4 novembre 2026


 

AFFAIRES PUBLIQUES : En 10 ans, près de 100 % plus de paniers de Noël à Brownsburg-Chatham

Brownsburg-Chatham
En 10 ans, près de 100 % plus de paniers de Noël à Brownsburg-Chatham

Par Benoit Voyer

4 novembre 2026

Le nombre de paniers de Noël a presque doublé en dix ans à Brownsburg-Chatham, une municipalité de la circonscription d’Argenteuil dans les Basses-Laurentides. D’environ 90 paniers distribués en 2015, leur nombre est passé à 178 en 2025, c’est-à-dire une augmentation de près de 100 %. La situation ne s’améliore pas. Les appels à l’aide ne cessent d’augmenter dans la municipalité.

Les réalités des familles changent. Plusieurs peuvent avoir besoin d’un coup de main à différents moments de l’année. C’est pour leur venir en aide que la Guignolée existe à Brownsburg-Chatham et dans plusieurs autres municipalités du Québec.

En plus d’être leader et porte-parole d’Osons Québec, une nouvelle formation politique québécoise autorisée par le Directeur général des élections du Québec le 2 septembre 2026, l’entrepreneur et ancien conseiller municipal Martin Charron coordonne avec son équipe les activités de la Guignolée dans sa municipalité : « Le coût de la vie rend parfois le quotidien plus difficile. Depuis plusieurs années, nous constatons qu’une part grandissante des familles dans le besoin compte des travailleurs, et c’est inquiétant. Il est important d’être à l’écoute et de travailler avec les ressources disponibles pour offrir une aide adaptée ».

Lorsqu'on examine la situation socioéconomique de la région d’Argenteuil, l’augmentation des besoins n'a rien de surprenant.

Selon les plus récentes données de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), le revenu disponible par habitant dans la MRC d'Argenteuil atteignait 35 239 $ en 2024, comparativement à 38 426 $ pour l'ensemble du Québec et 40 128 $ dans les Laurentides. Argenteuil affichait ainsi le revenu disponible par habitant le plus faible des huit MRC des Laurentides, avec un écart de 12,2 % par rapport à la moyenne régionale. La situation illustre bien les importantes disparités économiques qui existent dans la région.

En ce moment, Martin Charron travaille fort avec son équipe de la Guignolée afin de constituer des équipes de bénévoles qui feront du porte-à-porte à Brownsburg-Chatham, le 5 décembre, afin de recueillir des denrées alimentaires. « On a un gros besoin de jus de bras », dit-il, le sourire aux lèvres et l’espoir au cœur.

POLITIQUE : Présenter les faits autrement

Le célèbre spin doctor Kasper Jull dans la télésérie Borgen
Présenter les faits autrement

En politique, deux personnes peuvent raconter le même événement de manière très différente. Imaginons qu'un parti obtienne 8 % des voix lors d'une élection, alors qu'il espère en récolter 15 %. Un journaliste peut présenter ce résultat comme une défaite. Le spin doctor, lui, préfère peut-être parler des deux députés élus et des progrès réalisés dans certaines circonscriptions. Les deux interprétations peuvent reposer sur des faits exacts. La différence réside dans le choix des informations mises en valeur. Cette façon de présenter les événements fait partie des stratégies de communication politique. (Benoit Voyer, 4 novembre 2026)

MARIE-LÉONIE PARADIS : Pensée


SANTÉ MENTALE : Guérir et soigner

Guérir et soigner

Par Benoit Voyer
4 novembre 2026

La maladie mentale ne se résume pas à un diagnostic. La personne malade est tout avant une personne. Elle a ses besoins qui dépassent le cadre médical, son histoire et ses souffrances. Ainsi donc, soigner, c’est avant tout prendre soin.

Le 14 mars 2026, la pédopsychiatre et psychiatre Céline Lamy écrivait dans Le Devoir qu’avant même de chercher à guérir, il faudrait apprendre à prévenir : « Prévenir la survenue de la maladie, prévenir sa rechute, prévenir son aggravation, prévenir le développement de troubles dits comorbides qui surviennent parce que, justement, les patients sont isolés, invisibilisés et considérés comme des numéros dans ce réseau. Parce que tout est centré sur le malade, sa maladie et son plan de traitement. Le curatif, en somme. [mais] le soin, ce n’est pas que cela : il est aussi fait de tous les « à-côtés ». Parce que la racine du mot « soin » ne veut pas dire « guérir », mais « se préoccuper de »… »

Pour elle, cette préoccupation pour l’autre demande du temps et, surtout, une relation de confiance : « La santé et surtout la santé mentale, elles, nécessitent du lien, du temps, du partage, des échanges. Elles nécessitent que la confiance puisse se placer, tranquillement, pour que l’histoire se dise, les traumatismes se dévoilent. Pour que ce qui est caché (parce que jugé honteux par le patient et pointé du doigt comme tel par tant d’autres) puisse se découvrir. Petit à petit. »

Encore faut-il des espaces où cette parole pourra être véritablement entendue : « Le système de « santé » nécessite des lieux, et pas juste un bureau médical : un lieu pour se déposer un peu, pour élever la voix, pour la faire jaillir. Elle est si souvent bâillonnée, cette voix, ou, si elle est « osée » par le patient, elle est alors souvent non écoutée, banalisée, détournée ou muselée. »

La docteure Lamy insiste : prendre soin, c’est aussi redonner une place à ce qui rend la vie plus belle et plus supportable. « Les soins en psychiatrie, surtout, sont pluriels et convoquent toutes les sphères de vie du patient, remettent un peu de beau, de doux, de créatif et de vivant dans un quotidien parfois extrêmement sombre où l’abîme n’est jamais bien loin et où la noirceur de la pensée est un cavalier envahissant. »

RÉFLEXION SPIRITUELLE : Croire lorsque Dieu semble absent

Croire lorsque Dieu semble absent

Par Benoit Voyer

4 novembre 2026

Il y a des hauts et des bas dans la vie spirituelle. Il est donc important de se donner des bases assez solides pour continuer à avancer lorsque vient le temps de l’épreuve. Lorsque le vent souffle dans notre visage à 100 kilomètres à l’heure, on est assurément décoiffé et on finit par en perdre nos repères. Il est important de bâtir sa vie intérieure sur des bases solides.

Dans l’évangile de Luc (cf. Lc 14, 25-33), que je lisais ce matin, Jésus compare la vie du disciple à un homme qui veut bâtir une tour. Avant de commencer, il doit s’assurer d’avoir les moyens d’aller jusqu’au bout. Il en est de même pour la foi : elle doit reposer sur des fondations assez solides pour traverser les périodes où Dieu semble silencieux. C’est un peu comme dans une histoire d’amour : aimer quand la passion est là, c’est facile. Aimer quand les émotions ne sont plus au rendez-vous, c’est une autre chose.

Un jour de 2002, je vis des moments sombres dans ma vie spirituelle. Je m’inquiète de ma relation avec Dieu. Je ne sens plus sa présence. Quand je prie, tout est sec et sans saveur.

Je décide d’en parler à Guy Boucher, une ancienne coqueluche du petit écran qui a vécu une importante conversion spirituelle. Je sais qu’il a une solide vie spirituelle et qu’il pourrait m’aider à comprendre ce que je vis. D’ailleurs, dans mon agenda figure un rendez-vous avec lui. Je dois le rencontrer dans le cadre d’un grand entretien pour la Revue Sainte-Anne.

Nous nous asseyons à la table d’un café montréalais et, café à la main, j’aborde directement le sujet : Guy, « comment fait-on pour rencontrer Dieu ? ». Il est étonné de ma question. Il s’attendait à parler de ses souvenirs dans le milieu artistique, mais il sourit. Il semble vraiment heureux de l’angle que je donne à notre conversation.

