30 septembre 2026


RÉFLEXION : Le 1er octobre est la Journée internationale des personnes âgées

Le 1er octobre est la Journée internationale des personnes âgées

Par Benoit Voyer

30 septembre 2026

Des milliers de personnes âgées et malades souffrent de solitude. Parmi elles, un grand nombre ont été abandonnées par leurs familles ou ne reçoivent qu'une brève visite de leurs enfants chaque semaine ou chaque mois. Les vieux et les malades sont devenus les lépreux de notre époque.

Je pense souvent à Huguette, 76 ans, qui, en juin 2009, alors que j’étais coordonnateur d'un important service d'accompagnement spirituel montréalais, en pleurant, me confiait désirer de la visite pour bavarder, prier, jouer au Scrabble et l'aider à faire son casse-tête de 1 000 morceaux. Elle habitait sur la rue de l’Esplanade.[1]

Nous oublions trop souvent toutes ces personnes qui vieillissent. Lorsqu'elles atteignent un certain âge, nous les mettons de côté et, en peu de temps, elles se retrouvent isolées. Notre société – qui souffre de « jeunisme » – aurait intérêt à regarder de plus près le charme et la richesse de ceux et celles qui sont rendus au troisième et au quatrième âge de leur humanité.[2]

Je pense notamment à toutes ces personnes âgées qui donnent de leur temps gratuitement au service des autres. Il y en a des milliers. Les aînés ne sont pas rien ! Ils sont un trésor qu'il faut vénérer, accepter et dont il faut prendre soin. J'aimerais tant être le fils adoptif de toutes ces personnes âgées et seules. Et pourquoi pas chacun de nous ?[3]

Le trésor des aînés
Ainsi donc, la vieillesse est une belle période de l'existence humaine. Bien qu’elle approche, je ne suis pas encore rendu à cette étape de ma vie, mais chaque jour, la vie me permet de côtoyer des dizaines et des dizaines d'aînés. Il m'est donc permis de m'inspirer de ce que je vois : c'est beau et bon d'être vieux !

J'apprécie au plus haut point l'intelligence des aînés : ils ont acquis une expérience inestimable que la société devrait mettre davantage à son service.

On dit qu'elles sont moins productives pour la société et qu'elles ne correspondent plus aux critères de jeunesse que nous dictent les images véhiculées par les médias. On dit même qu'elles sont dépassées, vieux jeu, vieille mode.

Les Africains disent qu'un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui disparaît. Ainsi, ils ont compris que les aînés ne sont pas rien, c'est-à-dire qu'ils sont encore utiles à la société. Ils sont même un bien indispensable.

Vous me direz qu'ils sont conservateurs. J'avoue que c'est parfois vrai, mais il ne faut pas généraliser. Je connais des personnes âgées qui sont pas mal plus ouvertes que les « p’tits jeunes » qu'on dit très libéraux. Ce n'est pas une question d'âge, mais plutôt une attitude qui habite l'intériorité de l'humain. Je connais de jeunes vieux et de vieux jeunes.

Il me semble que les jeunes générations devraient profiter de l'expérience qu'elles ont acquise au fil des ans.

Jacques Ménard, président du conseil d'administration de BMO Nesbitt Burns et président de BMO Groupe financier (Québec), abonde dans la même voie que moi dans son livre [4] : « Quand on montre la porte à des milliers de personnes en pleine possession de leurs moyens dans le secteur de la santé et de l'éducation, comme cela a été le cas il y a quelques années, on rate une belle occasion de transmettre du savoir et quelques expériences de vie. On constate ce que ça coûte aujourd'hui ! Plusieurs d'entre nous ont acquis des actifs qui nous permettront de bien vivre et de continuer à contribuer à l'effort collectif. » (Jacques Ménard et Denis Bouchard)

N'est-ce pas un peu ce qu'écrivait, en d'autres mots, Simone Weil, dans L'Enracinement ?[5] « Il serait vain de se détourner du passé pour ne penser qu'à l'avenir. C'est une illusion dangereuse de croire qu'il y ait même là une possibilité. L'opposition entre l'avenir et le passé est absurde. L'avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien ; c'est nous qui, pour le construire, devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner, il faut posséder, et nous ne possédons d'autre vie, d'autre sève que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l'âme humaine, il n'y en a pas de plus vital que le passé. »

Il est temps de favoriser une collaboration entre les personnes âgées et ceux et celles qui prennent leur relève. Un jour, le vieux dicton pourra s'exprimer avec élégance : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. »

Vieillir, c'est encore grandir
De manière très concrète, je le vois chez ma mère qui est rendue à 93 ans et chez Micheline, ma belle-mère, qui a 79 ans et qui vit au quotidien avec Manon et moi. De plus, jusqu’au 15 avril 2021, je l’ai vu chez mon père décédé à l’âge de 90 ans. D’ailleurs, dans ses dernières années, j’ai pu lui dire à quel point je souhaite vivre ma retraite avec la même sérénité que lui. Il est une inspiration pour moi.

La maturité signifie habituellement qu’on a affaire à une personne en plein contrôle de ce qu’elle est. Comme l’écrit Florence K. : « Plus on vieillit, plus le ciment durcit et plus il est laborieux de le briser. »[6]

On n’a jamais fini d’apprendre à devenir humain. Ainsi, durant toute notre existence, nous apprenons l’art de devenir de meilleurs hommes et de meilleures femmes.

