POLITIQUE : Construire ensemble une société meilleure

Construire ensemble une société meilleure

Deuxième message des évêques du Québec sur l'évolution politique de la société québécoise, le 9 janvier 1980

Les réactions favorables reçues à la suite de la publication de notre message pastoral intitulé Le peuple québécois et son avenir politique nous ont encouragés à demeurer attentifs aux travaux et aux études qui préparent le prochain référendum. Nous répondons ainsi nous-mêmes à l'appel lancé par Paul VI à tous les chrétiens et à tous les groupes pour qu'ils s'impliquent dans la recherche de solutions face aux défis des sociétés contemporaines. (1)

Dans la préparation du référendum, d'importantes questions se posent à tous les citoyens du Québec au sujet du modèle de société qui doit guider les choix et orienter les actions des Québécois. Quelle sorte d'organisation sociale, économique et politique ces derniers désirent-ils? Jusqu'à quel point l'un ou l'autre cadre constitutionnel peut-il favoriser l'atteinte des objectifs poursuivis? Au-delà de la réponse donnée à la question référendaire, nous désirons examiner avec nos concitoyens les chances d'une société plus juste et plus fraternelle que celle d'aujourd'hui.

Pour notre part, soit avec nos confrères de l'épiscopat canadien, soit à l'Assemblée des évêques du Québec, nous avons esquissé un certain projet de société dans des messages récents sur l'éducation, la coopération, le développement du Nord, les systèmes économiques, le chômage et la consommation. Nous désirons aujourd'hui rappeler les grandes orientations qui sous-tendent ces textes et les proposer à votre réflexion. Pour ce faire, nous aborderons les points suivants:

- Le devoir pour les citoyens de participer au devenir de leur société:

- La juste perception des droits et des devoirs des personnes en fonction du bien commun:

- La distribution équitable des biens et des responsabilités:

- La prise au sérieux de la vie culturelle et spirituelle:

- La solidarité entre les peuples.

De tels énoncés seront peut-être jugés abstraits: ils sont cependant œuvre de sagesse, fondée sur la réflexion et l'expérience. Si leur contenu peut avantageusement inspirer les responsables des communautés nationales et internationales, il doit aussi guider l'action des membres des communautés chrétiennes. Nous sommes bien conscients que notre discours ne peut tirer sa crédibilité que du témoignage fécond des chrétiens. Aussi livrons-nous bien humblement nos propos, avec le désir de promouvoir dans l'Église et la société le développement harmonieux de tout l'homme et de tout homme. En effet, quelle que soit la réponse donnée par les citoyens du Québec à l'occasion du referendum, nous devons construire ensemble une société meilleure

Une société de participation

Depuis la fin des années soixante, nous partageons avec beaucoup d'autres Québécois le désir d'une société de participation (2), i.e. d'une société où chaque citoyen peut être pleinement responsable et exercer une influence réelle sur l'aménagement de son milieu. De nombreux essais ont été faits tant dans la société civile que dans l'Église pour mettre sur pied des mécanismes qui favorisent l'atteinte de ces objectifs: comites de citoyens, de parents, présence de bénéficiaires dans les conseils d'administration des institutions publiques, conseils de pastorale paroissiale ou diocésaine, commissions de développement régional, conseil régional des loisirs, etc.

Il faut bien reconnaitre que ces initiatives n'ont pas toujours été des réussites. Sûrement, quelques-unes ont suscité l'engagement; d'autres ont provoqué la désillusion ou la démission. Parfois, des participants ont eu l'impression d'y jouer un jeu; ils n'avaient aucun pouvoir et ils ne pouvaient contribuer aux changements qu'ils souhaitaient. En d'autres cas, des dirigeants ne résistaient pas à la tendance à tout centraliser et à tout orienter, avec l'aide des experts, en sorte qu'ils contribuaient à former des citoyens et des chrétiens passifs, consommateurs, quémandeurs.

Les difficultés rencontrées ne nous font pas abandonner l'objectif visé. Nous ne pouvons nous résigner à ce qu'il n'y ait que deux types d'hommes en ce monde: les responsables et les irresponsables. C'est tout homme, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (3), qui a pour mission de dominer la terre. Il est appelé, de plus, à construire une société où chacun puisse se développer dans la réalité absolument unique de son être personnel ainsi que de son être communautaire et social (4). Il faut, ensemble, surmonter le défi de la participation, corriger les attitudes et les comportements qui empêchent de progresser, évaluer les expériences les plus significatives en vue d'un nouveau départ

Se préparer au référendum

Dans cette perspective, la préparation du référendum nous apparait comme un temps propice à la prise en charge par le citoyen de l'aménagement de son cadre social. Pour ce faire, l'expérience le révèle, il faut assurer une information complète, la clarté dans les propositions et un effort pédagogique considérable qui permettent à tous d'accéder aux conclusions des études savantes tout en évitant une simplification mensongère, notamment dans la présentation des faits historiques. Le culte de la vérité, la confiance dans la possibilité de compréhension de l'autre, le refus des arguments qui s'attaquent aux personnes, le contrôle des fonds investis dans la publicité sont autant d'éléments qui feront du référendum un temps fort d'éducation populaire.

Chaque citoyen, pour sa part, devra accepter de fournir un effort spécial pour faire un choix éclairé en fonction non seulement de ses intérêts personnels, mais surtout des intérêts collectifs. Car il s'agira alors de l'exercice du droit à l'autodétermination d'un peuple (5). Au Québec, celui-ci est constitué d'une forte majorité francophone, soucieuse de sa culture et de son identité, de minorités anglophones et autochtones et d'autres groupes ethnoculturels. Les membres de ces diverses composantes du peuple québécois sont égaux en droits, mais aussi en devoirs. Au-delà de la présentation partisane des options en présence, ils doivent percevoir leur vote comme une orientation à donner au développement du Québec, dans le respect des aspirations des entités qui constituent le peuple québécois et dans la compréhension des défis vécus historiquement par la majorité francophone, défis qui sont à la source même de la situation présente.

Les lendemains du référendum

Le citoyen doit également se rendre compte que les lendemains du référendum exigeront de lui un large sens des responsabilités, quel que soit le résultat obtenu. Une orientation dont nous ne voulons pas minimiser l'importance sera donnée à l'avenir du Québec, mais le peuple québécois restera le même. Les relations entre les différentes communautés qui le constituent exigeront encore de tous compréhension, respect, reconnaissance des aspirations réciproques. La qualité de la vie des citoyens demeurera un objectif à atteindre et le projet de solidarité devra être parachevé.

Comme évêques du Québec, nous entretenons l'espoir que la période référendaire aura permis un pas important vers une véritable société de participation, société qui puise sa richesse première dans le dynamisme de ses membres et des groupes de base auxquels ils appartiennent.

Une société fondée sur le respect des droits de la personne et la reconnaissance de ses devoirs

Le choix référendaire, avons-nous dit, est le choix d'un peuple. II est l'occasion de promouvoir les aspects collectifs de la vie et de mieux connaitre la communauté québécoise et ses aspirations. Cette promotion du collectif suppose la capacité de dépasser les intérêts individuels, mais elle ne doit pas se réaliser au détriment des droits fondamentaux de l'individu. Cela semble aller de soi, mais l'observation des faits nous apprend qu'il y a souvent tension entre la recherche du bien collectif et du bien individuel, quand il n'y a pas sacrifice de l'un ou de l'autre.

Pour harmoniser ces rapports entre l'individuel et le collectif, pour empêcher la naissance des totalitarismes, pour favoriser la paix sociale, de nombreux pays ont promulgué, au cours des dernières années, des chartes qui établissent les droits de la personne. Dans son encyclique Pacem in terris, sur la paix dans le monde, Jean XXIII appui toute sa réflexion sur la reconnaissance des droits et des devoirs des citoyens. Jean-Paul II, pendant la première année de son pontificat, s'est révélé un défenseur déterminé de ces droits lors de ses voyages en Amérique latine, en Pologne, en Irlande et aux États-Unis Il rappelle ainsi la grande valeur des hommes aux yeux de Dieu. Il affirme même, à propos-de-la-mission de l'Église, que « l'homme est la première route et la route fondamentale de l'Église » (6).