Il me lance : Tu sais, « pour chaque personne, ce n’est pas pareil. Moi, ça a été une rencontre radicale ! Maintenant, je sais qu’il m’aime et qu’il est miséricordieux. Lorsque je suis sorti de chez les moines, je n’en revenais pas. Je disais à mes amis : “J’ai eu une vie assez mouvementée. J’ai eu trois grands amours dans mon existence. J'ai eu des aventures. Vous savez, de tous les amours que j’ai vécus, il n’y a rien qui puisse égaler ce que je vis avec le Seigneur. »

Pourquoi ? « Parce que ça ne se vit pas de la même façon ! (Il cherche des mots pour parler de son expérience) Le Seigneur habite en nous et il se manifeste dans une dimension qui n’a rien de sexuel. C’est un amour inconditionnel. C’est un amour démuni. Le Seigneur est totalement démuni devant nous… »

J’ose une confidence : « Guy, je suis dans un désert de la foi. Je tente de renouer le contact avec Dieu. J’ai beau lui parler, mais je ne le sens pas présent. C’est ma souffrance… Comment puis-je faire pour renouer le dialogue avec lui ? Qu’est-ce que je dois faire pour le sentir présent ? »

Guy Boucher oublie que j'enregistre la rencontre. Il me regarde. Il s’adresse à moi comme à un vieil ami : « La première chose à faire est qu’il ne faut pas lâcher. Il faut que tu sois persévérant. Je me permets de te raconter mon histoire. Après ma conversion, j'ai été vraiment choyé pendant deux ans et demi. Très fortement, je ressentais la présence de Dieu. Un jour, je me suis levé et Dieu n’était plus là. J’ai paniqué ! Je suis allé voir un religieux pour lui parler de ce que je vivais. Je lui ai dit : “Le Seigneur n’est plus là !” Il m’a dit : “C’est normal! On dirait que le Bon Dieu se retire. Ce retrait n’est pas pour te nuire, mais pour te faire grandir. C’est également ainsi pour tous les malheurs qui nous arrivent dans la vie. Si nous n’avions pas d’épreuves, nous ne grandirions pas.” »

Je suis étonné d’entendre ça et je lui exprime : « Il se manifeste toujours dans l’épreuve ? »

Il me répond : « C’est souvent ainsi ! C’est souvent après une maladie ou une épreuve terrible ou une mortalité que tu grandis. Je ne suis pas le seul à dire cela. C'est écrit dans les psaumes ! “Pourquoi Seigneur tu n’es plus là ? Pourquoi m’as-tu abandonné ?” Je t’invite à persévérer…

Je demeure inquiet : mais « après l’épreuve, il me sera possible de le sentir autant qu’avant ? »

Il ajoute : « Mon expérience spirituelle n’est jamais revenue aussi forte que dans mes premières années de conversion, mais ma rencontre avec le Seigneur demeure la chose la plus importante de ma vie. Il n’y a rien pour m’enlever ce que je vis avec lui. C’est trop beau ! C’est trop grand ! Certains matins, au moment où je fais oraison avec l’office des lectures, des textes me prennent au cœur avec une telle intensité. Ouf ! Ils me donnent de la misère à respirer ! Je me lève, je me promène dans la maison… C’est ça, le bon Dieu ! La souffrance de son absence que tu vis en toi ressemble à celle du psalmiste. »

Je vois que j’ai affaire à un homme qui a une expérience spirituelle solide. Je lui lance, un peu taquin : « Ta relation à Jésus est tellement rendue importante que tu lui parles chaque matin… »

Les yeux brillants, il me rétorque : « Je ne lui parle pas que le matin ! Nous nous parlons aussi en soirée… et même en automobile. Je suis tellement bien dans mon auto. Je n’ai même pas de radio ! Lui et moi on en profite pour bavarder ! »

Comme un ami ? « C’est bien plus que ça ! Tu sais, quand tu aimes quelque chose ou que tu aimes une personne, tu as le gout d’être avec elle. Tu as le gout d’y communier ! Tu as le gout de lui écrire ou de téléphoner… C’est comme ça dans ma relation avec lui. C’est une très grande relation d’amour. »

Je reviens au motif de ma rencontre : Guy, « parfois, je doute. Je me demande si tout cela est vrai. »

Il me rassure : « Il y aurait 50 théologiens de diverses religions devant moi qui me diraient : “Ce n’est pas vrai tout ça !” Je leur dirais la même chose qu’à toi : “Voyons donc ! Je le sais, moi, je l’ai vécu ! Et je le vis tout le temps ! Dieu n’est qu’amour. Il est complètement démuni devant nous… Il attend toujours après nous qu’on l’aime ! Il attend toujours ! Il a besoin que tu lui dises que tu l'aimes… Et pour le rencontrer, il faut que tu lui demandes ! Et n’oublie pas que c'est lui le boss ! C’est lui qui va décider du meilleur moment.” »

C’est toute une leçon sur la foi que Dieu m’a fait ce jour-là. Pour suivre Jésus, il faut parfois renoncer au besoin de toujours sentir sa présence pour apprendre à lui faire confiance lorsqu’il semble absent.

POINT DE VUE CATHOLIQUE : Léon XIV retrouvera sa cuisinière au Pérou

Cathédrale de Chiclayo, au Pérou
Léon XIV retrouvera sa cuisinière au Pérou

Benoit Voyer

4 novembre 2026

Léon XIV retrouvera son ancien diocèse de Chiclayo, au Pérou, où il a été évêque de 2015 à 2023, du 13 au 15 novembre. Il reverra notamment Magaly Castillo Saavedra, la cuisinière de l'évêché. Jadis, elle préparait ses repas lorsqu'il était encore Mgr Robert Prevost.

Selon la radio péruvienne RPP, le pape aurait demandé qu'on lui prépare deux spécialités régionales qu'il aime beaucoup.

Le vendredi 13 novembre, il mangera du cabrito à la chiclayana, un plat traditionnel à base de chevreau. Le lendemain, ce sera du riz au canard, une autre spécialité de la région.

Magaly Castillo
Magaly Castillo connaît bien les goûts du pape. Elle travaille à l'évêché de Chiclayo depuis avril 2018. Elle est très contente de pouvoir cuisiner de nouveau pour lui.

Dans un entretien à la télévision publique péruvienne, elle raconte que Robert Prevost était un homme aux habitudes simples. Par exemple, il aimait mieux boire de l'eau plutôt que des jus ou des boissons gazeuses.

Durant la pandémie de la COVID-19, lorsqu’elle allait faire les courses au marché, il récupérait lui-même les provisions.

Mgr Edinson Farfán rappelle que son prédécesseur a toujours eu des goûts simples. Il a toujours mangé ce qu'on lui servait, sans exiger de traitement particulier.

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Pour un bon choix de films

Pour un bon choix de films

Le télé-horaire constitue une des pièces maîtresses de notre monde télévisuel. Pour faire le choix d’un film à l’écran, nous consultons les cotes inscrites dans le guide. La préparation de ces petits commentaires a, préalablement, demandé un travail de moine.

«Pour bien coter un film, commente le directeur du service cinématographique de l’Office des communications sociales (OCS), Christian Depoorter, on commence par examiner le film soit au cinéma, en visionnement de presse, sur vidéo ou d’une quelconque façon. À partir de ce moment, on se fait déjà une première idée.»

«On a des critères de base comme le scénario, la mise en scène et l’interprétation. C’est la moyenne de ces 3 éléments qui donne la cotation de ce film», poursuit M. Depoorter.

Une production peut donc être très bien interprétée, mais l’histoire très mal racontée. Le film portera la mention «moyen».

Comment bien faire l’analyse de ces trois composantes? Selon l’OCS, il y a d’abord des paramètres évidents: il y a des films qui en rappellent d’autres.

«Puisqu’on s’adresse au grand public, dit l’homme de cinéma, nous ne donnons pas d’appréciation personnelle, en ce sens que nos cotes doivent être soutenues par une littérature. Nous avons beaucoup de documentation. Nous classifions tout ce qui est écrit sur les films d’Europe et d’Amérique. On sort cela et nous faisons une moyenne des appréciations».

Les employés du service cinématographique font un commentaire bien à eux mais celui-ci est tempéré par la moyenne. Dans les cas où les critiques consultés ne s’entendent point, c’est le service qui tranche. Dans ce cas, l’OCS favorise d’abord le scénario.

Les cotations sont diffusées un peu partout: Télé-plus, TV Hebdo, 7 Jours, etc. Dans le monde francophone canadien, il n’y a pas un guide télévisé qui ne les utilise pas.

L’Office publie aussi le bulletin «Film à l’écran». Les abonnés sont surtout des professionnels. Ces feuillets font l’objet d’un répertoire annuel diffusé depuis plus de 40 ans.

L’équipe ne donne aucune appréciation d’ordre moral. Elle indiquera, cependant, une production qui contient des scènes de violence gratuite.

«Autrefois, il y avait des critères artistiques mais c’était secondaire. C’était des prêtres qui jugeaient les films selon les valeurs chrétiennes et la morale de l’époque. Depuis le début des années ’70, la procédure est différente», conclut Christian Depoorter.

(Reportage de Benoit Voyer)

(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1995, p. 24)

3 novembre 2026


POLITIQUE : Alexander Mackenzie

Alexander Mackenzie

Par Benoit Voyer

3 novembre 2026

Alexander Mackenzie est né en Écosse en 1822. Avant son entrée en politique, il s’est établi à Sarnia, une petite ville d'environ 3 000 habitants. Le lieu est stratégique. Sarnia est située sur la rivière Sainte-Claire, à la frontière avec les États-Unis, face à Port Huron au Michigan. La ville de Détroit, qui n’est pas très loin sur le plan géographique, comptait à cette époque près de 80 000 habitants.

En 1867, lors du premier scrutin dans le nouveau Canada, il est élu député Parti libéral pour la circonscription de Lambton, où est situé Sarnia. En 1882, il deviendra député de la circonscription d’East York.

