NEUROSCIENCES : Une banque de cerveaux à Montréal
Par Benoit Voyer
12 septembre 2026
À Montréal, une ressource scientifique contribue depuis plusieurs décennies à faire progresser la compréhension des maladies du cerveau. Installée à l’Institut Douglas, la Banque de cerveaux Douglas conserve près de 3 800 cerveaux provenant de donneurs québécois, ce qui en fait la plus importante et la plus ancienne banque de ce type au Canada.
Chaque semaine, deux ou trois nouveaux cerveaux y sont acheminés après le décès de personnes ayant accepté d’en faire don à la science. Ces échantillons permettent aux chercheurs d’étudier de nombreuses maladies neurologiques et psychiatriques, notamment les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, la dépression, la schizophrénie et le trouble bipolaire, ainsi que les mécanismes associés au suicide.
Selon le neurobiologiste Naguib Mechawar, directeur de la Banque et chercheur à l’Université McGill, interviewé par le journaliste Mathieu Gervais-Sauvé du Journal de Montréal pour un article publié 16 juin 2026 [1], ces travaux visent à mieux comprendre les modifications biologiques du cerveau afin d’améliorer les traitements. Des recherches ont notamment montré que des expériences traumatisantes vécues durant l’enfance peuvent laisser des traces durables dans le cerveau. D’autres travaux permettent de mieux distinguer les mécanismes des troubles psychiatriques de ceux des maladies neurodégénératives, où la mort ou l’inactivation des cellules nerveuses rend les traitements particulièrement difficiles.
La recherche porte également sur l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC), associée aux traumatismes crâniens répétés et qui ne peut être confirmée avec certitude qu’après le décès. Cette maladie est surtout documentée chez les anciens joueurs de football américain, mais d’autres sports comportant des impacts répétés à la tête pourraient également présenter des risques.
Fondée en 1980, la Banque de cerveaux Douglas collabore aujourd’hui avec des chercheurs d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie. Plus d’un millier d’échantillons accompagnés de données cliniques sont distribués chaque année, faisant de cette infrastructure montréalaise un acteur important de la recherche internationale sur les maladies du cerveau.
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[1] Mathieu Gervais-Sauvé. « 3800 cerveaux conservés dans un labo montréalais unique au pays », Journal de Montréal, 16 juin 2026, p. 31. https://www.journaldemontreal.com/2026/06/16/3800-cerveaux-conserves-dans-une-banque-a-montreal
[1] Mathieu Gervais-Sauvé. « 3800 cerveaux conservés dans un labo montréalais unique au pays », Journal de Montréal, 16 juin 2026, p. 31. https://www.journaldemontreal.com/2026/06/16/3800-cerveaux-conserves-dans-une-banque-a-montreal
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Les fruits féconds de l’arbre
Par Benoit Voyer
12 septembre 2026
Chacun de nous est appelé à devenir un bon arbre qui porte des fruits féconds. Comme le disait Jésus : « Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri » et « chaque arbre […] se reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces. » Ainsi, « l’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur » (Lc 6, 43-45).
Ces paroles sont particulièrement intéressantes.
On affirme que la foi et l’authenticité de la vie chrétienne ne se mesurent pas d’abord aux manifestations extraordinaires, aux paroles ou à l’image religieuse qu’une personne donne d’elle-même. Elle se reconnaît aux fruits d’amour qu’elle produit.
Puis, Jésus déplace le regard vers l’intérieur. Le fruit révèle l’arbre. La parole révèle quelque chose du cœur.
Enfin, entendre l’appel de Jésus ne suffit pas ; il faut mettre en pratique ce qu’il dit. C’est un peu pour cela que Jésus s’insurge : « Pourquoi m’appelez-vous « Seigneur ! Seigneur ! » et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Lc 6, 46).
Ici, c’est Jésus qui prie la personne humaine de se mettre en action. Comme l’écrivait Jean Ravary [1] : « Il faut […] prendre le risque de la foi. À force d’être prudent, on en vient parfois à éteindre l’Esprit. »
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[1] Jean Ravary. J’ose le dire, Les Éditions populaires du Québec, 1988.
[1] Jean Ravary. J’ose le dire, Les Éditions populaires du Québec, 1988.
JEAN-PAUL REGIMBAL : En prison
Par Benoit Voyer
12 septembre 2026
Ses études en criminologie terminées, le père Jean-Paul Regimbal devient aumônier à la prison pour hommes de Montréal (Bordeaux) [1] et à Mont Saint-Antoine auprès des jeunes [2]. D’ailleurs, son mémoire de maîtrise, publié en 1964, porte le titre : « Programme de la délinquance juvénile ».
Dans ces centres, il renouvelle la pastorale et organise des cours spécialisés pour le service des prisonniers et des jeunes délinquants.
Jean-Paul est aussi aumônier des prisons du Canada. Il se fait l’ardent défenseur de la suppression de la peine de mort. Son influence est grande dans le milieu carcéral.
Il ne chôme pas.
Pour donner plus de poids à sa pastorale, il fait appel à la psychologie, à la psychiatrie et à la sociologie. Plus le temps passe, moins la Parole de Dieu prend de l’importance dans son travail.
En 1981, il racontera : « Le corps est profondément secoué dans son évolution et son équilibre chaque fois qu’une passion vient perturber le métabolisme de son organisme. À titre d’exemple, il m’est arrivé comme criminologue de procéder à des autopsies. J’ai vu des cœurs, qui étaient noirs comme le charbon. Ces pauvres gens avaient tellement vécu dans la haine qu’au moment de respirer, ils ne parvenaient pas à se libérer du gaz carbonique. Ou encore, j'ai vu des personnes qui avaient la rate et la vésicule dures comme de la pierre. La haine et la colère peuvent tuer un homme! »[3]
En 1969, il dressera un bilan sombre de ses années de travail en milieu carcéral : « 10 ans de travail dans les prisons du Québec m’avaient fait voir la puissance de Dieu dans les cœurs et l’impuissance de mon ministère sacerdotal. Je travaillais dur et, pourtant, je trouvais que les conversions ne correspondaient pas aux efforts multiples que je déployais pour rejoindre cette population carcérale »[4].
En plus de l’asthme qui ne le lâche pas, il est visiblement dans une crise de vie. À 38 ans, il est psychologiquement dans un processus de remise en question avant d’amorcer la quarantaine. Quand on a la foi, on appelle cela un désert spirituel. On peut voir ici un rapprochement spirituel et symbolique entre la crise, la croix et la croissance.
De quoi seront faites ses prochaines années ? Le sait-il lui-même ?
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[1] Cf. Armand Gagné. « Il était une foi », p. 137 (SHHY P049).
[2] Cf. Armand Gagné. « Il était une foi », p. 137 (SHHY P049).
[3] Jean-Paul Regimbal. La Révolution de l’amour, Éditions internationales Alain Stanké Ltée, 1981, pp. 17 à 49. Livre conservé à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, à Granby (P049) et chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 248.83 R335R 1981)
[4] Propos tiré d’une conférence donnée en 1980 à des gens d’affaires réunis à Montréal a l’occasion d’un souper du regroupement ACTE. Cf. Benoit Voyer. « Le Renouveau charismatique... 25 ans déjà ! », Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, pp. 20 et 21.
[1] Cf. Armand Gagné. « Il était une foi », p. 137 (SHHY P049).
[2] Cf. Armand Gagné. « Il était une foi », p. 137 (SHHY P049).