Droits personnels et collectifs

Au cours de la dernière décennie, le gouvernement du Québec s'est largement éveille à cette préoccupation des droits de la personne; Il a promulgué une charte québécoise des droits et il a mis sur pied une commission permanente de surveillance. Plusieurs citoyens, à l'intérieur d'associations et de mouvements, ont exercé une véritable vigilance à l'égard du respect et de l'application des droits. Mais il faut bien prendre conscience que la lutte pour la reconnaissance des droits sera toujours à reprendre. À chaque détour, on risque d'oublier certaines catégories de gens: handicapés, malades, prisonniers, jeunes, personnes âgées. On se contente trop souvent de proclamer des droits sans se donner les moyens réels d'assurer à tous l'exercice de ces droits, par exemple le droit à un avocat lors d'un procès, le droit au travail, le droit d'association, etc.

En complément à ces libertés individuelles, il était devenu nécessaire de proclamer des droits collectifs, comme ce fut le cas pour la loi sur la langue française, celle établissant le recours collectif et la loi sur les handicapés. Ces mesures correctives, quel que soit le jugement que l'on porte sur l'un ou l'autre article de ces lois, ont pour but d'instaurer des conditions qui permettent aux plus faibles l'exercice de droits reconnus à tous et une certaine efficacité dans la recherche de la justice.

Les devoirs

Mais il faut plus que la reconnaissance de ces différents droits pour assurer la liaison entre l'individuel et le collectif. Il faut aussi une attention aux devoirs qui en découlent, sinon, on en arrive à une désintégration de la société et à un individualisme qui néglige la dimension sociale de l'homme. Jean XXIII, dans Pacem in terris, a d'abord parlé des droits de l'homme, mais il a déduit de ceux-ci les devoirs correspondants. Les droits engendrent des responsabilités: le droit à la vie rend responsable de la vie et de la santé; le droit de grève ou de lock-out rend celui qui le détient responsable de la grève ou du lock-out, en ce sens qu'il est obligé d'en évaluer les conséquences et d'en porter le poids. En outre, on ne doit pas oublier que le droit de l'un est toujours limité par le droit des autres

On ne peut pas parler d'un projet de société sans s'interroger sur la façon dont sont définis les rapports entre l'individuel et le collectif, entre les droits et les devoirs des individus, mais aussi sur les rapports entre les groupes de pression, les grandes corporations, la majorité francophone et les minorités. En poursuivant ce débat, chacun risque de majorer les devoirs des autres ou ses propres droits. Quelques-uns insisteront davantage et même uniquement sur la dimension collective de la société québécoise, alors que d'autres se feront les défenseurs acharnés des libertés individuelles. Comment concilier ces dimensions avec la perspective du bien commun? A cette question, il n'y a pas de réponse toute faite. C'est pourquoi nous invitons les divers porte-parole à rendre explicites, lors des discussions à l'occasion du referendum, les liens entre leur point de vue et le bien commun. De cette manière, la recherche d'un sain équilibre demeure possible pour tous les Québécois au milieu des tensions inévitables.

Une société basée sur une juste répartition des biens et des responsabilités

La même recherche d'équilibre doit inspirer l'effort déployé pour assurer un partage équitable des richesses et des biens. En effet, jusqu'où doit-on aller dans la mise en commun des ressources? Comment susciter une participation efficace des citoyens au développement économique et social? Ces questions ont été constamment posées à la conscience des chrétiens.

Dès l'origine de l'Église, les premières communautés se sont interrogées sur l'utilisation des ressources et elles ont même vécu, pendant un temps, une mise en commun de tous les biens. Les Pères de l'Église, par la suite, ont rappelé à plusieurs reprises la destination universelle de toutes les ressources et ils ont fait la critique, en des termes sévères, de l'accumulation de richesses par quelques-uns. Thomas d'Aquin reconnait le bien-fondé du droit de propriété qui favorise l'initiative personnelle, une meilleure paix entre les hommes et un développement rationnel de la création. Mais il rappelle aussi la responsabilité sociale de celui qui détient de grandes possessions. De même Jean Paul II rappelle que toute propriété, petite ou grande, porte en elle une hypothèque sociale (7).

Dans la pensée chrétienne, l’homme qui possède des biens est l’intendant de Dieu et, à ce titre, chargé d’assurer une juste répartition entre les hommes et un développement solidaire du monde. Le droit de propriété est une façon d’exercer la gérance au nom de Dieu. Cet enseignement doit nous inspirer. Il ne nous donne pas cependant les moyens concrets de réaliser aujourd’hui ce type de partage; cela est, entre autres choses, la tâche du politique.

De nos jours, pour assurer à chacun sa juste part des richesses, les dirigeants politiques ont effectué une redistribution des biens par l’impôt progressif direct et par de nombreux services offerts à la collectivité: éducation, santé, services sociaux, assurances multiples, etc. Des progrès ont été réalisés, des besoins prioritaires ont été comblés mais les marges entre les revenus demeurent encore trop importantes et sont toujours à la source des conflits que connaît notre société. Plusieurs facteurs ralentissent les efforts de rattrapage pourtant nécessaires à la paix sociale. Ce sont les demandes des plus riches qui veulent sans cesse voir augmenter leur pouvoir d’achat, l’augmentation des salaires par pourcentage quasi-uniforme, l’insertion dans le libre marché nord-américain, le facile contrôle des salaires et le difficile contrôle des profits.

Malgré la difficulté et la complexité de la tâche, les Québécois ne peuvent s’arrêter en chemin, ils doivent faire preuve de créativité dans la recherche de politiques plus adéquates. Ils doivent aussi manifester beaucoup de courage, car une meilleure distribution ne se fera pas sans conflit. En effet, des intérêts opposés sont en jeu et l’égoïsme des uns et des autres durcit les positions. Malgré les obstacles, les chrétiens sont persuadés que l’harmonie reste possible, car ils savent que l’homme, sauvé par Jésus Christ, peut toujours se libérer de son égoïsme en aimant ses frères à l’exemple du Ressuscité.

Les gouvernements ont des responsabilités évidentes quant à la gestion des biens et la poursuite de la justice sociale. Mais ils ne sont pas les seuls responsables. En différents milieux, aujourd’­hui, on est porté à exiger souvent leurs interventions dans des questions qui pourraient se régler au niveau des entreprises et des divers agents économiques si ces derniers exerçaient leur propre responsabilité sociale. Il apparaît assez évident, par exemple, que dans les domaines des relations de travail, de la protection de l’environnement et de l’aménagement du territoire, les citoyens et les différentes corporations ne sont pas assez actifs et n’accomplissent pas les tâches qui leur reviennent. L’État garde son rôle important de régulation, de planification, de surveillance et de suppléance. Il a un droit et un devoir de contrôle de l’économie en vue des fins sociales, mais il doit pouvoir compter sur l’action responsable des entreprises, des organismes sociaux et des communautés locales.

Un tel équilibre dans la vie sociale est possible à la condition de favoriser la participation des citoyens aux prises de décisions et de leur donner les moyens d'assumer leurs responsabilités. Un des premiers lieux où doive se faire l’apprentis[1]sage de la participation est l’entreprise ou tout autre milieu de travail où les hommes sont confrontés aux problèmes quotidiens qu’ils connaissent le mieux.

C’est pour cette raison que l’Église du Québec a, depuis quelques années, appuyé les recherches faites en ce sens, malgré les difficultés rencontrées et certains échecs. C’est pour cela aussi qu’au Québec, les évêques ont régulièrement encouragé les coopératives et les syndicats qui, selon leurs principes, sinon toujours dans la pratique, sont des écoles de formation à la vie économique et des lieux de prise de responsabilité. Cet intérêt peut surprendre à première vue, mais il s'explique par notre désir de favoriser un partage effectif non seulement des biens, mais aussi des responsabilités. C’est ainsi, croyons-nous, que peut se réaliser la justice sociale.

