SANTÉ MENTALE : La musculation
En 2026, des chercheurs irlandais publient une étude sur les effets de la musculation sur la santé mentale. Ils recrutent 55 jeunes femmes présentant des symptômes d'anxiété. Pendant huit semaines, les participantes suivent un programme d'entraînement supervisé. Les chercheurs mesurent notamment leurs symptômes dépressifs. À la fin de l'expérience, les deux groupes présentent une amélioration importante. Ces résultats suggèrent que la musculation peut contribuer à améliorer le moral. Les chercheurs soulignent toutefois qu'elle ne remplace pas les traitements habituels de la dépression. (Benoit Voyer, 5 novembre 2026)
PSYCHOLOGIE : Les émotions
Par Benoit Voyer
5 novembre 2026
Il y a près de 90 ans, plus précisément le 20 février 1937, le frère Marie-Victorin (Conrad Kirouac) écrivait, dans une lettre à Marcelle Gauvreau, cette magnifique phrase que j’aime répéter : « On soulage ses maux en les racontant ».
On le sait déjà. Il y a de bonnes émotions. Il y en a de moins bonnes. Les bonnes sont positives. Les autres, on peut avoir de la difficulté à les comprendre et à les gérer.
Il y a maintenant quelques années, Florence K. publiait Nueva Vida (Éditions Libre Expression, 2021), un livre-témoignage que je vous invite à lire. L’auteure a une plume vivante et une manière très pédagogique d’expliquer les choses. Aux pages 119 à 121, se trouvent quelques extraits intéressants qui m’ont aidé à mieux comprendre ce que sont les émotions. Je pourrais résumer cela avec mes mots, mais ça ne rendrait pas justice au livre. Alors, je me permets de la citer en espérant que ça vous donnera le goût d’acheter son bouquin.
Florence K. écrit : « D’un point de vue scientifique, l’émotion est un concept fort difficile à définir. Comment se fait-il qu’un événement provoque chez quelqu’un une émotion complètement différente de celle que pourrait ressentir quelqu’un d’autre ? Pourquoi le tracé événement-pensée-émotion-réaction-comportement se dessine-t-il en nous dans nos jeunes années pour y rester, se transformant en un schéma que, plus tard, on essaiera de corriger à coups de centaines, voire de milliers de dollars de thérapie? »
Puis elle ajoute : « Depuis l’Antiquité, des philosophes, des médecins, des psychologues, des anthropologues, des sociologues, des éthologues puis des neuroscientifiques se sont penchés sur la question et ont essayé, se contredisant les uns avec les autres comme les chercheurs ont l’habitude de le faire, de tirer une définition précise de l’émotion. »
Florence K. affirme sa préférence : « J’aime beaucoup celle de Scherer, un chercheur en psychologie spécialisé dans l’émotion. Il dit qu’elle est un épisode de changements synchronisés et interreliés des états des systèmes cognitifs (qui gèrent le traitement de l’information, la pensée), neurophysiologique (qui comprend toutes nos structures cérébrales et nos systèmes de neurotransmission), motivationnel (qui fait en sorte que l’on pose des gestes), de l'expression motrice (qui fait que l’on bouge) et du sentiment subjectif (notre façon de ressentir les choses). Beaucoup de stock là-dedans! Parce qu’une émotion, la moindre miette d’émotion, est faite de pas mal de choses. »
Enfin, elle explique : « Une émotion difficile à réguler est vécue au-delà du cerveau. En plus de rebondir comme une balle de ping-pong dans notre tête, avec nos pensées qui se désorganisent, qui s’embrouillent comme un pare-brise d’auto recevant l’eau des roues d’un gros camion placé devant lui lors d’une forte pluie, comme les couleurs d’une peinture de Kandinsky, elle se propage dans notre corps. Larmes, tension physique, cœur qui bat à tout rompre, repères visuels qui s’effondrent, tremblements. Ces réactions s’apparentent aux symptômes du stress, lorsque s’en mêle le cortisol, cette hormone sécrétée pour nous faire agir ou réagir selon ce qui se passe. On est sur nos gardes, on travaille plus vite à se sortir du pétrin, nos sens sont alertes et on attrape au vol tous les outils possibles pour revenir à l’homéostasie, à l’état neutre. Nos pupilles se dilatent, nos neurones sont survoltés, le sommeil est absent. Pourquoi sommes-nous si efficaces lorsque nous travaillons sous pression? Lorsque nous avons six semaines pour remettre un travail scolaire et que nous l’entamons six jours avant la date de remise? Parce que l’état d’alerte dans lequel le cortisol nous plonge nous donne des capacités de concentration hors du commun. Comme lorsque nos ancêtres, il y a des centaines de milliers d’années, faisaient face à un lion des cavernes et que toutes leurs ressources, toute leur attention, devaient être tournées vers la solution. C’est le célèbre fight or flight, la lutte ou la fuite. La remise d’un travail scolaire ou d’un rapport trimestriel, c’est comme la rencontre avec un lion, un mammouth ou un ptérodactyle [1]. Les émotions que je n’arrivais pas à maitriser étaient comme une bête menaçante qui se tenait devant moi. Je ne sentais que ça, je ne voyais que ça, je devenais cette émotion. Mais le cortisol, ça use. À force de traverser la boucle circulaire de notre corps avant de se reloger dans notre cerveau, il fatigue nos nerfs, fatigue nos sens, se transforme en poison qui, petit à petit, nous ronge, nous mène à l’épuisement professionnel, à la dépression. »
Et quand on en est rendu là, les maux qui nous rongent méritent d’être racontés.
[1] Il s’agit d’une figure de style utilisée par Florence K. Les ptérodactyles ont disparu des millions d’années avant l’apparition des humains.
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Nos égarements
Benoit Voyer
5 novembre 2026
La vie est ainsi faite. Il nous arrive de nous égarer. Parfois, c’est à la suite d’événements. Parfois, c’est à cause du poids des blessures de l’existence. Parfois, c’est volontaire. À chaque fois, on finit par perdre ses repères, par s’éloigner de l’essentiel et même de Dieu. On se replie sur soi-même, pour ne pas dire qu’on finit par se regarder le nombril, au point de refermer une grande porte derrière soi.
Ce matin, je lisais dans l'Évangile cette histoire que Jésus racontait : Il était une fois un berger parti à la recherche de sa brebis perdue… (cf. Lc 15, 1-7). Le berger ne cherche pas à savoir pourquoi la brebis s'est égarée ni à lui faire des reproches. Il souhaite simplement la retrouver. Ainsi en est-il de Dieu. Durant nos égarements, pendant qu’on s’éloigne de lui, il ne nous abandonne pas. Il nous cherche. Il n'est jamais bien loin.
Nos choix et nos gestes entraînent parfois des conséquences néfastes dans notre existence. Mais nos égarements ne nous enlèvent rien de notre dignité ni de notre valeur aux yeux du bon berger. Ce qui compte avant tout pour lui, c'est notre retour, notre désir de retrouver l'essentiel, de changer notre cœur et de renouer avec cet amour auquel il nous appelle.
Et lorsque nous entendons enfin son appel, nous découvrons qu'il est déjà là, sur le seuil de notre porte. Il nous a cherchés tout ce temps. Il ne force rien, il nous laisse libres. Il frappe à la porte (cf. Ap 3, 20). Il suffit de tourner la poignée et de lui ouvrir.
