LE PRÉSENT DU PASSÉ: Rédemption XXe siècle

Rédemption XXe siècle

Par Jean-Paul de Jésus, o.ss.t.
[1]

« Le Chapitre général approuve les œuvres de charité à l'égard des prisonniers entreprises par certains membres, puisqu'elles répondent aux fins de notre Ordre et qu'elles sont très adaptées à notre époque ; aussi souhaite-t-il leur développement, de telle manière cependant que les Religieux qui y sont affectés mènent la vie régulière. » (Décret no 8 du chapitre général, 27 mai 1959)

C'est avec le plus fervent enthousiasme que nous avons reçu la lettre circulaire de notre révérendissime père Michel-de-Jésus proclamant officiellement les décrets de notre vénérable chapitre général dont les assises se tinrent à Rome du 9 au 27 mai de l'année en cours. Cet enthousiasme s'explique par la joie intense que nous ressentons tous de voir se perpétuer une tradition aussi ancienne que l'Ordre qui a chargé la croix rouge et bleue de sa signification rédemptrice.

UNE TRADITION : Depuis plus de sept siècles et demi (1198 à 1959), l'Ordre de la Très-Sainte-Trinité met en pratique sa sublime devise : "Gloire à toi, Trinité ; aux captifs, liberté !" Répondant aux urgents besoins de l'Église en ses membres les plus souffrants, les Trinitaires se sont faits un devoir et une gloire de témoigner leur croyance en Dieu Un et Trois, et de soulager par tous les moyens à leur disposition ceux qui étaient et qui "sont le plus en danger de perdre la foi." (1)

Rarement les geôles et les fers ont-ils favorisé, chez les détenus, de généreux élans de charité ou de grandes visions de foi… L'épreuve de l'incarcération et de la solitude a plus d'une fois, au contraire, motivé ou précipité l'abandon de la croyance religieuse et le relâchement moral. On comprend alors qu'au XIIᵉ siècle, un homme de Dieu, saint Jean de Matha, ait saisi, avec cette acuité pénétrante propre aux saints, la pressante nécessité d'un Ordre religieux voué à la rédemption des captifs chrétiens : qu'ils soient prisonniers politiques ou religieux, prisonniers de guerre ou de droit commun.

Parmi les Trinitaires, certains ont brillé davantage par le zèle exercé en leur mission de charité : d'abord, saint Jean de Matha. Lui-même a donné l'exemple à ses fils spirituels en opérant deux rédemptions, dont l'une à Tunis et l'autre à Valence, pour retirer des "matamores" musulmans (2) les captifs demeurés fidèles à leur foi chrétienne.

Auprès des prisonniers politiques, le saint Fondateur "délégua ses frères avec beaucoup de sollicitude afin de secourir les Princes chrétiens, et surtout les rois de France" par la grâce des sacrements (3). À sa suite, le P. Nicolas, 6ᵉ ministre général de l'Ordre (1231-1257), se dépensa sans compter pour leur cause jusqu'à suivre en captivité le saint roi Louis IX (4). Un autre ministre général, Hughes de Flandres (1256-1202), envoie ses religieux en aide aux troupes françaises retenues captives par les Maures (5).

Auprès des prisonniers ecclésiastiques, d'autres Rédempteurs se sont signalés par leur persévérance et leur héroïsme : les PP. Barthélémy Serrano (6) et Vincent Marc ; ce dernier, victime de son zèle, mourut en 1645 après 18 années de captivité (7). On pourrait allonger la liste de religieux rachetés de la barbarie par l'entremise des Trinitaires, mais qu'il nous suffise de rappeler ici le nom de l'illustre bénédictin Diégo de Heado, futur cardinal, dont la rédemption se place au milieu du XVe siècle, grâce aux PP. Gil et Antoine de la Villa (8).

Les prisonniers de guerre ont connu la charité et le fraternel soutien apporté par des religieux trinitaires tels que le P. Pierre Dan, les PP. Gil et Antoine de la Villa : ces derniers méritent une nouvelle mention puisqu'ils ont libéré le glorieux mutilé de Lépante, Miguel Cervantès (9).

Enfin, les prisonniers de droit commun ont eux aussi expérimenté le support moral et l'appui indéfectible que leur ont assurés d'éminents religieux, dont le P. Ferdinand de Saint-Louis, ministre du couvent de San Carlino à Rome (10), et le révérendissime P. Antoine de la Mère de Dieu, 72ᵉ général de l'ordre. Celui-ci fut assisté en son ministère par le pouvoir miraculeux de la Vierge Marie (I1). Mais plus près de nous brille encore la figure du Révérendissime P. Grégoire de Jésus-et-Marie qui, pendant 30 ans (1867 à 1897) desservit la prison Saint-Michel à Rome, et cela malgré sa lourde charge de ministre général à laquelle il avait été élu en 1891. (12).

UNE RÉALISATION : Riches de cette expérience, les Trinitaires ont clairement déclaré, dès leur arrivée au Canada, en quel sens ils avaient l'intention d'exercer leur ministère au service de l'Église et de la Société. En date du 4 avril 1929, l'acte d'incorporation civile, conservé dans les Archives de la province de Québec, en fait foi : "La mission de cet Ordre est de s'occuper du rachat des captifs, d'œuvres de charité… d'aide et de secours aux immigrants, de s'intéresser au sort et de vaquer à la moralisation des captifs et des prisonniers…" (13) (Statuts de Québec, chap. 121, 19 Georges V, 1929).

Ces statuts présentés à la Chambre de la Législature par le ministre général du temps, le révérendissime P. François-Xavier de l'Immaculée-Conception, sont l'écho des traditions conservées dans l'Ordre trinitaire depuis de longs siècles.

Pour atteindre leur but "toujours de pressante actualité" (14), les Trinitaires canadiens, en la personne de leur supérieur majeur, le T.R.P. Pierre de la Nativité, ont mis à l'étude la possibilité de s'adonner à cette œuvre particulière. Déjà en relation avec les autorités religieuses et civiles à cette fin, ils travaillent patiemment à se former des prêtres capables de répondre aux exigences de ce ministère spécialisé.

En août 1954, son Éminence le cardinal Paul-Émile Léger confia aux Trinitaires l'aumônerie de la prison de Montréal (Bordeaux). Le R. P. Yves de Saint-Bernard, son ancien o.s.s.t., premier définiteur provincial, y exerce depuis quatre ans son ministère comme aumônier. Il est assisté dans ses fonctions du R. P. Philemon de la Nativité, O.SS.T. Un frère convers, le R.F. Raymond de l'Eucharistie, O.SS.T., s'acquitte de l'aspect matériel de l'aumônerie. Une demande a été faite au Saint-Siège pour l'érection canonique de cette maison religieuse sous le titre de Jésus-Nazaréen.

UNE MISSION : La mission du prêtre-aumônier est d'abord d'apporter derrière les barreaux le vivant témoignage du Christ qui ne "laisse personne orphelin" et "n'éteint pas la mèche qui fume encore". Il se fait le messager de l'Église auprès de ces âmes "qui gémissent dans les maisons de réclusion où des circonstances, parfois inexplicables, les ont fait entrer par de durs chemins" (15). Il exécute ainsi les plus paternelles directives du Souverain Pontife, entre autres celles de son radiomessage à tous les prisonniers du monde, le 30 décembre 1951 : "Nous nous tenons, dit Pie XII, tout près de votre coeur, tout près de vos familles ruinées par votre absence."

Au plus coupables, il rappelle que : "Les remords les plus lourds peuvent se transformer en repentirs sublimes pour le plus grand bien de la société terrestre et la plus vive allégresse des habitants du ciel."

« Quant aux innocents qui subissent la torture des condamnations injustes, ils sont mes fils de prédilection » (16).

« Quelle suave doctrine à transmettre dans les âmes de ces malheureux pour les amener au repentir ou à la résignation » (17).

UNE COLLABORATION : Appelé, à titre de rédempteur, à l'apostolat auprès des prisonniers, le Trinitaire ne doit pas s'acquitter seul de cette tâche afin d'en assurer le succès. N'est-ce pas désirable qu'il associe à cette œuvre complexe et difficile des auxiliaires laïcs, membres du Tiers-Ordre de la Très-Sainte-Trinité ?

En effet, la section masculine du Tiers-Ordre ne pourrait-elle pas apporter un secours particulier à l'œuvre de charité commencée en faveur des prisonniers ? Ses efforts pourraient porter sur les points suivants :

1) Fournir des lectures intéressantes et saines aux prisonniers, en recueillant régulièrement des livres et des revues de nature à intéresser les détenus.

2) Adopter l'entretien matériel de quelques familles dans le besoin à la suite de l'incarcération du père de famille. (18)

3) Voire même faire des campagnes pour éduquer la conscience du public sur leur ministère la question sérieuse de la réhabilitation sociale de l'ex-prisonnier.

D'autre part, la section féminine pourrait organiser un ouvroir pour la réparation et le raccommodage du linge destiné à vêtir ceux qui, au moment de quitter la prison, n'ont pas de vêtements convenables pour se présenter en public en vue de demander un emploi. Que dire encore des mille et une inventions que découvre un esprit vraiment charitable pour secourir son prochain ? Les besoins commandent aux oeuvres.

UNE VISION D'AVENIR : les œuvres déjà commencées ne sont cependant qu'un présage de celle à venir. Le nombre restreint de nos religieux et les ressources très limitées mises à leur disposition expliquent un peu les modestes réalisations à leur actif. Toutefois leurs désirs apostoliques sont aussi vastes que le pays.