[3] Jean-Paul Regimbal. La Révolution de l’amour, Éditions internationales Alain Stanké Ltée, 1981, pp. 17 à 49. Livre conservé à la Société d’histoire de la Haute-Yamaska, à Granby (P049) et chez Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à Montréal (BANQ 248.83 R335R 1981)
[4] Propos tiré d’une conférence donnée en 1980 à des gens d’affaires réunis à Montréal a l’occasion d’un souper du regroupement ACTE. Cf. Benoit Voyer. « Le Renouveau charismatique... 25 ans déjà ! », Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, pp. 20 et 21.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Enfant, Jean-Paul Régimbal jouait à dire la messe le samedi
Par Daniel Paquette
GRANBY — Un enfant frêle mais fonceur, un génie musical et un missionnaire dans l'âme, le jeune Jean-Paul Régimbal n'est pas si différent du père trinitaire qu'il deviendra vers sa dix-septième année, témoignent ses frères Raymond et Louis-Joseph ainsi que sa sœur Jacqueline.
« D'aussi loin que je me souvienne, Jean-Paul jouait à dire la messe tous les matins pendant les vacances d'été », raconte Louis-Joseph, le cadet de la famille. Jacqueline, sa première servante de messe et cadette de deux ans, ajoute qu'enfant, il revêtait ses aubes et consacrait « la piquette du père ».
Pianiste de talent, il adorait également chanter. À dix ans, il compose sa première pièce musicale et, à douze ans, sa première messe à quatre voix, qu'il enregistre sur disque pour sa mère grâce à la participation du poste de radio de North Bay où il habite.
« Jean-Paul n'était pas un sportif à cause de son asthme. Il occupait son temps à d'autres activités », explique Raymond. Les deux enfants partent avec les Chanteurs Céciliens en tournée dans le nord-ouest de l'Ontario.
Les samedis après-midi, à son initiative, Jean-Paul entraîne son frère et l'amène visiter les personnes âgées du centre d'accueil situé près de la maison paternelle. « Pour moi, c'était un sacrifice, mais lui s'en faisait une joie », commente ce plus-que-frère, son ami.
Cette vocation d'entraide, de missionnariat, il la découvre vraiment vers l'âge de douze ans alors qu'il visite la prison de Cochrane. « Un prisonnier lui a demandé d'aller lui chercher un journal. Il a été vraiment impressionné de voir qu'il pouvait aider des gens à ce point. Il en a parlé longtemps, disant qu'il voulait œuvrer auprès des prisonniers », poursuit Raymond.
S'il aimait les « bonnes farces » et les jeux de mots, il adorait citer la Bible autour de la table. « Excédé par cette manie, un de mes frères lui demande : "Que feras-tu si je te frappe une joue?", raconte Raymond, fouillant dans ses souvenirs. Et mon Jean-Paul de répondre qu'il tendra l'autre joue. Alors mon frère l'a tapé et Jean-Paul lui a tendu l'autre joue, que mon frère a claquée sans hésitation. D'un bond, Jean-Paul lui a foutu son poing sur la mâchoire... »
Le jeune Jean-Paul entre au collège du Sacré-Cœur de Sudbury où son frère aîné, Albert, est déjà reçu chez les Jésuites. Fonceur et agissant toujours par conviction, il touche l'orgue et s'implique dans les diverses activités étudiantes.
Un jour, sa mère, veuve depuis quelques années, parcourt les 80 milles de North Bay à Sudbury pour visiter ses fils. Mais ce n'était pas jour de visite et madame Régimbal dut retourner bredouille, laissant un message et un paquet pour les fistons. « Il n'avait pas froid aux yeux. En apprenant que les pères avaient empêché maman de nous voir, Jean-Paul, fâché, a investi le bureau du directeur pour s'insurger contre de telles pratiques, signifiant qu'il n'est pas charitable d'avoir si peu de considérations pour les parents », se souvient Raymond, les yeux légèrement voilés.
À 17 ans, il choisit définitivement de vêtir l'aube et opte pour les Pères trinitaires, malgré l'insistance des Jésuites pour le garder.
Plus tard, lorsqu'il initie le Renouveau charismatique, l'unité familiale est troublée, tous les membres n'étant pas d'accord avec la vision du père Jean-Paul.
Toutefois, frères et sœurs s'entendent pour louer son engagement total dans la foi, ses relations humaines et sa mission.
« Il a touché bien des cœurs; on sent les flammes qu'il a allumées », conclut Louis-Joseph.
(La Voix de l'Est, 13 septembre 1988, p. 3)
SANTÉ : En France, on songe sérieusement à une vaccination obligatoire contre la grippe pour les soignants
Par Benoit Voyer
11 septembre 2026
En France, les autorités envisagent de rendre obligatoire la vaccination annuelle contre la grippe pour les professionnels de la santé. Une telle obligation pourrait-elle éventuellement être proposée au Québec ? La mesure risquerait certainement de soulever un tollé chez ceux qui revendiquent à tout prix le libre choix en matière de vaccination.
Dans un avis publié le 20 juillet, la Haute Autorité de santé recommande d’ajouter la grippe à la liste des maladies contre lesquelles les soignants doivent obligatoirement être vaccinés, comme la diphtérie, la poliomyélite et l’hépatite B. Le gouvernement français a annoncé qu’il étudierait les conditions d’application de cette recommandation. L’obligation viserait l’ensemble des professionnels de la santé travaillant dans les établissements ou en cabinet, les étudiants des filières médicales et paramédicales ainsi que les employés des établissements médico-sociaux en contact avec des personnes âgées.
Dans un article paru dans La Croix le 22 juillet, Esther Serrejordia explique que cette proposition repose notamment sur la faible couverture vaccinale du personnel soignant. Selon la Haute Autorité de santé, seulement 20 % des professionnels travaillant dans les hôpitaux et les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes sont vaccinés contre la grippe. Or, la maladie aurait causé 12 700 décès en France durant la saison 2025-2026, contre 17 900 l’hiver précédent. Neuf victimes sur dix étaient âgées de 65 ans ou plus. Les épidémies de grippe représenteraient par ailleurs un coût annuel de 1 à 2 milliards d’euros et contribueraient à mettre le réseau de la santé sous pression.
En 2023, la Haute Autorité de santé avait pourtant recommandé le maintien du libre choix, en raison de l’efficacité variable du vaccin, généralement estimée entre 40 et 75 %, et du manque de données sur la transmission du virus dans les établissements de soins. De nouvelles études suggèrent toutefois que le risque de transmission y serait plus élevé que dans la population générale et que la vaccination du personnel pourrait réduire le risque que les patients contractent la grippe au contact d’un soignant.
RÉFLEXION SPIRITUELLE : L’humilité du guide chrétien
Par Benoit Voyer
11 septembre 2026
Le véritable guide chrétien demeure lui-même disciple. Il est humble. Il ne conduit pas les autres vers lui, mais vers le Christ.
N’est-ce pas un peu ce que Jésus disait ? Dans son évangile, Luc écrit : « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ? Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître » (extrait de Lc 6, 39-42). Luc transforme le propos en question pour interpeller son lecteur. C’est très habile. Ces paroles de Jésus se retrouvent également chez Matthieu, un autre évangile canonique.
Si on ose sortir de sa zone de confort, on trouve également dans l’évangile de Thomas, une sorte de recueil de paroles attribuées à Jésus : « Tu vois la paille qui est dans l'œil de ton frère, mais la poutre qui est dans ton œil, tu ne la vois pas… » (logion 34).