La famille est d’ailleurs une école d’humanité. En ce lieu, il est possible de déposer nos masques afin de communiquer ce que l’on est en toute vérité. C’est aussi l’endroit où l’on accepte d’être vus dans notre fragilité. De plus, dans une famille en équilibre, on apprend à devenir plus confiant, plus généreux et « plus » en toutes choses.

Comme l’écrit Christian Lépine dans son livre « Créés pour être aimés »[7] : « Ce que l’on reçoit au moment de la tendre enfance nous façonne et nous habite pour la vie entière ; pensons à notre capacité de faire confiance en Dieu, en la vie ainsi qu’aux autres. »

Et puis, « l’adolescence étant le temps de l’idéal, de la soif d’absolu, des grands élans de générosité devant les élans de souffrances du monde et des défis multiples à relever ».

En revanche, « pendant la vie d’adulte, on découvre que les insuffisances et les faiblesses n’habitent pas seulement les autres mais aussi soi-même, et, apprenant à ne pas condamner, on apprend à être responsable, exigeant pour soi-même et miséricordieux pour les autres. Ayant intégré la confiance de l’enfance et le sens de l’idéal de l'adolescence, l’adulte devient capable de dépassement de soi, de don total, libre et gratuit : ce qui constitue le véritable chemin de la sagesse. »

Une journée pour ne pas oublier
Le 1er octobre, la communauté internationale souligne la Journée internationale des personnes âgées, instaurée par l'Assemblée générale des Nations Unies en 1990 et célébrée depuis 1991. Cette journée rappelle l'importance de reconnaître la contribution des aînés à la société, de promouvoir leurs droits et leur dignité, et de sensibiliser le public aux enjeux liés au vieillissement, notamment la santé, l'autonomie, la lutte contre l'âgisme et la prévention de la maltraitance.

____________________

[1] Benoit Voyer. Malaise de chien, Le Devoir, 23 juin 2009, p.A8.
[2] Benoit Voyer. « Éloge de la vieillesse », La Presse, 1er juin 2009 lapresse.ca/debats/votre-opinion/la-presse/200906/01/01-861732-eloge-de-la-vieillesse.php
[3] Benoit Voyer. « Éloge de la vieillesse », La Presse, 1er juin 2009 lapresse.ca/debats/votre-opinion/la-presse/200906/01/01-861732-eloge-de-la-vieillesse.php
[4] Jacques Ménard et Denis Bouchard. Si on s’y mettait..., Transcontinental, 2008.
[5] Simone Weil. L’Enracinement, Gallimard, 1990.
[6] Florence K. « Nueva Vida », Libre expression, 2021, p.47.
[7] Christian Lépine. Créés pour être aimés, Médiaspaul, 2012.

JEAN-PAUL REGIMBAL - Pensée

FLASH : A la mémoire de Claude Ryan

Le cimetière de Saint-Philippe (Brownsburg-Chatham), 30 septembre 2026.
En ce lieu repose Claude Ryan, ancien chef du Parti liberal du Québec.

FLASH : La santé mentale des Canadiens est préoccupante

La santé mentale des Canadiens est préoccupante

Un sondage révèle que 39 % des Canadiens disent avoir reçu, au cours de leur vie, un diagnostic de trouble anxieux, de dépression ou d’un autre trouble de l’humeur. La dépression touche 32 % des répondants au cours de leur vie et le trouble anxieux 31 %. Les proportions sont plus élevées notamment chez les 25 à 34 ans, les femmes, les personnes ayant une déficience physique et celles présentant des signes de dépendance. Le rapport présente d’ailleurs plusieurs comparaisons entre femmes et hommes. Par exemple, pour les diagnostics de troubles de l’humeur, 45 % des femmes disent en avoir reçu un au cours de leur vie, contre 36 % des hommes.

Les préoccupations financières pèsent lourd. Le coût de la vie nuit à la santé mentale de 46 % des Canadiens; 37 % mentionnent la crainte de ne pas pouvoir payer leurs factures et 35 % les difficultés à accéder à un logement stable et abordable. Les événements politiques mondiaux affectent négativement 44 % des répondants et les changements climatiques 37 %.

Le rapport met aussi en évidence une situation particulièrement préoccupante chez les personnes présentant des signes de dépendance à l’alcool ou au cannabis. Environ les trois quarts ont reçu un diagnostic de trouble de l’humeur, et environ la moitié déclarent avoir eu des idées suicidaires au cours des 12 derniers mois. Plus du quart disent également avoir eu besoin de soutien sans pouvoir y accéder.

