SANTÉ MENTALE : Quand les muscles parlent au cerveau
Saviez-vous que nos muscles communiquent avec notre cerveau ? Lorsqu'ils travaillent, ils peuvent libérer des substances appelées myokines. Ces molécules transmettent différents messages à l'organisme. Certaines participent notamment à la régulation de l'inflammation et au fonctionnement du cerveau. Les scientifiques étudient leur rôle possible dans les bienfaits de l'activité physique sur la santé mentale. La musculation ne sert donc pas uniquement à développer la force. Elle déclenche aussi des réactions biologiques qui intéressent de plus en plus les chercheurs. (Benoit Voyer, 8 novembre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : La vieille lampe à l’huile
Par Benoit Voyer
8 novembre 2026
La flamme vacille. La vieille lampe manque d’huile. (cf. Mt 25, 1-13)
Je m’interroge souvent sur le sarcasme qui vit dans notre société lorsqu’il est question de politique et d’affaires publiques. Est-ce que cela serait l’expression d’une espérance déçue ou le signe que nous avons cessé d’espérer ?
Bien entendu, le sarcasme peut être une forme de lucidité. Il peut dénoncer l’hypocrisie, les promesses non tenues et les abus de pouvoir. Il peut aussi être une manière plutôt commode de ne plus croire en rien, de ne plus attendre et, disons-le, de ne plus s’engager.
À force de se moquer de ceux qui portent des projets, on risque soi-même de perdre le gout d’en porter.
La rentrée parlementaire
Les députés feront leur entrée à l’Assemblée nationale du Québec, le 17 novembre. Pour plusieurs ce sera leur première. Je m’imagine leur enthousiasme, leurs espoirs et leur volonté de contribuer au bien commun.
Il est facile de s’engager lorsque l’enthousiasme est au rendez-vous, mais plus difficile quand l’usure du temps se fait sentir, que les difficultés s’accumulent et que les défis deviennent lourds et exigeants.
Ce que vivent nos élus n’est pas si étranger à ce que nous vivons chacun de notre côté. C’est une réalité vécue par ceux qui donnent de leur temps, de leur énergie et une partie de leur vie au service d’une cause qui les dépasse.
On connaît tous la fatigue, les déceptions et le découragement. Lorsque ça arrive, on finit par perdre confiance, par douter de nos engagements et par nous endormir sur nos convictions.
Veiller la lampe à la main, ce n’est pas ne jamais s’endormir. C’est garder bien vivante, même au cœur de nos désillusions, la possibilité de l’espérance.
Le bien commun, ce n’est pas seulement l’affaire de ceux qui dirigent notre nation. C’est une responsabilité commune.
À force de nous plaindre de ce qui n’es pas à notre goût dans notre société, prenons-nous le temps de nourrir ce qui pourrait aller mieux? Est-ce que nous pourrions contribuer à mettre de l’huile dans la lampe au lieu de laisser la flamme s’éteindre ? Peut-on espérer le meilleur, comme on le fait dans l’attente du grand amour?
POINT DE VUE CATHOLIQUE : Cinq communautés chrétiennes dans Montcalm
Dans la région pastorale de Montcalm, dans Lanaudière, plusieurs communautés catholiques travaillent ensemble au sein d'une équipe pastorale missionnaire. Cette organisation relève du diocèse de Joliette. Elle dessert cinq ensembles paroissiaux : Bienheureuse-Marie-Rose-Durocher, Notre-Dame-de-l'Acadie, Saint-Esprit, Sainte-Julienne et Bienheureuse-Émilie-Gamelin. Plutôt que de confier chaque secteur à un prêtre travaillant seul, l'organisation privilégie une responsabilité partagée. Des prêtres, des religieuses et des laïcs participent ainsi à la vie des communautés. Une manière de renouveler le fonctionnement de l'Église catholique dans cette partie de Lanaudière. (Benoit Voyer, 8 novembre 2026)
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Nitauinan
« Nutauinan, tshin uashkuts ka tain, tshima shtimauenitakant shitshinikashun, tshima papinit shitpenitshiun, eshpish pishitshi-ikuin, nete uashkuts tshima its utessits... » Ces paroles de la prière du « Notre Père » en langue montagnaise résonne encore au fond de moi, comme un soleil qui réchauffe l’atmosphère froide du fleuve au village de Betsiamites, une petite agglomération autochtone de la Côte Nord, en cette fin de journée d’automne.
Ils sont un peu plus de 2600 dans cette municipalité. Selon une étude réalisée en 1985, l’âge moyen de la communauté est de 26 ans; 54,6% des personnes ont moins de 25 ans. Depuis ce temps, la population ne cesse de rajeunir. Il n’est pas rare de voir des parents avec 5 ou 6 marmots.
« La vie familiale est une réalité qui est très belle dans leur vie, me disait le père Robert Châteauneuf, o.m.i. en entretien à la sacristie de l’église paroissiale. Avoir des enfants est une valeur importante pour les Montagnais. »
Malheureusement, il y a peu d’ouvertures pour cette population. La majorité de ces Innus vivent des prestations du ministère de la Santé et bien-être du Canada. Le principal employeur est le Conseil de bande. Quelques-uns travaillent à Baie-Comeau ou chez Hydro Québec.
Il est difficile de s’imaginer une telle réalité sociale. Pourquoi est-ce que c’est ainsi? Moïse Bacon, n’a point hésité à me répondre : « On dirait que les gens ne veulent pas sortir. Il n’y a pas beaucoup d’emplois pour eux à l’extérieur de la réserve. Les portes sont fermées parce qu’ils sont autochtones. Ils ont même de la difficulté à se trouver un logement hors du village. »
Le Conseil de bande fait un maximum d’efforts pour embaucher le plus possible des siens : construction, exploitation forestière, police, service d’alimentation, lingerie.
Ce manque de défis amène son lot de complications sociales comme la consommation excessive d’alcool, la toxicomanie et la violence.
Spiritualité
« Au début de la colonisation de la Nouvelle France, les Amérindiens se tournaient vers les dieux de la nature. C’est pourquoi il a été facile pour les missionnaires d’évangéliser chez les Montagnais. Il y avait un rapprochement entre le catholicisme et la croyance de ce peuple. Les “Indiens” priaient le grand manitou. Les catholiques “le Dieu créateur de toutes choses” », ajoutait Moïse Bacon, un diacre montagnais.
Robert Châteauneuf ajoutait : « C’est difficile de savoir exactement comment se vivait la vie spirituelle. On a oublié des rites au long des générations. Ce qu’il y avait de plus profond au cœur de ce peuple est demeuré. Les Montagnais sont profondément religieux. Il y a une grande ouverture à cette dimension et une profondeur d’âme chez les jeunes comme chez les aînés. »
Ce fait n’amène pas nécessairement plus d’affluence aux célébrations dominicales. « Même s’ils ne viennent pas à la messe, les gens prient beaucoup à la maison et dans la forêt », ajoutait tout de go Moïse Bacon.
Selon le père Châteauneuf, Dieu est très présent dans leur vie. Il fait partie de leur existence. Il est toujours là, avec eux. En parler dans leur conversation du moment est normal.
Diacre montagnais
Moïse Bacon a voulu répondre à un appel intérieur en devenant diacre permanent. C’est en réfléchissant à l’engagement de son baptême et en vivant quelques expériences de foi qu’il décida de s’engager concrètement et totalement au nom de celle-ci.
« On m’avait dit : “Sois attentif aux signes”. Je les ai remarqués et je les ai interprétés. Ils venaient confirmer les intuitions que je portais. Je gardais cela en moi. Un jour, j’en ai parlé à ma femme et ensuite, j’ai rencontré Robert. »
Ces signes de Dieu, le diacre s’en souvient. La journée où il a fait sa demande officielle à l’évêque de Baie-Comeau, il se trouvait à la cathédrale Saint-Jean-Eudes pour une soirée de prière. En sortant, un médecin qu’il connaissait vint le voir et lui dit qu’il le voyait comme diacre. L’omnipraticien ne connaissait pas le projet du Montagnais.
