HISTOIRE: Joseph Guibord, le damné

Joseph Guibord, le damné

Par Benoît Voyer

3 février 2026

En 1875, l'évêque catholique de Montréal, Mgr Ignace Bourget, maudit le petit coin du Cimetière Notre-Dame-des-Neiges où est enterré Joseph Guibord, un imprimeur de Montréal, excommunié du catholicisme à cause de son appartenance à l'Institut canadien. Ainsi chassé du royaume des ressuscités, Guibord est condamné à errer en enfer, au pays des damnés.

L'affaire Guibord est la plus grande saga qui a marqué l'histoire du cimetière du chemin de la Côte-des-Neiges.

L'histoire débute en 1844. Cette année-là, environ 200 jeunes fondent l'Institut canadien. Cet organisme défendait les principes démocratiques et républicains : souveraineté du peuple, suffrage universel, séparation de l'Église et de l'État, instruction publique laïque, abolition de la classe seigneuriale, réformes constitutionnelles et judiciaires.

La bibliothèque de l'institut fut rapidement la cible des attaques de Mgr Bourget. Dans cette bibliothèque publique, la seule ouverte gratuitement aux citoyens montréalais, il était possible de consulter 9000 ouvrages et des publications de partout sur la planète. Le clergé estimait que cette collection de bouquins contenait des ouvrages immoraux. Pourtant, il s'agissait des œuvres des grands écrivains de l'époque.

Prenant de plus en plus de place au Québec, car il y avait des noyaux de l'organismes dans plusieurs régions de la province, les autorités catholiques décidèrent d'en finir avec l'institut. Ils tentèrent même de créer, avec l'aide des Jésuites et des Sulpiciens, des mouvements parallèles, mais rien ne levait.

Le clergé fit donc circuler une pétition demandant la démission en bloc des membres de l'institut. Sous la pression populaire, 150 des 700 membres se retirèrent pour fonder l'Institut canadien-français, sous l'autorité de l'Église.

Ayant épuisé toutes ses ressources, Ignace Bourget décide de trancher. Il condamne d'excommunication tous ceux qui demeurent dans le regroupement. Ceux qui restent sont condamnés à finir leur existence à brûler en enfer.

Comble de malchance, Joseph Guibord décède le 18 novembre 1869. Le curé de la paroisse refuse de l'inhumer, sauf dans la partie réservée aux criminels. L'épouse de Guibord, Henrietta Brown s'objecte. Le corps est déposé au cimetière protestant et des procédures judiciaires débutent. L'affaire finit sa course à Londres. L'ordonnance du 28 novembre 1874 somme l'Église catholique d'inhumer l'imprimeur dans la partie honorable du cimetière.

Les funérailles sont fixées au 2 septembre 1875, sans la présence de la femme de Guibord décédée deux ans plus tôt. Ayant été exhortés à la messe du dimanche à ne pas laisser le cimetière se profaner, des manifestants catholiques armés de revolvers, de bâton et de cailloux empêchent la dépouille d'entrer. Les obsèques sont remises au 16 novembre. Cette fois-ci, des centaines de policiers et des milliers de soldats empêchent les manifestants de s'objecter à l'ordonnance royal.

Le 8 septembre 1875, dans une lettre pastorale, Mgr Bourget informe ses ouailles que la partie du cimetière où sera enterré Guibord est maudite et qu'elle ne fait plus officiellement partie de l'endroit

La tombe de Joseph Guibord fut insérée dans du béton, car des fanatiques menaçaient d'enlever le corps. Quelques jours après l'enterrement, la tombe est fracassée à coup de masse. La légende raconte que c'est là l'œuvre de Satan qui est venu chercher son disciple.

VISION CATHOLIQUE: Il faut accepter de partir en Exil

Jérémie
Il faut accepter de partir en Exil

Par Benoit Voyer

3 février 2026

Je trouve intéressant ce que me disait un jour le théologien Bertrand Ouellet [1] :

« Notre époque ressemble beaucoup à celle de Jérémie. Vous vous souvenez de cette période d’exil ? […] Lorsqu’il était jeune, il a vécu la réforme de Josias, la grande réforme deutéronomique où tous les espoirs étaient permis. C’était une époque de grand renouveau. C’était un peu comme notre concile Vatican II. [Dans la quarantaine] il commençait à désespérer. Il voyait bien que la catastrophe s’en venait. Il faisait des oracles : Attention ! Si on ne change pas, tout va s’effondrer ! Quelques années plus tard, il dit : « Il faut s’en aller en exil parce que tout s’écroule. » Là-bas, en exil, le peuple juif n’avait plus de roi, de temple et de terre promise. Les Israélites ont donc réinventé leur foi sans les supports institutionnels qu’ils avaient avant. »

Je lui demande alors : si les chrétiens décident de suivre leur exemple, que doivent-ils faire?

Il me répond sans hésiter : « On se concentre sur l'essentiel, comme les Israélites ont fait à l’époque. Ce n’est pas rien ! Ils approfondissent leur foi ! Durant cette période, ils ont même écrit les textes de la Bible… » […] Peut-être que les supports institutionnels doivent tomber. Et Dieu sait à quel point ça fait mal quand ça tombe. Ça va prendre, comme à l’époque de Jérémie, une bonne vie ou deux pour relever tout ça. On en est donc juste à voir les débuts de l'exil. »

Bertrand Ouellet insiste : « Il faut commencer par ne pas éteindre le feu et, surtout, il ne faut pas revenir en arrière. Il faut accepter de partir en exil. »

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[1] Cf. Benoit Voyer. « Bertrand Ouellet, directeur général de Communication et société », Revue Sainte Anne, février 2003, pages 57 et 77.

VISION CATHOLIQUE: Monsieur le Cardinal Gérard-Cyprien Lacroix


VATICAN (BV) - Ce 2 février 2026, Monsieur le Cardinal Gérard-Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, a participé dans la Basilique Saint-Pierre, au Vatican, a la messe solennelle présidée par le pape a l'occasion de la fête de la Présentation de Jésus au Temple.

EN MUSIQUE: La chanson du pêcheur (André Thériault)


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Les confidences de Sœur Angèle

Les confidences de Sœur Angèle

« La nourriture est un beau moyen d'entrer en contact avec ses petits-enfants. Le sucre à la crème est généralement irrésistible! Une recette c'est comme un évangile ... C'est plein d'amour. »

MONTRÉAL - En l'espace de quelques minutes, sœur Angèle Rizzardo est consacrée superstar. Cette religieuse, membre de l'Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil fondé par Marie Gérin-Lajoie, n'en revient toujours pas. Un après-midi, alors qu'elle remplace un collègue de l'Institut de l'hôtellerie et de l'alimentation du Québec pour une simple démonstration culinaire à l'émission télévisée Allo Boubou à la Société Radio-Canada, elle devint, malgré elle, une coqueluche du petit écran. En quelques minutes, la cuisinière inconnue s'impose comme l'amie de tous les Canadiens francophones. Connue pour sa bonne bouffe, sa spiritualité et sa vie intime demeurent des mystères. À l'occasion de la sortie du livre « Les trois vies de Sœur Angèle » elle a accepté de lever le voile. Voici une interview exclusive réalisée dans l'intimité de sa résidence du boulevard Saint-Joseph, le Hollywood de sa congrégation religieuse catholique.

Par Benoît Voyer, journaliste

Revue Sainte Anne - La vie trépidante que vous menez depuis tant d'années ne semble pas avoir ébranlé la foi en votre Dieu. Quelle est votre recette?

Sœur Angèle - Je dois prier quotidiennement pour garder la foi. Ce n'est pas acquis! Ma vie est comme celle d'un couple marié ... L'homme et la femme doivent être présents l'un à l'autre pour stimuler leur relation d'amour! C'est la même chose dans la relation que j'ai avec mon Jésus.

À chaque jour, je lui dis : « Je te remercie de m'avoir choisie. » La foi, c'est-à-dire l'acte de croire en son amour, est un cadeau merveilleux qu'il m'offre. J'aurais pu faire autre chose dans la vie, mais il m'a amoureusement choisie. D'ailleurs, il choisit presque toujours des gens ordinaires, comme vous et moi!

Revue Sainte Anne - Quel est le lien entre votre travail et la foi que vous tentez de vivre?

Sœur Angèle - Pour moi, le poêle et la table sont comme une offrande, comme une messe ...

