VISION CATHOLIQUE: A son image

A son image

Par Benoit Voyer

3 avril 2026

Le livre de la Genèse affirme que Dieu a créé l’humain à son image, selon sa ressemblance (Gn 1, 26-27). Au fil de ma recherche à ce sujet, je suis tombé sur trois passage intéressants.

Benoit XVI
Dans le dernier texte que le défunt pape émérite Benoit XVI a laissé, il aborde la question de l’humain créé « a son image ». Il écrit : « On nie aujourd’hui que l’homme, en tant qu’être libre, soit lié d’une quelconque manière à une nature qui détermine l’espace de sa liberté. L’homme n’a plus de nature, il se « fait ». Il n’y a plus de nature humaine : c’est lui qui décide de ce qu’il est, homme ou femme. C’est l’homme qui produit l’homme et décide ainsi du destin d’un être qui ne sort plus des mains d’un Dieu créateur, mais du laboratoire des inventions humaines. L’abolition du Créateur comme l’abolition de l’homme est ainsi devenue la véritable menace pour la foi. C’est le grand défi auquel la théologie est confrontée aujourd’hui. Et elle ne pourra le relever que si l’exemple de la vie chrétienne est plus fort que la puissance des négations qui nous entourent et nous promettent une fausse liberté. La conscience de l’impossibilité de résoudre un problème de cette ampleur au seul niveau théorique ne nous dispense cependant pas d’essayer de proposer une solution au niveau de la pensée. Nature et liberté semblent, à première vue, irréconciliablement opposées : néanmoins, la nature de l’homme est pensée, c’est-à-dire qu’elle est création, et en tant que telle, elle n’est pas simplement une réalité dépourvue d’esprit, mais elle porte en elle le « Logos ». Les Pères de l’Église – et en particulier Athanase d’Alexandrie – ont conçu la création comme la coexistence de la « sapientia » incréée et de la « sapientia » créée. Nous touchons ici au mystère de Jésus-Christ, qui unit en lui la sagesse créée et la sagesse incréée et qui, en tant que sagesse incarnée, nous appelle à être ensemble avec Lui. Ainsi, la nature – qui est donnée à l’homme – n’est plus distincte de l’histoire de la liberté de l’homme et porte en elle deux moments fondamentaux. D’une part, on nous dit que l’être humain, l’homme Adam, a mal commencé son histoire dès le début, de sorte que le fait d’être humain, l’humanité de chacun, comporte un défaut originel. Le « péché originel » signifie que chaque action individuelle est préalablement inscrite sur une mauvaise voie. Toutefois, à cela s’ajoute la figure de Jésus-Christ, le nouvel Adam, qui a payé à l’avance la rédemption pour nous tous, offrant ainsi un nouveau départ à l’histoire. Cela signifie que la « nature » de l’homme est en quelque sorte malade, qu’elle a besoin d’être corrigée (« spoliata et vulnerata »). Cela l’oppose à l’esprit, avec la liberté, telle que nous l’expérimentons continuellement. Mais d’une manière générale, elle est aussi déjà rachetée. Et ce, est un double sens : parce qu’en général, suffisamment de choses ont déjà été faites pour tous les péchés et parce qu’en même temps, cette correction peut toujours être accordée à chaque individu dans le sacrement du pardon. D’une part, l’histoire de l’homme est l’histoire de fautes toujours nouvelles ; d’autre part, la guérison est toujours possible. L’homme est un être qui a besoin de guérison, de pardon. Le fait que ce pardon existe comme une réalité et pas seulement comme un beau rêve est au cœur de l’image chrétienne de l’homme. C’est ici que la doctrine des sacrements trouve sa juste place. La nécessité du Baptême et de la Pénitence, de l’Eucharistie et du Sacerdoce, ainsi que le sacrement du Mariage. » [1]

Bruno-Jean Rutival
Dans le livre « Val Notre-Dame – L’abbaye dans le bois » paru chez Mediaspaul en 2017, Bruno-Jean Rutival écrit que « Dans la Bible, il est émouvant de noter que, dès la première page, il est clairement dit que « Dieu créa l’homme (et la femme) a son image ». Le mot hébreu utilisé est alors « Tselem » qui vient de « Tsel » qui veut dire « ombre »; Dieu créa l’homme (et la femme) comme son ombre… lui la lumière! Les contrastes s’opposent entre ces deux vocables, entre ombre et lumiere, entre clarté et ténèbres. »

Jean-Paul Regimbal
Dans une conférence qu’il donnait le 8 juin 1981 [2] à la maison des Trinitaires, à Granby, le père Jean-Paul Regimbal disait : « Nous sommes les icônes de la Trinité, car le texte grec en nous parlant d’image et de ressemblance emploi le terme « icône ». Ce n’est pas peu dire! C’est-à-dire que chaque baptisé est un chef-d’œuvre de la Très Sainte Trinité. Chaque baptisé est un original issu de la pensée créatrice de Dieu, conforme à cette pensée amoureuse et, ensuite, actualisée d’une façon visible pour manifester l’invisible même. […]

Dieu dans sa richesse et sa diversité a voulu que chaque personne soit unique. Et dans cette (hésitation) unicité qui est diversité, manifestant ainsi la richesse multiforme de son être. C'est parce qu'il y a diversité qu'il y a harmonie et beauté et chef-d’œuvre. Je ne le répéterai jamais assez, chaque personne est un chef-d’œuvre conçu et créé par la Trinité elle-même.

Chaque personne avec son tempérament, son caractère, sa personnalité, ses caractéristiques, voire même ses défauts, contribue à faire un tableau encore plus sublime de la création tout entière. Si ce tableau était tout noir ou tout blanc on n’y verrait rien de la beauté des coloris. Mais parce qu'il y a des contrastes entre l'or, le bleu, le rouge, le vert, le sable et parce qu'il y a une diversité de couleurs, il y a chef-d’œuvre. Et quand on regarde les grands chefs-d’œuvre de Rambran... Et quand on regarde les grands chefs-d’œuvre de la Renaissance... Qu'est-ce que l'on constate? Ce sont précisément les zones sombres qui mettent en lumière les zones les plus significatives, la lumière prenait plus de relief. Et ce qui était mis en lumière prenait plus de sens et éclatait davantage à nos yeux. Le Seigneur se sert même de la diversité de nos défauts pour nous enrichir dans la plénitude de notre être humain. »

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[1] Pape Benoit XVI. www.fr.zenit.org/2024/10/25/limage-chretienne-de-lhomme-texte-inedit-dont-benoit-xvi/?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_campaign=nomme-cardinal-il-renonce-finalement-a-cet-honneur-8-titres-vendredi-25-octobre-2024_865
[2] Jean-Paul Regimbal. Conférence donnée le 8 juin 1981 a la maison des Trinitaires, à Granby, a l’occasion de la retraite de la fête de la Trinité. Librairie Pneumathèque no 6057.


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Vivre avec le sida

Vivre avec le sida

par Benoit Voyer


Il y a maintenant douze ans que le SIDA a été identifié. Il y a maintenant un peu plus de 15 millions de personnes qui sont porteuses du virus. Le SIDA dérange beaucoup en cette fin de siècle. Plusieurs personnalités connues dans le monde artistique sont décédées de cette maladie. On pense aussi au fameux scandale du sang contaminé. Des centaines de personnes ont déjà trouvé la mort des suites de cette grande négligence médicale. Au-delà de ce drame, des hommes et des femmes consacrent maintenant leur vie à venir en aide aux personnes atteintes du virus.

La vie de Léon-Pierre
Il y a maintenant vingt ans que Léon-Pierre Ethier parcourt les rues de Montréal pour venir en aide aux démunis. Membre de la Fraternité Charles-de-Foucauld, Léon-Pierre a longtemps travaillé avec les alcooliques, les toxicomanes et les prostituées. Sa rencontre avec les sidéens est plus récente.

C'est sa fraternité qui lui a demandé de porter une attention spéciale aux sidéens. Il avoue qu'il ressentait de grands préjugés. « J'avais peur d'attraper le SIDA », dit-il. Un jour, une lumière intérieure lui fit comprendre que Jésus se cache derrière chaque malade atteint du SIDA. Il pose alors un geste compromettant. Léon-Pierre se décide d'embrasser un sidéen en phase terminale. Le visage de cet homme était couvert d'herpès.

Depuis ce temps. Léon-Pierre n'hésite plus, comme l'a fait Jésus avec les lépreux, à fréquenter les sidéens.

Léon-Pierre témoigne franchement : « C'est une vocation spéciale, une grâce. Je connais des gens qui fréquentent les sidéens et qui ne l'ont pas. Ils abandonnent au bout de quelques mois. Pour moi, c'est un appel. »

La préparation à la mort est l'une des étapes importantes que doit vivre un sidéen. Léon-Pierre Ethier a accompagné 80 sidéens. Une dizaine d'entre eux sont morts dans ses bras. « J'y ai vécu de très beaux moments », se rappelle Léon-Pierre.

Trois situations lui reviennent en mémoire au moment de l'entrevue. « Je pense à l'un d'eux, raconte Léon-Pierre. Je lui disais : « Pars seul ! Le prochain qui va te prendre la main, c'est Jésus. » Je voyais très bien qu'il saisissait quelqu'un avec sa main droite. Il est mort avec un beau sourire. »

Léon-Pierre poursuit avec le récit de ce qui est arrivé à Denis. « Le père de Denis n'acceptait pas que son fils soit homosexuel. Il est cependant venu le visiter quatre fois avant sa mort. Après son décès, son père m'a dit : « Je veux mourir comme mon gars. » « Tu veux mourir comme une tapette ? » lui ai-je demandé. Il me répondit : « Oui ! » Cet homme avait été rejoint par les attitudes de son garçon. Denis disait au moment de sa mort : « Je tiens la main de mon chum. Il est tellement beau mon Jésus… » Il répétait les mêmes paroles lorsque son père le visitait : « Tais-toi papa, je tiens la main de mon chum, qu'il est beau, qu'il est beau ! » Denis est allé à la confesse et à la messe quinze jours avant de mourir.