Interrogés sur l'orientation des œuvres de la province pour l'avenir de l'ordre trinitaires au Canada, les membres de notre vénérable Définitoire provincial ont donné la réponse suivante dans leur lettre circulaire du 1ᵉʳ juin 1958 :

"D'autre part, et approuvés en cela par nos Supérieurs: Majeurs de Rome, nous avons fermement l'intention d'accentuer nos efforts, en notre vice-province canadienne, sur les œuvres de miséricorde corporelle, se rapprochant de près ou de loin aux ministères de prisons, de maisons de réhabilitation, d'hôpitaux et autres de mêmes espèces. Voilà qui, à notre avis, spécifie bien clairement nos projets d'avenir tout en indiquant le sens de notre vocation trinitaire." (19)

La confirmation de cette directive par le 8ᵉ décret du Vénérable Chapitre général le 27 mai dernier explicite on ne peut plus clairement en quel sens s'accusera l'évolution de notre Ordre au Canada.

CONCLUSION: Héritiers d'une vivante tradition, les religieux trinitaires canadiens cherchent, selon leurs modestes moyens, à réaliser concrètement en notre XXᵉ siècle l'aspect apostolique de leur double vocation d'adorateurs et de rédempteurs : TRINITAS – REDEMPTIO. Dans les limites de leur rayonnement, ils cherchent à préparer une réponse efficace, en terre canadienne, au vœu du IIIᵉ congrès pénitentiaire international catholique tenu à Fribourg en août 1954 :

"Nous souhaitons vivement l'éclosion de vocations laïques et ecclésiastiques au service des prisons à la condition d’une préalable et authentique formation spécialisée" (20).

(Trinitas, janvier-février 1960 pp.15 à 17) [2]

____________________

[1] Le père Jean-Paul de Jésus, le nom de religieux de Jean-Paul Regimbal.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.

28 mars 2026

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LES GRANDS ESPACES

 


VISION CATHOLIQUE: Jésus s’est rendu présent sur le chemin de la nuit blessante et mortelle

La souffrance et notre façon d’y réagir jouent un grand rôle dans ce que nous devenons comme personne. Il y a le cri angoissé: Pourquoi? Pourquoi maintenant? Pourquoi moi? Pourquoi mon enfant est-il mort et pas moi a sa place? Pourquoi cette injustice? Cris douloureux qui cherchent une réponse et qui n’en trouvent pas. Cris qui viennent du fond de l’âme.

Jésus Christ n’a pas dissimulé cette question, il l’a posée lui-même avec force sur la croix en disant: « Père, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Mt 27,46)

Cependant, il n’a pas attendu d’explication, il n’a pas fui la souffrance, il ne s’est pas révolté en rejetant la responsabilité du mal sur les autres. Il a tout pris sur lui: tout le mal et toute la souffrance, toute la douleur et tous les pourquoi de tous lieux et de tous temps.

Ainsi, Jésus s’est rendu présent sur le chemin de la nuit blessante et mortelle. C’est pourquoi ou que nous soyons sur ce chemin, quels que soient notre angoisse et notre dégout de la vie, il est là, présent et offrant sa présence .

Mgr Christian Lépine
Créés pour être aimés, Médiaspaul, 2012

LE PRÉSENT DU PASSÉ: La Trinité dans ma vie de famille

La Trinité dans ma vie de famille

Le mystère de la très sainte Trinité, 'par le fait même qu'il est le premier et le plus important de notre foi, trouve des applications multiples dans tous les secteurs de la vie chrétienne. De même que le soleil donne lumière et chaleur à tous les êtres, de même la Trinité donne-t-elle existence et conservation à toute créature. Cependant elle donne davantage à l'âme baptisée puisqu'elle lui communique la participation à sa propre vie intime : la grâce sanctifiante.

Une des applications les plus touchantes de ce sublime mystère me paraît être celle de la vie de famille. En effet, le Christ a puisé au sein de la famille les termes qu'il a jugés les plus aptes à nous donner une idée juste du mystère de sa vie intime.

Lorsqu'il a voulu nous faire connaître la première personne de l’auguste Trinité, il s'est référé à l'idée de Père. Est-il possible de concevoir une famille sans évoquer l'idée d'un père, principe de génération et origine de vie selon la même nature ! Tout ce que ce terme de Père renferme de bonté, de fécondité, de tendresse et d'amour, Jésus l'a transporté sur le plan divin afin de nous faire saisir un peu plus le secret de celui qui est son Père et notre Père. Mais il a toujours pris la précaution de rectifier nos idées en nous faisant remarquer que si ces caractéristiques de la paternité se trouvaient chez les pères de la terre, combien plus devaient-elles se trouver chez votre Père qui est dans les cieux." Et saint Paul complète la révélation sur ce point en rappelant que toute paternité terrestre n'est qu'une participation, qu'une dérivation de la seule véritable paternité : Dieu le Père de notre Seigneur Jésus-Christ !

Quelle source de méditation et d'inspiration que cette vérité pour un père de famille pleinement conscient de son rôle de père ! À lui plus encore qu'à tout autre s'applique la parole du Seigneur : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! Quel modèle n'a-t-il pas devant les yeux pour pratiquer les grandes vertus propres à son état de père : providence, bonté, miséricorde, fermeté, autorité, douceur, magnanimité, etc. C'est bien dans le cœur du mystère de la Sainte Trinité que la spiritualité du père de famille prend sa source la plus authentique et sa signification la plus haute !

Dans la seconde phase de la Révélation chrétienne, Notre-Seigneur a dévoilé les relations intimes qu'il entretenait avec cette première Personne de la divinité qu'il appelait du doux nom de PÈRE. Encore une fois il puise dans la terminologie de la famille le mot le plus expressif pour instruire les hommes sur la nature et la vie de la Seconde Personne de la Trinité. Il a désigné cette personne du nom de FILS !

Le nom de Père lui-même ne peut se concevoir sans se référer à celui de Fils. Qui mérite ce nom de Fils sinon celui qui a été engendré, qui a reçu la vie d'un autre de même nature que lui ? "Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances." Ainsi le Fils est le seul Vrai Fils en qui nous sommes tous Fils de l'unique Père ! Il est le modèle parfait de ces vertus filiales que sont l'obéissance, l'amour, la reconnaissance, la piété et le service désintéressé.

Peu avant sa mort, le Christ clôt le cycle de la révélation trinitaire en enseignant clairement l'existence et le rôle d'une troisième personne en Dieu : celle du Saint-Esprit. Il insiste sur sa procession du Père et du Fils et fait comprendre qu'il est le lien d'amour qui unit le Père au Fils et le Fils au Père. Il le désigne d'abord vaguement sous l'image d'un vent très doux pour préciser de plus en plus cette notion vers l'idée d'un souffle d'amour. Saint Paul complète cette doctrine en disant que l'Esprit-Saint n'est autre que l'Esprit de filiation par lequel nous crions : Abba ! Père ! C'est en somme l’esprit de famille de la Très Sainte Trinité. Mais esprit SUBSTANTIEL, SUBSISTANT et PERSONNEL, possédant lui aussi la plénitude de la nature divine avec le Père et le Fils !

Si dans la "famille" trinitaire il existe ainsi un Esprit d'amour qui assure l'unité des trois Personnes divines, n'est-ce pas pour servir de modèle à cet esprit de famille qui doit lier dans l'unité d'un même amour les différentes personnes de la famille ? Alors la Trinité tout entière devient en quelque sorte le modèle vivant et parfait auquel doit tendre la famille chrétienne digne de ce nom.

Quelle splendide spiritualité ne se dégage-t-elle pas de la contemplation du mystère de Dieu, Un et Trois, dès lors qu'on l'envisage dans le concret de sa vie quotidienne, dans la réalité vivante de sa vie de famille !

C'est pour notre enseignement et pour notre sanctification que Dieu a eu l'insigne bonté de nous révéler les secrets de sa vie intime. Faisons-en notre profit en nourrissant notre vie de la riche substance spirituelle qui se dégage de ce mystère divin ; le premier et le plus sublime de notre foi catholique.[1]

(Trinitas, janvier-février 1960 pp.9 à 11) [2]

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[1] Le texte n’est pas signé mais il fait partie de la série que signe Jean-Paul Regimbal et le style grammatical et rédactionnel lui est propre. Alors, nous lui attribuons le crédit.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.

27 mars 2026

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LE PRÉSENT DU PASSÉ: Année centenaire

Année centenaire

L'Ordre de la Très-Sainte-Trinité célèbre en 1960 l'année centenaire de la naissance de son fondateur, saint Jean de Matha. En effet, c'est en 1160, le 23 juin, que naissait à Faucon-des-Alpes celui qui allait illustrer l'Église auprès des misérables captifs en fondant l'Ordre de la Très-Sainte-Trinité destiné à leur rachat et à leur réhabilitation. C'est pourquoi, dès le 8 février, jour où l'Église honore la mémoire de ce saint. Les Trinitaires Canadiens ouvrent solennellement l'année centenaire par des fêtes qui se dérouleront tout au cours de 1960.

Pour plusieurs, saint Jean de Matha est un nom tout à fait nouveau ; pour d'autres ce nom réveille des souvenirs d'un passé illustre, mais hélas, disparu ; pour ceux qui le connaissent et qui l'aiment, ce nom évoque celui d'un apôtre dont l'audace, le génie et la sainteté dépassent les siècles, étant de tous par la divine CHARITĚ.

