VISION CATHOLIQUE: Le vénérable Pierre Goursat

Le pape Jean-Paul II et le vénérable Pierre Goursat
Le vénérable Pierre Goursat

Par Benoit Voyer

24 mars 2026

Pierre Goursat nait à Paris, le 15 août 1914, à 21 h, dans la « pension de famille » que dirige sa mère, la résidence Saint-Philippe. Ce lieu est situé au 123, rue du Faubourg-Saint-Honoré.[1] De nos jours, il s’agit de l’hôtel Le 123 Élysées de la chaîne Astotel.[2]

Il est le fils de Victor Goursat [3], Victor est né de l’union d’Auguste Goursat et Louise Saint-Martin, ainsi que de Marie Latapie, dont les parents sont Édouard Latapie et Laure Aubert, qui est sa deuxième épouse. Victor et Marie se sont mariés civilement le 27 septembre 1913, à la mairie du VIIIᵉ arrondissement, à Paris [4], et religieusement le 29 septembre, dans l’église catholique Saint-Philippe-du-Roule [5].

C’était quelques semaines après le début de la Première Guerre mondiale. Le 2 août 1913, les hommes de la France étaient mobilisés pour aller combattre les Allemands. Le lendemain, Adolf Hitler déclarait la guerre à la France et à la Belgique.

En France, les jeunes qui s’enrôlent pensaient que cette guerre sera de courte durée et qu’ils entreraient rapidement à la maison. Cependant, elle durera plus de quatre ans.

Le 30 août 1914, quelques jours avant la naissance de Pierre, Paris est le théâtre du premier raid aérien. Un avion du régime nazi largue quatre bombes. Dans les premiers jours de septembre, les Parisiens sont menacés par l’armée allemande qui parvient jusqu’à quelques dizaines de kilomètres de la ville. Devant la menace, le gouvernement français déménage à Bordeaux.

Malgré les troubles, Pierre Goursat est baptisé dans l’église Saint-Philippe-du-Roule, le 6 septembre 1914.

Le 1ᵉʳ août 1915 naitra son frère Bernard. C’est ainsi que débutera pour la famille Goursat et la majorité des citoyens français le long hiver 1915-1916 dans lequel s’installe une guerre interminable.

En 1923, Victor et Marie finissent par se séparer. Marie en a marre de cet homme instable, incapable d’avoir un travail régulier et qui ignore gérer son argent. Plus tard, on découvrira un problème en santé mentale. La tension est vive entre les deux parents. Le1er juillet 1923, Marie obtient un jugement de la cour favorable à sa demande. Du même coup, elle obtient la garde de ses enfants. À la suite du départ de Victor, il faudra de nombreuses années pour que les enfants revoient leur père. Devenue cheffe d’une famille monoparentale, Marie sera très attentive à ses fils. Sans être riches, ils ne manqueront de rien, surtout pas d’affection.

Père Jean-Paul Regimbal
Rencontre avec Jean-Paul Regimbal

En décembre 1971, Pierre Goursat rencontre à Paris le père Jean-Paul Regimbal qui est de passage en Europe. Le Trinitaire, qui a vécu une expérience spirituelle intense à Phoenix, en Arizona, lui raconte les débuts du renouveau charismatique aux États-Unis et au Québec. Cet entretien va bouleverser la vie de Pierre.

Francis Kohn, dans sa biographie du vénérable Pierre Goursat [6], raconte : « Lorsque Pierre écoute le père Regimbal, il est d’abord dubitatif ; mais au fil de leur discussion, il est convaincu par la foi et le profond attachement à l’Église de ce prêtre qui a bien « les pieds sur terre ». Pierre expliquera : « Quand il a témoigné, je me disais : « Le pentecôtisme, c’est une secte ! » Il m’a répondu : « Oui, mais ils deviennent catholiques. » Alors j’ai vu qu’il était solidement catholique parce qu’il avait fait toute une brochure dans laquelle il parlait de l’Esprit saint, des Actes des Apôtres, des premiers chrétiens, ainsi que du pape et des évêques. C’est ce qui m’a frappé. Alors je me suis dit : « C’est un type solide. Je vais m’intéresser à tout ça. »

Pierre Goursat est enthousiasmé par cette rencontre avec Jean-Paul Regimbal. Francis Kohn ajoute [7] : « Il comprend que le Renouveau charismatique – dont il ignorait l’existence jusque-là – est un don providentiel de Dieu, la réponse à la prière de Jean XXIII qui, quelques mois avant l’ouverture du Concile Vatican II, avait appelé de ses vœux une « nouvelle pentecôte » sur l’Église. (…) Après cette rencontre, Pierre se rend chez Martine [8] pour partager l’espérance qu’a suscitée en lui le témoignage du père Regimbal. C’est la première fois qu’ils échangent longuement. Mais Martine ne comprend pas bien ce qu’il veut dire, car Pierre a parfois du mal à exprimer clairement sa pensée pétillante. À la mi-janvier 1972, Pierre rencontre aussi le père Caffarel pour lui faire part de la discussion qu’il a eue avec le père Regimbal ; il lui raconte cette « nouvelle Pentecôte » qui arrive chez les catholiques ».

Dans les mêmes jours, le père Henri Caffarel doit recevoir Xavier Le Pichon [9] et Brigitte Barthélemy qui arrivent d’un séjour aux États-Unis. En 1969, elle y a rejoint son mari et ils ont vécu une expérience similaire à celle racontée par Jean-Paul Regimbal [10]. Le père Caffarel propose à Pierre Goursat de se joindre à la rencontre pour entendre son témoignage. Xavier étant retenu par d’autres obligations, sa conjointe se présente seule au rendez-vous. Pierre est tellement intéressé par ce que le Trinitaire lui a raconté qu’il enregistre le témoignage.

Suite à la rencontre, on décide d’organiser une retraite spirituelle, les 12 et 13 février 1972, à Troussures, et on invite le couple à y donner leur témoignage et à parler de l’Esprit saint.
Pierre Goursat en prière
Durant cette fin de semaine, la vie de Pierre Goursat est profondément renouvelée. Il reçoit les grâces d’une nouvelle pentecôte dans sa vie.

Dans les semaines qui suivront, on organisera un groupe de prière à Paris. L’affaire connaîtra un grand succès et il faudra en créer un deuxième puis un troisième. Les groupes de prière de l’Emmanuel conduiront à la fondation de la communauté de l’Emmanuel dans laquelle sont affiliés des hommes et des femmes catholiques, mariés, célibataires et même des membres du clergé.

Pierre Goursat est décédé le 25 mars 1991. Il a été déclaré vénérable par le pape François, le 18 décembre 2024.
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[1] En 2025, Francis Kohn a écrit une biographie fort intéressante sur Pierre Goursat (Éditions Emmanuel). À moins d’indications contraires, les détails de cet article sont tirés de cet ouvrage.
[2] https://www.astotel.com/hotel/123-elysees/overview
[3] Né le 24 aout 1877.
[4] 11, place Jules-Joffrin, à Paris https://mairie18.paris.fr/
[5] 9, rue de Courcelles, à Paris https://saintphilippeduroule.fr/
[6] Francis Kohn. Pierre Goursat, Éditions Emmanuel, 2025, p. 169. La citation de Pierre Goursat est tirée de son témoignage (T1a) donné le 28 avril 1977.
[7] Francis Kohn. Pierre Goursat, Éditions Emmanuel, 2025, p. 170.
[8] Dr Martine Laffite - Catta.
[9] Pour plus de détails sur Xavier le Pichon : https://fr.wikipedia.org/wiki/Xavier_Le_Pichon
[10] Au sujet du père Jean-Paul Regimbal, en lisant le livre de Francis Kohn sur Pierre Goursat, on reste sur notre faim puisque l’auteur n’y fait référence qu’aux pages 169 et 170. Il manque la date exacte de cette rencontre et on ne sait pas s’ils ont eu d’autres échanges ou rencontres par la suite. De plus, l’auteur donne peu de renseignements au sujet de l’expérience spirituelle que le couple Le Prohon-Barthélémy a vécu aux États-Unis et s’ils y ont rencontré le père Regimbal. Le 9 octobre 2025, j’ai écrit un long courriel à la communauté de l’Emmanuel, par l’intermédiaire de leur site Internet, afin d’en savoir un peu plus. J’attends la réponse.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le Tiers-ordre et le prêtre

Éditorial

Le Tiers-ordre et le prêtre

La revue TRINITAS est heureuse de dédier ce numéro à Mgr J. M. Gilbert, P.D., Tertiaire Trinitaire récemment élevé à la dignité de la Prélature Domestique. Hommages fraternels et félicitations à ce prêtre fervent, à ce pasteur zélé, à cet apôtre dévoué dont les mérites, aux yeux de tous, brillent maintenant d'un éclat nouveau! A Mgr Gilbert nous souhaitons des années encore nombreuses et un fructueux ministère auprès de ses fidèles paroissiens.

Cet évènement nous permet de traiter ici un problème resté encore intouché : celui du tiers-ordre trinitaire en relation avec le prêtre! L'idéal sacerdotal stimule sans cesse ces âmes consacrées à la conquête de nouveaux sommets de sainteté : Et c'est pourquoi il nous paraît utile de montrer comment le tiers-ordre trinitaire peut devenir un moyen de choix pour atteindre à cette haute perfection!

Les vœux du tertiaire
L'idéal de sainteté proposé par le saint Évangile comprend, si l’on peut dire, deux étapes : l’une commune à tous les fidèles, la voie des commandements ; et l’autre propre aux âmes qui veulent être plus parfaites, la voie des conseils.


Or, le prêtre, soucieux de sa perfection personnelle, ne négligera rien de ce qui peut l’aider le plus efficacement à parvenir au sommet. Et c’est précisément par les vœux de chasteté et d’obéissance que le tiers-ordre fournit au prêtre un moyen éprouvé depuis sept siècles et demi pour faciliter son ascension spirituelle.

L’obéissance du prêtre tertiaire ne l’engage que vis-à-vis du directeur du tiers-ordre selon la teneur des statuts. Loin de nuire à l’obéissance qu’il doit déjà à son évêque, ce nouvel acte de religion lui sera un puissant auxiliaire pour devenir un prêtre encore plus obéissant puisqu’il le sera doublement : par son serment d’obéissance et par l’esprit de son vœu de tertiaire.

