POLITIQUE : Je poursuis mon grand « pèlerinage civique »

Je poursuis mon grand « pèlerinage civique »

Par Benoit Voyer

16 juillet 2026

Peu à peu, se poursuit mon grand « pèlerinage civique ». L’expression n’est pas de moi. Elle s’inspire de la réflexion de l’historien Pierre Nora sur les lieux de mémoire.

Le terme « pèlerinage civique » désigne une démarche de visite à des lieux qui sont porteurs d’une mémoire collective : monuments, bâtiments historiques, sites commémoratifs ou lieux associés à des figures éminentes de la vie publique. À l’image du pèlerinage religieux, il ne s’agit pas seulement d’un déplacement physique, mais d’une démarche symbolique qui invite à se recueillir, à apprendre et à réfléchir sur l’histoire d’une communauté. La démarche permet de renouer avec ceux et celles qui ont contribué à façonner une société, ses institutions et ses valeurs. Comme je le fais régulièrement depuis quelques années, en visitant les traces laissées par des dirigeants, des penseurs ou des acteurs de la vie collective, je cherche à mieux comprendre le chemin parcouru par notre pays et les responsabilités héritées des générations précédentes. Ainsi donc, certains endroits deviennent des points de rencontre entre le passé et le présent, où une société entretient le souvenir de ce qu’elle a été et réfléchit à ce qu’elle souhaite devenir.

Le 14 juillet, jour de la fête nationale de la France, je me suis rendu aux lieux de sépulture des premiers ministres canadiens Alexander Mackenzie et Arthur Meighen.
Arthur Meighen et Jessie Isabel Cox dans le cimetière de St. Marys
Arthur Meighen

J’ai retrouvé le lieu de sépulture d’Arthur Meighen dans le cimetière de la municipalité de St. Marys, où il a grandi.

Arthur Meighen est né sur une ferme le 16 juin 1874. Au Manitoba, il pratiquera le droit. 

Le 24 juin 1904, Birtle, il épousera Jessie-Isabel Cox. Cette dernière est née le 18 avril 1883 et est décédée le 6 septembre 1985. Un détail a retenu mon attention : Jessie Isabel est née à Granby, au Québec, la même ville qui m’a vu naître. Elle était la fille de Charles Cox et de Lilian Booth ainsi que la nièce du célèbre écrivain et illustrateur Palmer Cox.

Arthur Meighen
En 1908, il est élu à la Chambre des communes sous la bannière conservatrice. Il est un orateur remarquable. Il deviendra premier ministre du Canada à deux reprises, soit de juillet 1920 à décembre 1921 et de juin à septembre 1926. Il est le 9ᵉ à occuper la fonction à partir de 1867.

On se souvient de lui comme étant l'un des plus brillants parlementaires de son époque. Successeur de Robert Borden, il a dû gérer les séquelles de la Première Guerre mondiale, les tensions linguistiques, les revendications agricoles de l'Ouest et l'évolution des rapports entre Ottawa et les provinces. Son bref gouvernement de 1926 a été renversé à la suite de la crise King-Byng, une crise constitutionnelle qui contribua à préciser les conventions entourant le rôle du gouverneur général et le principe du gouvernement responsable.

Jessie Isabel Cox
En 1932, il revient à la vie publique comme leader du gouvernement au Sénat. Il prendra sa retraite en 1942.

Arthur Meighen décède à Toronto le 5 août 1960

Le lieu où il repose est simple. S’il n’y avait pas eu le drapeau du Canada pour m’indiquer où il est, il m’aurait fallu bien du temps pour retrouver son obélisque funèbre qui se fond aux autres. Bien entendu, un peu plus loin dans le cimetière, on retrouve une fiche qui rappelle son parcours et devant sa pierre, le gouvernement a installé une plaque commémorative officielle.

J’aurai l’occasion de vous reparler de lui, mais en quelques lignes on peut dire que Meighen rappelle l'importance des institutions parlementaires. En ces temps où les gouvernements minoritaires, les débats constitutionnels et les relations fédérales-provinciales demeurent complexes, son parcours nous enseigne que la stabilité démocratique dépend autant du respect des règles non écrites que des lois elles-mêmes. Son exemple invite également à réfléchir à la qualité du débat parlementaire et à la recherche de compromis.

Alexander Mackenzie dans le cimetière Lakeview, à Sarnia
Alexander Mackenzie

De son côté, le lieu où repose Alexander Mackenzie, le 2ᵉ premier ministre du pays, est impressionnant. Est-ce que le choix de l’immense pierre tombale veut nous rappeler qu’il est un ancien tailleur de pierre ? L’histoire ne le dit pas, mais il m’a été impossible de ne pas me poser la question. Auprès de lui, en quelques rangées successives, se trouvent quelques générations de Mackenzie. Le coup d’œil impressionne le regard.

En m’approchant de la pierre d’Alexander Mackenzie, j’ai découvert que ce lieu racontait une histoire beaucoup plus large que celle d’un ancien premier ministre. Autour de lui reposent des membres de sa famille, notamment sa mère Mary Stewart Fleming, arrivée au Canada en 1847 avec ses sept fils. Cette inscription rappelle que derrière le grand homme politique se trouve aussi le parcours d’une famille d’immigrants écossais qui a participé à la construction du Canada.

Alexander Mackenzie
Alexander Mackenzie est né en Écosse en 1822. Avant son entrée en politique, il s’est établi à Sarnia, une petite ville d'environ 3000 habitants. Le lieu est stratégique. Sarnia est située sur la rivière Sainte-Claire, à la frontière avec les États-Unis, face à Port Huron au Michigan. La ville de Détroit, qui n’est pas très loin sur le plan géographique, comptait à cette époque près de 80 000 habitants.

En 1867, lors du premier scrutin dans le nouveau Canada, il est élu député pour le Parti libéral pour la circonscription de Lambton où est situé Sarnia. En 1882, il deviendra député de la circonscription d’East York.

Mackenzie dirige le Canada de novembre 1873 à octobre 1878. Il succède à John A. Macdonald à la suite du scandale du Pacifique. Réformateur intègre, il instaure notamment le vote secret lors des élections fédérales, crée la Cour suprême du Canada en 1875 et encourage l'édification d'institutions nationales. Son gouvernement est cependant affaibli par une grave récession économique, ce qui permet le retour de Macdonald en 1878. Mackenzie décède en 1892.

Ma visite a laissé une forte impression en moi. Ce n’est pas pour rien. Alexander Mackenzie nous laisse un profond héritage. Dans une époque où la confiance envers les institutions est souvent ébranlée, Mackenzie rappelle que la crédibilité d'un gouvernement repose d'abord sur l'intégrité de ses dirigeants. Son intégrité personnelle, son respect des institutions et sa volonté de renforcer l’État de droit demeurent des références pour répondre aux défis actuels liés à l'éthique publique, à la transparence gouvernementale et à la restauration de la confiance des citoyens. Je n’ai pas fini de vous parler de lui.

Le cimetière Lakeview, à Sarnia
Un voyage un peu fou

Bien entendu, ce périple d’un jour était de la pure folie. Je suis parti de l’hôpital où je travaille, sur la rive nord de Montréal, après ma nuit de travail, à 7 h 30. Sans tarder, j’ai foncé dans l’heure de pointe du matin sur l’autoroute 40. À Vaudreuil-Dorion, j’ai bifurqué par la 25 afin de me retrouver sur la 20 qui devient la 401 en Ontario. J’ai ainsi roulé des heures et des heures. Sur l’heure du dîner, je traversais Toronto.

Initialement, mon projet devait s’arrêter au Mount Pleasant Cemetery où reposent les premiers ministres John Turner et William Lyon Mackenzie King. C’est en passant à Oshawa que l’idée farfelue m’est venue : « Tant qu’à être rendu ici et être encore en forme, je vais tenter de me rendre à Sarnia et St. Marys. » Je n’ai pas pensé qu’il me resterait la distance Montréal-Montmagny, dans Chaudière-Appalaches, à parcourir. Si j’y avais pensé, je ne me serais probablement pas engagé à aller si loin après une nuit au boulot.

Je suis arrivé à St. Marys sur l’heure du souper et à Sarnia 90 minutes plus tard. En tout, j’ai parcouru entre 930 et 940 kilomètres. Pour donner une image simple, cela représente presque la distance entre Terrebonne et Washington, la capitale américaine. Je ne suis pas sûr que Donald Trump aurait accepté de me rencontrer.

Par chance, j’ai eu l’une des plus belles journées que nous ayons eues cet été. Alors que je traversais Toronto, la chaleur était intense. À Toronto, la température officielle dépassait les 35 °C. Dans l’habitacle de mon automobile exposée au soleil, mon thermomètre affichait 41 degrés. À cela s’ajoutait un humidex qui donnait une impression avoisinant les 45 degrés. Le soleil était radieux. Mon cerveau jubilait de pouvoir profiter de cette intense luminosité. Nous, les travailleurs de nuit, en manquons considérablement.

Après mes visites civiques, je suis allé me ravitailler chez Walmart et j’ai dormi le reste de la soirée dans mon automobile, derrière le volant. À mon réveil, je me suis remis en route afin d’être de retour dans Lanaudière en après-midi.