L'AUDACE : on s'imagine parfois que les saints du Moyen Âge étaient des espèces d'emplâtres qui ne pouvaient trouver leur sécurité intérieure qu'en se calfeutrant paisiblement dans le silence des cloîtres.

Pourtant, la vérité est tout autre ! L'audace était une des qualités dominantes des grands fondateurs médiévaux tels Jean Matha, François d’Assise et Dominique Guzman !

Pour se faire une idée de cette audace, il suffit de relire les Origines de l'Ordre trinitaire. Imaginez un instant un docteur en théologie, ordonné de fraîche date, qui, à la suite d'une vision céleste, se lance, aidé de cinq compagnons, à la solution d'un problème épineux : l'esclavage, ennemi numéro 1 de la chrétienté du XIIᵉ siècle.

Quelle folie ! Un professeur qui se fait entrepreneur, voire même commerçant ! Une demi-douzaine d'hommes voulant régler en quelques années un problème millénaire impliquant le trafic de millions d'esclaves. Une poignée – j'allais dire une pincée – de religieux s'affrontant au bloc musulman. Allons donc ! Ce n'est plus seulement de l'audace ; c'est de la témérité !

Et pourtant Jean de Matha a vaincu le sarcasme, et ce faisant, il vainquit l'ESCLAVAGE.

LE GÉNIE : Mais pour être juste, il faut bien remarquer que souvent l'audace est le signe du génie. La vision supérieure des génies jouit d'une telle ampleur qu'elle leur permet d'entrevoir comme possibles les exploits les plus fantastiques : souvenons-nous de l'expérience satellite-spoutnik et celle de la face inconnue de la lune !

Sur le plan surnaturel, saint Jean de Matha fut doté de cette vision suprasensible. Illuminé par les clartés prodigieuses d'une vision céleste au matin de sa première messe, il a entrevu sous un angle nouveau, non seulement le problème de la rédemption, mais l'organisation même de la vie religieuse qui rendrait possible cette mission de charité auprès des captifs.

Il a commencé par un voyage d'éclaireur afin de prendre une connaissance expérimentale de la situation tragique. Armé de ces informations précises, il revient à Cerfroid dès 1194 pour y jeter le germe d'une œuvre nouvelle qui deviendrait un jour un arbre puissant : l'Ordre de la Très-Sainte-Trinité.

Dans la solitude des bois de Gandelu, en compagnie de son compagnon, l'ermite Félix de Valois, il élabore pendant quatre longues années une règle de vie religieuse dont l’audace n’avait d’égale que le génie qui l'inspirait !

Cette conception révolutionnaire de la vie monastique allait ouvrir les portes du cloître sur le monde. Et les religieux pourraient désormais quitter le cloître pour aller exercer leur ministère de charité, non plus dans les cadres de la paroisse, non plus dans les limites du diocèse, mais bien aux extrémités de la terre en lointaine barbarie ! Plusieurs ont crié au scandale, d'autres à la profanation, d'autres enfin à la perte systématique des âmes qui s'engageraient dans des voies aussi imprudentes.

Avec le recul des siècles, nous pouvons aujourd'hui nous rendre compte que cette règle nouvelle donna le coup de barre définitif qui permit la fondation successive des grands ordres religieux : les Franciscains, les Dominicains, les Carmes, les Servites, etc. Heureuse folie qui nous mérita d'aussi nobles conséquences ! Du coup naissaient les ordres à vie mixte et les ordres missionnaires !

LA SAINTETÉ : Cette conception grandiose et féconde est le résultat d'un esprit dans lequel les dons de sagesse, d'intelligence et de conseil agissaient éminemment. Jean de Matha réussit ces exploits "extravagants" tout simplement parce qu'il se mettait. En toute confiance dans les mains de Dieu. Son amour envers la très sainte Trinité, amour cultivé dans son âme d'enfant par une mère des plus chrétiennes, fut pour lui la source vive d'où s'écoulaient sans fin des flots de charité.

Y eut-il jamais âme plus compatissante envers les souffrances et les misères des pauvres esclaves ? Par deux fois, en 1201 et en 1207, il se rendit personnellement sur les rives du Maroc et de la Mauritanie pour retirer des mains musulmanes les captifs chrétiens. Son cœur ne battait que pour le soulagement de leurs peines et la libération de leur personne. Il voyait, chacun des captifs, des temples vivants de la Trinité soumis à la profanation de l'esclavage ; en chacun, il voyait un membre souffrant du Christ qu'il fallait à tout prix soulager.

Sa vie entière fut une consécration à la délivrance de la misère humaine. Expéditions de rachats, fondations d'hôpitaux, formation de Rédempteurs actifs, voilà autant de preuves du volcan de charité qui bouillonnait au tréfonds de son âme d'apôtre. Témoins encore, ces étincelles d'amour qui jaillissaient sans cesse de cette fournaise incandescente, paroles coutumières à saint Jean de Matha : "Quand viendra-t-il le jour où je pourrai me vendre moi-même pour racheter l'un de mes frères en esclavage !" "Je ne crains que Dieu seul, et je le crains à tel point que je préférerais mourir mille fois plutôt que de l'offenser légèrement."

Ce grand contemplatif du mystère de la Trinité ne prit jamais prétexte de contemplation pour éviter l'action car selon lui "L'œuvre et les peines de la rédemption sont une contemplation, alors que la contemplation est aussi rédemption !"

CONCLUSION : Voilà, en traits larges et grossiers, la stature de celui dont nous voulons cette année honorer la mémoire.

Après huit siècles, il est aussi vivant, aussi agissant et aussi dynamique qu'en ce matin du 17 décembre 1198, jour où il recevait d'Innocent III la bulle d'approbation de son œuvre : l'Ordre de la Très-Sainte-Trinité pour la rédemption des captifs.

P. Jean-Paul de Jésus, o.ss.t.[1]

(Trinitas, janvier-février 1960 pp. 5 à 8) [2]
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[1] Le père Jean-Paul de Jésus, le nom de religieux de Jean-Paul Regimbal.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.

26 mars 2026

EN LIBERTÉ: Trop gentil pour être heureux


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Résolutions du nouvel an

Résolutions du nouvel an

Comme la plupart d'entre vous, chers lecteurs, la direction de la revue doit prendre, elle aussi, de bonnes résolutions au début de l'an neuf ! Mais prendre une résolution n'est pas toujours une garantie de la tenir jusqu'au bout. C'est pourquoi la Direction vous invite dès aujourd'hui à la clémence si, par moments, elle devait manquer à l'une ou l'autre des résolutions prises devant vous. Quoi qu’il en soit, voici les projets pour l'année 1960.

I) Une parution périodique stable : nous sommes tout aussi désolés que vous du retard de ce numéro. Mais, il faut y voir la main de la Providence pour la réalisation d'un plus grand bien. Les hommes, fussent-ils directeurs de revues religieuses, ne sont pas exempts des vicissitudes de la nature : ils doivent eux aussi payer un tribut à la maladie lorsqu'ils ont dépassé les limites de leurs forces…

2) Une nouvelle présentation : nouvel an, nouvel habit ! Au cours de cette année 1960, la Revue TRINITAS projette de changer son titre latin – peut-être un peu trop savant – pour le titre français "TRINITE ET VIE". Il y aurait à cela un double avantage : d'abord celui d'enlever le préjugé que cette revue ne s’adresse qu'aux membres du clergé et qu'au public des fins lettrés (en raison de son titre LATIN) ; ensuite c'est pour exprimer d’une façon concrète le but de cette revue : celui de guider les fidèles vers une vie chrétienne plus profonde en basant cette vie sur le mystère primordial de notre foi, la très sainte Trinité.

3) Un plus grand nombre d'abonnés : il faut que le bien se répande le plus possible. Les enfants de la Lumière doivent être aussi habiles que les enfants des ténèbres. Il n'y a pas une seule revue qui diminue son tirage d'année en année : c'est pourquoi l'objectif fixé pour l'année en cours est de 5 000 abonnés avec l'espoir d'atteindre 10 000 abonnés pour 1961.

À cet effet, nous ouvrirons cette année encore un grand concours d'abonnement qui se terminera le 20 octobre prochain. Ce concours commencera dès la parution du premier numéro de "TRINITE ET VIE" en mai prochain. C'est vous dire, chers lecteurs, combien nous comptons sur chacun d'entre vous pour répandre la bonne littérature et la riche spiritualité contenues dans les pages de VOTRE REVUE !

4) Un plus grand nombre de pages : si tout fonctionne d'après nos prévisions pour cette année, le premier numéro de TRINITE ET VIE aura non plus 16 pages comme TRINITAS, mais bien 32 pages de texte vivant, enrichissant, dynamique et… sanctifiant !

5) De nouvelles rubriques : avec l'accroissement de pages, vous verrez paraître de nouvelles sections dont la plus intéressante portera le nom : "LE COURRIER DU P. CHARLES", chronique morale rédigée par la plume originale du R. P. Charles (Lebel) de l'Immaculée-Conception, o.ss.t. Une autre section, chargée de nouvelles "catholiques" : "CATHOLICISME AUJOURD'HUI, vous apportant périodiquement les grandes nouvelles catholiques du monde entier. Votre reporter sera le R.P. Rosaire de Saint-Jérôme, o.ss.t.

