RÉFLEXION SPIRITUELLE : Nous sommes et nous demeurons tous des « candidats à la foi »
Par Benoit Voyer
14 septembre 2026
Il y a de ces paroles fortes qui marquent notre existence. C’est ce qui est arrivé le 5 novembre 1987 lors des funérailles catholiques du premier ministre René Lévesque. Bien entendu, je n’étais pas au nombre des dignitaires réunis dans la basilique-cathédrale Notre-Dame, à Québec. Comme un grand nombre de Québécois et de Québécoises, j’ai vécu ce moment historique grâce à la télévision.
Dans son homélie, Mgr Jean-Marie Fortier expliquait que Dieu travaille en nous et que nous aimerions parfois tout comprendre, tout croire avec assurance, mais Jésus demande que nous accueillions d’abord son amour. Celui-ci finit par porter du fruit.
L’archevêque de Sherbrooke et président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec disait donc que croire en Jésus, ce n’est pas seulement adhérer à une vérité, mais c’est laisser la certitude d’être aimé par Dieu transformer doucement notre manière d’aimer les autres. La foi est moins une évidence soudaine qu’une semence qui grandit.
Jean-Marie Fortier disait : « Des hommes et des femmes viennent vers Jésus, partis des horizons les plus divers, rejoints dans les circonstances les plus variées. Ils arrivent dans des dispositions personnelles qui vont de la réticence explicite, de la simple curiosité jusqu'à la sympathie déclarée. Nicodème est le type du candidat à la foi. La rumeur est parvenue à ses oreilles d'un prophète qui va et vient sur les routes, parlant d'autorité et accomplissant des miracles. Il se présente « de nuit », soit par peur de se compromettre, soit par souci de se ménager un long entretien avec le Maître. […] Surgit, à la fin de l'entretien, la grande révélation : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » (Jn 3, 16-17) Il n'est pas sûr que Nicodème quitta le Christ totalement conquis. La Parole de Dieu est une semence dont la croissance est habituellement lente. » Mais cette rencontre avec Jésus marquera profondément la vie de Nicodème et, finalement, portera des fruits.
En terminant son commentaire sur l’évangile des obsèques de René Lévesque, un homme devenu un personnage mythique de l’histoire du Québec, Jean-Marie Fortier disait l’essentiel à comprendre : « Nous sommes et nous demeurons tous des « candidats à la foi », en ce sens que la foi en Dieu et en Jésus-Christ est toujours susceptible de s'enraciner plus avant dans notre être, de croître et, enfin, de produire des fruits plus abondants de justice et d'amour. Que les baptisés ne se targuent donc pas de leur baptême comme d'un privilège. Qu'ils le considèrent plutôt comme un appel au dépassement. »
MA FOI DU BON DIEU : Lectio divina
Vers 2h, ce matin, ma table de salon s'est transformée en table sainte où s'est ouverte ma Bible aux Actes des Apôtres où se raconte la conversion de Paul. Après avoir médité ce récit, j'ai lu un extrait du livre "Quand la Parole prend feu" de François Cassingena-Trévedy, moine de Ligugé : "C'est sur ce livre-là que tes yeux devraient se poser dès ton réveil, avant les vigiles; c'est encore le dernier livre sur lequel tu devrais t'endormir le soir."
PORTRAIT : Voici comment et pourquoi je suis devenu prêtre de l’Opus Dei
Par Benoit Voyer
14 septembre 2026
L’abbé Éric Nicolaï est un homme à l’intelligence au-dessus de la moyenne. Il possède une solide formation humaine, spirituelle et universitaire. En 1995, après avoir obtenu une maîtrise en histoire de l’art de l’Université Laval à Québec avec une thèse portant sur les portraits d’enfants au 19e siècle, il obtient un doctorat en théologie de l’Université pontificale de la Sainte-Croix, à Rome, avec une thèse ayant pour thème : « Les règles exégétiques de Hugues de Saint-Victor ». Ordonné prêtre le 15 septembre 1994 pour la Prélature de l’Opus Dei, il a toujours été habité par un feu dévorant d’amour pour son Jésus. Son parcours de vie est unique.
Nous nous sommes fréquentés quelques années. Nos chemins se sont séparés vers 2007. J’ai cherché à quelques occasions à le revoir, mais en vain. Mes lettres et messages n’ont jamais eu de suite. J’aurais aimé lui dire un simple et honnête « merci » pour ses bons conseils et son amitié. Bien que notre vision de la foi chrétienne n’était pas toujours au diapason, il a marqué ma vie.
En 2003, il m’a permis de partager son histoire aux lecteurs de la Revue Sainte-Anne [1].
***
BENOIT VOYER – Monsieur l’abbé, qu’est-ce qui vous a amené à devenir prêtre de l’Opus Dei?
ÉRIC NICOLAI – C’est une longue histoire. D’abord, j’étais protestant. Donc, avant d’adhérer à l’Opus Dei, j’ai dû demander à être reçu dans l’Église catholique.
B.V.- Alors, commençons par le début. Vous êtes originaire d’où?
É.N.- Je suis né à Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal. Mes parents, des immigrants allemands, voulaient que je fréquente une école catholique. Mais de religion protestante, il n’y avait pas de place pour moi. Elle acceptait d’abord les enfants catholiques et, après, s’il restait de la place, les protestants. Il n’y a jamais eu de place pour moi! J’ai donc étudié à l’école protestante du quartier où j’habitais, à Saint-Lambert. Jusqu’à l’âge de 17 ans, je n’ai pas pratiqué de religion, suivant ainsi les traces de mes parents.
B.V.- Qu’est-ce qui s’est passé dans votre vie à 17 ans?
É.N.- Je me posais des questions sur le sens de la vie. Il me semblait qu’il devait y en avoir un qui ne soit pas banal. De plus, je me suis rendu compte que je devais répondre à une interrogation fondamentale : « Est-ce que Dieu existe, oui ou non? » Ce n’était pas une simple question intellectuelle, car la réponse donnée à cette interrogation suppose toujours un engagement vital.
Au Cégep, je fréquentais un ami catholique. Nous nous connaissions depuis l’enfance. Mes autres amis étaient protestants, comme moi, mais j’étais non pratiquant. Les protestants étaient très enclins au prosélytisme. Ils m’encourageaient fortement à vivre plus intensément ma foi protestante et surtout à lire la Bible. Chaque fois que je m’exclamais : « Ah! Mon Dieu! Oh! My God », ils disaient : « Tu ne peux pas dire ça!| Tu ne peux pas dire ça! C’est un sacrilège! » (rires). Ils m’ont fait réaliser à quel point je disais souvent « Oh my God! », sans lui donner vraiment toute sa valeur. Leur attitude m’indisposait énormément.
Mon ami catholique, Dwight, était tout le contraire d’eux. S’il avait une difficulté, parce que j’étais son ami, je l’encourageais, je le soutenais. Je ressentais un devoir de l’aider. Par exemple, je l’accompagnais même à la messe, non pas parce que la messe comme telle m’intéressait, mais parce que je l’appréciais et qu’il était content de me voir l’accompagner. Nous parlions de toutes sortes de choses.
Un jour, en marchant vers l’église, il me dit : « Écoute, c’est le seul moment que j’ai pour réciter mon chapelet. Tu devrais m’aider! Sinon, je vais me distraire et je n’aurai pas le temps. » Je lui ai demandé : « Qu’est-ce que le chapelet? » C’est alors qu’il m’a appris la partie du chapelet que je devais dire « Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. » J’ai donc prié avec lui sans vraiment prier, simplement parce que je voulais lui être utile.
B.V.- Est-ce que Dwight était membre de l’Opus Dei?
É.N.- Non, mais il connaissait un prêtre de la Prélature. Il fréquentait le Centre Riverview, la maison pour les étudiants où je suis actuellement aumônier. Il s’y rendait occasionnellement pour sa formation spirituelle.