Aujourd’hui, nous sommes invités à regarder quelle sorte de guide nous sommes pour les autres.
JEAN-PAUL REGIMBAL : Se donner sans demi-mesure
Par Benoit Voyer
11 septembre 2026
Jean-Paul Regimbal est un homme énergique. C’est un être entier. Chez lui, il n’y a pas de demi-mesure. Dans tout ce qu’il fait, il se donne corps et âme.[1]
En 1962, tout en poursuivant ses études universitaires à la maîtrise, il commence à s’impliquer dans le milieu carcéral.
En 1963, il est un des conférenciers du Centre catholique de l’Université d’Ottawa qui offre aux communautés religieuses un service de bandes magnétiques sur lesquelles sont enregistrées des conférences pour retraites, récollections ou causeries hebdomadaires, selon le cas. Ce service sert à suppléer à la difficulté de trouver des prêtres aumôniers et conférenciers. La série du Trinitaire porte sur le « mystère de la Trinité » sous le thème « Vers le Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit », série qu’il a commencé à développer dans les pages de Trinitas.
En juillet, il prend quelques jours de vacances aux États-Unis. Mais avec Jean-Paul, ces périodes de repos ne veulent pas dire ne rien faire. Au contraire, c’est l’occasion de faire autre chose.
Le « sept du sept », des chiffres chargés de symbolisme parce qu’il évoque la perfection, il rencontre le père Dismas Clark, un jésuite qui a fondé et dirige les maisons d’accueil « Dismas House » pour les ex-détenus. Dans la revue Trinité et Vie, nouveau nom de Trinitas, il y fera un compte rendu [2].
« C’était le 7 juillet 1963, à St. Louis, Missouri. Je revenais d’un voyage à la prison-modèle de Marion, Illinois, en compagnie de R.P. Yves, aumônier à la prison des femmes, rue Fullum à Montréal. Le P. Clark nous avait fixé un rendez-vous à 8 :30 p.m. et nous reçut tous deux avec un fraternel intérêt.
Il semblait épuisé et la mort se lisait déjà sur son visage. Sa parole hésitante, son geste lent, son attitude prostrée, nous déçurent beaucoup au premier abord. Mais en moins de cinq minutes, il avait réussi à dissiper ce nuage de déception par la clarté de sa pensée, la noblesse de son idéal et le mordant de son expérience.
Je ne crains pas de le dire, le père Clark est un révolté! Mais sa révolte est féconde. Ce n’est pas une révolte anti-sociale, ou anti-chrétienne. C’est une révolte anti-façade, anti-conformiste. C’est une révolte d’ « engagé », qui ne peut supporter le masque du pharisaïsme des « faux-chrétiens ». C’est une révolte évangélique contre le sort fait aux humains par d’autres humains qui se disent « chrétiens ».
Pour donner une idée de l’homme, il suffit d’examiner son style. Une question a réussi à mettre sa pensée à découvert :
- « Mon père, comment faites-vous pour financer vos œuvres?
-C’est bien simple, dit-il, je m’adresse à ceux qui ont vraiment compris l’Évangile : les Juifs et les athées! Environ 80 % des dépenses sont assumées par les Juifs et l’autre 20% par les athées. La différence est couverte par les œuvres de charité du diocèse de St. Louis.
-Qui vous aide le plus à réaliser votre idéal de secourir les ex-détenus?
-C’est vraiment l’évêque! Oui, l’évêque anglican de St. Louis qui m’a envoyé un séminariste en vue de le former aux œuvres d’assistance.
-Qui sont vos meilleurs amis, ceux qui vous secondent le plus dans ce travail épuisant?
-Les policiers viennent de l’abattre avec une balle dans la tête, malheureusement! Mais il me reste encore James Hoffa, qui est pour moi un vrai frère. Puis à bien y penser, il y a le cardinal Ritter, archevêque de St. Louis!
La pensée du P. Clark, on le constate, n’a rien de très « orthodoxe », mais elle est un écho fidèle de l’Évangile. Dans le royaume de Dieu, les petits et les courtisanes vous précéderont à grands pas.
Le P. Clark a compris d’une façon dynamique et personnelle la doctrine du Corps mystique et, d’instinct, il s’est porté au secours des membres souffrants du Corps du Christ. « Tout ce que vous faites aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » - « J’étais nu et vous m’avez vêtu; J’étais malade et vous m’avez soigné; Assoiffé et vous m’avez donné à boire; Affamé et vous m’avez nourri; EN prison et vous m’avez visité! … »
Ce remarquable apôtre des ex-prisonniers, mieux connu sous le nom de « prêtre-voyou » (Hoodlum Priest), est né à Decatur, Illinois (E.U.), le 23 décembre 1901, de parents irlandais. Il compte sept frères et cinq sœurs. Il reçut sa formation académique à l’Université St. Louis et sa formation sacerdotale au Séminaire St. Mary’s (Kansas). Il s’est particulièrement signalé dans la lutte contre la peine capitale et s’est dépensé corps et âme auprès de criminels américains depuis 1936. Il fonda en 1959, son premier centre de réhabilitation connu sous le nom de « Dismas House » et son rayonnement est assuré aujourd’hui par 5 autres maisons du genre, dont les deux plus considérables sont à Chicago et à Toronto.
C’est le 15 août, en la fête de l’Assomption de la Vierge, que le R.P. Clark est mort après deux semaines d’hospitalisation.
L’homme a disparu et c’est une perte pour toute l’humanité, car son cœur et son esprit sont de ceux qu’on retrouve une fois par cent ans… Et encore! Cependant, sa pensée survit dans ses œuvres et la doctrine évangélique qui l’a éclairé dans sa doctrine devrait continuer à guider tous ceux qui œuvrent dans le champ de la réhabilitation sociale.
Pour le P. Clark, l’ex-détenu est un homme destiné au bonheur éternel et ses erreurs passées lui donnent droit, plus qu’aux autres, à la rédemption du Christ : « Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs ». Depuis l’avènement du Christ, tous les hommes sont liés entre eux par un nouveau lien : en plus de participer à la même nature humaine, ils sont tous appelés à la même vie divine. Si nous sommes frères dans le Christ, le prisonnier est donc mon frère, un frère dans le plus grand besoin. Il veut simplement sa part d’amour fraternel et sa part d’héritage! Un frère peut-il refuser cela à son frère? »
Cette rencontre a visiblement marqué Jean-Paul.
À Rome
Les 30 septembre, 1er et 2 octobre 1963, Jean-Paul Regimbal participe à des journées d’études organisées par le Secrétariat international pour l’apostolat trinitaire à Rome, qui regroupent les responsables nationaux d’Italie, d’Espagne, des États-Unis et du Canada. L’événement est organisé à l’occasion de la grande fête du 750e anniversaire du décès de Jean de Matha. Il s’agit de son premier voyage dans la ville éternelle.[3]
Il est accompagné de son supérieur provincial, le père Herman Coutu (en religion Rodrigue de Saint-Pierre).
Jean-Paul Regimbal y donne une conférence sur l’introduction de la très sainte Trinité dans les foyers.
Puis, du 3 au 6 octobre 1963, les deux Canadiens participent aux fêtes commémoratives officielles à Rome. Des instants féconds pour Jean-Paul et son Ordre.