6) Une section d'annonces : pour aider au financement de cette revue très dispendieuse, nous aurons recours à des bienfaiteurs qui voudront bien subventionner notre œuvre en faisant publier dans nos pages leurs cartes d'affaires. Nous encourageons vivement nos lecteurs à patronner nos annonceurs par leur clientèle assidue.

Comme ce numéro est le premier à paraître depuis l'an nouveau, la direction de la Revue offre à ses lecteurs de voeux sincères vœux de BONNE, SAINTE, ET HEUREUSE ANNEE 1960.

R.P. DIRECTEUR [1]

(Trinitas [2], janvier-février 1960, pp. 3 et 4)

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[1] Le R.P. Directeur est le père Jean-Paul de Jésus, le nom de religieux de Jean-Paul Regimbal.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.

25 mars 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Les Québécois sont des carencés affectifs


LE PRÉSENT DU PASSÉ: La Trinité dans ma vie de Tertiaire

La Trinité dans ma vie de Tertiaire

Le Tiers-Ordre de la Très-Sainte-Trinité se présente comme un moyen de choix pour faciliter aux personnes du monde le chemin de la perfection chrétienne. Moyen mis à la portée de tous ceux qui aspirent à devenir des saints, le Tiers-Ordre est, en quelque sorte, une porte ouverte sur le cloître. Comme le dit de manière si élégante le regretté P. Angelo Romano : « Pour ceux qui ne peuvent venir au cloître, c'est le cloître qui va vers eux ! »

C'est donc en s'inspirant directement de cet idéal magnifique que le tertiaire convaincu peut puiser dans la contemplation du mystère de la très sainte Trinité les lumières, la force et la nourriture capables de l'aider dans sa marche vers le ciel.

Dieu le Père
En parcourant l'Évangile de saint Matthieu, l'âme attentive se laissera certainement toucher par l'incomparable Sermon de la montagne (Matt : V-VII). Elle retiendra entre autres cette invitation du Seigneur : « Soyez parfaits comme le Père céleste est parfait ». Dans cette brève déclaration, Notre-Seigneur fixe lui-même le modèle qui doit servir aux âmes avides de perfection. Rien de moins que la perfection de son propre père ! Si le Christ lui-même ne l'avait enseigné, on croirait facilement à la témérité d'un tel idéal. Mais c'est Jésus, le Verbe du Père, le Fils de Dieu fait homme, qui propose ce but à notre faiblesse, sachant à l'avance que lui-même nous y aidera par sa grâce et ses mérites infinis.

Si cet idéal a été fixé à tous les fidèles, à combien plus forte raison doit-il être le but ultime auquel tend le tertiaire vraiment convaincu ! Armé de ses vœux, secouru par la grâce et la prière, fortifié par l'assistance de tous ses confrères, le tertiaire peut et doit organiser sa vie pour devenir « parfait comme votre Père céleste est parfait ». Les statuts et les règles du Tiers-Ordre lui précisent constamment ses obligations pour y parvenir.

Dieu le Fils
En poursuivant sa lecture de l'Évangile de Matthieu, l'âme assoiffée de perfection découvrira un conseil bien précieux du Seigneur : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renonce soi-même, qu'il prenne sa croix et me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il vient à perdre son âme ?

La perfection n'est possible en effet que dans la mesure où on est prêt à devenir semblable à Jésus-Christ, à devenir conforme à l'image du seul vrai Fils en qui le Père nous a prédestinés à la gloire ! Or impossible de ressembler au Christ si on ne devient semblable au Christ crucifié ; être crucifié avec lui pour être glorifié avec lui au dernier jour ! Et c'est par les vœux de chasteté et d'obéissance que le Tiers-Ordre se propose de transformer le tertiaire en un autre Christ ! C'est par là aussi que le Tiers-Ordre facilite au tertiaire l'accomplissement parfait de ses engagements de baptisé ! RENONCEMENT : « Je renonce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres » ; ENGAGEMENT : « Recevez ce vêtement blanc. Puissiez-vous le porter sans tache jusqu'au tribunal de Dieu. Recevez ce cierge allumé. Gardez sans reproche la grâce de votre baptême. » PERFECTIONNEMENT : « Recevez l'habit du Tiers-Ordre de la Très-Sainte-Trinité pour l'accroissement de votre foi, de votre espérance et de votre charité ».

Dieu le Saint-Esprit
Si d'une part le Père est le modèle de sa perfection et que Jésus en est la voie, il reste que le Saint-Esprit est le guide du tertiaire dans cette conquête des sommets. C'est lui que Jésus a envoyé pour être le Consolateur de nos âmes, l'Avocat de notre cause et le Divin Précepteur de cette vie spirituelle. C'est lui en effet qui nous conduit par la main, qui prie en nous par des gémissements ineffables et qui nous met sur les lèvres des accents de tendresse pour dire avec sincérité : « Papa, Père ! » C'est lui qui façonne en nous l'image du Fils selon la pensée du Père dont on chante qu'il est le doigt de la main droite : « Digitus Paternae Dexterae ». Il burine en nos âmes les traits du Fils Jésus en qui nous avons l'être, le mouvement et la vie !

Le tertiaire doit donc s'abandonner avec confiance à la conduite de l'Esprit-Saint qui opérera d'autant plus rapidement l'œuvre de la perfection chrétienne que l'âme le laissera plus libre d'agir en soi. Celui qui est l'AMOUR substantiel du Père et du Fils ne peut certainement pas faire moins que de transformer l'âme qu'il habite en substance d'AMOUR !

Conclusion
Une fois de plus, on peut se rendre compte combien le mystère de la très sainte Trinité peut jeter dans la vie chrétienne – et plus particulièrement dans la vie du tertiaire – des clartés insoupçonnées capables d'enrichir et de guider une âme pendant des années. La très sainte Trinité ne nous a pas découvert ces secrets pour nous épater, nous éblouir, nous renverser, mais bien plutôt pour nous inviter à croître sans cesse dans son amour et à progresser de jour en jour dans son ineffable intimité : intimité de la famille dont nous faisons tous partie par la grâce de Dieu.

P. Jean-Paul de Jésus, O.ss.t.[1]

(Trinitas [2], aout-septembre 1959, pp 9 à 11)

____________________


[1] Le père Jean-Paul de Jésus, le nom de religieux de Jean-Paul Regimbal.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.

24 mars 2026

EN LIBERTÉ: Pour Éric Zemmour, la France sans le christianisme n’est plus la France


VISION CATHOLIQUE: Le vénérable Pierre Goursat

Le pape Jean-Paul II et le vénérable Pierre Goursat
Le vénérable Pierre Goursat

Par Benoit Voyer

24 mars 2026

Pierre Goursat nait à Paris, le 15 août 1914, à 21 h, dans la « pension de famille » que dirige sa mère, la résidence Saint-Philippe. Ce lieu est situé au 123, rue du Faubourg-Saint-Honoré.[1] De nos jours, il s’agit de l’hôtel Le 123 Élysées de la chaîne Astotel.[2]

Il est le fils de Victor Goursat [3], Victor est né de l’union d’Auguste Goursat et Louise Saint-Martin, ainsi que de Marie Latapie, dont les parents sont Édouard Latapie et Laure Aubert, qui est sa deuxième épouse. Victor et Marie se sont mariés civilement le 27 septembre 1913, à la mairie du VIIIᵉ arrondissement, à Paris [4], et religieusement le 29 septembre, dans l’église catholique Saint-Philippe-du-Roule [5].

C’était quelques semaines après le début de la Première Guerre mondiale. Le 2 août 1913, les hommes de la France étaient mobilisés pour aller combattre les Allemands. Le lendemain, Adolf Hitler déclarait la guerre à la France et à la Belgique.

En France, les jeunes qui s’enrôlent pensaient que cette guerre sera de courte durée et qu’ils entreraient rapidement à la maison. Cependant, elle durera plus de quatre ans.

Le 30 août 1914, quelques jours avant la naissance de Pierre, Paris est le théâtre du premier raid aérien. Un avion du régime nazi largue quatre bombes. Dans les premiers jours de septembre, les Parisiens sont menacés par l’armée allemande qui parvient jusqu’à quelques dizaines de kilomètres de la ville. Devant la menace, le gouvernement français déménage à Bordeaux.

Malgré les troubles, Pierre Goursat est baptisé dans l’église Saint-Philippe-du-Roule, le 6 septembre 1914.

Le 1ᵉʳ août 1915 naitra son frère Bernard. C’est ainsi que débutera pour la famille Goursat et la majorité des citoyens français le long hiver 1915-1916 dans lequel s’installe une guerre interminable.

En 1923, Victor et Marie finissent par se séparer. Marie en a marre de cet homme instable, incapable d’avoir un travail régulier et qui ignore gérer son argent. Plus tard, on découvrira un problème en santé mentale. La tension est vive entre les deux parents. Le1er juillet 1923, Marie obtient un jugement de la cour favorable à sa demande. Du même coup, elle obtient la garde de ses enfants. À la suite du départ de Victor, il faudra de nombreuses années pour que les enfants revoient leur père. Devenue cheffe d’une famille monoparentale, Marie sera très attentive à ses fils. Sans être riches, ils ne manqueront de rien, surtout pas d’affection.