B.V.- D’où lui venait cette ferveur religieuse? C’est rare chez les jeunes!
É.N.- Dwight étant d’une grande sensibilité religieuse, l’Opus Dei l’aidait à mieux comprendre sa foi. Il me parlait de la foi comme on parlait de bien d’autres sujets. Il ne me donnait pas l’impression de vouloir me convaincre comme mes amis protestants. Parfois, je lui exposais mes arguments et on en discutait.
B.V.- Est-ce que vous avez gardé un lien avec Dwight?
É.N.- Nous nous rencontrons assez régulièrement. Après avoir fait des études dans une école culinaire, il est devenu cuisinier. Je continue de lui apporter mon soutien. Il habite Montréal.
B.V.- À quel moment avez-vous décidé de devenir catholique?
É.N.- Un jour, assis dans un autobus, je réfléchissais à mes conversations avec Dwight. Jésus-Christ, l’Évangile, l’histoire de l’Église… « Il serait tout à fait absurde que tout cela soit une pure invention humaine. Qui aurait la folie de dire : On va inventer un paquet d’histoires pour induire les gens dans l’erreur? » C’était clair pour moi que toute cette tradition devait reposer sur une vérité. Ce jour-là, j’ai décidé d’être catholique.
B.V.- Mais vous n’étiez pas baptisé…
É.N.- Mes parents protestants m’avaient fait baptiser dans leur communauté protestante lorsque j’étais enfant, mais je ne savais pas qu’il fallait être reçu dans l’Église, dans la grande Église, pour porter le nom de catholique.
B.V.- De quelle manière avez-vous appris cela?
É.N.- Au Cégep, entre jeunes, un jour que nous parlions de religion, chacun disait quelle était la sienne. « Je suis bouddhiste, moi », puis un autre, « moi, je suis protestant… ». « Et toi, Éric, qu’est-ce que tu es? » J’ai répondu « Je suis catholique! » Il y a eu un silence. Une fille m’a regardé et m’a dit : « Tu n’es pas catholique, toi! » J’ai rétorqué : « Oui, je suis catholique! Je crois tout ce que l’Église enseigne… » Elle ajouta : « Tu penses que tu es catholique… mais tu ne l’es pas! » Sa réponse m’a bouleversé parce que je pensais l’être.
J’ai mentionné à Dwight ce qui m’était arrivé. « Il faut que tu sois accueilli dans une communauté de foi », m’a-t-il répondu. Alors j’étais catholique dans mon cœur, mais baptisé protestant, je n’étais pas en plein communion avec l’Église catholique.
J’ai suivi alors quelques catéchèses initiatiques. Mgr Norbert Lacoste m’a bien expliqué les fondements de la foi catholique. Ensuite, le 14 mars 1982, j’ai fait une profession de foi durant une célébration eucharistique à la paroisse Saint-François-d ’Assise, à Saint-Lambert. J’avais 18 ans. Mes parents ont assisté à la cérémonie.
B.V.- Est-ce qu’ils étaient d’accord avec votre choix?
É.N.- Ils pensèrent surement que cela n’était qu’une étape de mon adolescence et que je m’en sortirais. (Il lance cette phrase sur le ton de la plaisanterie avant de poursuivre plus sérieusement) Toutefois, ils ne se sont pas opposés à mon choix parce qu’ils ont toujours eu un grand respect de la liberté.
B.V.- Pourquoi n’y a-t-il pas eu un nouveau baptême?
É.N.- Vous savez sans doute que l’Église catholique reconnaît la validité du baptême reçu dans certaines communautés protestantes et que l’on ne peut être baptisé deux fois. C’est la raison de ma profession de foi.
B.V.- Quand avez-vous fait votre initiation aux sacrements du pardon et de l’eucharistie?
É.N.- Quelques jours auparavant, Mgr Lacoste avait entendu ma première confession et, à l’occasion de ma profession de foi lors de la célébration eucharistique, j’ai pu faire ma première communion au « corps du Christ ». Cela a été un moment très émouvant pour moi. Dès ce jour, j’ai commencé à assister chaque jour à la messe. C’est ainsi que le Seigneur a pris peu à peu une grande place dans mon âme.
B.V.- Quelles sont les circonstances qui vous ont amené à connaître l’Opus Dei?
É.N.- C’est mon ami Dwight qui m’a fait connaître l’Opus Dei. Un jour, on s’est donné rendez-vous au métro Guy-Concordia, à Montréal. Sans me dire quoi que ce soit, il m’emmène à la résidence Riverview près de l’Université McGill pour me montrer à quel endroit habite son directeur spirituel.
J’entre. Il me présente. Je m’entretiens environ cinq minutes avec un prêtre qui habite l’endroit. « Comment vas-tu, Éric? Est-ce qu’il t’arrive de prier? » Nous bavardons.
L’homme au col romain doit mettre un terme à la conversation afin de descendre à la chapelle pour le salut au Saint-Sacrement. Je n’ai aucune idée de quoi il s’agit. Il m’invite. L’hostie est exposée dans un merveilleux ostensoir. Bien que je ne sache pas trop ce qui se passe, je suis très impressionné. Je savais que je pouvais communier au « corps du Christ », mais je ne savais pas que nous pouvions l’adorer. Ce fut le début d’un grand amour pour le Seigneur dans l’eucharistie.
B.V.- Vous avez commencé à fréquenter l’Opus Dei dès cette journée?
É.N.- Occasionnellement, j’y retournais pour la méditation du vendredi soir. Au mois d’août 1983, ma famille déménageait à Toronto parce que mon père y était muté par son employeur. J’ai donc cessé de fréquenter la résidence universitaire.
À mon départ, on m’a dit : « Tu pourrais appeler le centre de l’Opus Dei à Toronto… » J’ai répondu positivement à l’invitation, mais je ne pensais pas donner suite à cela.
Un mois plus tard, ne connaissant personne à Toronto, j’ai décidé de téléphoner pour bavarder un peu. Une voix répond : « Comment t’appelles-tu? » Je me présente. « Éric, comment ça va? Viens faire un tour! » L’homme au bout du fil est fort gentil. Nous nous donnons rendez-vous. C’est à ce moment que j’ai commencé à fréquenter régulièrement la maison de Toronto pour la méditation et pour la direction spirituelle avec le prêtre.
B.V.- Quelles sont les circonstances qui vous ont amené à adhérer officiellement à l’Opus Dei ?
É.N.- Après un certain temps, on m’en a fait la proposition. Un jour, j’ai parlé de l’idée du mariage avec un ami. Par la suite, j’en ai discuté avec mon accompagnateur spirituel. Le prêtre me lance : « Peut-être que dieu te demande PLUS que te marier ». Tout en soulignant que le mariage est un authentique chemin de sainteté, il me dit que l’Église a besoin aussi d’homme qui se consacrent au célibat. Aussitôt que le mot PLUS est tombé de sa bouche, je n’ai pu m’arrêter d’y penser.
B.V.- Pourquoi?
É.N.- Je prenais conscience que ce n’est pas juste moi qui planifie ma vie. Dieu est toujours là pour me demander quelque chose de PLUS. Ce PLUS était pour moi une invitation au célibat apostolique et la possibilité de travailler avec plusieurs personnes, surtout pour faire connaître l’enseignement du Christ et de l’Église. L’idée m’a fait un peu peur, mais, en même temps, elle m’attirait.
Dans une prière, j’ai dit au Seigneur : « Je veux bien te suivre, mais je ne peux pas abandonner ma passion pour la peinture et les arts. » J’ai finalement compris que Dieu ne voulait pas que j’abandonne cet univers et que je pouvais le suivre complètement à l’intérieur de cette profession.
B.V.- Est-ce que vous avez accepté sans trop y penser?