Il s’agit d’un sondage de Recherche en santé mentale Canada (RSMC), réalisé avec Pollara Strategic Insights, qui a assuré la collecte des données, du 27 juillet au 10 août 2026 auprès de 4 005 adultes au Canada. Pour plus de détails : https://static1.squarespace.com/static/5f9978fdff01872f76f38a09/t/6ab26984e6062e7040643d88/1790077316824/Sondage29_22092026_VersionSommaire_FINAL.pdf (Benoit Voyer, 30 septembre 2026)

RÉFLEXION SPIRITUELLE : Avancer en regardant l’horizon



Avancer en regardant l’horizon

Par Benoit Voyer

30 septembre 2026

Le temps avance. Il n’y a plus de temps à perdre. Ainsi en est-il dans la vie spirituelle. Il ne faut pas trop regarder en arrière. C’est vers l’avant qu’il faut aller. Il faut avancer en regardant l’horizon. L’étoile nous guide. Comme l’écrit le pape Léon XIV, dans Magnifica Humanitas, le Christ « ouvre à chacun de nous la voie vers la plénitude ».

PAPE LÉON : La vieillesse, cette bienheureuse fragilité

La vieillesse, cette bienheureuse fragilité

Par Benoit Voyer

30 septembre 2026

« N’ayez pas peur de la fragilité ! Cette faiblesse cache en elle-même un nouveau potentiel qui éclaire également les autres âges de la vie. En effet, lorsqu’elle est acceptée et reconnue, la fragilité ouvre le cœur au soutien mutuel et à l’invocation de Celui qui peut donner ce qu’aucun pouvoir humain n’est en mesure de garantir : la réconciliation profonde des cœurs et, avec elle, la paix véritable. »

Dans ces quelques phrases du message pour la Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, célébrée le 26 juillet, le pape Léon XIV invite chacun à porter un regard nouveau sur la vieillesse. Ces paroles résonnent particulièrement en cette Journée internationale des personnes âgées, célébrée le 1er octobre.

Le Saint-Père rappelait que l'âge qui avance peut devenir un véritable temps de grâce : « Il est de plus en plus fréquent de vieillir sans avoir eu une véritable expérience de la foi. Dans ce cas, l’âge avancé, à partir des questions que l’on se pose avec plus d’urgence à cette période de la vie, peut devenir le moment opportun pour commencer ou reprendre une vie spirituelle. »

Avec une grande délicatesse, il ajoutait : « C’est une prise de conscience qui aide à ne pas avoir honte de la fragilité qui se manifeste et aussi à comprendre que nous avons tous, toujours, besoin les uns des autres et que nous sommes tous en quête d’attention et de soins. À Dieu, qui se fait proche et que nous apprenons à reconnaître dans sa tendresse, nous pouvons désormais nous adresser avec une confiance filiale dans la prière. Il n’est jamais trop tard pour commencer à s’adresser à Lui. Cela peut être un grand don pour chacun. »

LE BONHEUR


LE PRÉSENT DU PASSÉ : « En boisson ce n’était plus papa… »

« En boisson ce n’était plus papa… »

Par Benoit Voyer


Jean-Marie Lapointe est le fils de Jean. Son enfance et sa vie ont été marquées par l’alcoolisme de son père, l’ex-Jérolas. L’animateur de l’émission « Écoute-moi » (TQS) et comédien du téléroman « Chambres en ville » (TVA) s’est confié à la revue.

« Je pense, au fond, que la foi c’est de croire dans une force, dans un être, dans une dimension supérieure à la sienne. C’est aussi le fait de croire qu’il y a quelque chose après son passage sur la terre, que nous ne sommes pas seuls. C’est une dimension importante de ma vie », dit-il.

Il raconte que son père, Jean Lapointe, est un homme qui a une grande foi et que cela a toujours été respecté dans le foyer familial.

Parler de l’alcoolisme de son paternel ne l’intéresse pas vraiment. L’homme de télévision avoue que le public en sait déjà beaucoup sur le sujet.

« À 5 ans, je savais que mon père était alcoolique, confesse le jeune homme. Il y avait rarement de la boisson sur la table, car papa buvait en cachette. Il ne voulait pas boire devant les enfants. Ma mère nous a couvés. Mais déjà à cette époque, l’alcool changeait des choses dans la famille. »

Il poursuit : « Quand papa arrivait à la maison en état d’ébriété, l’équilibre familial s’effondrait. J’avais vraiment l’impression qu’en boisson ce n’était plus papa. Maman le chicanait souvent. Il était souvent malade et ça lui faisait de la peine. »

Quand une famille est dysfonctionnelle à cause de l’alcool ou de la toxicomanie, il n’y a plus de famille. Jean-Marie Lapointe a découvert cette réalité en vieillissant.

« Si ton père ou ta mère qui a des problèmes d’alcool ou de drogue et qu’il continue de consommer et qu’il détruit sa vie, tu n’es pas obligé d’embarquer là-dedans. Si la personne coule, tu n’es pas obligé de couler avec elle. Tu peux lui lancer une bouée, la corde de la bouée, tu peux la tenir, mais tu n’es pas obligé de la nouer autour de ton cou et de couler avec elle. C’est ce que les enfants de parents alcooliques ont tendance à faire », explique Jean-Marie Lapointe.

Le jeune veut tellement aider ses parents à s’en sortir, mais dans les faits, il ne peut rien faire tant que l’alcoolique ou le toxicomane ne veut pas s’aider lui-même.

Jean-Marie Lapointe observe que les fins de semaines de thérapie qu’il a faites l’ont aidé à prendre conscience que les personnes sont libres de faire ce qu’elles veulent, de consommer ou non. Mais ceux qui l’entourent ne sont pas obligés de gâcher leur existence pour cela.