La fraternité
La Fraternité Éric est un mouvement d'accompagnement spirituel, moral et humanitaire pour les sidéens. Cet organisme a vu le jour le 19 mars 1989 à Montréal sur le tombeau du Frère André. La fraternité a un seul moyen d'action. Il s'agit d'apprivoiser le malade, l'amener à Dieu et l'accompagner jusqu'à la mort dans la paix.

L'œuvre est introduite dans 30 pays. Plusieurs centaines d'individus accompagnent cinq cents sidéens. La Fraternité Éric possède à Montréal des moyens très simples. Un modeste budget de près de 10 000$ lui permet de fonctionner mais les besoins sont grands. Léon-Pierre Ethier a reçu l'an dernier 3000$ comme salaire. Cela ne l'empêche cependant pas de se donner à plein temps pour ses amis les sidéens. Les fruits spirituels sont presque sa seule récompense.

Vivre avec la maladie
Ghislain Robert a appris qu'il était séropositif en 1987. Homme d'affaires, il est alors dans le monde de la mode, de l'esthétisme et de la massothérapie. « J'étais un enfant un peu solitaire, se souvient Ghislain. Mes frères et sœurs plus âgés que moi ne me faisaient pas participer à leurs activités parce que j'étais trop jeune pour eux. Je ne jouais pas non plus avec les plus jeunes car je ne me trouvais pas de leur âge. Je me tenais avec des gens plus âgés. »

Son enfance a été somme toute heureuse. Tout a changé à l'âge de neuf ans. Il est la victime d'un pédophile. « Tous les jeunes de la famille y sont passés. Aucun n'en dit mot car c'était une personne estimée de la part des parents. » Ghislain a été marqué par cette expérience. L'homme l'a menacé de lui casser un bras s'il venait à parler.

Son orientation sexuelle ne semble pas affectée par cette expérience. Il a de bonnes amies. Par la suite, il fréquente de moins en moins les filles et il s'intéresse à la danse. « C'est difficile pour un garçon de Chibougamau de se tenir avec un gars qui fait de la danse parce qu'il est automatiquement identifié comme homosexuel. C'est idiot de leur part ! La danse, c'est spirituel. C'est quelque chose de positif pour moi, de commenter Ghislain.

Moi, séropositif
Ghislain s'est lancé en affaires. Un jour alors qu'il venait de fermer un commerce, il rencontre un ami qui lui propose d'en ouvrir un autre. Il jase de la situation puis Ghislain lui demande : « Écoute, Gilles, qui va te rembourser si un bon jour on découvre que je suis séropositif ? »

Son ami l'invite à passer un test. Ghislain avait quelques appréhensions suite à un voyage qu'il avait fait aux États-Unis. Un ami qu'il avait aimé là-bas était décédé du SIDA quelques mois plus tôt. Le test était positif et le médecin apprit à Ghislain la triste nouvelle.

« Quand je travaillais, poursuit Ghislain, je ne pensais jamais à la maladie. Je prenais contact avec elle lorsque je prenais les médicaments. Je fonctionnais bien, j'étais gras et je faisais du sport. C'est lors d'un voyage sur la Côte d'Azur que le SIDA a pris plus de place dans ma vie. J'étais déprimé même si je faisais un voyage de rêve.

Ghislain constate qu'il a souvent l'impression d'avoir le mot SIDA inscrit sur son visage. Il est allé dernièrement à l'épicerie alors qu'il était en congé de l'hôpital. Il avait oublié sa canule. La préposée, voyant la sonde, lui a demandé de quoi il souffrait. Il a fini par lui avouer qu'il souffrait du SIDA. L'employée s'est empressée de l'embrasser, lui disant : « Je suis contente que tu me le dises. Tout le monde le cache. « Enfin j'en vois un ! »

Avec la Fraternité Éric, Ghislain trouve un nouveau sens à sa vie. Il découvre désormais la tendresse chez les individus qu'il côtoie lors de témoignages, dans sa correspondance et particulièrement dans ses moments de prière.

En pleurant à chaudes larmes, il avoue : « J'ai de la misère à prier pour moi. Je pense que cela serait égoïste. Je ne veux pas demander des choses à Jésus. Je veux qu'il le fasse lui-même. Des fois, j'ose lui dire que la petite colombe blessée puisse guérir ses plaies et rejoindre ses parents. » C'est là son grand rêve, retrouver les bras chaleureux et tendres de sa mère.

On peut joindre la Fraternité Éric à l'adresse suivante : Fraternité Éric, C.P. 5493, succursale C, Montréal, H2X 3N3. Cet organisme sera heureux de recevoir de l'argent et des appuis spirituels. 

(Revue Notre-Dame du Cap, mai 1994, pp. 13 à 15)

2 avril 2026

VISION CATHOLIQUE: La vénérable Élisabeth Bruyère

La vénérable Élisabeth Bruyère

Par Benoit Voyer

2 avril 2026

Fille aînée de Charles Bruguier (1763-1824), cultivateur et capitaine de la milice, et de Sophie Mercier (1796-1849), Élisabeth Bruyère naît le 19 mars 1818, à l'Assomption, dans l’actuelle région de Lanaudière, au Québec.

En 1824, au décès de son père, la mère de famille et ses trois enfants se retrouvent dans une situation économique précaire. Élisabeth n’a que 6 ans.

À 16 ans, Elisabeth devient enseignante dans une école de rang.

En 1839, elle entre chez les Sœurs de la Charité de Montréal, congrégation fondée par sainte Marguerite Dufrost de la Jemmerais (1701-1771), veuve de François-Madeleine d’Youville (1700-1730). Cette communauté religieuse se consacre au service des pauvres. À cause de son expérience auprès des jeunes, on lui confie le soin des orphelines. Élisabeth a 21 ans.

En 1844, pour donner suite à une demande, les « Sœurs grises » s’établissent à Bytown (ancêtre d’Ottawa), « en vue de procurer à cette ville un asile pour les infirmes et les orphelins, des écoles pour les petites filles pauvres et, de plus, de faire visiter les malades à domicile ». Le choix de la direction de la communauté s’arrête sur Élisabeth Bruyère, une jeune sœur vaillante et obéissante. Elle sera surprise par ce choix, mais se fie au discernement de ses supérieures.

Élisabeth devra faire preuve d’autonomie et de leadership puisque ce n’est pas une succursale de Montréal qu’elle doit mettre en place, mais une nouvelle congrégation religieuse autonome.

Le 20 février 1845, Élisabeth et ses compagnes arrivent à Bytown. Les cloches des églises sonnent pour les accueillir. Lorsque les carillons se taisent, Élisabeth se dit en elle-même : « Sois Bonne Nouvelle pour les pauvres. » Ainsi en serait-elle aussi pour ses consœurs.

À Bytown, depuis 1841, on construit l’église Notre-Dame. Le 25 juin 1847, lors de l’érection du diocèse catholique de Bytown, elle deviendra la cathédrale du siège épiscopal.

Dès le lendemain de leur arrivée, les Sœurs de la Charité se mettent à visiter les malades, les pauvres et les personnes âgées.

À partir du 3 mars 1845, les religieuses aménagent deux classes dans un hangar. Elles accueillent leurs premières écolières. Peu de temps après, on lui amène des enfants orphelins dont on prendra la charge. Élisabeth Bruyère dit souvent à ses soeurs : « Faites-vous aimer des élèves, reprenez-les avec douceur, comme des mères, mais soyez fermes. »

En moins de trois mois, elles mettent en place les premiers jalons d’un petit hôpital. Elles donnent elles-mêmes des soins aux malades et veillent avec affection sur les personnes âgées qu’elles hébergent.

Ses compagnes entendront souvent Élisabeth, leur supérieure, dire : « Si nous perdons l'amour du pauvre, nous perdons notre esprit propre. »

En 1855, Bytown prend le nom d’Ottawa. Le 31 octobre 1857, la municipalité devient la capitale de la province du Canada-Uni et, en 1867, lors de la naissance du Canada, celle du nouveau pays. Élisabeth et ses sœurs verront se construire les bâtiments gouvernementaux à partir de 1859.

Élisabeth Bruyère décède à Ottawa, le 5 avril 1876. De quelques compagnes à son arrivée à Bytown en 1845, elles sont plus de 200 lors de son départ pour l’autre monde, réparties en Ontario, au Québec et aux États-Unis. Plus tard, elles s’établiront dans de nombreux pays.

Le 14 avril 2018, Élisabeth Bruyère est déclarée vénérable par le pape François. Elle repose au cimetière Notre-Dame, à Ottawa, à quelques pas du premier ministre Wilfrid Laurier.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Éditorial 1960 - La grande mission

Éditorial

1960 - La grande mission

L'année 1960 marque une date importante dans la vie de l'Église. L'Église universelle apprendra le dernier secret de la Vierge aux enfants de Fatima ; l'Ordre trinitaire célèbrera le 8ième centenaire de son patriarche saint Jean de Matha ; le diocèse de Montréal entendra la parole de Dieu au cours d'une grande mission qui doit durer du 6 mars au 10 avril.

C'est avec grande joie que les fidèles du diocèse de Montréal accueillent l'initiative apostolique de son Éminence le cardinal Léger. C'est pour chacun de nous l'occasion d'un réveil spirituel et d'une revalorisation des vérités de notre foi. C'est un moment de grâce par excellence puisque la Parole de Dieu descendra dans nos cœurs comme une rosée bienfaisante sur une terre aride. « Ecce nunc tempus acceptabile ; ecce nunc dies salutis ; favorable, voici maintenant l'heure du salut ! Voici maintenant une heure favorable. Voici maintenant l’heure du salut ! »

Le but de la Grande Mission consiste à remettre devant les yeux de tous les fidèles du diocèse l'éblouissante vérité : DIEU EST NOTRE PÈRE ! Cette prise de conscience que Dieu est vraiment notre Père produira dans notre âme une plus claire compréhension de notre état de filiale dépendance à l'égard de ce Père si aimant. Les relations entre notre âme et Dieu deviendront plus intimes, plus confiantes et, partant, plus savoureuses.

