VISION CATHOLIQUE: La bienheureuse Marie-Anne Blondin

Marie-Anne repose dans la cathédrale de Saint-Jérôme
La bienheureuse Marie-Anne Blondin

Par Benoit Voyer
17 avril 2026

Le 18 avril 1809, à Terrebonne, naît Marie-Esther Blondin, fille de Jean-Baptiste Sureau dit Blondin, un agriculteur, et de Marie-Rose Limoges. Elle est la troisième d’une famille de douze.

Elle vient d’un milieu pauvre et sa jeunesse est marquée par des deuils et des épreuves. Comme bien des enfants francophones du Canada, elle est analphabète. Toute sa vie son manque d’éducation sera une souffrance pour elle.

Jeune adulte, elle fera la connaissance de la Congrégation Notre-Dame, fondée par sainte Marguerite Bourgeois. Elle assiste à leur arrivée à Terrebonne et deviendra domestique au couvent. Les sœurs en profiteront pour lui apprendre à lire et à écrire.

À 22 ans, elle devient étudiante et novice à la Congrégation. On lui donne le nom de sœur Sainte-Christine. À cause de sa santé, on la renvoie. Esther vivra une grande tristesse.

À 33 ans, Suzanne Pineault l’invite à se joindre à elle pour enseigner aux enfants. Ainsi, elle devient institutrice à l’école paroissiale de Vaudreuil. En peu de temps, Esther deviendra la directrice de l’établissement qu’on nommera l’Académie Blondin. En plus d’instruire les petits, elle forme des jeunes filles afin qu’elles deviennent enseignantes pour les écoles rurales.

En 1848, Esther parle à l’abbé Paul-Loup Archambault [1], le curé de Vaudreuil, de son rêve de fonder une communauté religieuse pour l’éducation des enfants pauvres. Il la soutient dans ses démarches, mais lui dit : ma fille, « attendez-vous à beaucoup souffrir. » Au printemps, l’évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget, encourage l’initiative, malgré quelques réserves.

Le 8 septembre 1850, Mgr Ignace Bourget officialise la fondation des Filles de Sainte-Anne. Esther devient sœur Marie-Anne et la première supérieure. Malgré la pauvreté de la communauté, les premières années seront tout de même heureuses.

En avril 1853, à Vaudreuil, des notables s’opposent à la construction d’un couvent sur le terrain de la fabrique. À cause de l’expansion rapide de la nouvelle communauté, celui-ci est devenu un incontournable. Cette décision oblige les sœurs à quitter le patelin durant l’été. Trois religieuses demeurent en poste à Vaudreuil. Le choc est brutal pour l’abbé Paul-Loup Archambault. Les Sœurs de Sainte-Anne s’établissent à Saint-Jacques-de-l'Achigan.

Nommé aumônier, l’abbé Louis-Adolphe Maréchal [2], 29 ans, fait la vie dure à la supérieure. Il ne cesse de la dénigrer auprès de Mgr Bourget et des religieuses. De plus, il s’immisce dans les décisions de la communauté pour imposer sa vision des choses.

En août 1854, afin de régler le conflit, Mgr Ignace Bourget demande à Marie-Anne Blondin de « se déposer et de ne plus accepter le mandat de supérieure si ses sœurs veulent la réélire. »

Le jeune aumônier ne lâche pas le morceau. Devenue directrice au couvent de Sainte-Geneviève, il colporte qu’elle administre mal l’institution. En 1858, Mgr Bourget la ramène à la maison mère, avec la consigne de « prendre les moyens pour qu'elle ne nuise à personne ».

Elle sera affectée à d’humbles tâches à la buanderie, au sous-sol de la maison mère de Lachine. Ne gardant aucune rancune, elle y passe ses journées loin de l’administration de la communauté qu’elle a fondée. Elle dira souvent qu'il y a « plus de bonheur à pardonner qu'à se venger. »

Dans les premières heures de 1890, Marie-Anne Blondin, 80 ans, sachant qu’il lui reste peu de temps à vivre, demandera à sa supérieure de faire venir à son chevet l'abbé Maréchal, « pour l'édification des sœurs ».

Marie-Anne Blondin décède le 2 janvier 1890, à Lachine.

Le 29 avril 2001, sur la Place Saint-Pierre, au Vatican, Jean-Paul II la déclare bienheureuse. À son sujet, Paul-André Comeau me dira : The Globe and Mail, « est le seul quotidien national qui a joué à la une la béatification de la fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne. Cette équipe a jugé que cela est un événement de société qui interpelle. Une femme qui, en 1850, fonde une communauté religieuse et qui dira à Mgr Bourget que dans les écoles de campagne il faut qu’il y ait des écoles mixtes par qu’il n’y a pas assez de monde... Il faut le faire ! C’était audacieux pour l’époque ! »[3]

L’Église catholique du Canada souligne sa mémoire le 18 avril de chaque année.

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[1] Louis Rousseau, « ARCHAMBAULT, PAUL-LOUP (baptisé Paul) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003. https://www.biographi.ca/fr/bio/archambault_paul_loup_8F.html
[2] Louis Rousseau, « MARÉCHAL, LOUIS-DELPHIS-ADOLPHE (baptisé Louis-Delphis) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003, https://www.biographi.ca/fr/bio/marechal_louis_delphis_adolphe_12F.html
[3] Cf. Benoit Voyer. « Paul-André Comeau », Revue Sainte-Anne, septembre 2001, page 343. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/01/le-present-du-passe-paul-andre-comeau.html Article republié dans : Benoit Voyer. Les Témoins de l’essentiel, Éditions Logiques, 2005, p. 75. BANQ 204.4 V975t 2005.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Du nouveau à l'Office des communications sociales

Du nouveau à l'Office des communications sociales

« Nous sommes ceux qui feront qu'il y ait des valeurs dans les médias. Il faut savoir se lever pour présenter les valeurs que nous portons. » C'est avec ces mots que l'abbé Jean-Guy Dubuc, président du Centre éducatif en communications sociales (CECS), a introduit un « 5 à 7 » spécial, le 25 novembre 1998, à l'hôtel le Westin Mont-Royal à Montréal, devant environ 150 artisans du monde des médias.

Connu sous le nom de « Office des communications sociales » (OCS), le CECS a divulgué – par le biais de son directeur général, Bertrand Ouellet – la création d'une nouvelle sous-division de son organisme qui sera maintenant appelée « Communications et société » Celle-ci s'ajoute à l'agence Médiafilm, créée en 1996.

Il fut également annoncé que le « Prix Cinéma de L'OCS » portera maintenant le nom de « Prix Robert-Claude Bérubé de Communications et Société » en mémoire de ce prêtre de Saint-Sulpice qui a marqué toute une génération de cinéphiles. Les fameuses cotes artistiques des films – de 1 – chef-d’œuvre à 7 – minable – diffusées dans les télé-horaires viennent de lui. Le père Bérubé était une encyclopédie vivante du cinéma. La prochaine remise des prix aura lieu dans le cadre d'un colloque national, le 12 mai 1999, et sera présidée par le nouvelliste Pierre Bruneau de TVA.

Le CECS a été incorporé légalement en 1975. Autrefois, il portait le nom de Centre catholique national du cinéma et de la télévision. Ce centre a été fondé par l'épiscopat canadien en 1957.

Benoit Voyer

(Revue Sainte-Anne, février 1999, p. 87)

16 avril 2026

VISION CATHOLIQUE: Tekakwitha, la sainte Catherine de Kahnawake

Tekakwitha, la sainte Catherine de Kahnawake

Par Benoit Voyer

16 avril 2026

En 1656, à Ossernenon, petit hameau qui s’appelle de nos jours Auriesville, dans l’État de New York, naît Tekakwitha. Ce prénom veut dire « celle qui met les choses en ordre ». Cette année-là, son père est chef mohawk.

Sa mère est de la lignée du peuple algonquin. Elle fait partie du clan de la « Tortue » ou de la famille de la longue maison. Elle est baptisée dans la tradition catholique.

À l’âge de quatre ans, Tekakwitha contracte la variole, une maladie européenne. Elle survit à la pandémie, mais son corps en gardera des traces toute sa vie. En revanche, le virus ravage sa communauté, dont ses parents et son frère cadet.

Son visage est marqué par des cicatrices permanentes et elle deviendra quasi aveugle. Toute sa vie, elle devra tendre ses mains devant elle pour naviguer son chemin et se protéger contre les blessures.

À la suite de la pandémie, sa communauté se déplace de l'autre côté de la rivière à Caughnawaga, patelin devenu Fonda. Tekakwitha grandit chez sa tante et son oncle.

Comme les autres filles, elle aide à préparer les repas, cueille des baies dans les bois, confectionne des paniers et enfile des perles et du wampum.