Mackenzie dirige le Canada de novembre 1873 à octobre 1878. Il succède à John A. Macdonald à la suite du scandale du Pacifique. Réformateur intègre, il instaure notamment le vote secret lors des élections fédérales, crée la Cour suprême du Canada en 1875 et encourage l'édification d'institutions nationales. Son gouvernement est cependant affaibli par une grave récession économique, ce qui permet le retour de Macdonald en 1878. Mackenzie décède le 17 avril 1892. Il repose dans le cimetière Lakeview, à Sarnia.

cimetière Lakeview, à Sarnia
Le lieu où repose Alexander Mackenzie est impressionnant. Est-ce que le choix de l’immense pierre tombale veut rappeler qu’il est un ancien tailleur de pierre ? L’histoire ne le dit pas. Autour de lui reposent des membres de sa famille, notamment sa mère Mary Stewart Fleming, arrivée au Canada en 1847 avec ses sept fils. Cette inscription rappelle que derrière le grand homme politique se trouve aussi le parcours d’une famille d’immigrants écossais qui a participé à la construction du Canada.

Alexander Mackenzie nous laisse un profond héritage. À une époque où la confiance envers les institutions est souvent ébranlée, il rappelle que la crédibilité d'un gouvernement repose d'abord sur l'intégrité de ses dirigeants. Son intégrité personnelle, son respect des institutions et sa volonté de renforcer l’État de droit demeurent des références pour répondre aux défis actuels liés à l'éthique publique, à la transparence gouvernementale et à la restauration de la confiance des citoyens.

LYNDA LEMAY - Pensée


NEUROSCIENCES : De l’espoir dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer

De l’espoir dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer

Deux avancées ouvrent de nouvelles perspectives dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer : des traitements capables d’en ralentir l’évolution et des analyses de sang qui pourraient faciliter son diagnostic précoce.

Du côté des traitements, deux biothérapies ont reçu une autorisation de mise sur le marché en Europe, selon un état des lieux présenté par des experts et rapporté dans Le Figaro, le 28 février 2026. Elles modifient l’évolution de la maladie, sans toutefois la guérir.

Les spécialistes soulignent aussi l’apport attendu des biomarqueurs sanguins pour identifier plus tôt les patients. Un diagnostic précoce permet de mettre en place plus rapidement une prise en charge adaptée, avec l’objectif de préserver leur autonomie et leur qualité de vie. (Benoit Voyer, 3 novembre 2026)

RÉFLEXION SPIRITUELLE : Un Dieu pas si abstrait que ça

Un Dieu pas si abstrait que ça

Benoit Voyer

3 novembre 2026

Quelque chose de divin se manifeste ici-bas chaque fois que nous choisissons d’aimer.

Cette affirmation me rappelle ce qu’écrivait Christian Lépine dans son livre « Créés pour êtres aimés » (Médiaspaul, 2012) : « Il pourrait descendre dans le monde sans passer par notre amour, mais il veut avoir besoin de notre don. Et ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que notre amour, si humble, si fragile, Dieu veut bien s’en servir comme matériau pour construire son Royaume éternel qui est déjà commencé dans l’histoire. Avoir la foi, c’est aussi croire que nous sommes appelés à une vocation d’amour, que Dieu nous rend capables d’aimer et que par l’amour, nous transformons le monde. »

À cette « vocation d’amour », chacun est convié. Mais nous sommes absorbés par le quotidien de la vie. On se saoule de 1001 activités jusqu’à ne plus entendre. On fait la sourde oreille.

Pourtant, à travers le quotidien de la vie, Dieu invite encore et toujours. Il attend patiemment notre réponse.

Hier, il est passé par un collègue de travail : « Ça serait cool qu’on aille prendre un café ».

Avant-hier, dans notre unité de psychiatrie, lorsque j’ai demandé à cette vieille dame « Pourquoi criez-vous comme ça ?» c’était probablement lui qui répondait tristement « parce que j’ai besoin d’amour… »

Il y a une trentaine de minutes, une image m’est revenue… C’était probablement encore lui qui, à travers le souvenir de ma mère qui prenait le temps de m’apprendre à prier lorsque j’étais un bambin, me rappelait à quel point ces instants de prière m’apaisaient et combien lui et moi étions bien ensemble.

L’amour chrétien ne reste pas abstrait. Il prend chair dans la manière dont nous accueillons les autres et dont nous accueillons Dieu.

Le Royaume, qui semble un peu abstrait, n’est peut-être pas si loin de moi ; il commence chaque fois que je choisis d’aimer.

Savons-nous encore reconnaître l’invitation que Dieu nous fait ?

POINT DE VUE CATHOLIQUE : Visite au cimetière


Le 2 novembre est la commémoration de tous les fidèles défunts. C'est l'occasion de nous souvenir de ceux qui nous ont précédé au royaume de bienheureux. Avec ma mère qui a maintenant 93 ans, j'ai visité le cimetière de Saint-Jean-sur-Richelieu où repose mon oncle Laurent Jean, ma tante Marguerite Dumesnil et ma cousine Diane Jean.

POINT DE VUE CATHOLIQUE : Messe à Saint-Jean-sur-Richelieu


Le 2 novembre, j'ai participé à l'eucharistie du jour, à 9h, à l'église catholique Saint-Luc, à Saint-Jean-sur-Richelieu. Le messe était présidée par l'abbé Edmond Tshimanga.

POINT DE VUE CATHOLIQUE : Le dégoût des égouts

Mgr Robert Prevost
Le dégoût des égouts

Par Benoit Voyer

3 novembre 2026

Le 14 août 2017, à Chiclayo, au Pérou, Mgr Robert Prevost, évêque catholique de la région, devenu depuis ce temps le pape Léon XIV, exprime publiquement son mécontentement devant l'état lamentable des égouts de sa ville. Il dénonce l'inaction des responsables du réseau d'assainissement.

Sa dénonciation est justifiée parce que depuis plusieurs semaines, les travaux sont abandonnés sur la rue Elías Aguirre, près de la cathédrale Sainte-Marie. Les eaux usées s'accumulent. Les mauvaises odeurs et les risques sanitaires exaspèrent la population.

Le problème ne date pas d'hier. Le 4 juillet 2017, le quotidien Correo rapporte que la chaussée s'est affaissée près de la cathédrale.

Après des semaines et de semaines d’inaction, on finit par savoir que les conduites du centre-ville ont plus de 75 ans, qu’il y a un manque d'équipement et qu’on rencontre des difficultés administratives.

Un mois plus tard, le 3 août, la radio locale rapporte un autre débordement au marché central de Chiclayo. Les eaux contaminées envahissent plusieurs allées. Plusieurs commerçants doivent fermer leurs boutiques. D'autres paient de leur poche pour des travaux sanitaires.

En intervenant, on découvre la cause de l’obstruction : des amas de graisse, des sacs de plastique et des déchets alimentaires s’accumulent dans les canalisations.

Robert Prevost finit par perdre patience. Le 14 août, à la radio, l'évêque ne cache pas son indignation : « Comment est-il possible qu'en 2017, nous soyons encore dans une situation aussi désagréable et dangereuse en plein centre-ville, comme si notre ville n'avait aucune importance ? »

Il déplore cette situation qui affecte la population et l'image de Chiclayo. Il s'inquiète des risques de contagion dans la population. Il demande aux autorités d'intervenir rapidement. Le 21 août, des travaux de réparation sont entrepris dans la rue Elías Aguirre.

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Avent 1995

Avent 1995

«Promesse de Dieu, espoir du monde» sera le thème proposé aux catholiques francophones du Canada à l’occasion de l’Avent 1995 qui débutera le 3 décembre prochain.

Au fil des dimanches, les fidèles qui participent aux célébrations dominicales réfléchiront sur les thèmes «Une lumière dans la nuit» (1er dimanche), «Une voix dans le désert», «Une terre de libération» et «Un signe qui change tout». «L’enfant de la promesse» marquera la messe de Noël.

«La thématique de l’Avent 1995 explique le document d’introduction préparé par Vie Liturgique, comporte deux pôles: l’espoir et la promesse. Nous insistons cependant davantage sur celui de la promesse afin de donner à l’Avent de cette année sa couleur propre. Il s’agit, en fait, d’éviter de développer une thématique trop proche de celle de l’an passé qui s’intitulait “Dans l’espérance”. Cela ne signifie pas cependant que l’espérance est évacuée de la thématique. Mais elle est toujours traitée en rapport avec la promesse sur laquelle repose l’espoir du monde».

Par ces jours de préparation à Noël, les croyants sont invités à vivre dans l’attente en priant.

La célébration de Noël n’est pas la principale fête des chrétiens. C’est l’événement de Pâques qui est leur raison d’être. Toutefois, la naissance du Christ, placée au second plan, rappelle l’accomplissement de la promesse de libération de Dieu faite par la bouche des prophètes de l’Ancien Testament. (Benoit Voyer)

(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1995, p. 24)

2 novembre 2026


MUSIQUE : David Jalbert, pianiste

David Jalbert, pianiste

Par Benoit Voyer

2 novembre 2026

Né le 3 novembre 1977 à Rimouski, David Jalbert est un pianiste classique remarquable.

Il commence à jouer du piano, sous les encouragements de son père, à l’âge de quatre ans.