Deux semaines plus tard, à son travail au secteur de l’éducation du Conseil de bande, le directeur d’une institution d’enseignement lui dit : « Je t’ai vu avec les jeunes, tu sais, tu ferais un bon diacre! » L’homme ne savait rien de ce que concoctait Moïse Bacon.
Jamais deux sans trois! Une femme en sortant d’une église à Baie-Comeau lui dit la même chose.
« J’ai répondu à cette dame : “Voyons! Est-ce que c’est écrit dans ma face que je veux devenir diacre?” »
Après son ordination en 1987, il se consacra au service de la Parole pour aider ses compatriotes, particulièrement ceux qui ne connaissaient que la langue montagnaise, à comprendre la Parole de Dieu. L’accueil fut grand de leur part.
La vie pastorale
« Je suis arrivé ici avec la conviction profonde que la foi est la responsabilité de tous. C’est à chaque baptisé de se prendre en main. J’ai souvent répété : “Je suis prêtre, mais je ne compte que pour un dans la communauté.” disait Robert Châteauneuf, en mission depuis une vingtaine d’années en ce lieu. Alors, nous avons essayé de bâtir ensemble notre vie chrétienne en répondant à nos besoins personnels et à ceux de notre communauté. »
Pour lui, quand un membre n’y est pas, il manque un élément important.
L’accession au diaconat de Moïse Bacon a été une période de crainte du désengagement des paroissiens. Il se réjouit que cela ne soit pas arrivé. L’implication des Montagnais est importante et il souhaite que cela continue.
Souvent, l’oblat de Marie Immaculée ne peut pas être présent pour célébrer l’eucharistie. Les membres de la communauté montagnaise ont appris rapidement à prier à l’église paroissiale à partir de la Parole de Dieu en l’absence de leur berger. Cette façon de se prendre en charge se fait depuis que leurs ancêtres se rassemblaient pour implorer le grand manitou.
Je n’oublierai jamais ce contact avec les Montagnais de Betsiamites. Ce sont des individus riches en leur âme. Je me sens comme Jean de Brébeuf et Marguerite d’Youville aux premières heures de la colonie.
Paroisse Notre-Dame
C.p. 37
Betsiamites, Québec, Canada
G0H 2S1
POLITIQUE : Les 16 000 $ de Duplessis
Que valent les 16 000 $ que reçoit Maurice Duplessis comme premier ministre du Québec en 1959 ? Pour le savoir, il faut tenir compte de l'inflation. Les prix des biens et des services ont considérablement augmenté depuis cette époque. Selon l'indice canadien des prix à la consommation, le salaire de Duplessis représente environ 177 600 $ en dollars d'août 2026. Cette comparaison permet de mesurer le pouvoir d'achat d'un salaire à deux époques différentes. Il ne suffit donc pas de comparer directement les montants inscrits sur les anciennes fiches de paie. (Benoit Voyer, 7 novembre 2026)
SANTÉ MENTALE : Sortir de chez soi fait aussi du bien
La musculation peut-elle améliorer la santé mentale autrement que par l'exercice physique ? Des chercheurs s'intéressent à cette question. Lorsqu'une personne participe à un programme d'entraînement, elle sort de chez elle et rencontre d'autres personnes. Elle adopte aussi une routine et découvre parfois une nouvelle activité. Ces changements peuvent contribuer à son bien-être psychologique. En 2026, une étude irlandaise observe une diminution des symptômes dépressifs chez des femmes qui participent à un programme de musculation. Mais les chercheurs reconnaissent qu'il reste difficile de mesurer séparément les effets physiques et sociaux de cette activité. (Benoit Voyer, 7 novembre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Dieu connaît nos coeurs
Par Benoit Voyer
7 novembre 2026
« Dieu connaît vos cœurs. » (cf. Lc 16, 15). Cette phrase empruntée à l’Évangile lu dans la liturgie catholique d’aujourd’hui trouve écho en moi. Nous sommes invités à regarder notre vie avec lucidité, sans chercher à nous montrer meilleurs que nous le sommes. Pourquoi ? Parce que Dieu connaît nos forces, nos faiblesses, nos blessures et nos contradictions. Rien ne lui est caché. Il nous connaît au plus intime de notre intime. Se reconnaître dans sa vérité, apprendre à pardonner et faire la paix avec son passé, c'est peut-être aussi une manière de le laisser agir en nous.
POINT DE VUE CATHOLIQUE : Sur les traces de mes origines
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| La seconde église de Kamouraska,telle que reconstituée par l'historien d'art Gérard Morisset vers 1945. |
Par Benoit Voyer
7 novembre 2026
C’était le 24 octobre 2023. Ce jour-là, je marche sur les traces de mes ancêtres. Dans cette magnifique région où reposent plusieurs des miens, je cherche, peut-être sans trop le savoir, à me rapprocher de ma source intime.
Je les connais par leurs noms, mais j’aimerais tant voir leurs visages et entendre leurs voix. Six ou huit générations nous séparent à peine. C’est bien peu dans l’histoire de l’humanité. D’une certaine manière, je suis ici chez moi. Je suis chez mes grands-parents, plusieurs fois arrière. Quelque chose de leur histoire se poursuit dans la mienne.
Ce retour aux sources s’inscrit dans une démarche plus intime : relire ma vie, me réconcilier avec mon passé et, du même souffle, mieux intégrer en moi ce passé qui m’a forgé. On ne peut l’oublier, mais on peut pardonner et poursuivre sa destinée en paix.
J’arrête mon automobile devant le Berceau de Kamouraska afin de prier et méditer. C’est l’endroit idéal pour le faire. Ici, c’est Dieu qui s'est manifesté pendant près d’un siècle.
Dans les années 1700, ce petit bout de terre était le centre religieux et social du Bas-Saint-Laurent. Je m’imagine l’église et le tabernacle de l’époque… Je ferme les yeux. Je fais silence. Et puis, j’ouvre mon livre de la liturgie des heures.
Ce matin, les laudes me parlent beaucoup. C’est comme si les textes anciens m’étaient destinés. Lentement, je lis et, malgré moi, je relis quelques extraits :
« Si vous revenez vers lui de cœur et d'âme pour vivre, dans la vérité, devant lui, alors il reviendra vers vous et jamais plus ne cachera sa face. » (Tb 13, 6)
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert, comme au jour de tentation et de défi, où vos pères m'ont tenté et provoqué, et pourtant ils avaient vu mon exploit. » (Ps 94, 8-9)
« Du haut des cieux, le Seigneur regarde : il voit la race des hommes. Du lieu qu'il habite, il observe tous les habitants de la terre, lui qui forme le cœur de chacun, qui pénètre toutes leurs actions. Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour. » (Ps 32, 13-15.18)
« C’est le moment, l’heure est venue de sortir de votre sommeil. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les activités des ténèbres, revêtons-nous pour le combat de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour. » (Rm 13, 11b.12.13a)
Les mots résonnent profondément en moi. J’en ai les larmes aux yeux. Toute la journée, j’en serai habité. C’est comme si on me disait très personnellement : « Sors de ton sommeil. » Pour vivre pleinement en Dieu et permettre à son action de continuer à se révéler en toi, reviens à lui de tout ton cœur, de toute ton âme. Ne ferme pas ton cœur. Un cœur fermé se dirige droit au désert. Où qu’il soit, Dieu te regarde. Il veille sur celui qui l’aime et qui met son espoir en son amour. Reviens… En lui, il n’y a plus de nuit. En lui, l’humain vit en pleine clarté. Tiens-toi debout ! Accueille son amour.