É.N.- C’était le temps de Noël. J’ai donc pris quelques semaines de vacances dans les Cantons-de-l ’Est, au chalet de mes parents. Pendant ces trois semaines, j’ai surtout essayé d’enlever cette idée de mon esprit, mais elle revenait toujours. Le 14 janvier 1984, j’ai écrit une lettre au prélat de l’Opus Dei pour lui signifier mon désir de devenir membre de la prélature à titre de laïc célibataire.
B.V.- À quel moment avez-vous reçu l’invitation à devenir prêtre?
É.N.- En devenant membre de l’Opus Dei, il n’était pas question pour moi de devenir prêtre. On m’a expliqué : « Tu es célibataire. Tu restes laïc. Tu pourrais aussi devenir prêtre si on te le demande, mais tu es libre de dire non. »
J’ai donc terminé une maîtrise à l’Université Laval en histoire de l’art et j’ai commencé à travailler à titre d’assistant à la recherche pour une exposition au Musée des beaux-arts de Montréal. L’histoire de l’art me passionnait. Le temps passait. Or, un jour, je suis invité à réfléchir sérieusement sur la possibilité d’aller étudier la théologie à Rome. Une fondation montréalaise, la Fondation pour la culture et l’éducation, qui finance les études de séminaristes qui fréquentent l’Université pontificale Sainte-Croix à Rome, m’offre une bourse.
L’idée était de me préparer à être encore PLUS au service de l’Opus Dei, d’approfondir son esprit et d’étudier afin d’être davantage disponible pour des tâches de formation. Ces études seraient pour moi un temps de réflexion sur la possibilité de devenir prêtre. J’ai accepté.
B.V.- Comment vos parents ont-ils réagi à votre projet d’aller étudier à Rome?
É.N.- Au début, ils ont été surpris parce qu’ils s’étaient toujours imaginé que j’allais un jour me marier. Finalement, voyant mon enthousiasme devant ce projet et que j’étais heureux à l’intérieur de l’Opus Dei, ils m’ont encouragé.
B.V.- Est-ce que vous avez travaillé durant ces années en Italie?
É.N.- J’ai travaillé occasionnellement au service de traduction au Vatican, étant donné ma connaissance des langues allemande, espagnole, italienne, française, anglaise et latine. Ce travail m’a permis de rencontrer le Saint-Père et de lui parler personnellement.
Au début de 1994, en plein milieu de ma thèse doctorale, après cinq ans d’études à Rome, on m’a demandé si j’acceptais d’être ordonné prêtre. J’ai accepté cet appel comme un PLUS pour servir Dieu à l’intérieur de l’Opus Dei. J’ai été ordonné le 15 septembre 1994 à la basilique Saint-Eugène, à Rome.
B.V.- Qu’est-ce qu’il y avait d’impressionnant ce jour-là?
É.N.- Nous étions 44 membres de l’Opus Dei à recevoir le sacrement de l’ordre en même temps et la basilique était pleine à craquer! Une trentaine de membres de ma famille qui habitent en Allemagne sont venus et d’autres sont venus du Canada. Tous étaient protestants. Ma mère et ma sœur ont pleuré. Après la célébration, mon père m’a dit être très fier de moi.
B.V.- Quand êtes-vous revenu au Canada et quel a été votre parcours depuis ce temps?
É.N.- Je suis revenu à Montréal à l’été 1995. J’ai travaillé à Toronto comme aumônier d’une résidence de l’Opus Dei. J’ai eu aussi l’occasion d’enseigner dans une école secondaire privée. Depuis quelques années, je suis aumônier du centre universitaire Riverview, situé tout près des universités McGill et Concordia, sur l’avenue du Musée, à Montréal.
En plus de m’occuper du bureau d’information de l’Opus Dei au Canada, j’anime des retraites spirituelles et des ateliers d’études dans des centres de formation confiés à l’Opus Dei.
B.V.- Pourquoi avez-vous choisi de devenir prêtre de l’Opus Dei?
É.N.- Comme saint Josémaria Escriva, je veux devenir un saint en sachant que je serai« un pécheur jusqu’à la fin de mes jours. N’allez pas penser que le saint est une personne parfaite et sans défaut. Mais le saint est celui qui, s’il lui arrive de trébucher, se relève aussitôt, en toute humilité, pour continuer sa route au service des autres. Je veux répondre à cet appel personnel que Dieu m’a fait et je désire être son instrument pour amener les âmes au Christ.
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[1] Article publié en deux parties dans les éditions d’octobre et novembre 2003 de la Revue Sainte-Anne et publié à nouveau dans le livre Les Témoins de l’essentiel, Éditions logiques, 2005.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : « Celle qui a vécu sa vie »
Les 9, 10 et 11 juin prochains, à la salle du Gésù, les Pères Trinitaires présenteront « Celle qui a vécu sa vie », un spectacle en hommage aux mères chrétiennes. Cette pièce, interprétée par un groupe d'artistes des Ateliers des Compagnons, a pour but d'éblouir les yeux de l'âme par le prodige de la grâce opéré dans le cœur d'une humble mère de famille, à cause de sa fidélité à ses devoirs d'épouse et de maman. Son Excellence Mgr Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, présidera la soirée du 9 juin, jour anniversaire de la mort de la « sainte Taigi ».
« Celle qui a vécu sa vie », c'est l'histoire de la bienheureuse Anna-Maria Taigi. Née à Sienne (Italie), le 29 mai 1769, d'une famille aisée, elle a dû émigrer à Rome par suite d'un revers de fortune. Malgré sa piété, elle se laissa aller un moment aux mondanités après son mariage à Domenico Taigi en 1790. Mais bientôt Anna-Marie immola tout à Dieu, vécut une vie profondément mortifiée et mourut le 9 juin 1837, après avoir pratiqué toutes les vertus chrétiennes.
(Le Devoir, 31 mai 1952, p. 6)
NOTE : Il s’agit d’une pièce de Jean-Paul Regimbal
SANTÉ MENTALE : La souffrance silencieuse des hommes
Par Benoit Voyer
13 septembre 2026
Les hommes aussi peuvent souffrir de dépression, mais leur détresse est souvent moins visible que celle des femmes. La dépression masculine est généralement plus « masquée » : afin d’éviter d’exprimer leurs émotions, bien des hommes s’isolent, se retirent ou manifestent leur mal-être par des comportements difficiles à comprendre.
Dans un entretien publié en mars 2026 dans le quotidien Libération, le psychanalyste Kevin Hiridjee disait que « les hommes dépressifs ne pleurent pas, ils s’effacent de plus en plus ». Selon lui, une partie du problème vient encore de l’image traditionnelle de la masculinité, où la fragilité émotionnelle est parfois perçue comme une faiblesse. Pour prévenir cette souffrance, le spécialiste estime nécessaire d’offrir aux garçons et aux jeunes hommes des modèles masculins capables d’assumer à la fois la force et la vulnérabilité.
RÉFLEXION SPIRITUELLE : 70 fois 7 fois
Par Benoit Voyer
13 septembre 2026
La logique de Jésus m’étonne toujours. Il va toujours à contre-courant de la pensée ambiante. « Pas question pour lui de faire comme on a toujours fait. C’est avant tout le cœur qui compte »[1].
J’en parle souvent. En soi, il y a des blessures qui ne guérissent pas vraiment.[2] Elles laissent toujours des traces en soi. Lorsque la douleur de la blessure revient en moi – et parfois me fait pleurer –, je m’abandonne entre les mains de Dieu. Avec mes pauvres mots, je lui dis : « Aide-moi donc à pardonner et à aimer parce que je n’y arriverai jamais tout seul. » Et je sens peu à peu mon fardeau redevenir plus léger.
Il m’a fallu du temps pour apprendre à pardonner, mais, comme l’écrivait Jean Montbourquette dans son petit traité sur le pardon, pardonner ne veut pas nécessairement dire oublier. Ainsi donc, je dois recommencer à pardonner, à chaque fois que la douleur revient.