À neuf ans, il entre au Conservatoire de musique de Rimouski. Il étudie pendant une dizaine d’années avec sœur Pauline Charron. Musicienne et pédagogue connue d’un bout à l’autre du Canada, cette religieuse, membre de la communauté Notre-Dame du Saint-Rosaire, fondée par la bienheureuse Élisabeth Turgeon, a formé des centaines de pianistes et d'organistes. Au nombre de ses élèves figure notamment l’organiste Gilles Rioux, qui a longtemps été titulaire des orgues de la basilique Notre-Dame-du-Cap, à Trois-Rivières.

En 1997, David Jalbert obtient un baccalauréat du Conservatoire de musique du Québec. À l’aide d’une bourse du Fonds canadien d’aide à la recherche (FCAR), il poursuit sa formation musicale à la maîtrise en interprétation à l’Université de Montréal. Il reçoit son diplôme deux ans plus tard. La même année, il reçoit la médaille d’or du Gouverneur général pour ses résultats académiques.

Le 12 septembre 2025, dans un troisième album d’une série consacrée à l’intégrale des sonates pour piano de Sergueï Prokofiev, il nous a offert une magnifique interprétation de la sonate nᵒ 8.

DANIEL-ANGE : Pensée

 


NEUROSCIENCES : Le cerveau, un réseau routier en constante évolution

Le cerveau, un réseau routier en constante évolution

Par Benoit Voyer

2 novembre 2026

Dans le cerveau humain se trouve tout un réseau de circuits neuronaux. Pour faire une image simple, c’est comme s’il existait en soi un complexe réseau routier. Les neurones sont un peu comme des villes et les fibres de la substance blanche comme des routes qui permettent de voyager d’une municipalité à l’autre. Au fil des ans, ce réseau routier change. Des chemins deviennent moins importants ou moins efficaces, d’autres se renforcent au point de devenir de véritables autoroutes, c’est-à-dire deviennent plus efficaces.

Ainsi l’organisation des connexions cérébrales traverse quatre phases de « recâblage » et de « recalibrage » au cours de l’existence. Cela survient autour de 9, 32, 66 et 83 ans. Bien entendu, ce sont des moyennes et cela ne veut pas dire qu’on perd de l’intelligence en vieillissant. C’est juste que le cerveau fonctionne différemment selon les âges de la vie.

Ce phénomène a été mesuré pour la première fois dans une étude réalisée par des neu­ros­cientifiques de l’uni­ver­sité de Cam­bridge (Royau­me-Uni). Les résultats ont été publiés dans Nature Communications et repris dans le magazine Sciences et Avenir du 22 janvier 2026.

Les chercheurs ont analysé les données d’IRM de plus de 3 800 personnes. Par la suite, ils ont généré des cartes multicolores représentant les faisceaux de connexions entre les neurones constituant la substance blanche. C’est ainsi que sont apparus des points de bascule.

On a observé que, vers l’âge de neuf ans, passée la première phase de croissance et de stabilisation du cerveau, les réseaux neuronaux entrent dans une période où leur efficacité augmente progressivement. Cette efficacité atteint un sommet au début de la trentaine. Puis, de 32 à 66 ans, le cerveau connaît une longue phase de stabilisation de son architecture avec une plus grande spécialisation de ses différentes zones.

Enfin, les deux dernières phases sont marquées par une diminution de la plasticité des réseaux cérébraux et par un déclin plus marqué de la connectivité à partir de 83 ans.

RÉFLEXION SPIRITUELLE : Chacun est important


Chacun est important

Par Benoit Voyer

2 novembre 2026

Chacun de nous a parfois l’impression de nous perdre nous-mêmes, de perdre un être cher ou de voir une vie disparaître dans les méandres de la mort.

Jésus nous enseigne qu’aux yeux de Dieu, personne n’est destiné à être perdu. Il ne veut perdre personne. À ses yeux, chacun est important.

Dieu demeure celui qui accueille, qui garde et qui promet de relever.

POINT DE VUE CATHOLIQUE : Le futur pape avait les deux pieds dans la boue

Le futur pape avait les deux pieds dans la boue

Par Benoit Voyer

2 novembre 2026

Le 17 mars 2017, à Illimo, le leader catholique de la place enfile ses bottes de caoutchouc afin d’aider les victimes de graves inondations survenues dans la région.

Ce jour-là, Mgr Robert Francis Prevost, devenu le pape Léon XIV, se rend dans cette localité située à une heure de Chiclayo, au nord du Pérou, dont il est devenu évêque en 2015.

Depuis plusieurs semaines, le phénomène climatique El Niño provoque de fortes pluies. La rivière La Leche déborde. Les eaux envahissent les rues, les maisons et les terres agricoles. Des centaines de familles perdent leurs biens, leurs récoltes et leurs animaux.

À Íllimo, certaines familles trouvent refuge dans les écoles. D'autres s'installent sous des tentes sur la place principale. L'eau potable et la nourriture manquent.

Sur le terrain

À la tête du diocèse de Chiclayo, Mgr Prevost mobilise les ressources de Cáritas et demande de l'aide aux entreprises pour soutenir les sinistrés.

Mais il ne se contente pas d'organiser les secours. Il participe lui-même à la distribution de la nourriture et du matériel. Il monte dans les camionnettes, transporte des colis et rencontre les familles.

Le 11 juin 2025, Janinna Sesa Córdova, alors directrice de Cáritas Chiclayo, a raconté ses souvenirs du jour à l'agence ACI Prensa. Elle se souvient que les collaborateurs de l'évêque ont tenté à plusieurs occasions de dissuader Mgr Robert Francis Prevost de transporter lui-même les colis. Mais il leur répond : « Je suis ici pour aider, pour servir. »

Le père Luis Santa María, alors responsable de la paroisse Saint-Jean-Baptiste d'Íllimo, conserve également des souvenirs de cette époque. Dans un reportage publié en 2025 par l'Université de Navarre, en Espagne, il présente une photographie montrant Mgr Prevost, pantalon retroussé et bottes de caoutchouc aux pieds.

Le prêtre raconte que son évêque prenait le temps de rencontrer les sinistrés, de les écouter et de les réconforter.

Les photographies d'archives du 17 mars 2017 confirment d'ailleurs la présence du futur pape auprès des victimes des inondations.

Six ans plus tard, Mgr Robert Francis Prevost remet ses bottes…

En mars 2023, une nouvelle catastrophe frappe le nord du Pérou. Cette fois, le cyclone Yaku provoque d'importantes inondations dans la région de Lambayeque.

Mgr Prevost vient d'être nommé préfet du Dicastère pour les évêques, au Vatican. Son départ approche.

Malgré tout, il retourne auprès des sinistrés. Il parcourt les secteurs inondés, distribue des secours et participe à la campagne humanitaire Perú da la mano, destinée aux familles touchées.

Des photographies d’archives le montrent debout dans l'eau boueuse, avec ses bottes noires, sa chemise blanche et sa croix pectorale. Ces images feront le tour du monde après son élection comme pape, le 8 mai 2025.

En mars 2023, personne ne sait encore que cet évêque deviendra un jour le successeur de Pierre.

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Quand le Vatican enquête

Quand le Vatican enquête

Eugène de Mazenod a dû passer au tribunal de l’Église avant d’être déclaré «candidat à la canonisation». Le père Yvon Beaudoin o.m.i., le «columbo» de la cause des saints au Vatican, en sait quelque chose. Chaque jour, il se rend à son bureau de la cité du pape pour rédiger des centaines et centaines de pages de rapports qui sont ensuite présentés à un comité de cardinaux.

«Le diocèse qui présente la cause doit recueillir toute la documentation possible qui nous permette d’écrire une biographie critico-historique pour connaître cette personne dans les minimes détails de sa naissance jusqu’à sa mort», explique le père Beaudoin, un Oblat de Marie Immaculée originaire de Shawinigan. Celle-ci sera plus ou moins grosse selon les problèmes rencontrés. Elle aura de 500 à 1000 pages.

Une fois cette étape franchie, il s’attarde à la dimension théologique. Ce travail consiste à démontrer que le candidat a vécu l’évangile d’une façon héroïque, c’est-à-dire au-dessus du commun des fidèles.

Quelques années plus tard, des historiens et des théologiens regardent si le travail a été bien réalisé.

S’il n’y a pas eu d’obstacles sur la route, un comité de 15 cardinaux scrute le dossier et le recommande au pape.

Entre le début et la fin du processus, près d’une quinzaine d’années se seront écoulées. C’est à ce moment que le souverain pontife donne au candidat le titre de «vénérable».

Ainsi nommé, le peuple est assuré que ce personnage est un intercesseur auprès de Dieu. Néanmoins, le vénérable doit se contenter de la ferveur privée.

Pour devenir un «bienheureux», il faudra qu’il accomplisse un miracle certifié par la médecine, sauf pour un martyr.

«Il nous faut une preuve assurée qu’il est au ciel. C’est pour cela que l’Église exige un miracle», dit Yvon Beaudoin. Le bienheureux devra en accomplir un second pour être canonisé. Dans le cas d’un martyr, il en faudra seulement un.

Dans le cas d’Eugène de Mazenod, il lui a fallu 30 ans pour être béatifié et 20 autres pour la canonisation. Dans plusieurs cas, il faudra des centaines d’années avant de devenir «bienheureux» ou «saint».