À la fin du XVIIIe siècle, mes ancêtres ont quitté le Berceau de Kamouraska, ébranlé par un tremblement de terre. Moi, j’y étais, ce jour-là, plus de deux siècles plus tard, pour y vivre un tremblement de cœur. Les ondes sismiques résonnent encore dans tous mes sens.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Les Franciscains du Bronx
Ils sont trois millions de personnes dans ce quartier de New York gros comme la ville de Montréal. La pauvreté caractérise le Bronx. Celle-ci amène son lot de violence. Les bâtiments sont endommagés et plusieurs des habitants n’ont guère de mobilier dans leur appartement. Au bout de ces trottoirs sales, au cœur de cette ville polluée se cachent des saints pour notre temps : les franciscains du renouveau.
Le québécois François Garon a décidé de se joindre à ces frères qui ont choisi de vivre la radicalité de l’évangile à la manière de François d’Assise, avec son ami Denis Lévesque. Il n’y a pas longtemps, ils formaient les franciscains de l’Emmanuel (voir les pages 13 et 14 de l’édition du mois de juillet 1993).
« Ce qui nous conduit à New York, c’est le plaisir de s’intégrer dans une vie communautaire qui est plus structurée. Ceci n’était pas vraiment possible à Roxton Pond puisque nous n’étions que deux », explique le frère Garon.
Depuis 5 ans, les deux jeunes Canadiens fréquentent leurs cousins à l’habit gris; il s’agit de franciscains réformés.
Le déracinement en terre américaine est temporaire, le temps de se donner un meilleur apprentissage de la vie religieuse et franciscaine. Par la suite, le groupe songe à étendre son action au Québec. Des membres de la congrégation se sont montrés intéressés au projet.
« Nous sommes dans une communauté où toutes les structures de formation sont en place et où il y a des individus compétents de différentes générations, dit François Garon. Avec des gens de plusieurs niveaux d’âges, l’équilibre entre le zèle et la sagesse se fait un peu mieux. »
Ils sont une trentaine. Sur ce nombre, il y a une dizaine de prêtres et 6 candidats. La majorité des frères se dirigent vers le sacerdoce. L’archevêque de New York a approuvé ce groupe né il y a 8 ans de 8 Capucins qui ont quitté leur ordre religieux pour se rapprocher davantage de l’esprit de saint François. L’accueil du Vatican vient généralement avec 40 membres et 10 années d’existence.
« Malgré la souffrance et la pauvreté du Bronx, il y a beaucoup d’humanité. Les résidents sont très heureux des relations qu’ils ont avec les frères. Nous sommes toujours en habit religieux. Qu’ils soient jeunes ou vieux, ils viennent vers nous pour parler. Dans le fond, il y a une grande sensibilité intérieure au cœur de ces gens que le monde croit “durs” », explique-t-il.
Dans sa première année qui vient de se terminer il y a quelques semaines, François Garon a fait de la visite à domicile. Actuellement, il travaille dans un centre de réhabilitation pour les clochards. Il a remarqué chez les « New Yorkais » une foi simple et belle, semblable à celle des enfants.
« Jonathan, un bambin de 7 ans environ m’a touché. L’autre jour, il s’arrête auprès de moi lors de sa balade avec sa grand-mère et me dit : “Je vais faire ma première communion dans trois semaines!”. Il était vraiment heureux de me dire ça. »
Il admet que la souffrance garde les cœurs dans une certaine simplicité, une pureté évangélique et évangélisante.
« C’est entendu que l’ambiance est difficile. À chaque coin de rues dans l’histoire du Bronx, il y a quelqu’un qui a été assassiné. Il y a beaucoup de graffiti sur les murs qui sont de véritables épitaphes à la mémoire de telle ou telle personne qui est décédée là. Cette année, il y en a eu une autre près de chez nous », se souvient avec regret le religieux barbu.
Malgré cela, il se promène seul dans les parcs environnants. Il croit qu’il faut avoir une vision réaliste de la situation. Le jour, il n’y a pas de problèmes. Il faut vraiment connaître le secteur. Le Sud du Bronx où il travaille est pire.
Vers la sainteté
« Nous voulons vraiment retrouver la vie franciscaine dans ses caractéristiques les plus fondamentales de pauvreté, de minorité et de radicalité à l’évangile, dans le sens de suivre le Christ pauvre, en pauvre, parmi les pauvres, au service des pauvres, avec des moyens pauvres », explique le frère François.
Ce qu’ils vivent est vraiment l’expérience de la fraternité du Rédempteur envers les plus petits. Pour y arriver, il faut vivre une expérience communautaire intense. Les franciscains renouvelés ont opté pour des petites cellules de 10 à 12 frères.
La radicalité évangélique c’est savoir mettre Dieu au premier plan de sa vie par la prière. Les franciscains du renouveau prient un minimum de deux heures quotidiennement. François d’Assise a donné une règle qui est un chemin de sainteté. C’est pour cela qu’ils ont choisi de le prendre comme modèle.
« Dans l’Église nous vivons dans la grâce et, par celle-ci, le simple laïc qui besogne dans un bureau ou une femme de ménage, peut arriver bien avant moi à la pauvreté intérieure. Quelqu’un peut très bien être marié et avoir une relation au Christ qui est beaucoup plus amoureuse qu’un religieux! Mais celle-ci est instituée comme un signe de Jésus qui est notre Époux et pour qui on laisse tout. Nous ne sommes pas mieux! Mais c’est un chemin... » ajoute le sympathique franciscain.
Qui arrivera en premier au ciel? C’est un peu un mystère pour lui. Il dit que si quelqu’un entre dans la vie religieuse en pensant aux honneurs des bienheureux, celui-ci risque d’être bien déçu. « Tu ne sais jamais qui va être le premier! » dit-il.
Il continue : « Les biens de consommation empêchent d’aimer profondément et de se connaître et s’aimer soi-même. Pour se connaître, il faut avoir conscience de ses limites, de ses besoins, de ses blessures... Et quand tu t’engourdis dans le plaisir et le confort, tu n’arrives pas à être confronté à cela. Ainsi, tu n’es pas capable d’aller plus loin dans les zones plus profondes de ton être où il te faut dépasser et accueillir tes misères. »
François Garon, comme la majorité des franciscains du renouveau, est vraiment heureux dans ce choix radical pour l’évangile. Son âme est comblée et respire la paix. Il n’a pas besoin de “Nintendo” ni d’ordinateurs pour vivre passionnément.
LES FRANCISCAINS DU RENOUVEAU
Maison principale :
St. Crispin Friary
420 East 156 Street
Bronx, NY 10455
USA
Noviciat :
St. Felix Friary
15 Trinity Plaza
Yonkers, NY 10701
USA
Postulat :
Our Lady of Guadalupe Friary
3537 Bainbridge Avenue
Bronx, NY 10467
USA
Il est possible d’écrire au frère François Garon à l’une ou l’autre de ces maisons.
POLITIQUE : Les députés québécois ne jurent plus fidélité au roi
Pendant longtemps, les députés de l'Assemblée nationale du Québec devaient prêter serment au souverain britannique. En 1982, le Québec ajoute un serment de loyauté envers le peuple québécois. Les élus doivent alors prononcer deux serments. Le 9 décembre 2022, l'Assemblée nationale adopte une loi qui met fin à l'obligation de jurer fidélité au roi. Désormais, seul le serment envers le peuple du Québec est obligatoire. Les 40 députés libéraux assermentés le 19 octobre 2026 bénéficient de ce changement historique. (Benoit Voyer, 6 novembre 2026)
SANTÉ MENTALE : Pas besoin de soulever des montagnes
Faut-il soulever des poids très lourds pour profiter des bienfaits de la musculation ? Une étude irlandaise publiée en 2026 apporte une réponse intéressante. Les chercheurs répartissent 55 jeunes femmes présentant des symptômes d'anxiété en deux groupes. Le premier s'entraîne avec des poids relativement lourds. Le second utilise des charges beaucoup plus légères. Après huit semaines, les symptômes dépressifs diminuent de 54 % dans le premier groupe et de 43 % dans le second. La différence entre les deux résultats n'est toutefois pas statistiquement confirmée. Même un entraînement léger pourrait donc apporter des bienfaits. (Benoit Voyer, 6 novembre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : L'intendance du bien commun
Benoit Voyer
6 novembre 2026
Le 1er décembre prochain, les députés québécois feront leur rentrée parlementaire à l'Assemblée nationale. Derrière les débats, les affrontements partisans et les promesses électorales, une responsabilité immense les attend : servir le bien commun.