SAINTS ET SAINTES : Jérôme Le Royer
Par Benoit Voyer
5 novembre 2026
Jérôme Le Royer de la Dauversière naît à La Flèche, dans la région française de Maine-et-Loire, le 18 mars 1597.
Il met sur pied, avec Jean-Jacques Olier, fondateur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, la Société de Notre-Dame de Montréal, responsable de la réalisation d'un rêve apostolique : l'établissement sur une île du fleuve Saint-Laurent, découverte par Jacques Cartier, et qu'il nommera Hochelaga, d'une cité dédiée à Marie pour l'évangélisation des peuples autochtones.
Il fonde tout d’abord, avec Marie de la Ferre, les Sœurs hospitalières de Saint-Joseph. La mission des religieuses est de s’occuper des malades du premier hôpital de Montréal, qui n’est pas encore fondé. En plus, elles devront travailler à l’épanouissement de la foi catholique dans la nouvelle colonie.
En 1630, Jérôme Le Royer de la Dauversière conclut le projet de fondation de Ville-Marie, qui prendra plus tard le nom de Montréal. Jusqu’à sa mort, il soutiendra la plus lourde part des responsabilités de l’initiative. Il en sortira ruiné, ayant donné tout son argent à la cause.
En 1641, deux navires quittent le port de La Rochelle. Ils sont dirigés par son ami Paul Chomedey, sieur de Maisonneuve, et Jeanne Mance, qui s’occupera de l’hôpital. L’équipage passera l’hiver à Québec et atteindra l’île de Montréal le 17 mai 1642.
Le Royer était aussi l’ami du père Charles Lalemant, jésuite, procureur des missions du Canada. C'est ce dernier qui lui présentera Jeanne Mance. C'est à La Rochelle, où il prépare l'embarquement pour Montréal, que leur première rencontre aura lieu.
Jérôme Le Royer découvre en Jeanne Mance « un présent du ciel », une personne « toute de grâce » choisie par Dieu et qui arrive en temps opportun. Il l'invite à se joindre à l'expédition, comme il l’avait fait à Paul de Chomedey. Jeanne Mance opte pour le risque. La voilà mêlée à l'aventure héroïque des fondateurs de Montréal.
Décédé le 6 novembre 1659, Jérôme Le Royer de la Dauversière a d’abord été inhumé dans l’Hôtel-Dieu de La Flèche. Depuis le 16 mai 1838, le vénérable repose dans la chapelle de l'ancien hôpital de La Flèche.
La tombe de Le Royer
Le lieu actuel où il repose n’est pas connu.
Dans un courriel reçu le 5 novembre 2024, Christophe Maillet, président de l’association La Flèche-Canada, m’expliquait : « En ce qui concerne son corps charnel, l'hypothèse qui revient le plus souvent est que ses restes pourraient être dans un mur, ou peut-être dans le sol, de la chapelle de l'hôpital, rue Henri Dunant, à La Flèche. Aucune recherche digne de ce nom n'a été entreprise pour avoir une certitude. Ce lieu est
désormais interdit au public, d'une part pour des raisons de sécurité, et d'autre part, parce que l'ancien hôpital va être réhabilité en appartements après de lourds travaux… Si un jour, il arrivait qu'ils soient retrouvés, Jérôme Le Royer devrait normalement être placé dans la chambre reliquaire déjà installée dans la chapelle de Notre-Dame-du-Chef-du-Pont dans l'église Saint-Thomas. Ceux de la vénérable Marie de La Ferré y sont déjà, dans un emplacement dédié, juste à côté. »
Son cœur, qui a longtemps été conservé par les Hospitalières de Saint-Joseph, dans leur communauté fléchoise, repose de nos jours dans la chambre reliquaire de l’église paroissiale Saint-Thomas, où, le 2 février 1630, Jérôme Le Royer de la Dauversière a reçu l’inspiration de fonder la colonie de Ville-Marie et la congrégation de religieuses hospitalières de Saint-Joseph destinées à y servir.
Sur la voie de la béatification
Le 6 juillet 2007, le pape Benoît XVI a autorisé la promulgation des décrets concernant des miracles attribués à de nouveaux saints et bienheureux. Le même jour, il a reconnu les vertus héroïques de Jérôme Le Royer (1597-1659), fondateur des Filles de Saint-Joseph de La Flèche, mieux connues au Canada sous le nom des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph ou des Religieuses Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal, et visionnaire de la ville de Montréal. Jérôme Le Royer pourra maintenant porter le vocable de « vénérable », ce qui veut dire que la cause de béatification est engagée.[1]
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[1] Benoit Voyer. “Jérôme Le Royer sur la voie de la béatification », Revue Sainte Anne, octobre 2007, p. 398.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Une «vénérable» femme de chez nous
Elisabeth Bergeron est une «vénérable» Québécoise. L’Église reconnaît qu’elle a vécu sa foi de façon exemplaire. Aujourd’hui encore, son humilité interpelle les croyants.
Elisabeth Bergeron (Mère Saint-Joseph) naquit à La Présentation, village de la région de Saint-Hyacinthe, le 25 mai 1851. Elle était la quatrième enfant de Théophile Bergeron et de Basiliste Petit. Elle vécut ses premières années à la campagne. Cependant, une crise économique força la famille à immigrer aux États-Unis en 1865. C’est là qu’Elisabeth se découvre des talents de catéchiste. Elle enseignera les rudiments de la foi catholique à ses compatriotes en exil.
En mars 1870, la famille Bergeron est de retour au pays avec quelques économies qui lui permettent un peu de sécurité. Au cœur d’Élisabeth, l’appel à la vie religieuse se fait de plus en plus pressant. Elle rêve de fonder une communauté religieuse vouée à la contemplation. L’évêque du lieu, Mgr Louis Zéphirin Moreau, lui suggère plutôt d’entrer chez les moniales établies à Saint-Hyacinthe: Les religieuses du Précieux-Sang. Elisabeth se dirige donc vers le monastère mais pour y apprendre, quelques mois plus tard, qu’on lui refuse son entrée définitive dans la congrégation. Elisabeth est inconsolable.
Mgr Moreau, pour sa part, désire fonder une communauté enseignante pour les enfants pauvres de son diocèse. Se souvenant d’Elisabeth, il la fait venir pour lui demander si elle accepte d’être la pierre d’angle d’une nouvelle communauté. Elisabeth allègue qu’elle ne sait pas écrire.
«Notre Seigneur a établi son Église avec des ignorants… d’ailleurs le Bon Dieu n’a pas besoin de nous. Plus l’instrument dont il se sert est faible, plus il en retire de gloire» lui répondit Mgr Louis-Zéphirin Moreau. Après 8 jours de réflexion, elle donna sa réponse à l’évêque.
Le 12 septembre 1877, Elisabeth Bergeron fondait avec Malvina Blanchette, Eloïse Saint-Germain et Valérie Langevin la communauté des sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe. Mgr Moreau lui donne le nom de Mère St-Joseph et la fait supérieure.
Le 17 août 1878, il la désiste de sa fonction. Elle demeurera assistante-générale jusqu’en 1925. À ses filles attristées par la nouvelle, elle répond: «C’est Dieu qui a décidé ce changement; nous n’avons pas à lui demander raison de ses volontés».
Depuis, cette communauté n’a jamais cessé d’étendre son action. Elle compte aujourd’hui quelque 500 religieuses réparties dans le monde entier notamment au Canada: Québec et Manitoba; en Afrique: Lesotho et Tchad; en Amérique latine: Brésil et dans les Antilles: Haïti. Au moment du décès d’Elisabeth Bergeron le 29 avril 1936, elles étaient 540.