À 11 ans, Tekakwitha rencontre pour la première fois un missionnaire jésuite. Le père James de Lamberville est de passage dans leur maison. Le jésuite deviendra son confident. En bavardant avec lui, elle apprend à connaître la foi chrétienne de sa mère. D’une rencontre à l’autre, elle finit par demander le baptême. Elle portera maintenant le prénom de Catherine.

Sa famille n’est pas en accord avec la christianisation des Amérindiens. Elle lui fera la vie dure.

En 1677, craignant pour sa sécurité, elle embarque à bord d’un canot avec un missionnaire catholique laïc amérindien. Ils font un long voyage. Ils traversent ce qui deviendra le lac Champlain et remontent la rivière Richelieu jusqu’à la mission catholique Saint-François-Xavier, à La Prairie, sur la rive sud du Saint-Laurent. À cet endroit, elle pourra vivre sans contrainte sa foi chrétienne.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: 25ᵉ anniversaire de pontificat du pape

25ᵉ anniversaire de pontificat du pape

LONGUEUIL – Mgr Jacques Bethelet, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) et évêque de Saint-Jean-Longueuil, a participé au 25ᵉ anniversaire de pontificat de Jean-Paul II, en octobre. Il a profité de son séjour pour être présent à un congrès de cardinaux. « Contrairement à ce que certains pensent, il [le pape] n'est pas autoritaire. [...] Le spectacle de sa maladie montre sa grande humanité [...] pleine de souffrance », a-t-il confié au journaliste Mathieu Perrault du quotidien La Presse, qui l'a rencontré à l'hôtel Santa Maria, à proximité du Vatican.

Plusieurs évêques du Canada étaient sur place pour les festivités, dont la cérémonie d'élévation au cardinalat de 31 évêques et la béatification de Mère Teresa de Calcutta : Le cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal ; le cardinal Aloysius Ambrozic, archevêque de Toronto ; le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec ; Mgr Jacques Berthelet, C.S.V., évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) ; Mgr Brendan O'Brien, archevêque de Saint-Jean, Terre-Neuve ; Mgr Joseph Khoury, évêque éparchial des Maronites au Canada ; Mgr Luc Cyr, évêque de Valleyfield ; Mgr Robert Harris, évêque auxiliaire à Sault Ste-Marie, en Ontario ; et Mgr Anthony Mancini, évêque auxiliaire à Montréal.

Dans une lettre envoyée au pape pour le féliciter de ce jubilé, Mgr Jacques Berthelet écrit : « L'Église qui est au Canada est fière de ses racines chrétiennes et souhaite, en dépit des temps troublés qu'elle traverse, s'engager résolument vers cette nouvelle évangélisation que nous propose votre cour de Pasteur. »

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, janvier 2004, p. 18)

15 avril 2026

VISION CATHOLIQUE: Esclave dans les camps de la mort

Esclave dans les camps de la mort

Par Benoit Voyer

15 avril 2026

Le 17 avril 1975, un génocide sans précédent débute au Cambodge. C’est la chute de Phnom Penh. Les sanguinaires Khmers rouges prennent le pouvoir.

Parmi les survivants figure Tran Lam. Pendant quatre ans, de 1975 à 1979, elle vit dans les camps de la mort. Son autobiographie « La Survivante – La guerre des autres »[1] est l’écho des sales atrocités qu’elle a vécues dans son pays.

Tran Lam a dix ans. Elle devient esclave. À plusieurs occasions, elle frôlera la mort.

Dans les camps, les « camps de la mort », elle est contrainte aux travaux forcés du lever au coucher du soleil et parfois même durant la nuit. Elle vit comme un animal quasi sauvage. La majorité du temps, elle urine dans ses pantalons et se soulage du reste sur le bord de la route des chantiers où elle doit travailler.

À 15 ans, elle trouve refuge au Canada. Elle doit réapprendre à vivre et à se comporter en société. D’ailleurs, à sa première visite au cabinet d’aisance, elle ne sait même pas où faire ses besoins et comment fonctionne une toilette. Elle doit refaire sa vie et apprend à vivre avec les séquelles des horribles moments vécus.

Dans son pays d’adoption, elle se convertit au christianisme. En 2002, lors de notre première rencontre [2], elle me racontait : « Lorsque je suis partie de chez Yanna, parce qu’elle m’a mise à la porte, je suis demeurée en parrainage dans une famille montréalaise. J’ai vécu chez une certaine dame Lacroix, pendant deux ans. J’ai été touchée par sa bonté. Elle allait à la messe et elle m’a appris à prier. C’est en la voyant vivre que j’ai décidé que je voulais mieux connaitre ce Jésus qu’elle aimait. Je lui ai demandé si je pouvais devenir catholique comme elle. J’ai donc demandé le baptême. Durant ma préparation, elle est décédée. Cette initiation au christianisme n’était pas facile pour moi, parce que je ne comprenais pas trop bien le français. Il y avait donc un interprète qui m’aidait. »

Une fois, parce qu’elle était en colère, elle a failli mettre un terme à sa démarche baptismale : « Quand est venu le temps du baptême, plusieurs personnes voulaient que je sois baptisée dans une église où on n’avait jamais vu un baptême d’adulte. Je n’aimais pas cette façon de faire. C’est pour cela que j’ai failli mettre un terme à ma démarche. De son côté, Monsieur Lacroix voulait que je sois baptisée à l’église Saint-Nom-de-Jésus, à Montréal, parce que les gens de cette paroisse m’ont aidée. Je trouvais qu’on se compliquait un peu trop la vie pour un baptême. Durant cette petite crise, j’ai regardé un film sur la vie de Jésus. Ah ! J’étais tellement choquée de l’attitude de Pierre. Il m’a amenée à m’intérioriser. Je me suis dit : “Je ne suis pas mieux que lui. Je suis en train de faire la même chose.” J’ai finalement accepté le baptême. Il a eu lieu à l’église Saint-Nom-de-Jésus, lors de la veillée pascale. »

Elle finit par quitter Montréal afin de s’établir à Waterville, dans la région de Sherbrooke : « Lors de ma formation, j’ai rencontré une sœur des Servantes du Sacré-Cœur-de-Marie. Elle m’a proposé d’aller à l’école. C’est pour cette raison que je suis partie de Montréal. » Son cursus scolaire la conduira jusqu’à l’université où elle fait des études en psychologie.

La foi chrétienne finit par occuper une place importante dans sa vie. Mais qui est Dieu pour elle ? La question lui a demandé un peu d’introspection : « Cela est difficile à décrire. C’est une expérience qui se vit en soi. (Elle cherche ses mots) Peu importe les bêtises que font les humains, il est amour et miséricorde. Il pardonne à qui reconnait ses fautes et retourne à lui. Dieu est tellement grand ! Il m’est difficile de dire avec des mots tout ce qu’il est en moi. »

Et qui est Jésus pour elle ? « Jésus, à travers ce qu’il fait, est l’expression parfaite du Père. Il est un modèle pour moi. Je veux tenter de suivre son exemple. Toutefois, je rencontre une difficulté à m’expliquer pourquoi Dieu a un fils. Cependant, si Jésus l’appelle père, c’est peut-être juste un nom comme ça. Il aurait peut-être pu l’appeler mère ou Paul. Il a choisi le mot père parce qu’il a une signification pour lui. Ça doit faire plus affectueux, j’imagine ! »

Ce qui la touche chez Jésus, c’est « sa vérité d’être. Il aide les gens. Même ceux qui le détestent. Cela me dépasse ! Il y a aussi son attitude devant Pilate qui me touche. Ce dernier le questionne. Il ne répond pas. Jésus sait qui il est. Il sait qu’il n’a pas besoin de se défendre. Pilate lui demande : “Es-tu le fils de Dieu ?” Il répond tout simplement : “C’est toi qui le dis.” Quel homme ! Il est capable d’être lui-même. Jésus ne craignait pas de se faire traiter de fou en portant la bonne nouvelle que Dieu est proche de son peuple. Il ne craignait pas la controverse et des opinions. »

Étant une ancienne esclave, elle a une conception particulière de la liberté : « Nous ne sommes pas assez libres pour bien utiliser la liberté. Nous sommes les esclaves de ce que l’on est, en soi. […] Je crois que nous n’avons pas assez de liberté intérieure pour bien utiliser celle que Dieu nous donne. Cela a pour résultat que les personnes de notre temps sont esclaves de toutes sortes de choses. Le pire de l’esclavage n’a rien de physique. C’est en soi. Je crois que l’être humain n’est pas ce qu’il est réellement parce que la véritable image de l’humain, c’est Jésus qui la montre. » De quelle manière ? « Nous sommes appelés à être bons, heureux et libres. Il me semble que nous sommes « poignés » dans nos propres « bibittes ». Le pire ennemi emprisonné, c’est soi-même. L’esclavage physique est quelque chose d’extérieur à soi. Regardez le monde civilisé : tous sont libres ! Cependant, tous semblent être prisonniers de quelque chose. Si tu es libre intérieurement, tu peux faire n’importe quoi à l’extérieur de toi. Tu peux aller n’importe où. » Alors, comment trouver cette liberté intérieure ? « À chaque jour, je demande à Dieu de me rendre libre. Ce n’est qu’en Dieu que je peux la trouver, à travers ma prière et en me donnant du temps pour être avec moi-même. Je suis loin d’être pleinement libre parce que, si je l’étais, je pourrais aimer n’importe qui et accepter la différence de chacun. » Tran Lam figure parmi les plus belles rencontres de ma carrière journalistique. Je me demande bien si un jour j’aurai le plaisir de la recroiser sur ma route.