Revue Sainte Anne - C'est une belle métaphore, mais vous êtes une religieuse! Votre travail est de nourrir le coeur des gens de la Bonne nouvelle de votre Jésus!

Sœur Angèle - Je vous rappelle que le corps et l'esprit sont des complices. Si un corps est mal nourri, l'esprit ne peut pas cheminer vers mon Jésus!

Revue Sainte Anne - Il est étonnant de constater à quel point les artisans des médias vous aiment! Ils apprécient votre respect et vous le rendent bien.

Sœur Angèle -
Ils me disent souvent: Merci de ne pas nous avoir cassé les oreilles au sujet de votre Jésus, votre époux.

Sœur Angèle - Le respect des autres est très important pour moi. J'essaie de toujours imiter Jésus lorsqu'il disait: Si tu m'aimes, allez viens! Suis-moi! Viens marcher à ma suite! Il n'a pas dit: Écoute-moi! Je suis Jésus le Messie! Je suis quelqu'un, moi! Alors, pas besoin de parler! Il me suffit d'être présente dans mon milieu de vie en montrant que nous, les Chrétiens, sommes des personnes différentes, particulièrement au chapitre du pardon. En 2002, si chacun avait un petit brin plus de respect en l'être humain, tout irait mieux!

Revue Sainte Anne - Vous parlez donc de lui par votre exemple…

Sœur Angèle - Ma mère, qui a maintenant 95 ans, m'a dit dernièrement: Tu sais, parfois la vie est difficile. Il faut apprendre à se dire: Le Seigneur nous a mis sur la terre parce que nous avons une mission à accomplir. Tu as ta façon à toi de parler de lui!

Revue Sainte Anne - Pour la société québécoise contemporaine, votre Jésus, votre amoureux, c'est de l'histoire ancienne.

Sœur Angèle - Plus ça va, plus les gens vont avoir besoin de lui. Il y a eu une évolution dans la société. Les gens ont reçu beaucoup de lui, et là, ils l'ont oublié. C'est comme quelqu'un qui dit: « Bien là, j'ai assez d'argent ... Je ne passerai pas à la caisse. » Il met la banque en état d'attente. C'est la même chose pour la foi! Bien des gens ont mis Jésus en situation d'attente, sur la tablette. Par chance, il est patient! C'est sa manière de nous montrer qu'il nous aime.

Revue Sainte Anne - Comme Marie Gérin-Lajoie, vous avez une mission bien particulière. Vous arrive-t-il de vous comparer à la fondatrice de votre institut religieux?

Sœur Angèle -
Me comparer à elle serait une chose prétentieuse parce que c'était une femme audacieuse.

Revue Sainte Anne - Mais vous êtes audacieuse!

Sœur Angèle –
[elle fait silence et pense à haute voix] Oui, mais avec mon style à moi ... Elle disait, soyez, dans la société, des femmes présentes, audacieuses et qui prennent en main les choses. [Elle continue sa réflexion, après une brève rentrée en elle] J'ai peut-être un peu reçu d'elle parce qu'elle m'a saisie cette femme! [Ses yeux s'illuminent et une joie s'installe dans son visage en pensant à elle] La première fois que je l'ai rencontrée, elle m'a touchée le coeur. Elle m'a vraiment touchée!

Comme moi, elle avait une grande admiration pour la nature et pour l'être humain. Elle ne faisait pas de sélection et respectait chacun et chacune dans son cheminement. Elle disait: Nous sommes tous au service de Dieu et des êtres humains. Nous devons demeurer humbles, pauvres et audacieuses. Elle nous invitait à oser ... Quelle femme merveilleuse!

Revue Sainte Anne -
Vous avez montré au peuple québécois un autre visage de la religieuse. À votre façon, vous aussi avez beaucoup osé!

Sœur Angèle - Cette carrière publique est arrivée à mon insu. Si j'avais su, j'aurais eu peur! Croyez-moi! C'est en suivant l'exemple de Marie Gérin-Lajoie que j'ai accepté d'être là, au service des gens.

Revue Sainte Anne - Marie Gérin-Lajoie vous aurait permis une telle mission publique?

Sœur Angèle - Je me suis toujours sentie comprise de cette femme. Elle croyait en ce que je faisais. Elle m'a tellement fait confiance que j'ai pris confiance en ce que je fais. Elle voyait toujours quelque chose de grand dans l'être humain.

Revue Sainte Anne -
Comme vous…

Sœur Angèle -
Je suis entière. Lorsque je suis avec vous, je ne suis pas ailleurs. J'oublie tout…

Revue Sainte Anne - Au fil des ans, quelle valeur avez-vous voulu transmettre au public?

Sœur Angèle - L'amour de la famille. Présenter un petit plat, c'est une façon de dire l'amour. Je me suis toujours sentie complice de mon mari, de Jésus. C'est lui le plus grand. Imaginez ce qu'il a fait: La multiplication des pains, des poissons, du vin ... Il commençait toujours par nourrir les gens. Il s'assurait toujours que le vin soit toujours de bonne qualité du premier jusqu'au dernier verre ...

Revue Sainte Anne - Vous ressemblez vraiment à votre fondatrice!

Sœur Angèle – [elle sourit bien humblement et ne répond pas à ce commentaire. Elle préfère continuer sur une autre voie. Elle se permet une confidence] Un jour, Marie Gérin-Lajoie m'a dit: Vous savez, ma p'tite sœur, le Seigneur va vous demander une mission pas comme les autres. Lorsque vous commencerez à avoir un petit filet blanc dans les cheveux, il y aura une nouvelle mission pour vous, une mission différente et spéciale.

Revue Sainte Anne - Elle était clairvoyante!

Sœur Angèle - Oui! À cette époque, je pensais que je partirais pour l'Italie afin de fonder une mission! Ce n'était pas ça du tout! (Rires) C'était la vie publique qui m'attendait…

Revue Sainte Anne - Le livre biographique de la journaliste Catherine Yoffé paru il y a quelques mois, aux Éditions Québec/Amérique, révèle plusieurs de vos petits secrets. On y apprend, notamment que vous êtes « enfant de la guerre ». C'était la Deuxième Guerre mondiale.

Sœur Angèle - Je suis née au combat! Pour moi, la vie est un combat constant. Celui-ci ne doit pas en être un de tristesse, mais d'abandon, de service et d'amour en vivant un instant à la fois. Pour moi, chaque seconde ne peut pas se passer de la même façon parce que chacune est importante dans ma vie quotidienne.

Revue Sainte Anne - C'est la guerre qui a formé votre intériorité. On dirait que les enfants qui la connaisse sont façonnés avec plus de solidité en eux!

Sœur Angèle - Si les enfants d'aujourd'hui vivaient dix jours de ce que les enfants ont vécu de 1938 à 1945, ils seraient effectivement plus forts! Il faut dire aux jeunes que la vie est belle. Il y a toujours un dépassement dans celle-ci. Après les orages et la pluie, il y a toujours du soleil. Vous comprenez? Il y a toujours de l'espérance. Malgré les difficultés, il faut être forts comme les enfants au front. Avec un coeur rempli d'amour, il est possible de passer à travers toutes les épreuves. Pour arriver à apprécier la vie, il faut savoir faire silence en soi.

Revue Sainte Anne - Une petite prière avec ça? [lance à la blague le représentant de la Revue Sainte Anne, comme la petite fille de chez Mc Donald qui demande « Un chausson avec ça? »]

Sœur Angèle - (rires) Pourquoi pas! Le mal à l'âme de la jeunesse d'aujourd'hui serait moins grand si elle savait s'arrêter pour prier. Quand on ne sait guère comment prier, la vie est plus difficile. La prière aide à espérer...

Revue Sainte Anne - Qui leur enseignera?

Sœur Angèle - Peut-être les grand-mamans! Et puis, elles sont moins occupées que les parents! Elles peuvent encore faire bien des choses ... Elles ont un rôle extraordinaire! Celui-ci est essentiel. La mission de grand-maman est d'être présente et à l'écoute de ses petits-enfants. Imaginez l'effet qu'a la nourriture chez un enfant qui arrive chez sa grand-maman! La nourriture est un beau moyen d'entrer en contact avec ses petits-enfants. Le sucre à la crème est généralement irrésistible! Une recette c'est comme un évangile ... C'est plein d'amour.

Revue Sainte Anne - Nous apprenons, dans le livre de Catherine Yoffé que vous avez survécu aux bombes! Cela a dû être terrible!