«Il ne peut se concevoir rien d’aussi petit que ces commencements: c’était le véritable grain de sénevé de l’évangile qui se déposait en terre», dira Mgr Moreau en se rappelant les humbles origines de la communauté.
Centre Elisabeth Bergeron
805, rue Raymond
St-Hyacinthe, Québec, Canada
J2S 5T9
(514) 773-6067
AFFAIRES PUBLIQUES : En 10 ans, près de 100 % plus de paniers de Noël à Brownsburg-Chatham
Par Benoit Voyer
4 novembre 2026
Le nombre de paniers de Noël a presque doublé en dix ans à Brownsburg-Chatham, une municipalité de la circonscription d’Argenteuil dans les Basses-Laurentides. D’environ 90 paniers distribués en 2015, leur nombre est passé à 178 en 2025, c’est-à-dire une augmentation de près de 100 %. La situation ne s’améliore pas. Les appels à l’aide ne cessent d’augmenter dans la municipalité.
Les réalités des familles changent. Plusieurs peuvent avoir besoin d’un coup de main à différents moments de l’année. C’est pour leur venir en aide que la Guignolée existe à Brownsburg-Chatham et dans plusieurs autres municipalités du Québec.
En plus d’être leader et porte-parole d’Osons Québec, une nouvelle formation politique québécoise autorisée par le Directeur général des élections du Québec le 2 septembre 2026, l’entrepreneur et ancien conseiller municipal Martin Charron coordonne avec son équipe les activités de la Guignolée dans sa municipalité : « Le coût de la vie rend parfois le quotidien plus difficile. Depuis plusieurs années, nous constatons qu’une part grandissante des familles dans le besoin compte des travailleurs, et c’est inquiétant. Il est important d’être à l’écoute et de travailler avec les ressources disponibles pour offrir une aide adaptée ».
Lorsqu'on examine la situation socioéconomique de la région d’Argenteuil, l’augmentation des besoins n'a rien de surprenant.
Selon les plus récentes données de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), le revenu disponible par habitant dans la MRC d'Argenteuil atteignait 35 239 $ en 2024, comparativement à 38 426 $ pour l'ensemble du Québec et 40 128 $ dans les Laurentides. Argenteuil affichait ainsi le revenu disponible par habitant le plus faible des huit MRC des Laurentides, avec un écart de 12,2 % par rapport à la moyenne régionale. La situation illustre bien les importantes disparités économiques qui existent dans la région.
En ce moment, Martin Charron travaille fort avec son équipe de la Guignolée afin de constituer des équipes de bénévoles qui feront du porte-à-porte à Brownsburg-Chatham, le 5 décembre, afin de recueillir des denrées alimentaires. « On a un gros besoin de jus de bras », dit-il, le sourire aux lèvres et l’espoir au cœur.
POLITIQUE : Présenter les faits autrement
En politique, deux personnes peuvent raconter le même événement de manière très différente. Imaginons qu'un parti obtienne 8 % des voix lors d'une élection, alors qu'il espère en récolter 15 %. Un journaliste peut présenter ce résultat comme une défaite. Le spin doctor, lui, préfère peut-être parler des deux députés élus et des progrès réalisés dans certaines circonscriptions. Les deux interprétations peuvent reposer sur des faits exacts. La différence réside dans le choix des informations mises en valeur. Cette façon de présenter les événements fait partie des stratégies de communication politique. (Benoit Voyer, 4 novembre 2026)
SANTÉ MENTALE : Guérir et soigner
Par
Benoit Voyer
4 novembre 2026
La maladie
mentale ne se résume pas à un diagnostic. La personne malade est tout avant une
personne. Elle a ses besoins qui dépassent le cadre médical, son histoire et
ses souffrances. Ainsi donc, soigner, c’est avant tout prendre soin.
Le 14 mars
2026, la pédopsychiatre et psychiatre Céline Lamy écrivait dans Le Devoir qu’avant
même de chercher à guérir, il faudrait apprendre à prévenir : « Prévenir
la survenue de la maladie, prévenir sa rechute, prévenir son aggravation,
prévenir le développement de troubles dits comorbides qui surviennent parce
que, justement, les patients sont isolés, invisibilisés et considérés comme des
numéros dans ce réseau. Parce que tout est centré sur le malade, sa maladie et
son plan de traitement. Le curatif, en somme. [mais] le soin, ce n’est pas que
cela : il est aussi fait de tous les « à-côtés ». Parce que la racine du mot «
soin » ne veut pas dire « guérir », mais « se préoccuper de »… »
Pour elle,
cette préoccupation pour l’autre demande du temps et, surtout, une relation de
confiance : « La santé et surtout la santé mentale, elles,
nécessitent du lien, du temps, du partage, des échanges. Elles nécessitent que
la confiance puisse se placer, tranquillement, pour que l’histoire se dise, les
traumatismes se dévoilent. Pour que ce qui est caché (parce que jugé honteux
par le patient et pointé du doigt comme tel par tant d’autres) puisse se
découvrir. Petit à petit. »
Encore faut-il
des espaces où cette parole pourra être véritablement entendue : « Le
système de « santé » nécessite des lieux, et pas juste un bureau médical : un
lieu pour se déposer un peu, pour élever la voix, pour la faire jaillir. Elle
est si souvent bâillonnée, cette voix, ou, si elle est « osée » par le patient,
elle est alors souvent non écoutée, banalisée, détournée ou muselée. »
La docteure Lamy
insiste : prendre soin, c’est aussi redonner une place à ce qui rend la
vie plus belle et plus supportable. « Les soins en psychiatrie, surtout,
sont pluriels et convoquent toutes les sphères de vie du patient, remettent un
peu de beau, de doux, de créatif et de vivant dans un quotidien parfois
extrêmement sombre où l’abîme n’est jamais bien loin et où la noirceur de la
pensée est un cavalier envahissant. »
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Croire lorsque Dieu semble absent
Par Benoit Voyer
4 novembre 2026
Il y a des hauts et des bas dans la vie spirituelle. Il est donc important de se donner des bases assez solides pour continuer à avancer lorsque vient le temps de l’épreuve. Lorsque le vent souffle dans notre visage à 100 kilomètres à l’heure, on est assurément décoiffé et on finit par en perdre nos repères. Il est important de bâtir sa vie intérieure sur des bases solides.
Dans l’évangile de Luc (cf. Lc 14, 25-33), que je lisais ce matin, Jésus compare la vie du disciple à un homme qui veut bâtir une tour. Avant de commencer, il doit s’assurer d’avoir les moyens d’aller jusqu’au bout. Il en est de même pour la foi : elle doit reposer sur des fondations assez solides pour traverser les périodes où Dieu semble silencieux. C’est un peu comme dans une histoire d’amour : aimer quand la passion est là, c’est facile. Aimer quand les émotions ne sont plus au rendez-vous, c’est une autre chose.
Un jour de 2002, je vis des moments sombres dans ma vie spirituelle. Je m’inquiète de ma relation avec Dieu. Je ne sens plus sa présence. Quand je prie, tout est sec et sans saveur.