Durant le trajet, j’en ai profité pour écouter la radio en anglais, principalement à CBC Radio One, et effectuer des exercices de mémorisation de vocabulaire anglophone. Et bien entendu, je me suis gardé des moments pour méditer et me recueillir en silence en contemplant le décor qui défilait devant moi. C’est beau l’Ontario !

Le cimetière de St. Marys
Et ce n’est pas encore fini…

Ce « pèlerinage civique » se poursuivra bientôt. Cette tournée des lieux de sépulture des premiers ministres du Canada depuis 1867, année de la création du Canada moderne, va très bien et avance vers sa conclusion. Il ne me reste que 6 premiers ministres décédés à visiter : William Lyon Mackenzie King et John Turner, à Toronto, John Thompson et Charles Tupper, à Halifax, en Nouvelle-Écosse, et John Diefenbaker, à Saskatoon, en Saskatchewan. Pour ce qui est de Richard Bedford Bennett qui repose à Mickleham, en Angleterre, « si Dieu le veut », pour reprendre une vieille expression populaire, j’aurai peut-être la chance de m’y recueillir un jour, avant la fin de mon parcours ici-bas.

Je vous rappelle que le Canada a connu 23 premiers ministres depuis 1867 et que Mark Carney en est le 24ᵉ. En excluant ce dernier, six sont encore de ce monde et 17 veillent sur nous dans un autre univers.

Arthur Meighen et Jessie Isabel Cox dans le cimetière de St. Marys

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VISION CATHOLIQUE : Mgr François Lapierre

Mgr François Lapierre

Par Benoit Voyer

16 juillet 2026

François Lapierre nait le 16 juillet 1941 au 1055, chemin Compton, à West Shefford (aujourd’hui Bromont).

Ses parents, René Lapierre et Rachel Jolin (aujourd’hui décédés), se sont connus et mariés dans ce petit village aux précieux paysages. Sa mère est originaire du 6ᵉ rang.

Il a cinq ans lorsque la petite famille déménage sur la rue Albert, à Granby. C’est dans ce quartier de la petite ville du plus beau jardin zoologique en Amérique du Nord, à quelques rues de la Coopérative agricole de Granby, l’ancêtre du géant Agropur, qu’il grandit.

Il fait ses études primaires à l’école Saint-Eugène, à Granby – dirigée par les Frères du Sacré-Cœur – et ses études secondaires à l’Externat classique Mgr Prince (nom donné en l’honneur de Mgr Jean-Charles Prince, premier évêque de ce diocèse, de 1852 à 1860), à Granby et au Séminaire de Saint-Hyacinthe.

Sa fratrie comprend dix enfants : François, Mance, Hélène, Marthe, Zoé, Jérôme, Guy, Benoit, Louis et Eugène.

Son père, René Lapierre, a besogné sur les chantiers de construction et a été propriétaire d’une petite usine d’emballage. Durant son adolescence, François a mis la main à la pâte afin de l’aider.

Bien entendu, pour reprendre l’expression de Nestor, le personnage incarné par le regretté Claude Blanchard, « les p’tites filles me travaillent ». Il a toujours éprouvé ce besoin de relations et gardé en lui cette attirance naturelle d’un homme pour une femme : « Ma mère n’avait pas souvent le temps d’aller à l’église. Malgré tout, nous avons été éduqués dans une atmosphère chrétienne. Comme dans plusieurs familles, nous disions le chapelet avec le cardinal Léger, qui passait chaque soir à la radio. Nous avions donc une vie de prière à la maison [1]».

Il se sent attiré par la vie religieuse. Sa vocation, il l’attribue à sa grand-mère qui lui donne l’habitude d’aller à l’église, puisque ses parents, occupés par la marmaille et l’entreprise, ne peuvent pas toujours s’y rendre.

En août 1961, il entre à la Société des prêtres des missions étrangères et est ordonné prêtre le 18 décembre 1965 à l’église Saint-Eugène, à Granby, dix jours après la fin du concile Vatican II.

En 1966, après quatre mois d’apprentissage de l’espagnol, au Mexique, il se rend au Pérou pour travailler dans un quartier pauvre d’Ica, une petite municipalité d’environ 10 000 habitants, située au sud du pays, en plein désert. À la demande de l’évêque, il devient aumônier des étudiants à l’université de l’endroit qui regroupe près de 8000 jeunes : « C’est comme ça que j’ai connu Gustavo Gutierrez. Il était responsable du Mouvement des étudiants catholiques du Pérou. Il est devenu mon ami. J’ai beaucoup appris à son contact. Il m’a aidé à revoir ma théologie, ma façon de comprendre la foi et, surtout, à découvrir que celle-ci a une dimension sociale, une dimension collective et pas seulement une dimension personnelle, individuelle. Il m’est devenu important de voir cette dimension sociale de la foi. Je suis demeuré à Ica jusqu’en 1971 ».


En 1998, il m’expliquait : « La théologie de la libération est une façon d’aborder l’expérience chrétienne. Quand on lit la Bible, on s’aperçoit que la liberté est au cœur de cette expérience. Qu’est-ce que la liberté ? Est-ce que c’est juste de choisir entre dix sortes de shampoings ? C’est d'abord la réalité de s’ouvrir à la souffrance de l’autre. Il ne faut pas avoir peur de la liberté et de la libération. Elles font partie de la foi. Nous devons changer nos façons de voir. Nous ne devons pas être des catholiques les pieds posés sur les freins. Nous sommes trop sur la défensive ! Il faut avoir le courage d’être ce que nous sommes ! »

Et ajoutait : « Mon expérience en Amérique latine m’a amené à voir l’importance d’une option préférentielle pour les pauvres et à voir comment l’Église peut être non seulement au service des pauvres, mais faire que les pauvres soient des acteurs privilégiés dans l’Église. C’est ce que j'ai appris de la mission en Amérique latine. Les gens pauvres, très pauvres, même analphabètes, peuvent être des acteurs importants dans la mission. Ils ne sont pas uniquement des objets ».

De 1971 à 1979, il revient au Canada et est animateur missionnaire pour sa congrégation religieuse. Il met sur pied le Mouvement des étudiants catholiques du Québec.


De 1973 à 1979, il est également membre du conseil central de la Société des prêtres des missions étrangères.

De 1979 à 1980, il est brièvement aumônier du Mouvement international des étudiants catholiques et du Mouvement international des professionnels catholiques à Paris et à Genève.

En 1980, il arrive avec une équipe de prêtres et de laïcs au Guatemala pour y travailler. Le Guatemala vit une guerre civile très importante. L’expérience est très difficile pour les personnes installées dans la région où il y a un affrontement entre l’armée et la guérilla révolutionnaire qui combat le régime établi.

Raoul Léger, un Acadien faisant partie du groupe de Canadiens, y a laissé sa peau : « L’assassinat de mon ami Raoul Léger, avec qui j’ai travaillé au Guatemala, a engendré dans ma vie et dans ma foi une grande période d’obscurité. Ce fut une terrible épreuve pour moi. J’ai douté jusqu’à remettre en question mon apostolat. [...] C’est toujours la question du pourquoi qui hante l’esprit, surtout lorsqu’on a l’impression d’avoir été fidèle à l’appel reçu et qu’on a donné le meilleur de soi-même. J’ai beaucoup questionné Dieu. [...] L’expérience a été pour moi un tournant important. J’ai découvert une réalité nouvelle dans la spiritualité. Elle n’est pas une fuite, mais un au-delà. J’ai découvert une lumière dans ma nuit. C’est difficile à exprimer. C’est une expérience qui s’explique difficilement avec des mots. Si je n’avais pas vécu cet événement, mon cheminement n’aurait pas été le même. Après quelques pas dans la nuit, j’ai vu le soleil se lever. J’ai vécu l’expérience d’une vie nouvelle. La résurrection, c’est le soleil qui se lève après la nuit obscure », me confiera Mgr François Lapierre, en 2003, lors d’une rencontre à la Maison de la Madone, à l’ombre du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, à Trois-Rivières, où se tenait une plénière des évêques.

Un beau jour, il trouve sous sa porte une lettre au ton impératif : « Si dans les 48 heures vous n’êtes pas sorti du pays, nous devrons vous supprimer. » Sans tarder, il se rend chez l’évêque du lieu pour lui demander conseil.

« Je n’étais pas un homme de grande foi. Je voyais des paysans qui regardaient la mort avec tranquillité… Pas moi… J’avoue que je sentais beaucoup de peur : je crois qu’on aurait mis cette menace-là à exécution. « J'ai bien pensé que j’allais laisser ma vie au Guatemala », me confiait le père François Lapierre dans un entretien en 1998.

Au Guatemala, une quinzaine de prêtres viennent d’être tués. Ce sont les semaines les plus sanglantes de la guerre civile qui sévit au pays.

L'évêque n’hésite pas un instant et va lui-même le reconduire à la frontière du Honduras, où François Lapierre restera jusqu’en 1983 : « En allant le rencontrer, je me disais : si j’ai des indications claires que je dois rester, je vais rester ! »

En 1991, il est élu supérieur général de la Société des prêtres des missions étrangères.