Foi et politique sont deux réalités qu'on hésite souvent à rapprocher. Pourtant, soyons honnêtes, le chrétien n'abandonne pas ses convictions spirituelles lorsqu'il s'engage dans la vie publique.
En février 1997, l’ancien chef du Parti libéral du Québec, Claude Ryan, abordait cette question lors d’une conférence qu’il donnait à Québec.
Durant sa présentation, Ryan invitait chaque chrétien engagé en politique à respecter ses adversaires et à accepter qu'« il peut arriver que leurs idées soient meilleures que les siennes ». Agir ainsi demande de l’humilité.
Claude Ryan se méfiait des ambitions personnelles et des illusions que peut susciter le pouvoir. Il rappelait que son exercice invite « bien davantage à la prudence et à l'humilité ».
Deux ans plus tard, au cours d'un entretien qu'il m'accordait pour la Revue Sainte-Anne, il me confiait sa manière de concevoir l'engagement : « Je crois plutôt à la puissance du ruisseau qui, chaque jour, perce le rocher petit à petit. »
Travailler patiemment, sans nécessairement voir les résultats de ses efforts. Construire quelque chose qui nous survivra. Servir sans chercher à tout posséder, ni même à récolter les honneurs. N'est-ce pas une belle manière de comprendre l'intendance des affaires de l’État ?
Ce matin, je lisais dans l'Évangile une histoire racontée par Jésus : celle d'un intendant malhonnête qui, menacé de perdre son emploi, déploie une étonnante ingéniosité pour assurer son avenir. (cf. Lc 16, 1-8)
Jésus ne fait pas l'éloge de la malhonnêteté de l’intendant, mais de son habileté. Puis il provoque ceux qui le suivent : pourquoi ne mettrions-nous pas autant d'intelligence à rechercher ce qui demeure qu'à poursuivre ce qui passe ?
Et si cette invitation dépassait nos seules préoccupations individuelles ? Chacun de nous est pour ainsi dire l’intendant d'un monde qui ne nous appartient pas personnellement. Collectivement, nous avons reçu une société, des institutions, une histoire, un patrimoine humain à préserver et à transmettre.
Les gouvernements passent. Les partis et les majorités changent. Mais le bien accompli peut leur survivre.
Et si la véritable grandeur de l'engagement politique consistait à mettre ensemble nos intelligences au service du bien commun, même lorsque nous ne partageons pas les mêmes convictions ?
Une question m’habite : sommes-nous capables de faire passer le bien commun avant nos ambitions, nos intérêts et même nos victoires politiques ?
Il y a toute une réflexion à faire.
POINT DE VUE CATHOLIQUE : Prendre soin à la manière des moines du Moyen Âge
Par Benoit Voyer
6 novembre 2026
Bien que les techniques de soins ne soient plus les mêmes de nos jours, l'héritage intellectuel et l'expérience vécue par les moines du Moyen Âge demeurent encore une belle source d’inspiration.
Dans un texte paru le 18 mai 2026 dans l’édition italienne de L’Osservatore Romano, Enrico Frosio écrit : Les moines du Moyen Âge « nous présentent un modèle dans lequel l'action concrète sur la réalité est constamment accompagnée d'une réflexion qui cherche à pénétrer sa surface et à saisir sa dimension la plus profonde. […] Leur façon de comprendre la maladie et la guérison comme des faits ne se limitant pas à la simple composante clinique reste encore surprenante et, dans un certain sens, instructive. […] En premier lieu, la dimension relationnelle marquée du processus de prise en charge, mise en évidence par le fait que la vie quotidienne du malade et de ceux qui le soignent se déroule au sein de la communauté religieuse, plutôt que d'être marquée par l'abandon et l'isolement. Ensuite, la conscience que l'expérience de la maladie est liée à une recherche incontournable de sens et, surtout lorsqu'elle conduit à toucher l'extrême fragilité de la vie et ouvre à l'âme humaine la question de l'au-delà. Enfin, l'importance accordée à la capacité d'agir de la personne, à laquelle n'est jamais exclue la possibilité de décider, de faire, de cultiver le bien même dans les circonstances les plus défavorables. [On] ne sépare jamais la souffrance de la personne de sa dignité et de son humanité, le clinique du transcendant, le mal de la conscience de ne pas être abandonné ou seul sous toutes les croix de l'homme aujourd'hui ».
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Les moines au hit-parade
Les moines de l’Abbaye St-Benoît-du-Lac en Estrie, lançait, quelques jours après la fête de Pâques 1995, un disque compact de chants grégoriens. 10 000 exemplaires étaient vendus en trois jours. Le succès de la compilation « Cantus Mariales » n’a pas diminué depuis ce temps.
Pour la première fois de leur histoire, les bénédictins des Cantons de l’Est se retrouvaient à la tête du palmarès de la musique classique et dans les dix meilleurs vendeurs au « hit-parade » populaire, pas tellement loin derrière Roch Voisine. Dom André Saint-Cyr et les éditions Analekta sont les artisans de cette réussite.
NDC — André Saint-Cyr, pourquoi les gens s’intéressent-ils à cette musique?
A. St-Cyr — C’est une musique naturelle, équilibrée, et je crois que les gens sentent le besoin d’un son sérieux, profond et sain. Il faut le dire aussi, le chant grégorien est pacifiant! C’est une musique qui recharge l’intérieur. Il n’y a que deux styles musicaux qui détendent vraiment : la musique classique de Bach et de Mozart et le grégorien.
NDC — Parlez-moi de vous!
A. St-Cyr — Je suis musicien de naissance puisque mes parents l’étaient aussi. Mon père était chanteur et violoniste. Il chantait dans les chorales paroissiales. Maman était pianiste et organiste. Elle a suivi des cours. J’ai donc commencé la musique dans le sein de ma mère parce qu’ils en faisaient ensemble.
Lorsque j’étais jeune, j’ai été membre, pendant 3 ans, des Petits chanteurs de la basilique de Québec. À l’époque, nous chantions en grégorien.
J’ai continué à chanter en faisant partie de la chorale du collège. Je suis entré à St-Benoît-du-Lac en 1949. J’étais déjà organiste avant d’arriver ici! En 1951, j’accompagnais des célébrations à l’abbaye.
J’ai eu la chance d’étudier avec dom Georges Mercure qui était ici quand je suis entré. C’est lui d’ailleurs qui m’a accepté dans la communauté puisqu’il était le prieur. Il y a eu aussi dom Oscar O’Bryan. Plus tard, je suis allé en Europe, pendant 5 ans, pour me perfectionner.
En 1970, je devenais maître de chœur. J’ai laissé l’accompagnement parce qu’ils avaient besoin d’un chantre. Par la suite, j’ai été nommé, tour à tour, premier chantre, directeur de la « schola » et, enfin, maître de chœur.
NDC — Pourquoi devenir moine?
A. St-Cyr — Je voulais entrer chez les maristes puisqu’ils faisaient de la musique. Il me semblait que je serais heureux dans ce groupe. Je suis allé voir mon confesseur, l’abbé Stanislas Paradis, à la paroisse St-Roch de Québec et je lui ai confié mon intention d’entrer chez les maristes et les raisons. Il m’a dit : « J’ai un rendez-vous de 5 à 10 minutes. Je vais te faire entendre quelque chose en attendant. » Il m’a mis un disque des moines de St-Benoît-du-Lac. Au retour, il a continué : « Je connais un confrère de classe qui est là (c’était le maître de chœur). Je vais communiquer avec lui et tu vas aller voir sans t’engager. Je crois que tu serais encore plus heureux avec eux. »
Il a reçu la réponse une semaine plus tard. Je suis venu faire un bref séjour ici et, une semaine après, j’entrais sans avoir l’autorisation officielle. Ils attendaient les résultats des examens médicaux, des certificats de la paroisse et des écoles.