Sœur Angèle - Il y avait plein d'enfants morts autour de moi. J'étais pleine de sang et de poussière ...

Revue Sainte Anne - Vous rappelez-vous ce qui se passait dans votre tête de gamine au moment où les bombes tombaient autour de vous?

Sœur Angèle - Comme si c'était hier! C'était terrible! Vraiment terrible! Je n'aime pas raconter ce que j'ai vu ... Depuis la guerre, à chaque fois que je me retrouve dans une situation extrême et que je ne sais plus ce qui va m'arriver inconsciemment, je penche toujours ma tête dans la position du foetus. Je ressens toujours le choc. C'est encore terrible! Épouvantable!

Revue Sainte Anne - La position du foetus est une position d'abandon…

Sœur Angèle - C'est un peu ça... Lorsqu'on sent la mort qui approche, on redevient comme des enfants. Tout ce qu'on réussit à faire, c'est de s'abandonner.

Revue Sainte Anne - Comme votre cher Niko a fait lorsqu'il est mort!

Sœur Angèle – [Elle s'enlise dans un long silence ... Des larmes remplissent ses yeux. Le souvenir de son cousin et ami d'enfance, décédé à l'âge de 8 ans, la plonge dans une grande tristesse. Ses yeux bleus deviennent gris. En sanglotant, elle tente de continuer l'entretien, mais ce sera son dernier propos] …Je suis sûre qu'il est à la source de ma vocation.

Revue Sainte Anne - Il veille sur vous depuis votre jeunesse ... C'est votre ange gardien?

Sœur Angèle - ... [elle répond positivement par un signe de la tête].

Revue Sainte Anne - Merci pour vos confidences.

(Revue Sainte Anne, février 2002, pages 57 et 73)

2 février 2026

VISION CATHOLIQUE: Jésus et la souffrance

Jésus et la souffrance

Par Benoit Voyer

2 février 2026

A la lumière des évangiles, on constate que Jésus n’était pas très chaud devant la souffrance puisqu’il nous invite à la combattre comme lui-même l’a fait.

Jésus a connu la souffrance [1], il a eu de la difficulté à l’accepter [2], il a été vulnérable aux individus qui sont dans cette situation que soit physiquement [3] ou spirituellement [4].

Pourtant, le Christ ne l’a pas freinée, lui qui fut le Fils de Dieu. Cela était associé à la réalité de l’incarnation qu’il venait vivre sur la terre [5].

Il a vécu sa souffrance comme étant un moment privilégié de foi au Tout-Puissant [6] et pour aimer les autres [7]. De la même façon, il nous invite à réagir.

En suivant l’enseignement de Jésus, nous sommes appelés à répondre à nos moments de douleurs en la luttant, par la confiance [8], en allant plus loin que le mal par un appel à la perfection de l’amour [9] et par à accomplir, du mieux que l’on peut, la volonté du bon dieu [10].

Lorsqu’on s’attarde aux récits bibliques, on en vient à la conclusion que Dieu ne prescrit pas la souffrance. Elle est de notre univers fini, c’est-à-dire notre monde en attente de résurrection. Il veut que j’aie foi en lui et que j’aime les gens autour de moi.

De plus, Jésus m’invite à combattre la douleur de toutes formes.

Si je sais bien vivre ma souffrance a la manière de Jésus, c’est-à-dire dans la confiance au Père, et dans la charité pour les autres, ma souffrance peut devenir une semence de vie et porter un peu d’éternité dans ma vie et celle des autres.

Sans aimer la souffrance, je peux l’apprivoiser [11]. Comment? En m’abandonnant a la tendresse de Dieu. Elle peut devenir une source de paix et de sérénité, car l’amour que Dieu me manifeste en ces instant me met sur le sentier de la Résurrection. Après chaque vendredi saint, il y a un jour de résurrection. Après la pluie surgit le beau temps. A la fin de la nuit sombre, apparait toujours un soleil radieux.
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[1] Cf. Jn 11,35; Mc 8,17; Mc 14,50; Mc 15, 16-20
[2] Cf. Mc 14,35-36a; Lc 22,43
[3] Cf. Mc 1, 29-31; Mc 5, 25-34; Lc 7, 11-17; Mc 5, 21-24; Mc 5, 35-43; Mc 9, 14-29
[4] Cf. Mc 1, 21-28; Mc 2, 1-12; Jn 8, 1-11
[5] Cf. Phil 2, 6-8a
[6] Cf. Lc 22,42; Lc 23,46
[7] Cf. Mt 26,28; Lc 23,43
[8] Cf. Ap 7,17; Ap 21,4
[9] Cf. Mt 5, 43-48
[10] Cf. 1 Cor 10, 31-33
[11] Benoit Voyer. Jésus et la souffrance, chronique Au-delà du visible, L’Hebdo granbyen, 22 février 1995, p.8 https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/05/jesus-et-la-souffrance.html 

EN MUSIQUE: Seulement qu'une aventure (Offenbach)



LE PRÉSENT DU PASSÉ: Abbé Roland Leclerc

Abbé Roland Leclerc

« Il m'est déjà arrivé qu'une femme me dise : Je suis en amour avec toi! »

Par Benoît Voyer


Les femmes, l'amour et la sexualité sont des thèmes dont peu de gens osent parler avec un ministre ordonné. Dans l'imaginaire collectif, le prêtre catholique est perçu comme un homme qui n'a pas de pulsions émotives et sexuelles, un être asexué. Il y a quelques semaines, à l'émission radiophonique « Les p'tits bonheurs », présenté le samedi de 21h à 23h sur les ondes de Radio Ville-Marie, l'abbé Roland Leclerc, présentateur des émissions télévisées « Le Jour du Seigneur » (SRC) et « Parole et vie » (VOX), a accepté de se mettre à nu.

QU'EST-CE QUE L'AMOUR POUR VOUS?

Pour moi l'amour est l'accueil d'une présence qui fait vivre et stimule le don de soi. Il ne peut pas y avoir d'amour égoïste. L'amour demande une réciprocité. C'est accueillir une présence qui me dérange. Il y a quelqu'un qui disait : Le plus grand tour qu'on peut jouer à quelqu'un est de l'aimer. L'amour, dans le don de moi-même, peut m'amener à une forme d'émerveillement. Il peut aussi être une invitation à me dépasser et à être attentif, à faire attention à l'autre.

MAIS ... AVANT D'AIMER LES AUTRES, IL FAUT S'AIMER SOI-MÊME! « TU AIMERAS LE SEIGNEUR TON DIEU [...] ET TON PROCHAIN COMME TOI-MÊME »

Je ne sais pas s'il y en a un qui vient en premier ... Et je ne suis pas très chaud avec cette approche qui dit « aime-toi d'abord et après tu pourras aimer les autres ». J'ai été éduqué dans la reconnaissance ... J'ai d'abord été aimé par mes parents au sein de ma famille. Et cet amour m'invite à me dire : Qu'est-ce que je fais maintenant avec cela? C'est là que s'ouvre pour moi la capacité, en reconnaissant que quelqu'un m'aime et que je suis aimable, de découvrir que je peux rendre service au nom de l'amour et avec l'amour.

J'ai un peu peur de ces approches qui disent de s'aimer d'abord avant d'aimer les autres. Je pense qu'on aura jamais fini de s'aimer soi-même d'abord. De plus, il y a un trop grand risque à en venir à être trop tourné sur soi. Pour moi, le véritable amour est accueil et don.

Je crois qu'une personne va finir par s'aimer soi-même dans la mesure où elle sera capable de prendre conscience qu'elle rend service, qu'elle donne gratuitement sans rien attendre en retour.

VOUS AVEZ FAIT L'OPTION DE NE PAS VOUS ENGAGER AUPRÈS D'UNE FEMME ... CE N'EST PAS TELLEMENT À LA MODE AUJOURD'HUI. COMMENT BIEN VIVRE SON CÉLIBAT DANS UNE SOCIÉTÉ QUI VANTE LES MÉRITES DE L'HÉDONISME?

C'est en étant ancré dans le vrai monde. Si je n'étais qu'un intellectuel enfermé dans un bureau, dans une mécanique exempte du vrai monde, des vrais problèmes, de la vraie foi et de la vraie joie, je ne pourrais pas bien vivre mon célibat. J'ai besoin d'être lié à une communauté chrétienne où je découvre qu'il y a des gens qui m'aiment.