Les conséquences d'une telle vérité sont aussi très consolantes pour l'âme du chrétien. Si Dieu est notre Père, Jésus-Christ est donc notre Frère. Nous pouvons donc nous reposer en toute sécurité sur celui qui est notre Sauveur et Rédempteur. Nous pouvons compter sur son aide pour réaliser l'œuvre de notre salut car il est la Voie, la Vérité et la Vie. Lui, notre grand Frère, est notre Guide très sûr, très fiable pour nous reconduire au Père : "Nul ne va au Père si ce n'est par le Fils !"

Puisque Dieu est notre Père, nous formons tous une immense famille. Et cette famille, c'est l'Église où chaque membre jouit de la dilection du Père. Car l'Église n'est pas seulement le Pape, les évêques, les prêtres ; c'est aussi l'immense et belle famille de tous les fidèles. Concrètement, pour nous, l'Église, c'est le diocèse, c'est la paroisse où nous vivons. C'est là que la Parole de ce Père aimant nous rejoindra pour réchauffer notre cœur, pour éclairer notre esprit et pour transformer notre vie !

Entrons donc de plain-pied dans ce vaste courant de la Grande Mission. Profitons bien de ce passage de l'Esprit pour nous rapprocher de Dieu par une connaissance plus profonde de son amour de Père.

Au nom de nos lecteurs, nous voulons remercier le chef du diocèse pour son geste de pasteur. En inaugurant la Grande Mission, il nous conduit vers les gras pâturages où l'âme peut se nourrir en abondance des plus substantielles vérités. Forts de cette nourriture céleste, nous pourrons témoigner plus fermement de notre foi devant les hommes et vivre plus courageusement nos convictions en société.

Le Père directeur [1]


(Trinitas, mars-avril 1960 pp.3 et 4) [2]
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[1] Le père directeur est Jean-Paul Regimbal
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.

1er avril 2026

VISION CATHOLIQUE: La vénérable Rosalie Cadron-Jetté

La vénérable Rosalie Cadron-Jetté

Par Benoit Voyer

1er avril 2026

Le 27 janvier 1794 à Lavaltrie naît Rosalie Cadron, fille d’Antoine Gratton et de Rosalie Roy.

Le 7 octobre 1811, elle épouse Jean-Marie Jetté. Le couple Jetté-Cadron donnera naissance à onze enfants entre 1812 et 1832, dont cinq mourront en bas âge.

Le 14 juin 1832, le choléra emporte dans la mort Jean-Marie. À 38 ans, avec la charge de sept enfants, Rosalie devient veuve.

Lorsque des mères célibataires se confient à lui, l’évêque catholique de Montréal, Mgr Ignace Bourget, fait appel à Rosalie. Entre 1840 et 1845, elle place plus de vingt-cinq femmes enceintes chez des personnes acceptant de les recevoir en secret.

Elle s’implique aussi dans le suivi de chacune de ces grossesses, naissances et rétablissements.

Ses enfants devenus des adultes bien établis sont souvent mis à contribution.

À chaque naissance, c’est elle qui se rend à la basilique Notre-Dame afin que les nouveaux rejetons reçoivent le baptême comme le veut la tradition catholique. À chaque fois, elle devient la marraine de l’enfant.

En 1845, l’évêque lui demande son aide afin de fonder une communauté religieuse ayant pour mission d’aider les mères célibataires.

En 1848, à l’âge de 53 ans, Rosalie Cadron-Jetté, entourée de sept autres femmes, devient la première religieuse de l’institut des sœurs de Miséricorde.

Elle décède le 5 avril 1864.

Le 9 décembre 2013, le pape François la déclare vénérable, première étape de trois vers la canonisation.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: François-Xavier de l'Immaculée Conception (1858-1954)

François-Xavier de l'Immaculée Conception (1858-1954)

L’année 1958 nous ramène deux grands centenaires : pour nous les fidèles du monde entier, celui des apparitions de la Vierges à la grotte de Massabielle. Pour tous les religieux de l’Ordre trinitaire, spécialement ceux du Canada français, celui de la naissance de l’illustre ministre général de regrettée mémoire, le T.R.P. François-Xavier de l’Immaculée-Conception.

C’est le 5 juin 1858 que nait, dans le petit village de Woerth en Alsace, un fils à M. Xavier Pellerin et a son épouse Barbara Lienhart. Élevé chrétiennement par ses dévoués parents, le jeune Xavier, car c’est son nom, fait son entrée au Collège apostolique d’Amiens après avoir terminé ses études élémentaires dans son village natal. Les pères Jésuites qui régissent l’établissement forment l’adolescent a la culture classique. Et dirigent sa vie spirituelle vers l’acquisition des solides vertus.

La vocation
Or, voici qu’à l'âge de dix-huit ans, Xavier ressent les premiers appels à la vocation religieuse. Le passage du R.P. Calixte de la providence, unique profès simple du Couvent de l’Ordre trinitaire a Cerfroid, en fournit l’occasion. Ce digne religieux adresse aux élèves d’Amiens une touchante allocution ou il évoque le glorieux passé de l’Ordre trinitaire au service des esclaves et des malheureux. Après la conférence, Xavier se rend chez le P. Calixte pour lui faire part de son désir d’entrer dans cet Ordre vénérable. Le P. Visiteur recommande au collégien d’étudier davantage sa vocation avec l’aide de son directeur de conscience, le R.P. Barbelin, s.j. Ce dernier, loin de mettre obstacle aux ambitions du jeune alsacien, lui donne pour réponse : « Lorsque le R.P. Calixte parlait de son Ordre et de sa mission de générosité, je me suis dit : Voilà quelque chose qui ferait l’affaire de Xavier Pellerin ». Il n’en faut pas tant pour encourager le vibrant aspirant à suivre le P. Calixte à Paris puis a Cerfroid.

Dans la solitude de Cerfroid, sanctifié jadis par nos saints patriarches Jean et Félix, Xavier murit sa vocation au milieu des épreuves et des humiliations. Se voyant soudainement en face de rien après trois longues années de probation, le postulant écrit au révérendissime P. Général, Benoit de la Vierge, pour connaitre exactement ce qu’il doit faire. Le supérieur lui enjoint aussitôt l’Ordre de rentrer à Rome pour commencer son noviciat canonique. Privé de toute assistance matérielle, le courageux postulant doit quêter lui-même son passage pour exécuter l’ordre de son supérieur présomptif.

Reçu chaleureusement dans la ville éternelle après un long et pénible voyage, Xavier Pellerin se voit accorder la faveur de commencer son noviciat à Palestrina, le 25 janvier 1880, sous le nom de Fr. François-Xavier de l’Immaculée-Conception. Un an plus tard, le 28 janvier 1881, il émet ses simples et termine ses études théologiques au Séminaire diocésain du cardinal Luco.

Le 24 juin 1883, en vertu d’une dispense du Saint-Siège, le père François-Xavier reçoit la grâce du sacerdoce en l’église Sainte-Luce des mains de Mgr Macchi, évêque auxiliaire de Palestrina. L’heureux élu connait aussi la joie de célébrer sa première grand-messe solennelle dans l’église de N.-D. de Guebwiller en présence de sa sainte vénérée maman. Devant tant de grandeur et de solennité, la pieuse mère avoue à son grand garçon : « Si jamais j’avais pu prévoir un tel bonheur, je n’aurais jamais pleuré de ma vie ».

Enfin, le 28 février 1884, en la fête de sainte Agnès, patronne principale de l’Ordre, le père François-Xavier termine le cycle de sa formation religieuse. Il prononce ses voeux solennels dans l’Ordre de la très sainte Trinité entre les mains de son supérieur, le R.P. Grégoire de Jésus et Marie, lui-même futur général de l’Ordre.

Les échanges
Les autorités de l’Ordre ont tôt fait de reconnaitre en ce religieux exemplaire, une âme de feu et un tempérament de chef. C’est pourquoi dès sa sortie du scolasticat, on lui confie sans hésiter la charge de maître des étudiants au Collège Saint-Étienne des Abyssins à Rome. Fort de l’expérience qu’il y a acquise, le père François-Xavier se prépare admirablement bien (à son insu) à présider aux destinées de ce couvent célèbre comme ministre conventuel de 1891 à 1894.

Ses qualités exceptionnelles le signalent même à tous les religieux de la province italienne. Bien qu’il soit français par la langue et la culture, le P. Xavier se voit élire à la haute fonction de ministre provincial de la province italienne de saint Jean de Matha des 1894 et se fait réélire pour un second triennat jusqu’en 1900. Durant son provincialat, le P. Xavier acquiert à l’Ordre les deux maisons d’Anagni et de Gorga.

L’office de provincial n’empêche pas le P. Xavier d’exercer son zèle et son apostolat au point de prêcher des retraites et des carêmes. C’est même après le carême de 1898 dans la cathédrale d’Anagni que le digne prédicateur reçoit l’invitation de se rendre à Faucon, terre bénie qui a vu naitre saint Jean de Matha, pour présider aux fêtes du 7ieme centenaire de la fondation de l’Ordre. Durant cette célébration, on dévoile un monument dédié à la mémoire de l’illustre fondateur des Trinitaires. Le vénéré P. provincial demeure à Faucon jusqu’au moment de l’expulsion des religieux en 1900.

Loin de se décourager, le saint religieux met tout son espoir en la divine providence et tente, en retour, une fondation sur le sol d’Autriche. Il y restaure l’ancienne province de Saint-Joseph fondée 214 ans plus tôt et supprimée depuis 117 ans déjà. De 1900 à 1917, le P. Xavier peine ardument pour ouvrir les deux maisons de Vienne et d’Augustendorff.