Père Jean-Paul Regimbal
Rencontre avec Jean-Paul Regimbal

En décembre 1971, Pierre Goursat rencontre à Paris le père Jean-Paul Regimbal qui est de passage en Europe. Le Trinitaire, qui a vécu une expérience spirituelle intense à Phoenix, en Arizona, lui raconte les débuts du renouveau charismatique aux États-Unis et au Québec. Cet entretien va bouleverser la vie de Pierre.

Francis Kohn, dans sa biographie du vénérable Pierre Goursat [6], raconte : « Lorsque Pierre écoute le père Regimbal, il est d’abord dubitatif ; mais au fil de leur discussion, il est convaincu par la foi et le profond attachement à l’Église de ce prêtre qui a bien « les pieds sur terre ». Pierre expliquera : « Quand il a témoigné, je me disais : « Le pentecôtisme, c’est une secte ! » Il m’a répondu : « Oui, mais ils deviennent catholiques. » Alors j’ai vu qu’il était solidement catholique parce qu’il avait fait toute une brochure dans laquelle il parlait de l’Esprit saint, des Actes des Apôtres, des premiers chrétiens, ainsi que du pape et des évêques. C’est ce qui m’a frappé. Alors je me suis dit : « C’est un type solide. Je vais m’intéresser à tout ça. »

Pierre Goursat est enthousiasmé par cette rencontre avec Jean-Paul Regimbal. Francis Kohn ajoute [7] : « Il comprend que le Renouveau charismatique – dont il ignorait l’existence jusque-là – est un don providentiel de Dieu, la réponse à la prière de Jean XXIII qui, quelques mois avant l’ouverture du Concile Vatican II, avait appelé de ses vœux une « nouvelle pentecôte » sur l’Église. (…) Après cette rencontre, Pierre se rend chez Martine [8] pour partager l’espérance qu’a suscitée en lui le témoignage du père Regimbal. C’est la première fois qu’ils échangent longuement. Mais Martine ne comprend pas bien ce qu’il veut dire, car Pierre a parfois du mal à exprimer clairement sa pensée pétillante. À la mi-janvier 1972, Pierre rencontre aussi le père Caffarel pour lui faire part de la discussion qu’il a eue avec le père Regimbal ; il lui raconte cette « nouvelle Pentecôte » qui arrive chez les catholiques ».

Dans les mêmes jours, le père Henri Caffarel doit recevoir Xavier Le Pichon [9] et Brigitte Barthélemy qui arrivent d’un séjour aux États-Unis. En 1969, elle y a rejoint son mari et ils ont vécu une expérience similaire à celle racontée par Jean-Paul Regimbal [10]. Le père Caffarel propose à Pierre Goursat de se joindre à la rencontre pour entendre son témoignage. Xavier étant retenu par d’autres obligations, sa conjointe se présente seule au rendez-vous. Pierre est tellement intéressé par ce que le Trinitaire lui a raconté qu’il enregistre le témoignage.

Suite à la rencontre, on décide d’organiser une retraite spirituelle, les 12 et 13 février 1972, à Troussures, et on invite le couple à y donner leur témoignage et à parler de l’Esprit saint.
Pierre Goursat en prière
Durant cette fin de semaine, la vie de Pierre Goursat est profondément renouvelée. Il reçoit les grâces d’une nouvelle pentecôte dans sa vie.

Dans les semaines qui suivront, on organisera un groupe de prière à Paris. L’affaire connaîtra un grand succès et il faudra en créer un deuxième puis un troisième. Les groupes de prière de l’Emmanuel conduiront à la fondation de la communauté de l’Emmanuel dans laquelle sont affiliés des hommes et des femmes catholiques, mariés, célibataires et même des membres du clergé.

Pierre Goursat est décédé le 25 mars 1991. Il a été déclaré vénérable par le pape François, le 18 décembre 2024.
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[1] En 2025, Francis Kohn a écrit une biographie fort intéressante sur Pierre Goursat (Éditions Emmanuel). À moins d’indications contraires, les détails de cet article sont tirés de cet ouvrage.
[2] https://www.astotel.com/hotel/123-elysees/overview
[3] Né le 24 aout 1877.
[4] 11, place Jules-Joffrin, à Paris https://mairie18.paris.fr/
[5] 9, rue de Courcelles, à Paris https://saintphilippeduroule.fr/
[6] Francis Kohn. Pierre Goursat, Éditions Emmanuel, 2025, p. 169. La citation de Pierre Goursat est tirée de son témoignage (T1a) donné le 28 avril 1977.
[7] Francis Kohn. Pierre Goursat, Éditions Emmanuel, 2025, p. 170.
[8] Dr Martine Laffite - Catta.
[9] Pour plus de détails sur Xavier le Pichon : https://fr.wikipedia.org/wiki/Xavier_Le_Pichon
[10] Au sujet du père Jean-Paul Regimbal, en lisant le livre de Francis Kohn sur Pierre Goursat, on reste sur notre faim puisque l’auteur n’y fait référence qu’aux pages 169 et 170. Il manque la date exacte de cette rencontre et on ne sait pas s’ils ont eu d’autres échanges ou rencontres par la suite. De plus, l’auteur donne peu de renseignements au sujet de l’expérience spirituelle que le couple Le Prohon-Barthélémy a vécu aux États-Unis et s’ils y ont rencontré le père Regimbal. Le 9 octobre 2025, j’ai écrit un long courriel à la communauté de l’Emmanuel, par l’intermédiaire de leur site Internet, afin d’en savoir un peu plus. J’attends la réponse.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le Tiers-ordre et le prêtre

Éditorial

Le Tiers-ordre et le prêtre

La revue TRINITAS est heureuse de dédier ce numéro à Mgr J. M. Gilbert, P.D., Tertiaire Trinitaire récemment élevé à la dignité de la Prélature Domestique. Hommages fraternels et félicitations à ce prêtre fervent, à ce pasteur zélé, à cet apôtre dévoué dont les mérites, aux yeux de tous, brillent maintenant d'un éclat nouveau! A Mgr Gilbert nous souhaitons des années encore nombreuses et un fructueux ministère auprès de ses fidèles paroissiens.

Cet évènement nous permet de traiter ici un problème resté encore intouché : celui du tiers-ordre trinitaire en relation avec le prêtre! L'idéal sacerdotal stimule sans cesse ces âmes consacrées à la conquête de nouveaux sommets de sainteté : Et c'est pourquoi il nous paraît utile de montrer comment le tiers-ordre trinitaire peut devenir un moyen de choix pour atteindre à cette haute perfection!

Les vœux du tertiaire
L'idéal de sainteté proposé par le saint Évangile comprend, si l’on peut dire, deux étapes : l’une commune à tous les fidèles, la voie des commandements ; et l’autre propre aux âmes qui veulent être plus parfaites, la voie des conseils.


Or, le prêtre, soucieux de sa perfection personnelle, ne négligera rien de ce qui peut l’aider le plus efficacement à parvenir au sommet. Et c’est précisément par les vœux de chasteté et d’obéissance que le tiers-ordre fournit au prêtre un moyen éprouvé depuis sept siècles et demi pour faciliter son ascension spirituelle.

L’obéissance du prêtre tertiaire ne l’engage que vis-à-vis du directeur du tiers-ordre selon la teneur des statuts. Loin de nuire à l’obéissance qu’il doit déjà à son évêque, ce nouvel acte de religion lui sera un puissant auxiliaire pour devenir un prêtre encore plus obéissant puisqu’il le sera doublement : par son serment d’obéissance et par l’esprit de son vœu de tertiaire.

De même, le vœu de chasteté qu’émet le prêtre-tertiaire ne change rien à ses engagements contractés au moment du sous-diaconat. Mais ce moyen devient pour lui une nouvelle assurance contre la faiblesse de sa nature, une nouvelle source de mérite et une nouvelle occasion de s’engager plus à fond dans la conquête de la chasteté parfaite : « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ».

La règle du Tiers-ordre
Moyen de perfection approuvé par l’Église et enrichi par une expérience plusieurs fois séculaire, la règle du Tiers-Ordre offre au prêtre un guide sûr dans les voies supérieures de la vie mystique. Cette règle impose, en effet, des pratiques concrètes de sanctification non seulement afflictives comme le jeûne, les pénitences et les veilles, mais encore affectives par des exercices spirituels appropriés et des œuvres de charité corporelles et spirituelles. Ainsi donc le prêtre-tertiaire entoure son sacerdoce d’une forteresse spirituelle le protégeant contre les assauts du malin, mais ouvrant largement ses portes sur les misères du prochain.

La messe, le bréviaire, chaque sacrement, chaque action liturgique depuis la consécration des basiliques jusqu'au modeste bénédicité s’inspirent directement de la louange trinitaire ! Le prêtre est en réalité une vivante « louange de gloire à la très sainte Trinité : CULTOR TRINITATIS ».

Le Tiers-Ordre trinitaire fournit donc au prêtre un moyen incomparable d'alimenter sa spiritualité aux sources les plus vives et les plus authentiques. En plus d'approfondir la vie spirituelle du prêtre, le Tiers-Ordre le stimule à répandre, par la prédication et le ministère, cette dévotion dans le peuple, à présenter une doctrine théologique dont les âmes ont de plus en plus faim, à établir enfin la spiritualité de ses fidèles sur des bases solides, positives, tonifiantes, sanctifiantes, devenant ainsi un « FAUTOR TRINITATIS ».

Conclusion
Le prêtre reste donc libre d'adopter pour soi le régime de vie parfaite que lui propose le tiers-ordre trinitaire. Celui qui l'embrasse y trouve, certes, une aide sans égal pour faire de sa vie sacerdotale un hommage vivant à la gloire de la très sainte Trinité !