En 1997, il participe, à Rome, au Synode de l’Amérique : « Un soir, j’ai été invité à souper chez le pape [Jean-Paul II]. Avec lui, nous étions huit autour de la table, dont le supérieur des Jésuites. Après le souper, le souverain pontife nous a invités à prier dans sa chapelle. Pour s’y rendre, je marchais juste derrière lui. Il s’est arrêté, m’a pris la main et m’a invité à le soutenir, car il a de la difficulté à se déplacer. Nous avons marché ensemble jusqu’au lieu de prière. J’ai vécu une expérience très profonde. J’ai senti un homme ayant un très grand poids à porter. J’ai trouvé ça très émouvant. »

Le 7 avril 1998, le père François Lapierre est élu évêque du diocèse catholique de Saint-Hyacinthe. Une semaine avant son sacre, le 16 juin 1998, il quitte son bureau de Laval et déménage à l’évêché de son nouveau diocèse. Son ami, Gustavo Gutierrez, le père de la théologie de la libération, est présent lors de son sacre. Il dirigera le diocèse jusqu’en 2017.

Le saint pape Jean-Paul II et Mgr François Lapierre

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[1] Propos tirés d’articles que j'ai écrits en septembre 1998 et en avril 2003 dans la Revue Sainte-Anne. Ils ont été republiés dans le livre « Les Témoins de l’essentiel », Éditions Logiques, 2005.

15 juillet 2026

MUSIQUE : David Jalbert, pianiste

David Jalbert, pianiste

Par Benoit Voyer

15 juillet 2026

Né le 3 novembre 1977 à Rimouski, David Jalbert est un pianiste classique remarquable.

Il commence à jouer du piano, sous les encouragements de son père, à l’âge de quatre ans.

À neuf ans, il entre au Conservatoire de musique de Rimouski. Il étudie pendant une dizaine d’années avec sœur Pauline Charron. Musicienne et pédagogue connue d’un bout à l’autre du Canada, cette religieuse, membre de la communauté Notre-Dame du Saint-Rosaire, fondée par la bienheureuse Élisabeth Turgeon, a formé des centaines de pianistes et d'organistes. Au nombre de ses élèves figurent notamment l’organiste Gilles Rioux, qui a longtemps été titulaire des orgues de la basilique Notre-Dame-du-Cap, à Trois-Rivières.

En 1997, David Jalbert obtient un baccalauréat du Conservatoire de musique du Québec. À l’aide d’une bourse du Fonds canadien d’aide à la recherche (FCAR), il poursuit sa formation musicale à la maîtrise en interprétation à l’Université de Montréal. Il recevra son diplôme deux ans plus tard. La même année, il reçoit la médaille d’or du Gouverneur général pour ses résultats académiques.

Le 12 septembre 2025, dans un troisième album d’une série consacrée à l’intégrale des sonates pour piano de Sergueï Prokofiev, il nous a offert une magnifique interprétation de la sonate nᵒ 8.

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RÉFLEXION SPIRITUELLE: Quand ça fait mal…

Quand ça fait mal…

Par Benoit Voyer

15 juillet 2026

Pendant quelques années, j’ai entretenu avec le bon Dieu une relation difficile. Je ne priais plus ou très peu. Je suis devenu agnostique, à la limite de l’athéisme. J’ai tellement douté, beaucoup douté, vraiment douté…

À la mi-mai 2023, j’ai pris conscience que ma brouille a pris naissance à travers des blessures intérieures infligées à chaque fois que j’ai travaillé au sein d’institutions de l’Église catholique ou d’organismes associés à celle-ci.

J’ai tant espéré y rencontrer un peu l’Esprit de Dieu, mais en vain. Dans les organisations religieuses, on parle du divin, mais on n’arrive pas à le retenir, parce que, comme Jésus, le Père céleste est un berger nomade toujours à la recherche de la brebis blessée. Il est toujours sur la route, c’est-à-dire parti ailleurs, et se retrouve toujours là où on ne s’attend pas de le rencontrer. Son Souffle est comme le vent et ce dernier en met plein les voiles.

Mais à bien y penser, peut-être qu’il y est vraiment présent parce que, comme on dit, quand le bon Dieu est vraiment quelque part, le diable n’est jamais bien loin.

En tout cas…

Il m’a fallu du temps pour pardonner, mais, comme l’écrivait Jean Montbourquette dans son petit traité sur le pardon, pardonner ne veut pas nécessairement dire oublier. Ainsi donc, je dois recommencer à chaque fois que la douleur revient. J’ai fini par comprendre qu’il y a des blessures qui ne guérissent pas vraiment. Elles laissent toujours des traces en soi.

Je ne m’en cache pas : je suis une âme pauvre et mortifiée. Mais bon ! Il n’est pas question ici de pleurnicher sur mon sort. Les paroles de sainte Marguerite Bourgeoys ont souvent le don de me consoler. Elle écrivait : « Mais c’est toujours à des âmes pauvres et mortifiées qu’il prend plaisir à se communiquer. Elles seules sont capables d’attirer sur elles-mêmes et sur les autres les plus abondantes bénédictions du ciel, et de jouir quelquefois des plus intimes communications avec le Seigneur »[1]. Quand ça me fait mal, ses quelques mots reviennent dans ma tête.

Mais je repense surtout à la parole de Jésus : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Mt 11, 28-30).

Ce repos, je le trouve lorsque je me retire en secret pour prier. À presque 60 ans, ma prière est devenue une simple présence sans grand dialogue. Par le biais de mon imagination et de ma foi, je dis souvent au bon Dieu : « Salut ! Je suis là ! N’oublie pas que je t’aime… » Il n’y a pas de cérémonie entre lui et moi. Je suis comme je suis. Il est comme il est. Quelquefois, je m’endors devant lui. D’autres fois, j’ai l’impression qu’il dort lui aussi. Parfois, il doit me trouver bien « drabe » et ennuyant… Parfois, il doit se dire la même chose de moi. Trêve de plaisanteries…

Lorsque la douleur de la blessure revient en moi – et parfois me fait pleurer –, je lui dis simplement : « Aide-moi à pardonner et à aimer parce que je n’y arriverai pas seul. » Et je sens peu à peu mon fardeau redevenir plus léger.

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[1] Marguerite Bourgeoys. Dans « Les écrits de Mère Bourgeoys – autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 152.

14 juillet 2026

SANTÉ MENTALE : Investissement en santé mentale au Québec

Investissement en santé mentale au Québec

Par Benoit Voyer

14 juillet 2026

Le gouvernement fédéral transférera 70,8 M$ sur 5 ans au Québec pour soutenir les services en santé mentale destinés aux jeunes. Cette enveloppe permettra notamment de développer le réseau des Aires ouvertes, qui offrent gratuitement aux jeunes de 12 à 25 ans des services en santé mentale, en santé sexuelle, en dépendance et en soutien psychosocial. Le Québec compte actuellement 48 sites. L’investissement permettra l’ajout de nouveaux points de service, notamment à Longueuil, Trois-Rivières, Argenteuil et Sainte-Thérèse, ainsi qu’un service mobile en Montérégie.

La Presse, dans un article publié dans son édition du 14 juillet, explique que la demande pour ces ressources est en forte croissance. À l’Aire ouverte Montréal-Nord-Lacordaire, le nombre de jeunes utilisateurs a presque doublé en quatre ans, passant de 491 à 918, alors que près de 4600 interventions ont été réalisées au cours de la dernière année. Le financement provient du Fonds pour la santé mentale des jeunes, lancé par Ottawa en novembre 2024 avec une enveloppe nationale de 500 millions de dollars sur cinq ans afin d’améliorer l’accès aux services partout au pays.

MUSIQUE : Festival de Lanaudière

Charles Richard-Hamelin et l'OSQ, le 24 novembre 2024
L'Orchestre symphonique de Québec se produit pour la première fois au Festival de Lanaudière

Par Benoit Voyer

14 juillet 2026

Le 17 juillet, l'Orchestre symphonique de Québec (OSQ) se produira pour la première fois au Festival de Lanaudière. Sous la direction de son directeur musical, Clemens Schuldt, l'ensemble de la capitale nationale québécoise montera sur la scène de l'Amphithéâtre Fernand-Lindsay en compagnie du pianiste Charles Richard-Hamelin. Le programme comprend le Concerto pour piano en la mineur de Grieg, Le Tombeau de Nelligan de Jacques Hétu et La Petite Sirène (Die Seejungfrau) d'Alexander Zemlinsky.

Cette présence revêt une importance particulière puisque le Festival de Lanaudière compte parmi les plus prestigieux rendez-vous de musique classique en Amérique du Nord. Les organisateurs présentent d'ailleurs cette soirée comme les « débuts conjoints à Lanaudière » de l'OSQ et de son directeur musical, Clemens Schuldt. Pour l'orchestre fondé en 1902, cette invitation constitue une nouvelle étape dans son rayonnement sur la scène musicale québécoise.

Avec l’OSQ, le public entendra le pianiste Charles Richard-Hamelin. Alors que Christophe Huss le qualifiait de « trésor national » dans Le Devoir en 2025, le pianiste Marc-André Hamelin affirmait en 2026 qu’« il est l'un des interprètes de Chopin les plus remarquables. Son Chopin est tout simplement hors du commun ». Reconnu pour ses interprétations du répertoire romantique, particulièrement celui de Chopin et de Grieg, Charles Richard-Hamelin a connu un essor international en 2015, lorsqu'il a remporté la médaille d'argent au Concours international Frédéric-Chopin de Varsovie.