De même, le vœu de chasteté qu’émet le prêtre-tertiaire ne change rien à ses engagements contractés au moment du sous-diaconat. Mais ce moyen devient pour lui une nouvelle assurance contre la faiblesse de sa nature, une nouvelle source de mérite et une nouvelle occasion de s’engager plus à fond dans la conquête de la chasteté parfaite : « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ».

La règle du Tiers-ordre
Moyen de perfection approuvé par l’Église et enrichi par une expérience plusieurs fois séculaire, la règle du Tiers-Ordre offre au prêtre un guide sûr dans les voies supérieures de la vie mystique. Cette règle impose, en effet, des pratiques concrètes de sanctification non seulement afflictives comme le jeûne, les pénitences et les veilles, mais encore affectives par des exercices spirituels appropriés et des œuvres de charité corporelles et spirituelles. Ainsi donc le prêtre-tertiaire entoure son sacerdoce d’une forteresse spirituelle le protégeant contre les assauts du malin, mais ouvrant largement ses portes sur les misères du prochain.

La messe, le bréviaire, chaque sacrement, chaque action liturgique depuis la consécration des basiliques jusqu'au modeste bénédicité s’inspirent directement de la louange trinitaire ! Le prêtre est en réalité une vivante « louange de gloire à la très sainte Trinité : CULTOR TRINITATIS ».

Le Tiers-Ordre trinitaire fournit donc au prêtre un moyen incomparable d'alimenter sa spiritualité aux sources les plus vives et les plus authentiques. En plus d'approfondir la vie spirituelle du prêtre, le Tiers-Ordre le stimule à répandre, par la prédication et le ministère, cette dévotion dans le peuple, à présenter une doctrine théologique dont les âmes ont de plus en plus faim, à établir enfin la spiritualité de ses fidèles sur des bases solides, positives, tonifiantes, sanctifiantes, devenant ainsi un « FAUTOR TRINITATIS ».

Conclusion
Le prêtre reste donc libre d'adopter pour soi le régime de vie parfaite que lui propose le tiers-ordre trinitaire. Celui qui l'embrasse y trouve, certes, une aide sans égal pour faire de sa vie sacerdotale un hommage vivant à la gloire de la très sainte Trinité !

Puissent plusieurs prêtres suivre l'exemple des illustres prélats qui honorent actuellement le tiers-ordre trinitaire, en particulier leurs Éminences les cardinaux Copello, Mimmi et Ottaviani, et de date toute fraîche, Mgr J. M. Gilbert de Mooers Forks, New York !

Le père directeur [1]

(Trinitas (2), aout-septembre 1959, pp 4 et 5)

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[1] Le père directeur est le père Jean-Paul de Jésus, le nom de religieux de Jean-Paul Regimbal.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.

23 mars 2026

EN LIBERTÉ: L’interventionnisme conduit à un remodelage de la pensée citoyenne


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Quand la mort donne des remords

Quand la mort donne des remords

La mort fait partie de la vie et, il est facile de le constater, nous vivons dans une conjoncture sociale qui fait d'elle un sujet tabou qui rend bien des personnes inconfortables. La mort provoque de vives réactions. Les gens ont peur de vieillir, de se dégrader, de souffrir et d'être l'objet d'un acharnement thérapeutique. La mort donne des remords. Comment réagir face à elle et de quelle façon l'apprivoiser ?

Joseph Ayoub, hémato-oncologue médical au Centre d'oncologie du Centre hospitalier de l'Université de Montréal, est clair : sans la foi en Dieu, la mort est cruelle et atroce. Elle n'a point de sens et demande un combat stoïque au malade en phase terminale. Sans un cheminement spirituel, la personne atteinte du cancer vit ses derniers moments dans une souffrance morale effrayante.

Euthanasie
Face à la souffrance des grands malades condamnés à mourir, l'euthanasie est-elle la solution ?

Les 9 et 10 décembre 1997, le Sénat de Belgique se penchait sur la question afin de « dialoguer avec le monde extérieur, afin de percevoir les différentes sensibilités qui s'y expriment, et de tirer les conséquences, sur le plan législatif, des expériences vécues au quotidien », indiquait le président Swaelen dans son introduction du 9 décembre en matinée.

Au Canada, c'est l'affaire Robert Latimer qui a ramené ce dossier à la Cour suprême. Ce fermier de Wilkie en Saskatchewan, âgé de 44 ans, a tué sa fille Tracy, 12 ans, lourdement handicapée par une paralysie cérébrale, en octobre 1993, à l'oxyde de carbone. En juin 1995, un comité spécial du Sénat canadien se prononce sur la question. Une majorité de membres refusent de décriminaliser l'euthanasie et le suicide assisté.

En 1990, le Dr Jack Kevorkian, 68 ans, du Michigan, appelé « docteur suicide », aide son premier patient à mourir. Depuis, il a pratiqué sa spécialité sur plus de 60 personnes. En 1992, il y a eu au Canada le cas de Sue Rodriguez. En 1993, c'est au tour de la Québécoise Nancy B. Cette même année, le parlement de La Haye, aux Pays-Bas, décide d'autoriser l'euthanasie dans certaines conditions.

En décembre 1994, les résultats d'un sondage Gallup effectué auprès de 1002 Canadiens indiquent que 50 % des personnes interrogées sont d'accord pour mettre fin à la vie d'un enfant s'il souffre d'une maladie incurable, 35 % sont contre et 15 % n'ont pas d'opinion. 76 % sont en faveur du suicide réalisé avec l'assistance d'un médecin, 16 % s'y opposent et 8 % n'ont pas d'opinion.

L'heure est grave… Ce n'est pas parce que c'est normal que ce soit moral ! L'Église demeure totalement contre une telle pratique. Les articles 2276 à 2279 du Nouveau catéchisme de l'Église catholique ne passent pas par quatre chemins : l'euthanasie est un meurtre « toujours à proscrire et à exclure ». Le catholique soucieux d'intégrer des valeurs évangéliques à son quotidien est appelé à vivre sa vie jusqu'au bout, malgré les souffrances.

Mais si la personne est condamnée à mourir, quelle est la différence entre aujourd'hui ou dans deux semaines ? « J'ai vu de mes propres yeux – une semaine, un jour, une heure avant la mort – des choses qui ont été dites par les malades aux êtres qu'ils aiment ou à d'autres personnes qui n'auraient pas profité de ces confidences compte tenu du choix de l'euthanasie. Ces propos ont complètement transformé et changé la vie de ces gens qui, eux, continuent la route de la vie humaine et qui ont besoin d'un tel témoignage pour grandir intérieurement et aller de l'avant », dit Joseph Ayoub.

« Or, en faisant l'euthanasie ou en tuant la personne, tu bloques notre société d'un témoignage et d'un testament spirituel, car ces malades aux abords de la mort reconnaissent des choses dans la vie que nous, nous ne pouvons capter. Nous n'avons pas les antennes nécessaires. Face à la mort, ils voient des choses que nous ne voyons pas. Ils veulent donner ces éléments-là aux êtres qu'ils aiment. Ils veulent dire à leur enfant ou à leurs personnes quelle est la chose la plus essentielle pour notre vie. Tu sais ce que vaut cela pour un jeune de savoir par son père ou par sa mère qu'est-ce qui est le plus important dans la vie ? S'empêcher de voir passer un être cher de la vie à la mort et de la mort à la vie éternelle, c'est priver notre monde d'une grande richesse », poursuit-il.

Pourquoi mourir ?
« Personnellement, je suis profondément convaincu que chacun de nous a une mission sur terre et qu'au moment de la mort nous passons le relais à d'autres », commente le médecin catholique qui a assisté le premier ministre Robert Bourassa dans son combat contre le cancer.

Il pense que la mort est devenue un tabou parce que notre génération a pensé pouvoir avec la science, le savoir et la modernisation arrêter la mort, de pouvoir la remettre à l'infini.

« Je dis toujours à mes malades : Écoutez, le Seigneur vous a donné une option. Vous avez touché quelque chose que ceux qui sont en santé ne touchent pas. Vous avez réalisé la valeur de la vie. Et si à l'heure actuelle vous êtes en rémission, relevez-vous, témoignez et continuez ! Vous êtes mieux que quiconque à savoir la vraie valeur de cette vie que vous vivez. Votre mort va être repoussée et tant mieux pour vous ! Vous allez pouvoir mieux vivre avec votre famille, avec vos amis, avec la société, 5 ans, 10 ans, 15 ans… Tant mieux ! Vous allez pouvoir vivre pleinement », raconte le spécialiste d'origine égyptienne.

Vaincre la peur de la mort
La peur de la mort est due à deux raisons : la grande solitude des personnes aînées (l'isolement) et l'absence d'une foi profonde. Il est donc important d'accompagner ses malades en donnant les soins appropriés et en étant simplement présent en les touchant. La plus grande chose que la personne en phase terminale a besoin, c'est de la présence humaine ; juste quelqu'un qui est là auprès d'elle pour la rassurer (pas besoin de tenir des conversations à ne plus finir).

Le docteur Ayoub essaie toujours de faire un cheminement spirituel avec eux parce que mourir en présence de Dieu est plus facile. Sans la foi, la mort n'a pas de sens et est terrible à traverser.

Parfois, ils ont des peurs. Des victimes du cancer et condamnées à trépas disent : « Toute ma vie, je me suis dissocié du Bon Dieu. Ce n'est pas possible que Dieu à une semaine de ma mort… » […] « Il faut leur parler de la grande miséricorde de Dieu, de son grand amour et de sa grande compassion », insiste-t-il.

Le cheminement spirituel va atténuer et dissiper la souffrance morale. Donner de la dignité à la personne au dernier instant de son existence, c'est justement faire l'effort de passer quelques heures avec elle.

Les funérailles
Les modes funéraires changent. Très souvent, tout se fait en 4ᵉ vitesse en évacuant les rites importants. Les funérailles de l'homme d'affaires Pierre Péladeau en sont l'exemple : aucune veillée au corps, il a été rapidement dirigé vers le crématorium, aucune cérémonie religieuse… Seulement des éloges via les médias, un concert de musique classique… Un gros party, quoi !