Le pardon
Dans le Coran, il est écrit : « Ceux qui, parmi vous, jouissent de sa faveur et de l’aisance ne négligeront pas de donner à leurs proches, aux pauvres et à ceux qui émigrent dans le chemin de Dieu. Ils oublieront et ils pardonneront. N’aimez-vous pas que Dieu vous pardonne ? — Dieu est celui qui pardonne, il est miséricordieux »[3]
Le Coran dit donc : si l’on souhaite recevoir le pardon de Dieu, on est appelé à pardonner aux autres.
Ces paroles se rapprochent de celles de Jésus, mais ce dernier pousse plus loin les exigences du pardon : « Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? Jésus lui répondit : Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois » (extrait de Mt 18, 21-35).
Pour Jésus, le pardon ne se comptabilise pas, parce que c’est un acte d’amour. Assurément un des plus grands.
Je me souviens d’une conférence du père Jean-Paul Regimbal, à laquelle j’ai assistée. J’avais 15 ans. C’était le 8 juin 1981, à Granby [4]. Il disait : « C'est l'amour qui rend possible la communauté. C'est l'amour qui rend possible la réconciliation. C'est l'amour qui rend possible le pardon. Nous sommes donc faits pour vivre d'Agape d'une façon communautaire. Donc, nous avons reçu en même temps que la puissance de devenir enfants de Dieu, nous avons reçu la puissance de pouvoir aimer, comprendre, pardonner et réconcilier. Que nul ne dise "Moi, je ne peux pas pardonner, ce n'est pas dans mon tempérament, ce n'est pas dans mon caractère. C'est ben d'valeur, moi je ne pardonne pas ! Chu pas fait d'même. Pas vrai ! »
Puis, il ajoutait : « Vous avez la capacité d'accueillir l'autre même dans ses bêtises et ses erreurs, car vous êtes issus de ce Dieu de miséricorde qui nous a aimés tels que nous sommes, tous pécheurs que nous étions, avant que nous ne soyons sauvés. Nous avons reçu de Dieu des entrailles de miséricorde parce que nous avons reçu de Dieu et la foi et l'espérance et l'amour et que nous avons reçu de Dieu les vertus de justice, de force, de tempérance et de piété. Nous les avons reçues de Dieu au baptême. Mais qu'avons-nous fait de ces magnifiques cadeaux ? […] »
Ainsi, il m’est demandé de ne pas garder rancœur. Et lorsque cela est possible, aller à la rencontre de celui ou celle qui m’a blessé peut être déjà un geste de réconciliation. Il n’est même pas besoin de lui dire « je te pardonne ». Juste le fait d’aller à sa rencontre parlera davantage que bien des mots inutiles. Il y a des silences qui parlent fort…
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[1] Benoit Voyer. « C’est le cœur qui compte », Benoit Voyer en liberté, 27 avril 2026. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/02/vision-catholique-cest-le-coeur-qui.html
[2] Cf. Benoit Voyer. « Quand ça fait mal… », Benoit Voyer en liberté, 15 juillet 2026. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/07/reflexion-spirituelle-quand-ca-fait-mal.html
[3] Denise Masson, trad. Le Coran, sourate 24, v. 22. https://coran12-21.org/fr/sourates/s24
[4] Jean-Paul Regimbal. Conférence donnée le 8 juin 1981 à la maison des Trinitaires, à Granby, à l’occasion de la retraite de la fête de la Trinité. Librairie Pneumathèque no 6057. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/03/baptise-en-jesus.html
MA FOI DU BON DIEU : Messe à l'église catholique de Saint-Esprit
LAICITÉ : La sécularisation de la société québécoise
Par Benoit Voyer
13 septembre 2026
Il y a quelques années, au Québec, les valeurs religieuses ont été reléguées à la vie privée. Notre société s’est sécularisée. Cette sécularisation a eu ses bons côtés, mais elle a ses limites. Pourquoi ? Parce qu’au bout de la laïcisation, il n’y a rien qu’une impasse.
Dans les sociétés sécularisées, les chercheurs de sens tentent de trouver une instance capable de rappeler leurs devoirs et de porter un discernement éthique fondé sur la transcendance. Cette mission est celle des institutions religieuses.
Si le Québec n’est plus depuis longtemps la locomotive de la foi chrétienne, ses braises continuent de rougeoyer.
C’est pour cette raison que le regretté pape Benoît XVI, lors d’une rencontre pour les jeunes, a invité les chrétiens à redoubler d’efforts pour tenter de retrouver des raisons de croire et d’espérer, pour sortir de la torpeur spirituelle, pour retrouver la mémoire chrétienne.[1] Plus que jamais, on a besoin de retrouver nos racines chrétiennes. C’est un peu ce que je tente sporadiquement de faire à travers ce que j’écris sur mon blogue.
Se rappeler nos racines, c'est se souvenir que « l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles. Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son amour »[2], « non pas parce qu’ils sont exemptés d’épreuves, mais parce qu’ils savent qu’ils ne seront jamais seuls pour les affronter »[3]. Pour les chercheurs de sens, cette idée est réconfortante.
Comme je l’ai déjà écrit, « il doit effectivement y avoir une séparation entre l'État et la religion, mais la sécularisation ne doit en aucun cas empêcher la religion de jouer un rôle dans l'organisation de la société civile. Empêcher le religieux de prendre part à la vie de la société civile serait de faire de la laïcité un nouveau fondamentalisme encore plus contraignant que le fondamentalisme religieux. »[4]
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[1] Cf. Henri Tincq. « L’appel de Prague de Benoît XVI », Slate, 28 septembre 2009. https://www.slate.fr/story/10911/lappel-de-prague-de-benoit-xvi
[2] Rm 8, 26-30.
[3] Prions en Église, octobre 2025, p. 160.
[4] Cf. Pierre-Paul Gagné. La Presse, 7 octobre 2007, p. A15.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Pièce religieuse, les 9, 10, 11 juin, au Gésù
Les 9, 10 et 11 juin prochains, à la salle du Gésù, les Pères Trinitaires présenteront un spectacle religieux en hommage aux mères chrétiennes. Cette pièce, interprétée par un groupe d'artistes des "Compagnons", a pour but d'éblouir les yeux de l'âme par le prodige de la grâce opéré dans le cœur d'une humble mère de famille, à cause de sa fidélité à ses devoirs d'épouse et de maman. S. Exc. Mgr Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, présidera la soirée du 9 juin, jour anniversaire de la mort de la "sainte Taigi".
"Celle qui a vécu sa vie" est l'histoire de la bienheureuse Anna-Maria Taigi. Née à Sienne (Italie), le 29 mai 1769, d'une famille aisée, elle a dû émigrer à Rome par suite d'un revers de fortune. Malgré sa piété, elle se laissa aller un moment aux mondanités après son mariage à Domenico Taigi en 1790. Mais bientôt Anne-Marie immola tout à Dieu, vécut une vie profondément mortifiée et mourut le 9 juin 1837, après avoir pratiqué toutes les vertus chrétiennes. Ayant été mère de famille, elle est à juste titre leur patronne.
(La Presse, 31 mai 1952, p. 38)
NOTE: Il s'agit d'une pièce de Jean-Paul Regimbal
NOTE: Il s'agit d'une pièce de Jean-Paul Regimbal
NEUROSCIENCES : Une banque de cerveaux à Montréal
Par Benoit Voyer
12 septembre 2026
À Montréal, une ressource scientifique contribue depuis plusieurs décennies à faire progresser la compréhension des maladies du cerveau. Installée à l’Institut Douglas, la Banque de cerveaux Douglas conserve près de 3 800 cerveaux provenant de donneurs québécois, ce qui en fait la plus importante et la plus ancienne banque de ce type au Canada.