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[1] Tran Lam. La Survivante – La guerre des autres, Éditions internationales Alain Stanke, 1982. BANQ 920.7209714 L213s 2002.
[2] Benoit Voyer. « Tram Lan – 4 ans d'esclavage dans les camps de la mort », Revue Sainte-Anne, novembre 2002, pp. 441 et 466. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/02/le-present-du-passe-4-ans-desclavage.html L’article a été republié dans : Benoit Voyer, Les Témoins de l’essentiel, éditions Logiques, 2005. BANQ 204.4 V975t 2005.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: L'archevêque de Kinshasa à Montréal

L'archevêque de Kinshasa à Montréal

MONTRÉAL – Une délégation dirigée par le cardinal Frédéric Etsou, archevêque de Kinshasa et primat de l'Église catholique du Congo, est venue demander au Canada d'appuyer le processus de transition vers la démocratie au Congo. Outre le cardinal Etsou, actuel président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, la délégation comptait parmi ses membres Mgr Godefroy Mukeng'a Kalond, archevêque de Kananga, et Mgr Theophile Kaboy Ruboneka, évêque de Kasongo et président de la Commission épiscopale Justice et Paix.

« Depuis 1998, les guerres civiles et les conflits armés avec les pays voisins ont fait de deux à trois millions de victimes dans ce vaste pays d'Afrique centrale. Nombreux sont les observateurs qui estiment que l'Église catholique peut jouer un rôle important dans l'unification des forces démocratiques non violentes afin de rebâtir le pays suite aux accords de paix intervenus au début de l'année 2003.

Les Nations unies estiment à plus de deux millions le nombre de personnes actuellement sans abri en RDC et à 16 millions le nombre de personnes ayant un besoin urgent de nourriture. Les services de santé et d'éducation, de même que l'ensemble des infrastructures, ont été soit détruits, soit laissés dans un état lamentable. Le taux de mortalité infantile est remonté au niveau qui existait il y a 50 ans. De vastes régions du pays sont sous le contrôle de mercenaires ou de forces armées étrangères tandis que les ressources naturelles du Congo, comme les diamants, l'or et le bois d'œuvre, sont pillées », explique le communiqué à l'intention des médias rédigé par Développement et Paix, organisme de la Conférence des évêques catholiques du Canada qui amasse des dons pour aider cette région du globe.

http://www.devp.org

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, janvier 2004, p. 17)

14 avril 2024

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Ce qui unit et divise chrétiens et musulmans

Ce qui unit et divise chrétiens et musulmans

MONTRÉAL – Le théologien français, Claude Geffré, encourage la lecture du Coran par les chrétiens, mais est contre l'idée d'en faire une lecture chrétienne. Pour lui, le Coran peut être reçu comme une « parole » de Dieu par tous les véritables fils d'Abraham. Il suggère plutôt d'accueillir ce livre saint dans sa différence comme étant une expérience de Dieu originale où certains aspects de la relation à Dieu sont exprimés, thématisés autrement que dans l'enseignement et la pratique de la religion chrétienne.

L'auteur soulève trois grandes difficultés que la christologie chrétienne soulève pour l'islam et propose quelques voies herméneutiques pour les surmonter.

La Trinité
Il y a la question de la Trinité, c'est-à-dire le Dieu en trois personnes des chrétiens. Pour l'islam, un Dieu trine est inconcevable parce que Dieu est un. Pourtant, la sourate, comme l'explique Geffré, est elle-même confrontée à une image de Trinité. Selon la sourate 5,16, elle consisterait en Dieu, Marie et Jésus.

Pour la théologie musulmane, le mystère trinitaire compromet l'unicité de Dieu. « Il n'y a de Dieu qu'un Dieu unique » (sourate 5,73). Dieu est indivisible, voire indissociable. Dans son livre « Croire et interpréter – Le tournant herméneutique de la théologie » (Cerf, 2003), le Dominicain explique que l'effort que fait la théologie musulmane pour concilier la simplicité de Dieu avec la multiplicité de ses attributs pourrait être une des voies pour concilier la simplicité de l'essence divine avec le concept de Trinité.

L'islam rejette l'idée d'une génération charnelle en Dieu, comme le fait le judaïsme et le christianisme. Lorsqu'il est confronté à l'image d'un Dieu au nom de Père, comme c'est le cas dans les deux autres religions qui se réclament d'Abraham, le judaïsme et le christianisme, l'islam s'entête à rejeter cette image en s'attachant obstinément au concept de génération charnelle. Pourtant, il n’en est rien.

De plus, la question de la divinité de Jésus cause aussi problème aux musulmans. Le Coran nie la mort de Jésus (sourate 4, 156). Il nie aussi sa Passion sur la croix. Pour l'islam, Jésus n'a pas été crucifié et tué. Ce ne serait que ce qui serait apparu intérieurement aux disciples. Jésus ne serait pas passé par la mort et serait monté directement auprès de Dieu.

On s'entend toutefois sur sa conception virginale par un miracle dans le sein de Marie. Cependant, il ne s'inscrit pas dans la généalogie humaine parce qu'il a été conçu par l'Esprit de Dieu.

Jésus est Dieu, Dieu est Jésus
Pour les musulmans, Jésus n'est pas une émanation de Dieu. Toutefois, pour eux comme pour les chrétiens, le Créateur de tous les humains est le Dieu unique.

Claude Geffré, qui a longtemps été professeur de théologie au Saulchoir, puis à l'Institut catholique de Paris, explique qu'il est possible de tenter un dialogue fécond avec l'islam à partir d'une christologie narrative de Jésus, serviteur de Dieu, comme témoignent les Actes des Apôtres. Cependant, il n'y a rien à gagner de la christologie influencée par Paul.

Il y a aussi le second testament qui est un excellent outil de dialogue parce qu'il n'y est jamais question de la Trinité. Jésus prêche le Dieu unique. De plus, Jésus ne s'est jamais attribué le titre de Fils de Dieu, quoiqu'il se soit donné une autorité qui n'appartient qu'à Dieu et qu'on l'a jugé et crucifié pour cette raison.

Ce n'est qu'après sa mort que la communauté chrétienne a commencé à lui attribuer le titre de Fils de Dieu. Mais qu'en était-il de ce terme pour les premiers chrétiens ? Il semble qu'il ait été intronisé au titre de Fils de Dieu au sens de l'Ancien Testament comme le roi d'Israël. La filiation de Jésus ne serait donc pas de l'ordre du mystère de Noël, c'est-à-dire engendré corporellement par l'Esprit, mais plutôt par le mystère de la Résurrection et de son exaltation.

Donc, cette filiation ne serait pas d'ordre physique ou métaphysique. Elle est plutôt de l'ordre de l'intronisation par Dieu. Cette manière de voir la Trinité n'a plus le même sens, et l'unicité de Dieu n'est plus remise en question. Les équivalences (Jésus est Dieu, Dieu est Jésus) sont ainsi surmontées. Jésus est devenu Fils de Dieu parce qu'il incarnait le dessein d'amour de Dieu.

Un même Dieu ?
« Nous adorons le même Dieu. » La phrase est souvent reprise à qui veut bien l'entendre lorsqu'il est question des trois grandes religions monothéistes. Cependant, de quel Dieu s'agit-il ? Il est clair que notre représentation de Dieu s'enracine dans des révélations différentes, ce qui conduit à des visions de Dieu qui sont également différentes.

L'Islam répondrait à une logique de l'absolu ou une logique de l'identité qui conduirait à toute différence et qui est l'expression de son autosuffisance, c'est-à-dire de sa perfection.

L'unicité de Dieu se fait par la communion des membres du trio.

Claude Geffré explique que le Dieu des chrétiens n’est pas une identité absolue, mais une communion dans la différence.

La transcendance du Dieu des musulmans est de l’ordre de l’être, alors que celle du Dieu des chrétiens prend plutôt la direction de la communion.

La troisième personne de la Trinité, l’Esprit, signifie que Dieu est ouvert, qu’il est communication, source de vie et de partage. Le sommet de cette communication est l’incarnation, ce qui veut dire l’alliance avec l’humanité.

Benoit Voyer

(Revue Sainte Anne, janvier 2006, pp. 34 et 35)

13 avril 2026

POLITIQUE: De nouvelles élues

Mes félicitations aux trois femmes élues, aujourd'hui. Elles permettent au premier ministre du Canada de diriger un gouvernement majoritaire.