Il admet ne jamais avoir eu de problème de consommation comme son père. Toutefois, il confie avoir eu des difficultés à cause de sa façon de vivre l’alcoolisme de son père.

Il pense à voix haute : « Je ne sais pas pourquoi… C’est très vague… Je n’ai jamais bu, j’ai cependant goûté à l’alcool. J’en connais la saveur mais je n’aime pas ça ! Je n’ai pas de mérite de ne pas boire ou de ne pas prendre de drogue. J’ai un peu peur d’embarquer là-dedans, car je suis une personne excessive et j’ai beaucoup de trait en commun avec les alcooliques et les toxicomanes. »

Jean-Marie Lapointe avoue qu’il agirait sans doute comme son père si un jour il consommait de l’alcool ou de la drogue. Les difficultés vécues par son père lui servent de leçon de vie. Il a appris de ses erreurs. Plus jeune, le comédien avait de la misère à dissocier l’alcool et les problèmes d’alcoolisme.

« J’avais des amis avec qui je sortais la fin de semaine et qui prenaient un coup tout en s’amusant. Pour moi, c’était tous des alcooliques ! J’avais de la peine et de la difficulté à vivre avec ça. J’avais de la misère à les voir prendre un coup », ajoute Jean-Marie Lapointe.

Puisqu’il ne buvait guère de spiritueux avec ses amis parce qu’il voyait en eux l’ivrognerie de son père, il faisait le « taxi ».

Fondation Jean Lapointe
L’animateur du « Club des 100 watts » est vendu à la « Fondation Jean Lapointe » et au téléthon qui porte le nom de son père. Il a commencé à s’y impliquer à l’âge de 17 ans.

« Je me cherchais un emploi d’été, dit-il encore. Je suis allé frapper à la porte de l’œuvre et ils m’ont engagé. Je me suis impliqué auprès des résidants. Les personnes qui suivent une thérapie sont là pour une durée variant de trois semaines à un mois. Je faisais faire du sport aux bénéficiaires ainsi que de longues marches. »

Il explique que l’activité corporelle est importante pour l’alcoolique et le toxicomane. C’est souvent une belle source de plaisir.

« Durant l’été, je me suis attaché à ces gens qui ont une belle sensibilité et une grande générosité. Je me retrouvais en eux, ainsi que mon père et ceux que j’aime. J’y ai finalement travaillé trois étés en plus de m’y impliquer bénévolement. »

Il se souvient des fêtes de Noël qu’il a passées à la « Maison Jean Lapointe » avec son père pour y jouer de la musique, chanter, faire des blagues et amuser les résidants.

« Sur le coup, les gens ne le réalisent pas toujours, mais ça leur fait mal de ne pas être auprès de leur famille à Noël. Mais c’est tellement plus beau l’année d’après quand ils fêtent Noël dans la sobriété. Surtout pour leur famille », stipule le fils de Jean Lapointe.

Il se souvient des fêtes de Noël qu’il a passées à la « Maison Jean Lapointe » avec son père pour y jouer de la musique, chanter, faire des blagues et amuser les résidants.

Expériences religieuses
Le comédien se souvient de ses expériences religieuses vécues au collège comme des instants importants dans sa vie.

Il dit avoir eu le privilège de fréquenter l’école privée au primaire et au secondaire au Collège Notre-Dame situé en face de l’Oratoire St-Joseph sur le chemin de la Reine-Marie à Montréal.

Au collège, il entretenait de bons liens avec ses professeurs de religion et s’impliquait dans les activités de pastorale. Il se souvient plus particulièrement du groupe l’ACLE et des camps de fin de semaine.

Même si le cadre de l’institution des Frères de Ste-Croix a été rigide, il en garde un excellent souvenir. Pour ce qui est de sa pratique religieuse, il avoue aimer aller à l’église : « Cela m’apporte beaucoup quand j’y vais. Je me sens dans un lieu très sécurisant où je trouve la paix. Ce lieu favorise vraiment la communication avec Dieu. Le bien être que ça m’apporte, ce n’est pas palpable. »

Il conclut : « Quand je vais à l’église, c’est comme quand j’ai fait du parachutisme. Je ne peux pas expliquer en détail tout ce que je ressens, tout ce que mon corps, ma tête vivent comme émotions à ce moment-là. Il faut que tu te lances dans le vide au moins une fois dans ta vie pour comprendre. Une chose est assurée : je me sens mieux à 29 ans dans une église que je me sentais à 14 ans. Je comprends plus le sens de ce geste… »

Maison Jean Lapointe
111, rue Normand
Montréal, Qc, Canada
H2Y 2K6
(514) 288-2611


(Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, pp. 18-19)

29 septembre 2026


SANTÉ : La testostérone augmente légèrement les risques d’acné et de pilosité

La testostérone augmente légèrement les risques d’acné et de pilosité

Par Benoit Voyer

29 septembre 2026

Si la testostérone peut avoir certains effets bénéfiques sur le désir féminin, elle n’est pas sans conséquence.

Selon la revue des études publiée dans Le Médecin de famille canadien (dossier no 408), les femmes traitées présentent davantage d’effets secondaires que celles recevant un placebo.