Chaque semaine, deux ou trois nouveaux cerveaux y sont acheminés après le décès de personnes ayant accepté d’en faire don à la science. Ces échantillons permettent aux chercheurs d’étudier de nombreuses maladies neurologiques et psychiatriques, notamment les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, la dépression, la schizophrénie et le trouble bipolaire, ainsi que les mécanismes associés au suicide.
Selon le neurobiologiste Naguib Mechawar, directeur de la Banque et chercheur à l’Université McGill, interviewé par le journaliste Mathieu Gervais-Sauvé du Journal de Montréal pour un article publié 16 juin 2026 [1], ces travaux visent à mieux comprendre les modifications biologiques du cerveau afin d’améliorer les traitements. Des recherches ont notamment montré que des expériences traumatisantes vécues durant l’enfance peuvent laisser des traces durables dans le cerveau. D’autres travaux permettent de mieux distinguer les mécanismes des troubles psychiatriques de ceux des maladies neurodégénératives, où la mort ou l’inactivation des cellules nerveuses rend les traitements particulièrement difficiles.
La recherche porte également sur l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC), associée aux traumatismes crâniens répétés et qui ne peut être confirmée avec certitude qu’après le décès. Cette maladie est surtout documentée chez les anciens joueurs de football américain, mais d’autres sports comportant des impacts répétés à la tête pourraient également présenter des risques.
Fondée en 1980, la Banque de cerveaux Douglas collabore aujourd’hui avec des chercheurs d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie. Plus d’un millier d’échantillons accompagnés de données cliniques sont distribués chaque année, faisant de cette infrastructure montréalaise un acteur important de la recherche internationale sur les maladies du cerveau.
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[1] Mathieu Gervais-Sauvé. « 3800 cerveaux conservés dans un labo montréalais unique au pays », Journal de Montréal, 16 juin 2026, p. 31. https://www.journaldemontreal.com/2026/06/16/3800-cerveaux-conserves-dans-une-banque-a-montreal
[1] Mathieu Gervais-Sauvé. « 3800 cerveaux conservés dans un labo montréalais unique au pays », Journal de Montréal, 16 juin 2026, p. 31. https://www.journaldemontreal.com/2026/06/16/3800-cerveaux-conserves-dans-une-banque-a-montreal
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Les fruits féconds de l’arbre
Par Benoit Voyer
12 septembre 2026
Chacun de nous est appelé à devenir un bon arbre qui porte des fruits féconds. Comme le disait Jésus : « Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri » et « chaque arbre […] se reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces. » Ainsi, « l’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » (Lc 6, 43-45).
Ces paroles sont particulièrement intéressantes.
On affirme que la foi et l’authenticité de la vie chrétienne ne se mesurent pas d’abord aux manifestations extraordinaires, aux paroles ou à l’image religieuse qu’une personne donne d’elle-même. Elle se reconnaît aux fruits d’amour qu’elle produit.
Puis, Jésus déplace le regard vers l’intérieur. Le fruit révèle l’arbre. La parole révèle quelque chose du cœur.
Enfin, entendre l’appel de Jésus ne suffit pas ; il faut mettre en pratique ce qu’il dit. C’est un peu pour cela que Jésus s’insurge : « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur ! Seigneur ! » et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Lc 6, 46).
Ici, c’est Jésus qui prie la personne humaine de se mettre en action. Comme l’écrivait Jean Ravary [1] : « Il faut […] prendre le risque de la foi. À force d’être prudent, on en vient parfois à éteindre l’Esprit. »
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[1] Jean Ravary. J’ose le dire, Les Éditions populaires du Québec, 1988.
[1] Jean Ravary. J’ose le dire, Les Éditions populaires du Québec, 1988.
JEAN-PAUL REGIMBAL : En prison
Par Benoit Voyer
12 septembre 2026
Ses études en criminologie terminées, le père Jean-Paul Regimbal devient aumônier à la prison pour hommes de Montréal (Bordeaux) [1] et à Mont Saint-Antoine auprès des jeunes [2]. D’ailleurs, son mémoire de maîtrise, publié en 1964, porte le titre : « Programme de la délinquance juvénile ».
Dans ces centres, il renouvelle la pastorale et organise des cours spécialisés pour le service des prisonniers et des jeunes délinquants.
Jean-Paul est aussi aumônier des prisons du Canada. Il se fait l’ardent défenseur de la suppression de la peine de mort. Son influence est grande dans le milieu carcéral.
Il ne chôme pas.
Pour donner plus de poids à sa pastorale, il fait appel à la psychologie, à la psychiatrie et à la sociologie. Plus le temps passe, moins la Parole de Dieu prend de l’importance dans son travail.
En 1981, il racontera : « Le corps est profondément secoué dans son évolution et son équilibre chaque fois qu’une passion vient perturber le métabolisme de son organisme. À titre d’exemple, il m’est arrivé comme criminologue de procéder à des autopsies. J’ai vu des cœurs, qui étaient noirs comme le charbon. Ces pauvres gens avaient tellement vécu dans la haine qu’au moment de respirer, ils ne parvenaient pas à se libérer du gaz carbonique. Ou encore, j'ai vu des personnes qui avaient la rate et la vésicule dures comme de la pierre. La haine et la colère peuvent tuer un homme! »[3]
En 1969, il dressera un bilan sombre de ses années de travail en milieu carcéral : « 10 ans de travail dans les prisons du Québec m’avaient fait voir la puissance de Dieu dans les cœurs et l’impuissance de mon ministère sacerdotal. Je travaillais dur et, pourtant, je trouvais que les conversions ne correspondaient pas aux efforts multiples que je déployais pour rejoindre cette population carcérale »[4].
En plus de l’asthme qui ne le lâche pas, il est visiblement dans une crise de vie. À 38 ans, il est psychologiquement dans un processus de remise en question avant d’amorcer la quarantaine. Quand on a la foi, on appelle cela un désert spirituel. On peut voir ici un rapprochement spirituel et symbolique entre la crise, la croix et la croissance.
De quoi seront faites ses prochaines années ? Le sait-il lui-même ?
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[1] Cf. Armand Gagné. « Il était une foi », p. 137 (SHHY P049).
[2] Cf. Armand Gagné. « Il était une foi », p. 137 (SHHY P049).
[3] Jean-Paul Regimbal. La Révolution de l’amour, Éditions internationales Alain Stanké Ltée, 1981, pp. 17 à 49. Livre conservé à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, à Granby (P049) et chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 248.83 R335R 1981)
[4] Propos tiré d’une conférence donnée en 1980 à des gens d’affaires réunis à Montréal a l’occasion d’un souper du regroupement ACTE. Cf. Benoit Voyer. « Le Renouveau charismatique... 25 ans déjà ! », Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, pp. 20 et 21.
[1] Cf. Armand Gagné. « Il était une foi », p. 137 (SHHY P049).
[2] Cf. Armand Gagné. « Il était une foi », p. 137 (SHHY P049).
[3] Jean-Paul Regimbal. La Révolution de l’amour, Éditions internationales Alain Stanké Ltée, 1981, pp. 17 à 49. Livre conservé à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, à Granby (P049) et chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 248.83 R335R 1981)
[4] Propos tiré d’une conférence donnée en 1980 à des gens d’affaires réunis à Montréal a l’occasion d’un souper du regroupement ACTE. Cf. Benoit Voyer. « Le Renouveau charismatique... 25 ans déjà ! », Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, pp. 20 et 21.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Enfant, Jean-Paul Régimbal jouait à dire la messe le samedi
Par Daniel Paquette
GRANBY — Un enfant frêle mais fonceur, un génie musical et un missionnaire dans l'âme, le jeune Jean-Paul Régimbal n'est pas si différent du père trinitaire qu'il deviendra vers sa dix-septième année, témoignent ses frères Raymond et Louis-Joseph ainsi que sa sœur Jacqueline.