Mais la Trinité sainte qui a forgé dans le creuset de l’épreuve l’âme de son apôtre, dispose avec suavité des événements qui conduiront le 20 mai 1919 le T.R.P. François-Xavier de l’Immaculée-Conception a la suprême prélature de l’Ordre

Pendant douze ans, de 1919 à 1931, le T.R.P Xavier ne cessera de travailler à l’expansion de l’Ordre trinitaire dans le monde. Bien que les effectifs de l’Ordre soient très humbles, il décide avec audace et surtout avec esprit de foi de jouer le tout pour le tout. Et suit la période des fondations successives à Marseille (1922), à Montréal (1924), a Miarinarivo (1926), les trois visites en Amérique du Nord et la restauration de deux maisons chères à l’Ordre : Saint-Chrysogone, la maison généralice et Saint-Thomas-in-Formis ou mourut Jean de Matha.

La fondation canadienne
Pour ceux qui ne vivent pas habituellement de l’esprit de foi, la fondation canadienne peut paraitre téméraire, voire même chimérique. Mais le P. Xavier qui ne cesse de se recommander à la providence de Dieu, cherche un moyen efficace pour sauver l’Ordre de l’extinction totale. Admis en audience privée auprès de sa sainteté Pie XI, le 14 avril 1924, il expose ses problèmes au chef suprême de l’Église. Pour toute réponse ce dernier lui déclare : « Si vous voulez des religieux, des missionnaires, allez-vous implanter au Canada. Le Canada est un jardin fertile pour les vocations religieuses, missionnaires. L’âme canadienne est foncièrement chrétienne, intrépide, généreuse et apostolique. Allez au Canada. »

Le révérendissime père quitte Rome le 21 avril suivant pour le Canada avec l’intention d’accepter la fondation d’une paroisse que lui offrait son excellence Mgr Georges Gauthier, administrateur du diocèse de Montréal. Le dimanche 4 mai de la même année, notre distingué voyageur est à Québec puis le 6 dans la métropole.

Son excellence Mgr l’archevêque l’accueille avec une bienveillance toute paternelle et lui confie la paroisse dont il a été question antérieurement. Le 11 mai 1924, le révérendissime père Xavier prends officiellement possession de la nouvelle paroisse qui est érigée sons le patronage de Saint-Jean-de-Matha.

Pour stabiliser sa fondation canadienne le révérendissime père Xavier veille a la rédaction de l’acte d’incorporation civile de l’Ordre trinitaire, le 4 avril 1929. On y lit notamment cette clause, véritable testament spirituel légué par le T.R.P. Xavier a ses fils du Canada : « La mission de cet Ordre est de s’occuper du rachat des captifs, d’œuvre de charité, d’aide et de secours aux immigrants, de s’intéresser au sort et de vaquer à la moralisation des prisonniers… »

Au déclin du grand jour
Malgré ses deux termes comme ministre général de l’Ordre, le T.R.P. Xavier ne goute pas au repos en 1931. Au contraire, il se voit assigner la fonction de premier définiteur général. Ses occupations nombreuses ne l’empêchent pas pour autant de produire des œuvres littéraires. On doit à sa plume des œuvres en français, en Italien et en allemand, toutes marquées au coin, de son grand amour pour l’Ordre trinitaire et ses saints fondateurs.

Usé par les travaux d’une vie consacrée exclusivement a la gloire de la très sainte Trinité, le P. Xavier est atteint de paralysie le 5 février 1934. Dans sa confiance d’enfant, il adresse des supplications instantes à saint Jean de Matha de bien vouloir le délivrer de son mal. Trois jours plus tard, en la fête du saint apôtre des captifs, le T.R.P. François-Xavier Pellerin de l’Immaculée-Conception quitte cette terre vers sept heures du matin en notre couvent de Saint-Chrysogone, à Rome. Hommage a sa vénérée mémoire.

Père François-Xavier de l'Immaculée-conception


Tiré de: Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, No. 3, 1958, pp.13 à 17 Revue conservée a la Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby (Fonds P049).

31 mars 2026

EN LIBERTÉ avec Benoit Voyer - Contribuer à la quête du sens de la vie


 

VISION CATHOLIQUE: Ne le cherche pas en haut, il est en bas


LE PRÉSENT DU PASSÉ: La Trinité dans mon âme

La Trinité dans mon âme

Comment vivre de cette présence

1) Faire des actes de recueillement en Sa présence :
Le moyen le plus pratique de se sensibiliser à la réalité de la présence de Dieu, c'est d'abord de s'imposer volontairement, plusieurs fois par jour, quelques moments de réflexion pour bien prendre conscience que Dieu est là. Cela peut prendre la forme d'un simple regard de foi lancé de temps à autre vers ce Dieu tout aimant qui habite au fond de l'âme. Ou encore, une oraison jaculatoire très fervente éveillera l'attention de l'esprit à cette sainte présence. Ce pourra aussi se faire sous forme de communion spirituelle à l'occasion d'un moment de répit. Mais la rencontre de prédilection sera celle de la prière, matin et soir, où l'âme s'accordera un petit "cinq minutes" pour dialoguer familièrement avec son Hôte divin et pour intensifier sa foi en la présence de son Dieu.

2) Se rendre disponible à l'action du Saint-Esprit : cet exercice de la présence de Dieu ne peut vraiment devenir une expérience délectable, savoureuse, que si l'Esprit-Saint lui-même agit dans l'âme par ses dons d'intelligence, de science et de sagesse. C'est pourquoi l'âme doit se tenir docile et souple sous la conduite de l'Esprit-Saint. Comme le dit saint Paul : "Ceux-là sont vraiment les fils de Dieu qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu" (Rom. 8, 14). Cela suppose donc une grande fidélité aux inspirations du Saint-Esprit, un désir sincère de servir Dieu le mieux possible en toutes circonstances et un détachement graduel de sa volonté propre.

3) Prendre conseil auprès des Trois dans les moments difficiles : Il ne se déroule pas une seule journée qui ne présente pas à l'âme un moment d'hésitation, de doute ou d'inquiétude. N'est-ce pas là l'occasion tout indiquée pour consulter Dieu présent en nous ? Qu'est-ce qui vous ferait plus plaisir, ô mon Dieu ? Qu'est-ce qui serait le plus conforme à votre sainte volonté ? Qu'est-ce qui vous procurerait le plus de gloire ? Trinité Sainte, que voulez-vous que je fasse ? Ce simple élan du cœur permettra la plupart du temps de purifier notre intention, d'agir selon un motif plus surnaturel, de surmonter la tendance trop naturelle que nous avons de choisir la voie du moindre effort. Dans les moments de crise surtout, combien cette précieuse habitude de consulter la très sainte Trinité avant d'agir permettra à l'âme d'éviter des décisions irréfléchies, regrettables, peut-être même irréparables.

4) Tout faire par amour : "Celui qui demeure dans l'amour, demeure en la Trinité et la Trinité demeure en lui". (I Jean 4, 16). Plus l'âme chrétienne agit sous l'influence de l'amour, plus la vie de la grâce s'intensifie en elle, et plus elle entre en relation intime avec la très sainte Trinité. C'est pourquoi l'âme doit chercher, en autant que cela lui est humainement possible, à rendre de plus en plus actuelle son intention de servir Dieu dans le moment présent. Certes, l'intention virtuelle offerte au début de la journée suffit-elle à rendre toutes les actions méritoires pour le ciel. Mais pour celle qui désire vivre dans la présence et sous le regard de la Très Sainte Trinité, aucune pratique n'est plus profitable que de renouveler et d'actualiser son désir de tout faire pour l'amour de Dieu, soit à toutes les heures, soit encore au début de chaque action importante. Le lien qui s'établit alors entre l'âme et Dieu devient si fort et si doux que l'âme préférerait subir n'importe quelle souffrance plutôt que de risquer de le rompre. Quelle place reste-t-il donc pour le péché dans une âme qui est tout entière possédée par la sainte présence de Dieu ?

CONCLUSION : Le chrétien du XXᵉ siècle vit dans un monde qui a perdu le sens de Dieu, le sens du sacré et le sens du surnaturel. Il est pressuré de toutes parts par les exigences de la production économique, par les pressions de la vie sociale et par les impératifs de l'action professionnelle. Sans trop s'en rendre compte, il est en train de se vider soi-même et de se laisser entrainer dans un courant de vie pleine d'agitation, mais vide de sens.

Il lui importe plus que jamais de faire le point et de se demander ce qui répondrait le mieux à son besoin d'âme. Dans ce monde qui le sollicite à vivre tout entier dans l'action extérieure, il a besoin plus que jamais d'une vie intérieure intense et vigoureuse. Pour s'immuniser contre l'ambiance matérialiste et athée qui l'entoure, il a besoin d'une vie spirituelle fortement centrée sur Dieu. Pour réagir contre la dépersonnalisation qu'opère en lui le courant de la vie moderne, le chrétien a besoin d'une mystique qui met en valeur la personne. Or quelle mystique met plus en valeur la personne que la mystique du baptême ? Mystique qui est basée sur l'élévation de la personne à l'ordre surnaturel et qui introduit la personne dans la société même des trois Personnes divines, Père, Fils et Saint-Esprit.

Vivre pleinement son baptême, découvrir progressivement les richesses qui ornent son âme, prendre conscience de cette présence divine qui l'habite, voilà comment le chrétien d'aujourd'hui peut faire déjà sur terre l'apprentissage de sa vie éternelle: vivre par amour, dans le sein du Père, en union parfaite avec le Fils, sous la conduite de l'Esprit.

Je souhaite, en terminant, que les éducateurs chrétiens forment la jeunesse moderne selon cette mystique du baptême et selon les exigences de la vie théologale qui débouche en plein cœur de la Trinité afin que la Trinité règne souveraine en plein cœur de l'homme.