Certains nous reprocheront peut-être de mêler l’économique et le social. Pour nous, les deux sont interdépendants. Le progrès social doit aller de pair avec le progrès économique. L’abondance des biens ne prend toute sa valeur dans le développement d’une société que dans la mesure où celui-ci amène une juste redistribution des biens. Si l’économique a ses lois, ses finalités le dépassent; il est au service de l'homme. Il ne peut s’évaluer uniquement à partir des critères quantitatifs.

Une société attentive au culturel et au spirituel

En période de crise économique, les enjeux économiques et politiques sont si considérables qu’on peut facilement oublier l’importance du culturel et du spirituel, et centrer tout le débat sur une question de croissance économique et de bien-être matériel. Mais il arrive que les difficultés économiques nous font percevoir assez vite les limites de la technique et de la science. Elles nous renvoient à un débat sur les valeurs et à une interrogation sur le type d’organisation sociale à favoriser. Si nécessaire que soit la participation des citoyens à la vie économique et politique, leur concours au plan de la culture nous paraît encore plus important. C’est le peuple lui-même qui crée sa culture; il y exprime ses aspirations, son âme et son intériorité; il y traduit le sens plein qu’il attribue à la vie de l’homme et de la femme d’ici. Dans ce domaine, il faut assurer l’expression de la liberté créatrice à travers la diversité et le pluralisme. La culture doit pouvoir se développer et se définir à partir des groupes de base et des individus. L’État ne peut à ce niveau se considérer comme maître d’œuvre. Il doit soutenir les initiatives et permettre à tout citoyen non seulement devoir accès à la culture mais de pouvoir contribuer à son développement.

Il ne fait pas de doute pour nous que la famille demeure le lieu privilégié de la socialisation et de l’accession à la culture. C’est là d'abord que se transmettent les valeurs et le sentiment d’appartenance à un peuple. C’est là que l’être humain apprend à s’interroger sur le sens de la vie et qu’il puise la stabilité nécessaire à sa maturation et au développement de son intériorité. Nous savons les difficultés que connaît actuellement l'institution familiale dans la société. Le faible taux de natalité et la montée rapide des divorces le montrent amplement. Avec joie et espoir, nous constatons en même temps la multiplication des mouvements en faveur du couple et de la famille. Nous croyons que les expériences vécues dans ces groupes pourront rendre la famille québécoise plus stable et plus heureuse.

Il n’est pas question pour nous, en réaffirmant l’importance de la cellule familiale, de favoriser un repli sur soi et un désengagement face à la société. Nous désirons plutôt rappeler son rôle irremplaçable dans l’éducation des citoyens et le développement d’une culture et d’une vie spirituelle qui permettent une réalisation intégrale de l’homme. C’est d’ailleurs pour cette raison que, dans un message récent (8), nous avons insisté sur le rôle primordial des parents en éducation. Nous ne craignons pas d’affirmer qu’une société qui ne soutient pas la famille par des politiques adéquates s'affaiblit et perd peu à peu le sens de ses valeurs, sa cohésion et même la compréhension de ses projets d’avenir.

Dans ce vaste champ de la culture, l’Église du Québec a été très présente dans le passé. Elle a marqué notre peuple de traits qui perdurent. Cette Église a beaucoup changé. Elle s’est délestée de responsabilités directes dans le domaine de l’éducation et des loisirs. Elle a connu et elle connaît encore en elle-même une crise profonde. Elle vit depuis Vatican II une recherche de conversion qui la tourne résolument vers l’Évangile et, en même temps, vers le monde.

Sans être parvenue au terme de ses efforts, l’Église d’ici considère avoir fait des pas importants qui lui permettent de servir le peuple québécois de façon plus adéquate dans la recherche de ses valeurs et la poursuite de ses finalités. Les réflexions contenues dans notre « message aux responsables de l’éducation », vont dans ce sens et proposent aux Québécois une trame pour leur éducation permanente. Il en est de même de tout l’effort pédagogique suscité autour de la catéchèse et de la pastorale dans les écoles primaires et secondaires. Sans fausse modestie, nous croyons que le dynamisme des chrétiens, tant par la réflexion que par l’action, peut contribuer largement au développement d'une culture soucieuse de l’homme, préoccupée du sens de la vie, liée à une tradition, mais aussi à un projet. La société est faite pour l’homme, mais pour quel homme? Les chrétiens croient pouvoir s’appuyer sur une longue expérience pour proposer à leurs concitoyens une réponse valable à cette question fondamentale.

Une société ouverte et solidaire

Lorsqu’un individu grandit dans la connaissance et le développement de sa personnalité, il est amené non pas à se replier sur lui-même, mais à mieux contribuer au progrès de son milieu grâce à de meilleures relations avec les autres. Il en est de même d’un peuple qui cherche à mieux connaître son identité et à s'affirmer. Son objectif ne doit pas être de s’isoler, mais de pouvoir entrer en relation avec les autres peuples, sans crainte comme sans vanité. Le peuple québécois, après s’être d’abord ouvert au monde par le biais des missionnaires, s’est particulièrement éveillé à la dimension internationale depuis une vingtaine d’années. Qu’il suffise de rappeler le phénomène des missions de l’État à l’étranger, des projets canadiens ou québécois de coopération internationale, de l’Exposition universelle ou des Olympiques, de la constitution d’un ministère des affaires inter-gouvernementales, des différents organismes d’aide au développement dont « L’organisation catholique canadienne pour le développement et la paix ».

Cette ouverture aux autres peuples et cette solidarité avec eux seront de plus en plus exigeantes au cours des prochaines années, car elles se situeront dans la recherche d’un nouvel ordre international entre les peuples de la terre. Ce nouvel ordre mondial appelle des réajustements importants dans les politiques commerciales qui, jusqu’à ce jour, ont joué en faveur de notre pays. Pour beaucoup d’observateurs (9), certains déséquilibres connus actuellement par les économies occidentales viennent des faits suivants: les règles du jeu ont été fixées par des partenaires inégaux; un certain luxe, dont une majorité québécoise profite encore, a été acquis aux dépens des tiers et quart mondes. Dans la mesure où ces pays pauvres établiront entre eux un consensus et une solidarité, des transformations importantes surviendront dans le présent ordre économique et social.

Comment réagirons-nous, citoyens québécois, à ce phénomène mondial? Prendrons-nous une attitude de défense pour conserver nos privilèges ou contribuerons-nous activement à rétablissement de ce nouvel ordre international? Rechercherons-nous dans la lucidité la justice pour tous, quoi qu’il en coûte?

Ces questions peuvent sembler nouvelles aux uns ou aux autres. De fait elles se posent à la communauté internationale depuis plus de vingt ans. Il importe que le peuple québécois soit partie prenante dans cette recherche, quel que soit le cadre constitutionnel dans lequel celle-ci sera menée. Il importe aussi que les divers leaders de ce peuple contribuent à une éducation en ce sens.

Le peuple québécois, dans toutes ses composantes, aura d’ici peu à indiquer son choix concernant son avenir. Les débats, au cours des prochains mois, doivent permettre une clarification des options et susciter un engagement des citoyens. Par-delà l’importance du référendum, soulignons de nouveau qu’il ne faut pas se faire d’illusion. Tout ne sera pas déterminé lorsque les résultats, quels qu'ils soient, seront connus. Il restera toujours une société à bâtir, une collectivité francophone en quête de son épanouissement dans un continent à forte majorité anglophone.

Nous avons voulu rappeler certains principes sous-jacents à notre vision de la société: la participation des citoyens, la reconnaissance des droits et des devoirs, la juste répartition des biens et des responsabilités, l’attention à la culture, à la famille et à la dimension spirituelle de l’­homme, la solidarité avec les autres peuples. Nous sommes bien conscients qu’un tel projet ne se réalise pas sans difficulté ni conflit.

Dans cette période cruciale de l’histoire du peuple québécois, nous tenons à manifester à nos compatriotes notre volonté de présence et de service. Nous en témoignons en disant notre espérance en une société « qui a pour base la vérité, qui se réalise dans la justice, qui demande à être vivifiée par l’amour et qui trouve dans la liberté un équilibre sans cesse rétabli et toujours plus humain » (10).