« D'aussi loin que je me souvienne, Jean-Paul jouait à dire la messe tous les matins pendant les vacances d'été », raconte Louis-Joseph, le cadet de la famille. Jacqueline, sa première servante de messe et cadette de deux ans, ajoute qu'enfant, il revêtait ses aubes et consacrait « la piquette du père ».
Pianiste de talent, il adorait également chanter. À dix ans, il compose sa première pièce musicale et, à douze ans, sa première messe à quatre voix, qu'il enregistre sur disque pour sa mère grâce à la participation du poste de radio de North Bay où il habite.
« Jean-Paul n'était pas un sportif à cause de son asthme. Il occupait son temps à d'autres activités », explique Raymond. Les deux enfants partent avec les Chanteurs Céciliens en tournée dans le nord-ouest de l'Ontario.
Les samedis après-midi, à son initiative, Jean-Paul entraîne son frère et l'amène visiter les personnes âgées du centre d'accueil situé près de la maison paternelle. « Pour moi, c'était un sacrifice, mais lui s'en faisait une joie », commente ce plus-que-frère, son ami.
Cette vocation d'entraide, de missionnariat, il la découvre vraiment vers l'âge de douze ans alors qu'il visite la prison de Cochrane. « Un prisonnier lui a demandé d'aller lui chercher un journal. Il a été vraiment impressionné de voir qu'il pouvait aider des gens à ce point. Il en a parlé longtemps, disant qu'il voulait œuvrer auprès des prisonniers », poursuit Raymond.
S'il aimait les « bonnes farces » et les jeux de mots, il adorait citer la Bible autour de la table. « Excédé par cette manie, un de mes frères lui demande : "Que feras-tu si je te frappe une joue?", raconte Raymond, fouillant dans ses souvenirs. Et mon Jean-Paul de répondre qu'il tendra l'autre joue. Alors mon frère l'a tapé et Jean-Paul lui a tendu l'autre joue, que mon frère a claquée sans hésitation. D'un bond, Jean-Paul lui a foutu son poing sur la mâchoire... »
Le jeune Jean-Paul entre au collège du Sacré-Cœur de Sudbury où son frère aîné, Albert, est déjà reçu chez les Jésuites. Fonceur et agissant toujours par conviction, il touche l'orgue et s'implique dans les diverses activités étudiantes.
Un jour, sa mère, veuve depuis quelques années, parcourt les 80 milles de North Bay à Sudbury pour visiter ses fils. Mais ce n'était pas jour de visite et madame Régimbal dut retourner bredouille, laissant un message et un paquet pour les fistons. « Il n'avait pas froid aux yeux. En apprenant que les pères avaient empêché maman de nous voir, Jean-Paul, fâché, a investi le bureau du directeur pour s'insurger contre de telles pratiques, signifiant qu'il n'est pas charitable d'avoir si peu de considérations pour les parents », se souvient Raymond, les yeux légèrement voilés.
À 17 ans, il choisit définitivement de vêtir l'aube et opte pour les Pères trinitaires, malgré l'insistance des Jésuites pour le garder.
Plus tard, lorsqu'il initie le Renouveau charismatique, l'unité familiale est troublée, tous les membres n'étant pas d'accord avec la vision du père Jean-Paul.
Toutefois, frères et sœurs s'entendent pour louer son engagement total dans la foi, ses relations humaines et sa mission.
« Il a touché bien des cœurs; on sent les flammes qu'il a allumées », conclut Louis-Joseph.
(La Voix de l'Est, 13 septembre 1988, p. 3)
SANTÉ : En France, on songe sérieusement à une vaccination obligatoire contre la grippe pour les soignants
Par Benoit Voyer
11 septembre 2026
En France, les autorités envisagent de rendre obligatoire la vaccination annuelle contre la grippe pour les professionnels de la santé. Une telle obligation pourrait-elle éventuellement être proposée au Québec ? La mesure risquerait certainement de soulever un tollé chez ceux qui revendiquent à tout prix le libre choix en matière de vaccination.
Dans un avis publié le 20 juillet, la Haute Autorité de santé recommande d’ajouter la grippe à la liste des maladies contre lesquelles les soignants doivent obligatoirement être vaccinés, comme la diphtérie, la poliomyélite et l’hépatite B. Le gouvernement français a annoncé qu’il étudierait les conditions d’application de cette recommandation. L’obligation viserait l’ensemble des professionnels de la santé travaillant dans les établissements ou en cabinet, les étudiants des filières médicales et paramédicales ainsi que les employés des établissements médico-sociaux en contact avec des personnes âgées.
Dans un article paru dans La Croix le 22 juillet, Esther Serrejordia explique que cette proposition repose notamment sur la faible couverture vaccinale du personnel soignant. Selon la Haute Autorité de santé, seulement 20 % des professionnels travaillant dans les hôpitaux et les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes sont vaccinés contre la grippe. Or, la maladie aurait causé 12 700 décès en France durant la saison 2025-2026, contre 17 900 l’hiver précédent. Neuf victimes sur dix étaient âgées de 65 ans ou plus. Les épidémies de grippe représenteraient par ailleurs un coût annuel de 1 à 2 milliards d’euros et contribueraient à mettre le réseau de la santé sous pression.
En 2023, la Haute Autorité de santé avait pourtant recommandé le maintien du libre choix, en raison de l’efficacité variable du vaccin, généralement estimée entre 40 et 75 %, et du manque de données sur la transmission du virus dans les établissements de soins. De nouvelles études suggèrent toutefois que le risque de transmission y serait plus élevé que dans la population générale et que la vaccination du personnel pourrait réduire le risque que les patients contractent la grippe au contact d’un soignant.
RÉFLEXION SPIRITUELLE : L’humilité du guide chrétien
Par Benoit Voyer
11 septembre 2026
Le véritable guide chrétien demeure lui-même disciple. Il est humble. Il ne conduit pas les autres vers lui, mais vers le Christ.
N’est-ce pas un peu ce que Jésus disait ? Dans son évangile, Luc écrit : « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ? Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître » (extrait de Lc 6, 39-42). Luc transforme le propos en question pour interpeller son lecteur. C’est très habile. Ces paroles de Jésus se retrouvent également chez Matthieu, un autre évangile canonique.
Si on ose sortir de sa zone de confort, on trouve également dans l’évangile de Thomas, une sorte de recueil de paroles attribuées à Jésus : « Tu vois la paille qui est dans l'œil de ton frère, mais la poutre qui est dans ton œil, tu ne la vois pas… » (logion 34).
Aujourd’hui, nous sommes invités à regarder quelle sorte de guide nous sommes pour les autres.
JEAN-PAUL REGIMBAL : Se donner sans demi-mesure
Par Benoit Voyer
11 septembre 2026
Jean-Paul Regimbal est un homme énergique. C’est un être entier. Chez lui, il n’y a pas de demi-mesure. Dans tout ce qu’il fait, il se donne corps et âme.[1]
En 1962, tout en poursuivant ses études universitaires à la maîtrise, il commence à s’impliquer dans le milieu carcéral.
En 1963, il est un des conférenciers du Centre catholique de l’Université d’Ottawa qui offre aux communautés religieuses un service de bandes magnétiques sur lesquelles sont enregistrées des conférences pour retraites, récollections ou causeries hebdomadaires, selon le cas. Ce service sert à suppléer à la difficulté de trouver des prêtres aumôniers et conférenciers. La série du Trinitaire porte sur le « mystère de la Trinité » sous le thème « Vers le Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit », série qu’il a commencé à développer dans les pages de Trinitas.
En juillet, il prend quelques jours de vacances aux États-Unis. Mais avec Jean-Paul, ces périodes de repos ne veulent pas dire ne rien faire. Au contraire, c’est l’occasion de faire autre chose.
Le « sept du sept », des chiffres chargés de symbolisme parce qu’il évoque la perfection, il rencontre le père Dismas Clark, un jésuite qui a fondé et dirige les maisons d’accueil « Dismas House » pour les ex-détenus. Dans la revue Trinité et Vie, nouveau nom de Trinitas, il y fera un compte rendu [2].