NDC — C’est vraiment pacifiant dans ce monastère! L’abbaye ressemble à votre musique!
A. St-Cyr — On baigne dans le beau! Ici, il y a tout un environnement qui est propice à l’émerveillement. La nature est splendide! On a une végétation incroyable! Le lac est merveilleux! C’est entouré de montagnes. Quand on arrive, on voit les bâtiments d’une noblesse, d’une grandeur, d’une beauté qui émerveille et qui élève! Plus on se rapproche de la beauté de la création, plus ça nous rapproche du Créateur.
Quand les gens entrent à l’intérieur, il y a un silence qui les pénètre. Ils arrivent à la chapelle — s’ils ont la chance d’assister à l’eucharistie — où ils voient une communauté priante qui le fait de façon sérieuse. Les gens sentent cela. Ici, la chapelle est presque toujours pleine.
NDC — St-Benoît-du-Lac c’est un peu comme à Cap-de-la-Madeleine!
A. St-Cyr — Oui, d’une certaine façon. Mais nous n’avons pas le même rôle.
NDC — D’où vient la musique grégorienne?
A. St-Cyr — Les racines remontent au début de la chrétienté. C’est un amalgame de musiques hébraïque et grecque. Jusqu’au IVe siècle la liturgie était en grec et non en français. Je dis souvent lorsque je donne des conférences sur l’histoire du grégorien, si on décidait demain de fonder une Église et qu’on voulait chanter, on ne dirait pas « on va inventer une musique! » Mais non!
Et quand il est dit dans le livre des Actes des apôtres qu’ils étaient assidus à la prière… Ce n’était pas en latin! C’était en arménien… et en grec par la suite.
La période de composition la plus importante est du Ve au VIIIe siècle. À cette époque, ils ont laissé tomber des éléments de la culture du moment et en ont gardé d’autres. Les styles venaient des Hébreux et des Grecs plus particulièrement. Plus tard, le latin est apparu.
Ce qui est exceptionnel pour le grégorien, c’est que nous avons des documents écrits depuis le IXe siècle. C’est la seule musique au monde qui a cet avantage.
J’essaie de transmettre cet héritage à la communauté bénédictine et dans les cours privés que je donne. Je veux faire découvrir la beauté et la splendeur du grégorien.
Journaliste : Benoit Voyer
Les bénédictins
St-Benoît-du-Lac, Québec,
Canada J0B 2M0
Téléphone : (819) 843-4080
POLITIQUE : Les souffrances qui ont convaincu Couillard
Avant de devenir premier ministre du Québec, Philippe Couillard exerce la neurochirurgie. Cette expérience médicale influence sa position sur l'aide médicale à mourir. Lors de l'adoption de la loi québécoise en 2014, il pense notamment aux patients qui ont connu de grandes souffrances. Douze ans plus tard, il évoque encore ces souvenirs lors d'une entrevue à CBC. Même s'il s'inquiète de l'élargissement des critères d'admissibilité, l'ancien premier ministre rappelle les raisons humaines qui ont motivé son appui initial. Son témoignage illustre la complexité des décisions entourant la fin de vie. (Benoit Voyer, 5 novembre 2026)
SANTÉ MENTALE : La musculation
En 2026, des chercheurs irlandais publient une étude sur les effets de la musculation sur la santé mentale. Ils recrutent 55 jeunes femmes présentant des symptômes d'anxiété. Pendant huit semaines, les participantes suivent un programme d'entraînement supervisé. Les chercheurs mesurent notamment leurs symptômes dépressifs. À la fin de l'expérience, les deux groupes présentent une amélioration importante. Ces résultats suggèrent que la musculation peut contribuer à améliorer le moral. Les chercheurs soulignent toutefois qu'elle ne remplace pas les traitements habituels de la dépression. (Benoit Voyer, 5 novembre 2026)
PSYCHOLOGIE : Les émotions
Par Benoit Voyer
5 novembre 2026
Il y a près de 90 ans, plus précisément le 20 février 1937, le frère Marie-Victorin (Conrad Kirouac) écrivait, dans une lettre à Marcelle Gauvreau, cette magnifique phrase que j’aime répéter : « On soulage ses maux en les racontant ».
On le sait déjà. Il y a de bonnes émotions. Il y en a de moins bonnes. Les bonnes sont positives. Les autres, on peut avoir de la difficulté à les comprendre et à les gérer.
Il y a maintenant quelques années, Florence K. publiait Nueva Vida (Éditions Libre Expression, 2021), un livre-témoignage que je vous invite à lire. L’auteure a une plume vivante et une manière très pédagogique d’expliquer les choses. Aux pages 119 à 121, se trouvent quelques extraits intéressants qui m’ont aidé à mieux comprendre ce que sont les émotions. Je pourrais résumer cela avec mes mots, mais ça ne rendrait pas justice au livre. Alors, je me permets de la citer en espérant que ça vous donnera le goût d’acheter son bouquin.
Florence K. écrit : « D’un point de vue scientifique, l’émotion est un concept fort difficile à définir. Comment se fait-il qu’un événement provoque chez quelqu’un une émotion complètement différente de celle que pourrait ressentir quelqu’un d’autre ? Pourquoi le tracé événement-pensée-émotion-réaction-comportement se dessine-t-il en nous dans nos jeunes années pour y rester, se transformant en un schéma que, plus tard, on essaiera de corriger à coups de centaines, voire de milliers de dollars de thérapie? »
Puis elle ajoute : « Depuis l’Antiquité, des philosophes, des médecins, des psychologues, des anthropologues, des sociologues, des éthologues puis des neuroscientifiques se sont penchés sur la question et ont essayé, se contredisant les uns avec les autres comme les chercheurs ont l’habitude de le faire, de tirer une définition précise de l’émotion. »
Florence K. affirme sa préférence : « J’aime beaucoup celle de Scherer, un chercheur en psychologie spécialisé dans l’émotion. Il dit qu’elle est un épisode de changements synchronisés et interreliés des états des systèmes cognitifs (qui gèrent le traitement de l’information, la pensée), neurophysiologique (qui comprend toutes nos structures cérébrales et nos systèmes de neurotransmission), motivationnel (qui fait en sorte que l’on pose des gestes), de l'expression motrice (qui fait que l’on bouge) et du sentiment subjectif (notre façon de ressentir les choses). Beaucoup de stock là-dedans! Parce qu’une émotion, la moindre miette d’émotion, est faite de pas mal de choses. »
Enfin, elle explique : « Une émotion difficile à réguler est vécue au-delà du cerveau. En plus de rebondir comme une balle de ping-pong dans notre tête, avec nos pensées qui se désorganisent, qui s’embrouillent comme un pare-brise d’auto recevant l’eau des roues d’un gros camion placé devant lui lors d’une forte pluie, comme les couleurs d’une peinture de Kandinsky, elle se propage dans notre corps. Larmes, tension physique, cœur qui bat à tout rompre, repères visuels qui s’effondrent, tremblements. Ces réactions s’apparentent aux symptômes du stress, lorsque s’en mêle le cortisol, cette hormone sécrétée pour nous faire agir ou réagir selon ce qui se passe. On est sur nos gardes, on travaille plus vite à se sortir du pétrin, nos sens sont alertes et on attrape au vol tous les outils possibles pour revenir à l’homéostasie, à l’état neutre. Nos pupilles se dilatent, nos neurones sont survoltés, le sommeil est absent. Pourquoi sommes-nous si efficaces lorsque nous travaillons sous pression? Lorsque nous avons six semaines pour remettre un travail scolaire et que nous l’entamons six jours avant la date de remise? Parce que l’état d’alerte dans lequel le cortisol nous plonge nous donne des capacités de concentration hors du commun. Comme lorsque nos ancêtres, il y a des centaines de milliers d’années, faisaient face à un lion des cavernes et que toutes leurs ressources, toute leur attention, devaient être tournées vers la solution. C’est le célèbre fight or flight, la lutte ou la fuite. La remise d’un travail scolaire ou d’un rapport trimestriel, c’est comme la rencontre avec un lion, un mammouth ou un ptérodactyle [1]. Les émotions que je n’arrivais pas à maitriser étaient comme une bête menaçante qui se tenait devant moi. Je ne sentais que ça, je ne voyais que ça, je devenais cette émotion. Mais le cortisol, ça use. À force de traverser la boucle circulaire de notre corps avant de se reloger dans notre cerveau, il fatigue nos nerfs, fatigue nos sens, se transforme en poison qui, petit à petit, nous ronge, nous mène à l’épuisement professionnel, à la dépression. »
Et quand on en est rendu là, les maux qui nous rongent méritent d’être racontés.