Charles Richard-Hamelin est également un habitué du Festival de Lanaudière. Le pianiste lanaudois s'y est produit à plusieurs reprises, notamment en 2022 avec Les Violons du Roy, ainsi qu'en 2024. Sa présence aux côtés de l'Orchestre symphonique de Québec donnera cette fois un caractère inédit à ce rendez-vous avec le public lanaudois.

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SEXUALITÉ : Frère Marie-Victorin

« Ne vous indignez pas quand votre sexe parle son millénaire langage, et n’accusez pas le diable… »
– Frère Marie-Victorin

Par Benoit Voyer

14 juillet 2026

J’ai lu avec un grand intérêt le livre « Lettres biologiques – Recherche sur la sexualité humaine » paru chez Boréal, en 2018. Il s’agit de lettres personnelles que le frère Marie-Victorin adressait à Marcelle Gauvreau. Ce religieux de tradition catholique, qui a pour véritable nom Conrad Kirouac, est professeur et fondateur du célèbre Jardin botanique de Montréal. Marcelle est la fille du Dr Joseph Gauvreau de Rimouski. Elle deviendra la précieuse collaboratrice du professeur et scientifique et une amie qu’on peut qualifier d’intime.

Dans ce bouquin, c’est Conrad qui s’exprime. Dans un autre ouvrage tout aussi intéressant, on retrouve les lettres que Marcelle lui adresse en échange.

Avec Marcelle Gauvreau, Marie-Victorin est toujours resté dans la sphère des échanges privés pour des raisons de convention sociale. Il faut le rappeler, c’était il y a plus de 75 ans. À cette époque, les amitiés entre un homme et une femme étaient rares. Celles entre un religieux masculin et une femme célibataire l’étaient davantage.

Le frère Marie-Victorin le dira souvent : les échanges entre les femmes et les hommes sont nécessaires à la santé psychologique. Il affirme même que « c’est le grand handicap des couvents et monastères entièrement cloîtrés Il s’y développe des maladies mentales, des déséquilibres qui n’ont pas d’autres causes ».

En 1941, il affirme dans une lettre : « Je suis d'ailleurs parfaitement sûr que, vivant à l’Institut au milieu de femmes jeunes, mon état général est meilleur que si je ne voyais que des hommes. Vous savez bien vous-même que c’est vrai : la présence des hommes stimule inconsciemment vos glandes, et vous fait vivre plus vite ».

Le 20 février 1937, il expliquait à Marcelle Gauvreau son idée sur le sujet : « Quand je dis qu’une certaine activité sexuelle est nécessaire à la vie de l’esprit, je ne veux pas dire que le vice soit nécessaire. Je veux dire qu’un certain fonctionnement sexuel automatique, provoqué par les stimulations naturelles du milieu, est nécessaire. Il est normal, et il est hygiénique qu’une femme vive en compagnie d’hommes. La seule présence du sexe opposé, les légères stimulations que cette présence engendre sans que l’on s’en rende compte, font circuler les hormones génitales nécessaires à la santé. Il en est ainsi des hommes. »

Pour le frère Marie-Victorin, l’amitié est supérieure à l’amour. Il écrivait à Marcelle Gauvrea, le 1ᵉʳ septembre 1936 : « Mais vous avez assez d’expérience pour savoir combien l’amitié pure est difficile ou rare entre personnes de sexes différents ».

Sur les traces de Kinsey
À travers ses échanges écrits avec Marcelle Gauvreau, on constate que le regard du frère Marie-Victorin porte sur la sexualité est comparable à celui de Kinsey.

Marie-Victorin est un scientifique de son temps. Au milieu des années 1930, il suit les débats sur la méthode de contraception naturelle Ogino-Knaus, fondée sur le cycle d’ovulation des femmes. C’est son collègue Ceslas Forest, un Dominicain, doyen de la faculté de philosophie de l’université de Montréal, qui l’oriente et lui conseille la lecture du texte du jésuite Charles Chaput « Méthode Ogino-Knaus devant la morale catholique », publié en 1935 dans le Journal de l’Hôtel-Dieu. Il lui recommande aussi le livre « La limitation des naissances » du Dr Raoul de Guchteneere, paru en 1931.

Comme l’écrivait Marie-Victorin à Marcelle Gauvreau : « Rien de ce qui est humain n’est interdit à la curiosité scientifique. » Alors, il ne se gêne pas pour se laisser à sa curiosité. Au fil des ans, il en est même devenu un peu voyeur, mais… c’est pour la science.

De chair et d’esprit
Dans la présentation du livre, Yves Gingras explique que pour le frère Marie-Victorin la sexualité est une œuvre divine, l’homme et la femme ayant non seulement une âme mais aussi un corps.

À ce sujet, le frère Marie-Victorin écrit à Marcelle Gauvreau : « Ma chère enfant, vous avez beau mener une belle vie d’âme et d’esprit, vous restez la femme commandée jusqu’à un certain point par la zone charnelle, par le mystère glandulaire. […]. Malgré le respect que vous me prodiguez, rien ne doit vous empêcher de me considérer comme un homme de chair et d’os… »

Quant à son désir de rester chaste, dans sa lettre du 1ᵉʳ septembre 1936, il invite Marcelle à demeurer en équilibre avec la réalité de sa condition humaine : « Si la Providence vous assigne le célibat comme condition de vie, il vaut mieux le garder intégralement et ne pas jouer avec le feu. Avec votre caractère enjoué et exubérant à ses heures, vous deviendrez vite provocante, consciemment ou non. Cela ne veut pas dire – et je ne me lasse pas de vous le répéter, car mon expérience me dit que c’est un grand danger pour le bonheur et le succès de la vie – que vous devez vous replier sur vous-mêmes et refouler brutalement en vous-même tout ce qui est sexuel, tout ce qui est amour. Non ! Vous connaissez mes idées là-dessus, appuyés sur une certaine expérience de la vie. Vivez naturellement. »

Et puis, dans sa missive du 25 novembre 1941, Marie-Victorin ajoute : « Mon enfant, quand le désir vous prend, le désir qui est la voix de la vie, quand le désir vous prend et crispe votre petit corps, dites toujours en vous-mêmes : Mon Dieu, je vous fais le sacrifice de ces légitimes joies que j’aperçois dans le trouble miroir de ce qui aurait pu être. Au lieu de serrer dans mes petits bras un homme, un seul homme, je veux aimer tous les hommes, toute l’humanité, faire du bien, éclairer, semer la joie et le dévouement autour de moi, durant les années que vous me laisserez sur cette terre. »

En bon scientifique, Marie Victorin avait lu Freud. Il connaissait bien les dangers du refoulement et l’importance de la sublimation du désir dans des projets concrets. Puisqu’il sait que Marcelle Gauvreau est célibataire et n’a jamais eu de rapports sexuels avec un homme, il lui écrit : « Ne vous indignez pas quand votre sexe parle son millénaire langage, et n’accusez pas le diable. Reportez sur des objets dignes de vous ce grand besoin d’aimer, de vous dévouer qui fait le fond de votre saine nature. Vous m’entendez, petite Marcelle ! Votre famille, la Science, l’Éveil, l’Institut botanique, vos amis, les pauvres et les affligés, les petits enfants, et par-dessus tout Dieu dans les bras de qui nous serons bientôt ! Voilà de quoi aimer, voilà de quoi sublimer vos ardeurs les plus vives. N’est-ce pas ? »

En lui parlant, dans une autre lettre, du rythme du désir sexuel dans le cycle menstruel chez la femme, il lui redira : « Vous voyez que le diable n’a rien à voir là-dedans. »

N’est-ce pas ce qu’écrivait en d’autres mots le psychanalyste André Lussier : « L’instinct laisse l’individu à l’abri des déviations quand il est suffisamment assumé par en haut, c’est-à-dire assumé par une orientation d’amour authentique, sublimé dans les voies de la générosité. Et de la charité. Pour arriver à cette sublimation, il faut un degré suffisant de maturation, d’épanouissement dans nos grandes composantes instinctuelles, la sexualité et l’agressivité. »

Le 8 août 1940, le frère Marie-Victorin insiste auprès de Marcelle Gauvreau : « Ne cherchez pas à oublier les hommes. Vivez honnêtement en leur compagnie, laissez vos hormones circuler et vos glandes secréter à leur compagnie. Il n’y a là que de très normal. Mais que cela ne vous empêche pas d’ouvrir les yeux aux réalités plus hautes. N’oublions pas que nous sommes corps, avec tout ce que cela comporte. »

La libido du frère Marie-Victorin
Marie Victorin a un tempérament passionné. Il avouera à Marcelle Gauvreau, dans sa lettre du 10 juillet 1934, qu’il doit lui-même combattre de façon récurrente une forte libido. Rapidement, il lui lance qu’il porte sa virginité « dans un vase d’argile, dans un corps avide de jouissances, prêt à se jeter dans toutes les fanges ».