P. Jean-Paul de Jésus, o.ss.t. [1]

(Trinité et Vie, septembre et octobre 1965, pp. 11 et 12 [2])

____________________

[1] Jean-Paul de Jésus est le nom de religieux de Jean-Paul Regimbal.
[2] Copie du magazine retrouvée dans la bibliothèque du Séminaire de Saint-Hyacinthe.

30 mars 2026

EN LIBERTÉ: La désinformation dans les médias


VISION CATHOLIQUE: La guerre, ça suffit !

La guerre, ça suffit !

Par Benoit Voyer

30 mars 2026

Ces dernières heures, en écoutant le pape Léon, j’ai cru entendre Paul VI qui clamait le 4 octobre 1965 devant l’ONU : « La guerre, jamais plus la guerre ! »

Ce dimanche des Rameaux, sur la place Saint-Pierre, Léon n’y est pas allé par quatre chemins : « Dieu n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre […] personne ne peut invoquer le Roi de la paix pour justifier la guerre ».

Comme la veille, à Monaco, il s’en est pris à tous ceux qui utilisent le nom de Dieu pour justifier la guerre : « Ne nous habituons pas au fracas des armes, aux images de guerre ! […] Encore aujourd’hui, combien de calculs sont faits dans le monde pour tuer des innocents ; combien de fausses raisons sont revendiquées pour les éliminer ! »

En ce moment, il n’y a pas de guerre juste. Les combats doivent cesser.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Dieu le Père, « père » du corps mystique

Dieu le Père, « père » du corps mystique

P. Jean-Baptiste de la Trinité, o.ss.t.
[1]

N.D.L.R. : C'est dans le cadre de la Grande Mission que l'auteur de cet article a voulu présenter quelques réflexions sur le mystère des relations entre la Trinité et l'Église que le P. Philippon se plaît à nommer ECCLESIA TRINITATIS. La Rédaction s'excuse de ne pouvoir présenter le texte intégral. La schématisation semblera sans doute simplifier le problème à outrance. Mais il semble que, même dans ses grandes lignes, ce travail pourra conduire les lecteurs à saisir un nouvel aspect du mystère de l’Église.

Introduction
Le mystère fondamental de notre foi, celui de la très sainte Trinité, jette sur chacun des objets de notre croyance catholique une lumière bienfaisante d'intelligibilité, grâce à laquelle chacun d'eux prend un relief saisissant. Cette illumination par les sommets redonne à chaque article du "Credo" sa triple dimension et permet à l'esprit de pénétrer un peu plus "la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de la charité du Christ" (Éph. 3, 18) et de son Père bien-aimé !

Appliqué au mystère de l'Église, ce singulier éclairage se révèle très fécond puisqu'il nous aide à entrevoir un aspect presque ignoré des relations intimes qui rattachent leurs efforts intellectuels à mettre en valeur les relations entre le Christ, le Saint-Esprit et le Corps mystique. La merveilleuse doctrine du Christ, Tête du Corps mystique, et de l'Esprit-Saint, âme de l'Église, témoigne assez du succès de leur patient labeur. Il suffit de lire l'encyclique "Mystici Corporis" de Pie XII pour s'en rendre compte.

Toutefois, le travail est loin d'être terminé ! La Trinité Sainte compte bien trois Personnes distinctes. Si donc les deux personnes du Christ-Verbe et de l'Esprit tiennent respectivement la fonction de "tête" et d'"âme" du Corps mystique, on peut déjà pressentir en quelque sorte une certaine affinité entre la première personne de la Trinité et le "corps du Christ qu'est l'Église" (Col. I, 24).

DIEU LE PÈRE : PÈRE DE TOUT LE CORPS MYSTIQUE :
Avouons tout d'abord que le terme même "Père du Corps mystique" ne se rencontre ni dans l'Écriture sainte, ni dans la Tradition, ni dans aucun auteur consulté jusqu'à date… Cependant, la réalité que ce terme exprime apparait plusieurs fois dans le Nouveau Testament, dans les Écrits de la primitive Église ainsi que chez les commentateurs modernes.

Notre Seigneur revient souvent sur l'idée que nous avons tous un Père qui est dans les cieux. Dans le seul Sermon de la Montagne, il mentionne au moins trois fois ce thème : "Aimez vos ennemis et priez pour eux. Ce faisant, vous deviendrez LES FILS de VOTRE PÈRE qui est dans les cieux (Mat. 5, 45). « Vous donc soyez parfaits comme votre PÈRE céleste est parfait. » (Mat. 48). "Quand vous priez, dites : NOTRE PERE qui êtes aux cieux…" (Mat. 6, 9) et enfin, en une autre occasion, il rappelle à la foule et à ses disciples : "Vous êtes tous frères, et vous n'avez qu'un seul PERE qui est dans les cieux." (Mt. 23, 8).

Enfin, le jour de sa glorieuse Résurrection, Jésus annonce à Marie-Madeleine sa prochaine Ascension : "Je monte vers Mon PÈRE et VOTRE PÈRE, vers mon Dieu et votre Dieu."

Si Notre-Seigneur distingue ainsi entre son Père et le nôtre n'est-ce pas pour signifier que nous sommes fils du même Père, la Première Personne de la très sainte Trinité, bien qu'à des titres différents: lui est fils PAR NATURE, et nous PAR FAVEUR, PAR GRACE, PAR ADOPTION.

Comme nous l'admettions tout à l'heure, le mot "Père du Corps mystique" n'apparaît nulle part dans l'Écriture. Cependant, l'expression jaillit presque des lèvres de saint Paul dans ce passage de l'Épître aux Éphésiens 4, 4-6 : "Veillez à conserver l'unité de l'esprit dans le lien de la paix : un seul CORPS, et un SEUL ESPRIT, comme vous fûtes appelés à partager par vocation UNE SEULE ESPERANCE : UN SEUL SEIGNEUR, une seule foi, UN SEUL BAPTEME ; UN SEUL DIEU ET PERE DE TOUS LES HOMMES…

On sait que pour saint Paul, déjà au simple point de vue de la création, toute l'humanité forme une grande famille. Il rattache même à Dieu le PÈRE l'origine de toute famille naturelle ou surnaturelle : "Je fléchis le genou devant le Père de qui toute famille, sur la terre et aux cieux, tire son nom."

Or, en principe, toujours selon saint Paul, l’Église qui est le CORPS MYSTIQUE du CHRIST doit avoir la même extension que le genre humain d’après la volonté salvifique universelle de DIEU LE PÈRE.

Est-il donc surprenant après cela de voir saint Paul attribuer à la Première Personne de la sainte Trinité la paternité du « seul corps » mystique de Jésus-Christ ?

C’est pourquoi également il ne trouve pas téméraire d’enseigner aux Éphésiens qu’en Jésus-Christ, ils ont tous accès auprès du Père pour la bonne raison qu’ils sont « membres de la famille de Dieu » (Éph. 2, 18-19).

Un commentateur moderne, le R. P. Prat, s'exprime comme suit, au sujet des textes que nous venons de rapporter : "L'idée qui flotte dans l'esprit de Paul, quand il écrit ces lignes, est le dessein de Dieu le Père de constituer avec ces éléments hétérogènes (juifs et gentils) UNE SEULE FAMILLE, une seule maison QUI SERA 'L'ÉGLISE, une seule personne morale, UN SEUL CORPS, qui sera le CHRIST MYSTIQUE." (PRAT : Les Épîtres de saint Paul, lle vol. p. 272-75).

Le R. P. Huby, S. J., autre commentateur distingué de la pensée paulinienne, arrive aux mêmes conclusions : "L'ultime raison de cette unité (dans le corps, le baptême et la foi) n'est pas à chercher, comme chez les stoïciens, dans un principe cosmologique, l'unité du monde, mais dans un principe transcendant : les chrétiens doivent constituer une seule famille, parce qu'ils sont fils par adoption d'un seul Dieu et PÈRE de tous, qui est au-dessus de tous, agit par tous et réside en tous… Comme Dieu appelle tous les hommes à être ses fils adoptifs dans le Christ (l Tim. 11, 4-6), l'Église, en droit, c'est l'humanité !" (HUBY : Verbum Salutis, VIII Saint Paul).

Cette pensée fondamentale de Paul rejoint, sur ce point, l'enseignement du Disciple bien-aimé, saint Jean. Dans son commentaire de l'Épître de saint Jean III, I et 9, le P. Bonsirven, S.J., remarque les deux points suivants : "Cet amour (que le Père nous a donné) est attribué non à Dieu en général, mais au PÈRE : cet amour nous a fait ses FILS et notre RELATION FILIALE fondée sur notre fraternité avec Jésus-Christ nous réfère à Dieu le PÈRE." (BONSIRVEN : Verbum Salutis IX – Saint Jean, p. 157.)

"Tous ceux qui adhèrent à Jésus entrent à leur façon dans ce rapport filial au Père, "Ils sont de LUI", ils se laissent conduire par son Esprit" (ibid., p. 126).

CONCLUSION : Le Corps mystique consiste, comme nous l'avons vu, en l'union intime des membres et de la Tête, et n'est formé que par la participation des fils adoptifs au seul vrai Fils, Jésus-Christ.

Or, à l'unique relation du seul vrai Fils correspond l'unique relation du seul vrai PÈRE puisqu'il y a opposition selon la relation et selon l'origine entre PATERNITÉ et FILIATION.

Donc, une seule relation de paternité se termine au Fils de Dieu, Jésus-Christ, Tête du Corps mystique, et à tous ceux qui en participent, à savoir, les membres.