Notes
1) Paul VI Octogesima Adveniens. no 4
2) Les Nouveaux Pouvoirs, message de la C.C.C . 1969
3) Genèse. 1, 26.
4) Jean-Paul II. Le Rédempteur de l'­ homme
5) Pour un plus long développement sur le sens de l'autodétermination d'un peuple et au sujet des diverses composantes du peuple québécois, cf. notre message pastoral intitulé « Le peuple québécois et son avenir politique », publié le 15 août 1979, paragraphes 8. 9 et 10
6) Jean-Paul II. Le Rédempteur de l'­ homme, Fides. 1979. no 14, p 44
7) Discours de Jean-Paul II aux Indiens d'Oxaca et de Chiapas, le 29 janvier 1979.
8) Message des évêques du Québec aux responsables de l’éducation, octobre 1978.
9) Vincent Cosmao. Changer Je monde, une tâche pour l'Église. Les Éditions du Cerf, 1979.
10) Jean XXIII, Pacem in terris



(Le Devoir, 11 janvier 1980, p.5)

17 septembre 2026


 

POLITIQUE : Adélard Godbout

Adélard Godbout

Par Benoit Voyer
17 septembre 2026

Joseph Adélard Godbout naît le 24 septembre 1892 à Saint-Éloi. Agronome de profession, il deviendra le 15e premier ministre du Québec sous la bannière du Parti libéral.

Le 25 octobre 1939, les élections québécoises portent Adélard Godbout au pouvoir. En ce début de la Seconde Guerre mondiale, son gouvernement semble prêt à accepter la demande de la Défense nationale d'utiliser les terrains et les bâtiments du Jardin botanique de Montréal pour y implanter une école d'aéronautique. L'affaire fait grand bruit dans les médias. Le frère Marie-Victorin, né Conrad Kirouac, finit par faire échouer le projet. Le 18 janvier 1940, il écrit à sa sœur Mère Marie-des-Anges que « la bataille a été très dure », mais que sa « santé n'a pas trop souffert de tous ces chocs ». Bien entendu, au Jardin botanique, tous sont « sur les dents ». Il confie à sa sœur que « C'est la carrière de chacun qui se jouait en quelques jours. Mais ils ont été tous bien courageux et ils méritaient ce que je pense être une victoire ».

Le 8 août 1936, Godbout subira une cuisante défaite électorale face à Maurice Duplessis. Le Parti libéral du Québec ne remportera que 14 sièges contre 76 pour l'Union nationale, et Godbout lui-même ne sera pas réélu dans la circonscription de L'Islet. En 1939, il reprendra le pouvoir.

Adélard Godbout décède le 18 septembre 1956 à Montréal. Il repose au cimetière Saint-François-d'Assise, à Frelighsburg, en Estrie.

FRÉDÉRIC JANSSOONE : Pensée


RÉFLEXION SPIRITUELLE : Aimer au-delà des préjugés

Aimer au-delà des préjugés

Par Benoit Voyer
17 septembre 2026

Nous ne sommes guère prisonniers de notre passé. Dieu ne nous y enferme pas. Au contraire, il nous veut libres et en bonne santé à l’intérieur de nous-mêmes.

On voit bien cette dynamique à travers les faits, gestes et paroles de Jésus. Il regarde toujours la personne au-delà de ce que les autres voient et jugent.

Se savoir aimés et pardonnés nous apprend à mieux aimer et pardonner en retour. La miséricorde de Dieu nous invite à ne pas enfermer l’autre dans un carcan de préjugés et à mieux l’accueillir dans sa différence, avec ses forces vives et ses blessures intérieures.

Et quand on a confiance, la foi finit toujours par nous guérir, nous délivrer, voire nous sauver de ce qui nous enchaîne. La foi conduit inévitablement à la paix.

Nous sommes invités à changer le regard que nous portons sur les gens. À les voir, comme Dieu les regarde.

GRANDES RELIGIONS : Multiculturalisme, islamisme et immigration


Multiculturalisme, islamisme et immigration

Par Benoit Voyer

17 septembre 2026

La montée de l’islamisme au Canada indique que la philosophie multiculturelle et les politiques d’ouverture et de tolérance qui ont été adoptées par la classe politique depuis l’époque du premier ministre Pierre Elliott Trudeau et continuées par son fils Justin, sont un échec. Elles conduisent aux mêmes troubles sociaux vécus en France, en Allemagne, en Italie et dans toute l’Europe et pourraient même nous conduire à une dictature islamique d’ici 50 ans.

Le multiculturalisme propose une vision de la personne qui est déracinée de toute appartenance politique, religieuse, nationale, culturelle et historique. Il va même jusqu’à une décomposition de la civilisation occidentale. Volontairement, il cherche à déconstruire le monde ancien pour implanter de nouveaux modèles.

Dans le domaine de l’immigration, il implique une ouverture totale aux demandes des immigrants. Cela conduit à un déni de son identité nationale propre afin d’accueillir sans restriction celle de la personne qui est accueillie.

Sur ce point, Mathieu Bock-Côté écrivait dans son livre « Le nouveau régime : essais sur les enjeux démocratiques » (Boréal, 2017) : « Ce que les idéologues du multiculturalisme rejettent essentiellement, c’est l’idée qu’un “nous” historique et cohérent sur le plan culturel soit fondateur d’une communauté politique et que les nouveaux arrivants doivent en prendre le pli pour s’y intégrer. »

Avec l’immigration massive, on contribue à l'effacement culturel et à la chute des sociétés occidentales.

Comme Mathieu Bock-Côté et plusieurs autres observateurs et penseurs, je suis très préoccupé par certains courants islamistes.

Je tiens ici à insister sur un point : Je distingue l’islam, qui est une religion, de l’islamisme, qui cherche à faire de l’islam le fondement de l’organisation politique et sociale. L’islamisme n’est pas propre au chiisme. Il existe sous diverses formes dans les univers sunnites et chiites. Certains de ces courants portent un projet de transformation profonde des sociétés et rejettent plusieurs principes politiques et sociaux des démocraties occidentales.

On le voit, l’islamisme est un système politique et religieux impérialiste. Il parle de colonisation de l’Occident - par le nombre et par l’influence - sur la pensée de chaque Occidental ou, en termes plus simples, de « coloniser les esprits ».

On le voit avec évidence en Europe et de plus en plus en Amérique, certains courants islamistes entrent ouvertement en conflit avec les institutions et les valeurs des sociétés occidentales. Le voile intégral et certaines revendications religieuses deviennent des instruments d’affirmation politique.

Mathieu Bock-Côté ajoute : « Ce qui heurte autant le commun des mortels dans le voile intégral, c’est qu’il représente un symbole agressif et militant du refus de l’intégration au monde occidental par une frange de l’islam qui ne doute pas de son droit de conquête. »

Il en va de même avec la prière en public, une autre de leurs armes.

L’islam politique est une théocratie avec son propre ensemble de lois. Cela amène plusieurs fondamentalistes musulmans à résister à l’intégration aux lois canadiennes, car ils veulent maintenir leur propre système juridique.

Un proche m’accusait, il y a quelques mois, de devenir intolérant. Ce n’est pas tout à fait le cas.

En novembre 1996, dans la Revue Sainte-Anne (pp. 439 et 440), dans le cadre d’un reportage, je donnais la parole à Aziza Blili, une Tunisienne de la communauté musulmane de Trois-Rivières. Elle déplorait que les conflits politiques menés au nom de la religion ternissent l’image de l’islam. Ses propos étaient forts : « Les conflits armés qu'il y a autour du globe viennent ternir l'image de l'Islam. Cela m'attriste parce que nous ne sommes pas tous dans le même sac. Il y a des gens qui agissent au nom de la religion, mais ce n'est pas vrai. C'est de la politique déguisée ... Je n'ai jamais vu une phrase dans le Coran qui affirme qu'il faut assassiner quelqu'un parce qu'il ne pense pas comme nous».