Le titre de «bienheureux» permettra à un diocèse ou une région précise ou une congrégation religieuse de vouer un culte public au personnage. La canonisation propose celui-ci comme modèle à l’Église universelle. Il aura une place particulière au calendrier liturgique. St-Eugène de Mazenod sera fêté le 21 mai de chaque année.

L’avocat du diable?
Autrefois, toute la documentation qui arrivait au Vatican était examinée par l’avocat de la cause qui démontrait l’héroïcité des vertus et il y avait le promoteur de la foi ou vulgairement appelé «l’avocat du diable» qui cherchait dans cette littérature ce qui était négatif. À trois reprises, le candidat était «jugé», explique le père Yvon Beaudoin.

Il poursuit: «Depuis 1983, ce sont des historiens qui font un exposé objectif et, moi c’est mon rôle, nous pouvons arrêter une cause en disant qu’il est impossible de répondre à certaines difficultés, à certaines objections».

Cérémonie de canonisation
La cérémonie de canonisation du fondateur des Oblats de Marie Immaculée qui sera célébrée le 3 décembre par Jean-Paul II se déroulera pendant une messe.

Après l’évangile, le cardinal préfet de la congrégation de la cause des saints demandera au pape de canoniser Mgr de Mazenod en rappelant sa vie. À ce moment, le pape fera une déclaration officielle qui existe depuis le Moyen Âge.

«Après avoir intercédé auprès de St-Pierre et St-Paul et de tous les saints et déclaré que l’on peut le vénérer dans toute l’Église, dit le québécois septuagénaire, le rideau devant sa peinture tombera et nous chanterons un Te deum solennel. Enfin, le pape fera son homélie et la célébration se poursuivra».

Eugène de Mazenod sera le seul à être canonisé cette journée-là. Puisque c’est un évêque, le premier de France depuis 4 siècles, le Vatican veut souligner cela d’une façon particulière.

Il ne pouvait y avoir un meilleur moment puisque cette journée est le 1er dimanche de l’Avent, de la première année du cycle liturgique de trois ans dans une période où les chrétiens sont interpellés par l’évangile à partager avec les pauvres dans l’attente du jour de Noël.

Les Oblats de Marie Immaculée ont justement été fondés pour les pauvres, «les pauvres aux multiples visages», comme le mentionnent leurs Constitutions. À cette époque, la France venait de traverser la Révolution française qui avait laissé derrière elle une Église dévastée. Eugène de Mazenod se donnera corps et âme au service de l’Église pour «ramener la foi prête à s’éteindre dans le cœur d’un grand nombre de ses enfants» (Préface des Constitutions).

Une célébration d’Action de grâce à l’occasion de la canonisation d’Eugène de Mazenod aura lieu le 3 décembre de 15h à 15h45 au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Il s’agit d’une célébration de la Parole. La cérémonie du 1er dimanche de l’Avent suivra à 16h.

(Reportage de Benoit Voyer)

(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1995, p. 22 et 23)

1er novembre 2026


PLAN NORD : Il y a une urgence d’occuper le territoire du Nord québécois

Réservoir de Caniapiscau
Il y a une urgence d’occuper le territoire du Nord québécois

Par Benoit Voyer

1er novembre 2026

Sur la Côte-Nord, la population a diminué d’environ 11 % en 25 ans. D’ici 2051, les projections démographiques sont inquiétantes.

La région se vide. Il y a d’abord la migration des jeunes vers les grandes villes en vue d’y poursuivre des études postsecondaires. À cela s’ajoute le départ des aînés qui cherchent à se rapprocher des lieux où se donnent des soins de santé adaptés à leur réalité.

Cette dévitalisation préoccupe la Société du Plan Nord (SPN), créée en 2015, à la suite de la réflexion amorcée en 2008 sous le gouvernement de Jean Charest. Initialement, la réflexion sur le Plan Nord reposait sur un postulat économique, c’est-à-dire qu’on souhaitait mettre en valeur les ressources naturelles du territoire et créer de la richesse.

En cours de route, devant la réalité populationnelle, l’occupation et la vitalité du territoire sont devenues un fil directeur des interventions.

Dans un article paru dans Le Nord-Côtier, le 24 avril 2026, le journaliste Manuel Paradis explique que la SPN souhaite favoriser la formation directement dans les régions nordiques, notamment dans les domaines liés aux besoins de l’industrie locale, comme le transport ferroviaire. Ainsi, l’objectif est de tenter de garder les jeunes sur le territoire en leur permettant d’y étudier, d’y travailler et de s’y établir plutôt que de quitter le Nord.

MARGUERITE DURAS : Pensée


PSYCHOLOGIE : L'empathie

L’empathie

Dans son livre Nueva Vida [1], Florence K. explique ce qu’est l’empathie : « Il y aurait en fait trois types d’empathie : l’empathie cognitive, définie par l’habileté à reconnaître et à comprendre de manière rationnelle un état émotionnel; l’empathie émotionnelle, soit l’habilité à émettre une réponse émotionnelle cohérente avec l’état émotionnel d’autrui; et l’empathie motrice, qui désigne l’action de refléter automatiquement et inconsciemment les expressions faciales d’autrui. L’observation d’une expression émotionnelle chez quelqu’un d’autre active d’abord certains circuits neuronaux, de telle sorte que l’émotion de l’autre fait écho en nous-mêmes (empathie émotionnelle), facilitant notre reconnaissance et notre compréhension rationnelle de cette émotion (empathie cognitive). »

Cette capacité prend tout son sens lorsque la personne peut mettre des mots sur ce qu’elle vit. Comme l’écrivait le frère Marie-Victorin [2] : « On soulage ses maux en les racontant. »

Mais être empathique ne veut pas dire s’effacer soi-même. La rencontre véritable suppose d’être authentique. Claude Ryan me le rappelait ainsi [3] : « ma façon de respecter l’autre est de lui dire qui je suis, et non pas de taire qui je suis sous prétexte de ne pas le déranger! »

L’empathie consiste donc à accueillir l’autre dans ce qu’il vit, à lui permettre de l’exprimer, tout en restant soi-même dans la relation. (Benoit Voyer, 1er novembre 2026)

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[1] Florence K. « Nueva Vida », Libre Expression, 2021, pp. 38 et 39 (BANQ 927.862165K111n 2021)
[2] Frère Marie-Victorin, lettre à Marcelle Gauvreau, 20 février 1937.
[3] Benoit Voyer. « Un géant nommé Claude Ryan (2) », Huffington Post, 27 février 2016. https://www.huffpost.com/archive/qc/entry/un-geant-nomme-claude-ryan-2_b_9292464

RÉFLEXION SPIRITUELLE : Le bonheur

Le bonheur

Par Benoit Voyer

1er novembre 2026

Le World Happiness Report, qui est publié chaque année, tente de mesurer ce qui rend les sociétés plus heureuses. On finit toujours un peu par nous dire que le bonheur ne se construit pas dans l’isolement. Il se retrouve surtout dans les relations, la confiance, le sentiment d’appartenance et la capacité de se sentir utile aux autres. Ce constat n’est pas étonnant : les humains sont des êtres profondément sociaux.

Cela rejoint les célèbres béatitudes de Jésus (cf. Mt 5, 1-12). Dans son évangile, écrit à l’origine en grec koinè, Matthieu utilise le mot « Makarioi » qu’on traduit traditionnellement par « heureux » ou « bienheureux ». Malheureusement, la traduction française est bien fade. Elle ne donne pas le sens profond de « Makarioi ». Celui-ci va beaucoup plus loin qu’un simple sentiment de satisfaction. Il désigne en fait une personne qui se trouve dans une condition nouvelle, sous un regard de bénédiction, et qui est appelée à vivre autrement.

Des traducteurs de notre époque proposent la formulation « debout ! » au lieu de « heureux » ou « bienheureux ». Cela transporte ailleurs…

« Jésus disait :
Debout, toi le pauvre de cœur,
car le royaume des Cieux est à toi.
Debout, toi qui pleure,
car tu seras consolé.
Debout, toi le doux,
car tu recevras la terre en héritage.
Debout, toi qui as faim et soif de la justice,
car tu seras rassasié.
Debout, toi le miséricordieux,
car on te fera miséricorde.
Debout, toi le cœur pur,
car tu verras Dieu.
Debout, toi l’artisan de paix,
car tu seras appelé fils de Dieu.
Debout, toi que l’on persécute pour la justice,
car le bonheur éternel est à toi.
Debout, toi que l’on insulte,
si l’on te persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre toi,
à cause de moi. »


Cette traduction ne parle pas seulement d’une récompense future dans une autre dimension abstraite. Elle permet d’entendre l’appel de Jésus à ne pas demeurer enfermé dans la souffrance, dans la solitude ou le découragement. Dieu relève, transforme et met en marche.

Les huit béatitudes de Jésus sont une manière d’habiter le monde et d’entrer en relation avec les autres.

Le bonheur n’est donc pas seulement dans les catégories du World Happiness Report. Le bonheur, selon Jésus, naît d’une transformation du cœur qui change notre manière d’aimer, de servir et de vivre avec les autres.