L’acné apparaît chez environ 7,2 % des femmes utilisant la testostérone, comparativement à 5 % dans le groupe placebo. L’hirsutisme, soit une augmentation de la pilosité, touche environ 12 % des femmes traitées, contre 8 % chez celles recevant un placebo.

Les recommandations précisent également que le traitement doit être réévalué régulièrement. Si aucun bénéfice n’est constaté après six mois, il est recommandé de l’arrêter.

Ainsi, les experts invitent à éviter une vision simpliste du type « une hormone pour régler un problème complexe ». La testostérone peut être un outil thérapeutique dans certaines situations, mais elle ne constitue pas une réponse universelle au manque de désir.

JEAN-PAUL REGIMBAL : Pensée

 


FLASH : Jeunesse, J’écoute au cœur de la nuit

Jeunesse, J’écoute au cœur de la nuit

Pendant que tous dorment, l’équipe de Jeunesse, J’écoute répond aux appels de détresse des enfants et des adolescents, notamment par SMS. Au cours des six premiers mois de 2026, le nombre de textos a augmenté de 24 %. Le service d’écoute de l’organisme est disponible 24 heures sur 24 partout au Canada. Les services sont gratuits et confidentiels. Le 4 août 2026, le site de Radio-Canada expliquait qu’à Vancouver, la hausse est remarquable. Entre 20 h et 8 h. le nombre de conversations a augmenté de 46 % par rapport à l’année précédente. 2 817 échanges ont été enregistrés au cours des six premiers mois de 2026. (Benoit Voyer, 29 septembre 2026)

RÉFLEXION SPIRITUELLE : Le trio de la vie spirituelle

Le trio de la vie spirituelle

Par Benoit Voyer

29 septembre 2026

Il est fascinant de voir Jésus à l’œuvre. Sa démarche est révélatrice. Il prend l’initiative et se révèle. Puis, la personne découvre qu’elle est personnellement concernée par lui. Enfin, cette rencontre permet de voir avec des horizons nouveaux.

On voit notamment cette dynamique dans la rencontre de Nathanaël avec Jésus (cf. Jn 1, 47-50) et dans plusieurs récits des livres de la Bible.

Ce triple mouvement revient régulièrement chez les spécialistes de la vie chrétienne, notamment Jean-Paul Regimbal. Il en parle abondamment dans son document « Signes et témoins du royaume », paru en 1971.

D’abord « Dieu se manifeste »; il fait entrer l’humain dans une « expérience vécue du Dieu vivant ». En ce sens que le regard de Jésus précède la réponse de la foi. Avant même que la personne comprenne tout, Jésus la voit, la connaît et l'appelle. La foi peut alors commencer par cette découverte bouleversante : Dieu me connaît personnellement. Je ne suis pas simplement quelqu’un dans la foule; son regard m’atteint. Être connu par lui n'est pas le terme de la rencontre, mais le commencement d'un chemin.

Puis, cette expérience devient une « prise de conscience en profondeur du Christ ressuscité », [une] découverte expérimentale et existentielle de Jésus ressuscité comme Seigneur et sauveur » jusqu’à devenir une « relation intime et personnelle avec le Fils de Dieu fait homme ».

Enfin, la découverte « s’épanouit progressivement ». Elle produit une « compréhension plus profonde des réalités de la foi » et conduit à ce « commerce admirable avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit ».

Quelques années plus tard, Regimbal parlera en d’autres mots de ces trois mouvements : « La conversion chrétienne repose essentiellement sur la découverte de QUELQU'UN vers qui on se retourne. C'est la découverte de l'AUTRE avec qui on établit des rapports de personne à personne, et cet AUTRE c'est DIEU. »

Et il ajoutait : « Au lieu de se situer soi-même au sein de contingences bio-psycho-socio-culturelles, le converti se situe par rapport à une PERSONNE, qui est un absolu et dont dépend un plan universel de salut au sein duquel on a sa place précise ; une personne qui propose des valeurs nouvelles ; valeurs qui exigeront, par voie de conséquence, un comportement nouveau. »

Un jour, Alain Massé me racontait sa « rencontre de Dieu ». On y retrouve, en d’autres termes, le mouvement trinitaire.

Avant 1988, la personne de Jésus est déjà pour lui « une personne importante et intéressante ». Déjà dans sa petite enfance, à l’église, il percevait une présence qu’il ne savait pas encore définir.

Au fil des ans, quelque chose finit par lui manquer. La seule connaissance de Jésus ne lui suffit pas. Il me disait : « Je cherchais... Je le désirais ! Je voulais voir Jésus ! Je voulais le connaître intimement. » Il y avait donc chez lui un désir.

En 1988, tout bascule. Dès son arrivée à la maison de ressourcement spirituel des Trinitaires, à Granby, il dit retrouver en ce lieu cette présence ressentie durant sa jeunesse, une présente “tellement pacifiante”».

Durant l'adoration du Saint-Sacrement, il vit une expérience spirituelle particulière : « Cette journée-là, en regardant l'hostie dans l'ostensoir, je vois comme une lumière vive jaillir d'elle. Après quelques instants, je ne suis plus capable de garder mes yeux ouverts. Je pleure... C'est plus fort que moi ! Le Jésus que je désirais tant est là ! »

Ici, on parle bien entendu d’une expérience christique, voire mystique. La lumière qu’Alain Massé voit répond à sa quête, à son désir.