C'est en ce sens qu'écrit le P. Mersch, s.j., dans son long article : FILII IN FILIO : "La participation au Fils vient après (l'incorporation), toujours selon une postériorité logique. Elle consiste dans l'adoption : elle amène comme conséquence des rapports aux autres personnes divines et à la Trinité, mais PAR le Christ seulement et à la manière qui convient aux membres de celui qui est le Fils. Rattachement dans le Christ au PÈRE, comme PÈRE : PÈRE DU CHRIST, LE PÈRE DOIT ÊTRE PÈRE DE TOUT LE CORPS QUI EST LA PLÉNITUDE DU CHRIST." (N.R.T. 1938, pp. 822-823.)

(Trinitas, mars-avril 1960 pp.9 à 11) [2]

____________________

[1] Jean-Baptiste de la Trinité est un nom de plume du père Jean-Paul Regimbal.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.

29 mars 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Paolo Noel 10


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Rédemption XXe siècle

Rédemption XXe siècle

Par Jean-Paul de Jésus, o.ss.t.
[1]

« Le Chapitre général approuve les œuvres de charité à l'égard des prisonniers entreprises par certains membres, puisqu'elles répondent aux fins de notre Ordre et qu'elles sont très adaptées à notre époque ; aussi souhaite-t-il leur développement, de telle manière cependant que les Religieux qui y sont affectés mènent la vie régulière. » (Décret no 8 du chapitre général, 27 mai 1959)

C'est avec le plus fervent enthousiasme que nous avons reçu la lettre circulaire de notre révérendissime père Michel-de-Jésus proclamant officiellement les décrets de notre vénérable chapitre général dont les assises se tinrent à Rome du 9 au 27 mai de l'année en cours. Cet enthousiasme s'explique par la joie intense que nous ressentons tous de voir se perpétuer une tradition aussi ancienne que l'Ordre qui a chargé la croix rouge et bleue de sa signification rédemptrice.

UNE TRADITION : Depuis plus de sept siècles et demi (1198 à 1959), l'Ordre de la Très-Sainte-Trinité met en pratique sa sublime devise : "Gloire à toi, Trinité ; aux captifs, liberté !" Répondant aux urgents besoins de l'Église en ses membres les plus souffrants, les Trinitaires se sont faits un devoir et une gloire de témoigner leur croyance en Dieu Un et Trois, et de soulager par tous les moyens à leur disposition ceux qui étaient et qui "sont le plus en danger de perdre la foi." (1)

Rarement les geôles et les fers ont-ils favorisé, chez les détenus, de généreux élans de charité ou de grandes visions de foi… L'épreuve de l'incarcération et de la solitude a plus d'une fois, au contraire, motivé ou précipité l'abandon de la croyance religieuse et le relâchement moral. On comprend alors qu'au XIIᵉ siècle, un homme de Dieu, saint Jean de Matha, ait saisi, avec cette acuité pénétrante propre aux saints, la pressante nécessité d'un Ordre religieux voué à la rédemption des captifs chrétiens : qu'ils soient prisonniers politiques ou religieux, prisonniers de guerre ou de droit commun.

Parmi les Trinitaires, certains ont brillé davantage par le zèle exercé en leur mission de charité : d'abord, saint Jean de Matha. Lui-même a donné l'exemple à ses fils spirituels en opérant deux rédemptions, dont l'une à Tunis et l'autre à Valence, pour retirer des "matamores" musulmans (2) les captifs demeurés fidèles à leur foi chrétienne.

Auprès des prisonniers politiques, le saint Fondateur "délégua ses frères avec beaucoup de sollicitude afin de secourir les Princes chrétiens, et surtout les rois de France" par la grâce des sacrements (3). À sa suite, le P. Nicolas, 6ᵉ ministre général de l'Ordre (1231-1257), se dépensa sans compter pour leur cause jusqu'à suivre en captivité le saint roi Louis IX (4). Un autre ministre général, Hughes de Flandres (1256-1202), envoie ses religieux en aide aux troupes françaises retenues captives par les Maures (5).

Auprès des prisonniers ecclésiastiques, d'autres Rédempteurs se sont signalés par leur persévérance et leur héroïsme : les PP. Barthélémy Serrano (6) et Vincent Marc ; ce dernier, victime de son zèle, mourut en 1645 après 18 années de captivité (7). On pourrait allonger la liste de religieux rachetés de la barbarie par l'entremise des Trinitaires, mais qu'il nous suffise de rappeler ici le nom de l'illustre bénédictin Diégo de Heado, futur cardinal, dont la rédemption se place au milieu du XVe siècle, grâce aux PP. Gil et Antoine de la Villa (8).

Les prisonniers de guerre ont connu la charité et le fraternel soutien apporté par des religieux trinitaires tels que le P. Pierre Dan, les PP. Gil et Antoine de la Villa : ces derniers méritent une nouvelle mention puisqu'ils ont libéré le glorieux mutilé de Lépante, Miguel Cervantès (9).

Enfin, les prisonniers de droit commun ont eux aussi expérimenté le support moral et l'appui indéfectible que leur ont assurés d'éminents religieux, dont le P. Ferdinand de Saint-Louis, ministre du couvent de San Carlino à Rome (10), et le révérendissime P. Antoine de la Mère de Dieu, 72ᵉ général de l'ordre. Celui-ci fut assisté en son ministère par le pouvoir miraculeux de la Vierge Marie (I1). Mais plus près de nous brille encore la figure du Révérendissime P. Grégoire de Jésus-et-Marie qui, pendant 30 ans (1867 à 1897) desservit la prison Saint-Michel à Rome, et cela malgré sa lourde charge de ministre général à laquelle il avait été élu en 1891. (12).

UNE RÉALISATION : Riches de cette expérience, les Trinitaires ont clairement déclaré, dès leur arrivée au Canada, en quel sens ils avaient l'intention d'exercer leur ministère au service de l'Église et de la Société. En date du 4 avril 1929, l'acte d'incorporation civile, conservé dans les Archives de la province de Québec, en fait foi : "La mission de cet Ordre est de s'occuper du rachat des captifs, d'œuvres de charité… d'aide et de secours aux immigrants, de s'intéresser au sort et de vaquer à la moralisation des captifs et des prisonniers…" (13) (Statuts de Québec, chap. 121, 19 Georges V, 1929).

Ces statuts présentés à la Chambre de la Législature par le ministre général du temps, le révérendissime P. François-Xavier de l'Immaculée-Conception, sont l'écho des traditions conservées dans l'Ordre trinitaire depuis de longs siècles.

Pour atteindre leur but "toujours de pressante actualité" (14), les Trinitaires canadiens, en la personne de leur supérieur majeur, le T.R.P. Pierre de la Nativité, ont mis à l'étude la possibilité de s'adonner à cette œuvre particulière. Déjà en relation avec les autorités religieuses et civiles à cette fin, ils travaillent patiemment à se former des prêtres capables de répondre aux exigences de ce ministère spécialisé.

En août 1954, son Éminence le cardinal Paul-Émile Léger confia aux Trinitaires l'aumônerie de la prison de Montréal (Bordeaux). Le R. P. Yves de Saint-Bernard, son ancien o.s.s.t., premier définiteur provincial, y exerce depuis quatre ans son ministère comme aumônier. Il est assisté dans ses fonctions du R. P. Philemon de la Nativité, O.SS.T. Un frère convers, le R.F. Raymond de l'Eucharistie, O.SS.T., s'acquitte de l'aspect matériel de l'aumônerie. Une demande a été faite au Saint-Siège pour l'érection canonique de cette maison religieuse sous le titre de Jésus-Nazaréen.

UNE MISSION : La mission du prêtre-aumônier est d'abord d'apporter derrière les barreaux le vivant témoignage du Christ qui ne "laisse personne orphelin" et "n'éteint pas la mèche qui fume encore". Il se fait le messager de l'Église auprès de ces âmes "qui gémissent dans les maisons de réclusion où des circonstances, parfois inexplicables, les ont fait entrer par de durs chemins" (15). Il exécute ainsi les plus paternelles directives du Souverain Pontife, entre autres celles de son radiomessage à tous les prisonniers du monde, le 30 décembre 1951 : "Nous nous tenons, dit Pie XII, tout près de votre coeur, tout près de vos familles ruinées par votre absence."

Au plus coupables, il rappelle que : "Les remords les plus lourds peuvent se transformer en repentirs sublimes pour le plus grand bien de la société terrestre et la plus vive allégresse des habitants du ciel."

« Quant aux innocents qui subissent la torture des condamnations injustes, ils sont mes fils de prédilection » (16).

« Quelle suave doctrine à transmettre dans les âmes de ces malheureux pour les amener au repentir ou à la résignation » (17).

UNE COLLABORATION : Appelé, à titre de rédempteur, à l'apostolat auprès des prisonniers, le Trinitaire ne doit pas s'acquitter seul de cette tâche afin d'en assurer le succès. N'est-ce pas désirable qu'il associe à cette œuvre complexe et difficile des auxiliaires laïcs, membres du Tiers-Ordre de la Très-Sainte-Trinité ?

En effet, la section masculine du Tiers-Ordre ne pourrait-elle pas apporter un secours particulier à l'œuvre de charité commencée en faveur des prisonniers ? Ses efforts pourraient porter sur les points suivants :

1) Fournir des lectures intéressantes et saines aux prisonniers, en recueillant régulièrement des livres et des revues de nature à intéresser les détenus.

2) Adopter l'entretien matériel de quelques familles dans le besoin à la suite de l'incarcération du père de famille. (18)

3) Voire même faire des campagnes pour éduquer la conscience du public sur leur ministère la question sérieuse de la réhabilitation sociale de l'ex-prisonnier.

D'autre part, la section féminine pourrait organiser un ouvroir pour la réparation et le raccommodage du linge destiné à vêtir ceux qui, au moment de quitter la prison, n'ont pas de vêtements convenables pour se présenter en public en vue de demander un emploi. Que dire encore des mille et une inventions que découvre un esprit vraiment charitable pour secourir son prochain ? Les besoins commandent aux oeuvres.