Rodhain Kasuba écrivait : « Il semble que nous oublions parfois le sens des béatitudes. Elles nous rappellent que le message de Jésus est résolument provocateur ».[1]

« Pour devenir de véritables pauvres, il faut commencer par apporter une grande attention aux petites choses »[2], écrivait sainte Marie-Léonie Paradis, de Sherbrooke.

Jésus nous amène inévitablement à voir autrement. Pour reprendre Daniel-Ange : « À force d'avoir tout vu, est-ce que je sais encore regarder ? »[3]

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[1] Rodhain Kasuba. « Un chemin de bonheur », Prions en Église, 1er février 2026, p. 35.
[2] Marie-Léonie Paradis. Chaque jour avec…, Centre Marie-Léonie Paradis, 2012.
[3] La citation exacte est : « À force d'avoir tout vu, savais-je encore regarder ? » Cf. Daniel-Ange. Le pâtre blessé, Fayard, 1998.

POINT DE VUE CATHOLIQUE : Le tabou de la mort

Le tabou de la mort

Par Benoit Voyer

1er novembre 2026

On meurt comme on a vécu. En pensant au jour fatidique qui attend chacun d’entre nous, le souvenir des paroles de Claude Ryan revient dans ma mémoire : « La mort… J’y pense presque tous les jours. Vous savez, à mon âge, on sait que ça viendra. J’aimerais avoir la grâce de mourir comme j’ai vécu, sans tricherie. »[1]

La mort… « Pourtant, nous ne pouvons pas nous échapper de cette réalité ; trépasser est notre destin. Un jour ou l'autre, même si nous tentons de l'éviter, la mort nous rattrape et nous devons entrer dans son expérience ultime. »[2]

S’il y a un jour de notre existence où on ne peut pas tricher, c’est bien celui-là. La mort nous confronte à ce qu’on est foncièrement. Lorsqu’on n’a pas encore fait les étapes qui conduisent à son acceptation, la mort peut faire peur.

Il avait un peu raison, Joseph Ayoub [3], un oncologue montréalais, lorsqu’il me disait que « la mort est devenue un tabou parce que notre génération a pensé pouvoir, avec la science, le savoir et la modernisation, arrêter la mort, de pouvoir la remettre à l'infini. […] La peur de la mort est due à deux raisons : la grande solitude des personnes aînées (l'isolement) et l'absence d'une foi profonde. Il est donc important d'accompagner les malades en donnant les soins appropriés et en étant simplement présent en les touchant. La plus grande chose dont la personne en phase terminale a besoin, c'est de la présence humaine ; juste quelqu'un qui est là, auprès d'elle, pour la rassurer (pas besoin de tenir des conversations à n'en plus finir). […] « Personnellement, je suis profondément convaincu que chacun de nous a une mission sur terre et qu'au moment de la mort, nous passons le relais à d’autres ». Passer le relais… L’idée n’est pas bête.

Ma conversation avec l’abbé Claude Paradis
Avant de s’occuper des itinérants dans les rues de Montréal, l'abbé Claude Paradis a été infirmier à Cowansville et intervenant en soins spirituels au centre hospitalier de Verdun, à Montréal. C’est d’ailleurs à l’hôpital que j’ai fait sa connaissance. J’y étais préposé aux bénéficiaires, un métier que j’ai choisi après quelques années à œuvrer dans le monde des communications.

Son nom de famille m’amusait bien à cette époque. Je trouvais cela bien rigolo qu’un prêtre catholique qui s’occupe principalement de personnes à la veille de mourir s’appelle « Paradis ».

Un jour, je me suis assis avec Claude afin d’échanger, à micro ouvert, sur ce sujet qu’on aimerait bien mettre sous le tapis.

BENOIT VOYER – Claude, qu'est-ce que la mort ?

CLAUDE PARADIS – Pour moi, la mort est quelque chose de grand. En y pensant rapidement, je dirais que c'est un passage. Cependant, plus j'y pense, c'est bien plus que cela. Ce n'est pas juste la fin. C'est un commencement ou une continuité, mais dans un autre état ou une autre dimension ou une autre perspective.

La mort, c'est la rencontre face à face avec Dieu. C'est le lieu où tout ce qui n'est pas « christifié » en soi le devient.

B.V. – Dans la vie, quel est le sens de la mort ?

C. P. C'est justement la mort qui donne un sens à ma vie parce que, s'il n'y avait pas la mort, il y aurait beaucoup de choses que j'ai le goût de faire aujourd'hui que je ne ferais même pas. Chaque jour, j'essaie d'entretenir mes relations importantes avec les autres parce que je ne sais jamais si demain je serai encore en vie. C'est la réalité de ma mort, qui viendra, un jour ou l'autre, qui va faire que je vais essayer de vivre ma journée à plein.

Je ne peux pas dire que la mort me fait peur parce que, pour moi, elle a un sens…

B.V. – À la lumière de la mort, quel est le sens de la vie ?

C. P. C'est une grande question que vous me lancez. Elle est très importante !

S'il n'y avait pas la mort, il n'y aurait pas de vie. Les deux sont indissociables. C'est l'idée de ma finitude qui me fait vivre pleinement ma vie.

Et puis, je crois en ce que Jésus nous parlait ! La vie ne s'arrête pas à la mort. Elle nous fait plutôt entrer dans une nouvelle expérience de vie, une nouvelle vie. C'est ce qu'il appelle la résurrection.

B.V. – À quoi ressemble cet au-delà ?

C.P. Nous vivrons avec un corps glorifié, c'est-à-dire avec un corps qui ne vivra plus de souffrances. De plus, nous retrouverons ceux que nous avons connus et aimés.

Comme le Christ dit, ça va être un grand jour. Il y aura un festin ! Ça va être un perpétuel jour de noces !

B.V. – Soyez plus précis, quel est le sens de la vie ?

C. P. C'est de découvrir Dieu – Je veux voir Dieu ! – et de me découvrir à travers mes journées et ma vie. À travers les autres que je rencontre, j'apprends justement à me connaître et à le rencontrer !

B.V. Alors, s'il s'agit d'un si grand moment de l'histoire de chaque personne, pourquoi est-ce que la mort est un sujet quasi interdit pour nos contemporains ?

C. P. – C'est peut-être à cause de l'inconnu qu'il y a cette peur.

De plus en plus, je me rends compte que les gens ont davantage peur de souffrir que de mourir. Ils ont peur de la souffrance. La société fait en sorte que nous essayons de l'éliminer.

Il ne faut pas se le cacher, la mort nous ramène à soi, à notre finitude. Durant la journée de la mort, qu'elle soit la sienne ou celle d'un proche, on doit faire plusieurs deuils. C'est une démarche normale du processus.

B.V. – Comment apprivoiser la mort ?

C. P. – Je dis souvent aux gens en fin de vie : Prends le temps de prendre du temps. Le temps nous permet de nous recentrer, de nous resituer et d'apprivoiser cette mort.

B.V. – De quelle manière surmonter la peur de la mort ?

C.P. – Quelle question difficile… D'un côté, la mort fait peur, de l'autre elle fascine. Une journée, elle nous apparaît comme étant un état de vie extraordinaire. Le lendemain, devant elle, on se dit : « Et s'il n'y avait rien après… »

B.V. Tout est affaire de foi !

C.P. La foi est ce qui fait toute la différence. Il y a une plus grande sérénité chez les gens en phase terminale qui ont la foi en Dieu.

B.V. – Qu'est-ce que Jésus dit à propos de la mort ?

C.P. La première chose qui me revient à l'esprit est qu'il nous lance : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ».

Et Jésus, comme chaque être humain, a vécu la mort… Il a vécu des deuils, comme nous ! Pour en arriver à la plénitude de sa mission, il a fallu qu'il en fasse plusieurs. Il a notamment dû quitter ses parents et ses amis.

B.V. Et il dit aussi : « Laissez les morts enterrer leurs morts ! » N'est-ce pas une invitation à ne pas trop se préoccuper de la mort ? (Mt 8,22)

C.P. – Laissez les morts enterrer leur mort. Quel propos « songé » ! Jésus nous invite donc à ne pas avoir peur de la mort.

B.V. – Songé ? Je ne trouve pas !

C. P. – Pensez-y bien ! Il nous dit de laisser les morts s'occuper de leur mort. C'est une invitation à cesser de craindre la mort ! C'est une invitation à les laisser mourir en paix.

Ce qui fait le plus mal dans la mort de l'autre, c'est l'absence qui suit le départ. C'est de cela que nous avons peur.

Malgré qu'il s'agisse d'une continuité de la vie, la mort est le moment de la rupture d'une proximité physique.

B.V. Est-ce qu'il est possible de rencontrer Dieu au moment de la mort et d'arriver à la certitude qu'il existe vraiment ?

C.P. – Un jour, il n'y a pas longtemps, quelqu'un me disait : « Vous savez, lorsque je suis entré ici, à l'hôpital, je ne croyais pas du tout en Dieu. C'est dans ma solitude et ma souffrance, et en voyant les infirmières et les préposés aux bénéficiaires travailler, que je me suis dit : il se peut que Dieu soit ici ! »

Chacun à sa façon peut être un outil pour montrer Dieu ! Il passe même par les professionnels de la santé !