Marcelle Gauvreau exerce un certain attrait sexuel sur le religieux. D’ailleurs, dans sa lettre du 1ᵉʳ janvier 1937, il ne passe pas par quatre chemins pour lui confier son secret : « Vous voulez que je vous donne des exemples de provocation inconsciente de votre part ? Je ne puis m’étendre là-dessus, mais écoutez ceci […] Non, vous n’êtes pas dangereuse, loin de là. Mais vous avez un certain charme particulier qui vient de votre gaieté, de votre naturel, de votre bonté, peut-être de votre vertu ! Or, vous n’ignorez pas que tout cela est aphrodisiaque. »

Le 29 avril 1939, Marie-Victorin finit par lui avouer tout le bien qu’elle lui fait : « Je remercie chaque jour Dieu de vous avoir mise sur mon chemin. J’avais besoin, à l’heure du midi de la vie, d’une grande tendresse féminine, mais d’une tendresse qui ne fut pas un piège. J’avais besoin de quelqu’un à qui je puisse tout dire, qui puisse entendre mes vues, mes idées sur Dieu, sur la nature, sur le christianisme, lesquelles vues ne sont pas celles de tout le monde. J’aime Dieu infiniment, il me semble que je suis un chrétien d’évangile, mais je rejette cette masse de préjugés sous laquelle on ensevelit le livre sacré […] Vous m’avez dit un jour qu’une amitié comme la nôtre, entre un religieux et une femme, n’est pas souvent possible sans catastrophe. Combien vous aviez raison ! Elle n’est possible que par le respect. Et ce respect profond, je pense que nous n’y avons jamais manqué. Nous garderons toujours cette distance entre les corps – car il n’y en aura pas entre les cœurs. Et je suis sûr que ce sera le meilleur garant, le meilleur moyen de garder cette grande amitié, sainte et éternelle ».

L’éducation sexuelle
Dans sa lettre du 24 février 1913 adressée à Marcelle Gauvreau, le frère Marie-Victorin déplore avec tristesse le fait que « de pauvres enfants traversent la crise sexuelle sans appui ».

D’ailleurs, le 8 juillet 1910, il lui écrivait que lorsque « s’éveille en l’enfant la vie sexuelle, lorsque tout étonné il se sent des énergies nouvelles, des pouvoirs nouveaux, le plus souvent, hélas, il n’a personne d’autorisé pour lui dire franchement ce qui se passe en lui, pour l’initier au mystère de la procréation et lui définir clairement ses devoirs à l’égard de ses organes créateurs ».

Échange sur la sexualité

La correspondance privée entre le frère Marie-Victorin et Marcelle Gauvreau vaut en soi bien des cours d’éducation à la sexualité. À travers les considérations biologiques, on croise de petites leçons de morale. Bien entendu, il s’agit de la morale d’une autre époque, mais parfois on a l’impression qu’elle s’adresse à aujourd’hui.

D’une page à l’autre, les observations se multiplient. Parfois, celles-ci nous arrachent un sourire. Voici quelques exemples de ce que le frère Marie-Victorin écrit à Marcelle Gauvreau :

1- « Vous le savez peut-être, rien n’est aussi flasque, désabusé, triste qu’un homme qui vient d’éjaculer. On dirait que son âme est sortie par là ! « La jouissance est intense, plus intense que chez vous, les femmes, mais c’est l’affaire de quelques instants, le temps que dure l’éjaculation elle-même ». (11 février 1940) ;

2- « Un homme et une femme qui coïtent tous les soirs peuvent être chastes, et sont éminemment chastes s’ils sont fidèles l’un à l’autre (c’est justice!), si dans l’acte du plaisir ils recherchent le plaisir de l’autre (c’est charité!) et si, dans leurs étreintes, quels qu’en soient les modes, ils tendent à l’amour et à la procréation. […]. Elle est chaste si dans son cœur et dans son corps elle se limite à son mari, envers qui elle s’est engagée » (8 août 1940) ;

3- « Dieu, du haut de son ciel, juge les âmes plus d’après leurs intentions, leur amour de la justice et de la charité que par leur conformisme externe. La souillure physique est peu de chose, une convention presque. […]. L’Évangile nous le dit : ce n’est pas ce qui entre dans le corps qui souille l’homme… Ce qui compte, ce qui est horrible, c’est la souillure de l’âme, la méchanceté de l’âme, la brutalité de l’âme. » (8 août 1940)

4- Le frère Marie-Victorin écrit à Marcelle Gauvreau : « Vous savez que l’amour atteint son sommet par une compénétration totale des êtres qui s’exprime par la pénétration des corps qui n’en font plus qu’un pour, à ce moment, allumer à nouveau le flambeau de la vie pour une nouvelle génération. Mais il y a entre certains humains des unions qui consistent uniquement en une compénétration totale des âmes, en sorte qu’ils n’ont plus qu’une même pensée, qu’ils ont une attitude commune vis-à-vis des grands problèmes de la vie charnelle et de la vie spirituelle, qu’ils n’ont pas de secret l’un pour l’autre ». (29 avril 1939)

5- « Ici, je dois vous dire une chose. Parallèlement à l’évolution de la puberté, il y a aussi une évolution de la conscience qui parait être la même pour tout le monde. On est peu instruit, mal éclairé, effrayé par tout ce que l’on a entendu de la bouche des prédicateurs et des éducateurs. La venue des érections cause de la surprise, de la gêne morale. Arrive la première éjaculation : autre trouble. Généralement, je pense, l’adolescent arrive à comprendre vaguement que les érections sont naturelles, et il arrive aussi à mettre la limite du bien et du mal à l’éjaculation. De là, des efforts (impossibles) pour se retenir au bord de l’éjaculation. Se retenir d’éjaculer, passé un certain seuil, c’est comme se retenir de vomir quand on en a envie : les deux phénomènes sont des phénomènes violents. (25 novembre 1941)

6- "Pour revenir à la question de conscience, ceux qui n’arrivent pas à s’en faire une sur ce sujet sont bien malheureux, car, entre 16 et 40 ans, le sperme, hautement activé, frappe toujours à la porte la nuit et parfois le jour." (25 novembre 1941) ;

7- « Chacun a sa formule érotique, vous le savez. Pour moi, les seins ne m’émeuvent guère. Je les manipule pour observer les réactions du sujet, mais cette manipulation n’a pas d’effet sur moi. Je n’en puis dire autant des examens et des touches dans la région vulvaire. Il paraît qu’il y a des hommes que le « temple de l’amour » n’intéresse pas. Ce ne sont pas des hommes. Je ne crois pas qu’un homme normal puisse manipuler un clitoris, chez une jeune femme, même objectivement, sans ressentir quelque chose dans son organe homologue ; d’autant plus qu’il s’y ajoute le charme total de la nudité offerte. (25 novembre 1941) ;

8- “Mais cela reste toujours un mystère pour moi que cet intérêt que nous autres, hommes, portons à ce coin de chair sans beauté qu’est le pli sexuel de la femme. L’intérêt intellectuel se comprend. Il s’agit d’un objet complexe dans sa morphologie et dans sa physiologie, où passent sans cesse des phénomènes importants et mystérieux. Mais il y a cet autre intérêt, instinctif, profond, irraisonné, qui nous attire et nous méduse. Nous aimons à voir ce coin de chair, ce con, puisqu’il faut l’appeler par son petit nom, parce que c’est un con, et voilà tout! » (25 novembre 1941).

Un livre qu’il faut absolument lire.

13 juillet 2026

POLITIQUE : MacKenzie Bowell, 5ᵉ Premier ministre du Canada

MacKenzie Bowell
5ᵉ Premier ministre du Canada

Par Benoit Voyer

13 juillet 2026

Mackenzie Bowell est né en Angleterre. Avec sa famille, il émigre à Belleville dans la province canadienne de l’Ontario.

À 11 ans, il est apprenti-typographe au journal The Intelligencer. En 1848, il en devient le rédacteur et en 1850 le propriétaire.

Mackenzie est un homme ambitieux et énergique. Malgré son peu d’instruction, il est minutieux et infatigable au boulot.

Il deviendra milicien et investit ce qu’il gagne en salaire dans une compagnie de chemin de fer et dans plusieurs petites entreprises de sa région.

Sur le plan communautaire, il fonde une loge des Orangistes et se joint au Parti conservateur du Canada et à la franc-maçonnerie.

En 1867, lors de la première élection de la nouvelle confédération canadienne, le père de neuf enfants est élu député à la Chambre des communes. Il sera réélu six fois jusqu’à sa nomination au Sénat en 1892.

En 1878, Mackenzie Bowell (1823-1917) entre au cabinet du gouvernement canadien, dirigé par les conservateurs. Il deviendra ministre du Commerce. « Il s’affiche comme porte-parole des groupes extrémistes protestants. Homme politique souvent maladroit et inepte, assez inoffensif et âgé – les ministres le surnomment « le grand-père Bowell » –, il succombe facilement aux flatteries et aux petites attentions »[1], écrit Jacques Monet.

Lors du décès du premier ministre John Sparrow David Thompson (1844-1894), le gouverneur général Lord Aberdeen le choisit à cause de son ancienneté et après avoir « reçu l’assurance de sir Frank Smith, ministre éminent reconnu pour l’ardeur de sa foi catholique, que Bowell n’a jamais fait de tort aux catholiques »[2]. Ainsi donc il devient le 5ᵉ Premier ministre du Canada.