À partir de ce jour, il ne pourra plus se taire. On ne peut pas garder pour soi une telle révélation. Il devient un « témoin de la lumière ». Il ne fait pas qu’en parler. En parallèle à son boulot en comptabilité, il s’implique concrètement dans de nombreuses œuvres.

SAINTS ET SAINTES : Thérèse de l’Enfant-Jésus

Thérèse dans l'église catholique de Sainte-Julienne, dans Lanaudière
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Par Benoit Voyer

29 septembre 2026

Le véritable nom de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus est Marie-Françoise-Thérèse Martin, la fille de Zélie et Louis Martin décédés, comme leur fille, en odeur de sainteté. Thérèse est également connue sous le vocable de Thérèse de Lisieux, ville où elle a passé sa vie. Trois noms pour désigner une même personne. Il y a de quoi s'y perdre quand on ne connaît pas cette sainte carmélite qui est la plus invoquée dans les prières des croyants autour du globe.

En 1996, Sœur Marie Langevin, du Carmel de Trois-Rivières, me disait que « Thérèse était pleinement femme […] Elle a développé à plein ses facultés de tendresse - un peu comme une fiancée - et de délicatesse. Elle nous montre comment aimer. »[1]

Elle m’expliquait que son Acte d'offrande à l'Amour miséricordieux en est la preuve : « … Je veux travailler pour votre seul Amour, dans l'unique but de vous faire plaisir, de consoler votre cœur sacré et de sauver des âmes qui vous aimeront éternellement... afin de vivre dans un acte de parfait amour, je m'offre comme holocauste à votre amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer sans cesse, laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous et qu'aussi je devienne martyre de votre Amour, ô mon Dieu ».

Sa mémoire liturgique est célébrée le 1er octobre.

____________________

[1] Benoit Voyer. « Un centenaire aux Carmels », Revue Sainte Anne, septembre 1996, p. 344 https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/11/cetait-le-present-du-passe-un.html

EN LIBERTÉ: Qui est le vénérable Alfred Pampalon? (30 septembre)


LE PRÉSENT DU PASSÉ : Débranchez les bidules !

Débranchez les bidules !

Par Benoit Voyer


Les télécommunications ne cessent de se développer. Depuis 10 ans, 27 millions d’individus se sont procuré un téléphone cellulaire. Les prix de ces appareils ont chuté de 90%. Ils coûtaient de 3000$ à 5000$. Actuellement, il est possible d’en acheter un pour 300$. Bientôt, il n’y aura plus qu’un seul numéro de téléphone pour rejoindre un abonné qu’importe où il se trouve dans le monde.

Le réseau Internet a donné la chance aux utilisateurs de partout autour du globe de suivre le référendum québécois sur la souveraineté en même temps que moi qui étais accroché à mon téléviseur. De plus, grâce à ce service, il est possible de visiter des bibliothèques et des musées situés à des milliers de kilomètres de chez nous en pitonnant certaines touches du clavier.

Dans quelques années, des services de traduction simultanée permettront de téléphoner dans n’importe quel pays de la planète sans avoir l’effort d’apprendre la langue de mon interlocuteur.

Le vidéophone procurera le plaisir de voir ma p’tite famille au bout du fil lors de voyages à l’étranger. Les ambulanciers pourront transmettre les signes vitaux d’un malade vers l’hôpital pendant son transport.

Un gadget suivant l’itinéraire de mon bambin dans le quartier où j’habite évitera bien des tracas. Et que dire de l’autre bidule qui s’installera dans mon automobile et qui me permettra de suivre seconde après seconde l’évolution de la circulation.

Actuellement, il est possible d’acheter des billets d’avion sans se rendre chez un agent de voyage, de faire des transactions bancaires sans l’aide d’un représentant de mon institution financière, de magasiner en demeurant confortablement « évaché » dans le confort du nid familial et d’envoyer des lettres instantanément par télécopieur. C’est incroyable!

L’avancement de la technologie des télécommunications est extraordinaire. Notre civilisation a de plus en plus de moyens de communiquer, d’échanger, de se dire...

Une ombre surgit. Les forces que nous mettons à améliorer nos moyens d’entrer en relation avec les autres par des centaines et des centaines de gadgets nous font oublier les règles élémentaires de la communication.

Il y a trop d’interférences et plus assez de chaleur humaine. Le cœur de l’homme et de la femme n’a pas besoin de belles paroles électroniques. Il réclame un peu de présence, d’intimité et de proximité. Il a besoin d’être écouté au-delà des blablabla du moment. Il veut être accueilli et aimé simplement tel qu’il est, malgré ses faiblesses.

Les ordinateurs, la téléphonie et la multitude des services médiatiques ne pourront guère remplacer une personne. Nous avons été créés pour des rapports intimes, des proximités. « Je pourrais parler toutes les langues de la terre, si je n’ai pas l’amour je ne suis rien », disait saint Paul. Aimer et être aimé sont des valeurs essentielles, voire existentielles chez les humains.