UNE VISION D'AVENIR : les œuvres déjà commencées ne sont cependant qu'un présage de celle à venir. Le nombre restreint de nos religieux et les ressources très limitées mises à leur disposition expliquent un peu les modestes réalisations à leur actif. Toutefois leurs désirs apostoliques sont aussi vastes que le pays.

Interrogés sur l'orientation des œuvres de la province pour l'avenir de l'ordre trinitaires au Canada, les membres de notre vénérable Définitoire provincial ont donné la réponse suivante dans leur lettre circulaire du 1ᵉʳ juin 1958 :

"D'autre part, et approuvés en cela par nos Supérieurs: Majeurs de Rome, nous avons fermement l'intention d'accentuer nos efforts, en notre vice-province canadienne, sur les œuvres de miséricorde corporelle, se rapprochant de près ou de loin aux ministères de prisons, de maisons de réhabilitation, d'hôpitaux et autres de mêmes espèces. Voilà qui, à notre avis, spécifie bien clairement nos projets d'avenir tout en indiquant le sens de notre vocation trinitaire." (19)

La confirmation de cette directive par le 8ᵉ décret du Vénérable Chapitre général le 27 mai dernier explicite on ne peut plus clairement en quel sens s'accusera l'évolution de notre Ordre au Canada.

CONCLUSION: Héritiers d'une vivante tradition, les religieux trinitaires canadiens cherchent, selon leurs modestes moyens, à réaliser concrètement en notre XXᵉ siècle l'aspect apostolique de leur double vocation d'adorateurs et de rédempteurs : TRINITAS – REDEMPTIO. Dans les limites de leur rayonnement, ils cherchent à préparer une réponse efficace, en terre canadienne, au vœu du IIIᵉ congrès pénitentiaire international catholique tenu à Fribourg en août 1954 :

"Nous souhaitons vivement l'éclosion de vocations laïques et ecclésiastiques au service des prisons à la condition d’une préalable et authentique formation spécialisée" (20).

(Trinitas, janvier-février 1960 pp.15 à 17) [2]

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[1] Le père Jean-Paul de Jésus, le nom de religieux de Jean-Paul Regimbal.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.

28 mars 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: 26 pays interdisent l'avortement


LES GRANDS ESPACES

 


VISION CATHOLIQUE: Jésus s’est rendu présent sur le chemin de la nuit blessante et mortelle

La souffrance et notre façon d’y réagir jouent un grand rôle dans ce que nous devenons comme personne. Il y a le cri angoissé: Pourquoi? Pourquoi maintenant? Pourquoi moi? Pourquoi mon enfant est-il mort et pas moi a sa place? Pourquoi cette injustice? Cris douloureux qui cherchent une réponse et qui n’en trouvent pas. Cris qui viennent du fond de l’âme.

Jésus Christ n’a pas dissimulé cette question, il l’a posée lui-même avec force sur la croix en disant: « Père, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Mt 27,46)

Cependant, il n’a pas attendu d’explication, il n’a pas fui la souffrance, il ne s’est pas révolté en rejetant la responsabilité du mal sur les autres. Il a tout pris sur lui: tout le mal et toute la souffrance, toute la douleur et tous les pourquoi de tous lieux et de tous temps.

Ainsi, Jésus s’est rendu présent sur le chemin de la nuit blessante et mortelle. C’est pourquoi ou que nous soyons sur ce chemin, quels que soient notre angoisse et notre dégout de la vie, il est là, présent et offrant sa présence .

Mgr Christian Lépine
Créés pour être aimés, Médiaspaul, 2012

LE PRÉSENT DU PASSÉ: La Trinité dans ma vie de famille

La Trinité dans ma vie de famille

Le mystère de la très sainte Trinité, 'par le fait même qu'il est le premier et le plus important de notre foi, trouve des applications multiples dans tous les secteurs de la vie chrétienne. De même que le soleil donne lumière et chaleur à tous les êtres, de même la Trinité donne-t-elle existence et conservation à toute créature. Cependant elle donne davantage à l'âme baptisée puisqu'elle lui communique la participation à sa propre vie intime : la grâce sanctifiante.

Une des applications les plus touchantes de ce sublime mystère me paraît être celle de la vie de famille. En effet, le Christ a puisé au sein de la famille les termes qu'il a jugés les plus aptes à nous donner une idée juste du mystère de sa vie intime.

Lorsqu'il a voulu nous faire connaître la première personne de l’auguste Trinité, il s'est référé à l'idée de Père. Est-il possible de concevoir une famille sans évoquer l'idée d'un père, principe de génération et origine de vie selon la même nature ! Tout ce que ce terme de Père renferme de bonté, de fécondité, de tendresse et d'amour, Jésus l'a transporté sur le plan divin afin de nous faire saisir un peu plus le secret de celui qui est son Père et notre Père. Mais il a toujours pris la précaution de rectifier nos idées en nous faisant remarquer que si ces caractéristiques de la paternité se trouvaient chez les pères de la terre, combien plus devaient-elles se trouver chez votre Père qui est dans les cieux." Et saint Paul complète la révélation sur ce point en rappelant que toute paternité terrestre n'est qu'une participation, qu'une dérivation de la seule véritable paternité : Dieu le Père de notre Seigneur Jésus-Christ !

Quelle source de méditation et d'inspiration que cette vérité pour un père de famille pleinement conscient de son rôle de père ! À lui plus encore qu'à tout autre s'applique la parole du Seigneur : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! Quel modèle n'a-t-il pas devant les yeux pour pratiquer les grandes vertus propres à son état de père : providence, bonté, miséricorde, fermeté, autorité, douceur, magnanimité, etc. C'est bien dans le cœur du mystère de la Sainte Trinité que la spiritualité du père de famille prend sa source la plus authentique et sa signification la plus haute !

Dans la seconde phase de la Révélation chrétienne, Notre-Seigneur a dévoilé les relations intimes qu'il entretenait avec cette première Personne de la divinité qu'il appelait du doux nom de PÈRE. Encore une fois il puise dans la terminologie de la famille le mot le plus expressif pour instruire les hommes sur la nature et la vie de la Seconde Personne de la Trinité. Il a désigné cette personne du nom de FILS !

Le nom de Père lui-même ne peut se concevoir sans se référer à celui de Fils. Qui mérite ce nom de Fils sinon celui qui a été engendré, qui a reçu la vie d'un autre de même nature que lui ? "Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances." Ainsi le Fils est le seul Vrai Fils en qui nous sommes tous Fils de l'unique Père ! Il est le modèle parfait de ces vertus filiales que sont l'obéissance, l'amour, la reconnaissance, la piété et le service désintéressé.

Peu avant sa mort, le Christ clôt le cycle de la révélation trinitaire en enseignant clairement l'existence et le rôle d'une troisième personne en Dieu : celle du Saint-Esprit. Il insiste sur sa procession du Père et du Fils et fait comprendre qu'il est le lien d'amour qui unit le Père au Fils et le Fils au Père. Il le désigne d'abord vaguement sous l'image d'un vent très doux pour préciser de plus en plus cette notion vers l'idée d'un souffle d'amour. Saint Paul complète cette doctrine en disant que l'Esprit-Saint n'est autre que l'Esprit de filiation par lequel nous crions : Abba ! Père ! C'est en somme l’esprit de famille de la Très Sainte Trinité. Mais esprit SUBSTANTIEL, SUBSISTANT et PERSONNEL, possédant lui aussi la plénitude de la nature divine avec le Père et le Fils !

Si dans la "famille" trinitaire il existe ainsi un Esprit d'amour qui assure l'unité des trois Personnes divines, n'est-ce pas pour servir de modèle à cet esprit de famille qui doit lier dans l'unité d'un même amour les différentes personnes de la famille ? Alors la Trinité tout entière devient en quelque sorte le modèle vivant et parfait auquel doit tendre la famille chrétienne digne de ce nom.

Quelle splendide spiritualité ne se dégage-t-elle pas de la contemplation du mystère de Dieu, Un et Trois, dès lors qu'on l'envisage dans le concret de sa vie quotidienne, dans la réalité vivante de sa vie de famille !

C'est pour notre enseignement et pour notre sanctification que Dieu a eu l'insigne bonté de nous révéler les secrets de sa vie intime. Faisons-en notre profit en nourrissant notre vie de la riche substance spirituelle qui se dégage de ce mystère divin ; le premier et le plus sublime de notre foi catholique.[1]

(Trinitas, janvier-février 1960 pp.9 à 11) [2]

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[1] Le texte n’est pas signé mais il fait partie de la série que signe Jean-Paul Regimbal et le style grammatical et rédactionnel lui est propre. Alors, nous lui attribuons le crédit.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.

27 mars 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: 7 trucs pour minimiser les impacts du travail de nuit


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Année centenaire

Année centenaire

L'Ordre de la Très-Sainte-Trinité célèbre en 1960 l'année centenaire de la naissance de son fondateur, saint Jean de Matha. En effet, c'est en 1160, le 23 juin, que naissait à Faucon-des-Alpes celui qui allait illustrer l'Église auprès des misérables captifs en fondant l'Ordre de la Très-Sainte-Trinité destiné à leur rachat et à leur réhabilitation. C'est pourquoi, dès le 8 février, jour où l'Église honore la mémoire de ce saint. Les Trinitaires Canadiens ouvrent solennellement l'année centenaire par des fêtes qui se dérouleront tout au cours de 1960.

Pour plusieurs, saint Jean de Matha est un nom tout à fait nouveau ; pour d'autres ce nom réveille des souvenirs d'un passé illustre, mais hélas, disparu ; pour ceux qui le connaissent et qui l'aiment, ce nom évoque celui d'un apôtre dont l'audace, le génie et la sainteté dépassent les siècles, étant de tous par la divine CHARITĚ.

L'AUDACE : on s'imagine parfois que les saints du Moyen Âge étaient des espèces d'emplâtres qui ne pouvaient trouver leur sécurité intérieure qu'en se calfeutrant paisiblement dans le silence des cloîtres.