Son leadership souffre d’un handicap. Il doit gouverner à partir du Sénat et ne peut pas participer aux débats de la Chambre des communes.

Malheureusement, MacKenzie Bowell ne restera pas longtemps à la tête du pays. Même s’il avait l’appui des évêques catholiques du Canada, l’affaire des écoles catholiques du Manitoba et l’usure du pouvoir auront raison de lui. D’ailleurs, l’historien Jacques Monet est catégorique sur le leadership de Bowell : il « n’est pas à la hauteur de la situation et se laisse emporter par la tempête politique qui fait rage autour de la question des écoles catholiques du Manitoba. »[3] Il n’est pas le seul à faire ce constat. L’historien Robert Rumilly écrivait au sujet de Mackenzie Bowell dans son « Histoire de la province de Québec »[4] qu’il est un « vieil orangiste, tenace et loyal, qui livrait sa pensée et exigeait d’autrui la même franchise ».

L’historien Jean Houpert résumait bien la nature du problème vécu au Manitoba : « La défense des écoles françaises du Manitoba avait aussi un aspect religieux puisqu’il s’agissait d’écoles catholiques dont la fermeture entrainait l’obligation pour les enfants catholiques de fréquenter des écoles où leur religion était ignorée tout autant que leur langue. Il est même permis de dire qu’elles y étaient combattues. Aussi, les vingt-neuf évêques du Canada, sous le leadership de Mgr Louis-Zéphirin Moreau [5], évêque de Saint-Hyacinthe, adressèrent-ils le 9 mai 1894 une pétition aux autorités fédérales dénonçant l’injustice commise envers la minorité manitobaine et leur demandant d’intervenir pour la faire cesser ».[6]

L’opinion publique canadienne était profondément et violemment divisée. C’était l’affrontement sur tous les plans et l’attente d’une prise de position des chefs politiques.

Le projet de loi du gouvernement Bowell déposé le 11 février 1896 laissait à désirer. Il ne comportait pas de dispositions financières précises et laissait tout de même faire au gouvernement provincial du Manitoba de faire ce qu’il voulait bien. Cela aurait assurément été dans le sens d’un budget zéro dans le financement des écoles francophones.

« Les passions étaient déchaînées; le parti conservateur usé; [Wilfrid] Laurier était éloquent, et pour les Canadiens-français, il était l’un des leurs et proclamait son catholicisme. Le 23 juin 1896, il remportait une éclatante victoire et commençait un règne de quinze ans »[7], ajoute Jean Houpert.

Son désir de rétablir les droits de la minorité francophone au Manitoba et l’opposition au sein de ses troupes, sept ministres conservateurs sur quinze démissionnent. « Humilié et furieux, le Premier ministre cède à ce « nid de traitres » et remet sa démission au gouverneur général. Pour son parti, c’est la déconfiture. Le pays est plus divisé que jamais. »[8] Son gouvernement n’aura duré que seize mois.

Mackenzie Bowell décède le 10 décembre 1917 à Belleville en Ontario. Il est inhumé dans le cimetière de la rue Dundas West, avec une vue sur le fleuve.

Lors de son décès, le rédacteur en chef du Daily Ontario écrira au sujet de Bowell : « Même si l’esprit et le talent lui firent défaut, notre cinquième premier ministre n’aurait pas pu accéder à de si hautes fonctions s’il avait été complètement médiocre… En fait, ses aptitudes étaient celles d’un administrateur qui gérait avec honnêteté, courage et efficacité. »[9]

Les funérailles du premier ministre MacKenzie Bowell, à Belleville
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[1] Sous la direction de Jean Chevrier, Denis Daigneault et Gaetan Jeaurond. Les Premiers ministres du Canada, Maison nouvelle fédération en collaboration avec le Centre de recherche et d’information sur le Canada, 2003, p. 22.
[2] Sous la direction de Jean Chevrier, Denis Daigneault et Gaetan Jeaurond. Les Premiers ministres du Canada, Maison nouvelle fédération en collaboration avec le Centre de recherche et d’information sur le Canada, 2003, p. 22.
[3] Sous la direction de Jean Chevrier, Denis Daigneault et Gaetan Jeaurond. Les Premiers ministres du Canada, Maison nouvelle fédération en collaboration avec le Centre de recherche et d’information sur le Canada, 2003, p. 22.
[4] Robert Rumilly. Histoire de la province de Québec, VII, Éditions Chantecler, 1953, p. 199.
[5] Mgr Louis-Zéphirin Moreau est le quatrième évêque catholique de Saint-Hyacinthe. Il sera béatifié par le pape Jean-Paul II le 10 mai 1987.
[6] Jean Houpert. Monseigneur Moreau, Éditions Paulines, 1985, p. 277.
[7] Jean Houpert. Monseigneur Moreau, Éditions Paulines, 1985, p. 282.
[8] Sous la direction de Jean Chevrier, Denis Daigneault et Gaetan Jeaurond. Les Premiers ministres du Canada, Maison nouvelle fédération en collaboration avec le Centre de recherche et d’information sur le Canada, 2003, p. 22.
[9] Redactor. Daily Ontario, Sir Mackenzie Bowell honored in dead, 20 décembre 1917. https://ia601606.us.archive.org/28/items/weekly-ontario-1917-october-to-december/Weekly%20Ontario%201917%20October%20to%20December.pdf

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LOUIS ÉMOND : Pensée


12 juillet 2026

MUSIQUE : George Winston, pianiste


George Winston, pianiste

Par Benoit Voyer
12 juillet 2026

Il s’appelle George Winston. Il est pianiste. Il est né à Hart dans l’État américain du Michigan le 26 décembre 1949.

Spécialisé dans la musique pour piano, Winston a également enregistré des albums pour harmonica, guitare acoustique et hawaïenne.

Ses compositions au piano sont sublimes.

Son œuvre comprend une douzaine de disques. Le premier a vu le jour en 1972. Le dernier en 2006.

En 1996, il reçoit le Grammy Awards du meilleur album New Age pour « Forest ».

Il nous a quittés le 4 juin 2023. Son décès est survenu à Williamsport, en Pennsylvanie. Depuis une dizaine d’années, il menait une rude bataille contre le cancer.

www.georgewinston.com/

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ALFRED BESSETTE : Pensée


11 juillet 2026

UN PEU DE MOI : Edgar, mon grand-père

Edgar, mon grand-père

Par Benoit Voyer
11 juillet 2026

Edgar Voyer naît le 5 juin 1889, à Saint-Alexandre, près de Rivière-du-Loup, au Bas-Saint-Laurent. Il est le premier fils de Louis Voyer et Dorilda Garneau, mais leur second bambin. Louise l’a devancé en janvier de l’année précédente.

Le même jour, il est baptisé dans l’église catholique du village. Il reçoit les prénoms de Louis et Edgar. Son parrain est son oncle Rémi Garneau et sa marraine est sa tante Arthémise Soucy, l’épouse du regretté Michel Garneau. La cérémonie baptismale est célébrée par l’abbé Joseph-Fabien Dumais (1860-), originaire du patelin.

Le 9 octobre 1890 nait son frère Rosario.

Quelques mois plus tard a lieu le recensement de 1891. Sous le toit des Voyer, l’agent du gouvernement enregistre Louis Voyer (29 ans), cultivateur, Dorilda Garneau (25 ans), Louise Voyer (3 ans), Edgar Voyer (1 an), Rosario Voyer (7 mois), Louis Voyer (66 ans), Célanire Marquis (47 ans), la deuxième épouse de Louis, son grand-père et Ludger Voyer (18 ans) qui se prépare à devenir prêtre catholique.

Son réseau familial grossira rapidement : Le 9 janvier 1892, quelques mois après le recensement de 1891, Armand voit le jour. Le 21 mars 1893 apparait Ernestine. Le 19 janvier 1894, Alexandrine. Le 12 septembre 1895, Jean-Charles.

Des heures d’incompréhension arrivent. Le 4 janvier 1897 décède sa sœur Ernestine et le 9 janvier suivant Alexandrine et Louise la suivent dans la mort. Edgar devient donc l’ainé de la famille.

La ronde de naissances recommence. Le 28 janvier 1897 nait Louis-Philippe Voyer. Le 29 mai 1898, Laurier. Le 30 août 1899, Félix-Alfred.

Des moments moins heureux apparaissent. Laurier décéderont le 9 février 1900 et Félix-Alfred le 17 avril 1900.

Au recensement de 1901, à Saint-Alexandre, on recense dans la maison des Voyer : Louis Voyer (39 ans) et Dorilda Garneau (35 ans). Leur marmaille est composée d’Edgard (11 ans), Rosario (10 ans), Armand (9 ans), Jean-Charles (5 ans) et Louis-Philippe (4 ans).

Le 24 juillet 1902, une tragédie survient dans le clan familial. Louis Voyer, le père des « p’tits Voyer », décède à l’âge de 41 ans. Dorilda se retrouve seule avec sa marmaille. Elle est enceinte de quelques mois. Edgar, 13 ans, qui est l’aîné, est obligé de seconder sa mère sur la ferme familiale. Le 29 juillet on procède au service funéraire de Louis Voyer dans l’église paroissiale et a l’inhumation dans le cimetière juste en face.