Les rituels traditionnels qui entourent la mort sont importants sur le plan psychologique pour ceux qui restent. Ce n'est qu'en voyant la dépouille des défunts dormir paisiblement qu'il est possible de les laisser totalement partir, c'est-à-dire de faire un deuil. Les sympathies apportent un soutien à la famille de la part de la communauté. De plus la cérémonie à l'église permet d'encenser (de parfumer) pour une dernière fois ce corps qui est temple de l'Esprit saint et sanctuaire vivant de la présence du Christ (puisqu'il habite en tous) et de communier une dernière fois – en présence du défunt – à ce Roi du ciel et de la terre qu'il voit maintenant dans toute sa gloire et que nous verrons à notre tour au jour de notre passage vers le royaume des bienheureux.

L'abbé Gérald Ouellette, curé des paroisses St-Joseph et St-Patrick de Granby, abonde dans le même sens que le docteur Ayoub : « Je connais une jeune dame dont le père est décédé. Elle me disait que, suivant ses dernières volontés, ils n'avaient pas fait d'exposition. Elle m'a dit que ce ne serait pas la même chose pour sa mère, car ils n'ont pas eu le temps de se rendre compte de ce qui se passait. C'est comme un trou noir au fond d'eux. Le deuil ne s'est pas fait parce qu'ils n'ont pas eu assez de temps, d'éléments visuels et "sentis"», dit-il.

Au décès de son propre père, Emilien Ouellette, en mars 1994, la famille a préféré ne pas réaliser une de ses dernières volontés, préférant des funérailles traditionnelles. Il voulait être incinéré et ne pas être exposé comme bien des gens aujourd'hui. Ce n'était pas pour suivre la mode, mais parce qu'il croyait ne plus avoir de valeur. C'est ce que pense ce membre du clergé du diocèse de Saint-Hyacinthe. Puisqu'il a été un important commerçant de la région et conseiller municipal à la ville de Granby, la famille a décidé de ne pas suivre ses dernières volontés. Il a été exposé et il a eu des funérailles à l'église. D'ailleurs, elle était remplie à pleine capacité et une bonne centaine de personnes étaient debout. Cela a fait chaud au cœur à la famille éprouvée. Leur père était un homme fort apprécié. Le fait de l'avoir vu dans son cercueil a été, pour l'abbé Ouellette, comme un élément de transition, une sorte de baume.

Il ajoute : « Est-ce que c'est moralement acceptable de ne pas avoir réalisé totalement ses dernières volontés ? Si on part de la vie ordinaire, des fois mon père faisait des choses avec lesquelles je n'étais pas toujours d'accord. Et vice-versa ! On n’est pas des îles dans la vie ! Mon père était intégré à une famille. Alors, il avait son opinion et il y avait celle des membres de sa famille. Il n'y avait pas que lui dans cela ! Nous étions là aussi ! Nous jugions que ce n'était pas significatif de l'ensemble de sa vie, même si c’étaient ses dernières volontés. Le fait d'avoir été un long moment retiré de la vie active lui donnait probablement ce sentiment d'être devenu insignifiant par rapport à la société. Il n'était pas insignifiant ! La preuve est que des centaines et des centaines de personnes sont venues au salon funéraire. Il y avait des gens jusque dehors ! Ce n'était donc pas l'opinion des autres ! Donc, la dernière volonté d'une personne n'est pas nécessairement un dogme absolu. Cela aurait été d'absolutiser un état temporaire de sa conscience à lui. » Il se fait rassurant : son père n'est jamais venu hanter sa famille pour cela. « J'ai même rêvé qu'il est dans les bras du Bon Dieu », insiste-t-il.

Dieu et la maladie
Est-ce que Dieu veut la maladie ? Est-ce que Dieu veut la souffrance ? « Dieu ne veut pas la maladie et ne veut pas la mort. Jésus a voulu vivre et partager avec nous la souffrance de la maladie. Tout au long de sa vie, nous voyons son amour merveilleux pour ceux qui souffrent. À chaque fois, il essaie de compatir à la souffrance. Celle-ci fait partie de notre monde. Jésus est venu pour dire : je partage avec vous cette souffrance. Il a voulu souffrir comme nous. Il a voulu mourir comme nous. Il est devenu humain pour ne pas être un Dieu théorique et pour dire qu'il a partagé et vécu nos joies, nos grandeurs et nos misères. « Si nous voulons voir et contempler sa lumière divine… Si nous voulons rencontrer le Seigneur… Nous devons accepter ce passage vers la vie éternelle par la mort », expose Joseph Ayoub.

Ses propos correspondent à la pensée de l'Église. Les articles 1009 et 1010 du Nouveau catéchisme indiquent : « La mort est transformée par le Christ. Jésus, le Fils de Dieu, a souffert Lui aussi la mort, propre de la condition humaine. Mais, malgré son effroi face à elle, il l'assuma dans un acte de soumission totale et libre à la volonté de son père. L'obéissance de Jésus a transformé la malédiction de la mort en bénédiction. » (...) « Grâce au Christ, la mort chrétienne a un sens positif ».

Apprivoiser la mort en accompagnant des malades en phase terminale est le chemin qu'empruntent des centaines et des centaines de personnes membres de diverses associations comme Albatros, qui a son siège social à Trois-Rivières. Visiter les malades, c'est un peu être disciple de Jésus, être enfant de Dieu. Face à la mort, le Christ a eu quelques remords, mais n'a pas eu peur.

Benoit Voyer

(Version abrégée: Revue Sainte Anne, Novembre 1998, page 446.
Il s'agit ici de la version longue de l'article proposée
a la rédaction de cette revue le 14 septembre 1998.
Cette version a été retrouvée dans le
fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska

22 mars 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Le vagin se nettoie lui-même


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le SAPIN de NOËL, une tradition religieuse à redécouvrir

Le SAPIN de NOËL, une tradition religieuse à redécouvrir

Par Benoît Voyer

Avec les années, le vrai sens de l’arbre de Noël n’habite plus la mémoire collective. Il y a de l’intérêt à s’y attarder pour mieux retrouver ses véritables racines et mieux célébrer l’anniversaire de la naissance du Sauveur.

Lorsque la tradition de l'arbre de Noël a pris naissance en Alsace – au Moyen Âge –, il symbolisait le paradis terrestre et le péché originel. Le choix du sapin voulait, probablement, illustrer l'Eden, car il est le seul arbre vert annuellement.

Le sapin était, jadis, décoré de délicieuses pommes rouges remémorant le moment où les deux premiers supposés habitants du monde ont croqué à belles dents dans le fruit défendu par Dieu. Plus tard, des hosties étaient ajoutées pour illustrer le Christ, nouvel Adam ; Jésus est celui qui vient apporter un nouveau matin pour le monde.

On ajoutait, avec le temps, des roses fabriquées en papier aux multiples couleurs et des bougies allumées. Le premier symbole rappelait l'arbre de Jessé et, l’autre, Jésus qui est la lumière du monde.

Les véritables fruits du verger ont été changés par des boules en verre soufflé. Cette idée originale d'un verrier de Maisenthol qui aurait vécu au siècle dernier, avait pour but de remplacer la véritable pomme qui, selon la légende, était devenue rare à cause d'une année de sécheresse. Les gâteaux et les friandises vinrent remplacer les hosties.

Origines lointaines
Il est difficile de retracer l'histoire de l'arbre de Noël. Au Moyen Âge, les livres étaient rares et coûteux. Ils étaient recopiés à la main, car l'imprimerie n'était pas encore inventée.

Une façon populaire de transmettre l'héritage de la foi était la pièce théâtrale Celle-ci était connue sous le nom de « pièce miraculeuse » parce qu'elle servait à la formation biblique et à se souvenir des saints. Les représentations ouvertes à tous les fidèles se tenaient dans les églises.

Une des plus populaires auprès du peuple racontait la tentation d'Adam et Ève au paradis. L'unique décor était constitué d'un sapin orné de pommes rouges. Il fut rapidement surnommé du nom d'« arbre du paradis ».

Puisque la petite dramatique était présentée durant la période de l'Avent, la conclusion du sketch annonçait la venue de Jésus. Malheureusement, certains abus amenèrent l'Église à arrêter ces jeux scéniques au XVe siècle.

Cependant, durant ces années, la fête d’Adam et Eve était célébrée, le 24 décembre, un peu partout en Europe et le sapin fut maintenant associé à cette fête, même si Rome n’était pas en accord avec cette pratique liturgique – malgré la volonté populaire – et qu’il n’a jamais été question de canoniser ces deux personnages de l’Ancien Testament.

Cette célébration a finalement disparu, mais l’arbre est demeuré un symbole important de la période de l’Avent. Au XVIᵉ siècle, les Allemands donnèrent un sens nouveau à l’arbre vert qu’il faut redécouvrir.

Et si le sapin devenait pour les croyants du monde qui se préparent à célébrer le jubilé de l’An 2000, le rappel pressant à la conversion intérieure afin de devenir d’authentiques témoins de la volonté de Dieu sur eux… « L’arbre du paradis » inviterait ainsi la société à entrer à fond dans un « nouvel avent » pour le monde.

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Jusqu’au 12 janvier 1997, reprenez contact avec les traditions de Noël, dont le sapin, en visitant l’exposition du Musée des arts et traditions populaires du Québec. En plus de la visite, le musée du 200, rue Laviolette, à Trois-Rivières (sortie 199 de l’autoroute 40, direction centre-ville) offre des ateliers de fabrication de décorations de Noël. Pour informations : (819) 372-0406. Sans frais : 1-800-461-0406.