Durant ces jours dans la ville de Pierre, Jean-Paul Regimbal a peut-être redit dans sa prière ces paroles de Jean de Matha : « Je suis tout à vous, ô mon Dieu, que voulez que je fasse ? […] Qui me donnera des ailes de colombe pour voler dans le désert et pour me reposer dans la solitude? »[4]
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[1] Dans ses mémoires, le père Armand Gagné (« Il était une foi », p. 137. SHHY P049) décrit Jean-Paul Regimbal en ces mots : « Dans tout ce qu’il faisait, il se donnait corps et âme. Comme il souffrait d’asthme chronique, il devait faire attention à lui. Mais il était tellement généreux de son temps et enthousiaste qu’il finissait toujours par dépasser ses forces. »
[2] Jean-Paul Regimbal. « Rencontre avec le père Dismas Clarck, s.j. », Trinité et vie, septembre-octobre 1963.
[3] C’est ce que m’a déjà affirmé un trinitaire à la fin des années 1990. Cette information repose donc sur mon souvenir personnel.
[4] Cité dans : « Jean de Matha un fondateur d’avant-garde », Éditions Anthème Fayard, Paris, 1960.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Au service funéraire du père Jean-Paul Régimbal
Au service funéraire du père Jean-Paul Régimbal
Par Daniel Paquette
GRANBY — Plusieurs centaines de fidèles se sont pressés dans l'église Sainte-Famille de Granby, hier après-midi, pour assister aux funérailles du père Jean-Paul Régimbal. Dans les jubés, sur le parterre, dans les allées, la ferveur se lisait sur tous les visages.
Dans son homélie, Mgr Louis Langevin, évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe, a rassuré les charismatiques sur l'avenir de leur mouvement, contesté par certains évêques, en affirmant clairement que « le Renouveau charismatique doit continuer », ce qui a eu l'heur de plaire aux disciples du mouvement.
D'ailleurs, en début d'office, plusieurs personnes ayant travaillé aux côtés du père Régimbal, aux Centres Paul VI et à l'Eau Vive, par exemple, ont offert un moment de prière pour que les deux œuvres se poursuivent au-delà de sa vie.
Le père Jean-Paul Régimbal, grand évangélisateur, avait ses propres limites, a noté Mgr Louis Langevin, pour désamorcer les tensions existant avec les détracteurs du Renouveau charismatique. Il a aussi rappelé l'importance de recouvrer l'Esprit Saint dans la vie des hommes, le fondement de la charité qu'a toujours pratiquée le père trinitaire.
Étonnamment, la messe s'est déroulée sobrement. Pas de bras levés vers le ciel, pas de prière spontanée, pas de chant en langues, pas d'imposition des mains; toutes ces manifestations extérieures habituelles aux charismatiques ont fait place à des larmes discrètes et à une participation intense aux chants et à la liturgie mortuaire.
À la sortie du cercueil de l'église, la foule a applaudi, quoique brièvement, le père Régimbal en hommage à son œuvre.
Une bonne centaine de disciples sont venus toucher de la main le cercueil pour y prier et se recueillir avant que celui-ci soit poussé à l'intérieur du corbillard. Pendant ce temps, au loin, les cloches de l'église Notre-Dame, la paroisse voisine, volaient dans le ciel de Granby.
La famille du défunt occupait quatre rangées de bancs derrière les Pères trinitaires et plusieurs curés de paroisses de la région avaient revêtu l'aube. De plus, de nombreuses personnalités assistaient à la messe funéraire, dont MM. Jean Lapierre et Roger Paré, députés fédéral et provincial de Shefford, ainsi que MM. Mario Girard et Horace Boivin, respectivement maire et directeur des relations publiques de Granby.
La dépouille mortelle a été conduite à Saint-Bruno où elle fut inhumée dans le cimetière des Pères trinitaires. Ceux-ci n'ont eu accès au cimetière qu'à compter de midi, soit quelques heures avant l'inhumation, à cause de l'incendie de l'entrepôt de BPC à Saint-Basile-le-Grand.
(La Voix de l'Est, 13 septembre 1988, p. 3)
NEUROSCIENCES : Des maladies mentales pourraient avoir des bases génétiques communes
Par Benoit Voyer
10 septembre 2026
Les chercheurs ont analysé les données génétiques de plusieurs centaines de milliers de personnes et découvert que certaines pathologies considérées jusqu’ici comme distinctes partagent des facteurs génétiques communs.
Ces découvertes pourraient modifier la manière de comprendre les troubles psychiques. Plutôt que de considérer chaque maladie dans une catégorie isolée, les chercheurs identifient maintenant des groupes de vulnérabilités communes touchant notamment la dépression, l’anxiété, la schizophrénie, les troubles bipolaires, l’autisme ou certaines dépendances.
Cette avancée rappelle toutefois que les gènes ne déterminent pas à eux seuls la santé mentale. Les chercheurs soulignent l’importance des facteurs déclencheurs et de la prévention, notamment par une bonne hygiène de vie, l’activité physique et la réduction des facteurs de stress.
Cette vaste étude internationale a été publiée dans la revue Nature et reprise par le magazine Psychologies au début de 2026. Elle nous apporte un nouvel éclairage sur l’origine de plusieurs maladies mentales.
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Aimer au-delà des oppositions, même en campagne électorale
Par Benoit Voyer
10 septembre 2026
Le Québec est en campagne électorale. Le 5 octobre, la population est invitée à voter pour un candidat ou une formation politique. Nous sommes à l’heure des choix.
Les sondages laissent croire que le Parti québécois dirigé par Paul Saint-Pierre Plamondon pourrait diriger le prochain gouvernement. Si cela se réalise, les Québécois seraient de nouveau appelés aux urnes au cours du prochain mandat afin de répondre à la question : Voulez-vous que le Québec devienne un pays? Oui ou non? La tenue d’un référendum sur l’indépendance constitue un engagement du Parti québécois.
En ce moment, mon propos n’est pas politique. Bien que je ne sois pas bien chaud à l’idée d’une autre campagne référendaire, je ne suis pas contre une consultation populaire. Pour moi, la démocratie est un principe sacré.
Ces dernières heures, je relisais le document « Le peuple québécois et son avenir politique »[1] publié le 15 août 1979 par les évêques catholiques du Québec en prévision du référendum de 1980.
Les évêques ne prennent pas parti. Ils adopteront d’ailleurs la même attitude en 1995. Il n’est pas question pour eux de déterminer qu’elle option est ou non moralement acceptable. La foi chrétienne ne détermine pas le choix constitutionnel ou partisan d’un peuple. Autrement dit, l’Évangile ne dit rien à ce sujet. En revanche, il interpelle chacun sur la réflexion à faire avant d’aller voter.
Dans mes souvenirs
En 1995, dans un entretien qu’il m’accordait pour la Revue Notre-Dame du Cap [2], l’évêque de Saint-Jean-Longueuil, Mgr Bernard Hubert, me disait : « On est bien conscient que ça doit relever de la démocratie et des choix de la population ».
Il reprend ainsi une déclaration épiscopale de 1972 : «Nous affirmons que toutes les options politiques respectueuses de la personne et de la communauté humaine sont libres, tant au plan individuel que collectif »[3].
Au cours de l’entretien, Mgr Hubert m’a retracé l’historique des déclarations faites depuis 1967 par les évêques qui ont toujours affirmé, depuis ce temps, qu’il y a deux groupes fondateurs distincts au Canada : «Les évêques ont été conscients du fait que le Québec constitue une communauté ayant son unité, son individualité et son génie propre et qu’il possède, à ces titres, un droit inaliénable et indiscutable à l’existence et à l’épanouissement.»