Je décide d’en parler à Guy Boucher, une ancienne coqueluche du petit écran qui a vécu une importante conversion spirituelle. Je sais qu’il a une solide vie spirituelle et qu’il pourrait m’aider à comprendre ce que je vis. D’ailleurs, dans mon agenda figure un rendez-vous avec lui. Je dois le rencontrer dans le cadre d’un grand entretien pour la Revue Sainte-Anne.
Nous nous asseyons à la table d’un café montréalais et, café à la main, j’aborde directement le sujet : Guy, « comment fait-on pour rencontrer Dieu ? ». Il est étonné de ma question. Il s’attendait à parler de ses souvenirs dans le milieu artistique, mais il sourit. Il semble vraiment heureux de l’angle que je donne à notre conversation.
Il me lance : Tu sais, « pour chaque personne, ce n’est pas pareil. Moi, ça a été une rencontre radicale ! Maintenant, je sais qu’il m’aime et qu’il est miséricordieux. Lorsque je suis sorti de chez les moines, je n’en revenais pas. Je disais à mes amis : “J’ai eu une vie assez mouvementée. J’ai eu trois grands amours dans mon existence. J'ai eu des aventures. Vous savez, de tous les amours que j’ai vécus, il n’y a rien qui puisse égaler ce que je vis avec le Seigneur. »
Pourquoi ? « Parce que ça ne se vit pas de la même façon ! (Il cherche des mots pour parler de son expérience) Le Seigneur habite en nous et il se manifeste dans une dimension qui n’a rien de sexuel. C’est un amour inconditionnel. C’est un amour démuni. Le Seigneur est totalement démuni devant nous… »
J’ose une confidence : « Guy, je suis dans un désert de la foi. Je tente de renouer le contact avec Dieu. J’ai beau lui parler, mais je ne le sens pas présent. C’est ma souffrance… Comment puis-je faire pour renouer le dialogue avec lui ? Qu’est-ce que je dois faire pour le sentir présent ? »
Guy Boucher oublie que j'enregistre la rencontre. Il me regarde. Il s’adresse à moi comme à un vieil ami : « La première chose à faire est qu’il ne faut pas lâcher. Il faut que tu sois persévérant. Je me permets de te raconter mon histoire. Après ma conversion, j'ai été vraiment choyé pendant deux ans et demi. Très fortement, je ressentais la présence de Dieu. Un jour, je me suis levé et Dieu n’était plus là. J’ai paniqué ! Je suis allé voir un religieux pour lui parler de ce que je vivais. Je lui ai dit : “Le Seigneur n’est plus là !” Il m’a dit : “C’est normal! On dirait que le Bon Dieu se retire. Ce retrait n’est pas pour te nuire, mais pour te faire grandir. C’est également ainsi pour tous les malheurs qui nous arrivent dans la vie. Si nous n’avions pas d’épreuves, nous ne grandirions pas.” »
Je suis étonné d’entendre ça et je lui exprime : « Il se manifeste toujours dans l’épreuve ? »
Il me répond : « C’est souvent ainsi ! C’est souvent après une maladie ou une épreuve terrible ou une mortalité que tu grandis. Je ne suis pas le seul à dire cela. C'est écrit dans les psaumes ! “Pourquoi Seigneur tu n’es plus là ? Pourquoi m’as-tu abandonné ?” Je t’invite à persévérer…
Je demeure inquiet : mais « après l’épreuve, il me sera possible de le sentir autant qu’avant ? »
Il ajoute : « Mon expérience spirituelle n’est jamais revenue aussi forte que dans mes premières années de conversion, mais ma rencontre avec le Seigneur demeure la chose la plus importante de ma vie. Il n’y a rien pour m’enlever ce que je vis avec lui. C’est trop beau ! C’est trop grand ! Certains matins, au moment où je fais oraison avec l’office des lectures, des textes me prennent au cœur avec une telle intensité. Ouf ! Ils me donnent de la misère à respirer ! Je me lève, je me promène dans la maison… C’est ça, le bon Dieu ! La souffrance de son absence que tu vis en toi ressemble à celle du psalmiste. »
Je vois que j’ai affaire à un homme qui a une expérience spirituelle solide. Je lui lance, un peu taquin : « Ta relation à Jésus est tellement rendue importante que tu lui parles chaque matin… »
Les yeux brillants, il me rétorque : « Je ne lui parle pas que le matin ! Nous nous parlons aussi en soirée… et même en automobile. Je suis tellement bien dans mon auto. Je n’ai même pas de radio ! Lui et moi on en profite pour bavarder ! »
Comme un ami ? « C’est bien plus que ça ! Tu sais, quand tu aimes quelque chose ou que tu aimes une personne, tu as le gout d’être avec elle. Tu as le gout d’y communier ! Tu as le gout de lui écrire ou de téléphoner… C’est comme ça dans ma relation avec lui. C’est une très grande relation d’amour. »
Je reviens au motif de ma rencontre : Guy, « parfois, je doute. Je me demande si tout cela est vrai. »
Il me rassure : « Il y aurait 50 théologiens de diverses religions devant moi qui me diraient : “Ce n’est pas vrai tout ça !” Je leur dirais la même chose qu’à toi : “Voyons donc ! Je le sais, moi, je l’ai vécu ! Et je le vis tout le temps ! Dieu n’est qu’amour. Il est complètement démuni devant nous… Il attend toujours après nous qu’on l’aime ! Il attend toujours ! Il a besoin que tu lui dises que tu l'aimes… Et pour le rencontrer, il faut que tu lui demandes ! Et n’oublie pas que c'est lui le boss ! C’est lui qui va décider du meilleur moment.” »
C’est toute une leçon sur la foi que Dieu m’a fait ce jour-là. Pour suivre Jésus, il faut parfois renoncer au besoin de toujours sentir sa présence pour apprendre à lui faire confiance lorsqu’il semble absent.
POINT DE VUE CATHOLIQUE : Léon XIV retrouvera sa cuisinière au Pérou
Benoit Voyer
4 novembre 2026
Léon XIV retrouvera son ancien diocèse de Chiclayo, au Pérou, où il a été évêque de 2015 à 2023, du 13 au 15 novembre. Il reverra notamment Magaly Castillo Saavedra, la cuisinière de l'évêché. Jadis, elle préparait ses repas lorsqu'il était encore Mgr Robert Prevost.
Selon la radio péruvienne RPP, le pape aurait demandé qu'on lui prépare deux spécialités régionales qu'il aime beaucoup.
Le vendredi 13 novembre, il mangera du cabrito à la chiclayana, un plat traditionnel à base de chevreau. Le lendemain, ce sera du riz au canard, une autre spécialité de la région.
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| Magaly Castillo |
Dans un entretien à la télévision publique péruvienne, elle raconte que Robert Prevost était un homme aux habitudes simples. Par exemple, il aimait mieux boire de l'eau plutôt que des jus ou des boissons gazeuses.
Durant la pandémie de la COVID-19, lorsqu’elle allait faire les courses au marché, il récupérait lui-même les provisions.
Mgr Edinson Farfán rappelle que son prédécesseur a toujours eu des goûts simples. Il a toujours mangé ce qu'on lui servait, sans exiger de traitement particulier.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Pour un bon choix de films
Le télé-horaire constitue une des pièces maîtresses de notre monde télévisuel. Pour faire le choix d’un film à l’écran, nous consultons les cotes inscrites dans le guide. La préparation de ces petits commentaires a, préalablement, demandé un travail de moine.