[1] Il s’agit d’une figure de style utilisée par Florence K. Les ptérodactyles ont disparu des millions d’années avant l’apparition des humains.
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Nos égarements
Benoit Voyer
5 novembre 2026
La vie est ainsi faite. Il nous arrive de nous égarer. Parfois, c’est à la suite d’événements. Parfois, c’est à cause du poids des blessures de l’existence. Parfois, c’est volontaire. À chaque fois, on finit par perdre ses repères, par s’éloigner de l’essentiel et même de Dieu. On se replie sur soi-même, pour ne pas dire qu’on finit par se regarder le nombril, au point de refermer une grande porte derrière soi.
Ce matin, je lisais dans l'Évangile cette histoire que Jésus racontait : Il était une fois un berger parti à la recherche de sa brebis perdue… (cf. Lc 15, 1-7). Le berger ne cherche pas à savoir pourquoi la brebis s'est égarée ni à lui faire des reproches. Il souhaite simplement la retrouver. Ainsi en est-il de Dieu. Durant nos égarements, pendant qu’on s’éloigne de lui, il ne nous abandonne pas. Il nous cherche. Il n'est jamais bien loin.
Nos choix et nos gestes entraînent parfois des conséquences néfastes dans notre existence. Mais nos égarements ne nous enlèvent rien de notre dignité ni de notre valeur aux yeux du bon berger. Ce qui compte avant tout pour lui, c'est notre retour, notre désir de retrouver l'essentiel, de changer notre cœur et de renouer avec cet amour auquel il nous appelle.
Et lorsque nous entendons enfin son appel, nous découvrons qu'il est déjà là, sur le seuil de notre porte. Il nous a cherchés tout ce temps. Il ne force rien, il nous laisse libres. Il frappe à la porte (cf. Ap 3, 20). Il suffit de tourner la poignée et de lui ouvrir.
SAINTS ET SAINTES : Jérôme Le Royer
Par Benoit Voyer
5 novembre 2026
Jérôme Le Royer de la Dauversière naît à La Flèche, dans la région française de Maine-et-Loire, le 18 mars 1597.
Il met sur pied, avec Jean-Jacques Olier, fondateur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, la Société de Notre-Dame de Montréal, responsable de la réalisation d'un rêve apostolique : l'établissement sur une île du fleuve Saint-Laurent, découverte par Jacques Cartier, et qu'il nommera Hochelaga, d'une cité dédiée à Marie pour l'évangélisation des peuples autochtones.
Il fonde tout d’abord, avec Marie de la Ferre, les Sœurs hospitalières de Saint-Joseph. La mission des religieuses est de s’occuper des malades du premier hôpital de Montréal, qui n’est pas encore fondé. En plus, elles devront travailler à l’épanouissement de la foi catholique dans la nouvelle colonie.
En 1630, Jérôme Le Royer de la Dauversière conclut le projet de fondation de Ville-Marie, qui prendra plus tard le nom de Montréal. Jusqu’à sa mort, il soutiendra la plus lourde part des responsabilités de l’initiative. Il en sortira ruiné, ayant donné tout son argent à la cause.
En 1641, deux navires quittent le port de La Rochelle. Ils sont dirigés par son ami Paul Chomedey, sieur de Maisonneuve, et Jeanne Mance, qui s’occupera de l’hôpital. L’équipage passera l’hiver à Québec et atteindra l’île de Montréal le 17 mai 1642.
Le Royer était aussi l’ami du père Charles Lalemant, jésuite, procureur des missions du Canada. C'est ce dernier qui lui présentera Jeanne Mance. C'est à La Rochelle, où il prépare l'embarquement pour Montréal, que leur première rencontre aura lieu.
Jérôme Le Royer découvre en Jeanne Mance « un présent du ciel », une personne « toute de grâce » choisie par Dieu et qui arrive en temps opportun. Il l'invite à se joindre à l'expédition, comme il l’avait fait à Paul de Chomedey. Jeanne Mance opte pour le risque. La voilà mêlée à l'aventure héroïque des fondateurs de Montréal.
Décédé le 6 novembre 1659, Jérôme Le Royer de la Dauversière a d’abord été inhumé dans l’Hôtel-Dieu de La Flèche. Depuis le 16 mai 1838, le vénérable repose dans la chapelle de l'ancien hôpital de La Flèche.
La tombe de Le Royer
Le lieu actuel où il repose n’est pas connu.
Dans un courriel reçu le 5 novembre 2024, Christophe Maillet, président de l’association La Flèche-Canada, m’expliquait : « En ce qui concerne son corps charnel, l'hypothèse qui revient le plus souvent est que ses restes pourraient être dans un mur, ou peut-être dans le sol, de la chapelle de l'hôpital, rue Henri Dunant, à La Flèche. Aucune recherche digne de ce nom n'a été entreprise pour avoir une certitude. Ce lieu est
désormais interdit au public, d'une part pour des raisons de sécurité, et d'autre part, parce que l'ancien hôpital va être réhabilité en appartements après de lourds travaux… Si un jour, il arrivait qu'ils soient retrouvés, Jérôme Le Royer devrait normalement être placé dans la chambre reliquaire déjà installée dans la chapelle de Notre-Dame-du-Chef-du-Pont dans l'église Saint-Thomas. Ceux de la vénérable Marie de La Ferré y sont déjà, dans un emplacement dédié, juste à côté. »
Son cœur, qui a longtemps été conservé par les Hospitalières de Saint-Joseph, dans leur communauté fléchoise, repose de nos jours dans la chambre reliquaire de l’église paroissiale Saint-Thomas, où, le 2 février 1630, Jérôme Le Royer de la Dauversière a reçu l’inspiration de fonder la colonie de Ville-Marie et la congrégation de religieuses hospitalières de Saint-Joseph destinées à y servir.
Sur la voie de la béatification
Le 6 juillet 2007, le pape Benoît XVI a autorisé la promulgation des décrets concernant des miracles attribués à de nouveaux saints et bienheureux. Le même jour, il a reconnu les vertus héroïques de Jérôme Le Royer (1597-1659), fondateur des Filles de Saint-Joseph de La Flèche, mieux connues au Canada sous le nom des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph ou des Religieuses Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal, et visionnaire de la ville de Montréal. Jérôme Le Royer pourra maintenant porter le vocable de « vénérable », ce qui veut dire que la cause de béatification est engagée.[1]
____________________
[1] Benoit Voyer. “Jérôme Le Royer sur la voie de la béatification », Revue Sainte Anne, octobre 2007, p. 398.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Une «vénérable» femme de chez nous
Elisabeth Bergeron est une «vénérable» Québécoise. L’Église reconnaît qu’elle a vécu sa foi de façon exemplaire. Aujourd’hui encore, son humilité interpelle les croyants.