(Revue Sainte Anne, décembre 1996, page 499)

21 mars 2026

EN LIBERTÉ: Picotine


 

LES GRANDS ESPACES

 


VISION CATHOLIQUE: Croire

Jésus et Lazare
La foi, c'est croire que la lumière puisse surgir en pleine nuit

Par Benoit Voyer

21 mars 2026

L'humain est appelé à vivre debout. Les textes bibliques ne cessent de le rappeler. L'Évangile en dit long : « En mots de notre époque : Allez debout, fais un homme de toi ou ma fille, on arrête de se regarder le nombril, l'avenir est devant toi. La foi guérit ou sauve l'être blessé, paralysé ou dans la désespérance. Lorsque je lis les textes des livres de la Bible, je change toujours le mot « sauver » par « guérir ». Ça transforme la dynamique des récits. La foi appelle à la raison, mais pas uniquement à elle. Pour croire, l'intelligence émotionnelle doit être rejointe. C'est pour ça qu'on dit que la foi est un cadeau. Quand on la reçoit, la raison et l'émotion, c'est-à-dire tout l'être intérieur, sont touchés.[1]

Dans ma lecture d'œuvres de fiction ou d'œuvres bibliques, j'aime faire de moi un personnage secondaire du récit. Aujourd'hui, je m'imagine être auprès de Jésus. Nous arrivons chez Lazare. Il vient de mourir. « Si tu avais été là, il ne serait pas mort ! » J'entends le maître répondre à Marthe : « Je t'en prie, arrête de t'en prendre à moi. J'ai mal d'entendre tes larmes et ton cri du cœur. Lazare, c'était aussi mon ami. Comme toi, je l'aime d'un grand amour. Comme toi, j'ai mal. Mais si Dieu le veut, qu'il entre dans la lumière. » Aussitôt, Lazare sort de son tombeau. Il se réveille. Il ressuscite quoi ? Il entre dans l'éternité bienheureuse.

« Si tu crois, tu verras monter la vie. Si tu crois, tu verras tomber la mort. « Tu verras refleurir l'arbre mort », chantait le poète Robert Lebel sur son premier disque en reprenant les paroles de Jésus reprises dans l’évangile de Jean.

La foi, c'est croire que la lumière puisse surgir en pleine nuit. La foi, c'est croire que l'enfant parti à l'aventure va revenir. La foi, c'est croire que l'amour rêvé se révélera un jour à soi. La foi, c'est croire que la vie est plus forte que la mort et que s'arrangeront les difficultés que je traverse avec l'aide du Tout-Amour. La foi, c'est croire que Dieu donne à l'humain tout le nécessaire dont il a besoin s'il sait lui dire à l'avance merci. La foi, c'est croire que l'humain est fait pour vivre debout.

Jésus et la souffrance
À la lumière des évangiles, on constate que Jésus n’était pas très chaud devant la souffrance puisqu’il nous invite à la combattre comme lui-même l’a fait.

Jésus a connu la souffrance [2], il a eu de la difficulté à l’accepter [3], il a été vulnérable aux individus qui sont dans cette situation que soit physiquement [4] ou spirituellement [5].

Pourtant, il ne l’a pas freinée, lui qui fut le Fils de Dieu. Cela était associé à la réalité de l’incarnation qu’il venait vivre sur la terre [6]. Comme le jour ou il apprit la mort de son ami Lazare, il a pleuré. Il a vécu sa souffrance comme étant un moment privilégié de foi au Tout-Puissant [7] et pour aimer les autres [8]. De la même façon, il nous invite à réagir.

En suivant l’enseignement de Jésus, nous sommes appelés à répondre à nos moments de douleurs en la luttant, par la confiance [9], en allant plus loin que le mal par un appel à la perfection de l’amour [10] et par à accomplir, du mieux que l’on peut, la volonté du bon dieu [11].

Lorsqu’on s’attarde aux récits bibliques, on en vient à la conclusion que Dieu ne prescrit pas la souffrance. Elle est de notre univers fini, c’est-à-dire notre monde en attente de résurrection. Il veut que j’aie foi en lui et que j’aime les gens autour de moi.

De plus, Jésus m’invite à combattre la douleur sous toutes ses formes.

Si je sais bien vivre ma souffrance à la manière de Jésus, c’est-à-dire dans la confiance au Père, et dans la charité pour les autres, ma souffrance peut devenir une semence de vie et porter un peu d’éternité dans ma vie et celle des autres.

Sans aimer la souffrance, je peux l’apprivoiser [12]. Comment ? En m’abandonnant à la tendresse de Dieu. Elle peut devenir une source de paix et de sérénité, car l’amour que Dieu me manifeste en ces instants me met sur le sentier de la Résurrection. Après chaque vendredi saint, il y a un jour de résurrection. Après la pluie surgit le beau temps. À la fin de la nuit sombre apparait toujours un soleil radieux.

____________________

[1] Cette partie est tirée de : Benoit Voyer. Émission radiophonique « Les Grands espaces » no 4, automne 2015, diffusée sur www.radiophile.ca https://www.youtube.com/watch?v=NdBFuYFWAjg&t=291s
[2] Cf. Jn 11,35 ; Mc 8,17 ; Mc 14,50 ; Mc 15,16-20.
[3] Cf. Mc 14,35-36a ; Lc 22,43
[4] Cf. Mc 1, 29-31 ; Mc 5, 25-34 ; Lc 7, 11-17 ; Mc 5, 21-24 ; Mc 5, 35-43 ; Mc 9, 14-29.
[5] Cf. Mc 1, 21-28 ; Mc 2, 1-12 ; Jn 8, 1-11.
[6] Cf. Phil 2, 6-8a.
[7] Cf. Lc 22,42 ; Lc 23,46.
[8] Cf. Mt 26,28 ; Lc 23,43
[9] Cf. Ap 7,17 ; Ap 21,4.
[10] Cf. Mt 5, 43-48.
[11] Cf. 1 Cor 10, 31-33.
[12] Benoit Voyer. Jésus et la souffrance, chronique "Au-delà du visible", L’Hebdo granbyen, 22 février 1995, p. 8. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/05/jesus-et-la-souffrance.html

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le père Armand Gagné est né avec une baguette magique!

40e anniversaire de prêtrise


Le père Armand Gagné est né avec une baguette magique!

Par Benoit Voyer


Le père Armand Gagné ne pouvait guère cacher sa chère sensibilité, le 19 septembre, à l'occasion d'une fête d'action de grâce avec ses parents et amis pour souligner son 45e anniversaire de vie religieuse et son 40e anniversaire de prêtrise. Il en a même versé quelques larmes. Les 200 personnes réunies pour l'occasion ont vibré avec lui pour ces années de bonheur au service des autres.

Missionnaire au Guatemala
Le grand moment de cette soirée d'action de grâce a sans aucun doute été l'hommage d’Eugène Sergerie, président de la fondation Les amis du père Armand Gagné, qui travaille à faire connaître les persécutions religieuses autour du monde et qui ramasse des fonds pour venir en aide aux missions des Trinitaires au Guatemala.

Se souvenant de son voyage de 1981, Eugène Sergerie rit maintenant d'une situation qui aurait pu tourner au vinaigre en ces pires années de la guerre civile dans ce pays : « J'étais avec ma femme Patricia et Thaïs Pelletier. Le premier soir, nous nous rendions à pied à l'hôtel le Martita dans la région de Champerico. J'ai vu à quelques pas de moi une barricade et des soldats armés de mitraillettes. Rien ne sert de vous dire que j'ai eu franchement peur ! Durant notre séjour, le maire de la ville a été assassiné en pleine rue, au petit matin. L'armée, les hélicoptères, tout y était ! Ce jour-là, vers 11 h, les 2 femmes disparaissent. Les deux folles (dit avec un grand sourire aux lèvres) revinrent vers midi ! Elles étaient allées se baigner à la plage à travers tout ça ! Elles auraient pu se faire enlever par l'armée ou être tuées ! Vous pouvez être assuré qu'elles ont eu tout un sermon du père Armand, du frère Réjean Lussier et de moi-même ! »

Il ne reste que des bons moments de l'événement. Il dit que le père Armand Gagné était sous la protection de l'évêque du lieu et qu'il a souvent servi d'intermédiaire pour récupérer des enfants enlevés par l'armée pour être conduits aux camps de rééducation dans le but d'en faire des soldats.

Né avec une baguette magique !
Armand Gagné est né avec une baguette magique ; tout ce qu'il entreprend réussit. Le père Sylvio Michaud, ministre provincial des Trinitaires du Canada, l'a bien illustré.

Au Guatemala, le frère-prêtre s'est fait ingénieur pour l'installation d'un système d'égout au village, a fondé une école, un centre de nutrition et un centre d'accueil pour les personnes âgées, en plus de construire des maisons pour les villageois et de nettoyer les rues.

À Rome, où il a été conseiller général pour sa communauté, il a visité et a fait connaître les chrétiens persécutés à cause de leur foi en Jésus.

« À cette époque, il devait presque se cacher pour parler de ce sujet dans la communauté. Aujourd'hui, grâce à lui, l'Ordre des Trinitaires sur toute la planète a fait de ce thème sa principale préoccupation, renouant ainsi avec la raison première de la fondation de la congrégation, il y a 800 ans, a dit le père Michaud. L'Ordre est même en train de fonder une mission au Soudan pour aider les enfants esclaves et les nombreux chrétiens maltraités dans ce pays qui est en train de passer aux mains des musulmans fondamentalistes.

À Granby, depuis 1993, il a sauvé la maison des retraites spirituelles des Trinitaires d'une fermeture certaine. Depuis qu'il est ministre du Centre de ressourcement intérieur, les usagers ne cessent d'augmenter. Au service de la libération et de la paix dans les cœurs, le père Armand a fait de cet endroit un lieu où il est possible de guérir de ses blessures intérieures et de retrouver sa dignité humaine.

Durant l'homélie de la messe d'action de grâce qui a précédé la soirée des festivités, le bon père Armand a surpris tous ces gens rassemblés pour lui rendre hommage en disant : « Le cheminement que j'ai suivi n'était pas celui que j'ai choisi. C'était celui que le Seigneur a voulu pour moi. Les missions que j'ai entreprises dans ma vie ont été pour répondre à des demandes de mes supérieurs. »

Souvent submergé par ses émotions, Armand Gagné, qui a fait, il y a 45 ans, les vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance et d'humilité, a conclu son intervention en affirmant que cette vie au service des autres l'a vraiment rendu heureux.

(Texte proposé pour l’édition de janvier 2000. Il n’a pas été publié par manque d’espace)

20 mars 2026

EN LIBERTÉ: Les origines de la fête nationale du Québec


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Nouvelles de chez nous

Nouvelles de chez nous

Benoît Voyer et B. Mercier


QUÉBEC

Joseph Verlinde à Montréal
MONTRÉAL - Le père Joseph Verlinde sera l'invité vedette du VIIᵉ Congrès national du Renouveau charismatique qui aura lieu les 6, 7 et 8 août 2004 à l'auditorium de Verdun, à Montréal. Le thème de ce rassemblement sera « Sachez-le, ce Jésus, Dieu l'a fait Seigneur et Christ ».