«Pour bien coter un film, commente le directeur du service cinématographique de l’Office des communications sociales (OCS), Christian Depoorter, on commence par examiner le film soit au cinéma, en visionnement de presse, sur vidéo ou d’une quelconque façon. À partir de ce moment, on se fait déjà une première idée.»
«On a des critères de base comme le scénario, la mise en scène et l’interprétation. C’est la moyenne de ces 3 éléments qui donne la cotation de ce film», poursuit M. Depoorter.
Une production peut donc être très bien interprétée, mais l’histoire très mal racontée. Le film portera la mention «moyen».
Comment bien faire l’analyse de ces trois composantes? Selon l’OCS, il y a d’abord des paramètres évidents: il y a des films qui en rappellent d’autres.
«Puisqu’on s’adresse au grand public, dit l’homme de cinéma, nous ne donnons pas d’appréciation personnelle, en ce sens que nos cotes doivent être soutenues par une littérature. Nous avons beaucoup de documentation. Nous classifions tout ce qui est écrit sur les films d’Europe et d’Amérique. On sort cela et nous faisons une moyenne des appréciations».
Les employés du service cinématographique font un commentaire bien à eux mais celui-ci est tempéré par la moyenne. Dans les cas où les critiques consultés ne s’entendent point, c’est le service qui tranche. Dans ce cas, l’OCS favorise d’abord le scénario.
Les cotations sont diffusées un peu partout: Télé-plus, TV Hebdo, 7 Jours, etc. Dans le monde francophone canadien, il n’y a pas un guide télévisé qui ne les utilise pas.
L’Office publie aussi le bulletin «Film à l’écran». Les abonnés sont surtout des professionnels. Ces feuillets font l’objet d’un répertoire annuel diffusé depuis plus de 40 ans.
L’équipe ne donne aucune appréciation d’ordre moral. Elle indiquera, cependant, une production qui contient des scènes de violence gratuite.
«Autrefois, il y avait des critères artistiques mais c’était secondaire. C’était des prêtres qui jugeaient les films selon les valeurs chrétiennes et la morale de l’époque. Depuis le début des années ’70, la procédure est différente», conclut Christian Depoorter.
(Reportage de Benoit Voyer)
POLITIQUE : Alexander Mackenzie
Par Benoit Voyer
3 novembre 2026
Alexander Mackenzie est né en Écosse en 1822. Avant son entrée en politique, il s’est établi à Sarnia, une petite ville d'environ 3 000 habitants. Le lieu est stratégique. Sarnia est située sur la rivière Sainte-Claire, à la frontière avec les États-Unis, face à Port Huron au Michigan. La ville de Détroit, qui n’est pas très loin sur le plan géographique, comptait à cette époque près de 80 000 habitants.
En 1867, lors du premier scrutin dans le nouveau Canada, il est élu député Parti libéral pour la circonscription de Lambton, où est situé Sarnia. En 1882, il deviendra député de la circonscription d’East York.
Mackenzie dirige le Canada de novembre 1873 à octobre 1878. Il succède à John A. Macdonald à la suite du scandale du Pacifique. Réformateur intègre, il instaure notamment le vote secret lors des élections fédérales, crée la Cour suprême du Canada en 1875 et encourage l'édification d'institutions nationales. Son gouvernement est cependant affaibli par une grave récession économique, ce qui permet le retour de Macdonald en 1878. Mackenzie décède le 17 avril 1892. Il repose dans le cimetière Lakeview, à Sarnia.
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| cimetière Lakeview, à Sarnia |
Alexander Mackenzie nous laisse un profond héritage. À une époque où la confiance envers les institutions est souvent ébranlée, il rappelle que la crédibilité d'un gouvernement repose d'abord sur l'intégrité de ses dirigeants. Son intégrité personnelle, son respect des institutions et sa volonté de renforcer l’État de droit demeurent des références pour répondre aux défis actuels liés à l'éthique publique, à la transparence gouvernementale et à la restauration de la confiance des citoyens.
NEUROSCIENCES : De l’espoir dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer
Deux avancées ouvrent de nouvelles perspectives dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer : des traitements capables d’en ralentir l’évolution et des analyses de sang qui pourraient faciliter son diagnostic précoce.
Du côté des traitements, deux biothérapies ont reçu une autorisation de mise sur le marché en Europe, selon un état des lieux présenté par des experts et rapporté dans Le Figaro, le 28 février 2026. Elles modifient l’évolution de la maladie, sans toutefois la guérir.
Les spécialistes soulignent aussi l’apport attendu des biomarqueurs sanguins pour identifier plus tôt les patients. Un diagnostic précoce permet de mettre en place plus rapidement une prise en charge adaptée, avec l’objectif de préserver leur autonomie et leur qualité de vie. (Benoit Voyer, 3 novembre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Un Dieu pas si abstrait que ça
Benoit Voyer
3 novembre 2026
Quelque chose de divin se manifeste ici-bas chaque fois que nous choisissons d’aimer.
Cette affirmation me rappelle ce qu’écrivait Christian Lépine dans son livre « Créés pour êtres aimés » (Médiaspaul, 2012) : « Il pourrait descendre dans le monde sans passer par notre amour, mais il veut avoir besoin de notre don. Et ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que notre amour, si humble, si fragile, Dieu veut bien s’en servir comme matériau pour construire son Royaume éternel qui est déjà commencé dans l’histoire. Avoir la foi, c’est aussi croire que nous sommes appelés à une vocation d’amour, que Dieu nous rend capables d’aimer et que par l’amour, nous transformons le monde. »
À cette « vocation d’amour », chacun est convié. Mais nous sommes absorbés par le quotidien de la vie. On se saoule de 1001 activités jusqu’à ne plus entendre. On fait la sourde oreille.
Pourtant, à travers le quotidien de la vie, Dieu invite encore et toujours. Il attend patiemment notre réponse.
Hier, il est passé par un collègue de travail : « Ça serait cool qu’on aille prendre un café ».
Avant-hier, dans notre unité de psychiatrie, lorsque j’ai demandé à cette vieille dame « Pourquoi criez-vous comme ça ?» c’était probablement lui qui répondait tristement « parce que j’ai besoin d’amour… »
Il y a une trentaine de minutes, une image m’est revenue… C’était probablement encore lui qui, à travers le souvenir de ma mère qui prenait le temps de m’apprendre à prier lorsque j’étais un bambin, me rappelait à quel point ces instants de prière m’apaisaient et combien lui et moi étions bien ensemble.
L’amour chrétien ne reste pas abstrait. Il prend chair dans la manière dont nous accueillons les autres et dont nous accueillons Dieu.
Le Royaume, qui semble un peu abstrait, n’est peut-être pas si loin de moi ; il commence chaque fois que je choisis d’aimer.
Savons-nous encore reconnaître l’invitation que Dieu nous fait ?
POINT DE VUE CATHOLIQUE : Visite au cimetière
POINT DE VUE CATHOLIQUE : Messe à Saint-Jean-sur-Richelieu
POINT DE VUE CATHOLIQUE : Le dégoût des égouts
Par Benoit Voyer
3 novembre 2026
Le 14 août 2017, à Chiclayo, au Pérou, Mgr Robert Prevost, évêque catholique de la région, devenu depuis ce temps le pape Léon XIV, exprime publiquement son mécontentement devant l'état lamentable des égouts de sa ville. Il dénonce l'inaction des responsables du réseau d'assainissement.