Il y a aussi plusieurs personnes que j'accompagne qui me parlent de Dieu sans le nommer. Peut-être seulement parce qu'elles n'ont pas appris à le faire ! Sans trop le savoir, plusieurs me font vivre des pages d'Évangile.

Lorsque l'humain est confronté au silence qui survient dans la souffrance, il y a une recherche intérieure qui se fait. Je trouve cela fort malheureux qu'il faille se retrouver au cœur de celle-ci pour se dire : Et si c'était vrai ?

B.V. – Chez les gens que vous accompagnez dans le couloir de la mort, qu'est-ce qui vous étonne le plus ?

C. P. Ce sont les mourants qui offrent leurs souffrances pour d'autres personnes qui sont en santé. Leurs souffrances deviennent une source de salut pour les autres. Il y a une grande noblesse dans cette attitude.

B.V. – Comment annoncer à quelqu'un que son ange viendra bientôt le conduire à Dieu ? Quels mots dire ?

C.P. – C'est toujours délicat. On ne s'habitue jamais à annoncer à quelqu'un qu'il va mourir.

B.V. – Quels mots dire ?

C. P. Avant tout, il faut s'assurer d'une présence et beaucoup d'écoute. Parce que, assez rapidement, la personne va avoir besoin de parler. Vous savez, c'est lorsqu'on les « laisse se dire » que les personnes en viennent à nommer Dieu parce que cela va ensemble. De plus, durant cette relecture de vie qui s'amorce, il y a de nombreux pardons qui se font. Ces moments de miséricorde sont d'intenses instants de joie pour le mourant et ses proches.

B.V. – Vous ne répondez pas à la question ! Quels mots dire ?

C. P. – Je ne sais pas. (Il fait un long silence. Il s'intériorise. Il cherche en lui, comme s'il n'y avait pas de réponse satisfaisante… Et il lâche un grand soupir en haussant les épaules… puis tente une réponse).

Il faut dire la vérité. C'est un moment trop précieux pour se taire.

Personnellement, j'aimerais mieux le savoir le plus rapidement possible afin de pouvoir vivre intensément ces moments avec mes proches.

B.V. – Et lorsque la personne sait et qu'« elle se raconte », qu'est-ce qu'il faut dire ? Qu'est-ce qu'il faut lui répondre ?

C. P. La personne qui va mourir a peut-être juste le goût de parler de ce qui lui arrive.

J'entends souvent le patient en soins palliatifs dire qu'il trouve cela désolant de ne pas pouvoir parler du sujet de sa mort avec sa famille. « Je sens une gêne. Je les sens mal à l'aise. Mais j'aimerais tant parler avec eux de ma mort ! » dit-il de différentes manières.

Il y a, dans plusieurs familles, une « non-acceptation » de la mort de leur proche. On refuse donc d'aborder la question en lançant des platitudes comme : « Voyons ! Tu vas guérir ! » C'est une forme de déni. Lorsqu'un médecin a annoncé au patient que c'est la fin, il ne faut pas entretenir avec ce dernier de faux espoirs, car cela devient une forme de mensonge.

Donc, pour répondre à votre question, il faut juste être présent et répondre à leurs questions, avec simplicité, et être le plus vrai possible.

B.V. – Avez-vous personnellement vécu une expérience de mort ?

C. P. – Oui.

B.V. - Comment cela s'est-il passé et qu'est-ce que l'expérience a changé dans votre vie ?

C.P. – C'est cette expérience de la mort qui m'a donné la certitude que Dieu existe vraiment.

J'ai fait, il y a quelques années, un arrêt respiratoire. On m'a réanimé. Durant ce moment, il s'est passé quelque chose en moi. Ça a été un déclencheur. Suite à l'expérience, je me suis mis en recherche. Je ne savais pas quoi, mais je cherchais vraiment. Je vous évite le récit de toutes mes démarches et tentatives, mais je suis finalement devenu prêtre catholique.

B.V. – Et quelles sont les conclusions de votre expérience ?

C.P. – Je découvre dans mon sacerdoce et, surtout, à travers la mort des autres, ce que j'ai longtemps cherché. Je cherchais la dignité de la personne humaine. En réalité, c'est ma propre dignité que je cherchais ! Et je ne savais pas où la trouver. J'avais perdu la mienne à travers mes excès de boisson et d'expériences sexuelles. Je la cherchais dans toutes les directions. À travers l'expérience de la mort, j'apprivoise ma propre vulnérabilité.

Toute personne meurt de la même façon. Qu'importe la vie qu'elle a eue ! La promesse de la vie éternelle est la même pour tous. C'est là notre seule dignité. Même si dans la vie nous nous sommes tenus à l'écart de Dieu, c'est indéniable, la mort nous ramène à lui.

Chaque jour, j'accompagne des gens dans le couloir de la mort dans le cadre de mon travail d'animateur de pastorale en milieu de la santé. C'est tellement grand ce qui se passe dans cette expérience ! Il y a quelque chose qui se passe dans la chambre du mourant, qui est vraiment plus grand que l'humain. Cette expérience est vraiment difficile à exprimer avec des mots, puisqu'une description juste est impossible. Cependant, je vous affirme que c'est une expérience extraordinaire ! J'espère ne jamais m'habituer à cela !

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[1] Benoit Voyer. « Claude Ryan, un humble géant », 8 février 2026. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/02/histoire-claude-ryan-un-humble-geant.html
[2] Benoit Voyer. « Claude paradis », Revue Sainte-Anne, mai 2004, pp. 201, 212 et 213. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/06/le-present-du-passe-claude-paradis.html
[3] Benoit Voyer. « Un médecin parle de la mort », Revue Sainte-Anne, novembre 1998, page 446. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/12/le-present-du-passe-un-medecin-parle-de.html

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Les évêques aux États généraux sur l’éducation

Les évêques aux États généraux sur l’éducation

Le président de l’Assemblée des évêques du Québec (AEQ) et archevêque du diocèse de Québec, Mgr Maurice Couture, accompagné de Mgr André Gaumond, du cardinal Jean-Claude Turcotte et Mgr Gilles Lussier, a présenté un résumé du mémoire de l’Assemblée des évêques du Québec (AEQ) aux États généraux sur l’éducation décrétés par le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ). Peu de médias étaient présents. En décembre, un exposé de la situation sera publié par le MEQ.

Pour les évêques, ce dont notre système éducatif a besoin, c’est d’un élan nouveau qui motive les jeunes, les enseignants et d’une solidarité qui mobilise tous les partenaires de l’éducation, à commencer par la famille.

« Personne ne sera surpris que le mémoire aborde la question de l’école confessionnelle. Convaincus que nous sommes, cela est loin de constituer un problème aussi majeur que l’on veut bien le laisser croire dans certains milieux », disait Mgr Couture.

Avant d’aborder ce sujet, ils ont préféré présenter quelques enjeux importants du renouvellement du système éducatif québécois.

« Combattre l’abandon scolaire est le plus criant et le plus dramatique à nos yeux. Quand le tiers des jeunes quittent l’école avant la fin du secondaire et que pour accéder à toutes les formes d’emplois ou presque, on réclame un secondaire V, c’est l’échec de toute une société. L’abandon scolaire est le résultat de nombreux autres décrochages », expliquait l’ex-président de l’AEQ.

L’Assemblée stipule aussi qu’au Québec, la formation professionnelle est trop peu fréquentée et trop peu valorisée. Elle soutient que pour s’y orienter, il faut pratiquement avoir été rejeté du secteur général. « Aménager une autoroute de la formation professionnelle s’impose de toute urgence », a-t-il ajouté.

Au primaire et au secondaire, le Ministère devrait davantage miser sur le durable, sur ce qui ne se démode pas, sur le permanent de l’expérience humaine : parler, penser, compter, lire, écrire, s’initier au langage des arts, au monde des relations, de l’intériorité et des valeurs. Lorsque ces points ne sont pas intégrés, la formation collégiale et universitaire en souffre.

Mgr Maurice Couture poursuivait : « Il faut se fixer des objectifs plus élevés. Mener 85% des jeunes à un diplôme d’études secondaires et 65% à un diplôme d’études collégiales, c’est l’objectif ambitieux que s’est donné notre système scolaire pour l’an 2000. Il faut y tenir, non seulement par volonté légitime de progresser au même rythme que les autres pays, mais avant tout, pour l’estime et le progrès de notre peuple ».

Le souci de mettre l’enfant et l’adolescent au cœur de la relation éducative a dégénéré en un glissement vers la facilité. De cette façon, selon les évêques, l’école risque de fabriquer des jeunes fragiles et peu combatifs, des êtres sans racines, des personnalités dispersées et floues se mouvant au rythme des envies et des pulsions.