Tatania Auguste (Terrebonne, au Québec)

Doly Begum (Scarborough Southwest, en Ontario)

Danielle Martin (University-Rosedale, en Ontario)

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Cardinal Jean-Claude Turcotte

Cardinal Jean-Claude Turcotte, Archevêque de Montréal

« À mon humble avis, un des grands malheurs de notre vie, c'est qu'on est tellement poussé par toutes sortes de choses qu'on fuit le silence. Alors, pour prier, il faut se mettre en silence. »

Par Benoît Voyer


MONTRÉAL – La prière est très importante pour le cardinal Jean-Claude Turcotte. Chaque jour, il y consacre une partie de son agenda. Il ne passe pas à côté. Sa relation avec le Seigneur est ce qui est le plus vital en lui.

REVUE SAINTE ANNE – Monsieur le cardinal, comment entendre la voix de Dieu dans son quotidien ?

JEAN-CLAUDE TURCOTTE – Il faut commencer par savoir se mettre en prière. Je ne suis pas un grand théologien, mais je suis allé à l'école de la petite Thérèse de l'Enfant-Jésus. Lorsque j'étais séminariste, elle m'a beaucoup appris sur la petite voie d'enfance.

RSA – Comment Thérèse priait-elle ?

J-C.T. – Elle parlait à Dieu de ce qui lui venait du fond du cœur. Au fond, la prière, c'est d'être capable de parler au Christ comme à un être vivant. Cela suppose d'abord qu'on l'ait découvert. Ce Jésus n'est pas une idée abstraite. Il n'est pas un personnage qui a vécu dans le passé, malgré qu'il ait vécu son histoire au cœur de celle du monde. Son histoire est une réalité du présent.

RSA – Si Jésus est une réalité du présent, à quel endroit le rencontrer ?

J-C.T. – Dans les Évangiles, on nous dit les endroits où il est. Je vous en rappelle quelques-uns :

« Lorsque vous serez réunis deux ou trois en mon nom, je serai au milieu de vous »… Ce ne sont pas des paroles en l'air ! C'est une réalité au présent.

Prenez aussi le texte de Matthieu 25 sur le jugement dernier : « J'ai eu faim, j'ai eu soif, j'ai été en prison, j'étais nu et vous m'avez vêtu… »

Et il dit : « Chaque fois que vous l'avez fait à ces petits qui sont les miens, c'est à moi que vous l'avez fait. » C'est aussi un autre moyen de rencontrer le Christ vivant dans la réalité du présent.

Et le plus bel endroit pour le rencontrer – et malheureusement, on a tendance à l'oublier – c'est l'eucharistie ! Ce n'est pas pour rien que Jean-Paul II, durant la dernière année de son pontificat, a consacré une année à l'eucharistie pour qu'on redécouvre cette présence absolument merveilleuse du Christ au milieu de nous.

L'eucharistie, c'est le sacrement de la présence du Christ dans nos vies. Le thème m'est cher puisque j'ai donné une catéchèse aux jeunes à Cologne sur le sujet.

L'eucharistie, c'est le Christ qui vient se faire présent par le mystère unique de l'acte de consécration. Le Christ vit de façon particulière dans le pain et dans le vin.

Jésus a choisi comme symboles deux choses très courantes, le pain et le vin, qu'on ne trouve pas à l'état naturel. Ce sont des choses qui viennent de la nature – de la farine et de l'eau – et qui ont besoin d'un peu de la sagesse de l'être humain pour les transformer. Au fond, l'eucharistie, c'est le Christ qui est venu prendre le fruit du travail des hommes pour transformer ce travail dans sa réalité à lui, en son corps et en son sang.

RSA – Il est un des nôtres !

J-C.T. – Effectivement ! Quand j'étais dans la JOC, je me souviens que, dans le missel de l'abbé Godin, qui avait été un célèbre aumônier jociste dans les années 1950, disait aux jeunes ouvriers et aux jeunes ouvrières : « Quand vous allez à la messe, n'oubliez pas de mettre sur la patène tout ce que vous avez rencontré dans votre travail – vos peines et vos joies, vos misères et vos souffrances, les gaietés et les amis que vous avez… C'est tout ça qui est offert au Christ. Et il le fait sien. Il le fait tellement sien qu'il le transforme en lui-même pour nous le redonner sous la forme d'une nourriture. C'est donc une rencontre tout à fait extraordinaire du Christ avec chacun de nous et qui nous permet de le rencontrer entre nous. »

Dans l'eucharistie, il y a donc l'aspect vertical (le Christ) et aussi l'aspect horizontal (la communauté). On reçoit le Christ pour soi parce qu'on en a besoin et on le reçoit aussi pour mieux rentrer en relation avec les autres.

Au fond, c'est une rencontre tout à fait unique dont les gens, malheureusement, ont perdu le sens.

Alors, lorsque la prière devient une rencontre avec quelqu'un que l'on a rencontré, ça devient un dialogue. On lui parle de soi. On lui parle des amis qu'on a. On lui parle des difficultés, des joies, des peines et puis, à un moment donné, rien à dire. Et c'est là que ça devient intéressant ! Parce que là, c'est lui qui nous parle.

RSA – Comment fait-on pour l'entendre ?

J-C.T. – Il ne nous parle pas dans l'oreille ! Loin de là ! C'est plutôt que surgissent en soi des pensées qui ne peuvent venir que de lui.

J'aime bien cette petite phrase que disait Mgr Paul Grégoire, mon prédécesseur, avant chaque moment de prière : « Mettons-nous en présence de Dieu et adorons. » J'aime bien dire ça, afin de rappeler que quand on prie, il faut se mettre soi-même en présence de Dieu, parce qu'autrement on est tellement pris dans le tourbillon de la vie qu'on oublie de le faire.

Alors, c'est pour cela que la prière est très importante, parce qu'elle nous permet de nous arrêter.

À mon humble avis, un des grands malheurs de notre vie, c'est qu'on est tellement poussé par toutes sortes de choses qu'on fuit le silence. Alors, pour prier, il faut se mettre en silence.

Pour entendre et discerner la voix de Dieu en soi, il faut commencer par découvrir la prière.

RSA – Et Dieu nous parle de quelle manière ?

J-C.T. – Mon expérience personnelle me montre que le Seigneur nous inspire en nous posant à son tour des questions et en nous remettant en question. Quand on veut savoir la volonté de Dieu, on commence toujours par regarder sa propre volonté personnelle. Et puis là, quand on lui parle de notre volonté, à son tour il nous questionne : « Es-tu bien sûr ? » Il nous renvoie à nous-mêmes et nous permet d'éclairer notre projet d'une lumière qu'on ne soupçonnait pas. La prière, c'est tout simple et c'est important. Il y a des moments de la vie que nous devons y consacrer et nous mettre en silence.

RSA – La prière demande bien du temps. J'ai un agenda très rempli !

J-C.T. – Vous en avez sûrement du temps ! Prenez-le ! Dans votre agenda, mettez la prière en premier dans votre horaire du jour ! Il suffit d'un peu de volonté.

RSA-Julien Green dit que Dieu permet souvent qu'il y ait du silence dans nos vies afin de pouvoir nous parler. Est-ce qu'il peut aller jusqu'à nous amener au désert, c'est-à-dire la crise de vie ?

J-C.T. – Pour bien des gens, ça prend ça ! Si vous êtes attentif à ce silence intérieur, aux petits faits de vie, aux gens qui vous entourent, vous trouverez la volonté de Dieu.

Cardinal Jean-Claude Turcotte,
Archevêque de Montréal
2000, rue Sherbrooke Ouest
Montréal, Québec, Canada
H3H 1G4
(514) 931-7311
(514) 925-4336 – Télécopieur
seccard@diocesemontreal.org – Courriel
www.diocesemontreal.org 


 (Revue Sainte-Anne, mars 2006, p. 105)

12 avril 2026

POLITIQUE: Félicitations à Christine Fréchette


Félicitations à Christine Fréchette, la nouvelle cheffe de la Coalition avenir Québec. Elle deviendra dans les prochaines heures Premier ministre désigné du Québec.

VISION CATHOLIQUE: Le pape en Afrique du 13 au 23 avril

Le pape en Afrique du 13 au 23 avril

Par Benoit Voyer

12 avril 2026

Le pape Léon se rendra en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale du 13 au 23 avril. Ce sera la première fois qu’un pape foule le sol de l’Algérie. Sa présence en ce lieu sera très observée et donnera le ton au reste de son périple.

Pour l’évêque de Rome, l’Afrique n’est pas un terrain inconnu. Avant son élection, lorsqu’il était à la tête des Augustiniens, Robert Francis Prevost avait multiplié les déplacements pour y visiter les communautés de son ordre religieux. Il profitait de ses séjours pour soutenir des initiatives locales, notamment au Nigeria. Dans ce pays, des religieuses augustiniennes étaient engagées contre les mutilations génitales féminines. Il n’attendait pas les influences du Vatican pour bouger. La méthode du père Prévost a toujours été de « soutenir ce qui naît sur place ».