« C’était le 7 juillet 1963, à St. Louis, Missouri. Je revenais d’un voyage à la prison-modèle de Marion, Illinois, en compagnie de R.P. Yves, aumônier à la prison des femmes, rue Fullum à Montréal. Le P. Clark nous avait fixé un rendez-vous à 8 :30 p.m. et nous reçut tous deux avec un fraternel intérêt.
Il semblait épuisé et la mort se lisait déjà sur son visage. Sa parole hésitante, son geste lent, son attitude prostrée, nous déçurent beaucoup au premier abord. Mais en moins de cinq minutes, il avait réussi à dissiper ce nuage de déception par la clarté de sa pensée, la noblesse de son idéal et le mordant de son expérience.
Je ne crains pas de le dire, le père Clark est un révolté! Mais sa révolte est féconde. Ce n’est pas une révolte anti-sociale, ou anti-chrétienne. C’est une révolte anti-façade, anti-conformiste. C’est une révolte d’ « engagé », qui ne peut supporter le masque du pharisaïsme des « faux-chrétiens ». C’est une révolte évangélique contre le sort fait aux humains par d’autres humains qui se disent « chrétiens ».
Pour donner une idée de l’homme, il suffit d’examiner son style. Une question a réussi à mettre sa pensée à découvert :
- « Mon père, comment faites-vous pour financer vos œuvres?
-C’est bien simple, dit-il, je m’adresse à ceux qui ont vraiment compris l’Évangile : les Juifs et les athées! Environ 80 % des dépenses sont assumées par les Juifs et l’autre 20% par les athées. La différence est couverte par les œuvres de charité du diocèse de St. Louis.
-Qui vous aide le plus à réaliser votre idéal de secourir les ex-détenus?
-C’est vraiment l’évêque! Oui, l’évêque anglican de St. Louis qui m’a envoyé un séminariste en vue de le former aux œuvres d’assistance.
-Qui sont vos meilleurs amis, ceux qui vous secondent le plus dans ce travail épuisant?
-Les policiers viennent de l’abattre avec une balle dans la tête, malheureusement! Mais il me reste encore James Hoffa, qui est pour moi un vrai frère. Puis à bien y penser, il y a le cardinal Ritter, archevêque de St. Louis!
La pensée du P. Clark, on le constate, n’a rien de très « orthodoxe », mais elle est un écho fidèle de l’Évangile. Dans le royaume de Dieu, les petits et les courtisanes vous précéderont à grands pas.
Le P. Clark a compris d’une façon dynamique et personnelle la doctrine du Corps mystique et, d’instinct, il s’est porté au secours des membres souffrants du Corps du Christ. « Tout ce que vous faites aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » - « J’étais nu et vous m’avez vêtu; J’étais malade et vous m’avez soigné; Assoiffé et vous m’avez donné à boire; Affamé et vous m’avez nourri; EN prison et vous m’avez visité! … »
Ce remarquable apôtre des ex-prisonniers, mieux connu sous le nom de « prêtre-voyou » (Hoodlum Priest), est né à Decatur, Illinois (E.U.), le 23 décembre 1901, de parents irlandais. Il compte sept frères et cinq sœurs. Il reçut sa formation académique à l’Université St. Louis et sa formation sacerdotale au Séminaire St. Mary’s (Kansas). Il s’est particulièrement signalé dans la lutte contre la peine capitale et s’est dépensé corps et âme auprès de criminels américains depuis 1936. Il fonda en 1959, son premier centre de réhabilitation connu sous le nom de « Dismas House » et son rayonnement est assuré aujourd’hui par 5 autres maisons du genre, dont les deux plus considérables sont à Chicago et à Toronto.
C’est le 15 août, en la fête de l’Assomption de la Vierge, que le R.P. Clark est mort après deux semaines d’hospitalisation.
L’homme a disparu et c’est une perte pour toute l’humanité, car son cœur et son esprit sont de ceux qu’on retrouve une fois par cent ans… Et encore! Cependant, sa pensée survit dans ses œuvres et la doctrine évangélique qui l’a éclairé dans sa doctrine devrait continuer à guider tous ceux qui œuvrent dans le champ de la réhabilitation sociale.
Pour le P. Clark, l’ex-détenu est un homme destiné au bonheur éternel et ses erreurs passées lui donnent droit, plus qu’aux autres, à la rédemption du Christ : « Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs ». Depuis l’avènement du Christ, tous les hommes sont liés entre eux par un nouveau lien : en plus de participer à la même nature humaine, ils sont tous appelés à la même vie divine. Si nous sommes frères dans le Christ, le prisonnier est donc mon frère, un frère dans le plus grand besoin. Il veut simplement sa part d’amour fraternel et sa part d’héritage! Un frère peut-il refuser cela à son frère? »
Cette rencontre a visiblement marqué Jean-Paul.
À Rome
Les 30 septembre, 1er et 2 octobre 1963, Jean-Paul Regimbal participe à des journées d’études organisées par le Secrétariat international pour l’apostolat trinitaire à Rome, qui regroupent les responsables nationaux d’Italie, d’Espagne, des États-Unis et du Canada. L’événement est organisé à l’occasion de la grande fête du 750e anniversaire du décès de Jean de Matha. Il s’agit de son premier voyage dans la ville éternelle.[3]
Il est accompagné de son supérieur provincial, le père Herman Coutu (en religion Rodrigue de Saint-Pierre).
Jean-Paul Regimbal y donne une conférence sur l’introduction de la très sainte Trinité dans les foyers.
Puis, du 3 au 6 octobre 1963, les deux Canadiens participent aux fêtes commémoratives officielles à Rome. Des instants féconds pour Jean-Paul et son Ordre.
Durant ces jours dans la ville de Pierre, Jean-Paul Regimbal a peut-être redit dans sa prière ces paroles de Jean de Matha : « Je suis tout à vous, ô mon Dieu, que voulez que je fasse ? […] Qui me donnera des ailes de colombe pour voler dans le désert et pour me reposer dans la solitude? »[4]
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[1] Dans ses mémoires, le père Armand Gagné (« Il était une foi », p. 137. SHHY P049) décrit Jean-Paul Regimbal en ces mots : « Dans tout ce qu’il faisait, il se donnait corps et âme. Comme il souffrait d’asthme chronique, il devait faire attention à lui. Mais il était tellement généreux de son temps et enthousiaste qu’il finissait toujours par dépasser ses forces. »
[2] Jean-Paul Regimbal. « Rencontre avec le père Dismas Clarck, s.j. », Trinité et vie, septembre-octobre 1963.
[3] C’est ce que m’a déjà affirmé un trinitaire à la fin des années 1990. Cette information repose donc sur mon souvenir personnel.
[4] Cité dans : « Jean de Matha un fondateur d’avant-garde », Éditions Anthème Fayard, Paris, 1960.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Au service funéraire du père Jean-Paul Régimbal
Au service funéraire du père Jean-Paul Régimbal
Par Daniel Paquette
GRANBY — Plusieurs centaines de fidèles se sont pressés dans l'église Sainte-Famille de Granby, hier après-midi, pour assister aux funérailles du père Jean-Paul Régimbal. Dans les jubés, sur le parterre, dans les allées, la ferveur se lisait sur tous les visages.
Dans son homélie, Mgr Louis Langevin, évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe, a rassuré les charismatiques sur l'avenir de leur mouvement, contesté par certains évêques, en affirmant clairement que « le Renouveau charismatique doit continuer », ce qui a eu l'heur de plaire aux disciples du mouvement.
D'ailleurs, en début d'office, plusieurs personnes ayant travaillé aux côtés du père Régimbal, aux Centres Paul VI et à l'Eau Vive, par exemple, ont offert un moment de prière pour que les deux œuvres se poursuivent au-delà de sa vie.