« Malgré le poids du syndrome du “jeter après usage” et la sous-culture ambiante qui contrecarrent l’action de l’école, il faut ouvrir la jeunesse au monde de la culture, c’est-à-dire à l’ensemble des pratiques, des connaissances, des inventions, des conventions et des convictions qui relient les générations et les font durer. Sans cette initiation, les enfants sont comme des êtres sans père à la recherche de repère ! », ajoutait le primat de l’Église canadienne.

Confessionnalité scolaire
Si le mémoire fait une place à part à la confessionnalité scolaire, c’est qu’elle comporte des aspects complexes, notamment au plan juridique, et surtout que ce sujet est souvent traité avec passion. « Elle contient des ingrédients de beaux débats, plutôt qu’elle ne génère de beaux combats », insistait Mgr Maurice Couture.

Il a précisé que l’appui que l’AEQ soutient pour la maintenir n’est pas motivé par le désir de garder ou de restaurer l’emprise de l’Église sur l’école, ni de décharger sur elle sa mission de diffuser l’évangile.

« Notre appui répond essentiellement à la volonté des parents qui, pour des motivations diverses, pas toujours objectivement cohérentes avec leur pratique religieuse qu’il serait imprudent voire impudent de juger de haut, maintiennent ce choix ».

Mgr Couture disait aux commissaires que la Loi 107 est encore jeune et qu’elle commence à peine à être appliquée. Celle-ci a des dispositions respectueuses de la liberté religieuse des élèves et des enseignants. De plus, elle donne la permission de créer des Commissions scolaires linguistiques dans les régions où s’exercent des contraintes. Enfin, elle autorise la révision du statut confessionnel des institutions scolaires aux 5 ans.

« Pourquoi remettre déjà en question un modèle qui ne menace pas la paix scolaire, ni ne compromet les évolutions qui s’avéreraient nécessaires ? » a-t-il interrogé.

Il concluait : « Nous croyons que la tradition chrétienne véhicule un apport culturel, spirituel et social dont la disparition éventuelle constituerait un appauvrissement pour la population ».

Réactions aux commissaires
« J’estime que la présence de l’Église (catholique et protestante), c’est-à-dire la place qu’elle a occupée dans l’évolution de notre peuple, fait que si l’héritage spirituel était soudainement évacué, cela marquerait une partie importante de notre patrimoine culturel. Cela veut dire qu’en faisant ainsi, on n’est plus soi-même », précisait l’archevêque de Québec à un commissaire.

Mgr André Gaumond, archevêque coadjuteur au diocèse de Sherbrooke, a complété en affirmant que couper de manière radicale avec cette tradition et avec cette façon de faire, lui semble dangereux : « On n’insiste pas assez sur la valeur culturelle de l’action de l’Église dans l’histoire du Québec. Elle a contribué largement à former cette société qui est la nôtre, les Québécois que nous sommes maintenant ».

L’école confessionnelle, une atteinte à la liberté ? Le cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal, demandait de faire attention aux terrains très glissants où la société peut s’engager au nom des droits de la personne. Il croit qu’il ne faut pas opter pour une voie qui engagerait les gens dans des querelles qui demanderaient des énergies inutiles. Il en a profité pour louanger la Loi 107.

Face au débat, vaut-il mieux conserver le statut juridique d’école confessionnelle ou la transmission de l’héritage ? La position de Mgr André Gaumond, le président de l’AEQ, était claire : « C’est la transmission de l’héritage qui est le plus important ».

(Reportage de Benoît Voyer)

Chevaliers de Colomb

Les Chevaliers de Colomb du Québec recommandent au gouvernement de maintenir le système scolaire confessionnel actuel. « Le problème central de l’éducation est la recherche des valeurs humaines qui méritent d’être transmises d’une génération à la suivante. Il revient aux parents le droit et le devoir de veiller à ce que l’école soit bel et bien le prolongement de la famille », dit le mémoire.

Ils réaffirment que les parents sont les premiers responsables de l’enseignement des jeunes et des choix de l’école et du projet éducatif. L’école doit être au service des enfants et des tuteurs.

Le Ministère ne peut plus développer l’ensemble du système à cause des coûts exorbitants qu’il engendre. L’association suggère de favoriser l’intervention de groupes sociaux des collectivités locales dans le processus académique. « Le milieu aura toujours des besoins à combler et celui-ci devra se tourner vers les organismes capables de l’aider à solutionner ces besoins », écrivent les « Colombiens ».

Enfin, ils rappellent que les jeunes ont besoin de rencontrer des adultes signifiants qui ont trouvé et donné un sens à leur vie. L’école ne doit pas que former de bons techniciens. Elle doit parler de la vie et de son sens.

Les 518 conseils des Chevaliers de Colomb du Québec regroupent plus de 106 000 membres. Ils sont engagés dans leurs régions par des œuvres éducatives, charitables, religieuses et sociales. Les principes de l’Ordre sont la charité, l’unité, la fraternité et le patriotisme. (Benoit Voyer)

En bref

Jeunesse du monde
5000 jeunes de 13 à 15 ans sont regroupés au sein du mouvement Jeunesse du monde. Cette association participe à des projets collectifs de développement et d’éducation à travers le monde : lutte contre le racisme, la promotion de la paix, l’action pour la justice entre les peuples, la défense des droits humains, le respect de l’environnement, et autres... Ses membres s’engagent personnellement et collectivement en refusant le défaitisme. Pour eux, l’éducation doit se faire à travers des applications concrètes, des engagements.

« Pour éduquer des jeunes “citoyens du monde”, affirme le mémoire, il importe de miser sur l’école, comme milieu de vie, pour créer, dès le plus jeune âge, un intérêt pour ce qui se passe ailleurs sur la planète. Il importe de faire en sorte que les matières scolaires portent ces préoccupations, les intègrent au cheminement pédagogique et scolaire et il faut outiller les jeunes face aux médias de tous ordres ».

Ils poursuivent : « Enfin, on doit favoriser des activités qui tendent, hors des matières scolaires, à créer cette ouverture au monde dans l’objectif affirmé de favoriser l’arrimage des contenus et modalités pédagogiques de l’école avec des pratiques éducatives complémentaires ».

Frères éducateurs
La congrégation des frères éducateurs fait quatre recommandations générales : a) Intensifier la relation maître-élève au secondaire en instaurant le titulariat à tous les niveaux ; b) Valoriser et développer l’identité francophone des jeunes Québécois ; c) Transmettre des valeurs fondamentales de la culture québécoise au double point de vue de la langue et de la religion ; d) Maintenir le réseau de l’enseignement privé en le dotant d’un appui financier accru.

Parmi ses 10 propositions auxiliaires, les frères éducateurs suggèrent d’intensifier l’enseignement du français et d’en faire un préalable pour passer au secondaire, d’augmenter le nombre de jours de classe, d’établir une période d’étude après les heures régulières d’école, de remettre au premier plan la transmission de l’histoire culturelle, sociale et religieuse du Québec, de maintenir la confessionnalité et qu’une formation à la culture religieuse soit exigée à ceux qui optent pour l’enseignement de la morale.

JEC
La Jeunesse étudiante catholique (JEC) demande que les jeunes soient plus écoutés et consultés dans les institutions scolaires. Ils aimeraient que la tâche des professeurs et le nombre d’élèves par classe soient diminués. Ils souhaiteraient, enfin, pouvoir participer à l’évaluation des enseignants. (Benoit Voyer)


Mémoires

Voici quelques groupes religieux qui ont déposé des mémoires aux États généraux sur l’éducation :

Mgr André Gaumond, archevêque coadjuteur à Sherbrooke

Mgr Bertrand Blanchet, archevêque à Rimouski
Association des parents catholiques du Québec
Abbé Gérard Marier, enseignant/Communauté du Désert
Centre diocésain de la pastorale à Gaspé
Association des parents catholiques/section de Montréal
Mgr Charles Valois, évêque à St-Jérôme
Mgr Jean Gratton, évêque à Mont-Laurier
Service de l’éducation chrétienne de la Commission scolaire Val Mauricie de Shawinigan-Sud
Comité de solidarité Tiers-monde de Trois-Rivières
Équipe Jeunes du monde de l’école secondaire Du Rocher de Grand-Mère
M. Pierre Robitaille, étudiant au doctorat en théologie, Université Laval de Québec
Intervenants en pastorale scolaire (par Bertin Dickner, Jeanine Mercier et Germaine Lacroix)
Mouvement des filles d’Isabelle/région Beauce-Bellechasse
Comité catholique régional d’expression anglaise de Québec
Conseil urbain de pastorale de Sept-Îles
Pastorale paroissiale et scolaire de la Paroisse Notre-Dame-de-la-Protection de Rouyn-Noranda
Assemblée des évêques du Québec
Les frères éducateurs du Québec
Jeunesse du monde
Chevaliers de Colomb
Conseil catholique d’expression anglaise
Conférence de la pastorale scolaire du Québec
Centre justice et foi
Direction chrétienne
Association québécoise des conseillères et conseillers au service de l’éducation chrétienne
Association des religieuses enseignantes du Québec
Association des parents catholiques/section Gatineau-Hull
Congrès juif canadien/région du Québec
Association des écoles juives
Centre d’information sur les nouvelles religions

(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1995, pp. 11 à 13)