Le 11 janvier 1903, Dorilda Garneau-Voyer donne naissance à Juliette. La petite décédera dix jours plus tard, soit le 21 janvier.

Edgar et Alice

Le 6 juin 1911, Edgar Voyer épouse Alice Chenard, à Saint-Alexandre. Le mariage est présidé par l’abbé Adolphe Michaud (1857-1933). Edgar et Alice ont 22 ans.

Leur contrat de mariage a été signé le 4 juin 1911, soit deux jours plus tôt, à la greffe de Me Charles Philippe Arthur Beaulieu (1881-1932). Il apparait au numéro 4526 du registre. Le notaire Beaulieu est né le 23 juillet 1853, à Cacouna. Il est le fils du notaire Jean-Baptiste Beaulieu et de Virginie Chapais. Il a épousé Henriette Ouellet le 17 février 1896. Elle est la fille de Jules Ouellet et Dormitilde Hermine Pelletier de Saint-Alexandre.

Alice Chenard est née le 17 mars 1880 à Saint-Alexandre, quelques semaines avant Edgar. La terre où elle est née appartient toujours à la famille Chenard. L’endroit chevauche la municipalité de Saint-André. Elle est la fille de Rémi Chenard et Lumina Bélanger, que tous surnomment simplement Mina. Elle est baptisée le lendemain à Saint-Alexandre.

Après leur mariage, Edgar et Alice habitent une modeste maison, propriété de la famille Chenard, à Saint-André-de-Kamouraska. Il s'agit aujourd'hui du 266, 2ᵉ rang Est, à Saint-André. Il est possible de voir les vestiges de la maison de l’autoroute 20.
Presque toute leur marmaille nait dans cette maison : Camille, le 17 juillet 1912 ; Gérard, le 1ᵉʳ juillet 1913 ; Simone, le 11 juillet 1914 ; Madeleine, le 1ᵉʳ juin 1916 ; Germaine, le 3 mars 1918 ; Rachel, le 29 mai 1921 ; et Jean-Marie, le 21 mai 1923. Gabriel voit le jour le 18 novembre 1925, à La Pocatière. Enfin, Jeanne-Mance, Isabelle et Roméo, sur le bord du lac de l’Est, le 16 mai 1927, le 3 novembre 1928 et le 23 décembre 1930. Jean-Mance ne vivra que quelques heures. Elle quittera ce monde le 20 novembre 1927, à l’âge de 4 jours.

Dans sa fratrie, le 10 novembre 1913, son frère Rosario épouse Anna Dumais, à Saint-Alexandre. Le 29 octobre 1913 décède Dorilda, sa mère. Elle n’a que 48 ans. Ses funérailles ont lieu à Saint-Alexandre, le 3 novembre. Le même jour elle est inhumée dans le cimetière de la paroisse auprès de son mari. Le 27 juillet 1915, son frère Armand épouse Camilla Pelletier, à Saint-Alexandre. Dans la première semaine de juin 1923, sans en parler à personne, son frère Louis-Philippe prend le train vers une destination qu’il ne connait pas lui-même. Il ne reviendra jamais. Edgar n’aura plus jamais de ses nouvelles.

Au recensement de 1931, au lac de l’Est dans le canton de Chapais-Painchaud, on enregistre Edgar (41 ans) et Alice (42 ans). Il y a bien du monde dans l'humble demeure en bois rond : Camille (18 ans), Gérard (17 ans), Simone (16 ans), Madeleine (15 ans), Germaine (12 ans), Rachel (10 ans), Jean-Marie (8 ans), Gabriel (5 ans), Isabelle (3 ans) et Roméo (5 mois).

Enceinte du malécite Tancrède Dionne, sans être mariée, Madeleine se marie avec lui le 1ᵉʳ octobre 1934, à Mont-Carmel. Elle n’a que 18 ans. Edgar ne sera pas tendre à l’endroit de sa fille.

En 1936, à l'âge de 15 ans, Rachel entreprend deux années d'études comme pensionnaire à l'école d'enseignement ménager des Sœurs de la Congrégation Notre-Dame, à Rivière-Ouelle, et le 15 janvier 1945, elle prend l’habit chez les Sœurs de la Charité, à Ottawa.

Le 29 janvier 1938 leur fille Simone épouse James Frederik Snyder a Mont-Carmel ;

Le 14 juillet 1943, Germaine entre chez les Sœurs de la Charité, à Ottawa.

Le 25 août 1947, à Saint-Alexandre, décède son frère Rosario Voyer.

Le 18 juin 1949, Jean-Marie épouse Cécile Massé, la voisine. 5 mai 1951, à Mont Carmel, Isabelle épouse René Soucy. 9 août 1952, à Mont Carmel, Gabriel épouse Madeleine Roussel. Le 17 octobre 1953, Roméo épouse Jeannine Jean, une fille du village de Mont-Carmel qu’il connait depuis quelques années. Le 2 juillet 1955 a lieu le mariage de Camille avec Noëlla Lavoie, à Saint-Denis de la Bouteillerie.

Les recensements de 1957 et 1958 indiquent que sur le 6ᵉ rang de Mont-Carmel (arrondissement rural nᵒ 31 de Mont-Carmel) habitent Edgar Voyer (rentier), Alice Chenard, Camille Voyer (cultivateur), Noëlla Lavoie, Jean-Marie Voyer (cultivateur) et Cécile Massé.

En juillet 1964, Edgar Voyer et Alice Chenard déménagent dans la côte à l’entrée de Mont-Carmel. Edgar et Alice ont 75 ans.

En juin 1967, ils déménagent au Foyer Thérèse Martin, à Rivière-Ouelle. Ils ont 78 ans.

Le 11 juillet 1967, Edgar Voyer décède à l’Hôpital Notre-Dame-de-Fatima, à La Pocatière. Il a 78 ans. Ses funérailles sont célébrées dans l’église de Mont Carmel et il est inhumé dans le cimetière de Mont Carmel le 14 juillet 1967.



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PORTRAIT : Frère Denis Lévesque, fondateur des Franciscains de l’Emmanuel

Frère Denis Lévesque,
fondateur des Franciscains de l’Emmanuel

Par Benoit Voyer

11 juillet 2026

Fils d'un mineur de l'Abitibi, Denis Lévesque nait le 12 juillet 1960.

Ses parents sont de « bons catholiques du dimanche », des personnes de leur époque, pas plus religieuses que les autres.

Il y a de l'exubérance dans ce cœur d'enfant. Denis est un p'tit gars vivant et dynamique. Son cœur est attiré par le sacré.

À cinq ans, il reçoit ses premières responsabilités à l'église paroissiale : servir la messe et fermer les lumières après les célébrations.

« Je m'en souviens comme si c'était hier, j'étais seul à l'arrière de l'église de Malartic, en Abitibi. Je me suis aspergé d'eau bénite et couché par terre en donnant ma vie au Seigneur. Je me suis relevé et je suis reparti avec un feu joyeux dans le cœur », me racontait candidement Denis en 1991.

« Cette première expérience de Dieu m'a profondément marqué. Pour moi, Jésus était un être vivant. Je m'en souviens, c'était écrit à l'avant de l'église : « Mon Jésus, je t'aime ! » Je ne savais pas tout ce qui se passait à la messe, mais je répétais sans cesse ces paroles. » Il vivait déjà une relation particulière et personnelle avec son Dieu, une sorte d’expérience spirituelle intense qui marquera sa vie.

Au séminaire
À 10 ans, il entre au petit séminaire diocésain de Rouyn, le Séminaire Saint-Michel. Désirant consacrer sa vie au service de l'Éternel, il passe son adolescence dans ce lieu particulier. Parfois, il veut devenir prêtre ou policier. À d'autres moments, pompier ou prêtre. Ou encore, prêtre ou professeur. Son désir d'accéder au sacerdoce demeure cependant toujours présent.

François d'Assise
À 12 ans, il fait la rencontre de saint François d'Assise en regardant le film « François et le chemin du soleil ». À partir de ce jour, plus rien n'est pareil dans son cœur. C'est le coup de foudre ! Un véritable choc de l'âme ! Sans tarder, il dévore les cinq ouvrages consacrés au personnage qui se trouvent à la bibliothèque scolaire.

« Je me souviens, je pleurais… Ce fut une découverte foudroyante ! Au premier livre, je pleurais en lisant chacune des pages. Ce qui m'a touché de François, c'est sa relation avec Jésus. Il était un passionné ! C'était tout ou rien ! Je me retrouvais en lui. Moi aussi, je voulais tout donner au Christ !» me racontait-il.

À partir de ce moment, la dimension franciscaine entre en lui. Cela s'est fait discrètement parce qu'il ne savait même pas qu'il existait des Franciscains au Québec. C'est à 15 ans qu'il rencontre des membres d'une fraternité laïque, le Tiers-Ordre franciscain. C'était au séminaire, lors d'un rassemblement d'un groupe de la paroisse, parce que l'église-cathédrale venait d'être détruite par un violent incendie.

