5ᵉ Premier ministre du Canada
Par Benoit Voyer
13 juillet 2026
Mackenzie Bowell est né en Angleterre. Avec sa famille, il émigre à Belleville dans la province canadienne de l’Ontario.
À 11 ans, il est apprenti-typographe au journal The Intelligencer. En 1848, il en devient le rédacteur et en 1850 le propriétaire.
Mackenzie est un homme ambitieux et énergique. Malgré son peu d’instruction, il est minutieux et infatigable au boulot.
Il deviendra milicien et investit ce qu’il gagne en salaire dans une compagnie de chemin de fer et dans plusieurs petites entreprises de sa région.
Sur le plan communautaire, il fonde une loge des Orangistes et se joint au Parti conservateur du Canada et à la franc-maçonnerie.
En 1867, lors de la première élection de la nouvelle confédération canadienne, le père de neuf enfants est élu député à la Chambre des communes. Il sera réélu six fois jusqu’à sa nomination au Sénat en 1892.
En 1878, Mackenzie Bowell (1823-1917) entre au cabinet du gouvernement canadien, dirigé par les conservateurs. Il deviendra ministre du Commerce. « Il s’affiche comme porte-parole des groupes extrémistes protestants. Homme politique souvent maladroit et inepte, assez inoffensif et âgé – les ministres le surnomment « le grand-père Bowell » –, il succombe facilement aux flatteries et aux petites attentions »[1], écrit Jacques Monet.
Lors du décès du premier ministre John Sparrow David Thompson (1844-1894), le gouverneur général Lord Aberdeen le choisit à cause de son ancienneté et après avoir « reçu l’assurance de sir Frank Smith, ministre éminent reconnu pour l’ardeur de sa foi catholique, que Bowell n’a jamais fait de tort aux catholiques »[2]. Ainsi donc il devient le 5ᵉ Premier ministre du Canada.
Son leadership souffre d’un handicap. Il doit gouverner à partir du Sénat et ne peut pas participer aux débats de la Chambre des communes.
Malheureusement, MacKenzie Bowell ne restera pas longtemps à la tête du pays. Même s’il avait l’appui des évêques catholiques du Canada, l’affaire des écoles catholiques du Manitoba et l’usure du pouvoir auront raison de lui. D’ailleurs, l’historien Jacques Monet est catégorique sur le leadership de Bowell : il « n’est pas à la hauteur de la situation et se laisse emporter par la tempête politique qui fait rage autour de la question des écoles catholiques du Manitoba. »[3] Il n’est pas le seul à faire ce constat. L’historien Robert Rumilly écrivait au sujet de Mackenzie Bowell dans son « Histoire de la province de Québec »[4] qu’il est un « vieil orangiste, tenace et loyal, qui livrait sa pensée et exigeait d’autrui la même franchise ».
L’historien Jean Houpert résumait bien la nature du problème vécu au Manitoba : « La défense des écoles françaises du Manitoba avait aussi un aspect religieux puisqu’il s’agissait d’écoles catholiques dont la fermeture entrainait l’obligation pour les enfants catholiques de fréquenter des écoles où leur religion était ignorée tout autant que leur langue. Il est même permis de dire qu’elles y étaient combattues. Aussi, les vingt-neuf évêques du Canada, sous le leadership de Mgr Louis-Zéphirin Moreau [5], évêque de Saint-Hyacinthe, adressèrent-ils le 9 mai 1894 une pétition aux autorités fédérales dénonçant l’injustice commise envers la minorité manitobaine et leur demandant d’intervenir pour la faire cesser ».[6]
L’opinion publique canadienne était profondément et violemment divisée. C’était l’affrontement sur tous les plans et l’attente d’une prise de position des chefs politiques.
Le projet de loi du gouvernement Bowell déposé le 11 février 1896 laissait à désirer. Il ne comportait pas de dispositions financières précises et laissait tout de même faire au gouvernement provincial du Manitoba de faire ce qu’il voulait bien. Cela aurait assurément été dans le sens d’un budget zéro dans le financement des écoles francophones.
« Les passions étaient déchaînées; le parti conservateur usé; [Wilfrid] Laurier était éloquent, et pour les Canadiens-français, il était l’un des leurs et proclamait son catholicisme. Le 23 juin 1896, il remportait une éclatante victoire et commençait un règne de quinze ans »[7], ajoute Jean Houpert.
Son désir de rétablir les droits de la minorité francophone au Manitoba et l’opposition au sein de ses troupes, sept ministres conservateurs sur quinze démissionnent. « Humilié et furieux, le Premier ministre cède à ce « nid de traitres » et remet sa démission au gouverneur général. Pour son parti, c’est la déconfiture. Le pays est plus divisé que jamais. »[8] Son gouvernement n’aura duré que seize mois.
Mackenzie Bowell décède le 10 décembre 1917 à Belleville en Ontario. Il est inhumé dans le cimetière de la rue Dundas West, avec une vue sur le fleuve.
Lors de son décès, le rédacteur en chef du Daily Ontario écrira au sujet de Bowell : « Même si l’esprit et le talent lui firent défaut, notre cinquième premier ministre n’aurait pas pu accéder à de si hautes fonctions s’il avait été complètement médiocre… En fait, ses aptitudes étaient celles d’un administrateur qui gérait avec honnêteté, courage et efficacité. »[9]
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| Les funérailles du premier ministre MacKenzie Bowell, à Belleville |
[1] Sous la direction de Jean Chevrier, Denis Daigneault et Gaetan Jeaurond. Les Premiers ministres du Canada, Maison nouvelle fédération en collaboration avec le Centre de recherche et d’information sur le Canada, 2003, p. 22.
[2] Sous la direction de Jean Chevrier, Denis Daigneault et Gaetan Jeaurond. Les Premiers ministres du Canada, Maison nouvelle fédération en collaboration avec le Centre de recherche et d’information sur le Canada, 2003, p. 22.
[3] Sous la direction de Jean Chevrier, Denis Daigneault et Gaetan Jeaurond. Les Premiers ministres du Canada, Maison nouvelle fédération en collaboration avec le Centre de recherche et d’information sur le Canada, 2003, p. 22.
[4] Robert Rumilly. Histoire de la province de Québec, VII, Éditions Chantecler, 1953, p. 199.
[5] Mgr Louis-Zéphirin Moreau est le quatrième évêque catholique de Saint-Hyacinthe. Il sera béatifié par le pape Jean-Paul II le 10 mai 1987.
[6] Jean Houpert. Monseigneur Moreau, Éditions Paulines, 1985, p. 277.
[7] Jean Houpert. Monseigneur Moreau, Éditions Paulines, 1985, p. 282.
[8] Sous la direction de Jean Chevrier, Denis Daigneault et Gaetan Jeaurond. Les Premiers ministres du Canada, Maison nouvelle fédération en collaboration avec le Centre de recherche et d’information sur le Canada, 2003, p. 22.
[9] Redactor. Daily Ontario, Sir Mackenzie Bowell honored in dead, 20 décembre 1917. https://ia601606.us.archive.org/28/items/weekly-ontario-1917-october-to-december/Weekly%20Ontario%201917%20October%20to%20December.pdf










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