Le Vatican a également confirmé que le pape Léon se déplacera à Monaco le 28 mars et fera un voyage en Espagne, à Madrid, Barcelone et dans les îles Canaries, du 6 au 12 juin.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Badeea N'Butrus, rédemptoriste irakien

Badeea N'Butrus, rédemptoriste irakien

« Un homme qui vous dit qu’il n’aime pas les femmes est un grand menteur ! […] Vous savez, un homme qui se fait distant de toutes relations avec une femme donne le signe qu’il n’a pas la vocation religieuse ».

Par Benoit Voyer


MONTRÉAL – Badeea N'Butrus, rédemptoriste irakien, est missionnaire… au Canada. Il a été ordonné prêtre à Montréal, il y a quelques mois.

REVUE SAINTE ANNE – Quel événement a suscité en vous l'appel au sacerdoce ?

BADEEA N'BUTRUS – Un jour, en France, au hasard de ma route, je me suis retrouvé dans un monastère. On avait besoin d'un ingénieur. Je suis resté à cet endroit deux mois. J'ai vu vivre ces moines et, à travers eux, j'ai vu la richesse de la vie religieuse.

Pour le reste, c'est le Seigneur qui a agi lentement en moi, sans que je m'en aperçoive.

RSA – Qu'est-ce qui vous a conduit au Canada ?

BB – Ma première destination a été la France. J'ai émigré afin de pouvoir travailler dans mon métier. Je suis ingénieur. C'est dans ce pays que j'ai découvert ma vocation religieuse.

Puisque je suis originaire du Moyen-Orient, j'appartenais à la province ecclésiastique des Rédemptoristes de Bruxelles, en Belgique.

Il faut aussi souligner que les congrégations belge et française des Rédemptoristes n'ont pas de noviciat.

Mon supérieur provincial m'a donc dit : « Écoute, il y a deux choix qui s'offrent à toi : si tu veux faire ta formation en anglais, tu t'en vas à Dublin ; si tu préfères la faire en français, on t'envoie au Québec. »

Le Québec, pour un Irakien, ça ne dit absolument rien…

J'ai répondu à mon supérieur : « L'Afrique, ça ne m'intéresse pas ! » Il a bien rigolé. Il m'a donc expliqué que le Québec est une province du Canada.

Venir m'établir en terre canadienne n'était donc pas inscrit dans mon agenda. Si je suis venu ici, c'est dans un but religieux. Lorsque j'ai découvert ma vocation, je me suis remis entre les mains du Seigneur. J'estime donc que c'est lui qui m'a envoyé ici.

RSA – Avez-vous vécu un choc culturel en arrivant à Montréal ?

BB – Effectivement, j'ai vécu ce choc. Cependant, le plus grand a été en France puisque je passais de l'Orient à l'Occident. Ce sont deux mondes très différents. J'ai vécu un autre choc en arrivant ici, puisque la mentalité est très nord-américaine. C'est paradoxal. Le Québec est très loin de l'Irak, mais les Québécois sont beaucoup plus près des Irakiens que les Européens. Tout se joue au chapitre des relations humaines. Vous êtes plus chaleureux et plus ouverts aux autres cultures. À cause de cela, lorsqu'on arrive ici, on ne se sent pas totalement comme des étrangers.

RSA – Est-ce que vous songez rester au Canada ?

BB – Au noviciat, durant ma grande période de discernement, l'accueil que j'ai reçu ici a été un des grands facteurs qui m'a encouragé à rester au Québec. De plus, les nombreuses rencontres avec mon directeur spirituel m'ont permis de découvrir mon appel au service des jeunes. Ceux-ci m'ont toujours intéressé. Qu'importe le pays où je me suis retrouvé – en Irak, en Jordanie, au Liban, en Syrie et en Europe –, j'ai toujours été proche d'eux.

Enfin, la crise de la jeunesse dans l'Église du Québec m'a fortement interpellé. J'ai donc décidé de consacrer mon ministère presbytéral au service des jeunes québécois.

RSA – En Irak, vous apparteniez à une riche tradition chrétienne…

BB – Nous sommes des Chaldéens. À Bagdad, il y a deux factions dans notre Église. Une partie : premièrement, il y a l'Église chaldéenne (les Orientaux catholiques) qui est unie avec Rome depuis le 16ᵉ siècle et, l'autre, au second plan, l'Église ancienne (les Assyriens) qui n'est pas encore en unité avec le Vatican. C'est dans cette deuxième Église que des hommes mariés peuvent devenir prêtres.

Le principal avantage qu'ont les Orientaux catholiques est qu'ils sont ouverts à l'Église universelle. Cependant, le principal désavantage de cette unité avec le Vatican est qu'il y a une perte de traditions. L'Église ancienne est plus proche de celles-ci.

RSA – Est-ce que votre communauté religieuse, les Rédemptoristes, qui est très vieillissante, laisse beaucoup de place aux jeunes ?

BB – Quand je faisais mon postulat à Lyon, en France, la communauté vieillissait beaucoup plus rapidement qu'au Canada. À Lyon, les religieux ont accepté, en toute humilité, la réalité qu'ils ne sont pas capables de s'adapter aux attentes des nouvelles vocations. Ils ne cherchent donc pas à donner davantage de place aux plus jeunes. Là-bas, les Rédemptoristes sont en voie de disparition. Ici, au Canada, dans ce qu'on appelle la province religieuse de Sainte-Anne, c'est bien différent.

En 1999, je me souviens, lorsque j'étais novice, j'ai participé à un chapitre de notre province ecclésiastique. C'était ma première incursion dans une telle rencontre. Pendant trois jours, on n'a parlé que de la place des jeunes dans la congrégation. Cela m'avait grandement étonné. Ici, malgré le grand vieillissement des religieux, la jeunesse – et la relève – est la grande préoccupation des Rédemptoristes. Au cœur de ces hommes, il y a une véritable jeunesse du cœur. Je dois vous avouer que c'est le deuxième facteur qui m'a donné le goût d'une vocation au Québec.

RSA – Est-ce que vous êtes devenu prêtre parce que vous n'aimez pas les femmes ?

BB – (La question le fait rire plus d'une minute). Un homme qui vous dit qu'il n'aime pas les femmes est un grand menteur ! (rires) Vous savez, un homme qui se fait distant de toutes relations avec une femme donne le signe qu'il n'a pas la vocation religieuse. Comment vas-tu servir ces êtres humains quand tu vas devenir prêtre ?

Badeea N'Butrus, C.Ss.R.
Les Rédemptoristes/Paroisse Saint-Alphonse
560 boul. Crémazie Est
Montréal, Québec, Canada
H2P 1E8
(514) 388-1161


(Revue Sainte Anne Mai 2006, p. 201)

11 avril 2026

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Mgr Vincent Cadieux, évêque de Moosonee

Mgr Vincent Cadieux,
évêque de Moosonee

Par Benoit Voyer


MONTRÉAL – De passage à Montréal, Mgr Vincent Cadieux, évêque catholique de Moosonee, participait, il y a quelques semaines, à quelques activités de l'Assemblée des évêques du Québec. La Revue Sainte-Anne l'a rencontré afin de mieux faire connaître ce diocèse méconnu des Canadiens et des Canadiennes. Il préside l'association des sept diocèses du nord canadien qui couvrent les 2/3 du territoire canadien.

REVUE SAINTE ANNE – Mgr Vincent Cadieux, votre diocèse est situé à l'extrême nord de l'Ontario et du Québec. Pourriez-vous mieux nous situer le territoire que vous couvrez ?

VINCENT CADIEUX – Le diocèse de Moosonee couvre les deux côtés de la baie d'Hudson et le côté est de la Baie-James jusqu'à LG4, environ. L'évêché est situé à Moosonee, qui est du côté ontarien dans le bas de la baie. Le territoire couvre environ 1 100 000 de kilomètres carrés au nord des diocèses de Timmins et de Hearst.

Le territoire est surtout constitué d'autochtones Cris et « Ottibwés ». Il y a aussi un très petit nombre d'Inuits.

RSA – Vous êtes l'évêque de combien de catholiques ?

VC – Dans le diocèse de Moosonee, il y a un peu plus de 25 000 personnes, dont un peu plus de 6 000 catholiques. Pour vous, au sud, ça représente à peu près la moitié de la population d'une grosse paroisse.

RSA – Quelle est la principale difficulté d'être évêque d'un diocèse comme le vôtre ?

C’est surtout la dispersion des communautés chrétiennes catholiques. Dans Moosonee, nous avons surtout de petites communautés dispersées. Le principal groupe est à Moosonee.

RSA – Quelle est la langue d'usage ?

VC – Du côté ontarien, on parle l'anglais et quelques langues amérindiennes. Du côté de la Baie James, avec le développement des centrales électriques, le français y est plus présent depuis 1975.