J'ai peur comme la peste de ce que j'ai entendu dire ... Il y aurait des prêtres, des curés, qui sont devenus des vieux célibataires rabougris qui n'ont pas de plaisir et qui, dans le fond, ne sont pas adorables. Ils sont devenus des dictateurs dans leurs manœuvres avec les gens. Je demande au Seigneur de me protéger de ça! Ma vie de célibataire se vit bien dans l'expression de mes passions intérieures liées à mes options de foi, de vie et de service que j'essaie de renouveler et de vivre concrètement dans ma vie de prêtre, dans mon travail en paroisse et dans les médias.

Ça me prend aussi la prière… Je dois me ressourcer parce qu'il y a des fois où je me sens sec. Je ne sais pas si c'est le Seigneur qui fonctionne comme ça avec moi, mais il y a des bouts de temps où ce n'est pas tellement stimulant. Il me semble que je perds un peu le goût de faire ce que j'ai à faire, à être présent là où je dois l'être ... C'est dans ces moments que je me retire pour prendre le temps de me ressourcer et prier afin de retrouver un souffle de vie.

VOUS ÊTES AUSSI UN HOMME, UN ÊTRE SEXUÉ. QUEL SENS PREND LA SEXUALITÉ DANS VOTRE VIE DE PRÊTRE ET DE CÉLIBATAIRE?

Ma sexualité est une façon de manifester que je suis bien articulé. Je suis un homme. Il y a des femmes. J'ai des amies de femmes et, je vous avoue, des femmes qui sont très belles. Pour moi, c'est important de pouvoir reconnaître cela et reconnaître que ces femmes sont remplies de talents, d'audace et de goût.

Le point d'expression de ma sexualité ... [Un silence ... Il plonge en lui...] …Même si je suis assez réservé, je suis capable d'embrasser une amie ou de la prendre dans mes bras. J'essaie de garder en moi cette forme de liberté de ne jamais vouloir la posséder. La phrase de l'Évangile qui dit « quiconque regarde une femme en la désirant secrètement dans son cœur a déjà commis l'adultère » n'est pas une prescription de loi, mais une loi du cœur et de l'esprit.

En ce sens, dans mes relations avec mes amies féminines, il est important de dire à celles-ci: voici ce que je suis, voici ce que je porte et voici ce que je découvre.

Ainsi donc, la relation d'amour est, pour moi, l'accueil d'une présence.

Il m'est arrivé qu'une femme me dise : « Je suis en amour avec toi! » J'aurais bien pu me servir de ça! Il n'en est pas question. Avoir répondu de manière hédoniste aurait trahi ce que je crois : L'amour ne domine pas, ne possède pas. J'aurais éventuellement brisé le cœur de cette femme.

Aimer pleinement c'est vivre en situation de vérité

BIEN DES GENS IMAGINENT LE PRÊTRE COMME QUELQU'UN D'ASEXUÉ...

Cela n'a pas d'allure! (rires)

QU'EST-CE QU'IL NOUS FAUT FAIRE POUR VOUS MANIFESTER NOTRE AMOUR?

Être vrai. L'authenticité m'émerveille ... Je suis intéressé par les gens qui vivent de l'étincelle du cœur. Ça me touche beaucoup!

LES FEMMES NE VOUS INTÉRESSENT PAS?

Je ne suis pas créé de bois. Je ne suis pas insensible à la beauté chez la femme -loin de là(!) -, mais je suis prudent là-dessus. J'ai surtout besoin d'en savoir plus sur le cœur et la qualité de l'âme. L'amour rend libre. C'est pour cela que je suis devenu prêtre ... Je veux vivre un amour responsable et « don de moi-même », sans posséder.

(Revue Sainte Anne, janvier 2002, page 9)

1er février 2026

VISION CATHOLIQUE: La présentation de Jésus au Temple

La présentation de Jésus au Temple

Par Benoit Voyer

1er février 2026

Joseph et Marie sont de nouveaux parents qui acceptent, vivent et perpétuent les traditions religieuses et sociales de leur époque. Ainsi donc, pour se conformer à la règle en usage, ils se rendent au Temple [1] afin de consacrer Jésus à Dieu puisqu’il s’agit de leur tout premier-né de sexe masculin. « Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes », nous explique Luc, le narrateur de l’histoire.

Au Temple, à leur grand étonnement, ils sont attendus par deux vieillards qu’ils ne connaissent pas : un homme et une femme qui se prénomment Anne et Syméon. De leur côté, eux savent qui est ce bambin qu’ils accompagnent.

Poussé par un élan intérieur, au moment où les parents présentent l’enfant Jésus
pour se conformer au rite de la Loi qui le concerne, Syméon prend l’enfant dans ses bras et bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple. »

Pour Syméon, la rencontre de cet enfant est le point culminant de toute sa vie. Maintenant qu’il a vu le petit prince attendu, le Fils de Dieu, il peut quitter ce monde.

Et il ajoute des paroles à l’intention de Marie : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive. » Il faudra 33 ans pour que Marie comprenne le sens de ses paroles.

Ainsi donc, « les choses de Dieu doivent se faire selon des voies divines »[2]. Et quand le divin touche l’humain, il n’y a que des grandes choses qui puissent arriver.

Et moi, pauvre parmi les pauvres, à la fin de chaque jour, lorsque je repense à toutes les petites choses qu’il m’a été permis de vivre durant ma journée, je dis à Dieu, comme Syméon : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix », car je t’ai reconnu, toi la Lumière sur ma route. Je t’ai reconnu à travers tous les gens que je rencontre.

Anne
Au Temple, ou Joseph et Marie sont venus présenter Jésus, selon la coutume juive, se trouve Anne. Comme l’écrit Luc dans son évangile : « Demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. » [3].

Comme bien des personnes âgées, Anne aime être au Temple afin de prier et préparer son cœur au jour de la grande rencontre divine dans l’éternité à venir, éternité déjà bien présente en ce monde pour celui qui a la foi.

Tout comme Syméon, elle rend grâce à Dieu de voir de ses yeux l’enfant dont parle le livre d’Isaïe.

Anne n'est pas une personne qui parle de l'avenir comme un devin, mais, au Temple, fort probablement sans trop le savoir, elle parle au nom de Dieu en donnant des messages de sagesse, en dénonçant le mal et en dictant des conduites à tenir.

D’où lui vient son inspiration? D’une voix qui parle en elle. De quelle manière réussit-elle à l’entendre? Par la prière silencieuse et le jeûne. Comme l’écrivait le saint Padre Pio : « Dieu parle à celui qui sait se garder dans l’humilité. » Et il recommandait : « Autant que possible, vis dans le recueillement, car le Seigneur parle alors librement à l’âme, et celle-ci est plus disposée à écouter sa voix »[4].

Anne loue Dieu pour l’enfant qu’elle voit et touche. A ses yeux, il est un signe de la présence de Dieu. C’est assurément l’enfant de la promesse. Elle n’a pas de doute.

Et puis, ce bambin lui fait un grand bien. Ayant retrouvé (ou n’ayant en rien perdu) sa candeur de petite fille, elle s’émerveille. Cet enfant est divin ! A travers lui, quelque chose de nouveau nait ou re-naît en en elle. Inévitablement, le reste de sa vie ne sera plus le même.

Comme toute bonne nouvelle qu’on reçoit ou comme toute chose qui nous étonne, Anne ne pourra plus jamais se taire. Elle raconte a qui veut bien l’écouter, la grâce qui lui a été donnée.

A travers son histoire, on voit que la présence de Dieu, cette présence qui se manifeste à travers Jésus-Enfant, a le pouvoir de faire naître ou re-naître intérieurement chaque personne.

Et puis, avouons-le, la prière et le silence de nos aînés n’ont rien de vain. Il n’y a rien comme une personne âgée qui a la foi pour nous rapprocher du Souffle de la Vie.

_____________________

[1] Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes. Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction et toi, ton âme sera traversée d’un glaive : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. » (Lc 2, 22-35)
[2] En octobre 1932, durant une retraite spirituelle chez les Carmes, à Ségovie, en Espagne, lieu où repose saint Jean de la Croix, saint Josémaria Escriva écrivait dans son journal intime : « Les choses de Dieu doivent se faire selon des voies divines. Moi, je suis à Dieu, je veux être à Dieu. Quand je le serai véritablement, lui se chargera tout de suite d’arranger tout (…), en récompense de ma foi et de mon amour (…). Laissons le Seigneur agir. Cité par Andres Vazquez de Prada dans Le Fondateur de l’Opus Dei – Vie de Josémaria Escriva – Vol. 1, Le Laurier, Wilson & Lafleur, 2001, pp. 473-474
[3] « En ce temps-là, quand les parents de Jésus vinrent le présenter au Temple, il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage, demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de 84 ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. » (Lc 2,36-40)
[4] Padre Pio de Pietrelcina. Une pensée par jour, Médiaspaul, 1991.