Elisabeth Bergeron (Mère Saint-Joseph) naquit à La Présentation, village de la région de Saint-Hyacinthe, le 25 mai 1851. Elle était la quatrième enfant de Théophile Bergeron et de Basiliste Petit. Elle vécut ses premières années à la campagne. Cependant, une crise économique força la famille à immigrer aux États-Unis en 1865. C’est là qu’Elisabeth se découvre des talents de catéchiste. Elle enseignera les rudiments de la foi catholique à ses compatriotes en exil.
En mars 1870, la famille Bergeron est de retour au pays avec quelques économies qui lui permettent un peu de sécurité. Au cœur d’Élisabeth, l’appel à la vie religieuse se fait de plus en plus pressant. Elle rêve de fonder une communauté religieuse vouée à la contemplation. L’évêque du lieu, Mgr Louis Zéphirin Moreau, lui suggère plutôt d’entrer chez les moniales établies à Saint-Hyacinthe: Les religieuses du Précieux-Sang. Elisabeth se dirige donc vers le monastère mais pour y apprendre, quelques mois plus tard, qu’on lui refuse son entrée définitive dans la congrégation. Elisabeth est inconsolable.
Mgr Moreau, pour sa part, désire fonder une communauté enseignante pour les enfants pauvres de son diocèse. Se souvenant d’Elisabeth, il la fait venir pour lui demander si elle accepte d’être la pierre d’angle d’une nouvelle communauté. Elisabeth allègue qu’elle ne sait pas écrire.
«Notre Seigneur a établi son Église avec des ignorants… d’ailleurs le Bon Dieu n’a pas besoin de nous. Plus l’instrument dont il se sert est faible, plus il en retire de gloire» lui répondit Mgr Louis-Zéphirin Moreau. Après 8 jours de réflexion, elle donna sa réponse à l’évêque.
Le 12 septembre 1877, Elisabeth Bergeron fondait avec Malvina Blanchette, Eloïse Saint-Germain et Valérie Langevin la communauté des sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe. Mgr Moreau lui donne le nom de Mère St-Joseph et la fait supérieure.
Le 17 août 1878, il la désiste de sa fonction. Elle demeurera assistante-générale jusqu’en 1925. À ses filles attristées par la nouvelle, elle répond: «C’est Dieu qui a décidé ce changement; nous n’avons pas à lui demander raison de ses volontés».
Depuis, cette communauté n’a jamais cessé d’étendre son action. Elle compte aujourd’hui quelque 500 religieuses réparties dans le monde entier notamment au Canada: Québec et Manitoba; en Afrique: Lesotho et Tchad; en Amérique latine: Brésil et dans les Antilles: Haïti. Au moment du décès d’Elisabeth Bergeron le 29 avril 1936, elles étaient 540.
«Il ne peut se concevoir rien d’aussi petit que ces commencements: c’était le véritable grain de sénevé de l’évangile qui se déposait en terre», dira Mgr Moreau en se rappelant les humbles origines de la communauté.
Centre Elisabeth Bergeron
805, rue Raymond
St-Hyacinthe, Québec, Canada
J2S 5T9
(514) 773-6067
AFFAIRES PUBLIQUES : En 10 ans, près de 100 % plus de paniers de Noël à Brownsburg-Chatham
Par Benoit Voyer
4 novembre 2026
Le nombre de paniers de Noël a presque doublé en dix ans à Brownsburg-Chatham, une municipalité de la circonscription d’Argenteuil dans les Basses-Laurentides. D’environ 90 paniers distribués en 2015, leur nombre est passé à 178 en 2025, c’est-à-dire une augmentation de près de 100 %. La situation ne s’améliore pas. Les appels à l’aide ne cessent d’augmenter dans la municipalité.
Les réalités des familles changent. Plusieurs peuvent avoir besoin d’un coup de main à différents moments de l’année. C’est pour leur venir en aide que la Guignolée existe à Brownsburg-Chatham et dans plusieurs autres municipalités du Québec.
En plus d’être leader et porte-parole d’Osons Québec, une nouvelle formation politique québécoise autorisée par le Directeur général des élections du Québec le 2 septembre 2026, l’entrepreneur et ancien conseiller municipal Martin Charron coordonne avec son équipe les activités de la Guignolée dans sa municipalité : « Le coût de la vie rend parfois le quotidien plus difficile. Depuis plusieurs années, nous constatons qu’une part grandissante des familles dans le besoin compte des travailleurs, et c’est inquiétant. Il est important d’être à l’écoute et de travailler avec les ressources disponibles pour offrir une aide adaptée ».
Lorsqu'on examine la situation socioéconomique de la région d’Argenteuil, l’augmentation des besoins n'a rien de surprenant.
Selon les plus récentes données de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), le revenu disponible par habitant dans la MRC d'Argenteuil atteignait 35 239 $ en 2024, comparativement à 38 426 $ pour l'ensemble du Québec et 40 128 $ dans les Laurentides. Argenteuil affichait ainsi le revenu disponible par habitant le plus faible des huit MRC des Laurentides, avec un écart de 12,2 % par rapport à la moyenne régionale. La situation illustre bien les importantes disparités économiques qui existent dans la région.
En ce moment, Martin Charron travaille fort avec son équipe de la Guignolée afin de constituer des équipes de bénévoles qui feront du porte-à-porte à Brownsburg-Chatham, le 5 décembre, afin de recueillir des denrées alimentaires. « On a un gros besoin de jus de bras », dit-il, le sourire aux lèvres et l’espoir au cœur.
POLITIQUE : Présenter les faits autrement
En politique, deux personnes peuvent raconter le même événement de manière très différente. Imaginons qu'un parti obtienne 8 % des voix lors d'une élection, alors qu'il espère en récolter 15 %. Un journaliste peut présenter ce résultat comme une défaite. Le spin doctor, lui, préfère peut-être parler des deux députés élus et des progrès réalisés dans certaines circonscriptions. Les deux interprétations peuvent reposer sur des faits exacts. La différence réside dans le choix des informations mises en valeur. Cette façon de présenter les événements fait partie des stratégies de communication politique. (Benoit Voyer, 4 novembre 2026)
SANTÉ MENTALE : Guérir et soigner
Par
Benoit Voyer
4 novembre 2026
La maladie
mentale ne se résume pas à un diagnostic. La personne malade est tout avant une
personne. Elle a ses besoins qui dépassent le cadre médical, son histoire et
ses souffrances. Ainsi donc, soigner, c’est avant tout prendre soin.
Le 14 mars
2026, la pédopsychiatre et psychiatre Céline Lamy écrivait dans Le Devoir qu’avant
même de chercher à guérir, il faudrait apprendre à prévenir : « Prévenir
la survenue de la maladie, prévenir sa rechute, prévenir son aggravation,
prévenir le développement de troubles dits comorbides qui surviennent parce
que, justement, les patients sont isolés, invisibilisés et considérés comme des
numéros dans ce réseau. Parce que tout est centré sur le malade, sa maladie et
son plan de traitement. Le curatif, en somme. [mais] le soin, ce n’est pas que
cela : il est aussi fait de tous les « à-côtés ». Parce que la racine du mot «
soin » ne veut pas dire « guérir », mais « se préoccuper de »… »
Pour elle,
cette préoccupation pour l’autre demande du temps et, surtout, une relation de
confiance : « La santé et surtout la santé mentale, elles,
nécessitent du lien, du temps, du partage, des échanges. Elles nécessitent que
la confiance puisse se placer, tranquillement, pour que l’histoire se dise, les
traumatismes se dévoilent. Pour que ce qui est caché (parce que jugé honteux
par le patient et pointé du doigt comme tel par tant d’autres) puisse se
découvrir. Petit à petit. »
Encore faut-il
des espaces où cette parole pourra être véritablement entendue : « Le
système de « santé » nécessite des lieux, et pas juste un bureau médical : un
lieu pour se déposer un peu, pour élever la voix, pour la faire jaillir. Elle
est si souvent bâillonnée, cette voix, ou, si elle est « osée » par le patient,
elle est alors souvent non écoutée, banalisée, détournée ou muselée. »
La docteure Lamy
insiste : prendre soin, c’est aussi redonner une place à ce qui rend la
vie plus belle et plus supportable. « Les soins en psychiatrie, surtout,
sont pluriels et convoquent toutes les sphères de vie du patient, remettent un
peu de beau, de doux, de créatif et de vivant dans un quotidien parfois
extrêmement sombre où l’abîme n’est jamais bien loin et où la noirceur de la
pensée est un cavalier envahissant. »
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Croire lorsque Dieu semble absent
Par Benoit Voyer
4 novembre 2026
Il y a des hauts et des bas dans la vie spirituelle. Il est donc important de se donner des bases assez solides pour continuer à avancer lorsque vient le temps de l’épreuve. Lorsque le vent souffle dans notre visage à 100 kilomètres à l’heure, on est assurément décoiffé et on finit par en perdre nos repères. Il est important de bâtir sa vie intérieure sur des bases solides.