À cette époque, j’insistais sur ce qui rapproche chrétiens et musulmans. J’écrivais que tous deux sont « des frères dans la foi », héritiers, malgré leurs profondes différences doctrinales, de la tradition monothéiste issue d’Abraham.

Puis, je vantais les apports considérables de la civilisation musulmane : « Il faut le reconnaître, les Musulmans ont fait de grandes choses pour la société : les chiffres arabes, l'alchimie, l'alcool, l'hôpital (il vient de l'Iran), la pharmacie et le papier (inventé en Chine et transmis par les Musulmans). »

Et je mettais en garde contre les lectures littérales des textes sacrés anciens : « Ce qui est à la source de bien des problèmes, c'est que la méthode historico-critique et littéraire acquise par les Chrétiens pour lire la Bible est rejetée en bloc par de nombreuses communautés musulmanes pour une application au Coran. L'intégrisme vécu dans quelques pays vient d'une compréhension littérale (mot à mot) des textes sacrés. Cette problématique n'est pas étrangère à de nombreux groupes chrétiens. »

Cet article demeure d’actualité. Je crois toujours à la nécessité du dialogue et du respect des personnes, quelles que soient leurs convictions religieuses.

Trente ans plus tard, mon inquiétude porte sur l’instrumentalisation de la foi à des fins politiques. C’est ce que fait l’islamisme.

Je ne suis pas le seul à parler de « l’invasion islamiste du Canada ».

Par exemple, en 2024, si mon souvenir est bon, l’écrivain algérien Boualem Sansal allait beaucoup plus loin que moi et contestait cette distinction entre islam et islamisme. Il disait à l’émission « L’Invité » sur TV5 Monde. : « C'est idiot de séparer islam et islamisme. Au temps du prophète, des gens demandaient déjà l'application stricte de l'islam. De là à penser qu'il y a un islam modéré, c'est une analyse fausse. L'islam est conquérant, prosélyte. »

En 2024, dans plusieurs villes du pays, on a assisté à de grandes manifestations en faveur du Hamas. La rhétorique antisémite, accompagnée de vandalisme, de harcèlement et de perturbation de l’ordre public, est un comportement courant dans ces groupes extrémistes. Ce comportement est intolérable au Canada.

Au Canada, on doit freiner sans tarder l’immigration et arrêter d’accueillir les immigrés qui ne veulent pas s’intégrer aux valeurs de notre pays et qui veulent nous envahir et prendre le contrôle de nos institutions et de notre pays. Il faut une diminution de beaucoup plus que 20 % du nombre d’immigrants. Soyons plus fermes sur le nombre afin d’envoyer un message clair.

En matière d’immigration, notre priorité devrait être d’accueillir des immigrants économiques et des réfugiés appartenant à des groupes persécutés qui n’ont nulle part où aller dans les pays voisins. Je pense ici aux chrétiens, aux yézidis et aux membres de religions minoritaires dans les pays à majorité musulmane ou aux personnes qui sont persécutées parce qu'elles rejettent l'islam politique et adhèrent aux valeurs occidentales.

Et puis, comme l’a fait en 2024 la République du Tadjikistan, en Asie, où 97 % de la population est musulmane, le gouvernement canadien doit officiellement interdire le hijab islamique. Qu’attendons-nous pour dire avec fermeté comme le gouvernement du Tadjikistan que le hijab est une culture étrangère, une invasion culturelle et qu’ici, les femmes ne se couvrent pas les cheveux ?

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Le choix d'un peuple

L’Église et la politique


Le choix d’un peuple

Les Québécois iront bientôt aux urnes pour se prononcer positivement ou négativement sur le projet d’accession à la souveraineté du Québec proposé par le premier ministre Jacques Parizeau. Se séparer du Canada, est-ce moralement acceptable? Quelle est la pensée de l’Église face à la démarche du Parti québécois? Comment devons-nous nous y préparer?

Par Benoit Voyer

Le Canada a connu plusieurs régimes politiques. Les ajustements d’après la conquête en 1774, le nouveau système de 1791, le régime de l’Union des deux Canada en 1840 et la Confédération en 1867. «Les régimes politiques ça se change! La France en est rendue à sa 5e République depuis la Révolution française», lance promptement le théologien André Beauchamp qui est reconnu pour ses options souverainistes.

Pour lui, la Confédération canadienne comme les autres structures politiques, ne sont que des façons d’administrer le pays. En 1867, la nouvelle alliance a été conçue à cause d’énormes intérêts économiques liés à la construction des chemins de fer. Cela a été fait sans démarche populaire auprès de la population.

«Si, en 1867, il y avait eu un référendum, poursuit André Beauchamp, il aurait été, vraisemblablement, battu au Québec. Il est clair que l’élection qui a précédé la Confédération a été en partie manipulée par le conservatisme clérical du Québec et que les gens ont élu un gouvernement conservateur, non pas pour adhérer à la Confédération, mais parce qu’ils avaient peur du péril religieux représenté par les “rouges”.»

Église et référendum
Les évêques du Québec, dans toutes questions constitutionnelles et politiques, n’ont jamais voulu indiquer quelle devrait être la route à prendre.

«On est bien conscient que ça doit relever de la démocratie et des choix de la population», dit l’évêque du diocèse de Saint-Jean-Longueuil, Mgr Bernard Hubert.

Il reprend, ainsi, une déclaration épiscopale de 1972: «Nous affirmons que toutes les options politiques respectueuses de la personne et de la communauté humaine sont libres, tant au plan individuel que collectif».

Au long de l’entretien, Mgr Hubert refait l’historique des déclarations faites depuis 1967 par les évêques qui ont toujours affirmé, depuis ce temps, qu’il y a deux groupes fondateurs distincts au Canada.

«Les évêques ont été conscients du fait que le Québec constitue une communauté ayant son unité, son individualité et son génie propre et qu’il possède, à ces titres, un droit inaliénable et indiscutable à l’existence et à l’épanouissement.» Parlait-on déjà d’une forme de société distincte?

«On n’utilisait pas ce terme, répond Mgr Hubert, mais une société qui avait, à cause de sa concentration francophone, un rôle particulier».

En 1979, l’Assemblée des Évêques du Québec (AEQ) déclare, finalement, que les Québécois constituent un véritable peuple et qu’il a droit à son autodétermination si cela est la volonté collective de ces compatriotes.

Bernard Hubert argumente: «Cela ne veut pas dire qu’on se sépare! Cela veut simplement dire qu’on choisit le mode politique dans lequel nous voulons vivre».

Mgr Bernard Hubert estime que le choix des individus doit s’exprimer clairement au moment du référendum. Les évêques ne feront pas connaître une position politique commune à l’occasion de ce vote historique.

Oui ou non?
Affirmer publiquement et collectivement et directement leur position référendaire, il n’en est pas question pour les évêques. Ils ne sont pas intéressés à jouer le jeu de la partisanerie. «Nous sommes les pasteurs de tous les Québécois», explique Mgr Hubert.

L’Assemblée des évêques du Québec est allée jusqu’à la Commission Bélanger-Campeau pour diffuser ses idées. L’ensemble des commissaires étaient contents, ils voyaient bien que les autorités de l’Église du Québec ne disaient guère de façon cléricale ce qu’il faut dire et penser.

Jacques Parizeau, lors du lancement télévisé de sa démarche préréférendaire, donnait l’impression de reprendre le mémoire des évêques tellement il y avait des similitudes.

L’Église n’est pas là pour se substituer à la société; elle est aussi partenaire de la vie sociale. Elle a un message pour le monde dans lequel elle est présente. L’Église a des choses à dire sur la paix, sur la justice, sur le partage, sur l’égalité homme-femme, sur le respect des minorités, sur la pauvreté dans le monde, etc.

Même s’il ne veut pas influencer le choix des gens, l’abbé André Beauchamp voit plus d’avenir pour le peuple québécois à faire l’option d’un pays bien à eux que de dire “non” à la consultation populaire.

«Une crise postréférendaire, il va y en avoir d’une manière ou d’une autre. Votez “oui” vous allez avoir une série de négociations avec le fédéral et votez “non” et vous aurez les problèmes qu’il y a au Canada depuis 20 ou 30 ans», affirme le théologien catholique.