EN MUSIQUE Souvenirs d'un vieillard (Albert Viau)


 

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Rolande Parrot

Rolande Parrot

« Des crises, on en traverse toute sa vie. C'est un passage à autre chose. Elle est normale dans le cheminement humain et, parce qu'elle provoque un choc en soi, elle nous fait grandir. »

Par Benoît Voyer, journaliste


MONTRÉAL - Il n'y a pas de recette miracle pour sortir de la crise intérieure. Il faut du temps, beaucoup de temps, le temps qu'il faut ... « On ne peut pas passer par-dessus le temps. Avec le rythme de la vie d'aujourd'hui, cela n'est pas facile. Lorsque nous traversons des étapes difficiles, il faut laisser les choses descendre en soi afin d'en tirer le meilleur parti », dit Rolande Parrot, rédactrice en chef de la revue L'Église canadienne et directrice des communications à l'Assemblée des évêques du Québec (AÉQ), qui a écrit, en 1995, le livre toujours d'actualité « Faire face à la crise spirituelle » en collaboration avec Bertrand Ouellet et Luc Phaneuf.

Sa pensée a peu évolué depuis 6 ans. C'est à son expérience personnelle qu'elle a puisé son inspiration et ses propos. De nature discrète, il n'a pas été facile de la convaincre, au-delà de la théorie, d'ouvrir les portes de son intimité. Cet univers est privé. Il faut une bonne raison pour qu'elle accepte d'y laisser entrer des gens. C'est pour aider les lecteurs de la Revue Sainte Anne à mieux traverser leurs propres crises intérieures qu'elle a accepté de lever le voile.

« Des crises, on en traverse toute sa vie. C'est un passage à autre chose. Elle est normale dans le cheminement humain et, parce qu'elle provoque un choc en soi, elle nous fait grandir. Elle nous dit quelque chose de ce que nous sommes réellement et nous demande de trouver notre propre chemin. C'est l'arrivée à un carrefour. Maintenant, qu'est-ce que je fais de ma vie ? » explique-t-elle.

La crise est donc une aventure, une occasion d'évoluer, d'avancer. Lorsqu'elle survient, il ne faut pas la raisonner, c'est-à-dire s'interroger inutilement sur les motifs qui la font apparaître. Il faut la laisser travailler en soi et aller jusqu'où elle voudra bien nous mener. Un accompagnement humain peut aider à mieux la traverser et la laisser nous transformer.

La spiritualité au cœur de la crise
Pour Rolande Parrot, la spiritualité chrétienne est une voie privilégiée à explorer. Elle donne des pistes intéressantes qui amènent l'humain à mieux vivre les difficultés de la vie. Lorsqu'elles surviennent, il y a – notamment - deux éléments à toujours avoir en mémoire.

Le côté philosophique du concept élémentaire de la résurrection enseigne qu'il y a toujours un matin de Pâques après un Vendredi saint, c'est-à-dire qu'il y a de grandes expériences de vie à la suite des épreuves. Après la pluie le beau temps quoi !

De plus, « quand j'entre en crise, je me dis toujours, en premier, que l'Esprit Saint parle par les événements. Je me questionne : Comment est-il présent dans ce qui m'arrive ? Qu'est-ce qu'il veut m'enseigner ? Où veut-il me conduire ? Il y a toujours, pour les gens qui restent ouverts, un appel intérieur à une certaine spiritualité. Celle-ci vient chercher tout l'être dans son orientation et son devenir », renchérit-elle.

Désirer Dieu
Qu'est-ce qu'il faut faire pour reprendre contact avec Dieu, après l'avoir mis de côté, ou comment le rencontrer de manière sensible, voire significative ?

La dame pense que chaque personne doit se donner des lieux pour favoriser cette rencontre personnelle avec le Dieu révélé par Jésus-Christ. Elle donne en exemples les petits groupes de partage de la foi et le retrait, pour quelques heures, quelques jours ou quelques semaines, dans une maison de retraites spirituelles, un monastère ou une abbaye, comme à Saint-Benoît-du-Lac, Oka, Granby, Trois-Rivières, Rougemont et Québec

Elle encourage aussi la lecture, à petite dose, de traités de spiritualité chrétienne. De son côté, elle ne cache pas son grand intérêt pour les exercices spirituels de saint Ignace de Loyola.

Elle insiste: « Ce qui est encore plus important, c'est surtout de faire naître le désir de rencontrer Dieu ou de le retrouver. Il suffit de demander ! Personnellement, lorsque j'entre en période où j'ai le cœur froid, c'est ce que je fais ! Il n'est pas nécessaire de longues prières. Il suffit de la faire comme elle vient ! Il suffit de demander avec la vérité de ce que je porte ! »

C'est ce que fait Pierre Flynn dans la chanson « Croire », largement radiodiffusée depuis quelques mois : « J'ai cassé toutes mes statues, ma table ronde et mon ardoise nue. Réveillez-nous du long sommeil, assez tempêtes [...] Croire quelque chose, quelque part »; ou encore Éric Lapointe : « Mon ange, il est temps que je change le visage de mon Dieu ... »; ou Kevin Parent qui chante : « Seigneur, qu'est-ce que tu veux que je te dise? »

« Dans les conditions nouvelles qui sont les nôtres, il importe de remonter là où la foi prend sa source, c'est-à-dire au cœur de l'expérience des gens. La source elle se trouve dans les personnes, aux moments essentiels de leur vie, dans les expériences de base à travers lesquelles se manifestent les premiers frémissements, les premières rumeurs de la foi. C'est cette source qui est au point de départ de tout cheminement. C'est elle qu'il faut sans cesse rechercher, dégager, canaliser. Comme des sourciers, il nous faut redevenir attentifs à ce cheminement, lointain ou proche, de la source de vie. Attentif au puits secret, que chacun porte au plus profond de soi », écrivait l'an dernier l'AÉQ dans « Proposer aujourd'hui la foi aux jeunes, une force pour vivre ».

Rolande Parrot reprend cette idée à sa façon, avec des mots simples puisés à son propre cheminement de vie.

Être vrai
Pour sortir de la crise, il faut être vrai avec soi et trouver sa propre vocation, sa voie.

Pour une minute, elle oublie l'interview et s'adresse à l'âme de l'homme derrière le journaliste : « À travers les entrevues que tu fais, il y a une ligne dans ta tête et dans ton cœur, même s'il n'y a pas deux textes pareils. Tu fais une recherche personnelle à travers cela ... Tu as ta vocation propre de journaliste. Une autre personne qui viendrait me voir n'aurait pas les mêmes questions que toi! Tu les as choisies à partir de toi-même. Tu fais des interviews à la manière de Benoît Voyer. C'est là qu'est la richesse de ce que tu apportes à la société. C'est cela ta vocation! »

« Revenir à la source. Oublier le schéma des canalisations et des aqueducs pastoraux qui ne donnent plus guère d'eau. Chercher les sources de la foi, toujours souterraines, mais qui affleurent tôt ou tard, au ras de la vie. Elles sont là où les gens, fatigués, retrouvent le goût de boire, le goût de l'eau, le goût de vivre et de revivre », poursuivait l'AÉQ dans son document d'orientation. Sur ce point, Rolande Parrot reste fidèle à sa réflexion de 1995 : « La connaissance de soi n'est jamais totalement acquise. Ce qui importe surtout, c'est de pouvoir tabler sur ses richesses, ses qualités, ses capacités, ses compétences; en fait sur les éléments positifs de sa personnalité. À partir de là, il est plus facile de découvrir son style propre pour évoluer dans la vie. [...] Savoir qui on est pour reconnaître les richesses que le Seigneur nous a données constitue un élément indispensable pour trouver la volonté de Dieu sur soi à travers les activités courantes et les engagements de sa vie. »

Il était une fois ... la crise
Rolande Parrot est passée par une sévère crise intérieure pour en arriver à sa réflexion.

Avant 1968, tout allait pour le mieux en elle. Pendant 7 ans, elle se donne à une vie de célibataire consacrée au sein d'un nouvel institut séculier, la Société du Christ Seigneur, fondée par le père Ludger Brien. De 1960 à 1967, elle se donne corps et âme au service du Centre Leunis.