Le père Jean-Paul Régimbal, grand évangélisateur, avait ses propres limites, a noté Mgr Louis Langevin, pour désamorcer les tensions existant avec les détracteurs du Renouveau charismatique. Il a aussi rappelé l'importance de recouvrer l'Esprit Saint dans la vie des hommes, le fondement de la charité qu'a toujours pratiquée le père trinitaire.
Étonnamment, la messe s'est déroulée sobrement. Pas de bras levés vers le ciel, pas de prière spontanée, pas de chant en langues, pas d'imposition des mains; toutes ces manifestations extérieures habituelles aux charismatiques ont fait place à des larmes discrètes et à une participation intense aux chants et à la liturgie mortuaire.
À la sortie du cercueil de l'église, la foule a applaudi, quoique brièvement, le père Régimbal en hommage à son œuvre.
Une bonne centaine de disciples sont venus toucher de la main le cercueil pour y prier et se recueillir avant que celui-ci soit poussé à l'intérieur du corbillard. Pendant ce temps, au loin, les cloches de l'église Notre-Dame, la paroisse voisine, volaient dans le ciel de Granby.
La famille du défunt occupait quatre rangées de bancs derrière les Pères trinitaires et plusieurs curés de paroisses de la région avaient revêtu l'aube. De plus, de nombreuses personnalités assistaient à la messe funéraire, dont MM. Jean Lapierre et Roger Paré, députés fédéral et provincial de Shefford, ainsi que MM. Mario Girard et Horace Boivin, respectivement maire et directeur des relations publiques de Granby.
La dépouille mortelle a été conduite à Saint-Bruno où elle fut inhumée dans le cimetière des Pères trinitaires. Ceux-ci n'ont eu accès au cimetière qu'à compter de midi, soit quelques heures avant l'inhumation, à cause de l'incendie de l'entrepôt de BPC à Saint-Basile-le-Grand.
(La Voix de l'Est, 13 septembre 1988, p. 3)
NEUROSCIENCES : Des maladies mentales pourraient avoir des bases génétiques communes
Par Benoit Voyer
10 septembre 2026
Les chercheurs ont analysé les données génétiques de plusieurs centaines de milliers de personnes et découvert que certaines pathologies considérées jusqu’ici comme distinctes partagent des facteurs génétiques communs.
Ces découvertes pourraient modifier la manière de comprendre les troubles psychiques. Plutôt que de considérer chaque maladie dans une catégorie isolée, les chercheurs identifient maintenant des groupes de vulnérabilités communes touchant notamment la dépression, l’anxiété, la schizophrénie, les troubles bipolaires, l’autisme ou certaines dépendances.
Cette avancée rappelle toutefois que les gènes ne déterminent pas à eux seuls la santé mentale. Les chercheurs soulignent l’importance des facteurs déclencheurs et de la prévention, notamment par une bonne hygiène de vie, l’activité physique et la réduction des facteurs de stress.
Cette vaste étude internationale a été publiée dans la revue Nature et reprise par le magazine Psychologies au début de 2026. Elle nous apporte un nouvel éclairage sur l’origine de plusieurs maladies mentales.
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Aimer au-delà des oppositions, même en campagne électorale
Par Benoit Voyer
10 septembre 2026
Le Québec est en campagne électorale. Le 5 octobre, la population est invitée à voter pour un candidat ou une formation politique. Nous sommes à l’heure des choix.
Les sondages laissent croire que le Parti québécois dirigé par Paul Saint-Pierre Plamondon pourrait diriger le prochain gouvernement. Si cela se réalise, les Québécois seraient de nouveau appelés aux urnes au cours du prochain mandat afin de répondre à la question : Voulez-vous que le Québec devienne un pays? Oui ou non? La tenue d’un référendum sur l’indépendance constitue un engagement du Parti québécois.
En ce moment, mon propos n’est pas politique. Bien que je ne sois pas bien chaud à l’idée d’une autre campagne référendaire, je ne suis pas contre une consultation populaire. Pour moi, la démocratie est un principe sacré.
Ces dernières heures, je relisais le document « Le peuple québécois et son avenir politique »[1] publié le 15 août 1979 par les évêques catholiques du Québec en prévision du référendum de 1980.
Les évêques ne prennent pas parti. Ils adopteront d’ailleurs la même attitude en 1995. Il n’est pas question pour eux de déterminer qu’elle option est ou non moralement acceptable. La foi chrétienne ne détermine pas le choix constitutionnel ou partisan d’un peuple. Autrement dit, l’Évangile ne dit rien à ce sujet. En revanche, il interpelle chacun sur la réflexion à faire avant d’aller voter.
Dans mes souvenirs
En 1995, dans un entretien qu’il m’accordait pour la Revue Notre-Dame du Cap [2], l’évêque de Saint-Jean-Longueuil, Mgr Bernard Hubert, me disait : « On est bien conscient que ça doit relever de la démocratie et des choix de la population ».
Il reprend ainsi une déclaration épiscopale de 1972 : «Nous affirmons que toutes les options politiques respectueuses de la personne et de la communauté humaine sont libres, tant au plan individuel que collectif »[3].
Au cours de l’entretien, Mgr Hubert m’a retracé l’historique des déclarations faites depuis 1967 par les évêques qui ont toujours affirmé, depuis ce temps, qu’il y a deux groupes fondateurs distincts au Canada : «Les évêques ont été conscients du fait que le Québec constitue une communauté ayant son unité, son individualité et son génie propre et qu’il possède, à ces titres, un droit inaliénable et indiscutable à l’existence et à l’épanouissement.»
Parlait-on déjà parler d’une forme de société distincte? Mgr Hubert me répondait to de go : «On n’utilisait pas ce terme, mais une société qui avait, à cause de sa concentration francophone, un rôle particulier». Il estimait que le choix des individus devait s’exprimer clairement au moment du référendum.
Respecter l’adversaire
La déclaration des évêques québécois insistait fortement sur le respect. Il est possible de vivre ensemble collectivement sans avoir la même vision politique pour l’avenir du Québec. Il appartient à chacun de respecter « l’adversaire politique » et de chercher sans cesse un climat capable de clarifier, sinon de rapprocher les positions. Le désaccord ne justifie ni le rejet ni le mépris de l’adversaire.
Bien entendu, les conflits sont inévitables. Les évêques insistaient : « Le chrétien […] s’appliquera à les rendre positifs et féconds, en particulier par un effort soutenu pour qu’ils se vivent dans le respect des autres ». En tête des priorités de la discussion, on doit garder « la dignité des personnes », même lorsque « divergent les opinions et les intérêts ».
Ainsi donc, on peut avoir un « adversaire », être profondément en désaccord avec lui et combattre ses idées, tout en refusant de cesser de l’aimer et de le respecter. Le chrétien est appelé à dépasser son intérêt personnel et son égoïsme et, malgré tout, rechercher la fraternité et la solidarité.
En repensant à tout cela, me sont revenus à l’esprit ces propos du frère Marie-Victorin dans une lettre adressée à Marcelle Gauvreau le 21 juin 1937 : « Comme vous le dites, dans le domaine de la charité en paroles, l’exemple est la meilleure prédication. Dites du bien de ceux que l’on attaque quand cela est possible ».[4]
Et ces paroles de Jésus : « Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient » (extrait de Lc 6, 27-35).
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[1] Assemblée des évêques catholiques du Québec. « Le peuple québécois et son avenir politique » message du 15 août 1979.
[2] Benoit Voyer. « L’Église et la politique – Le choix d’un peuple », Revue Notre-Dame du Cap, avril 1995, pp. 11 à 13.
[3] « Les évêques canadiens et la vie politique du Canada », L’Action-Québec, 27 avril 1972, p. 6. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3490324
[4] Frère Marie-Victorin. « Lettres sur la sexualité humaine », Boréal, 2024.
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