Les nouveaux saints de la Société du Verbe divin
MONTRÉAL – Le 5 octobre, la Société du Verbe divin, communauté religieuse masculine solidement implantée au Canada depuis quelques générations, a célébré, au Vatican, les canonisations de son fondateur, l'allemand Arnold Janssen (1837-1909), et du père Joseph Freinademetz (1852-1909), un religieux de la société.

Fête des vieilles filles
MONTRÉAL - Le dimanche 23 novembre, la maison historique Saint-Gabriel soulignera la « fête de la sainte Catherine ». Pour l'occasion, il y aura une dégustation de la « tire Sainte-Catherine » en compagnie de Marguerite Bourgeoys. Il y aura, bien entendu, de l'animation et de la musique. La Maison Saint-Gabriel est une magnifique maison tricentenaire achetée par sainte Marguerite Bourgeoys en 1668 afin d'y fonder la première école de Ville-Marie. Convertie en musée depuis 1966, elle présente, à travers sa collection permanente, les différentes facettes de la vie rurale du XVII siècle et l'aventure des Filles du Roy. www.maisonsaint-gabriel.qc.ca

Une petite histoire pour clore son 150e anniversaire
SAINT-HYACINTHE - Pour souligner la fin des festivités de son 150e anniversaire de fondation, le diocèse de Saint-Hyacinthe a publié le livre « 150 ans de vie ecclésiale » (Éditions Isabelle Valiquette), un ouvrage de 456 pages, dont 64 en couleurs, écrit en collaboration sous la direction de Mgr Jean-Marc Robillard, vicaire général du diocèse. « Nous avons voulu produire quelque chose de différent » en essayant « de comprendre comment nos prédécesseurs ont vécu leur foi », a confié Mgr Robillard. Pour Mgr François Lapierre, l'évêque du lieu, cette oeuvre « constitue un document historique de grand intérêt pour toute l'Église de Saint-Hyacinthe.»

Ha! Si mon moine...
OKA - Les moines d'Oka projettent de déménager l'abbaye afin de favoriser davantage la dimension contemplative de leur vie monastique dérangée par l'urbanisation croissante de la région où ils habitent. Le lieu de l'établissement du nouvel abbaye n'est pas encore arrêté. La congrégation est ouverte à toutes suggestions. L'emplacement doit comporter les éléments suivants: une belle solitude; un terrain boisé, avec un peu d'espaces aptes à l'agriculture; un terrain montagneux offrant des beaux points de vue; un terrain où se trouvent des sources d'eau (lac, rivière ou ruisseau) ou qui offre une belle vue sur un lac qui se trouve au loin; un terrain d'environ 300 acres qui ne soit pas tout en longueur; un terrain qui ne soit pas éloigné de plus de 50 km d'une ville assurant les services essentiels; un terrain qui ne soit pas convoité par les spéculateurs et dont le coût d'achat ne soit pas trop élevé.

Ondes de lumière
TROIS-RIVIÈRES – Le CRTC a accordé une nouvelle fréquence à Radio Ville-Marie, soit le 89,9 FM à Trois-Rivières. D'une puissance de 6000 watts, le nouvel émetteur diffusera 24 heures sur 24 la programmation de Montréal ainsi qu'un contenu régional. Entrée en ondes en 1995, Radio Ville-Marie diffuse présentement aux fréquences 91,3 Fm à Montréal et 100, 3 Fm à Sherbrooke. Une demande est toujours entre les mains du CRTC pour l'obtention d'une fréquence à Victoriaville qui couvrira la partie sud du Centre-du-Québec.

Terre d'exil
TROIS-PISTOLES - La région de Trois-Pistoles a de nouveaux citoyens, des gens qui se démarquent. Une trentaine de familles de réfugiés colombiens viennent de s'installer dans la région grâce au Centre international multilingue d'éducation permanente (CIMEM). Ils sont partis de Colombie avec pour seul bagage une valise. Le CIMEM les a aidés à se préparer à la rentrée des classes et s'implique avec eux dans un programme de francisation.

Colloques sur la liturgie
QUÉBEC - Du 23 au 25 août plus de 300 personnes provenant de 29 diocèses francophones du Canada étaient réunies à l'Université Laval, à Québec, pour participer à un colloque sur la liturgie organisé par l'Office national de liturgie, une composante de la Conférences des évêques catholiques du Canada (CECC). En réalité, ce sont deux colloques auxquels ont eu droit les participants: un premier ouvert aux délégations diocésaines francophones pour faire le point sur la vie liturgique des Églises locales et pour identifier les prochains défis. Suivant cette première rencontre, le second colloque a rassemblé plus d'une centaine de personnes qui ont été appelées à analyser l'état actuel de la liturgie et à identifier des chantiers sur lesquels il y a lieu de poursuivre la mission. Une vingtaine d'évêques ont pris part à l'une ou l'autre des activités.

Cent ans à Chicoutimi
Les Servantes du Très-Saint-Sacrement célèbrent, cette année, l'heureux anniversaire de leur présence à Chicoutimi. C'est Mgr Labrecque qui les invitait et qui introduisait ainsi l'adoration perpétuelle dans le diocèse. Un cahier spécial (1) a été publié qui rappelle l'histoire de cette présence si bénéfique spirituellement dans une chrétienté.

Cimetière Côte-des-Neiges
Le cimetière de Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal, a présenté le plan directeur d'aménagement paysagé, le 20 août dernier. La rencontre était présidée par Mgr Yvon Bigras, directeur général.

Nouveau périodique
Un nouveau périodique religieux paraît: « Le JMGiste ». Les JMJ 2002 de Toronto ont suscité une grande espérance dans l'Église canadienne. Ce périodique veut alimenter cette espérance pour qu'elle grandisse et contribue à bâtir une civilisation de l'amour. Prix de l'abonnement: 20$. 4155, Wellington, Verdun, QC, H4C 4V8.

ONTARIO

Contre les mariages homosexuels
TORONTO – Ernie Eves, le premier ministre de l'Ontario, est tout à fait contre les mariages homosexuels. Il a invoqué son éducation religieuse pour expliquer son désaccord. Eve a grandi à Windsor, au sein d'une famille anglicane très pratiquante. Dans les valeurs qui lui ont été léguées figure l'opposition au mariage entre personnes du même sexe. Il demande au gouvernement du Canada de protéger les droits des Églises et des religions au sujet de « ce qu'elles définissent comme le mariage ».

Bilan de santé des jeunes ontariens
KAPUSKASING – Les jeunes de 7 à 19 ans du nord de l'Ontario sont moins en santé que leurs semblables ailleurs dans la province. C'est ce qui ressort d'un rapport de l'Alliance Information Santé dans le Nord. Le taux de consommation d'alcool est plus élevé dans le nord qu'ailleurs. De plus, les habitudes alimentaires du nord laissent à désirer, mais ces jeunes sont physiquement plus actifs. Le document fait état d'une inquiétude: Au nord, les jeunes sont Presque deux fois plus souvent hospitalisés pour des problèmes de santé mentale. La principale cause de décès chez les jeunes de l'Ontario est une blessure ou un empoisonnement, dans une proportion de sept cas sur dix. La recherche a duré trois ans et n'offre aucune solution.

Église Unie et réfugiés
L'Église unie participe à un programme de parrainage des réfugiés depuis 25 ans. Elle vient de renouveler cette entente avec Ottawa. Cette pastorale fait partie de son engagement chrétien dans le monde où de nombreuses religions se côtoient. Elle exerce parfois une vieille tradition du droit d'asile qui assure une sécurité temporaire qui facilite la négociation et favorise souvent la justice.

MANITOBA

Une église ressuscite
MORRIS - L'église Sainte-Élisabeth, à l'est de Morris, au Manitoba, a été réouverte au culte après avoir été laissée à l'abandon, il y a plus de dix ans. Un regroupement d'anciens paroissiens a racheté l'édifice et l'a restauré dans le but d'en faire un musée. Il y a un an, un petit groupe de résidents a entrepris la restauration de l'église construite en 1903. Incendiée en 1951, elle a ensuite été rachetée par un résident de Niverville qui l'avait finalement laissée à l'abandon.

Mariage traditionnel
L'archevêque de Winnipeg a demandé à ses fidèles de sauvegarder la formule du mariage traditionnel contre le projet du gouvernement libéral d'Ottawa qui veut l'étendre pour accueillir l'union des homosexuels.

SASKATCHEWAN

Scandale des pensionnats
SASKATOON - La Cour d'appel de la Saskatchewan a donné son accord afin qu'une cause reliée au scandale des pensionnats autochtones soit entendue par la Cour suprême du Canada, Dans sa décision, elle dit croire que la cause doit être examinée par la Cour suprême pour servir de modèle à environ 12 000 dossiers qui sont devant les tribunaux un peu partout au pays.

La fédération luthérienne
Cette fédération, fondée en 1947, compte 136 églises dans 76 pays et représente plus de 65 millions de fidèles. Elle a tenu sa 10e assemblée mondiale à Winnipeg en juillet dernier.

TERRE-NEUVE

Nouvel évêque
SAINT-GEORGES – Mgr Douglas Crosby a été nommé évêque du diocèse de
Saint-Georges dans la province de Terre-Neuve-Labrador. Il conserve aussi ses fonctions d'évêque de Labrador-Shefferville, poste qu'il occupe depuis plus de cinq ans.