« Je voyais des gens entre 40 et 50 ans qui venaient à une réunion. J'ai demandé ce qu'il y avait à cette rencontre. Ils m'ont répondu: Les Franciscains séculiers laïques ». J'ai répondu : « Ah oui ! Saint François d'Assise ! Il me faisait tellement vibrer ! Je suis allé à la rencontre et j'ai commencé à fréquenter ce groupe. J'allais aux réunions deux à trois fois par mois. C'est là que j'ai eu ma première formation franciscaine. J'ai fait mon noviciat dans le troisième ordre de François », ajoutait-il.

Le feu de l'Esprit
À l'école secondaire, Denis Lévesque s'implique dans la pastorale. À 15-16 ans, le missionnaire Bob Digman, originaire de Waterloo, dans les Cantons-de-l'Est, est de passage en Abitibi pour une tournée où il raconte son expérience de conversion. Une soixantaine de jeunes de l'école viennent l'entendre et prier avec lui, dont Denis. Ils sont touchés par l'expérience. Plusieurs repartent avec un renouvellement de leur vie de foi.

« Les p'tites filles me travaillent »

De 16 à 19 ans, il vit ses expériences amoureuses avec les filles, dont la majorité sont membres du groupe de la pastorale scolaire touchées par l'expérience Digman.

À 19 ans, il a une relation plus sérieuse avec une. Elle lui demande de réfléchir à son avenir et de faire des choix. « C'était une fille extraordinaire ! Elle s'appelait Sylvie ! » Au début de l’année 1991, en évoquant son souvenir, ses yeux bleus brillaient. Il avait encore visiblement une grande tendresse pour elle.

« Est-ce que je veux me marier ? Est-ce que je désire avoir des enfants ? Qu'est-ce que je veux faire de ma vie ? » Il se pose bien des questions.

L'appel de la prêtrise revient encore plus fortement en lui. Il décide de poursuivre sa route seul et d'aller plus loin dans cette voie pour répondre au feu qui brûle en lui.

Un regard de père
Inscrit en sciences humaines au cégep, le jeune Lévesque continue sa recherche. « À 20 ans, mon père m'a amené visiter sa mine. Cela a été un moment qui m'a profondément marqué. Il m'a présenté à ses compagnons de travail. Il était fier de me présenter ! Ce regard porté sur moi par papa m'a fait du bien. On a besoin d'être regardé pour pouvoir vivre ! Surtout par ce regard de père !» me disait Denis sur le ton du secret.

Montréal
Après ces années au collège public, il arrête ses études. Il déménage à Montréal et travaille à la Banque Nationale durant 18 mois.

Avec son colocataire, l'abbé Pierre Smith, il fonde le groupe de prière charismatique Saint-Louis-de-France : « Ça a été un peu phénoménal ! Lorsque nous avons débuté, nous étions trois jeunes. Au bout de trois mois, nous étions 30 ! Six mois : 80 ! Huit mois : 200 ! Chaque semaine ! J'ai été responsable du groupe durant un an et demi. Il a fonctionné pendant cinq ans… »

Il fait ensuite un stage dans une communauté franciscaine et part étudier la théologie à Ottawa.

Rome
À 22 ans, il entre au noviciat des Oblats de la Vierge Marie, à Rome : « Dans cette ville d'Italie, il y a des Franciscains et des Capucins à chaque coin de rue. Chaque fois que j'en voyais un, c'était comme si je recevais un coup de poignard en pleine poitrine. Par la suite, je suis souvent allé prier à Assise. Dans ce pays, j'ai renoué ma relation avec saint François ».

Il décide donc de quitter le postulat, de revenir terminer ses deux années de théologie à l'université Laval, à Sainte-Foy, et de poursuivre sa réflexion concernant son avenir.

Naissance des Franciscains de l'Emmanuel

Le 5 janvier 1985, avec quatre autres hommes, il fonde les Franciscains de l'Emmanuel, une famille religieuse dont les membres veulent vivre de la radicalité de l’Évangile, à la manière de saint François d’Assise. Le groupe prend naissance avec la permission de l'archevêque de Montréal.

Les membres de la fraternité ne doivent rien posséder, se sauver du confort et de la vie facile et être matériellement les plus pauvres parmi les pauvres. La mission des Franciscains de l’Emmanuel est l’évangélisation des jeunes, des pauvres, des gens en difficulté ou carrément dans la rue.

Ses quatre compagnons du début finiront par décider de quitter la communauté. En 1986 se joint à lui François Garon.

De 1990 à 1995, Denis et François résident à Roxton Pond, à quelques kilomètres de Granby. Malheureusement, aucune nouvelle recrue ne se joint à la fraternité.

De 1995 à 1997, ils vivent une expérience avec les Franciscains du Renouveau dans le Bronx, en pleine jungle new-yorkaise. Ils songent sérieusement à se joindre à cette nouvelle fraternité franciscaine prospère. Ils reviennent finalement au Canada et décident, après un passage à Granby, de s'établir à Montréal.

Mère Teresa : une amie
« À New York, on rencontrait souvent Mère Teresa parce que ses religieuses habitent à 10 minutes de marche de chez les Franciscains du Renouveau. Les frères prêtres vont souvent célébrer la messe dans leur maison. Il y a beaucoup d'échanges entre les deux communautés. Quand elle venait à New York, elle habitait toujours à cet endroit. Nous allions souvent prier avec elle», me racontait le frère Denis.

« En juin 1997, avant qu'elle parte pour Calcutta, deux mois avant qu'elle décède, je lui donne une petite lettre lui expliquant que François et moi étions en réflexion pour savoir si nous revenions au Québec. Si nous restions à New York, il n'y avait pas de retour possible au Canada avant une quinzaine d'années. Je lui demandais donc conseil. Elle prend la lettre, elle l'amène à Calcutta et elle décède le 6 septembre 1997. Une semaine plus tard, nous recevions sa réponse. C'est donc une des dernières lettres écrites avant son départ ». Mère Teresa écrivait : « Dieu vous a sûrement amenés à New York afin de pouvoir mieux aimer et apprécier le don de votre communauté au Québec. »

Pourquoi persévérer ?
S'il a persévéré, c'est qu'il est convaincu d'être dans sa vocation. Les deux franciscains se disaient entre eux que même si la communauté ne comptait pas plus de deux ou trois membres, ils persévéreraient et mourraient en frères franciscains de l'Emmanuel : « C'est un peu fou ! Humainement, ce que nous avons vécu semble un échec, mais je sens que je fais vraiment la volonté de Dieu dans cet état de vie. Cela correspond à ce que je veux vivre », insistait-il lors d’une de nos rencontres en janvier 1991.

La relation à Dieu
Pour le frère Denis Lévesque, la prière et la vie spirituelle ne sont pas « des affaires de feeling ». À son avis, « sentir émotivement » la présence de Dieu est une grâce qu’il ne faut point rechercher. Le maître du temps et de l’histoire la donne à qui il veut et quand il veut…

« Il y a des gens qui disent : « Il y a des années que je prie Dieu pour obtenir telle ou telle faveur et il ne m’exauce pas ! » Pourtant, Jésus dit dans l’Évangile : « Demandez et vous recevrez ! » Jésus n’est pas un menteur ! La question à se poser n’est guère : « Pourquoi il ne m’exauce pas ? » mais plutôt « Est-ce que, moi, j’exauce Dieu dans ma vie ? » me disait-il à l’été 1997.[1]

Il m’expliquait que Dieu fait aussi des prières à l’humain : « Dans la mesure où nous allons exaucer Dieu, de la même manière il va nous prendre au sérieux et va se donner à nous. »

Le fondateur des Franciscains de l’Emmanuel m’indiquait que la prière est un dialogue et c’est Dieu qui a parlé le premier. La Bible contient des centaines de ses prières : les commandements, « Écoute mon peuple… », « Aimez-vous les uns les autres… », « Partagez… », « Pardonnez pour être pardonnés… », « Libérez les esclaves », etc.

Alors, selon lui, il n’y a donc pas à être inquiet de ne pas sentir la présence de Dieu ou d’avoir vécu une expérience sensible, et que, tout à coup, c'est la panne sèche : « C’est normal ! Plus la relation à Dieu est stable, moins il y a des hauts et des bas dans la vie intérieure. Le cheminement spirituel est une pente qui se monte tranquillement – sauf pour les débutants, où ça ressemble à des montagnes russes. »

En Afrique

Denis et François finiront par fonder une maison de formation franciscaine dans le diocèse de Nhongsamba, au Cameroun, en Afrique. Ils le font à la demande de l’évêque du lieu qui constate que l’expérience des deux religieux est solide et inspirante. Là-bas, on s’en rend compte rapidement, les Franciscains de l’Emmanuel répondent à un besoin pastoral réel. De nombreux Camerounais décident de marcher à leur suite.

En novembre 2003, le cardinal Jean-Claude Turcotte, l’archevêque de Montréal, donne une reconnaissance canonique aux Franciscains de l'Emmanuel, à titre d'association de fidèles.

Né le 27 décembre 1958, François Garon, son fidèle compagnon, décède le 12 janvier 2002 au Cameroun, où il dirige l’aile africaine des Franciscains de l’Emmanuel. Ceux qui l’ont bien connu disent que c’est un saint.

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[1] Benoit Voyer. « L’homme prie Dieu, Dieu prie l’homme », bulletin Trinité, septembre 1997, p. 1 https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/07/il-etait-une-fois-dans-les-medias_0425693902.html