Parfois, il faut débrancher ces « bidules électroniques » pour enfin se retrouver auprès de ceux que nous aimons, pour pouvoir se mirer dans le regard de l’autre et se laisser parler par les gestes du quotidien et l’amour que nous portons.

La technologie des médias est une bonne chose! Il faut cependant l’utiliser avec modération et ne pas oublier l’essentiel. En ce temps du carême, changeons des attitudes!

(Revue Notre-Dame du Cap, mars 1996, p. 3)

28 septembre 2026


AUJOURD'HUI : Un ministère de la Santé mentale ?


SEXUALITÉ : Une médecin dénonce la réduction du désir féminin à une question hormonale

Une médecin dénonce la réduction du désir féminin à une question hormonale

Par Benoit Voyer

28 septembre 2026

C’était il y a quelques mois, mais le sujet demeure d’intérêt.

Dans une chronique publiée le 3 avril 2026 dans les pages de La Presse, Géraldine Lachance-Fortin, une médecin de famille, remet en question l’idée que la baisse du désir féminin puisse être principalement expliquée par un manque de testostérone.

Elle écrivait : « Avons-nous atteint, comme société, un niveau de simplisme tel que l’on accepte l’idée qu’un concept aussi complexe et fascinant que le désir sexuel féminin peut être réduit à un taux de testostérone? »

Tout en reconnaissant la souffrance réelle des femmes vivant un trouble du désir sexuel hypoactif, elle estimait que la médecine ne doit pas faire oublier les dimensions psychologiques, conjugales et sociales du désir.

À ses yeux, la question dépasse largement la biologie. Elle évoque notamment la charge mentale, les inégalités dans le couple, la pression liée à l’apparence physique et le manque d’espace personnel.

Elle questionnait : « Se pourrait-il que l’espace mental des femmes ait été à ce point colonisé par les désirs des autres qu’il n’y reste pas la moindre parcelle libre pour y cultiver leur propre désir et leur créativité? »

FRÉDÉRIC JANSSOONE : Pensée


FLASH : Un ministre en santé mentale

Un ministre en santé mentale

Afin de mieux coordonner les actions du gouvernement du Québec et, à long terme, de maintenir la santé mentale au sommet des priorités, l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ) demande aux prochains dirigeants de la province qui seront élus le 5 octobre de créer un ministère de la Santé mentale.

L’AMPQ souhaite aussi qu’il y ait davantage de solutions de rechange à l’hospitalisation, un meilleur soutien aux travailleurs de la santé et qu’on utilise davantage la télémédecine. Dans un article de La Presse canadienne paru sur le site de CBC News, le 5 août 2026, l’Association dit que les besoins en santé mentale augmentent alors que l’accès aux soins demeure difficile. Les hospitalisations pour idées suicidaires chez les filles de 10 à 14 ans auraient triplé entre 2010 et 2023. (Benoit Voyer, 28 septembre 2026)

RÉFLEXION SPIRITUELLE : Monter en descendant

Monter en descendant

Par Benoit Voyer

28 septembre 2026

Habituellement, lorsqu’on veut progresser, on monte. On gravit des échelons. On veut devenir meilleur, plus fort, plus compétent.

Dans notre manière de vivre notre relation à Dieu, on s’imagine une ascension similaire, un peu à la manière de sainte Thérèse d’Avila avec la théorie des Sept demeures ou des Sept ciels.

De son côté, Christian Beaulieu a toujours eu une manière étonnante de parler de la vie spirituelle. Dans ses ouvrages et ses conférences, il parlait souvent de cette image d’une montée en descendant, en d’autres mots, pour rencontrer Dieu, il faut descendre en soi. Il se cache dans les coins cachés de notre cœur.

Un jour, il me disait : « Il y a une force dans ma fragilité. Il y a une puissance dans mon impuissance. Étant donné que je vis avec des gens très souffrants, je suis toujours confronté à affronter mon impuissance. Il faut que je sache me réfugier dans le cœur de Dieu ou je vais retrouver la paix, la sérénité, la confiance et où je vais m’abandonner. L’abandon n’est vraiment pas naturel pour moi. Je vais facilement parler de lâcher-prise dans les conférences, mais si j’en parle autant que ça c’est parce que c’est chaque jour que je dois aller rechercher personnellement ce lâcher-prise et faire un combat intérieur pour arriver à l’abandon »
(Revue Sainte Anne, juillet 1999, page 295).

L’image est forte. Pour toucher la grandeur du cœur de Dieu, il faut descendre jusqu’à sa propre petitesse, entrer en contact avec ses fragilités et ses faiblesses.

Repli sur soi? Nombrilisme? Au contraire, Christian Beaulieu reste une personne tournée vers les autres, notamment les personnes marginalisées. Sa rencontre avec les autres est la rencontre de deux fragilités.

Ces dernières heures, il m’est également revenu en mémoire le souvenir de sœur Marie-Reine Beaudry, la fondatrice, avec un groupe de personnes vulnérables de Granby, du Partage Notre-Dame.

Un jour, elle me disait : L'essentiel, tout en leur donnant à manger, est « de leur apprendre qui ils sont, leur faire prendre conscience de l'importance de leur participation à l'élaboration de dem
ain » (Revue Sainte Anne, juin 1999, page 247). Cette vision des choses nous dit que la personne pauvre n'est plus seulement celle qui reçoit. Elle a quelque chose à donner. Elle n'est pas uniquement quelqu'un dont nous devons nous occuper. Elle est quelqu'un dont nous avons besoin pour construire demain. Autrement dit : elle compte.