RSA – Quelles religions côtoient les catholiques ?

VC – Au début, c'était surtout les anglicans. En ce moment, on voit apparaître des groupes protestants évangéliques. Il ne faut pas oublier tout le développement des cultures autochtones.

RSA – Vous avez affaire à plusieurs religions autochtones ?

VC – Il y a toujours eu des autochtones qui ont pratiqué certains rites propres à leur culture. De là à dire qu'il s'agit de « religions autochtones », je pense qu'il faut faire attention aux termes utilisés. Il faut parler d'une « spiritualité autochtone » ou de « rites autochtones ».

Les gens ont pratiqué ces rites jusqu'à un certain degré. Peut-être moins que dans l'Ouest du pays ou aux États-Unis où les gens ont développé davantage une forme de spiritualité à cause de leur mode de vie. Les Amérindiens qui vivaient dans le diocèse de Moosonee, par exemple, étaient des chasseurs et des trappeurs. Cela forçait les gens à vivre la moitié de leur vie dispersée dans la forêt. Et à cause de cela, ils avaient moins de chances de développer une spiritualité commune ou des rites.

RSA – Est-ce que les Amérindiens ont un attrait pour les spiritualités chrétiennes ? Est-ce qu'il est possible de jumeler les traditions amérindiennes aux spiritualités chrétiennes ?

VC – Ils ont un attrait. Les autochtones sont des gens très religieux. Ils vivent près de la nature. Ils ont une relation à Dieu qui est un peu particulière. Les gens aiment prier, passer du temps à l’église et dans la forêt à prier. Lorsque les missionnaires sont arrivés sur ce territoire, ils ne passaient pas l'année avec les autochtones. Ils passaient 2 à 4 semaines dans chaque communauté. Pendant qu'ils étaient là, ils instruisaient les gens et montraient quelques prières et chants. Par la suite, les Amérindiens se dispersaient dans la forêt pour l'hiver et se servaient de ces prières et chants.

RSA – Quel est le portrait pastoral de votre diocèse ?

VC – L'équipe diocésaine est constituée de quatre prêtres, dont trois Oblats de Marie Immaculée (les pères Rodrigue Vézinas, Serge Allard et Maurice Provencher) et l'abbé Pierre Bernier, un prêtre du diocèse de Saint-Hyacinthe. Ce dernier dessert une partie du côté québécois, dans la région de Radisson. Se joint à nous un prêtre de Thunder Bay et quelques diacres, religieuses et agents et agentes de pastorale.

À l'évêché, nous sommes trois personnes : un administrateur diocésain, une religieuse de la Providence de Kingston et moi.

RSA – Quels sont les défis que vous avez à relever dans les diocèses du nord ?

VC – Notre plus grand défi est la formation religieuse des autochtones et la préparation à leur propre prise en charge de leurs communautés chrétiennes ?

Mgr Vincent Cadieux, o.m.i., évêque
Diocèse catholique de Moosonee
2 Bay Road
C. P. 40
Moosonee, Ontario, Canada
POL 1Y0
(705) 336-2908


(La Revue Sainte Anne, juin 2006, p. 249)

10 avril 2026

VISION CATHOLIQUE: Les appels a la paix de Léon XIV

En ce 10 avril 2026 en page 15
du quotidien Français La Croix


VISION CATHOLIQUE: Passer de la Parole aux actes

Passer de la Parole aux actes

Par Benoit Voyer

10 avril 2026

Mgr Marc Pelchat, évêque auxiliaire à Québec, écrivait : « Notre catholicisme n’est pas entré en phase terminale. Il passe cependant par une conversion radicale de notre être croyant, de nos pratiques et de notre vie en communautés de foi. Ce n’est pas tant l’avenir de l’Église qui doit nous préoccuper que l’avenir de l’évangile. Or l’Évangile a bel et bien un avenir chez nous. »[1]

Vous avez bien lu : « Ce n’est pas tant l’avenir de l’Église qui doit nous préoccuper que l’avenir de l’évangile ».

Tous ceux qui marchent à la suite du Vivant savent qu’il est agissant en ce monde. Lorsqu’on garde les yeux ouverts, on le voit, il se manifeste. Est-ce que nous en parlerons autour de nous ? Je sais, les paroles de nos bouches ne sont pas les meilleures pour en « jaser ». C’est pourquoi nous devons passer de la Parole aux actes. Il faut cesser d’être des chrétiens tièdes. Chacune de nos vies doit être une Parole vivante. Le saint pape Paul VI écrivait des paroles qui sont encore d’une étonnante actualité : « Le monde qui, paradoxalement, malgré d'innombrables signes du refus de Dieu, le cherche cependant par des chemins inattendus et en ressent douloureusement le besoin. Le monde réclame des Évangélisateurs qui lui parlent de Dieu, qu’ils connaissent et fréquentent, comme s’ils voyaient l’invisible. Le monde attend de nous la simplicité de vie, l'esprit de prière, la charité envers tous, spécialement envers les petits et les pauvres, l'obéissance et l'humilité, le détachement de nous-mêmes et sans cette marque de sainteté, notre parole fera difficilement son chemin dans le cœur de l'homme de ce temps. »[2]

____________________


[1] Marc Pelchat. Dans « 350 ans de sens et d’action – Église catholique de Québec – Reflets d’hier à demain », le magazine officiel du 350ᵉ anniversaire du diocèse de Québec, décembre 2023, p. 39.
[2] Paul VI. Encyclique Evangelii Nuntiandi, 8 décembre 1975. https://www.vatican.va/content/paul-vi/fr/apost_exhortations/documents/hf_p-vi_exh_19751208_evangelii-nuntiandi.html

LE PRÉSENT DU PASSÉ: L’Église du Québec va-t-elle survivre à la crise?

L’Église du Québec va-t-elle survivre à la crise?

OTTAWA – L'Église du Québec traverse une crise sévère. Ce n'est plus un secret. Le sujet n'est pas nouveau et il a été traité abondamment par les médias et un grand nombre de spécialistes. La question qui est maintenant sur toutes les lèvres est : l'Église du Québec va-t-elle survivre à la crise ?

Pour Normand Prochencher, professeur à l'Université Saint-Paul à Ottawa et auteur du livre « Trop tard ? L'avenir de l'Église », édité par Novalis, cette crise institutionnelle n'est pas comme les autres qu'il y a eu au fil de l'histoire. Elle n'en est pas une de croissance ou causée par certaines circonstances. Le malaise est beaucoup plus profond. Le problème en est une d'attitude : de quelle manière l'Église doit-elle vivre dans la modernité et la postmodernité ?

« Nous sommes dans un nouveau monde. Celui-ci ne veut pas dire seulement l'avènement de nouvelles technologies. C'est une nouvelle façon de penser qui est née. Elle est venue très vite. On peut dire qu'elle commence avec le 18ᵉ siècle, mais on admettra qu'elle est surtout présente depuis la deuxième moitié du 20ᵉ siècle. Le monde a beaucoup changé. Je ne suis pas sûr que l'Église du Québec va se sortir de cette crise majeure. Entre 2007 et 2010, l'effondrement devrait se prononcer davantage », explique le théologien et spécialiste de la modernité à la Revue Sainte Anne.

Le problème est que l'Église actuelle, qui vit sur le modèle de la Réforme grégorienne, a bien de la difficulté à s'adapter à ce changement radical de l'humain.

Normand Provencher ne veut pas jouer au prophète de malheur. Il se dit réaliste. Il argumente son point de vue sur certaines données sociologiques. Parmi celles-ci figure le fait que, actuellement, 80 % des prêtres actifs dans le diocèse de Montréal prendront leur retraite dans quatre ou cinq ans et que les remplaçants se comptent sur les doigts de la main. Comme il l'écrit dans son essai, il y a autant d'évêques qu'il y a de séminaristes au pays. Il cite aussi les données sur la pratique religieuse et un ensemble d'autres faits.

Le professeur insiste : « Je ne dis pas que l'Église d'ici va disparaître ! Ce sera plutôt un effondrement majeur. Je me répète ! Je ne dis pas que c'est la fin de l'Église d'ici ! C'est plutôt la fin d'un système. Le problème est que nous vivrons cela comme une mort. » Le drame de l'Église du Québec n'est pas unique. Le phénomène s'observe aussi en France, en Irlande et en Belgique.

Malgré tout l’espérance
Il y a tout de même de l'espérance, car le modèle d'Église qui naît et qui vient remplacer celui en place est plus près de la réalité de la culture postmoderniste. « L'Église sera plus modeste, mais prophétique. Les gens deviennent de plus en plus des nomades et des pèlerins. Pour combler leur soif de spiritualité, ils vont de plus en plus à différents endroits… de temps en temps », explique-t-il.