Puissent plusieurs prêtres suivre l'exemple des illustres prélats qui honorent actuellement le tiers-ordre trinitaire, en particulier leurs Éminences les cardinaux Copello, Mimmi et Ottaviani, et de date toute fraîche, Mgr J. M. Gilbert de Mooers Forks, New York !

Le père directeur [1]

(Trinitas (2), aout-septembre 1959, pp 4 et 5)

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[1] Le père directeur est le père Jean-Paul de Jésus, le nom de religieux de Jean-Paul Regimbal.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.

23 mars 2026

EN LIBERTÉ: L’interventionnisme conduit à un remodelage de la pensée citoyenne


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Quand la mort donne des remords

Quand la mort donne des remords

La mort fait partie de la vie et, il est facile de le constater, nous vivons dans une conjoncture sociale qui fait d'elle un sujet tabou qui rend bien des personnes inconfortables. La mort provoque de vives réactions. Les gens ont peur de vieillir, de se dégrader, de souffrir et d'être l'objet d'un acharnement thérapeutique. La mort donne des remords. Comment réagir face à elle et de quelle façon l'apprivoiser ?

Joseph Ayoub, hémato-oncologue médical au Centre d'oncologie du Centre hospitalier de l'Université de Montréal, est clair : sans la foi en Dieu, la mort est cruelle et atroce. Elle n'a point de sens et demande un combat stoïque au malade en phase terminale. Sans un cheminement spirituel, la personne atteinte du cancer vit ses derniers moments dans une souffrance morale effrayante.

Euthanasie
Face à la souffrance des grands malades condamnés à mourir, l'euthanasie est-elle la solution ?

Les 9 et 10 décembre 1997, le Sénat de Belgique se penchait sur la question afin de « dialoguer avec le monde extérieur, afin de percevoir les différentes sensibilités qui s'y expriment, et de tirer les conséquences, sur le plan législatif, des expériences vécues au quotidien », indiquait le président Swaelen dans son introduction du 9 décembre en matinée.

Au Canada, c'est l'affaire Robert Latimer qui a ramené ce dossier à la Cour suprême. Ce fermier de Wilkie en Saskatchewan, âgé de 44 ans, a tué sa fille Tracy, 12 ans, lourdement handicapée par une paralysie cérébrale, en octobre 1993, à l'oxyde de carbone. En juin 1995, un comité spécial du Sénat canadien se prononce sur la question. Une majorité de membres refusent de décriminaliser l'euthanasie et le suicide assisté.

En 1990, le Dr Jack Kevorkian, 68 ans, du Michigan, appelé « docteur suicide », aide son premier patient à mourir. Depuis, il a pratiqué sa spécialité sur plus de 60 personnes. En 1992, il y a eu au Canada le cas de Sue Rodriguez. En 1993, c'est au tour de la Québécoise Nancy B. Cette même année, le parlement de La Haye, aux Pays-Bas, décide d'autoriser l'euthanasie dans certaines conditions.

En décembre 1994, les résultats d'un sondage Gallup effectué auprès de 1002 Canadiens indiquent que 50 % des personnes interrogées sont d'accord pour mettre fin à la vie d'un enfant s'il souffre d'une maladie incurable, 35 % sont contre et 15 % n'ont pas d'opinion. 76 % sont en faveur du suicide réalisé avec l'assistance d'un médecin, 16 % s'y opposent et 8 % n'ont pas d'opinion.

L'heure est grave… Ce n'est pas parce que c'est normal que ce soit moral ! L'Église demeure totalement contre une telle pratique. Les articles 2276 à 2279 du Nouveau catéchisme de l'Église catholique ne passent pas par quatre chemins : l'euthanasie est un meurtre « toujours à proscrire et à exclure ». Le catholique soucieux d'intégrer des valeurs évangéliques à son quotidien est appelé à vivre sa vie jusqu'au bout, malgré les souffrances.

Mais si la personne est condamnée à mourir, quelle est la différence entre aujourd'hui ou dans deux semaines ? « J'ai vu de mes propres yeux – une semaine, un jour, une heure avant la mort – des choses qui ont été dites par les malades aux êtres qu'ils aiment ou à d'autres personnes qui n'auraient pas profité de ces confidences compte tenu du choix de l'euthanasie. Ces propos ont complètement transformé et changé la vie de ces gens qui, eux, continuent la route de la vie humaine et qui ont besoin d'un tel témoignage pour grandir intérieurement et aller de l'avant », dit Joseph Ayoub.

« Or, en faisant l'euthanasie ou en tuant la personne, tu bloques notre société d'un témoignage et d'un testament spirituel, car ces malades aux abords de la mort reconnaissent des choses dans la vie que nous, nous ne pouvons capter. Nous n'avons pas les antennes nécessaires. Face à la mort, ils voient des choses que nous ne voyons pas. Ils veulent donner ces éléments-là aux êtres qu'ils aiment. Ils veulent dire à leur enfant ou à leurs personnes quelle est la chose la plus essentielle pour notre vie. Tu sais ce que vaut cela pour un jeune de savoir par son père ou par sa mère qu'est-ce qui est le plus important dans la vie ? S'empêcher de voir passer un être cher de la vie à la mort et de la mort à la vie éternelle, c'est priver notre monde d'une grande richesse », poursuit-il.

Pourquoi mourir ?
« Personnellement, je suis profondément convaincu que chacun de nous a une mission sur terre et qu'au moment de la mort nous passons le relais à d'autres », commente le médecin catholique qui a assisté le premier ministre Robert Bourassa dans son combat contre le cancer.

Il pense que la mort est devenue un tabou parce que notre génération a pensé pouvoir avec la science, le savoir et la modernisation arrêter la mort, de pouvoir la remettre à l'infini.

« Je dis toujours à mes malades : Écoutez, le Seigneur vous a donné une option. Vous avez touché quelque chose que ceux qui sont en santé ne touchent pas. Vous avez réalisé la valeur de la vie. Et si à l'heure actuelle vous êtes en rémission, relevez-vous, témoignez et continuez ! Vous êtes mieux que quiconque à savoir la vraie valeur de cette vie que vous vivez. Votre mort va être repoussée et tant mieux pour vous ! Vous allez pouvoir mieux vivre avec votre famille, avec vos amis, avec la société, 5 ans, 10 ans, 15 ans… Tant mieux ! Vous allez pouvoir vivre pleinement », raconte le spécialiste d'origine égyptienne.

Vaincre la peur de la mort
La peur de la mort est due à deux raisons : la grande solitude des personnes aînées (l'isolement) et l'absence d'une foi profonde. Il est donc important d'accompagner ses malades en donnant les soins appropriés et en étant simplement présent en les touchant. La plus grande chose que la personne en phase terminale a besoin, c'est de la présence humaine ; juste quelqu'un qui est là auprès d'elle pour la rassurer (pas besoin de tenir des conversations à ne plus finir).

Le docteur Ayoub essaie toujours de faire un cheminement spirituel avec eux parce que mourir en présence de Dieu est plus facile. Sans la foi, la mort n'a pas de sens et est terrible à traverser.

Parfois, ils ont des peurs. Des victimes du cancer et condamnées à trépas disent : « Toute ma vie, je me suis dissocié du Bon Dieu. Ce n'est pas possible que Dieu à une semaine de ma mort… » […] « Il faut leur parler de la grande miséricorde de Dieu, de son grand amour et de sa grande compassion », insiste-t-il.

Le cheminement spirituel va atténuer et dissiper la souffrance morale. Donner de la dignité à la personne au dernier instant de son existence, c'est justement faire l'effort de passer quelques heures avec elle.

Les funérailles
Les modes funéraires changent. Très souvent, tout se fait en 4ᵉ vitesse en évacuant les rites importants. Les funérailles de l'homme d'affaires Pierre Péladeau en sont l'exemple : aucune veillée au corps, il a été rapidement dirigé vers le crématorium, aucune cérémonie religieuse… Seulement des éloges via les médias, un concert de musique classique… Un gros party, quoi !

Les rituels traditionnels qui entourent la mort sont importants sur le plan psychologique pour ceux qui restent. Ce n'est qu'en voyant la dépouille des défunts dormir paisiblement qu'il est possible de les laisser totalement partir, c'est-à-dire de faire un deuil. Les sympathies apportent un soutien à la famille de la part de la communauté. De plus la cérémonie à l'église permet d'encenser (de parfumer) pour une dernière fois ce corps qui est temple de l'Esprit saint et sanctuaire vivant de la présence du Christ (puisqu'il habite en tous) et de communier une dernière fois – en présence du défunt – à ce Roi du ciel et de la terre qu'il voit maintenant dans toute sa gloire et que nous verrons à notre tour au jour de notre passage vers le royaume des bienheureux.

L'abbé Gérald Ouellette, curé des paroisses St-Joseph et St-Patrick de Granby, abonde dans le même sens que le docteur Ayoub : « Je connais une jeune dame dont le père est décédé. Elle me disait que, suivant ses dernières volontés, ils n'avaient pas fait d'exposition. Elle m'a dit que ce ne serait pas la même chose pour sa mère, car ils n'ont pas eu le temps de se rendre compte de ce qui se passait. C'est comme un trou noir au fond d'eux. Le deuil ne s'est pas fait parce qu'ils n'ont pas eu assez de temps, d'éléments visuels et "sentis"», dit-il.