Parlait-on déjà parler d’une forme de société distincte? Mgr Hubert me répondait to de go : «On n’utilisait pas ce terme, mais une société qui avait, à cause de sa concentration francophone, un rôle particulier». Il estimait que le choix des individus devait s’exprimer clairement au moment du référendum.
Respecter l’adversaire
La déclaration des évêques québécois insistait fortement sur le respect. Il est possible de vivre ensemble collectivement sans avoir la même vision politique pour l’avenir du Québec. Il appartient à chacun de respecter « l’adversaire politique » et de chercher sans cesse un climat capable de clarifier, sinon de rapprocher les positions. Le désaccord ne justifie ni le rejet ni le mépris de l’adversaire.
Bien entendu, les conflits sont inévitables. Les évêques insistaient : « Le chrétien […] s’appliquera à les rendre positifs et féconds, en particulier par un effort soutenu pour qu’ils se vivent dans le respect des autres ». En tête des priorités de la discussion, on doit garder « la dignité des personnes », même lorsque « divergent les opinions et les intérêts ».
Ainsi donc, on peut avoir un « adversaire », être profondément en désaccord avec lui et combattre ses idées, tout en refusant de cesser de l’aimer et de le respecter. Le chrétien est appelé à dépasser son intérêt personnel et son égoïsme et, malgré tout, rechercher la fraternité et la solidarité.
En repensant à tout cela, me sont revenus à l’esprit ces propos du frère Marie-Victorin dans une lettre adressée à Marcelle Gauvreau le 21 juin 1937 : « Comme vous le dites, dans le domaine de la charité en paroles, l’exemple est la meilleure prédication. Dites du bien de ceux que l’on attaque quand cela est possible ».[4]
Et ces paroles de Jésus : « Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient » (extrait de Lc 6, 27-35).
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[1] Assemblée des évêques catholiques du Québec. « Le peuple québécois et son avenir politique » message du 15 août 1979.
[2] Benoit Voyer. « L’Église et la politique – Le choix d’un peuple », Revue Notre-Dame du Cap, avril 1995, pp. 11 à 13.
[3] « Les évêques canadiens et la vie politique du Canada », L’Action-Québec, 27 avril 1972, p. 6. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3490324
[4] Frère Marie-Victorin. « Lettres sur la sexualité humaine », Boréal, 2024.
MA FOI DU BON DIEU : Sanctuaire Notre-Dame-des-Martyrs
JOURNÉES DU PATRIMOINE RELIGIEUX
Les 11, 12 et 13 septembre 2026
a lieu la 9e édition des
Journées du patrimoine religieux
JEAN-PAUL REGIMBAL : Rédacteur en chef
Par Benoit Voyer
10 septembre 2026
Coup de théâtre ! Dans la première édition de 1958 [1] de la revue Trinitas, on apprend qu’il devient rédacteur en chef.
En page 3, il signe son premier éditorial. À l’intention des abonnés, il leur adresse d’abord des excuses pour le manque de fidélité. Et puis, il demande de l’aide pour une diffusion plus large de la revue :
« Si la direction met toute sa confiance en la bienveillante providence de la Trinité, elle ne cesse pas, pour autant, de faire appel à ses lecteurs pour assurer la survie de la revue Trinitas ! Pour elle, comme pour nous tous, s’applique l’adage séculaire : aide-toi et le ciel t’aidera !
C’est pourquoi, dès son premier numéro, Trinitas vous invite, chers lecteurs, à contribuer, par votre modeste part, à la survivance définitive de votre revue. Qui d’entre vous ne connait pas un parent, un ami, capable de devenir un lecteur assidu des pages si pleines de haute doctrine et de vivante spiritualité de la revue Trinitas ? Qui d’entre vous encore ne peut se faire un point d’honneur de trouver cinq abonnements dans son proche voisinage ? Qui enfin ne peut trouver un instant de libre pour écrire ses suggestions, ses désirs et ses projets à la direction de la revue afin que chaque numéro apparaisse plus adapté, plus attrayant, plus intéressant ?
Oh ! C’est bien évident, les objections s’accumulent nombreuses dans votre esprit : si le passé se porte garant de l’avenir, ce n’est guère prometteur ! On a payé mais on n’a rien reçu ! Etc.
Pour ce qui est du passé, rappelons cette sentence des auteurs spirituels : Confions le passé à la miséricorde de Dieu, l’avenir à la providence et le présent à son amour... Certes, nous regrettons de n’avoir pu répondre avec autant d’assiduité qu’on était en droit d’attendre de nous, aux légitimes revendications de nos lecteurs. Mais une chose demeure : la volonté arrêtée de satisfaire le plus tôt possible à nos engagements vis-à-vis de nos lecteurs.
Quant à ceux qui n’ont pas reçu les six numéros pour lesquels ils avaient versé un abonnement, qu’ils soient sans inquiétude ! La direction leur offre la garantie de leurs six exemplaires ou le plein remboursement de la somme perçue. »
Un peu plus loin. Il publie son deuxième article de la série « La Trinité dans ma vie ». Il y traite de la deuxième personne de la Trinité : Jésus, le Fils [2].
Dans la deuxième parution de 1958, il poursuit sa série sur la Trinité en poursuivant sa dissertation sur la deuxième personne : le Fils [3]. Il y traite aussi de la guérison dit-on miraculeuse du petit Daniel, 5 ans, fils de Paul Cloutier, de Granby [4], et rend hommage au père François-Xavier de l’Immaculée-Conception [5]. Ce dernier texte n’est pas signé, mais tous savent qu’il est de lui [6].
D’ailleurs, puisqu’il écrit et écrira 3 à 4 textes par numéro, afin que son nom ne paraisse pas trop souvent, il signe aussi sous quelques pseudonymes, dont « Jean-Baptiste de la Trinité », où il omet de signer comme c’est le cas pour cet article.
Dans la quatrième édition, en octobre et novembre 1958, dans sa série sur la Trinité, il traite du Saint-Esprit.[7] Il dresse aussi un historique de la dévotion à Notre-Dame du Remède au Canada [8].
En décembre 1958, dans son éditorial, il souhaite ses meilleurs vœux pour la fête de la Nativité [9], fait écho au courrier des lecteurs qui témoignent des bienfaits physiques et moraux qu’ils attribuent à l’intercession de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi [10] et signe le dernier billet de la série « La Trinité dans ma vie »[11].
En février-mars 1959, la revue Trinitas consacre son numéro aux frères convers de l’Ordre trinitaire à l’occasion du 35e anniversaire de la fondation des Trinitaires au Canada [12]. Après son éditorial [13], Jean-Paul signe des articles sur l’ordre religieux : « La Trinité dans la vie du frère convers » [14], « Un saint d’actualité » (un long texte sur saint Jean de Matha) [15], « Premières tentatives de fondations » (les prémisses de l’implantation des Trinitaires au Canada) [16] et « L’histoire d’une province » [17].
Jean-Paul donne un second souffle à Trinitas. Et ça ne fait que commencer !
Dans le premier numéro de 1960, il parle des souhaits de son Ordre religieux et, bien entendu, des siens, pour l’avenir de la revue. Il écrit [18] :
« Comme la plupart d'entre vous, chers lecteurs, la direction de la revue doit prendre, elle aussi, de bonnes résolutions au début de l'an neuf ! Mais prendre une résolution n'est pas toujours une garantie de la tenir jusqu'au bout. C'est pourquoi la Direction vous invite dès aujourd'hui à la clémence si, par moments, elle devait manquer à l'une ou l'autre des résolutions prises devant vous. Quoi qu’il en soit, voici les projets pour l'année 1960.