Dans « Mon testament spirituel », paru il y a quelques mois chez Novalis, le regretté Claude Ryan en appelle à l'espérance : « La situation actuelle invite chaque chrétien à une plus grande humilité et surtout à la conversion intérieure. Les gens se rapprocheront de l'Église quand ils constateront que ceux qui s'identifient à elle, autant les clercs que les laïcs, vivent réellement leur foi et ont un souci agissant du prochain. Le chrétien doit éviter, à mon avis, de verser dans l'angoisse. Il doit faire un effort honnête pour être vrai, pour accorder sa vie et son discours […] ».

L'expérience qui se vit en ce moment est nouvelle et inédite puisque l'histoire offre peu de repères. La seule chose qui importe est de la vivre au présent. Pour qu'elle se régénère, il faut aussi que les gens d'un âge certain qui sont impliqués au sein de l'Église laissent une grande place aux jeunes et aux marginaux, même si parfois cela est déstabilisant. Bientôt, « l'Église va redécouvrir sa mission qui est d'évangéliser », conclut Normand Provencher.

Benoît Voyer


(Revue Sainte Anne, juillet-aout 2006, p. 314)

9 avril 2026

EN LIBERTÉ: Qui est la vénérable Marcelle Mallet? (9 avril)


LE PRÉSENT DU PASSÉ: L'assistance pastorale et spirituelle

Aux malades incurables


L'assistance pastorale et spirituelle

Trois soirs par semaine, Marie, jeune cinquantenaire de la paroisse montréalaise Notre-Dame-des-Anges, à Montréal, se rend à l'hôpital Sacré-Cœur pour une dialyse. Depuis quelque temps, ses reins ne fonctionnent plus. De plus, depuis quelques jours, elle a des troubles coronariens. Rien ne va très bien pour elle. Ses jours, ses mois, ses semaines et ses années sont comptés. Elle se prépare pour la fin qui approche. Elle souffre d'une

Elle vit seule et isolée, dans un petit logement de deux pièces, sur la rue O'Brien. Pourtant, avant d'être si malade, elle était bien entourée. Pendant de nombreuses années, elle gérait une entreprise florissante et donnait des ateliers sur le développement de la personne. Elle a même publié un livre. Marie était populaire et très appréciée. Avec ses talents, elle a contribué au mieux-être de notre société.

Sa famille est absente. Ses frères et sœurs, ses cousins et cousines ne s'informent jamais d'elle et ne la visitent guère.

Elle trouve ses journées difficiles. Elle a peu d'énergie. Après avoir fait ses quelques courses chez le pharmacien et au supermarché, veillé à sa diète un peu spéciale, rangé et nettoyé son logement et s'être lavée, il lui reste à peine de l'énergie pour prier la Vierge Marie et suivre quelques séries à la télévision. Le reste du temps, elle dort.

Depuis quelques semaines, mon épouse, Chantal, et moi sommes ses seuls visiteurs réguliers. Chantal tente de l'aider du mieux qu'elle peut, entre ses longues heures de travail de nuit dans un CHSLD et les obligations familiales. Régulièrement, elle lui offre de faire sa lessive et de descendre ses ordures du deuxième étage, ce qui est un grand défi pour Marie.

Puisque je suis un bénévole du Service d'accompagnement spirituel des personnes âgées et des personnes malades à domicile de la région nord du diocèse de Montréal, je la visite pour la soutenir spirituellement. Ensemble, nous cherchons un sens à sa souffrance et au petit bout de chemin qui lui reste avec nous et à la vie qui se poursuivra ailleurs, car elle et moi croyons en la résurrection et en l'immortalité de l'âme.

Pour elle, je représente la communauté chrétienne à laquelle tous les deux appartenons. De mon côté, à chaque rencontre, je me rappelle ce que Jésus disait : « J'étais malade et tu m'as visité. » Cette parole ne fait pas que circuler dans ma tête, je l'expérimente avec tout mon être.

Selon Benoît XVI, trois défis se présentent à celui qui visite des personnes porteuses d'une pathologie incurable ou d'une maladie infectieuse : « Être proche du malade », « Évangéliser le milieu culturel » et « collaborer avec les différentes instances publiques »

Comme les 135 autres accompagnateurs du Service d'accompagnement, c'est ce que je tente de réaliser.

La Journée mondiale des malades, qui a lieu chaque 11 février, revêt une signification particulière à mes yeux. Je prie pour cette dame et demande à Dieu de me donner la grâce d'être une présence signifiante pour elle.

D'ailleurs, je téléphone à d'autres personnes malades et je vais les visiter. Elles ont tant besoin d'une oreille attentive et d'une présence pleine de tendresse.

Benoît Voyer
Coordonnateur,
Service d'accompagnement spirituel

(Revue Sainte Anne, avril 2007, p. 164)

8 avril 2026

ACTUALITÉ INTERNATIONALE: Le fondamentalisme religieux à la base de plusieurs conflits armés

L'Iran attaquée par les États-Unis
Le fondamentalisme religieux à la base de plusieurs conflits armés

Par Benoit Voyer

8 avril 2026

Les conflits contemporains attribués à la religion sont étonnants parce que les Musulmans, les Juifs et les Catholiques sont des frères dans la foi. Ces trois grandes religions monothéistes prennent leur racine dans la révélation de Dieu à Abraham. Elles proclament toutes qu'il n'y a qu'un seul Dieu. Les Juifs l'appellent « Yahweh », les musulmans « Allah » et les catholiques « Dieu ». Plusieurs noms pour parler du même Créateur de toutes choses. Les différences entre ces groupes sont d'ordre doctrinal.

Comme l’écrivait Jean-René Milot : « Quand le Chrétien dit : "Je crois en un seul Dieu" et que le Musulman dit : "Il n'y a pas d'autres dieux qu'Allah", ils disent une seule et même chose. Ils traduisent avec un minimum de mots ce qui est le cœur de leur foi, de leur expérience religieuse. Le reste de la profession de foi évoque la façon dont ce Dieu s'est manifesté à eux à travers des contextes historiques et culturels qui, eux, peuvent être différents ».

Pour les catholiques, le Nouveau Testament clôt la révélation. Pour les Musulmans, c'est le message éternel d'Allah donné à Mohamed, le dernier prophète venu dans le monde après Jésus.

Ce qui est à la source de bien des problèmes, c'est que la méthode historico-critique et littéraire acquise par la majorité des traditions chrétiennes pour lire la Bible est rejetée en bloc par de nombreuses communautés musulmanes pour une application au Coran. L'intégrisme vécu dans quelques pays vient d'une compréhension littérale (mot à mot) des textes sacrés. Cette problématique n'est pas étrangère à de nombreux groupes chrétiens, dont les évangéliques américains.

Ce qui unit et divise chrétiens et musulmans
Le théologien français, Claude Geffré, encourage la lecture du Coran par les chrétiens, mais est contre l'idée d'en faire une approche chrétienne. Pour lui, le Coran peut être reçu comme une « parole » de Dieu par tous les véritables fils d'Abraham. Il suggère plutôt d'accueillir ce livre saint dans sa différence comme étant une expérience de Dieu originale où certains aspects de la relation à Dieu sont exprimés, thématisés autrement que dans l'enseignement et la pratique de la religion chrétienne.

L'auteur note trois difficultés que la christologie chrétienne soulève pour l'islam. Il propose quelques voies herméneutiques pour les surmonter.

La Trinité
Il y a la question de la Trinité, c'est-à-dire le Dieu en trois personnes des chrétiens. Pour l'islam, un Dieu trinitaire est inconcevable parce que Dieu est un. Pourtant, la sourate, comme l'explique Geffré, est elle-même confrontée à une image de Trinité. Selon la sourate 5,16, elle consisterait en Dieu, Marie et Jésus.

Pour la théologie musulmane, le mystère trinitaire compromet l'unicité de Dieu. « Il n'y a de Dieu qu'un Dieu unique » (sourate 5,73). Dieu est indivisible, voire indissociable. Dans son livre « Croire et interpréter – Le tournant herméneutique de la théologie » (Cerf, 2003), le Dominicain explique que l'effort que fait la théologie musulmane pour concilier la simplicité de Dieu avec la multiplicité de ses attributs pourrait être une des voies pour concilier la simplicité de l'essence divine avec le concept de Trinité.

L'islam rejette l'idée d'une génération charnelle en Dieu, comme le fait le judaïsme et le christianisme. Lorsqu'il est confronté à l'image d'un Dieu au nom de Père, comme c'est le cas dans les deux autres religions qui se réclament d'Abraham, le judaïsme et le christianisme, l'islam s'entête à rejeter cette image en s'attachant obstinément au concept de génération charnelle. Pourtant, il n’en est rien.

De plus, la question de la divinité de Jésus pose aussi problème aux musulmans. Le Coran nie la mort de Jésus (sourate 4, 156). Il nie aussi sa mort sur la croix. Pour l'islam, Jésus n'a pas été crucifié et tué. Ce ne serait que ce qui serait apparu intérieurement aux disciples. Jésus ne serait pas passé par la mort et serait monté directement auprès de Dieu.