(Revue Sainte Anne, Novembre 2003, pages 445 et 446)

(1) du «Progrès dimanche»

19 mars 2026

EN LIBERTÉ: L’interventionnisme conduit à un remodelage de la pensée citoyenne


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Éric Nicolai No 2

Voici pourquoi je suis devenu prêtre de l'Opus Dei


Éric Nicolai
2e partie

« Comme saint Josemaria Escriva, je veux devenir un saint en sachant que je serai un pécheur jusqu'à la fin de mes jours. Le saint ce n'est pas une personne parfaite et sans défaut. Elle a des chutes et s'en relève humblement pour continuer sa route en se mettant au service des autres. Je veux répondre à l'appel personnel que Dieu m'a fait et être un instrument pour rapprocher les âmes de Dieu »

Benoît Voyer


Pourquoi Éric Nicolai a-t-il décidé de devenir prêtre de l'Opus Dei ? Ce n'est assurément pas à cause d'un manque de jugement. L'homme est d'une intelligence au-dessus de la normale et possède une solide formation humaine, spirituelle et académique. En 1995, après avoir obtenu une maîtrise en histoire de l'art de l'université Laval à Québec avec une thèse portant sur les portraits d'enfants au 19ᵉ siècle, il obtient un doctorat en théologie de l'université pontificale Sainte-Croix à Rome avec un mémoire ayant pour thème : « Les règles exégétiques de Hugues de Saint-Victor ». Ordonné prêtre le 15 septembre 1994 dans la prélature personnelle de l'Opus Dei, l'homme aujourd'hui âgé de 39 ans est habité par un feu dévorant d'amour pour le Christ. Son parcours de vie est unique.

Quelles sont les circonstances qui vous ont amené à connaître l'Opus Dei ?


J'ai connu l'Opus Dei grâce à mon ami Dwight. Un jour, on se donne rendez-vous au métro Guy-Concordia à Montréal. Sans m'en informer, il m'amène à la résidence Riverview près de l'université McGill pour me montrer à quel endroit habite son directeur spirituel.

J'entre. Il me présente. Je m'entretiens environ cinq minutes avec un prêtre qui habite l'endroit. « Comment vas-tu, Éric ? » Est-ce qu'il t'arrive de prier ? » Nous bavardons.

L'homme au col romain doit mettre un terme à la conversation afin de descendre à la chapelle pour le salut au Saint-Sacrement. Je n'ai aucune idée de quoi il s'agit. Il m'invite. L'hostie est exposée dans un merveilleux ostensoir. Malgré que je ne sache pas trop ce qui se passe, je suis très impressionné. Je savais que le Corps du Christ peut se recevoir, mais je ne savais pas que nous pouvions l'adorer. Ce fut le début de mon grand amour pour le Seigneur dans l'eucharistie.

Vous avez commencé à fréquenter l'Opus Dei dès cette journée ?

J'y suis retourné occasionnellement pour les méditations du vendredi soir. Au mois d'août 1983, ma famille est déménagée à Toronto parce que mon père a été transféré par son employeur. J'ai donc cessé d'y aller.

À mon départ, on m'a dit : « Tu pourrais appeler le centre de l'Opus Dei à Toronto… » J'ai répondu positivement à l'invitation, mais je ne pensais pas donner une suite à cela.

Un mois plus tard, puisque je ne connaissais personne à Toronto, j'ai décidé de téléphoner pour bavarder un peu. Une voix répond : « Quel est ton nom ? » Je me présente. « Comment ça va, Éric ? Viens faire un tour ! » L'homme au bout du fil est fort gentil. Nous nous donnons un rendez-vous. C'est à ce moment que j'ai commencé à fréquenter régulièrement la maison de Toronto pour les méditations et pour rencontrer un prêtre en direction spirituelle.

Quelles sont les circonstances qui vous ont amené à adhérer officiellement à l'Opus Dei ?

Après un certain temps, on m'en a fait la proposition. Un jour, je parle de l'idée du mariage avec un ami. Par la suite, j'en discute aussi avec mon accompagnateur spirituel. Le prêtre me lance : « Peut-être que Dieu te demande PLUS que de te marier. » Tout en soulignant que le mariage est un authentique chemin de sainteté, il me dit que l'Église a besoin aussi de ceux qui se consacrent au célibat. Aussitôt que le mot PLUS fut tombé de sa bouche, je ne pus plus m'arrêter d'y penser.

Pourquoi ?

Je prenais conscience que ce n'est pas juste moi qui planifie ma vie. Dieu est toujours là pour me demander quelque chose de PLUS. Ce PLUS était pour moi une invitation au célibat apostolique et la possibilité de travailler avec plusieurs personnes, surtout pour faire connaître l'enseignement du Christ et de l'Église. L'idée m'a fait un peu peur, mais, en même temps, elle m'attirait.

Dans une prière, j'ai dit au Seigneur : « Je veux bien te suivre, mais je ne veux pas abandonner cette passion pour la peinture et les arts. J'ai finalement compris qu'il ne veut pas que j'abandonne cet univers et que je peux le suivre complètement à l'intérieur de cette profession.

Est-ce que vous avez accepté sans trop y penser ?

C'était le temps de Noël. J'ai donc pris quelques semaines de vacances dans les Cantons-de-l'Est. Durant ce retrait de trois semaines, j'ai surtout essayé d'enlever cette idée de mon esprit, mais elle revenait toujours.

Le 14 janvier 1984, j'ai écrit une lettre au prélat de l'Opus Dei pour lui signifier mon désir de devenir membre de la prélature apostolique à titre de laïc célibataire.

À quel moment avez-vous reçu l'invitation à devenir prêtre ?

En devenant membre de l'Opus Dei, il n'était pas question pour moi de devenir prêtre. On m'a expliqué : « Tu es célibataire. Tu vas rester laïc. Mais tu pourrais aussi devenir prêtre si on te le demande, mais tu es libre de dire non. »

J'ai donc terminé une maîtrise à l'université Laval en histoire de l'art et j'ai commencé à travailler à titre d'assistant à la recherche pour une exposition au Musée des beaux-arts de Montréal. J'étais historien de l'art. ça me passionnait.

Pendant ce temps, on m'a invité à réfléchir sérieusement à la possibilité d'aller étudier la théologie à Rome. Une fondation montréalaise, appelée La Fondation pour la culture et l'éducation, qui finance les études de séminaristes qui fréquentent l'université pontificale Sainte-Croix à Rome, m'a offert une bourse.

L'idée était de me préparer à être encore PLUS au service de l'Opus Dei, d'approfondir son esprit et d'étudier pour être davantage disponible pour des tâches de formation. Ces études seraient pour moi un temps de réflexion sur la possibilité de devenir prêtre. J'ai accepté.

Comment vos parents ont réagi à votre projet d’aller étudier à Rome ?

Au début, ils étaient surpris parce qu'ils s'étaient toujours imaginés que j'allais me marier. Finalement, ils voyaient mon enthousiasme devant ce projet et que j'étais heureux à l'intérieur de l'Opus Dei. Ils m'ont donc encouragé.

Est-ce que vous avez travaillé durant ces années en Italie ?

J'ai travaillé occasionnellement au service de la traduction au Vatican puisque je connais l'allemand, l'espagnol, l'italien, le français, l'anglais et le latin. Ce travail m’a permis de rencontrer le Saint-Père et de lui parler face à face.

Au début de 1994, en plein milieu de ma thèse de doctorat, après cinq années d'études à Rome, on m'a demandé si j'acceptais d'être ordonné prêtre. J'ai accepté cet appel comme un PLUS pour servir Dieu à l'intérieur de l'Opus Dei. J'ai été ordonné le 15 septembre 1994 à la basilique Saint-Eugène à Rome.

Qu'est-ce qu'il y avait d'impressionnant ce jour-là ?

Nous étions 44 membres de l'Opus Dei à recevoir le sacrement de l'ordre en même temps et la basilique était pleine à craquer !

Une trentaine de membres de ma famille qui habitent en Allemagne sont venus et quelques-uns du Canada. Tous étaient des protestants. Ma mère et ma sœur ont pleuré. Après la célébration, mon père m'a dit être très fier de moi.

Quand êtes-vous revenu au Canada et quel a été votre parcours depuis ce temps ?

Je suis revenu à Montréal à l'été 1995. J'ai travaillé à Toronto comme aumônier d'une résidence de l'Opus Dei. Aussi, j'ai eu l'occasion d'enseigner dans une école secondaire privée. Depuis quelques années, je suis aumônier du centre universitaire Riverview sur la rue du Musée à Montréal.

En plus de m'occuper du bureau d'information de l'Opus Dei au Canada, j'anime des retraites spirituelles et des ateliers d'études dans des centres de formation confiés à l'Opus Dei.

Pourquoi avez-vous choisi de devenir prêtre de l'Opus Dei ?

Comme saint Josemaria Escriva, je veux devenir un saint en sachant que je serai un pécheur jusqu'à la fin de mes jours. Le saint ce n'est pas une personne parfaite et sans défaut. Elle a des chutes et s'en relève humblement pour continuer sa route en se mettant au service des autres. Je veux répondre à l'appel personnel que Dieu m'a fait et être un instrument pour rapprocher les âmes de Dieu.

L'Opus Dei sur Internet:
L'Opus Dei: www.fr.opusdei.ca
Les écrits de saint Josemaria Escriva: www.escrivaworks.org

(Revue Sainte Anne, novembre 2003, pages 441 et 446)

18 mars 2026

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Éric Nicolai No 1

Voici pourquoi je suis devenu prêtre de l'Opus Dei


Éric Nicolai
première partie
Un protestant devient catholique

« Un jour, assis dans un autobus, je réfléchis à mes conversations avec Dwight. Jésus Christ, l'Évangile, l'histoire de l'Église ... « Il serait tout à fait absurde que tout cela soit de la pure invention humaine. Qui aurait la folie de dire: On va inventer un paquet d'histoires pour mettre les gens dans l'erreur? » Il était clair en moi que toute cette tradition repose sur une vérité. C'est cette journée-là que j'ai décidé d'être catholique »

Benoît Voyer

Pourquoi Éric Nicolai a-t-il décidé de devenir prêtre de l'Opus Dei ? Ce n'est assurément pas à cause d'un manque de jugement. L'homme est d'une intelligence au-dessus de la normale et possède une solide formation humaine, spirituelle et académique. En 1995, après avoir obtenu une maîtrise en histoire de l'art de l'université Laval à Québec avec une thèse portant sur les portraits d'enfants au 19ᵉ siècle, il obtient un doctorat en théologie de l'université pontificale Sainte-Croix à Rome avec un mémoire ayant pour thème : « Les règles exégétiques de Hugues de Saint-Victor ». Ordonné prêtre le 15 septembre 1994 dans la prélature personnelle de l'Opus Dei, l'homme aujourd'hui âgé de 39 ans est habité par un feu dévorant d'amour pour le Christ. Son parcours de vie est unique.