« Nous avions une formation très religieuse, presque cloîtrée. Je suis tombée malade d'épuisement parce que je marchais à contre-courant du type de formation qui nous était donné. Malgré tout, je suis redevable au père Brien, surtout pour la formation spirituelle à l'école des exercices spirituels de saint Ignace de Loyola », raconte-t-elle.

Ce rythme de vie ne lui va pas. Elle tombe malade. C'est le début de sa grande crise de vie. Elle souffre d'un épuisement total. Est-ce qu'elle est la victime d'un « burn-out » ou d'une mononucléose? Elle ne le saura jamais parce que ces concepts n'étaient pas encore très connus à l'époque. Tout ce qu'elle sait, c'est qu'il lui faut trois mois juste pour être capable de tordre sa débarbouillette lorsqu'elle se lave et que, lorsqu'elle s'assoit, il lui faut, comme un bébé, des coussins pour se tenir assise. Il ne lui reste que sa volonté.

Dix-huit mois plus tard, elle réussit, de peine et de misère, à reprendre la direction du marché du travail. Elle n'a pas la santé, mais il faut bien manger et payer son loyer!

Elle rencontre Mgr René Audet, évêque de Joliette, qu'elle connaît depuis quelques années. Elle lui exprime son désir d'occuper un emploi régulier qui respectera sa condition physique. Il lui confie un poste de secrétaire au département des communications de son diocèse. Elle ne connaît rien au domaine, mais elle tente l'aventure.

« Au fond, c'est le Seigneur qui m'a dit : C'est là que tu vas! Les événements ont fait que, par la suite, j'ai toujours travaillé dans l'univers des communications », relate-t-elle.

Par la suite, pendant 5 ans, elle besogne pour CKTM TV (canal 13) à Trois-Rivières. La petite secrétaire goûte à une série de nouvelles expériences qui l'amènent à travailler, pendant un bout de temps, avec Roland Leclerc - l'actuel animateur des émissions télévisées « Le Jour du Seigneur » (SRC) et « Parole et vie » (VOX) - et lui font découvrir les métiers de la direction des programmes et de la production.

Pour mieux se connaître

Elle finit par se retrouver chez Socabi et, peu de temps après, au journal du diocèse de Saint-Jean/Longueuil.

« C'était énervant parce qu'il fallait écrire bien des articles et réaliser des interviews ... À l'intérieur de moi, je me croyais assez forte! Au bout d'une année, j'étais complètement ré-épuisée. J'étais inquiète et très déçue. J'ai pris un été de congé. Sur les conseils d'une amie, je suis allée en thérapie pour apprendre à mieux me connaître », résume-t-elle.

« Lors de la première rencontre, poursuit Rolande Parrot, la thérapeute nous a dit : À partir de ce soir, je vous demande deux choses : 1) Vous ne dites pas ce qui se passe dans mon bureau; 2) Vous arrêtez de penser. Vous n'avez rien réglé par vous-mêmes? Alors laissez-moi travailler avec vous! Je me suis dit : Qu'est-ce que je vais faire si je ne pense plus? Je suis alors entrée chez moi. Je me revois encore dans mon salon, décontenancée, en train d'ouvrir les psaumes. À partir de ce soir-là, toute ma vie spirituelle et tout le rapport à moi-même a changé. »

Elle découvre, notamment, une nouvelle façon de prier. Elle trouve, aussi, sa propre manière d'avancer dans la connaissance d'elle-même et que, dans la vie, il faut apprendre à dire non.

Il lui a surtout fallu apprendre à faire beaucoup de choses avec son peu de force physique. Depuis ce temps, tout ce qu'elle entreprend, elle l'évalue en termes d'énergie. Est-ce qu'elle en a assez pour faire telle ou telle activité? De plus, « j'ai réappris à lire la Bible, dit-elle. J'ai arrêté de faire de longues lectures et je me contente de petits passages à la fois » pour mieux les laisser produire un effet en elle.

En découvrant son univers intérieur et une nouvelle manière de vivre sa foi, elle est finalement sortie de sa crise débutée en 1968. À partir de 1980, tout change.

De l'énergie à revendre
En 1982, toujours à l'emploi du diocèse de Saint-Jean/Longueuil, elle demande à l'évêque du lieu, Mgr Bernard Hubert, la possibilité de poursuivre des études universitaires en théologie. Il accepte. Elle terminera sa formation trois ans plus tard.

En 1988, elle devient rédactrice en chef de la revue l'Église canadienne. « Je suis entrée là, comme dans mon salon. J'ai découvert le plaisir de réfléchir. Depuis ce temps, je découvre beaucoup de gens : des théologiens, des gens d'Église ... », dit-elle.

En 1995, elle quitte son poste. Elle décide de rendre service à un éditeur et réalise des contrats ici et là. En 1998, elle devient directrice des communications à l'AÉQ. En mars 1999, au décès de Pierre Chouinard, elle reprend son poste de rédactrice en chef à la revue l'Église canadienne tout en poursuivant son travail à l'AÉQ. Le jour elle rend service aux évêques et les soirs et les fins de semaine à ses lecteurs. Elle ne chôme, et a, maintenant, de l'énergie comme elle en n'a jamais eu depuis sa jeunesse.

Elle est toujours célibataire. Elle n'a jamais manqué à son option pour le célibat, une ferme décision prise à l'âge de 14 ans.

Rolande Parrot a travaillé fort pour sortir de la crise. Il lui a fallu du temps, beaucoup de temps, rien que du temps pour retrouver l'énergie d'antan. Elle y est parvenue. Depuis 1980, elle est heureuse comme jamais et, à l'heure de la retraite qui arrive, elle n'a pas l'intention de s'arrêter. Lorsqu'elle y arrivera, elle souhaite écrire des livres et continuer à rendre service. La recette miracle pour sortir de la crise, elle la connaît maintenant. Il suffit d'être soi-même et ne pas vouloir être autre chose que ce qui habite en soi. Pour être heureux et bien, il faut trouver sa vocation, sa voie.

(Revue Sainte Anne, octobre 2001, pages 391 et 398)

31 janvier 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Paolo Noel 1


LES GRANDS ESPACES


 

EN MUSIQUE J'te mentirais (Patrick Bruel)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Chez Rona, la spiritualité n'est pas un sujet tabou

Chez Rona, la spiritualité n'est pas un sujet tabou

MONTRÉAL – Il n'y a pas de doute pour Robert Dutton, président et directeur général de Rona, la quête spirituelle et la recherche de sens à la vie sont des démarches personnelles. Elle n'est pas l'affaire de groupes et de business. « Il faut éviter de demander à l'entreprise plus qu'elle ne peut donner. Il ne lui appartient pas de donner un sens à la vie des gens », a-t-il lancé aux participants du Forum international sur le management, l'éthique et la spiritualité (FIMES), le 25 mai, à l'École des hautes études commerciales (HÉC).

Cependant, l'entreprise peut la faciliter. Puisqu'il est impossible de dissocier les différents aspects de l'être humain, car – qu'il soit au travail ou à la maison – il demeure entier. Il y a en lui un caractère indivisible. Il lui est impossible de laisser sa dimension spirituelle à la maison avant de s'en aller travailler. L'employeur doit tenir compte de cette facette de la personnalité humaine.

« Il y a quelques années, Rona a embauché des séminaristes pour un emploi d'été. Il s'agissait d'emplois manuels, comme ceux qu'on offre à tous les étudiants, et les séminaristes n'avaient aucune autre mission que de manutentionner des marchandises dans l'entrepôt. Mais les nouvelles vont vite. Et en très peu de temps, j'eus la surprise de découvrir que les employés réguliers de RONA profitaient des pauses-café et des pauses-déjeuner pour aborder avec les séminaristes des questions d'ordre existentiel et spirituel, pour leur parler de leurs angoisses, de leurs espoirs, bref… du sens de leur vie. Je l'ai dit, on se transporte au travail tout entier », a raconté Robert Dutton pour illustrer son propos.

Business et spiritualité
Le chef d'entreprise ne passe pas par quatre chemins : même si ce n'est pas le rôle de l'entreprise de donner un sens à la vie des gens, chaque personne doit travailler à donner un sens à la vie des entreprises. Il trouve malheureux que plusieurs entrepreneurs n'aient pas compris cela.