Il ajoute: «Il y a un danger que dans la perception du Canada, une défaite référendaire veuille dire un enjeu considérable au niveau de l’identité et de l’originalité du Québec au pays. On peut s’attendre à ce que des regroupements, comme Alliance Québec, demandent un alignement du territoire québécois sur les autres provinces canadiennes. Nous aurons à ce moment-là des pertes considérables.»

André Beauchamp ne cache pas qu’il votera positivement au référendum.

Moralement acceptable?
André Beauchamp affirme clairement: se séparer du Canada ce n’est pas immoral! Ce n’est pas un péché! La démarche proposée par Jacques Parizeau est transparente et vraie, donc moralement acceptable.

Ce qui pourrait devenir néfaste au terme de l’éthique, par exemple, c’est le chantage que pourrait faire éventuellement le fédéral en faisant intervenir l’armée ou en faisant peu ou volontairement aux citoyens qui ont un choix à faire.

«Ce qui est fondamental, dit-il, au plan de la conscience, c’est que les gens s’informent, c’est-à-dire qu’ils soient capables d’écouter et d’entendre des arguments en jeu. Ce qui est le plus difficile lors d’un débat, c’est être capable d’entendre des nouveaux faits et de les analyser convenablement.»

Il ajoute que la meilleure façon de bien réfléchir à la question, c’est d’y participer de façon “non passionnelle” en se permettant de décoder les discours strictement idéologiques, les mensonges et les peurs des autres. «Dans ces choses-là, rien n’est jamais objectif. Il faut temporiser les secteurs et ne pas se laisser avoir par “l’hypersuggestivité”», complète André Beauchamp.

Le Vatican
Dans l’éventualité de l’accession à la souveraineté, le Vatican qui est un pays, va-t-il nouer des liens diplomatiques avec l’État québécois?

Mgr Bernard Hubert réagit sans tarder à cette hypothèse par un grand éclat de rire: «Je n’ai pas pensé à cette question!».

De son côté, André Beauchamp conclut que ça prendra un peu de temps car la bureaucratie vaticane est très conservatrice: «Elle va plutôt être en faveur du maintien du Canada dans sa forme actuelle».

(Revue Notre-Dame du Cap, avril 1995, pp. 11 à 13)

16 septembre 2026

 


AUJOURD'HUI - En direct Live


 

SANTÉ MENTALE : Les liens d’amitié en recul au Canada

Les liens d’amitié en recul au Canada

Par Benoit Voyer

16 septembre 2026

Selon les données de Statistique Canada publiées en juin 2025, les Canadiens fréquentent de moins en moins leurs amis. En 2022, seulement 19,3 % de la population déclarait avoir vu des amis lors d’une journée moyenne, comparativement à 47,9 % en 1986.

Un article publié dans Le Devoir du 4 mai 2026 explique que le recul est particulièrement marqué chez les adultes en âge de travailler. Chez les 25 à 64 ans, la proportion de personnes rencontrant des amis lors d’une journée moyenne est passée de 42,3 % à 13,9 % en trois décennies.

Les jeunes ne sont pas épargnés. Chez les 15 à 24 ans, la fréquentation des amis a diminué de près de 32 points de pourcentage, passant de 72,4 % en 1986 à 40,8 % en 2022.

Cette transformation des habitudes sociales accompagne une montée des préoccupations liées à l’isolement, à la solitude et à la santé mentale.

JEAN-PAUL REGIMBAL - Pensée


RÉFLEXION SPIRITUELLE : Jamais content

Jamais content

Par Benoit Voyer

16 septembre 2026

C’est un trait bien humain. Nous sommes régulièrement en train de nous plaindre. L’hiver, on se plaint du froid et de la neige. L’été, on se plaint de la chaleur et de l’humidité.

En regardant de près les défis de son existence, on rêve de vivre celle des autres.

Lorsqu’on nous dit quelque chose, on aurait aimé qu’on nous dise autre chose.

C’est un peu ce que disait Jésus : « À qui donc vais-je comparer les gens de cette génération ? À qui ressemblent-ils ? Ils ressemblent à des gamins assis sur la place, qui s’interpellent en disant : Nous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous n’avez pas pleuré. » (extrait de Lc 7, 31-35).

Il compare les gens de son époque à des enfants qui ne sont jamais satisfaits. Par exemple, Jean, le précurseur de Jésus, mène une vie austère : on le trouve excessif. Jésus mange et boit avec son monde et on le traite de glouton et d’ami des pécheurs.

Même en matière de vie chrétienne on est ainsi. Quoi que Dieu propose ou enseigne, on trouve une raison de faire la sourde oreille.

Aujourd’hui, il y a une invitation à se questionner : Est-ce que je cherche réellement ce que Dieu veut me dire, notamment à travers des gens que je rencontre, ou est-ce que j’attends qu’il me parle exactement comme je voudrais ?

Il est facile de rejeter une parole parce que la personne qui la porte nous dérange ou parce que sa manière de vivre ne correspond pas à nos attentes ou parce que sa parole nous oblige à changer quelque chose de notre vie.

MA FOI DU BON DIEU


Bienheureuse Marie-Anne Blondin, tout au long de ce jour, intercède pour nous auprès de Jésus.

EGLISE : Les femmes prêtres, ce n’est pas pour demain

Les femmes prêtres, ce n’est pas pour demain

Par Benoit Voyer

16 septembre 2026

Bien que le pape François ait fait avancer le dossier de la place des femmes dans l’Église catholique, il n’en demeure pas moins qu’il y a encore bien du chemin à parcourir pour qu’elles accèdent au sacrement de l’ordre et deviennent prêtres. Sous les prédécesseurs de François, la cause des femmes était au beau fixe.

Dans une lettre apostolique parue le 29 juin1995 [1], le pape Jean-Paul II réaffirmait la position de l’Église sur la question de l'accès des femmes à la prêtrise. Encore une fois, le chef des catholiques disait : « Non ».

Lorsque l’Église anglicane a soulevé le débat, Paul VI, qui était alors pape, a rappelé aux anglicans que le Vatican tient à ce que l’ordination sacerdotale des femmes ne pouvait être acceptée pour des raisons fondamentales.

Il citait en exemple le passage de l’Évangile dans lequel on apprend que Jésus a choisi ses apôtres uniquement parmi des hommes. Dans la pratique, l’Église a également toujours choisi des membres de la gent masculine.

Comme Paul VI le proclamait et Jean-Paul II le disait aux évêques du Québec, le 6 mai 1993 [2], lors de la visite « ad limina » : « L'Église ne se considère pas autorisée à admettre les femmes à l’ordination sacerdotale ».

Le pape soutenait que « la présence et le rôle de la femme dans la vie et la mission de l’Église, bien que non liés au sacerdoce ministériel, demeurent absolument nécessaires et irremplaçables […] L’Église souhaite également que les femmes chrétiennes prennent pleinement conscience de la grandeur de leur mission : leur rôle sera capital aujourd’hui, aussi bien pour le renouvellement et l’humanisation de la société que pour la découverte parmi les croyants du vrai visage de l’Église ».

Dans sa lettre, Jean-Paul II concluait sur un ton directif en affirmant qu’en vertu de sa mission de confirmer ses frères, tous les fidèles de l’Église doivent faire leur cette position.

À son retour du Vatican, à l’occasion d’une conférence de presse à laquelle je participais à titre de journaliste [3], Mgr Jean-Guy Hamelin, en marchant sur des œufs, déclarait que la Conférence des évêques catholiques du Canada accueillait cet enseignement du pape en le faisant sien : « Les évêques du Canada ont été, spécialement ces dernières années, de vigoureux promoteurs d’une juste place des femmes dans l’Église. Ils continueront de le faire à l’invitation même de la lettre apostolique, et au sein de l’Église universelle et auprès de leurs propres communautés […] On ne peut pas voir dans la présente déclaration, qui réaffirme une position déjà tenue dans l’Église, un obstacle pour continuer à intensifier les efforts des femmes et ceux de tous les catholiques d’ici en vue de les impliquer toujours de plus en plus dans les structures et toute la vie de la communauté des fidèles ».

