'à leur mort de ton départ tragique. Au moment de l'épreuve, ils voudront, eux aussi, s'enlever la vie afin d'aller te rejoindre. Est-ce que c'est vraiment ce que tu veux ? » Je pleure à chaudes larmes. Je les aime et je ne veux pas leur infliger le même tourment que je porte. Je n'hésite point à mettre fin à mon funeste projet.

Durant ces semaines, je rencontre en interview l'animateur Gaston L'Heureux. Sans savoir ce que je porte en moi, il me confie avoir songé à s'enlever la vie et ajoute : « Tu sais, quand tu t'en vas en mer, il y a la tempête. Crac ! Ton mât est arraché. Tout à coup ! Hop ! C'est le calme… et puis tout continue comme si rien ne s'était passé. La sensation qui vient après l'épreuve ne s'explique pas… » Après 60 minutes d'interview et deux autres heures à bavarder pour le seul plaisir, il me donne le numéro de téléphone de sa résidence du Plateau-Mont-Royal et m'invite à téléphoner si le cafard me prend. Je n'ai jamais eu à le faire, mais son numéro a longtemps traîné dans mes poches. J'ai toujours apprécié son geste.

Chez les Juifs
Grâce à l'abbé Gérald, je rencontre la famille Cohen, des Juifs messianiques orthodoxes qui demeurent à Granby. Nous nous fréquentons quelques mois.

Un vendredi soir, on m'invite pour le repas du sabbat. « Ce sera pour nous une grande bénédiction de l'Éternel de te recevoir », me lance le barbu chef de famille qui porte avec fierté sa kippa.

Ce soir-là, à travers le rituel juif, je touche à la présence de Dieu. Il est vivant ! Il est bien ici autour de la table familiale. Je suis vraiment touché. Jusqu'à la fin de juillet 2000, je reviendrai régulièrement dans cette maison. J'y passerai même tout le mois de juillet.

Le contact avec ces gens me fait vivre une expérience hors de l'ordinaire. Elle me questionne. Ils me remettent en contact avec les textes de la Torah, les cinq premiers livres de la Bible.

Chez eux, j'apprends aussi quelques mots et quelques prières en hébreu, dont celle du rite du lavement des mains lors du repas du vendredi. « Bâroukh atâh Hachem, élohèinou mélekh haolâ, asher kidshânou bemitsvotâv vetsivânou al nétilas yadahim. Omen ! » « Béni. Tu es, Hachem, Roi de l'univers, qui nous as sanctifiés par tes commandements et nous as prescrit l'ablution des mains. »

La voix de l'ange
Durant ces mêmes semaines, une voix se fait entendre en moi. Elle me donne des conseils et m'indique des pistes pour sortir de ma crise de vie.

J'ose lui demander : « Qui es-tu ? » Elle me répond sans attendre : « Je suis l'ange qui veille sur toi. Dieu m'a demandé de t'accompagner. Tu te souviens, il y a quelques années, lorsque nous nous parlions ? » Je le reconnais. Pendant plusieurs mois, je m'interroge sur des questions précises. Il me répond, me guide et me rassure. Il m'enseigne. Il me dit ce que Dieu veut pour moi. Cependant, il ne cesse de me rappeler qu'il m'invite, mais que je demeure libre. Je tente de l'écouter le plus possible parce que je vois bien qu'il ne veut que mon bonheur.

Un soir, je comprends qu'il est mieux que je quitte mon patelin, afin de retrouver l'anonymat (car je suis assez connu à Granby), pour mieux retrouver mes forces vitales. Je décide de retourner suivre des cours. Je m'inscris au programme en enseignement à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Je suis accepté.

Le désir de Dieu
En méditant longuement le livre du Cantique des cantiques, texte lu d'un vendredi à l'autre chez mes amis juifs, j'ai une révélation : Dieu est un être de désir. Il m'implore de vivre avec lui une profonde intimité. Il veut être tout pour moi et que je sois tout pour lui. Tout ! Sans demi-mesure ! Sans infidélité… De jour en jour, il plonge ses yeux dans mes yeux, il met ses mains dans les miennes et me redit comme dans une passion amoureuse : « Je ne peux pas vivre sans ton regard posé sur moi. » Sans moi, Dieu est. Grâce à moi, Dieu vit ! Sans lui, je suis. Grâce à lui, je vis. Il appelle chaque humain à la même proximité.

« Sur une seule allusion à ton désir de m'attirer, nous nous sommes précipités avec une foi parfaite à ta suite dans le désert [ Éveille-toi, mon amour, ma belle, et va ! Car l'hiver de la servitude est passé, le déluge des souffrances est terminé et a disparu », est-il écrit dans la traduction juive sépharade du Cantique des cantiques.

À la fin août 2000, après un mois de vacances chez mes parents, je quitte la ville qui m'a vu naître pour m'établir à Montréal. Pour dix mois, je resterai chez les Trinitaires, à quelques pas de l'université.

(À suivre dans la prochaine édition)

Le site Internet de Benoît Voyer est : www.benoitvoyer.com



(Revue Sainte Anne, mars 2004, pp. 105 et 125)