Il y a peu de temps, lors d'une causerie sur les perspectives de développement de Rona donnée à des financiers, il entend un homme d'affaires chuchoter sur un ton moqueur à un collègue : « Tant de passion pour vendre des clous ! »

« De toute évidence, il manquait à ce financier la contribution des individus à la vie de l'entreprise et qui, je le rappelle, s'incarne par cette petite phrase : "Est-ce que je peux vous aider ?" C'est là qu'intervient la passion… », a-t-il insisté devant les participants au FIMES. Il croit que la spiritualité peut donner un « supplément d'âme », pour reprendre le dicton de Bergson, afin de donner une raison d'être à l'esprit d'entreprise.

Benoît Voyer, journaliste 

(Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 349)

30 janvier 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Stratégie d'apprentissage


VISION CATHOLIQUE: Les tempêtes de l’existence

Les tempêtes de l’existence

Par Benoit Voyer

30 janvier 2025

Dans la barque de l’existence, lorsque nous traversons la rivière afin de vivre de nouvelles étapes de la vie, il y a parfois de grands vents et des vagues qui nous déstabilisent. Il arrive de se sentir perdu. C’est ce qu’on appelle un moment de crise.[1]

Il n’y a pas de recette miracle pour sortir de celle-ci. Il faut du temps, beaucoup de temps, le temps qu’il faut… « On ne peut pas passer par-dessus le temps. Avec le rythme de la vie d’aujourd’hui, cela n’est pas facile. Lorsque nous traversons des étapes difficiles, il faut laisser les choses descendre en soi afin d’en tirer le meilleur parti », affirme Rolande Parrot [2], qui a écrit, en 1995, le livre « Faire face à la crise spirituelle », en collaboration avec Bertrand Ouellet et Luc Phaneuf, publié chez Fides.

C’est un peu ce qu’écrivait également Christian Beaulieu [3] : « On veut éviter le vide : pourtant on devrait le traverser. Une épreuve ne se contourne pas, elle se traverse. On ne sort pas d’une souffrance en la neutralisant, mais en la vivant. On ne guérit pas une blessure en l’oubliant, mais en l’ouvrant et en la vidant. »

Il ajoute : « Le voyage intérieur qui ne débouche pas sur un absolu au fond de soi tourne au vide absolu. Là où il n’y a pas de transcendance, on aboutit à la déchéance. […] Que ne ferait-on pas pour se sortir de ce vide existentiel ? »[4]

Pour Rolande Parrot, la crise est une aventure, une occasion d’évoluer, d’avancer : « Des crises, on en traverse toute sa vie. C’est un passage à autre chose. Elle est normale dans le cheminement humain et, parce qu’elle provoque un choc en soi, elle nous fait grandir. Elle nous dit quelque chose de ce que nous sommes réellement et nous demande de trouver notre propre chemin. C’est l’arrivée à un carrefour : « Maintenant, qu’est-ce que je fais de ma vie ? »

Lorsqu’elle survient, il ne faut pas la raisonner, c’est-à-dire s’interroger inutilement sur les motifs qui la font apparaitre. Il faut la laisser travailler en soi et aller jusqu’où elle voudra bien nous mener. Un accompagnement humain peut aider à mieux la traverser et la laisser nous transformer. Pour reprendre le frère Marie-Victorin : « On soulage ses maux en les racontant »[5]

Il n’y a pas bien des manières de sortir de la crise : il faut être vrai avec soi, dialoguer avec le vent qui nous déstabilise et, peu à peu, trouver sa voie. Il ne faut pas craindre le lieu où la crise nous conduit. La confiance est de mise.

Un article que j’écrivais sur Rolande Parrot, paru en 1995, reste d’actualité : « La connaissance de soi n’est jamais totalement acquise. Ce qui importe surtout, c'est de pouvoir tabler sur ses richesses, ses qualités, ses capacités, ses compétences ; en fait, sur les éléments positifs de sa personnalité. À partir de là, il est plus facile de découvrir son style propre pour évoluer dans la vie. »

Les crises, on en traverse tous. Elles sont normales. Elles font partie des étapes de l’existence. Thomas Reese écrit : « Les psychologues, comme Erik Erikson, nous enseignent que les humains passent par des étapes de développement à mesure qu’ils mûrissent. Les grands mystiques catholiques ont enseigné la même chose pendant des siècles lorsqu’ils ont écrit sur les voies purgatives, contemplative et unitive. Plus récemment, des auteurs spirituels comme James Fowler ont utilisé la psychologie moderne pour enrichir notre compréhension du développement spirituel. »[6]

Une prière

Jésus,

Tu ne dors jamais bien profondément.
Tu es toujours là pour apaiser les tempêtes, les orages.
et les ouragans qui nous menacent.
Quand nous craignons, tu nous dis :
« Pourquoi avoir peur ? »

Aux instants de doutes, tu nous saisis :
« Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? »

Lorsque tu es auprès de nous,
Le vent tombe et le calme profond nous enveloppe.

Lorsque tu es auprès de nous
les intempéries ne peuvent pas nous atteindre.[7]

____________________

[1] Cf. Mc 4, 35-41.
[2] Benoit Voyer, « Pour sortir de la crise, il faut la laisser agir en soi », Revue Sainte Anne, octobre 2001. Texte republié dans : Benoit Voyer, Les Témoins de l’essentiel, Éditions Logiques, 2005. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/07/il-etait-une-fois-dans-les-medias_9.html
[3] Christian Beaulieu, Du vent plein les voiles, Les Éditions Le Renouveau, 1984, p. 26.
[4] Christian Beaulieu, Du vent plein les voiles, Les Éditions Le Renouveau, 1984, p. 25.
[5] Lettre du frère Marie-Victorin à Marcelle Gauvreau, 20 février 1937. Publiée dans : Frère Marie-Victorin. Lettres biologiques – Recherche sur la sexualité humaine, Boréal, 2018. p. 106.
[6] Thomas Reese, « You need to abandon God to find God”, National Catholic Reporter, 10 Septembre 2024. www.ncronline.org/opinion/guest-voices/you-need-abandon-god-find-god
[7] Benoit Voyer, Je prie comme je peux – Les prières d’un pauvre de cœur, Éditions Sainte Anne, 2004.

EN MUSIQUE: Deux a aimer (Cindy Daniel et Marie-Eve Janvier)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le silence des intellectuels chrétiens sur la place publique

Le silence des intellectuels chrétiens sur la place publique

MONTRÉAL – « Il faut mettre le doigt sur le pourquoi de l'absence des intellectuels chrétiens sur la place publique », a dit l'abbé Jean-Guy Dubuc, président de Communications et société (OCS), aux membres de son organisme, le 2 mai, à l'occasion de l'assemblée générale annuelle. Dans les derniers mois de son mandat à la tête de l'organisme, il mettra en place un comité d'études sur ce phénomène.

Selon lui, cette problématique est particulièrement grave. Cette absence au sein de la culture nouvelle commence à être catastrophique. « Est-ce parce qu'ils n'ont rien à dire ou qu'ils n'osent pas le dire ? », a-t-il questionné. « Il faut cesser de penser que c'est la faute des autres, que ce sont les autres qui doivent prendre la parole, qu'on ne peut rien y faire ou autre prétexte semblable. »

Sa pensée rejoint notamment celle de Pierre Pagé, professeur à l'université du Québec à Montréal (UQÀM), qui disait lors d'un colloque de l'OCS : « La présence trop discrète des intellectuels chrétiens dans les médias au Québec est un fait qu'il faut regarder avec réalisme. […] aux yeux de plusieurs, la foi doit honorer l'intelligence plutôt que de la laisser dans l'ombre », lançait-t-il.

Benoît Voyer, journaliste

(Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 349)

29 janvier 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Les Québécois sont des carencés affectifs

 


EN MUSIQUE Jailhouse Rock (Elvis Presley)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: FORUM INTERNATIONAL sur le management, l'éthique et la spiritualité

FORUM INTERNATIONAL sur le management, l'éthique et la spiritualité


250 participants

Par Benoît Voyer, journaliste


MONTRÉAL – La crise au sein du monde de l'emploi à la fin des années 1980 et au début 1990 a fait d'énormes ravages chez les salariés et leurs employeurs. Les congédiements inexpliqués ont remis en question le fonctionnement habituel de l'univers du travail. Le matérialisme à outrance a ébranlé le sens donné depuis longtemps à l'occupation d'un emploi. Ne se donne-t-on pas corps et âme pour son entreprise ? Depuis quelques années, des chercheurs perçoivent la spiritualité comme une voie incontournable pour humaniser le travail.