Sa dénonciation est justifiée parce que depuis plusieurs semaines, les travaux sont abandonnés sur la rue Elías Aguirre, près de la cathédrale Sainte-Marie. Les eaux usées s'accumulent. Les mauvaises odeurs et les risques sanitaires exaspèrent la population.
Le problème ne date pas d'hier. Le 4 juillet 2017, le quotidien Correo rapporte que la chaussée s'est affaissée près de la cathédrale.
Après des semaines et de semaines d’inaction, on finit par savoir que les conduites du centre-ville ont plus de 75 ans, qu’il y a un manque d'équipement et qu’on rencontre des difficultés administratives.
Un mois plus tard, le 3 août, la radio locale rapporte un autre débordement au marché central de Chiclayo. Les eaux contaminées envahissent plusieurs allées. Plusieurs commerçants doivent fermer leurs boutiques. D'autres paient de leur poche pour des travaux sanitaires.
En intervenant, on découvre la cause de l’obstruction : des amas de graisse, des sacs de plastique et des déchets alimentaires s’accumulent dans les canalisations.
Robert Prevost finit par perdre patience. Le 14 août, à la radio, l'évêque ne cache pas son indignation : « Comment est-il possible qu'en 2017, nous soyons encore dans une situation aussi désagréable et dangereuse en plein centre-ville, comme si notre ville n'avait aucune importance ? »
Il déplore cette situation qui affecte la population et l'image de Chiclayo. Il s'inquiète des risques de contagion dans la population. Il demande aux autorités d'intervenir rapidement. Le 21 août, des travaux de réparation sont entrepris dans la rue Elías Aguirre.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Avent 1995
«Promesse de Dieu, espoir du monde» sera le thème proposé aux catholiques francophones du Canada à l’occasion de l’Avent 1995 qui débutera le 3 décembre prochain.
Au fil des dimanches, les fidèles qui participent aux célébrations dominicales réfléchiront sur les thèmes «Une lumière dans la nuit» (1er dimanche), «Une voix dans le désert», «Une terre de libération» et «Un signe qui change tout». «L’enfant de la promesse» marquera la messe de Noël.
«La thématique de l’Avent 1995 explique le document d’introduction préparé par Vie Liturgique, comporte deux pôles: l’espoir et la promesse. Nous insistons cependant davantage sur celui de la promesse afin de donner à l’Avent de cette année sa couleur propre. Il s’agit, en fait, d’éviter de développer une thématique trop proche de celle de l’an passé qui s’intitulait “Dans l’espérance”. Cela ne signifie pas cependant que l’espérance est évacuée de la thématique. Mais elle est toujours traitée en rapport avec la promesse sur laquelle repose l’espoir du monde».
Par ces jours de préparation à Noël, les croyants sont invités à vivre dans l’attente en priant.
La célébration de Noël n’est pas la principale fête des chrétiens. C’est l’événement de Pâques qui est leur raison d’être. Toutefois, la naissance du Christ, placée au second plan, rappelle l’accomplissement de la promesse de libération de Dieu faite par la bouche des prophètes de l’Ancien Testament. (Benoit Voyer)
MUSIQUE : David Jalbert, pianiste
Par Benoit Voyer
2 novembre 2026
Né le 3 novembre 1977 à Rimouski, David Jalbert est un pianiste classique remarquable.
Il commence à jouer du piano, sous les encouragements de son père, à l’âge de quatre ans.
À neuf ans, il entre au Conservatoire de musique de Rimouski. Il étudie pendant une dizaine d’années avec sœur Pauline Charron. Musicienne et pédagogue connue d’un bout à l’autre du Canada, cette religieuse, membre de la communauté Notre-Dame du Saint-Rosaire, fondée par la bienheureuse Élisabeth Turgeon, a formé des centaines de pianistes et d'organistes. Au nombre de ses élèves figure notamment l’organiste Gilles Rioux, qui a longtemps été titulaire des orgues de la basilique Notre-Dame-du-Cap, à Trois-Rivières.
En 1997, David Jalbert obtient un baccalauréat du Conservatoire de musique du Québec. À l’aide d’une bourse du Fonds canadien d’aide à la recherche (FCAR), il poursuit sa formation musicale à la maîtrise en interprétation à l’Université de Montréal. Il reçoit son diplôme deux ans plus tard. La même année, il reçoit la médaille d’or du Gouverneur général pour ses résultats académiques.
Le 12 septembre 2025, dans un troisième album d’une série consacrée à l’intégrale des sonates pour piano de Sergueï Prokofiev, il nous a offert une magnifique interprétation de la sonate nᵒ 8.
NEUROSCIENCES : Le cerveau, un réseau routier en constante évolution
Par Benoit Voyer
2 novembre 2026
Dans le cerveau humain se trouve tout un réseau de circuits neuronaux. Pour faire une image simple, c’est comme s’il existait en soi un complexe réseau routier. Les neurones sont un peu comme des villes et les fibres de la substance blanche comme des routes qui permettent de voyager d’une municipalité à l’autre. Au fil des ans, ce réseau routier change. Des chemins deviennent moins importants ou moins efficaces, d’autres se renforcent au point de devenir de véritables autoroutes, c’est-à-dire deviennent plus efficaces.
Ainsi l’organisation des connexions cérébrales traverse quatre phases de « recâblage » et de « recalibrage » au cours de l’existence. Cela survient autour de 9, 32, 66 et 83 ans. Bien entendu, ce sont des moyennes et cela ne veut pas dire qu’on perd de l’intelligence en vieillissant. C’est juste que le cerveau fonctionne différemment selon les âges de la vie.
Ce phénomène a été mesuré pour la première fois dans une étude réalisée par des neuroscientifiques de l’université de Cambridge (Royaume-Uni). Les résultats ont été publiés dans Nature Communications et repris dans le magazine Sciences et Avenir du 22 janvier 2026.
Les chercheurs ont analysé les données d’IRM de plus de 3 800 personnes. Par la suite, ils ont généré des cartes multicolores représentant les faisceaux de connexions entre les neurones constituant la substance blanche. C’est ainsi que sont apparus des points de bascule.
On a observé que, vers l’âge de neuf ans, passée la première phase de croissance et de stabilisation du cerveau, les réseaux neuronaux entrent dans une période où leur efficacité augmente progressivement. Cette efficacité atteint un sommet au début de la trentaine. Puis, de 32 à 66 ans, le cerveau connaît une longue phase de stabilisation de son architecture avec une plus grande spécialisation de ses différentes zones.
Enfin, les deux dernières phases sont marquées par une diminution de la plasticité des réseaux cérébraux et par un déclin plus marqué de la connectivité à partir de 83 ans.
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Chacun est important
Par Benoit Voyer
2 novembre 2026
Chacun de nous a parfois l’impression de nous perdre nous-mêmes, de perdre un être cher ou de voir une vie disparaître dans les méandres de la mort.
Jésus nous enseigne qu’aux yeux de Dieu, personne n’est destiné à être perdu. Il ne veut perdre personne. À ses yeux, chacun est important.
Dieu demeure celui qui accueille, qui garde et qui promet de relever.
POINT DE VUE CATHOLIQUE : Le futur pape avait les deux pieds dans la boue
Par Benoit Voyer
2 novembre 2026
Le 17 mars 2017, à Illimo, le leader catholique de la place enfile ses bottes de caoutchouc afin d’aider les victimes de graves inondations survenues dans la région.