On s'entend toutefois sur sa conception virginale par un miracle dans le sein de Marie. Cependant, il ne s'inscrit pas dans la généalogie humaine parce qu'il a été conçu par l'Esprit de Dieu.

Jésus est Dieu, Dieu est Jésus.
Pour les musulmans, Jésus n'est pas une émanation de Dieu. Toutefois, pour eux comme pour les chrétiens, le Créateur de tous les humains est le Dieu unique.

Claude Geffré, qui a longtemps été professeur de théologie au Saulchoir, puis à l'Institut catholique de Paris, explique qu'il est possible de tenter un dialogue fécond avec l'islam à partir d'une christologie narrative de Jésus, serviteur de Dieu, comme témoignent les Actes des Apôtres. Cependant, il n'y a rien à gagner de la christologie influencée par Paul.

Il y a aussi le second testament qui est un excellent outil de dialogue parce qu'il n'y est jamais question de la Trinité. Jésus prêche le Dieu unique. De plus, Jésus ne s'est jamais attribué le titre de Fils de Dieu, quoiqu'il se soit donné une autorité qui n'appartient qu'à Dieu et qu'on l'ait jugé et crucifié pour cette raison.

Ce n'est qu'après sa mort que la communauté chrétienne a commencé à lui attribuer le titre de Fils de Dieu. Par contre qu'en était-il de ce terme pour les premiers chrétiens ? Il semble qu'il ait été intronisé au titre de Fils de Dieu au sens de l'Ancien Testament comme le roi d'Israël. La filiation de Jésus ne serait donc pas de l'ordre du mystère de Noël, c'est-à-dire engendré corporellement par l'Esprit, mais plutôt du mystère de la Résurrection et de son exaltation.

Ainsi donc, cette filiation ne serait pas d'ordre physique ou métaphysique. Elle est plutôt de l'ordre de l'intronisation par Dieu. Cette manière de voir la Trinité n'a plus le même sens, et l'unicité de Dieu n'est plus remise en question. Les équivalences (Jésus est Dieu, Dieu est Jésus) sont ainsi surmontées. Jésus est devenu Fils de Dieu parce qu'il incarnait le dessein d'amour de Dieu.

Un même Dieu ?
« Nous adorons le même Dieu. » La phrase est souvent reprise par les trois religions monothéistes. Cependant, de quel Dieu s'agit-il ? La représentation de Dieu d’un et l’autre s'enracine dans des révélations bien différentes, ce qui conduit à des visions divines parfois opposées.

L'Islam répondrait à une logique de l'absolu ou une logique de l'identité qui conduirait à toute différence et qui est l'expression de son autosuffisance, c'est-à-dire de sa perfection.

L'unicité de Dieu se fait par la communion des membres du trio.

Claude Geffré explique que le Dieu des chrétiens n’est pas une identité absolue, mais une communion dans la différence.

La transcendance du Dieu des musulmans est de l’ordre de l’être, alors que celle du Dieu des chrétiens prend plutôt la direction de la communion.

La troisième personne de la Trinité, l’Esprit, signifie que Dieu est ouvert, qu’il est communication, source de vie et de partage. Le sommet de cette communication est l’incarnation, ce qui veut dire l’alliance avec l’humanité.

Aux sources de la guerre au Moyen-Orient
Nous assistons depuis quelques années, particulièrement au Moyen-Orient et dans quelques pays d’Afrique, à une spirale de violences. Sans le dire très ouvertement, les auteurs de celles-ci le font pour des motifs religieux. Ils ont tous un point commun : ils attendent un messie. En théologie chrétienne, on parle d’eschatologie ou, en mots simples, de la fin des temps. Il s’agit d’un point en commun qui existe dans les trois grandes religions monothéistes de la planète : le judaïsme, le christianisme et l’islam.

L’eschatologie est donc en arrière-plan dans plusieurs conflits. Chez les chrétiens, dans le livre de l’Apocalypse, on parle du retour de Jésus. Ce sera l’avènement d’un règne de justice et de paix. Dans le judaïsme, on attend depuis longtemps le messie. Dans l’islam, particulièrement en Iran, dans le courant chiite, on est dans l’attente de l’imam caché.

Le problème est que certains groupes fondamentalistes, c’est-à-dire qui n’utilisent pas la méthode historico-critique de lecture des textes sacrés, lisent ces textes sans au préalable un travail exégétique et herméneutique. Ces textes ont été écrits à des époques où les croyances et les sciences formaient un seul tout. C’était l’époque où tout était dans le tronc de l’arbre de la connaissance. Depuis ce temps, bien des branches ont poussé. Il faut donc relire ces textes anciens en les adaptant à notre époque.

Chez les chrétiens, c’est le cas des évangélistes, église issue du protestantisme à laquelle appartiennent le président américain et plusieurs de ses collaborateurs.

Il y a peu de temps, l’historien et théologien Jean-François Colosimo expliquait dans le quotidien La Croix : « Chez les Américains, un grand nombre de chrétiens évangéliques sionistes dérivent notamment de Nelson Darby, ce théologien du tournant des XIXᵉ-XXᵉ siècles, pour qui nous serions à la 7ᵉ période de l’humanité avant la grande Transfiguration. Selon lui, tous les Juifs doivent revenir sur la terre d’Israël pour être ensuite égorgés, afin de favoriser l’avènement du Messie. C’est une sorte de philo-sémitisme, qui ressemble à un antisémitisme renversé… Les chrétiens sionistes représenteraient 4 à 5 millions de personnes mais avec une aire d’influence sur 40 à 50 millions d’Américains. »

Il ajoute : « En Israël, c’est le mouvement Hardal qui irrigue aujourd’hui largement le sionisme politico-religieux. En Iran, c’est le Mahdisme – l’attente de l’imam caché dans le chiisme –, avec la secte des Hojjatiyeh, dont l’ancien président Ahmadinejad était l’une des figures clés, qui se donne encore pour tâche d’accélérer l’histoire et de précipiter l’apocalypse. Ses membres ont aujourd’hui une influence très forte sur la partie la plus conservatrice du pouvoir iranien. »

Ces groupes religieux s’impliquent activement en politique afin de promouvoir leurs idées. Ils espèrent de tout cœur que leur sauveur arrive. Leur espérance est si grande qu’ils sont prêts à tout faire pour précipiter sa venue en mettant en place les éléments favorisant celle-ci.

Jean-François Colosimo continue son explication : « Et dès lors que des groupes dépendant de cette conception messianique sont actifs en politique […] ces groupes radicaux pèsent sur le reste de la communauté politique. Tous les Israéliens, tous les Iraniens et tous les Américains ne s’inscrivent évidemment pas dans cette dynamique apocalyptique. Mais il y a suffisamment de groupes très minoritaires mais très actifs, au sein de chacun de ces trois peuples, pour qu’on ait là une surdétermination symbolique du conflit en cours. »

Le retour du religieux
Depuis 1989, on dit qu’il y a un « retour du religieux ». En réalité, ce retour débute en 1979. C’est l’année où l’ayatollah Khomeyni arrive au pouvoir et où l’on pose la première pierre de la future université islamique de Gaza. C’est aussi l’année où le Goush Emunim fonde le « Bloc de la foi », le premier parti religieux en Israël. Il sera représenté à la Knesset. Ailleurs, c’est l’année où le pape Jean-Paul II se rend en Pologne et que Ronald Reagan conquiert l’investiture républicaine grâce au retour des évangéliques dans la politique américaine.

Ainsi donc, Jean-François Colosimo n’a pas tort de dire que « dans toutes les grandes religions, il y a ce qu’on pourrait appeler un Christ qui dort – dans leurs formes les plus mystiques, toutes ont envisagé un médiateur qui viendrait habiter parmi nous et transfigurer la vie humaine. Le tsadik dans le judaïsme, l’imam dans l’islam, le bodhisattva dans le bouddhisme… Mais c’est là la grande révélation chrétienne. La couronne du roi du monde, c’est une couronne d’épines. Il n’y a que l’innocent absolu qui puisse la porter. C’est pour cela qu’il ne faut pas la vouloir, parce que ce couronnement passe par le Golgotha. Le renversement qu’apporte le Christ reste une radicale nouveauté pour le monde d’aujourd’hui. Dans ce sens, alors, le christianisme ne fait que commencer. »

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Sources consultées :
Benoit Voyer. « Nos frères musulmans », Revue Sainte Anne, novembre 1996, pages 439 et 440. BANQ PER A-10.
Benoit Voyer. « Ce qui unit et divise chrétiens et musulmans », Revue Sainte Anne, janvier 2006, pp. 34 et 35. BANQ PER A-10.
Jean-François Colosimo. « Le messianisme apporte le feu de Dieu et l’apologie de la force », La Croix, 10 mars 2026, p. 6. https://www.pressreader.com/france/la-croix/20260310/page/6
Milot, Jean-René. Musulmans et chrétiens : des frères ennemis ? Médiaspaul, 1995. BANQ 297.283 M661m 1995.