Est-ce qu'il est possible de jumeler l'esprit d'entreprise et la spiritualité ? Les 25 et 26 mai, c'est à cette question que les 250 participants du deuxième Forum international sur le management, l'éthique et la spiritualité (FIMES) ont tenté de répondre à l'École des hautes études commerciales (HÉC), située sur le chemin de la Côte Sainte-Catherine à Montréal. Le FIMES est un lieu d'échanges interreligieux et de rencontres entre le milieu des affaires et la spiritualité.

« Nous sommes ici pour tenter de trouver un nouveau sens au travail et, ce qui me paraît le plus important, un sens pour l'individu afin qu'il retrouve sa fibre humaine », a dit, à la Revue Sainte Anne, Valérie Lecourt, responsable des inscriptions au FIMES et finissante au HÉC, durant l'événement qui a rassemblé des participants provenant surtout du Canada et des États-Unis. L'audience était composée à part relativement égale d'étudiants, d'intervenants du milieu associatif et communautaire et du monde des affaires. La présence du philosophe et écrivain Michel Serres, membre de l'Académie française et professeur à l'université Stratford aux États-Unis, a été très remarquée.

Le FIMES a mis en vedette 14 conférenciers de renommée internationale. En plus de M. Serres, étaient au rendez-vous: Avrim Lazar, sous-ministre adjoint, responsable de l'organisme gouvernemental Développement des ressources humaines Canada; André L. Delbecq, professeur à l'Université américaine Santa Barbara; Alice Repper Merlin, présidente de « Social Accountability international» de l'État de New York; Ranmath Narayanswamy, professeur de l'«Institute of Management», de Bangalore en Inde; Albert Low, directeur du centre zen de Montréal; Marc Saint-Olive, coordonnateur du Réseau-Entreprendre de France; Denis Smith, professeur à « Sheffield Management School» d'Angleterre; Bud Morris et Kim Beauvais de «Tewatohnihi'Saktha Kahnawakes Economic Developpement Commission»; Pascal Pingault, fondateur de la communauté française Pain de vie; Roberto Servitje, président et directeur général de l'entreprise mexicaine Bimbo; James Badawi, professeur au «St.Mary College»; Robert Dutton de Rona; et, Quig Tingley, président de Body Shop Canada.

C'est en 1998, aux HÉC, qu'a vu le jour le premier FIMES. 180 personnes prenaient part à ce rassemblement.

Le troisième FIMES aura lieu en 2003 à Santa Clara aux États-Unis. « Nous voulons que le FIMES puisse s'affronter à d'autres cultures… s'ouvrir. Et je crois qu'il ne peut grandir qu'en s'affrontant à la différence », conclut Virginie Lecourt.

 (Revue Sainte Anne, Septembre 2001, page 350)

28 janvier 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: L'importance du consentement


EN MUSIQUE: I Need your love tonight (Elvis Presley)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Savoir et spiritualité

Savoir et spiritualité

MONTRÉAL – Michel Serres, philosophe et membre de l'Académie française, croit que l'humain ne peut accéder à une saine spiritualité que par l'intermédiaire du savoir. « Je crois que la spiritualité sans le savoir c'est décidément vouloir tout avoir sans rien payer, c'est vouloir tout accueillir sans rien débourser », confie-t-il à la Revue Sainte Anne.

Actuellement, au sein de la société occidentale, il y a une forte tendance au fidéisme, c'est-à-dire à la tentation d'une spiritualité sans savoir ou d'un accès à la contemplation sans la connaissance.

« Depuis quelques années, la connaissance a mauvaise réputation. Je vous mets en garde de ce danger. Il est sérieux, car c'est lui qui ouvre la voie à tous les mouvements comme le Nouvel Âge et toutes les sectes possibles et imaginables », insiste l'érudit.

Benoît Voyer, journaliste

(Revue Sainte Anne, janvier 2002, page 17)

27 janvier 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Le clitoris


EN MUSIQUE: Hymne a l'amour (André Rieu)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Sommet des enfants à l'ONU

Sommet des enfants à l'ONU

TORONTO (BV) – En mai, quelque 60 chefs d'État et de gouvernement se sont réunis à New York à l'occasion de la session extraordinaire des Organisation des Nations unies (ONU) consacrée aux enfants. Ils n'étaient pas seuls. De nombreuses personnalités du monde des affaires, de la culture, des arts, des milieux universitaires et religieux étaient également de la partie. Les délégués ont étudié quatre thèmes : la santé, l'éducation, le VIH-SIDA et l'exploitation des enfants.

« Le fait que le sommet ait eu lieu est déjà historique ! Jamais avant l'Assemblée générale de l'ONU n'a dédié trois jours aux enfants ! L'autre partie historique de ce rendez-vous, c'est que les enfants y ont participé. Ils ont été très présents dans toutes les discussions », a confié Winiva Belmonte de l'UNICEF à la Revue sainte Anne.

Sur la planète, 30 000 enfants de moins de cinq ans meurent, chaque jour, de mauvaises conditions de vie.

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, Juillet-Août 2002, page 305)

26 janvier 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Le baiser, baromètre de l'amour et du désir

 


EN MUSIQUE Il était une fois dans l'Ouest (Alain Morisod)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Québec accorde 683 680$ pour rénover la cathédrale de Joliette

Québec accorde 683 680$ pour rénover la cathédrale de Joliette

JOLIETTE (BV) – Le ministère de la Culture et des Communications du Québec, dans le cadre du programme « Soutien à la restauration du patrimoine religieux », a donné 683 680$ pour la restauration de la cathédrale de Joliette. Ce montant s'ajoute au 1 M$ que le ministère a déjà versés depuis l'automne 1999. Le coût total des travaux de la cathédrale et de l'évêché est évalué à plus de 5,6 M$. L'opération permet des interventions à la toiture et aux clochers, la restauration extérieure de l'édifice et la réfection des vitraux.

La cathédrale de Joliette est un trésor du patrimoine québécois. Elle a été construite au début des années 1890 selon les plans des architectes Perreault et Ménard. Le bâtiment se démarque par son style néoroman à l'extérieur et d'inspiration byzantine à l'intérieur. Dans ce temple, il est possible de contempler des tableaux de la fin du XIXᵉ siècle, notamment de Georges Delfosse et Ozias Leduc.

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, Juillet-Août 2002, page 305)

25 janvier 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Paolo Noel no 3


VISION CATHOLIQUE: Béelzéboul

Béelzéboul

Par Benoit Voyer

25 janvier 2025

Il y a dans les écrits bibliques des mots et des visions du monde qu’il faut remettre en contexte. Hier on ne voyait pas les choses comme aujourd’hui. Le développement des sciences nous oblige à le faire.

En exemple, dans les textes au style littéraire évangélique, on utilise les mots « démon » et « Béelzéboul » pour désigner la maladie : « Les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient : « Il est possédé par Béelzéboul ; c’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. » » (Mc 3,22).

Lire aussi:
De nos jours qu'en est-il des "esprits impurs"

https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/01/vision-catholique-de-nos-jours-quen-est.html

EN MUSIQUE: Hopelessly Devoted to you (Oliva Newton John)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le service est une manifestation de la liberté

Le service est une manifestation de la liberté

VATICAN – À l'occasion du dimanche des vocations qui aura lieu le 11 mai, le pape Jean-Paul II rappelle que le véritable bonheur se trouve dans le don de soi au service des autres.

« Si dans la culture actuelle celui qui sert est perçu comme inférieur, dans l'histoire sainte le serviteur est celui qui est appelé par Dieu pour réaliser une œuvre singulière de salut et de rédemption », insiste-t-il.

Pour lui, le service est la réalisation suprême de la dignité humaine. Dans cet appel que Dieu fait, « chacun peut percevoir sa propre identité, en s'orientant vers une réalisation de lui-même qui le rendra heureux. »

Le Saint-Père insiste : « Servir est une vocation tout à fait naturelle, car l'être humain est naturellement serviteur : il n'est pas maître de sa propre vie et il a besoin, à son tour, de nombreux services d'autrui. Servir est une manifestation de liberté par rapport à l'envahissement de son propre moi et de responsabilité vis-à-vis de l'autre ; et servir est possible à tous à travers des gestes apparemment petits, mais grands en réalité, s'ils sont animés par un amour sincère. »

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, mai 2003, page 209)