Au décès de son propre père, Emilien Ouellette, en mars 1994, la famille a préféré ne pas réaliser une de ses dernières volontés, préférant des funérailles traditionnelles. Il voulait être incinéré et ne pas être exposé comme bien des gens aujourd'hui. Ce n'était pas pour suivre la mode, mais parce qu'il croyait ne plus avoir de valeur. C'est ce que pense ce membre du clergé du diocèse de Saint-Hyacinthe. Puisqu'il a été un important commerçant de la région et conseiller municipal à la ville de Granby, la famille a décidé de ne pas suivre ses dernières volontés. Il a été exposé et il a eu des funérailles à l'église. D'ailleurs, elle était remplie à pleine capacité et une bonne centaine de personnes étaient debout. Cela a fait chaud au cœur à la famille éprouvée. Leur père était un homme fort apprécié. Le fait de l'avoir vu dans son cercueil a été, pour l'abbé Ouellette, comme un élément de transition, une sorte de baume.

Il ajoute : « Est-ce que c'est moralement acceptable de ne pas avoir réalisé totalement ses dernières volontés ? Si on part de la vie ordinaire, des fois mon père faisait des choses avec lesquelles je n'étais pas toujours d'accord. Et vice-versa ! On n’est pas des îles dans la vie ! Mon père était intégré à une famille. Alors, il avait son opinion et il y avait celle des membres de sa famille. Il n'y avait pas que lui dans cela ! Nous étions là aussi ! Nous jugions que ce n'était pas significatif de l'ensemble de sa vie, même si c’étaient ses dernières volontés. Le fait d'avoir été un long moment retiré de la vie active lui donnait probablement ce sentiment d'être devenu insignifiant par rapport à la société. Il n'était pas insignifiant ! La preuve est que des centaines et des centaines de personnes sont venues au salon funéraire. Il y avait des gens jusque dehors ! Ce n'était donc pas l'opinion des autres ! Donc, la dernière volonté d'une personne n'est pas nécessairement un dogme absolu. Cela aurait été d'absolutiser un état temporaire de sa conscience à lui. » Il se fait rassurant : son père n'est jamais venu hanter sa famille pour cela. « J'ai même rêvé qu'il est dans les bras du Bon Dieu », insiste-t-il.

Dieu et la maladie
Est-ce que Dieu veut la maladie ? Est-ce que Dieu veut la souffrance ? « Dieu ne veut pas la maladie et ne veut pas la mort. Jésus a voulu vivre et partager avec nous la souffrance de la maladie. Tout au long de sa vie, nous voyons son amour merveilleux pour ceux qui souffrent. À chaque fois, il essaie de compatir à la souffrance. Celle-ci fait partie de notre monde. Jésus est venu pour dire : je partage avec vous cette souffrance. Il a voulu souffrir comme nous. Il a voulu mourir comme nous. Il est devenu humain pour ne pas être un Dieu théorique et pour dire qu'il a partagé et vécu nos joies, nos grandeurs et nos misères. « Si nous voulons voir et contempler sa lumière divine… Si nous voulons rencontrer le Seigneur… Nous devons accepter ce passage vers la vie éternelle par la mort », expose Joseph Ayoub.

Ses propos correspondent à la pensée de l'Église. Les articles 1009 et 1010 du Nouveau catéchisme indiquent : « La mort est transformée par le Christ. Jésus, le Fils de Dieu, a souffert Lui aussi la mort, propre de la condition humaine. Mais, malgré son effroi face à elle, il l'assuma dans un acte de soumission totale et libre à la volonté de son père. L'obéissance de Jésus a transformé la malédiction de la mort en bénédiction. » (...) « Grâce au Christ, la mort chrétienne a un sens positif ».

Apprivoiser la mort en accompagnant des malades en phase terminale est le chemin qu'empruntent des centaines et des centaines de personnes membres de diverses associations comme Albatros, qui a son siège social à Trois-Rivières. Visiter les malades, c'est un peu être disciple de Jésus, être enfant de Dieu. Face à la mort, le Christ a eu quelques remords, mais n'a pas eu peur.

Benoit Voyer

(Version abrégée: Revue Sainte Anne, Novembre 1998, page 446.
Il s'agit ici de la version longue de l'article proposée
a la rédaction de cette revue le 14 septembre 1998.
Cette version a été retrouvée dans le
fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska

22 mars 2026

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Le vagin se nettoie lui-même


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le SAPIN de NOËL, une tradition religieuse à redécouvrir

Le SAPIN de NOËL, une tradition religieuse à redécouvrir

Par Benoît Voyer

Avec les années, le vrai sens de l’arbre de Noël n’habite plus la mémoire collective. Il y a de l’intérêt à s’y attarder pour mieux retrouver ses véritables racines et mieux célébrer l’anniversaire de la naissance du Sauveur.

Lorsque la tradition de l'arbre de Noël a pris naissance en Alsace – au Moyen Âge –, il symbolisait le paradis terrestre et le péché originel. Le choix du sapin voulait, probablement, illustrer l'Eden, car il est le seul arbre vert annuellement.

Le sapin était, jadis, décoré de délicieuses pommes rouges remémorant le moment où les deux premiers supposés habitants du monde ont croqué à belles dents dans le fruit défendu par Dieu. Plus tard, des hosties étaient ajoutées pour illustrer le Christ, nouvel Adam ; Jésus est celui qui vient apporter un nouveau matin pour le monde.

On ajoutait, avec le temps, des roses fabriquées en papier aux multiples couleurs et des bougies allumées. Le premier symbole rappelait l'arbre de Jessé et, l’autre, Jésus qui est la lumière du monde.

Les véritables fruits du verger ont été changés par des boules en verre soufflé. Cette idée originale d'un verrier de Maisenthol qui aurait vécu au siècle dernier, avait pour but de remplacer la véritable pomme qui, selon la légende, était devenue rare à cause d'une année de sécheresse. Les gâteaux et les friandises vinrent remplacer les hosties.

Origines lointaines
Il est difficile de retracer l'histoire de l'arbre de Noël. Au Moyen Âge, les livres étaient rares et coûteux. Ils étaient recopiés à la main, car l'imprimerie n'était pas encore inventée.

Une façon populaire de transmettre l'héritage de la foi était la pièce théâtrale Celle-ci était connue sous le nom de « pièce miraculeuse » parce qu'elle servait à la formation biblique et à se souvenir des saints. Les représentations ouvertes à tous les fidèles se tenaient dans les églises.

Une des plus populaires auprès du peuple racontait la tentation d'Adam et Ève au paradis. L'unique décor était constitué d'un sapin orné de pommes rouges. Il fut rapidement surnommé du nom d'« arbre du paradis ».

Puisque la petite dramatique était présentée durant la période de l'Avent, la conclusion du sketch annonçait la venue de Jésus. Malheureusement, certains abus amenèrent l'Église à arrêter ces jeux scéniques au XVe siècle.

Cependant, durant ces années, la fête d’Adam et Eve était célébrée, le 24 décembre, un peu partout en Europe et le sapin fut maintenant associé à cette fête, même si Rome n’était pas en accord avec cette pratique liturgique – malgré la volonté populaire – et qu’il n’a jamais été question de canoniser ces deux personnages de l’Ancien Testament.

Cette célébration a finalement disparu, mais l’arbre est demeuré un symbole important de la période de l’Avent. Au XVIᵉ siècle, les Allemands donnèrent un sens nouveau à l’arbre vert qu’il faut redécouvrir.

Et si le sapin devenait pour les croyants du monde qui se préparent à célébrer le jubilé de l’An 2000, le rappel pressant à la conversion intérieure afin de devenir d’authentiques témoins de la volonté de Dieu sur eux… « L’arbre du paradis » inviterait ainsi la société à entrer à fond dans un « nouvel avent » pour le monde.

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Jusqu’au 12 janvier 1997, reprenez contact avec les traditions de Noël, dont le sapin, en visitant l’exposition du Musée des arts et traditions populaires du Québec. En plus de la visite, le musée du 200, rue Laviolette, à Trois-Rivières (sortie 199 de l’autoroute 40, direction centre-ville) offre des ateliers de fabrication de décorations de Noël. Pour informations : (819) 372-0406. Sans frais : 1-800-461-0406.

(Revue Sainte Anne, décembre 1996, page 499)

21 mars 2026

EN LIBERTÉ: Picotine


 

LES GRANDS ESPACES

 


VISION CATHOLIQUE: Croire

Jésus et Lazare
La foi, c'est croire que la lumière puisse surgir en pleine nuit

Par Benoit Voyer

21 mars 2026

L'humain est appelé à vivre debout. Les textes bibliques ne cessent de le rappeler. L'Évangile en dit long : « En mots de notre époque : Allez debout, fais un homme de toi ou ma fille, on arrête de se regarder le nombril, l'avenir est devant toi. La foi guérit ou sauve l'être blessé, paralysé ou dans la désespérance. Lorsque je lis les textes des livres de la Bible, je change toujours le mot « sauver » par « guérir ». Ça transforme la dynamique des récits. La foi appelle à la raison, mais pas uniquement à elle. Pour croire, l'intelligence émotionnelle doit être rejointe. C'est pour ça qu'on dit que la foi est un cadeau. Quand on la reçoit, la raison et l'émotion, c'est-à-dire tout l'être intérieur, sont touchés.[1]

Dans ma lecture d'œuvres de fiction ou d'œuvres bibliques, j'aime faire de moi un personnage secondaire du récit. Aujourd'hui, je m'imagine être auprès de Jésus. Nous arrivons chez Lazare. Il vient de mourir. « Si tu avais été là, il ne serait pas mort ! » J'entends le maître répondre à Marthe : « Je t'en prie, arrête de t'en prendre à moi. J'ai mal d'entendre tes larmes et ton cri du cœur. Lazare, c'était aussi mon ami. Comme toi, je l'aime d'un grand amour. Comme toi, j'ai mal. Mais si Dieu le veut, qu'il entre dans la lumière. » Aussitôt, Lazare sort de son tombeau. Il se réveille. Il ressuscite quoi ? Il entre dans l'éternité bienheureuse.