I) Une parution périodique stable : nous sommes tout aussi désolés que vous du retard de ce numéro. Mais, il faut y voir la main de la Providence pour la réalisation d'un plus grand bien. Les hommes, fussent-ils directeurs de revues religieuses, ne sont pas exempts des vicissitudes de la nature : ils doivent eux aussi payer un tribut à la maladie lorsqu'ils ont dépassé les limites de leurs forces…
2) Une nouvelle présentation : nouvel an, nouvel habit ! Au cours de cette année 1960, la Revue TRINITAS projette de changer son titre latin – peut-être un peu trop savant – pour le titre français "TRINITÉ ET VIE". Il y aurait à cela un double avantage : d'abord celui d'enlever le préjugé que cette revue ne s’adresse qu'aux membres du clergé et qu'au public des fins lettrés (en raison de son titre LATIN) ; ensuite c'est pour exprimer d’une façon concrète le but de cette revue : celui de guider les fidèles vers une vie chrétienne plus profonde en basant cette vie sur le mystère primordial de notre foi, la très sainte Trinité.
3) Un plus grand nombre d'abonnés : il faut que le bien se répande le plus possible. Les enfants de la Lumière doivent être aussi habiles que les enfants des ténèbres. Il n'y a pas une seule revue qui diminue son tirage d'année en année : c'est pourquoi l'objectif fixé pour l'année en cours est de 5 000 abonnés avec l'espoir d'atteindre 10 000 abonnés pour 1961.
À cet effet, nous ouvrirons cette année encore un grand concours d'abonnement qui se terminera le 20 octobre prochain. Ce concours commencera dès la parution du premier numéro de "TRINITÉ ET VIE" en mai prochain. C'est vous dire, chers lecteurs, combien nous comptons sur chacun d'entre vous pour répandre la bonne littérature et la riche spiritualité contenues dans les pages de VOTRE REVUE !
4) Un plus grand nombre de pages : si tout fonctionne d'après nos prévisions pour cette année, le premier numéro de TRINITÉ ET VIE aura non plus 16 pages comme TRINITAS, mais bien 32 pages de texte vivant, enrichissant, dynamique et… sanctifiant !
5) De nouvelles rubriques : avec l'accroissement de pages, vous verrez paraître de nouvelles sections, dont la plus intéressante portera le nom : "LE COURRIER DU P. CHARLES", chronique morale rédigée par la plume originale du R. P. Charles (Lebel) de l'Immaculée-Conception, o.ss.t. Une autre section, chargée de nouvelles "catholiques" : "CATHOLICISME AUJOURD'HUI", vous apportant périodiquement les grandes nouvelles catholiques du monde entier. Votre reporter sera le R.P. Rosaire de Saint-Jérôme, o.ss.t.
6) Une section d'annonces : pour aider au financement de cette revue très dispendieuse, nous aurons recours à des bienfaiteurs qui voudront bien subventionner notre œuvre en faisant publier dans nos pages leurs cartes d'affaires. Nous encourageons vivement nos lecteurs à patronner nos annonceurs par leur clientèle assidue. »
Il ne le sait pas encore : il ne restera que deux ans à la tête du magazine des Trinitaires. La revue n’atteindra jamais les 10 000 abonnés. Et Jean-Paul passera quelques années en prison.
Parallèlement à son travail pour Trinitas, Jean-Paul continue sa formation universitaire et prépare avec les pères François Desraspe et Rosaire Pépin un livre sur saint Jean de Matha. L’ouvrage paraîtra en 1960 aux Éditions Anthème Fayard, à Paris.
Pour Jean-Paul et les Trinitaires, la Vierge Marie veille sur l’Ordre. Le 21 mars 1961, le pape Jean XXIII proclame Notre-Dame du bon remède sainte patronne de l’Ordre de la très sainte Trinité [19].
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[1] Jean-Paul de Jésus. « Résurrexit siut dixit Alleluia ! », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, no 3, 1958, pp. 3 à 4 (SHHY – Fonds P049).
[2] Cf. Jean-Paul de Jésus. « La Trinité dans ma vie - III - Dieu le Fils dans ma vie », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, no 3, 1958, pp. 7 à 9 (SHHY – Fonds P049).
[3] Cf. Jean-Paul de Jésus. « La Trinité dans ma vie - II - Dieu le Père dans ma vie », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, no 2, 1958, pp. 7 à 9 (SHHY – Fonds P049).
[4] Cf. Jean-Paul de Jésus. ”Guérison merveilleuse du petit Daniel Cloutier de Granby », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, no 3, 1958, p. 20 (SHHY – Fonds P049).
[5] Références à venir
[6] Détail que j’ai appris par l’intermédiaire du père Armand Gagné lorsque je travaillais pour la maison des Trinitaires, à Granby.
[7] Cf. Jean-Paul de Jésus. « La Trinité dans ma vie – IV – Dieu le Saint-Esprit dans ma vie », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, no 4, octobre-novembre 1958, pp. 4 et 5 (SHHY – Fonds P049).
[8] Cf. Jean-Paul de Jésus. « Le culte de Notre-Dame du Remède au Canada », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, no. 4, octobre-novembre 1958, pp. 20 à 22 (SHHY – Fonds P049).
[9] Cf. Jean-Paul de Jésus. « Paix aux hommes de bonne volonté », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, no 5, décembre 1958 et janvier 1959, pp. 3 et 4 (SHHY – Fonds P049).
[10] Cf. Jean-Paul de Jésus. « La bienheureuse Anna-Maria Taïgi – A l’œuvre… dans les épreuves », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, no 5, décembre 1958 et janvier 1959, pp. 18 et 19 (SHHY – Fonds P049).
[11] Cf. Jean-Paul de Jésus. « La Trinité dans ma vie – Vers le père, par le Fils, dans le Saint-Esprit », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, no 5, décembre 1958 et janvier 1959, pp. 6 à 8 (SHHY – Fonds P049). https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/05/vers-le-pere-par-le-fils-dans-le-saint.html
[12] Cf. Jean-Paul de Jésus. « Éditorial – Apôtre inconnu… », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, no 6, février et mars 1959, pp. 3 à 5 (SHHY – Fonds P049). https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/05/apotre-inconnu.html
[13] Cf. Jean-Paul de Jésus. « La promesse des fruits », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 5e année, no 2, février, juin et juillet 1959, p. 3 (SHHY – Fonds P049).
[14] Cf. Jean-Paul de Jésus. « La Trinité dans la vie du frère convers », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 4e année, no 6, février et mars 1959, pp. 13 à 15 (SHHY – Fonds P049). https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/05/la-trinite-dans-la-vie-du-frere-convers.html
[15] Cf. Jean-Paul de Jésus. « Un saint d’actualité », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 5e année, no 2, février, juin et juillet 1959, pp. 4 à 15 (SHHY – Fonds P049). https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/05/un-saint-dactualite.html
[16] Jean-Paul de Jésus. « Premières tentatives de fondation », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 5e année, no 2, février, juin et juillet 1959, pp. 18 et 19 (SHHY – Fonds P049). https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/05/premieres-tentatives-de-fondation-des.html
[17] Jean-Paul de Jésus. « L’histoire d’une province », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, 5e année, no 2, février, juin et juillet 1959, pp. 24 à 28 (SHHY – Fonds P049).