Dans l’évangile de Luc (cf. Lc 14, 25-33), que je lisais ce matin, Jésus compare la vie du disciple à un homme qui veut bâtir une tour. Avant de commencer, il doit s’assurer d’avoir les moyens d’aller jusqu’au bout. Il en est de même pour la foi : elle doit reposer sur des fondations assez solides pour traverser les périodes où Dieu semble silencieux. C’est un peu comme dans une histoire d’amour : aimer quand la passion est là, c’est facile. Aimer quand les émotions ne sont plus au rendez-vous, c’est une autre chose.
Un jour de 2002, je vis des moments sombres dans ma vie spirituelle. Je m’inquiète de ma relation avec Dieu. Je ne sens plus sa présence. Quand je prie, tout est sec et sans saveur.
Je décide d’en parler à Guy Boucher, une ancienne coqueluche du petit écran qui a vécu une importante conversion spirituelle. Je sais qu’il a une solide vie spirituelle et qu’il pourrait m’aider à comprendre ce que je vis. D’ailleurs, dans mon agenda figure un rendez-vous avec lui. Je dois le rencontrer dans le cadre d’un grand entretien pour la Revue Sainte-Anne.
Nous nous asseyons à la table d’un café montréalais et, café à la main, j’aborde directement le sujet : Guy, « comment fait-on pour rencontrer Dieu ? ». Il est étonné de ma question. Il s’attendait à parler de ses souvenirs dans le milieu artistique, mais il sourit. Il semble vraiment heureux de l’angle que je donne à notre conversation.
Il me lance : Tu sais, « pour chaque personne, ce n’est pas pareil. Moi, ça a été une rencontre radicale ! Maintenant, je sais qu’il m’aime et qu’il est miséricordieux. Lorsque je suis sorti de chez les moines, je n’en revenais pas. Je disais à mes amis : “J’ai eu une vie assez mouvementée. J’ai eu trois grands amours dans mon existence. J'ai eu des aventures. Vous savez, de tous les amours que j’ai vécus, il n’y a rien qui puisse égaler ce que je vis avec le Seigneur. »
Pourquoi ? « Parce que ça ne se vit pas de la même façon ! (Il cherche des mots pour parler de son expérience) Le Seigneur habite en nous et il se manifeste dans une dimension qui n’a rien de sexuel. C’est un amour inconditionnel. C’est un amour démuni. Le Seigneur est totalement démuni devant nous… »
J’ose une confidence : « Guy, je suis dans un désert de la foi. Je tente de renouer le contact avec Dieu. J’ai beau lui parler, mais je ne le sens pas présent. C’est ma souffrance… Comment puis-je faire pour renouer le dialogue avec lui ? Qu’est-ce que je dois faire pour le sentir présent ? »
Guy Boucher oublie que j'enregistre la rencontre. Il me regarde. Il s’adresse à moi comme à un vieil ami : « La première chose à faire est qu’il ne faut pas lâcher. Il faut que tu sois persévérant. Je me permets de te raconter mon histoire. Après ma conversion, j'ai été vraiment choyé pendant deux ans et demi. Très fortement, je ressentais la présence de Dieu. Un jour, je me suis levé et Dieu n’était plus là. J’ai paniqué ! Je suis allé voir un religieux pour lui parler de ce que je vivais. Je lui ai dit : “Le Seigneur n’est plus là !” Il m’a dit : “C’est normal! On dirait que le Bon Dieu se retire. Ce retrait n’est pas pour te nuire, mais pour te faire grandir. C’est également ainsi pour tous les malheurs qui nous arrivent dans la vie. Si nous n’avions pas d’épreuves, nous ne grandirions pas.” »
Je suis étonné d’entendre ça et je lui exprime : « Il se manifeste toujours dans l’épreuve ? »
Il me répond : « C’est souvent ainsi ! C’est souvent après une maladie ou une épreuve terrible ou une mortalité que tu grandis. Je ne suis pas le seul à dire cela. C'est écrit dans les psaumes ! “Pourquoi Seigneur tu n’es plus là ? Pourquoi m’as-tu abandonné ?” Je t’invite à persévérer…
Je demeure inquiet : mais « après l’épreuve, il me sera possible de le sentir autant qu’avant ? »
Il ajoute : « Mon expérience spirituelle n’est jamais revenue aussi forte que dans mes premières années de conversion, mais ma rencontre avec le Seigneur demeure la chose la plus importante de ma vie. Il n’y a rien pour m’enlever ce que je vis avec lui. C’est trop beau ! C’est trop grand ! Certains matins, au moment où je fais oraison avec l’office des lectures, des textes me prennent au cœur avec une telle intensité. Ouf ! Ils me donnent de la misère à respirer ! Je me lève, je me promène dans la maison… C’est ça, le bon Dieu ! La souffrance de son absence que tu vis en toi ressemble à celle du psalmiste. »
Je vois que j’ai affaire à un homme qui a une expérience spirituelle solide. Je lui lance, un peu taquin : « Ta relation à Jésus est tellement rendue importante que tu lui parles chaque matin… »
Les yeux brillants, il me rétorque : « Je ne lui parle pas que le matin ! Nous nous parlons aussi en soirée… et même en automobile. Je suis tellement bien dans mon auto. Je n’ai même pas de radio ! Lui et moi on en profite pour bavarder ! »
Comme un ami ? « C’est bien plus que ça ! Tu sais, quand tu aimes quelque chose ou que tu aimes une personne, tu as le gout d’être avec elle. Tu as le gout d’y communier ! Tu as le gout de lui écrire ou de téléphoner… C’est comme ça dans ma relation avec lui. C’est une très grande relation d’amour. »
Je reviens au motif de ma rencontre : Guy, « parfois, je doute. Je me demande si tout cela est vrai. »
Il me rassure : « Il y aurait 50 théologiens de diverses religions devant moi qui me diraient : “Ce n’est pas vrai tout ça !” Je leur dirais la même chose qu’à toi : “Voyons donc ! Je le sais, moi, je l’ai vécu ! Et je le vis tout le temps ! Dieu n’est qu’amour. Il est complètement démuni devant nous… Il attend toujours après nous qu’on l’aime ! Il attend toujours ! Il a besoin que tu lui dises que tu l'aimes… Et pour le rencontrer, il faut que tu lui demandes ! Et n’oublie pas que c'est lui le boss ! C’est lui qui va décider du meilleur moment.” »
C’est toute une leçon sur la foi que Dieu m’a fait ce jour-là. Pour suivre Jésus, il faut parfois renoncer au besoin de toujours sentir sa présence pour apprendre à lui faire confiance lorsqu’il semble absent.







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