Pourtant, la vérité est tout autre ! L'audace était une des qualités dominantes des grands fondateurs médiévaux tels Jean Matha, François d’Assise et Dominique Guzman !

Pour se faire une idée de cette audace, il suffit de relire les Origines de l'Ordre trinitaire. Imaginez un instant un docteur en théologie, ordonné de fraîche date, qui, à la suite d'une vision céleste, se lance, aidé de cinq compagnons, à la solution d'un problème épineux : l'esclavage, ennemi numéro 1 de la chrétienté du XIIᵉ siècle.

Quelle folie ! Un professeur qui se fait entrepreneur, voire même commerçant ! Une demi-douzaine d'hommes voulant régler en quelques années un problème millénaire impliquant le trafic de millions d'esclaves. Une poignée – j'allais dire une pincée – de religieux s'affrontant au bloc musulman. Allons donc ! Ce n'est plus seulement de l'audace ; c'est de la témérité !

Et pourtant Jean de Matha a vaincu le sarcasme, et ce faisant, il vainquit l'ESCLAVAGE.

LE GÉNIE : Mais pour être juste, il faut bien remarquer que souvent l'audace est le signe du génie. La vision supérieure des génies jouit d'une telle ampleur qu'elle leur permet d'entrevoir comme possibles les exploits les plus fantastiques : souvenons-nous de l'expérience satellite-spoutnik et celle de la face inconnue de la lune !

Sur le plan surnaturel, saint Jean de Matha fut doté de cette vision suprasensible. Illuminé par les clartés prodigieuses d'une vision céleste au matin de sa première messe, il a entrevu sous un angle nouveau, non seulement le problème de la rédemption, mais l'organisation même de la vie religieuse qui rendrait possible cette mission de charité auprès des captifs.

Il a commencé par un voyage d'éclaireur afin de prendre une connaissance expérimentale de la situation tragique. Armé de ces informations précises, il revient à Cerfroid dès 1194 pour y jeter le germe d'une œuvre nouvelle qui deviendrait un jour un arbre puissant : l'Ordre de la Très-Sainte-Trinité.

Dans la solitude des bois de Gandelu, en compagnie de son compagnon, l'ermite Félix de Valois, il élabore pendant quatre longues années une règle de vie religieuse dont l’audace n’avait d’égale que le génie qui l'inspirait !

Cette conception révolutionnaire de la vie monastique allait ouvrir les portes du cloître sur le monde. Et les religieux pourraient désormais quitter le cloître pour aller exercer leur ministère de charité, non plus dans les cadres de la paroisse, non plus dans les limites du diocèse, mais bien aux extrémités de la terre en lointaine barbarie ! Plusieurs ont crié au scandale, d'autres à la profanation, d'autres enfin à la perte systématique des âmes qui s'engageraient dans des voies aussi imprudentes.

Avec le recul des siècles, nous pouvons aujourd'hui nous rendre compte que cette règle nouvelle donna le coup de barre définitif qui permit la fondation successive des grands ordres religieux : les Franciscains, les Dominicains, les Carmes, les Servites, etc. Heureuse folie qui nous mérita d'aussi nobles conséquences ! Du coup naissaient les ordres à vie mixte et les ordres missionnaires !

LA SAINTETÉ : Cette conception grandiose et féconde est le résultat d'un esprit dans lequel les dons de sagesse, d'intelligence et de conseil agissaient éminemment. Jean de Matha réussit ces exploits "extravagants" tout simplement parce qu'il se mettait. En toute confiance dans les mains de Dieu. Son amour envers la très sainte Trinité, amour cultivé dans son âme d'enfant par une mère des plus chrétiennes, fut pour lui la source vive d'où s'écoulaient sans fin des flots de charité.

Y eut-il jamais âme plus compatissante envers les souffrances et les misères des pauvres esclaves ? Par deux fois, en 1201 et en 1207, il se rendit personnellement sur les rives du Maroc et de la Mauritanie pour retirer des mains musulmanes les captifs chrétiens. Son cœur ne battait que pour le soulagement de leurs peines et la libération de leur personne. Il voyait, chacun des captifs, des temples vivants de la Trinité soumis à la profanation de l'esclavage ; en chacun, il voyait un membre souffrant du Christ qu'il fallait à tout prix soulager.

Sa vie entière fut une consécration à la délivrance de la misère humaine. Expéditions de rachats, fondations d'hôpitaux, formation de Rédempteurs actifs, voilà autant de preuves du volcan de charité qui bouillonnait au tréfonds de son âme d'apôtre. Témoins encore, ces étincelles d'amour qui jaillissaient sans cesse de cette fournaise incandescente, paroles coutumières à saint Jean de Matha : "Quand viendra-t-il le jour où je pourrai me vendre moi-même pour racheter l'un de mes frères en esclavage !" "Je ne crains que Dieu seul, et je le crains à tel point que je préférerais mourir mille fois plutôt que de l'offenser légèrement."

Ce grand contemplatif du mystère de la Trinité ne prit jamais prétexte de contemplation pour éviter l'action car selon lui "L'œuvre et les peines de la rédemption sont une contemplation, alors que la contemplation est aussi rédemption !"

CONCLUSION : Voilà, en traits larges et grossiers, la stature de celui dont nous voulons cette année honorer la mémoire.

Après huit siècles, il est aussi vivant, aussi agissant et aussi dynamique qu'en ce matin du 17 décembre 1198, jour où il recevait d'Innocent III la bulle d'approbation de son œuvre : l'Ordre de la Très-Sainte-Trinité pour la rédemption des captifs.

P. Jean-Paul de Jésus, o.ss.t.[1]

(Trinitas, janvier-février 1960 pp. 5 à 8) [2]
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[1] Le père Jean-Paul de Jésus, le nom de religieux de Jean-Paul Regimbal.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.

26 mars 2026

EN LIBERTÉ: Trop gentil pour être heureux


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Résolutions du nouvel an

Résolutions du nouvel an

Comme la plupart d'entre vous, chers lecteurs, la direction de la revue doit prendre, elle aussi, de bonnes résolutions au début de l'an neuf ! Mais prendre une résolution n'est pas toujours une garantie de la tenir jusqu'au bout. C'est pourquoi la Direction vous invite dès aujourd'hui à la clémence si, par moments, elle devait manquer à l'une ou l'autre des résolutions prises devant vous. Quoi qu’il en soit, voici les projets pour l'année 1960.

I) Une parution périodique stable : nous sommes tout aussi désolés que vous du retard de ce numéro. Mais, il faut y voir la main de la Providence pour la réalisation d'un plus grand bien. Les hommes, fussent-ils directeurs de revues religieuses, ne sont pas exempts des vicissitudes de la nature : ils doivent eux aussi payer un tribut à la maladie lorsqu'ils ont dépassé les limites de leurs forces…

2) Une nouvelle présentation : nouvel an, nouvel habit ! Au cours de cette année 1960, la Revue TRINITAS projette de changer son titre latin – peut-être un peu trop savant – pour le titre français "TRINITE ET VIE". Il y aurait à cela un double avantage : d'abord celui d'enlever le préjugé que cette revue ne s’adresse qu'aux membres du clergé et qu'au public des fins lettrés (en raison de son titre LATIN) ; ensuite c'est pour exprimer d’une façon concrète le but de cette revue : celui de guider les fidèles vers une vie chrétienne plus profonde en basant cette vie sur le mystère primordial de notre foi, la très sainte Trinité.

3) Un plus grand nombre d'abonnés : il faut que le bien se répande le plus possible. Les enfants de la Lumière doivent être aussi habiles que les enfants des ténèbres. Il n'y a pas une seule revue qui diminue son tirage d'année en année : c'est pourquoi l'objectif fixé pour l'année en cours est de 5 000 abonnés avec l'espoir d'atteindre 10 000 abonnés pour 1961.

À cet effet, nous ouvrirons cette année encore un grand concours d'abonnement qui se terminera le 20 octobre prochain. Ce concours commencera dès la parution du premier numéro de "TRINITE ET VIE" en mai prochain. C'est vous dire, chers lecteurs, combien nous comptons sur chacun d'entre vous pour répandre la bonne littérature et la riche spiritualité contenues dans les pages de VOTRE REVUE !

4) Un plus grand nombre de pages : si tout fonctionne d'après nos prévisions pour cette année, le premier numéro de TRINITE ET VIE aura non plus 16 pages comme TRINITAS, mais bien 32 pages de texte vivant, enrichissant, dynamique et… sanctifiant !

5) De nouvelles rubriques : avec l'accroissement de pages, vous verrez paraître de nouvelles sections dont la plus intéressante portera le nom : "LE COURRIER DU P. CHARLES", chronique morale rédigée par la plume originale du R. P. Charles (Lebel) de l'Immaculée-Conception, o.ss.t. Une autre section, chargée de nouvelles "catholiques" : "CATHOLICISME AUJOURD'HUI, vous apportant périodiquement les grandes nouvelles catholiques du monde entier. Votre reporter sera le R.P. Rosaire de Saint-Jérôme, o.ss.t.

6) Une section d'annonces : pour aider au financement de cette revue très dispendieuse, nous aurons recours à des bienfaiteurs qui voudront bien subventionner notre œuvre en faisant publier dans nos pages leurs cartes d'affaires. Nous encourageons vivement nos lecteurs à patronner nos annonceurs par leur clientèle assidue.

Comme ce numéro est le premier à paraître depuis l'an nouveau, la direction de la Revue offre à ses lecteurs de voeux sincères vœux de BONNE, SAINTE, ET HEUREUSE ANNEE 1960.

R.P. DIRECTEUR [1]

(Trinitas [2], janvier-février 1960, pp. 3 et 4)

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[1] Le R.P. Directeur est le père Jean-Paul de Jésus, le nom de religieux de Jean-Paul Regimbal.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.