[18] Jean-Paul de Jésus. « Résolutions du Nouvel An », Trinitas – revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très Sainte Trinité », janvier-février 1960, pp. 3 et 4 (SHHY – Fonds P049). https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/03/le-present-du-passe-resolutions-du.html
[19] Cf. José Gamarra, ministre général de l’Ordre de la très sainte Trinité. « Avec Marie, entrons dans une étape nouvelle », 16e lettre circulaire, 31 mai 1987 (SHHY P049).
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Le père Régimbal
Par Valère Audy
La mort vient d'emporter, en moins d'une semaine, quatre autres citoyens qui ont fait leur marque à Granby : le père Jean-Paul Régimbal, le frère André Dansereau, MM. Hervé Breault et Bernardin Hubert.
De tous, c'est certes le père Régimbal qui est le plus connu.
Trinitaire, celui-ci a d'abord enseigné, pour ensuite servir comme aumônier à Bordeaux et ailleurs. Il fut un ardent promoteur du Renouveau charismatique et se dépensa au bénéfice des chrétiens persécutés. Il a aussi publié des livres à Paris, Montréal et Sherbrooke, en plus de composer des hymnes, des messes et des psaumes, et d'animer une foule d'œuvres.
Mais, chez nous, c'est surtout comme prédicateur et communicateur qu'il s'est imposé. Que de gens ont répondu à son appel et bu ses propos dans le cadre des activités du Renouveau charismatique! Et que d'attention il a retenu dans sa lutte contre la musique rock qui véhiculait, paraît-il, des messages subliminaux dédiés à Satan.
Ses œuvres n'ont cependant pas toutes fait l'unanimité dans le milieu religieux comme à l'extérieur. Ce qu'on craignait le plus, c'était le débordement du mouvement charismatique, la propension de plusieurs de ses adeptes à l'exagération et à l'exaltation, de même que, concernant la musique rock, les conclusions hâtives.
Cela dit, il faut tout de même reconnaître que le père Jean-Paul Régimbal a fait beaucoup de bien, qu'il n'a jamais eu honte de sa foi, qu'il l'a ouvertement affichée partout, qu'il invitait les autres à la partager et à en témoigner publiquement.
De même, il faut aussi reconnaître que c'est à fond qu'il s'est donné à toutes les œuvres qu'il a embrassées.
(La Voix de l'Est, 12 septembre 1988, p. 8)
PSYCHOLOGIE : Le regard, ce langage silencieux
Par Benoit Voyer
9 septembre 2026
Avant même que des paroles soient prononcées, les yeux établissent une relation avec l’autre. En thérapie, ils peuvent rassurer, soutenir, mais aussi réveiller des blessures anciennes liées à la honte, au jugement ou au besoin d’être reconnu.
Dans l’édition du 18 mars 2026 du magazine français Psychologies, Hélène Fresnel explique que le visage du thérapeute devient parfois un écran sur lequel le patient projette ses attentes et ses craintes : être accepté, compris ou au contraire jugé.
On comprend donc que le regard n’est pas un simple échange visuel, mais un élément bien vivant dans la relation humaine.
Le psychiatre et psychanalyste Maurice Corcos écrit : « être, c’est être perçu, mais c’est surtout être rêvé, imaginé, pensé et représenté à soi et au monde avant que d’être parlé. »
Regarder avec bienveillance peut aider un être fragilisé à retrouver un sentiment de sécurité. Il ne s’agit pas de fixer constamment l’autre ni d’éviter son regard, mais de trouver la juste distance. L’important, c’est de dire : « Je suis là ». Un regard bref et stable dans un moment de détresse, sans envahir l’espace du patient, peut être guérissant.
La communication non verbale peut donc devenir un véritable outil clinique. Une expression du visage, un silence, ou un changement dans l’attention portée à l’autre peuvent grandement influencer la relation.
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Le bonheur n’est jamais bien loin
Par Benoit Voyer
9 septembre 2026
Dans son récit au style littéraire évangélique, Luc rapporte des paroles de Jésus qui ont une grande portée : « Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme» (Lc 6, 20-26) .
Lorsque je lis un texte biblique, j’aime me transporter dans le récit par le biais de mon imagination. J’ai appris cette manière de faire en lisant et relisant les écrits de saint Josémaria Escriva. En guise d’exemple, dans une méditation sur la scène de l’annonciation, il écrit : « Toi, tu es dans cette maison tout ce que tu voudras : un ami, un serviteur, un curieux, un voisin… — Quant à moi, je n’ose pas être quoi que ce soit en ce moment. Caché derrière toi, je contemple la scène, ébloui. » C’est un peu l’exercice que j’ai fait avec ce récit raconté par Luc.
En commençant la lecture, j’ai été étonné par un détail : Jésus lève la tête et regarde ses élèves, ces « gars » et, probablement, ces femmes, même si les textes ne le disent pas explicitement. Si on lit bien, on dirait qu’il veut les encourager à persévérer, malgré leur fatigue.
Puis, on pourrait presque entendre Jésus dire : « Debout ! ».
Le maître n’aime pas voir ceux qui le suivent à genoux. J’ouvre une parenthèse : C’est ici une figure de style. Je veux être clair. Je ne veux pas dire que je suis contre le fait qu’on se mette à genoux pour prier. Je parle ici d’humiliation. À genoux est ici employé dans le sens de « courber l’échine », se soumettre, s’humilier devant quelqu’un, céder sous la pression, accepter une domination ou une humiliation, etc. Je referme la parenthèse.
J’écrivais donc que le maître n’aime pas voir ceux qui le suivent à genoux.
C’est comme s’il disait : « Relève la tête ! » Sois dans la joie, même lorsque tu traverses l’épreuve. Le bonheur est près de toi, il est à ta portée. Accueille-le, laisse-le grandir en toi. Tu découvriras peut-être qu’il était déjà là, caché au plus profond de toi, attendant que le « règne de Dieu » le fasse éclore. N’est-ce pas saint Augustin qui écrivait : « Tu étais au-dedans de moi, et moi j’étais au-dehors » (Confessions, X, 27) ?
En d’autres mots, pour reprendre une réflexion de Christian Beaulieu : « On veut éviter le vide : pourtant on devrait le traverser. Une épreuve ne se contourne pas, elle se traverse. On ne sort pas d'une souffrance en la neutralisant, mais en la vivant. On ne guérit pas une blessure en l'oubliant, mais en l'ouvrant et en la vidant. »[1]
Malgré les défis de l’existence, Jésus nous redit que le bonheur n’est jamais bien loin. Allons, debout !
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[1] Christian Beaulieu. Du vent plein les voiles, Éditions du Renouveau, 1984.
MA FOI DU BON DIEU : Sanctuaire Notre-Dame-des-Martyrs
En union spirituelle avec les pèlerins du Sanctaire Notre-Dame-des-Martyrs, à Midland, en Ontario. Jusqu'au lundi de l'Action de grâce, en octobre, la messe y est célébrée chaque jour à 10 h 30, 12 h et 15 h. Chaque samedi et dimanche s'ajoutent des rendez-vous à 9 h et 9h et 19 h 30.
JEAN-PAUL REGIMBAL : Allez, je vous envoie
Par Benoit Voyer
9 septembre 2026
Jean-Paul se tourne vers l’assistance et dit : « Ite, missa est ». La foule répond : « Deo gratias ». Ces mots sont chargés de sens. Ce n’est pas seulement l’indication que la célébration eucharistique est terminée. C’est aussi un envoi en mission. Chacun est invité à porter le message de Jésus à travers les gestes de la vie quotidienne.