Ce jour-là, Mgr Robert Francis Prevost, devenu le pape Léon XIV, se rend dans cette localité située à une heure de Chiclayo, au nord du Pérou, dont il est devenu évêque en 2015.
Depuis plusieurs semaines, le phénomène climatique El Niño provoque de fortes pluies. La rivière La Leche déborde. Les eaux envahissent les rues, les maisons et les terres agricoles. Des centaines de familles perdent leurs biens, leurs récoltes et leurs animaux.
À Íllimo, certaines familles trouvent refuge dans les écoles. D'autres s'installent sous des tentes sur la place principale. L'eau potable et la nourriture manquent.
Sur le terrain
À la tête du diocèse de Chiclayo, Mgr Prevost mobilise les ressources de Cáritas et demande de l'aide aux entreprises pour soutenir les sinistrés.
Mais il ne se contente pas d'organiser les secours. Il participe lui-même à la distribution de la nourriture et du matériel. Il monte dans les camionnettes, transporte des colis et rencontre les familles.
Le 11 juin 2025, Janinna Sesa Córdova, alors directrice de Cáritas Chiclayo, a raconté ses souvenirs du jour à l'agence ACI Prensa. Elle se souvient que les collaborateurs de l'évêque ont tenté à plusieurs occasions de dissuader Mgr Robert Francis Prevost de transporter lui-même les colis. Mais il leur répond : « Je suis ici pour aider, pour servir. »
Le père Luis Santa María, alors responsable de la paroisse Saint-Jean-Baptiste d'Íllimo, conserve également des souvenirs de cette époque. Dans un reportage publié en 2025 par l'Université de Navarre, en Espagne, il présente une photographie montrant Mgr Prevost, pantalon retroussé et bottes de caoutchouc aux pieds.
Le prêtre raconte que son évêque prenait le temps de rencontrer les sinistrés, de les écouter et de les réconforter.
Les photographies d'archives du 17 mars 2017 confirment d'ailleurs la présence du futur pape auprès des victimes des inondations.
Six ans plus tard, Mgr Robert Francis Prevost remet ses bottes…
En mars 2023, une nouvelle catastrophe frappe le nord du Pérou. Cette fois, le cyclone Yaku provoque d'importantes inondations dans la région de Lambayeque.
Mgr Prevost vient d'être nommé préfet du Dicastère pour les évêques, au Vatican. Son départ approche.
Malgré tout, il retourne auprès des sinistrés. Il parcourt les secteurs inondés, distribue des secours et participe à la campagne humanitaire Perú da la mano, destinée aux familles touchées.
Des photographies d’archives le montrent debout dans l'eau boueuse, avec ses bottes noires, sa chemise blanche et sa croix pectorale. Ces images feront le tour du monde après son élection comme pape, le 8 mai 2025.
En mars 2023, personne ne sait encore que cet évêque deviendra un jour le successeur de Pierre.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Quand le Vatican enquête
Eugène de Mazenod a dû passer au tribunal de l’Église avant d’être déclaré «candidat à la canonisation». Le père Yvon Beaudoin o.m.i., le «columbo» de la cause des saints au Vatican, en sait quelque chose. Chaque jour, il se rend à son bureau de la cité du pape pour rédiger des centaines et centaines de pages de rapports qui sont ensuite présentés à un comité de cardinaux.
«Le diocèse qui présente la cause doit recueillir toute la documentation possible qui nous permette d’écrire une biographie critico-historique pour connaître cette personne dans les minimes détails de sa naissance jusqu’à sa mort», explique le père Beaudoin, un Oblat de Marie Immaculée originaire de Shawinigan. Celle-ci sera plus ou moins grosse selon les problèmes rencontrés. Elle aura de 500 à 1000 pages.
Une fois cette étape franchie, il s’attarde à la dimension théologique. Ce travail consiste à démontrer que le candidat a vécu l’évangile d’une façon héroïque, c’est-à-dire au-dessus du commun des fidèles.
Quelques années plus tard, des historiens et des théologiens regardent si le travail a été bien réalisé.
S’il n’y a pas eu d’obstacles sur la route, un comité de 15 cardinaux scrute le dossier et le recommande au pape.
Entre le début et la fin du processus, près d’une quinzaine d’années se seront écoulées. C’est à ce moment que le souverain pontife donne au candidat le titre de «vénérable».
Ainsi nommé, le peuple est assuré que ce personnage est un intercesseur auprès de Dieu. Néanmoins, le vénérable doit se contenter de la ferveur privée.
Pour devenir un «bienheureux», il faudra qu’il accomplisse un miracle certifié par la médecine, sauf pour un martyr.
«Il nous faut une preuve assurée qu’il est au ciel. C’est pour cela que l’Église exige un miracle», dit Yvon Beaudoin. Le bienheureux devra en accomplir un second pour être canonisé. Dans le cas d’un martyr, il en faudra seulement un.
Dans le cas d’Eugène de Mazenod, il lui a fallu 30 ans pour être béatifié et 20 autres pour la canonisation. Dans plusieurs cas, il faudra des centaines d’années avant de devenir «bienheureux» ou «saint».
Le titre de «bienheureux» permettra à un diocèse ou une région précise ou une congrégation religieuse de vouer un culte public au personnage. La canonisation propose celui-ci comme modèle à l’Église universelle. Il aura une place particulière au calendrier liturgique. St-Eugène de Mazenod sera fêté le 21 mai de chaque année.
L’avocat du diable?
Autrefois, toute la documentation qui arrivait au Vatican était examinée par l’avocat de la cause qui démontrait l’héroïcité des vertus et il y avait le promoteur de la foi ou vulgairement appelé «l’avocat du diable» qui cherchait dans cette littérature ce qui était négatif. À trois reprises, le candidat était «jugé», explique le père Yvon Beaudoin.
Il poursuit: «Depuis 1983, ce sont des historiens qui font un exposé objectif et, moi c’est mon rôle, nous pouvons arrêter une cause en disant qu’il est impossible de répondre à certaines difficultés, à certaines objections».
Cérémonie de canonisation
La cérémonie de canonisation du fondateur des Oblats de Marie Immaculée qui sera célébrée le 3 décembre par Jean-Paul II se déroulera pendant une messe.
Après l’évangile, le cardinal préfet de la congrégation de la cause des saints demandera au pape de canoniser Mgr de Mazenod en rappelant sa vie. À ce moment, le pape fera une déclaration officielle qui existe depuis le Moyen Âge.
«Après avoir intercédé auprès de St-Pierre et St-Paul et de tous les saints et déclaré que l’on peut le vénérer dans toute l’Église, dit le québécois septuagénaire, le rideau devant sa peinture tombera et nous chanterons un Te deum solennel. Enfin, le pape fera son homélie et la célébration se poursuivra».
Eugène de Mazenod sera le seul à être canonisé cette journée-là. Puisque c’est un évêque, le premier de France depuis 4 siècles, le Vatican veut souligner cela d’une façon particulière.
Il ne pouvait y avoir un meilleur moment puisque cette journée est le 1er dimanche de l’Avent, de la première année du cycle liturgique de trois ans dans une période où les chrétiens sont interpellés par l’évangile à partager avec les pauvres dans l’attente du jour de Noël.
Les Oblats de Marie Immaculée ont justement été fondés pour les pauvres, «les pauvres aux multiples visages», comme le mentionnent leurs Constitutions. À cette époque, la France venait de traverser la Révolution française qui avait laissé derrière elle une Église dévastée. Eugène de Mazenod se donnera corps et âme au service de l’Église pour «ramener la foi prête à s’éteindre dans le cœur d’un grand nombre de ses enfants» (Préface des Constitutions).