Monsieur l'abbé, qu'est-ce qui vous a amené à devenir prêtre de l'Opus Dei ?

C'est une longue histoire. Avant d'adhérer à l'Opus Dei, j'ai dû adhérer au catholicisme puisque je ne l'étais pas.

Alors, commençons par le début. Vous êtes originaire de quel endroit ?

Je suis né à Saint-Lambert, sur la rive sud de Montréal. Mes parents sont des immigrants allemands.

Ils voulaient que je sois instruit dans les écoles catholiques, mais parce que j'étais protestant, il n'y avait pas de place pour moi. Pour commencer, elles prenaient des enfants catholiques et, après, s'il y avait de la place, elles prenaient des protestants. Il n'y a jamais eu de place pour moi ! J'ai donc étudié dans les écoles protestantes du quartier où j'habitais à Saint-Lambert.

Jusqu'à l'âge de 17 ans, je n'ai pas pratiqué de religion parce que je suivais les traces de mes parents.

Qu'est-ce qui s'est passé dans votre vie à 17 ans ?

Je me posais des questions sur l'existence et le sens de la vie. Il me semblait qu'il devait y en avoir une qui ne soit pas banale. De plus, je me suis rendu compte que je devais répondre à une interrogation fondamentale que je portais : « Est-ce que Dieu existe ou non ? » Ce n'était pas une simple question intellectuelle : la réponse qu'on y donne suppose toujours un engagement vital.

Au cégep, je fréquentais un ami catholique. Nous nous connaissions depuis l'enfance. Mes autres amis étaient protestants, comme moi, mais j'étais non pratiquant.

Les protestants étaient très enclins au prosélytisme. Ils m'encourageaient fortement à vivre plus intensément ma foi protestante et surtout à lire la Bible.

À chaque fois que je m'exclamais : « Ah ! Mon Dieu ! O my God! », ils disaient : « Tu ne peux pas dire ça ! Tu ne peux pas dire ça ! C'est un sacrilège ! » (rires) Ils m'ont fait réaliser à quel point je disais souvent « O my God ! », sans lui donner vraiment une valeur. Leur attitude m'achalait beaucoup.

Mon ami catholique Dwight était tout le contraire d'eux. Il avait des difficultés et, puisque j'étais son ami, je l'encourageais, je le supportais. En moi, je sentais un devoir de l'aider. Ainsi, pour lui porter compagnie, je l'accompagnais même à la messe, mais non pas parce que je m'intéressais à la messe comme telle. Nous apprécions beaucoup la présence de l'un et l'autre. Nous parlions de toutes sortes de choses.

Un jour, en marchant vers l'église, il me dit : « Écoute, c'est le seul instant que j'ai en ce moment pour prier avec mon chapelet. Tu devrais m'aider ! Sinon, je vais me distraire et je n'aurai pas le temps. » Je lui ai demandé ce qu'est le chapelet et il m'a montré la partie du chapelet que je devais dire : « Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. » J'ai donc prié avec lui sans vraiment prier parce que je voulais vraiment lui être utile.

Est-ce que Dwight était membre de l'Opus Dei ?

Non, mais il connaissait un prêtre de la prélature. Il fréquentait le Centre Riverview, la maison pour les étudiants où je suis actuellement aumônier. Il s'y rendait occasionnellement pour les temps de formation spirituelle.

D'où lui venait cette ferveur religieuse ? C'est rare chez les jeunes !

Il avait une grande sensibilité religieuse, mais il recevait à l'Opus Dei une formation qui l'aidait à mieux comprendre sa foi. Il me parlait de la foi comme on parlait de bien d'autres sujets. Il ne me donnait pas l'impression de vouloir me convaincre comme mes amis protestants. Parfois, je lui amenais des arguments et on en discutait.

Est-ce que vous avez gardé un lien avec Dwight ?


Nous nous rencontrons assez régulièrement. Après avoir fait des études dans une école culinaire, il est devenu cuisinier. Je continue de lui apporter mon soutien. Il habite Montréal.

À quel moment avez-vous décidé de devenir catholique ?

Un jour, assis dans un autobus, je réfléchis à mes conversations avec Dwight. Jésus-Christ, l'Évangile, l'histoire de l'Église… « Il serait tout à fait absurde que tout cela soit de la pure invention humaine. Qui aurait la folie de dire : « On va inventer un paquet d'histoires pour mettre les gens dans l'erreur ? » Il était clair en moi que toute cette tradition repose sur une vérité. C'est cette journée-là que j'ai décidé d'être catholique.

Mais vous n'étiez pas baptisé…

Mes parents m'ont fait baptiser chez les protestants lorsque j'étais enfant, mais je ne savais pas qu'il fallait être reçu dans l'Église, dans la grande Église, pour porter le nom de catholique.

De quelle manière avez-vous appris cela ?

Au Cégep, entre jeunes, nous parlions de la religion. Tous disaient qu'elle était la sienne. L'un disait : « Je suis bouddhiste », l'autre musulman, catholique, protestant… « Et toi, Éric, qu'est-ce que tu es ? », me demande-t-on. J'ai répondu : « Je suis catholique ! » Il y a eu un silence. Une fille m'a regardé et m'a dit : « Tu n'es pas catholique, toi ! » J'ai rétorqué : « Oui, je suis catholique ! » Je crois tout ce que l'Église enseigne… » Elle ajoute : « Tu penses que tu es catholique… mais tu ne l'es pas ! » Sa réponse m'a bouleversé parce que je pensais l'être.

J'ai parlé de ce qui m'est arrivé à Dwight. Il m'a dit qu'il faudrait que je sois accueilli dans une communauté de foi. Alors j'étais catholique dans la mesure où j'étais baptisé chez les protestants, mais je n'étais pas en pleine communion avec l'Église catholique.

J'ai suivi quelques catéchèses initiatiques. Mgr Norbert Lacoste m'a bien expliqué les fondements de la foi catholique. Ensuite, le 14 mars 1982, j'ai fait une profession de foi durant une célébration eucharistique à la paroisse Saint-François-d'Assise à Saint-Lambert. J'avais 18 ans. Mes parents ont assisté à l'événement.

Est-ce qu'ils étaient en accord avec votre choix ?

Ils pensaient que ça serait une étape de mon adolescence et que je m'en sortirais [il lance cette phrase sur le ton de la plaisanterie avant de poursuivre plus sérieusement]. Toutefois, ils ne se sont pas opposés à mon choix parce qu'ils ont toujours eu un grand respect de ma liberté.

Pourquoi n'y a-t-il pas eu un nouveau baptême ?

Parce que presque tous les baptêmes protestants sont valides chez les catholiques.

Quand avez-vous fait votre initiation aux sacrements du pardon et de l'eucharistie ?

J'avais déjà fait ma première confession avec Mgr Lacoste, mais à l'occasion de la même célébration j'ai pu faire ma première communion au corps du Christ. Ceci a été un moment très émouvant pour moi. Dès ce jour, j'ai commencé à aller à la messe chaque jour.

C'est ainsi que le Seigneur a pris peu à peu une grande place dans mon âme.



(Revue Sainte Anne, octobre 2003, pages 393 et 406)


17 mars 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Les Québécois sont des carencés affectifs


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Nouvelles de chez nous

Nouvelles de chez nous

Benoît Voyer et B. Mercier


La population canadienne continue de vieillir. Selon le dernier recensement canadien, l'âge médian des Canadiens était de 37,6 ans en 2001. Il s'agit d'une augmentation de 2,3 ans depuis 1996 et d'un record. Les aînés représentent maintenant 13 % de la population. La Nouvelle-Écosse et le Québec sont les provinces les plus âgées avec un âge moyen de 38,8 ans. L'Alberta est la plus jeune avec 35 ans.

Catholiques au pays
4,8 millions de Canadiens se sont déclarés sans religion, soit 16 % de la population. Au Québec, ils ne constituent que 5,6 %. Les catholiques représentent 7 personnes sur 10. Les musulmans sont de plus en plus nombreux, soit 2 % des Canadiens. Près de la moitié des catholiques habitent le Québec, où ils représentent 83 % de la population.

Nouvel évêque
Le pape vient de nommer un Basilien, Mgr Stephen Victor Chmilar, comme évêque des 40 000 Ukrainiens à l'est du Manitoba. Il succède à Mgr John Pasichny, 76 ans, qui vient de remettre sa démission.

Nouveau directeur de SOCABI
Montréal, le 20 mai 2003 – À leur réunion du 8 mai 2003, les membres du conseil d'administration ont nommé Monsieur Fabien Leboeuf directeur général par intérim de la Société catholique de la Bible (SOCABI) jusqu'au 30 juin 2004. Monsieur Leboeuf, un consultant, a accepté cette tâche qu'il réalisera à titre de contractuel et à temps partiel. L'arrivée de Fabien Leboeuf à la direction générale de SOCABI est un acquis certain au moment où la société lance un plan de développement pour les cinq prochaines années. Monsieur Leboeuf succède à Madame Jeannine Ouellet qui a occupé ce poste durant les cinq dernières années.

MSF Canada
« Médecins sans frontières » rassemble des bénévoles qui portent leur aide où la souffrance les appelle. Ils sont toujours plus de soixante en mission. Au cours de 2002, environ 20 nouveaux volontaires ont été recrutés dans la région de l'Ouest canadien. Le recrutement et les activités de témoignage sont à la hausse dans la région de l'Atlantique. Des conférences pour présenter le mouvement ont été présentées ce printemps à l'université de Toronto.

Le père Lelièvre

La cause de béatification du père Lelièvre a été officiellement ouverte, le 7 avril dernier, à la cathédrale de Québec. Fondateur de la Maison Jésus-Ouvrier, il a été un apôtre infatigable de la dévotion au Sacré-Cœur. Il est décédé à Québec en 1956.

Tricentenaire
La Congrégation du Saint-Esprit fête, cette année, 300 ans de service dans l'Église. Fondée en 1703 par l'abbé François Poullart des Places, elle fusionna en 1848 avec la Société du Coeur immaculé de Marie, fondée par le vénérable Liberman. La congrégation compte environ 3000 membres. Elle est présente au Canada, se partageant en deux provinces, une de langue française et l'autre de langue anglaise.