Ainsi donc, grâce au pape François, la cause des femmes a continué d’évoluer au sein de l’Église. Comme me le disait en 1994 l’abbé Denis Lépine, prêtre au diocèse catholique de Saint-Hyacinthe [4] : « Théologiquement, ça ne tient plus les arguments de Rome. Pour être honnête intellectuellement, allons au bout de la pensée : Jésus n’a choisi, chez ses disciples, que des hommes juifs. Alors, moi, je ne suis pas juif. L’Église a évolué en ce sens à une époque et admettra les femmes éventuellement. Il me rappelait qu’il y a eu, dans l’histoire de l’Église, des diacres féminins. Il s’agit d’un ministère ordonné au même titre qu’un prêtre et un évêque. »

____________________

[1] Jean-Paul II. « Lettre du pape Jean-Paul II aux femmes », 29 juin 1995 www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/letters/1995/documents/hf_jp-ii_let_29061995_women.html
[2] Jean-Paul II. « Discours de sa sainteté Jean-Paul II à l’Assemblée des évêques du Québec en visite « Ad limina », 6 mai 1993 www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/speeches/1993/may/documents/hf_jp-ii_spe_19930506_quebec-ad-limina.html
[3] Benoit Voyer. « Les femmes prêtres ce n’est pas pour demain - Jean-Paul II réaffirme la position de Rome », Le Plus de La Voix de l’Est, 26 juin 1994, p. 2. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/05/les-femmes-pretres-ce-nest-pas-pour.html
[4] Benoit Voyer. « Les femmes prêtres ce n’est pas pour demain - Jean-Paul II réaffirme la position de Rome », Le Plus de La Voix de l’Est, 26 juin 1994, p. 2. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/05/les-femmes-pretres-ce-nest-pas-pour.html

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Chez les Trinitaires

Chez les Trinitaires

Le R. P. JEAN-PAUL DE JESUS, O.Ss.T., (Jean-Paul Regimbal), (fils de M. Léo Regimbal, décédé, et de Mme Regimbal, de North Bay, Ont., qui a été ordonné prêtre, le 11 mai, à la paroisse S.-Vincent-de-Paul de North Bay, par S. Exc. Mgr Alexander Cartier, coadjuteur de Sault-Ste-Marle,

(La Presse, 18 mai 1957, p. 42)

15 septembre 2026


AUJOURD'HUI


SANTÉ MENTALE : Les écrans contribuent à la montée de l’anxiété chez les ados québécois

Les écrans contribuent à la montée de l’anxiété chez les ados québécois

Par Benoit Voyer

15 septembre 2026

Les troubles anxieux connaissent une progression importante chez les jeunes Québécois. Plusieurs spécialistes pointent du doigt l’omniprésence des technologies numériques dans leur quotidien. C’est ce qui expliquerait pourquoi les adolescents présentent de plus en plus de symptômes anxieux, pendant que leur estime de soi et certaines habiletés sociales diminuent.

Pour des intervenants en santé mentale, le temps passé devant les écrans, particulièrement l’utilisation des réseaux sociaux et du téléphone intelligent, contribue significativement à fragiliser la jeunesse. De nombreux adolescents gardent leur cellulaire dans leur chambre la nuit, voire dans leur lit, ce qui affecte le sommeil, tandis que les réseaux sociaux favorisent la comparaison avec des images souvent irréalistes de réussite et de bonheur. Ces facteurs peuvent accentuer l’anxiété, la dépression et certains comportements à risque.

La technologie ne serait pas l’unique cause du problème, mais son usage intensif s’ajoute à d’autres facteurs comme le manque d’activité physique et de sommeil.

JEAN-MARC AVELINE : Pensée

 


RÉFLEXION SPIRITUELLE : Une mère en héritage

Une mère en héritage

Par Benoit Voyer

15 septembre 2026

La constitution conciliaire Lumen Gentium explique que pendant la vie publique de Jésus, « sa mère apparaît expressément [du début à la fin]. Ainsi la bienheureuse Vierge avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l’union avec son Fils jusqu’à la croix où, non sans un dessein divin, elle était debout (cf. Jn 19, 25), souffrant cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l’immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour, pour être enfin, par le même Christ Jésus mourant sur la croix, donnée comme sa Mère au disciple par ces mots : « Femme, voici ton Fils » (cf. Jn 19, 26-27).[1]

Jean, le « tendre aimé » de Jésus, centre et témoin de la scène, devint ainsi l’héritier de Jésus, l’héritier, au nom de tous ceux qui marcheront dans les pas du maitre, d’une mère.

Ainsi, « à travers le disciple qu’il aimait, Jésus s’adressait à tous ses disciples d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Chaque disciple est donc interpellé par le maître d’accueillir sa mère chez soi. Il veut que sa mère devienne notre mère car elle est indissociablement unie à son Fils depuis le moment de l’incarnation jusqu’à l’achèvement complet de la rédemption, donc jusque dans la gloire éternelle. »[2]
____________________

[1] Paul VI. Constitution conciliaire Lumen Gentium, no. 58, 21 novembre 1964. https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19641121_lumen-gentium_fr.html
[2] Jean-Paul Regimbal. La Révolution de l’amour, Éditions internationales Alain Stanké, 1981.

MA FOI DU BON DIEU : Vigiles à l'abbaye Val Notre-Dame


Ce matin, 15 septembre 2026, de 4 h 30 à 5 h 15, j'ai participé aux vigiles à l'abbaye Val Notre-Dame, à Saint-Jean-de-Matha, dans la région de Lanaudière.

VOCATIONS : Devenir religieux ou religieuse aujourd’hui

Devenir religieux ou religieuse aujourd’hui

Par Benoit Voyer

15 septembre 2026

Il n’est pas facile de devenir religieux ou religieuse.

La plus grande difficulté rencontrée par la relève est le dépouillement de la foi et de la prière de toutes les sensibleries, de tous les sentiments et de toutes les émotions : « C'est dans la réalité du mystère qu'il faut vivre sa foi »[1], me disait un jour la carmélite Maryse Langevin.

Elle m’expliquait que la place des rites est importante pour vivre ce dépouillement : contemplation silencieuse, vie sacramentelle, lecture des psaumes, etc. Il faut en venir à avoir la conviction que Dieu est présent au cœur de son quotidien sans le sentir par ses émotions.

Elle ajoutait qu’il y a aussi la peur de l'engagement définitif : « Les femmes qui viennent en formation au Carmel veulent rester, mais retardent l'échéance de l'engagement ».

Pour elle, ce n'est pas que dans la vie monastique que cette peur de s'engager se fait sentir, c'est dans toute la société. Cette caractéristique prend sa source dans la psychologie des adolescents. Les jeunes d’aujourd’hui ont de la difficulté à entrer dans l'âge de la maturité. L'adulte n'hésite pas à se donner. Lui seul est capable d'assumer ses choix et de vivre les renoncements que ceux-ci impliquent.

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[1] Benoit Voyer. « Centenaire du décès de Thérèse de l'Enfant-Jésus - Les recrues sont rares au Carmel », Revue Sainte Anne, septembre 1996. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/11/cetait-le-present-du-passe-un.html

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Les Compagnons rentrent d'une première tournée en province

Les Compagnons rentrent d'une première tournée en province

Les Compagnons, deux fois vainqueurs au Festival national dramatique, sont entrés ce matin d'une tournée de trois semaines dans le Nouveau-Brunswick et le Bas-du-Fleuve. Ils ont joué une pièce qui avait connu un extraordinaire succès à Montréal. Il s'agit de « Notre petite ville », une adaptation canadienne-française de l'œuvre qui a bousculé toutes les réussites du Broadway.

La troupe comprenait quatorze acteurs qui voyageaient dans deux voitures et une remorque où étaient placés les décors, les costumes et le système portatif d'éclairage. À chaque endroit visité, les Compagnons demandaient le concours d'une dizaine de personnes de la paroisse pour la figuration.