Une célébration d’Action de grâce à l’occasion de la canonisation d’Eugène de Mazenod aura lieu le 3 décembre de 15h à 15h45 au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Il s’agit d’une célébration de la Parole. La cérémonie du 1er dimanche de l’Avent suivra à 16h.
(Reportage de Benoit Voyer)
PLAN NORD : Il y a une urgence d’occuper le territoire du Nord québécois
Par Benoit Voyer
1er novembre 2026
Sur la Côte-Nord, la population a diminué d’environ 11 % en 25 ans. D’ici 2051, les projections démographiques sont inquiétantes.
La région se vide. Il y a d’abord la migration des jeunes vers les grandes villes en vue d’y poursuivre des études postsecondaires. À cela s’ajoute le départ des aînés qui cherchent à se rapprocher des lieux où se donnent des soins de santé adaptés à leur réalité.
Cette dévitalisation préoccupe la Société du Plan Nord (SPN), créée en 2015, à la suite de la réflexion amorcée en 2008 sous le gouvernement de Jean Charest. Initialement, la réflexion sur le Plan Nord reposait sur un postulat économique, c’est-à-dire qu’on souhaitait mettre en valeur les ressources naturelles du territoire et créer de la richesse.
En cours de route, devant la réalité populationnelle, l’occupation et la vitalité du territoire sont devenues un fil directeur des interventions.
Dans un article paru dans Le Nord-Côtier, le 24 avril 2026, le journaliste Manuel Paradis explique que la SPN souhaite favoriser la formation directement dans les régions nordiques, notamment dans les domaines liés aux besoins de l’industrie locale, comme le transport ferroviaire. Ainsi, l’objectif est de tenter de garder les jeunes sur le territoire en leur permettant d’y étudier, d’y travailler et de s’y établir plutôt que de quitter le Nord.
PSYCHOLOGIE : L'empathie
Dans son livre Nueva Vida [1], Florence K. explique ce qu’est l’empathie : « Il y aurait en fait trois types d’empathie : l’empathie cognitive, définie par l’habileté à reconnaître et à comprendre de manière rationnelle un état émotionnel; l’empathie émotionnelle, soit l’habilité à émettre une réponse émotionnelle cohérente avec l’état émotionnel d’autrui; et l’empathie motrice, qui désigne l’action de refléter automatiquement et inconsciemment les expressions faciales d’autrui. L’observation d’une expression émotionnelle chez quelqu’un d’autre active d’abord certains circuits neuronaux, de telle sorte que l’émotion de l’autre fait écho en nous-mêmes (empathie émotionnelle), facilitant notre reconnaissance et notre compréhension rationnelle de cette émotion (empathie cognitive). »
Cette capacité prend tout son sens lorsque la personne peut mettre des mots sur ce qu’elle vit. Comme l’écrivait le frère Marie-Victorin [2] : « On soulage ses maux en les racontant. »
Mais être empathique ne veut pas dire s’effacer soi-même. La rencontre véritable suppose d’être authentique. Claude Ryan me le rappelait ainsi [3] : « ma façon de respecter l’autre est de lui dire qui je suis, et non pas de taire qui je suis sous prétexte de ne pas le déranger! »
L’empathie consiste donc à accueillir l’autre dans ce qu’il vit, à lui permettre de l’exprimer, tout en restant soi-même dans la relation. (Benoit Voyer, 1er novembre 2026)
____________________
[1] Florence K. « Nueva Vida », Libre Expression, 2021, pp. 38 et 39 (BANQ 927.862165K111n 2021)
[2] Frère Marie-Victorin, lettre à Marcelle Gauvreau, 20 février 1937.
[3] Benoit Voyer. « Un géant nommé Claude Ryan (2) », Huffington Post, 27 février 2016. https://www.huffpost.com/archive/qc/entry/un-geant-nomme-claude-ryan-2_b_9292464
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Le bonheur
Par Benoit Voyer
1er novembre 2026
Le World Happiness Report, qui est publié chaque année, tente de mesurer ce qui rend les sociétés plus heureuses. On finit toujours un peu par nous dire que le bonheur ne se construit pas dans l’isolement. Il se retrouve surtout dans les relations, la confiance, le sentiment d’appartenance et la capacité de se sentir utile aux autres. Ce constat n’est pas étonnant : les humains sont des êtres profondément sociaux.
Cela rejoint les célèbres béatitudes de Jésus (cf. Mt 5, 1-12). Dans son évangile, écrit à l’origine en grec koinè, Matthieu utilise le mot « Makarioi » qu’on traduit traditionnellement par « heureux » ou « bienheureux ». Malheureusement, la traduction française est bien fade. Elle ne donne pas le sens profond de « Makarioi ». Celui-ci va beaucoup plus loin qu’un simple sentiment de satisfaction. Il désigne en fait une personne qui se trouve dans une condition nouvelle, sous un regard de bénédiction, et qui est appelée à vivre autrement.
Des traducteurs de notre époque proposent la formulation « debout ! » au lieu de « heureux » ou « bienheureux ». Cela transporte ailleurs…
« Jésus disait :
Debout, toi le pauvre de cœur,
car le royaume des Cieux est à toi.
Debout, toi qui pleure,
car tu seras consolé.
Debout, toi le doux,
car tu recevras la terre en héritage.
Debout, toi qui as faim et soif de la justice,
car tu seras rassasié.
Debout, toi le miséricordieux,
car on te fera miséricorde.
Debout, toi le cœur pur,
car tu verras Dieu.
Debout, toi l’artisan de paix,
car tu seras appelé fils de Dieu.
Debout, toi que l’on persécute pour la justice,
car le bonheur éternel est à toi.
Debout, toi que l’on insulte,
si l’on te persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre toi,
à cause de moi. »
Cette traduction ne parle pas seulement d’une récompense future dans une autre dimension abstraite. Elle permet d’entendre l’appel de Jésus à ne pas demeurer enfermé dans la souffrance, dans la solitude ou le découragement. Dieu relève, transforme et met en marche.
Les huit béatitudes de Jésus sont une manière d’habiter le monde et d’entrer en relation avec les autres.
Le bonheur n’est donc pas seulement dans les catégories du World Happiness Report. Le bonheur, selon Jésus, naît d’une transformation du cœur qui change notre manière d’aimer, de servir et de vivre avec les autres.
Rodhain Kasuba écrivait : « Il semble que nous oublions parfois le sens des béatitudes. Elles nous rappellent que le message de Jésus est résolument provocateur ».[1]
« Pour devenir de véritables pauvres, il faut commencer par apporter une grande attention aux petites choses »[2], écrivait sainte Marie-Léonie Paradis, de Sherbrooke.
Jésus nous amène inévitablement à voir autrement. Pour reprendre Daniel-Ange : « À force d'avoir tout vu, est-ce que je sais encore regarder ? »[3]
[1] Rodhain Kasuba. « Un chemin de bonheur », Prions en Église, 1er février 2026, p. 35.
[2] Marie-Léonie Paradis. Chaque jour avec…, Centre Marie-Léonie Paradis, 2012.
[3] La citation exacte est : « À force d'avoir tout vu, savais-je encore regarder ? » Cf. Daniel-Ange. Le pâtre blessé, Fayard, 1998.





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