Martyrs ukrainiens
Le 27 juin, les Ukrainiens célébraient la fête de martyrs ukrainiens : Nicholas Chasnetsky et ses compagnons. Cette cérémonie a eu lieu en l'église Saint-Joseph, à Winnipeg. Ces martyrs ont été torturés en Ukraine, sous le régime communiste. Nykyta Budka a été le premier évêque catholique au Canada.

Église-Studio
Au Québec, l'église Notre-Dame-de-Grâce, fermée depuis deux ans, mais classée comme valeur patrimoniale, sera conservée et adaptée pour un studio de production artistique. Le projet, cependant, n'est pas encore complètement assuré.

Mariages
En l'an 2000, le nombre des mariages a augmenté de 8 % au Canada. Au Québec, cette hausse s'est limitée à 3,4 %. Cette tendance ne s'est pas maintenue en 2001.

Précarité du travail
Le Comité des affaires sociales de l'Assemblée des évêques du Québec relève que les 60 % de la population sur le marché du travail ne sont pas syndiqués. De plus, le nombre d'emplois à temps partiel continue de chuter et prend souvent des contrats à durée déterminée… Laissée à son libre cours, la globalisation de l'économie crée instabilité et précarité chez les travailleuses et les travailleurs.

Produits équitables
Après le café, autour du chocolat, de se trouver dans les grandes chaînes alimentaires : Métro, Loblaw, Provigo… Ces produits doivent porter le sceau de certification. Une façon d'aider les petits producteurs exploités par les grands propriétaires de terrains des pays sous-développés.

Diamants du rang
Le Canada, comme certains autres pays, peut maintenant bloquer le commerce des diamants mis sur le commerce et provenant de groupes rebelles qui mettent la main sur des diamants et les revendent pour financer des activités paramilitaires illicites.

Vie religieuse
MONTRÉAL – Le nombre de religieux et de religieuses qui vivent en communauté s'élève en ce moment à environ 25 000 personnes. Si la tendance se poursuit, ce nombre sera réduit de moitié en 2015, à cause du vieillissement des troupes. Cette année-là, un religieux canadien sur dix aura plus de 65 ans.

(Revue Sainte Anne, septembre 2003, pages 347 à 349)

16 mars 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Le consentement c'est important


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Une enfance sous la terreur d'un pédophile

Guy Sévigny, comédien


Une enfance sous la terreur d'un pédophile
« Après quatre années de thérapie et une vie spirituelle intense, j'en arrive à me détacher des moments cauchemardesques que j'ai vécus »

Benoît Voyer

Le comédien Guy Sévigny a vécu une enfance difficile sous le joug d'un pédophile. Dans le silence et la peur, son agresseur a bousculé son existence. Après une thérapie fort difficile qui l'a conduit jusqu'en psychiatrie, il a vécu une résurrection. Sa transformation l'a amené à retourner jouer au théâtre, à chanter, à s'impliquer dans de nombreux organismes qui viennent en aide à la jeunesse, dont Bouclier Québec qui travaille activement à enrayer les sites Internet qui exploitent sexuellement les enfants, et à fonder le Théâtre contre violence. Sa pièce théâtrale « Pourtant quand je rêve », écrite par la juge Andrée Ruffo, et ses rôles dans les téléséries Jean Duceppe (Télé Québec), Tabou (SRC) et un Homme en quarantaine (Série+) ont contribué à le faire connaître davantage du grand public.

***

J'ai été la victime d'un pédophile de 9 à 13 ans. C'était un voisin qui est rapidement devenu un ami de la famille. Comme la majorité des pédophiles, il a pris soin de gagner l'estime de la famille avant de gagner celle de l'enfant que j'étais. Il y a donc eu quelque temps qui s'est écoulé entre la première fois que je l'ai rencontré et notre histoire commune.

Je revenais de l'école primaire. Il jouait de la guitare dans les marches de l'endroit où il restait, soit à trois portes de chez moi. Puisque mon rêve était de chanter et de jouer au théâtre, il est rapidement devenu mon idole. C'est la musique qui a permis qu'il y ait un lien particulier qui se développe entre nous. Je ne pensais pas que ce lien conduirait à des abus sexuels de sa part.

Je suis originaire d'une grosse famille. Je suis le quinzième d'une famille qui compte 18 enfants. Les gâteries manquaient à la maison. A sa manière, cet homme voulait me combler de sa gentillesse en me faisant travailler pour gagner un peu d'argent. Le travail consistait à aller laver son linge à la buanderie, près de chez moi.

Un jour, il m'a dit: « J'ai oublié un morceau de linge à laver. » Il m'a dit d'entrer dans sa chambre et il a enlevé son pantalon devant moi.

J'ai eu l'intention de tourner la poignée de porte pour sortir, mais j'ai figé. Je n'ai pas été capable de l'ouvrir. J'étais un enfant et c'était la première que je voyais un homme nu. J'étais traumatisé.

Est-ce qu'il y a eu des actes sexuels cette journée-là?


Non. Il m'a juste donné les vêtements en se frôlant sur moi. Il a sans doute vu toute la panique qu'il y avait dans mon corps parce que je tremblais.

Comment vous sentiez-vous?

Au tout début, malgré que je sentais dans mon corps qu'il y avait quelque chose de pas correct dans ce que je vivais, je pensais que c'était normal. Je m'attendais même à un moment donné à ce que mon père ou mon grand frère fasse la même chose. Je me disais que tous les jeunes garçons devaient vivre ça

Lorsque la sensation de malaise a augmenté, j'ai voulu en parler à ma mère. L'homme a senti cela. Il a alors commencé à me menacer. Il disait que si je parlais, il irait dans une institution carcérale et que j'irais dans une prison pour enfants.

Est-ce que vous viviez des rapports sexuels complets avec lui?

Oui.

De quelle manière les événements se sont terminés?


Nous sommes déménagés. Malgré tout, il me relançait à l'occasion.

Est-ce qu'il y a eu une poursuite en justice?


Au moment où j'ai suivi la grande thérapie pour m'en sortir, il était déjà décédé. Il est mort d'un arrêt cardiaque. Il n'avait même pas quarante ans. Lorsqu'il est parti, je vivais un mélange de tristesse et de bien-être. J'étais content qu'il quitte et, en même temps, je m'en voulais parce qu'on ne doit jamais être heureux d'une mort.

Combien de temps a duré votre thérapie?


Quatre ans.

Est-ce que vous avez été capable de lui pardonner?


Je ne sais pas si j'en suis arrivé à lui pardonner complètement.

Je vis encore des traumatismes à cause de ce qui est arrivé. Je fais parfois d'horribles cauchemars. De plus, lorsque je vois des policiers, j'ai souvent l'impression qu'ils viennent m'arrêter pour me conduire dans une prison pour enfants. Pourtant, je suis au début de la quarantaine et je ne devrais pas réagir de cette manière. Enfin, la nuit, j'ai parfois l'impression que quelqu'un veut toucher mon corps et qu'il veut m'agresser sexuellement. Lorsque je vis cela non, il n'y a pas de pardon.

En dehors de ces moments difficiles, j'en arrive à une certaine forme de pardon. Vous comprendrez donc que le pardon que je lui accorde doit régulièrement se répéter. Cependant, il n'est pas uniquement envers lui. Je le fais pour moi. Je le fais envers moi

Après quatre années de thérapie et une vie spirituelle intense, j'en arrive à me détacher des moments cauchemardesques que j'ai vécus

De quelle manière la spiritualité vient vous aider dans cette démarche de guérison?

Elle me permet de ne pas me sentir seul avec ce que j'ai vécu. Elle m'amène une façon de partager mes moments difficiles et mes beaux instants de vie avec les autres. La spiritualité est pour moi une manière de me mettre en contact avec les gens. Je la vis à travers le théâtre et la chanson.

La spiritualité juive et chrétienne transmet l'image d'un Dieu qui ressemble à un père. Est-ce que votre blessure de vie vous a demandé de revoir votre image de ce que Dieu représente?

L'image de mon Dieu est féminine. Cela vient du rapport que j'ai eu avec les hommes lorsque j'étais un enfant. Ils m'ont fait peur pendant très longtemps. Pour croire, j'ai besoin de féminiser l'image de Dieu.

Pourquoi cela a-t-il été important pour vous?

Pour réussir à m'abandonner entièrement lorsque je prie. J'ai bien de la misère dans mes rapports avec les hommes lorsqu'ils sont en autorité. Alors qu'avec les femmes, je n'ai aucune difficulté. Alors, si je prie un Dieu qui ressemble à un être masculin, je sens intérieurement qu'il y a des restrictions et une certaine qualité de lien que je ne peux pas établir.

De quelle manière avez-vous réussi à transformer l'événement négatif que vous avez vécu en quelque chose de positif?

Lors de la thérapie, j'ai réalisé pourquoi j'ai reçu le don de chanter et de jouer au théâtre. De plus, la voix en moi m'a interpellé à parler de ce que j'ai vécu afin de prévenir que ça n'arrive pas à d'autres enfants et pour aider les adultes qui ont vécu les mêmes traumatismes que moi.

En 1985, j'ai créé le Théâtre contre violence et j'ai écrit le livre « J'aurais voulu être ... ». Cela m'a amené à partager mon expérience à travers les conférences, les récitals et les pièces théâtrales. En partageant, je reçois des autres.

Vous avez découvert votre mission...

Il ne nous arrive rien pour rien dans la vie. Tout cela a effectivement dessiné ma mission de vie. c'est pour cela que je vis.

Au début, j'avais de la misère avec le mot « Mission » parce qu'on le sert à bien des sauces et parce qu'il fait peur à certaines personnes. Lors d,’une rencontre avec le curé de ma paroisse, il m'a expliqué ce qu'est une vocation et une mission. À partir de là, je me suis débarrassé de la honte que j'éprouvais de dire que j'ai une mission particulière dans la société. D'ailleurs, chaque humain a sa mission propre.

Est-ce qu'il est possible d'affirmer que vous avez vécu, comme Jésus Christ, une mort et une résurrection?

Quelle belle image! C'est exactement ce que j'ai vécu. En trouvant des Nouvelles raisons de vivre, je suis effectivement revenu à la vie, je suis ressuscité.

Sur Internet:
Théâtre contre violence
www.theatrecv.org

(Revue Sainte Anne, Septembre 2003, pages 345 et 382)