Dans la présente distribution de « Notre petite ville », Louis de Santis, André Cailloux, Aimé Major, Lionel Villeneuve, Madeleine Langlois, Paule Bayard, Carmen Tremblay, Marcelle David, Gisèle et Gaby Gascon ont repris les rôles qu'ils avaient créés à Montréal. La distribution était complétée par des élèves de l'Atelier des Compagnons qui en étaient plus ou moins à leurs débuts : Marie Bertrand, Francine Montpetit, Claude Desrosey et Jean Deslauriers.

On sait que la pièce qui a été présentée cinq fois au Gésù, au début de cette semaine, « Celle qui a vécu sa vie », était jouée par l'Atelier des Compagnons, avec Bouda Bradon comme metteur en scène.

Bientôt plusieurs autres coins de la province verront arriver la sympathique caravane des Compagnons qui apporteront l'enchantement de leur théâtre à tous : cultivateurs, marchands et professionnels. Car la pièce a été choisie précisément à cause de ses qualités humaines et de son charme facile. Une pièce qui plaît à tous, disent les Compagnons.

« Notre petite ville » a été traduite par les Compagnons et adaptée pour la présente tournée à un milieu canadien-français. On retrouve en scène le bon docteur de la place, le docteur Deschênes, le journaliste M. Saindon, les deux mamans, la jeune Émilie qui se mariera bientôt à Georges Deschênes, le laitier Tenfant Ladouceur, le p'tit gars, Tit Jos Godbout, qui passe les journaux, le constable Tanasse, le restaurateur, M. Langlois, l'entrepreneur de pompes funèbres, etc., etc.

« Notre petite ville », c'est notre histoire à tous ramassée dans les limites d'une petite ville : la vie quotidienne, les jeunes amours, le mariage, le départ. On rit et on s'émeut au spectacle de « Notre petite ville ».

Voici maintenant la liste des endroits visités par les Compagnons : Université Saint-Joseph (23 mai) ; collège de Bathurst (25 mai) ; Campbellton (26 mai) ; Causapscal, Théâtre Canadien (27 mai) ; Matane (28 mai) ; Mont-Joli (29 mai) ; Amqui, Théâtre Figaro (30 mai) ; Baie-Comeau (31 mai et 1er juin) ; Centre paroissial des Trois-Pistoles (2 juin) ; Séminaire de Rimouski (3 juin) ; Cabano (4 juin) ; Rivière-du-Loup (5 juin) ; Sainte-Rose-du-Dégelé (6 juin) ; Rivière-Bleu (7 juin) ; Saint-Pacôme (9 juin) ; Montmagny (10 juin) ; École normale de l'Islet (11 juin).

La troupe du Père Legault repartira mardi le 17. Elle jouera « Notre petite ville » le 17 juin à Berthierville, le 19 à Shawinigan. Du 28 juin au 8 juillet, Les Compagnons feront la tournée Chicoutimi–Lac-Saint-Jean.

Les sociétés ou organisations paroissiales qui aimeraient recevoir Les Compagnons au cours de l'été n'ont qu'à écrire à leur secrétariat, 2022 est, rue Sherbrooke, Montréal.

(Le Devoir, 13 juin 1952, p. 6)
NOTE : Celle qui a vécu sa vie est une pièce de Jean-Paul Regimbal

14 septembre 2026


POLITIQUE : La démocratie, c’est l’art du dialogue

La démocratie, c’est l’art du dialogue

Par Benoit Voyer

14 septembre 2026

Nous sommes chanceux d’habiter le Canada, ce grand pays qui nous permet d’être ce que nous sommes sans contrainte.

À juste titre, dans un discours qu’il prononçait devant le Congrès du travail du Canada, le premier ministre John Diefenbaker disait, le 25 avril 1958 : « Je suis Canadien, un Canadien libre, libre de m’exprimer sans crainte, libre de servir Dieu comme je l’entends, libre d’appuyer les idées qui me semblent justes, libre de m’opposer à ce qui me semble injuste, libre de choisir les dirigeants de mon pays. Ce patrimoine de liberté, je m’engage à le sauvegarder pour moi-même et pour toute l’humanité. »

Malgré tout, la démocratie canadienne reste fragile. N’y allons pas par quatre chemins : la démocratie n’est pas un objectif vague à atteindre. Il s’agit plutôt d’un processus. Pour y entrer, il faut la pleine participation et l’appui de tous.

La démocratie nécessite qu’on ne brime pas la liberté d’expression. Chacun a le droit d’exprimer sa différence. L'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme dit que « tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »

Dialoguer
Une chose que la vie m'a apprise, c'est que pour bien dialoguer et se comprendre, il faut écouter avec le cœur. C'est ce qu'on appelle l'empathie.

Ce n’est pas la première fois que j’écris sur le sujet. Le 21 septembre 2014, dans la défunte version québécoise du Huffington Post [1], j’abordais le sujet de l’art du dialogue empathique.

J’écrivais que pour y parvenir, une ouverture réciproque sans peur de l'autre est nécessaire parce que la peur est l'ennemi de l'ouverture. « Lorsque j'ai peur, une part de moi se referme. C'est un mécanisme normal de défense. »

Et j’ajoutais : « Savoir écouter, ce n'est pas seulement entendre ce que l'autre me dit. C'est surtout savoir saisir ce qu'il tente d'exprimer avec toute sa personne. C'est ce qu'on appelle le langage non verbal. On dit qu'à peine 7 % de la communication humaine se fait avec des mots. Il y a tant de choses dont on ne trouve jamais le verbe pour l'exprimer.

Au-delà des paroles et des actions, qu'est-ce que le cœur de la personne devant qui je me retrouve veut exprimer ? Qu'est-ce que les attitudes et le langage de son corps disent ? J'aime l'idée que le corps placote autant que les syllabes en bouche.

La rencontre de cultures différentes (tout comme le dialogue intergénérationnel) se passe de la même manière qu'entre deux personnes qui tentent de se comprendre. »

Être soi
Le point de départ d'un bon dialogue, c'est l'identité individuelle. Ainsi donc, ce sont deux « moi » - ou personnes - qui s'ouvrent un à l'autre ou, pour reprendre les termes de la série jeunesse « Passe-Partout », « deux fesses qui se connaissent ».

C'est un vieil adage : Il est impossible de bien connaître l'autre qui est devant moi, si je ne me connais pas moi-même. Et puis, je ne peux guère accueillir sa différence, si je suis incapable d'affirmer la mienne. Ainsi, pour apprécier une autre culture différente de la mienne, il faut avant tout aimer celle qui a fait de moi ce que je suis. Pour apprécier le pays d'autrui, il est préférable d'avoir visité le sien. L'autre n'est pas moi.

Ce que j’avançais dans le Huffington Post reste d’actualité : « Lorsqu'on veut véritablement comprendre culturellement l'autre, il est important de mettre de côté les réponses faciles, les propos superficiels et les idées préconçues. Et puis, éviter de se comporter en conquérants ou en « personne qui fait pitié ». Enfin, la rencontre avec une autre culture n'est possible qu'en restant humble ».

Je me souviendrai toujours de la réponse de l'abbé Dumont à Esther Létourneau dans le roman historique « Un amour éternel » d'André Mathieu (Éditions Coup d'œil) : « Je me demande de plus en plus s'il ne faut pas plutôt laisser la route reconnaître le voyageur ». Ainsi, le plus important est de se mettre en route et marcher ensemble sans rien précipiter. C’est cela l’art du dialogue qui conduit à une vraie démocratie.

Instituée par l'Organisation des Nations Unies, la Journée internationale de la démocratie est célébrée chaque 15 septembre afin de rappeler l'importance de la participation citoyenne, du respect des droits et libertés, et du bon fonctionnement des institutions démocratiques.

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[1] Cf. Benoit Voyer. « Apprendre à dialoguer avec les Premières Nations afin de sortir des préjugés», Huffington Post Québec, 21 septembre 2014 (page consultée le 29 juillet 2024) www.huffpost.com/archive/qc/entry/apprendre-a-dialoguer-avec-les-premieres-nations-afin-de-sortir_b_5844076

FRÉDÉRIC JANSSOONE : Pensée