Ainsi se termine la première messe présidée par le jeune prêtre trinitaire, ordonné prêtre, quelques heures plus tôt, le samedi 11 mai 1957, dans l’église Saint-Vincent-de-Paul, à North Bay, dans le nord de l’Ontario [1].
Aujourd’hui, tout était plus simple et il y avait un peu moins de monde. Le nouveau membre du clergé catholique a officié sa première messe dans le rite romain, en latin, dos à l’assistance, le regard en direction de l’autel (ad orientem) où se retrouvaient le missel, le calice et le ciboire, les chandeliers et les « cartes d’autel ». C’est le dos droit et fier qu’il a lu l’acte de la consécration du pain et du vin.
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| Église catholique Saint-Vincent-de-Paul, à North Bay |
Au calendrier liturgique en vigueur, on commémorait saint Philippe et saint Jacques le Mineur. Philippe est l’apôtre qui conduit les femmes et les hommes à Jésus. Jacques est celui qui parle de cette foi qui transforme concrètement la vie et s’incarne dans l’action. Les deux rappellent de manière concrète le « contemple-action » de saint Ignace de Loyola, le fondateur des Jésuites.
L’église Saint-Vincent-de-Paul est de style classique avec une nef large, de hautes colonnes ornées de chapiteaux corinthiens et un maître-autel très élaboré où on célèbre la messe dos au peuple.
Les bancs étaient pleins. On pouvait remarquer la présence de plusieurs femmes portant le couvre-chef comme c’était l’usage chez les catholiques durant les années 1950.
Sa famille était présente. Emma, sa mère, était aux premières loges, elle portait un manteau sombre garni de fourrure et, bien entendu, elle était coiffée d’un chapeau. On peut facilement imaginer la fierté de cette mère qui a donné naissance à ce jeune homme, l’a fait baptiser et éduquer dans la foi chrétienne, l’a vu grandir, évoluer, discerner sa vocation et traverser de longues années de formation.
Après avoir présenté son enfant à Jésus le jour de son baptême, c’était maintenant à son tour de la conduire à Dieu. Son fils, le fruit de sa chair, déposait sur sa langue le « Corps du Christ », ce Jésus né de la Vierge Marie, la patène sous le menton tenue par le père Saint-Pierre. Le moment était chargé d’émotions pour elle et pour lui.
Ce jour du mois de Marie était divin.
Professeur
À partir de ce jour, Jean-Paul ne chômera pas. Il est rapidement nommé professeur au Séminaire Sainte-Trinité, à Montréal. Il y enseigne l’anglais, la littérature anglaise et l’initiation aux beaux-arts.
En 1979, en puisant dans ses souvenirs, il racontera : « Un jour que je faisais la classe aux tout petits, je leur ai demandé quels étaient les sept dons du Saint-Esprit. Savez-vous ce que j’ai eu comme réponse? L’orgueil, l’avarice, l’envie… Si j’avais tenté l’expérience avec vous cet après-midi, peut-être aurions-nous eu des surprises! On m’aurait donné les sept péchés capitaux au lieu des sept dons du Saint-Esprit… » [2]
La communauté des Trinitaires
En 1957, l’Ordre de la Très Sainte Trinité poursuit son expansion au Canada. Depuis 1924, il n’a pas cessé de le faire.
Le 8 septembre, en la fête de la Nativité de la Vierge Marie, la nouvelle église Saint-Jean-de-Matha, sur la rue Allard, dans le quartier de Ville-Émard, est bénite solennellement.[3]
Puis, à Granby, le 8 décembre [4], en la solennité de l’Immaculée Conception, s’ouvre officiellement la paroisse Très-Sainte-Trinité-de-Montplaisant et la maison Regina Mundi, un nouveau centre de retraites spirituelles.
Ce dimanche, à l’église Sainte-Famille, à Granby et à la chapelle des Trinitaires, le curé Louis-Philippe Nadeau et le père Gérard Saint-Pierre lisent aux prônes des deux lieux de culte le décret de Mgr Arthur Douville, l’évêque de Saint-Hyacinthe, annonçant la fondation de la paroisse granbyenne qui sera animée par les Trinitaires.[5]
Le 15 décembre, la paroisse est finalement érigée canoniquement. La convention est signée le 23 décembre.
Regina Mundi [6], le nom de la nouvelle maison, est, bien entendu, en lien avec la dévotion des Trinitaires à Notre-Dame du Rachat et, surtout, en référence à l’Année mariale de 1954 proclamée par le pape Pie XII à l’occasion du centenaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception. C’était l’année de la mise en chantier du projet de cette nouvelle maison religieuse.
Les plans du bâtiment sont l’œuvre de l’architecte S.N. Parent de Montréal et la construction a été réalisée par la maison Bernier et Gagné de Granby. Cette dernière a couté 450 000 $.
Le choix d’ouvrir une maison de retraites fermées n’était pas étranger à la grande popularité qu’elles connaissaient. En 1955, il y avait un peu plus de 60 maisons du genre au Canada, dont la Maison Marie-Médiatrice, située au 35 rue Dufferin, à Granby, dirigée par les sœurs Missionnaires de l’Immaculée-Conception, congrégation fondée par la vénérable Délia Tétreault, et les sessions données par les sœurs Auxiliatrices des âmes du purgatoire dans leur maison du boul. Leclerc, à Granby, près de la rue Dufferin.
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| Maison Regina Mundi, à Granby, vers 1958 |
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[1] "Chez les Trinitaires", La Presse, 18 mai 1957, p. 42. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2877609
[2] Cf. Jean-Paul Regimbal. « Les charismes », conférence prononcée au Congrès national de juin 1979, Assemblée canadienne francophone du renouveau charismatique catholique, 1980, pp19-24. (SHHY, Fond P049). https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/06/les-charismes.html
[3] Il est fort probable que Jean-Paul Regimbal ait participé à l’événement puisqu’il s’agit d’un moment important de la vie communautaire des Trinitaires,
[4] Cf. Benoit Voyer. « Le monastère a 40 ans », Trinité – Le bulletin d’information de la maison de spiritualité des Trinitaires de Granby, juin 1997, p. 1. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/07/il-etait-une-fois-dans-les-medias-la.html
[5] Cf. Voix de l’Est, 9 décembre 1957.
[6] En français, Marie Reine du monde.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Des centaines de personnes se recueillent sur la dépouille du père Jean-Paul Régimbal
Plusieurs centaines de personnes se sont recueillies, tout au long de la fin de semaine, sur la dépouille du père Jean-Paul Régimbal, exposée dans la salle communautaire de la maison des Pères trinitaires, au Mont-Plaisant, à Granby.
Celui-ci est décédé jeudi dernier d'une crise cardiaque.
Quelques larmes discrètes versées au coin de l'œil et de nombreuses séances de prière ont ponctué les visites. Plusieurs personnes avouaient perdre un ami, un confident, un père spirituel.
Plusieurs frères et sœurs du défunt se mêlaient aux groupes et l'atmosphère demeurait lourde et triste malgré les retrouvailles.
Venues des quatre coins du Québec, plusieurs congrégations religieuses étaient représentées pour remettre leurs messages de sympathie à la famille et rendre hommage au père du Renouveau charismatique.
Les funérailles, présidées par Mgr Louis Langevin, évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe, auront lieu aujourd'hui à l'église Sainte-Famille, à 14 h.
(La Voix de l'Est, 12 septembre 1988, p. 4.)
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