« Si tu crois, tu verras monter la vie. Si tu crois, tu verras tomber la mort. « Tu verras refleurir l'arbre mort », chantait le poète Robert Lebel sur son premier disque en reprenant les paroles de Jésus reprises dans l’évangile de Jean.

La foi, c'est croire que la lumière puisse surgir en pleine nuit. La foi, c'est croire que l'enfant parti à l'aventure va revenir. La foi, c'est croire que l'amour rêvé se révélera un jour à soi. La foi, c'est croire que la vie est plus forte que la mort et que s'arrangeront les difficultés que je traverse avec l'aide du Tout-Amour. La foi, c'est croire que Dieu donne à l'humain tout le nécessaire dont il a besoin s'il sait lui dire à l'avance merci. La foi, c'est croire que l'humain est fait pour vivre debout.

Jésus et la souffrance
À la lumière des évangiles, on constate que Jésus n’était pas très chaud devant la souffrance puisqu’il nous invite à la combattre comme lui-même l’a fait.

Jésus a connu la souffrance [2], il a eu de la difficulté à l’accepter [3], il a été vulnérable aux individus qui sont dans cette situation que soit physiquement [4] ou spirituellement [5].

Pourtant, il ne l’a pas freinée, lui qui fut le Fils de Dieu. Cela était associé à la réalité de l’incarnation qu’il venait vivre sur la terre [6]. Comme le jour ou il apprit la mort de son ami Lazare, il a pleuré. Il a vécu sa souffrance comme étant un moment privilégié de foi au Tout-Puissant [7] et pour aimer les autres [8]. De la même façon, il nous invite à réagir.

En suivant l’enseignement de Jésus, nous sommes appelés à répondre à nos moments de douleurs en la luttant, par la confiance [9], en allant plus loin que le mal par un appel à la perfection de l’amour [10] et par à accomplir, du mieux que l’on peut, la volonté du bon dieu [11].

Lorsqu’on s’attarde aux récits bibliques, on en vient à la conclusion que Dieu ne prescrit pas la souffrance. Elle est de notre univers fini, c’est-à-dire notre monde en attente de résurrection. Il veut que j’aie foi en lui et que j’aime les gens autour de moi.

De plus, Jésus m’invite à combattre la douleur sous toutes ses formes.

Si je sais bien vivre ma souffrance à la manière de Jésus, c’est-à-dire dans la confiance au Père, et dans la charité pour les autres, ma souffrance peut devenir une semence de vie et porter un peu d’éternité dans ma vie et celle des autres.

Sans aimer la souffrance, je peux l’apprivoiser [12]. Comment ? En m’abandonnant à la tendresse de Dieu. Elle peut devenir une source de paix et de sérénité, car l’amour que Dieu me manifeste en ces instants me met sur le sentier de la Résurrection. Après chaque vendredi saint, il y a un jour de résurrection. Après la pluie surgit le beau temps. À la fin de la nuit sombre apparait toujours un soleil radieux.

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[1] Cette partie est tirée de : Benoit Voyer. Émission radiophonique « Les Grands espaces » no 4, automne 2015, diffusée sur www.radiophile.ca https://www.youtube.com/watch?v=NdBFuYFWAjg&t=291s
[2] Cf. Jn 11,35 ; Mc 8,17 ; Mc 14,50 ; Mc 15,16-20.
[3] Cf. Mc 14,35-36a ; Lc 22,43
[4] Cf. Mc 1, 29-31 ; Mc 5, 25-34 ; Lc 7, 11-17 ; Mc 5, 21-24 ; Mc 5, 35-43 ; Mc 9, 14-29.
[5] Cf. Mc 1, 21-28 ; Mc 2, 1-12 ; Jn 8, 1-11.
[6] Cf. Phil 2, 6-8a.
[7] Cf. Lc 22,42 ; Lc 23,46.
[8] Cf. Mt 26,28 ; Lc 23,43
[9] Cf. Ap 7,17 ; Ap 21,4.
[10] Cf. Mt 5, 43-48.
[11] Cf. 1 Cor 10, 31-33.
[12] Benoit Voyer. Jésus et la souffrance, chronique "Au-delà du visible", L’Hebdo granbyen, 22 février 1995, p. 8. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/05/jesus-et-la-souffrance.html

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le père Armand Gagné est né avec une baguette magique!

40e anniversaire de prêtrise


Le père Armand Gagné est né avec une baguette magique!

Par Benoit Voyer


Le père Armand Gagné ne pouvait guère cacher sa chère sensibilité, le 19 septembre, à l'occasion d'une fête d'action de grâce avec ses parents et amis pour souligner son 45e anniversaire de vie religieuse et son 40e anniversaire de prêtrise. Il en a même versé quelques larmes. Les 200 personnes réunies pour l'occasion ont vibré avec lui pour ces années de bonheur au service des autres.

Missionnaire au Guatemala
Le grand moment de cette soirée d'action de grâce a sans aucun doute été l'hommage d’Eugène Sergerie, président de la fondation Les amis du père Armand Gagné, qui travaille à faire connaître les persécutions religieuses autour du monde et qui ramasse des fonds pour venir en aide aux missions des Trinitaires au Guatemala.

Se souvenant de son voyage de 1981, Eugène Sergerie rit maintenant d'une situation qui aurait pu tourner au vinaigre en ces pires années de la guerre civile dans ce pays : « J'étais avec ma femme Patricia et Thaïs Pelletier. Le premier soir, nous nous rendions à pied à l'hôtel le Martita dans la région de Champerico. J'ai vu à quelques pas de moi une barricade et des soldats armés de mitraillettes. Rien ne sert de vous dire que j'ai eu franchement peur ! Durant notre séjour, le maire de la ville a été assassiné en pleine rue, au petit matin. L'armée, les hélicoptères, tout y était ! Ce jour-là, vers 11 h, les 2 femmes disparaissent. Les deux folles (dit avec un grand sourire aux lèvres) revinrent vers midi ! Elles étaient allées se baigner à la plage à travers tout ça ! Elles auraient pu se faire enlever par l'armée ou être tuées ! Vous pouvez être assuré qu'elles ont eu tout un sermon du père Armand, du frère Réjean Lussier et de moi-même ! »

Il ne reste que des bons moments de l'événement. Il dit que le père Armand Gagné était sous la protection de l'évêque du lieu et qu'il a souvent servi d'intermédiaire pour récupérer des enfants enlevés par l'armée pour être conduits aux camps de rééducation dans le but d'en faire des soldats.

Né avec une baguette magique !
Armand Gagné est né avec une baguette magique ; tout ce qu'il entreprend réussit. Le père Sylvio Michaud, ministre provincial des Trinitaires du Canada, l'a bien illustré.

Au Guatemala, le frère-prêtre s'est fait ingénieur pour l'installation d'un système d'égout au village, a fondé une école, un centre de nutrition et un centre d'accueil pour les personnes âgées, en plus de construire des maisons pour les villageois et de nettoyer les rues.

À Rome, où il a été conseiller général pour sa communauté, il a visité et a fait connaître les chrétiens persécutés à cause de leur foi en Jésus.

« À cette époque, il devait presque se cacher pour parler de ce sujet dans la communauté. Aujourd'hui, grâce à lui, l'Ordre des Trinitaires sur toute la planète a fait de ce thème sa principale préoccupation, renouant ainsi avec la raison première de la fondation de la congrégation, il y a 800 ans, a dit le père Michaud. L'Ordre est même en train de fonder une mission au Soudan pour aider les enfants esclaves et les nombreux chrétiens maltraités dans ce pays qui est en train de passer aux mains des musulmans fondamentalistes.

À Granby, depuis 1993, il a sauvé la maison des retraites spirituelles des Trinitaires d'une fermeture certaine. Depuis qu'il est ministre du Centre de ressourcement intérieur, les usagers ne cessent d'augmenter. Au service de la libération et de la paix dans les cœurs, le père Armand a fait de cet endroit un lieu où il est possible de guérir de ses blessures intérieures et de retrouver sa dignité humaine.

Durant l'homélie de la messe d'action de grâce qui a précédé la soirée des festivités, le bon père Armand a surpris tous ces gens rassemblés pour lui rendre hommage en disant : « Le cheminement que j'ai suivi n'était pas celui que j'ai choisi. C'était celui que le Seigneur a voulu pour moi. Les missions que j'ai entreprises dans ma vie ont été pour répondre à des demandes de mes supérieurs. »

Souvent submergé par ses émotions, Armand Gagné, qui a fait, il y a 45 ans, les vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance et d'humilité, a conclu son intervention en affirmant que cette vie au service des autres l'a vraiment rendu heureux.

(Texte proposé pour l’édition de janvier 2000. Il n’a pas été publié par manque d’espace)