Ça me fait penser à cette vieille histoire : « En ce temps-là, une discussion survint entre les disciples pour savoir qui, parmi eux, était le plus grand. Mais Jésus, sachant quelle discussion occupait leur cœur, prit un enfant, le plaça à côté de lui et leur dit : « Celui qui accueille en mon nom cet enfant, il m’accueille, moi. Et celui qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé. En effet, le plus petit d’entre vous tous, c’est celui-là qui est grand. » (cf. Lc 9, 46-50). Voilà, tout est dit.

Jésus ne demande pas seulement à ses disciples d'accepter leur propre petitesse. Il leur demande d'accueillir le petit.

La grandeur selon Dieu ne consiste pas à monter plus haut que les autres. Elle commence lorsque j'accepte de descendre vers ma fragilité. Elle grandit lorsque je mets ce que je suis au service des autres. Elle devient accueil lorsque je reconnais la dignité de celui que notre société considère comme petit. Et elle devient encore plus grande lorsque j'accepte que Dieu puisse aussi agir chez celui qui ne marche pas exactement avec moi. Nous ne deviendrons grand qu’en nous faisant petits.

SAINTS ET SAINTES : La vénérable Délia Tétreault

La vénérable Délia Tétreault

Par Benoit Voyer

28 septembre 2025

Elle s’appelle Délia. C’est une petite jumelle née le 4 février 1865, à Marieville, dans l’actuelle région de la Montérégie. Son père est cultivateur. Dans l’ordre des choses, elle est la 6ᵉ de la famille. Son jumeau ne vivra que 7 mois.

Elle n’a pas encore 3 ans lorsque sa mère décède. Elle est adoptée par Jean Alix et sa conjointe Julie, son oncle et sa tante, et, du même coup, son parrain et sa marraine.

La gamine aime se réfugier dans le grenier de la maison. Elle y a déniché une pile des Annales de la Propagation de la foi et de la Sainte-Enfance. Elle parcourt ces feuilles de chou pieuses. Elle est transportée dans ses rêves devant ce qu’elle voit.

Délia est de nature fragile. Toute sa vie, elle gardera sa constitution délicate. Sa petite santé sera pour elle toute une épreuve lors de ses études.

À Montréal, pendant une dizaine d’années, elle travaille à l’œuvre du père Almire Pichon, un jésuite, auprès des démunis. Bénévolement, elle visite les malades et fait la catéchèse aux marginaux.

En 1883, elle se sent appelée à fonder une communauté religieuse destinée aux missions dans les terres étrangères. Ainsi, elle fonde, en 1902, une première école de formation, qui donnerai naissance à la congrégation des Sœurs missionnaires de l’Immaculée-Conception. En communauté, elle prend le nom de « Marie du Saint-Esprit ». Avec ses sœurs, elle lance la revue « Le Précurseur » dans laquelle on raconte les œuvres des religieuses autour du globe.

En 1933, elle tombe malade. Pendant huit ans, elle vit paralysée.

Son âme quitte son corps le 1ᵉʳ octobre 1941.

Le 18 décembre 1997, le pape Jean-Paul II la déclare vénérable.

AU FIL DE L'HISTOIRE: Fête du 750e anniversaire des Trinitaires (30 septembre 1963)


LE PRÉSENT DU PASSÉ : Un diable d'ange ce démon !

Un diable d’ange ce démon !

Le clergé catholique et les théologiens contemporains parlent peu du diable. Ceux qui le font croient au mythe, tandis que d’autres voient celui-ci partout. Quelle est la pensée officielle de l’Église sur ce sujet?

Par Benoit Voyer

« Le mal qui est dans le monde est l’occasion et l’effet d’une intervention, en nous-mêmes et dans notre société, d’un obscur agent ennemi, le démon. Le mal n’est pas seulement une déficience, mais un être vivant, spirituel, perverti et pervertisseur », disait le pape Paul VI lors de l’audience générale du 15 novembre 1972.

Depuis le quatrième concile de Latran, en 1215, le Vatican n’a jamais changé d’orientation. Sa croyance aux forces obscures du mal était même réaffirmée dans le renouvellement du Catéchisme paru en 1993.

« Un gros être méchant avec des fourches, raconte l’abbé Fernand Laroche du diocèse de Chicoutimi, je pense que ce n’est pas comme cela qu’il faut le voir. »

Le père Benoît Lacroix, un dominicain qui a longtemps enseigné la théologie à l’Université de Montréal, affirme croire que le mal existe vraiment. Pour lui, il arrive qu’à certains moments les humains ne sont point capables de se dominer comme ce fut le cas au Rwanda, il y a quelques mois, ou en Bosnie, actuellement.

« Si nous sommes croyants, et c’est mon cas, nous sommes prêts à l’identifier, mais pas à la manière des images avec des ailes, des pattes et des cornes », spécifie-t-il.

L’identité importe peu. L’humain a voulu le nommer parce que c’est sa tendance normale de vouloir savoir de ce qu’il parle. « Quand je nomme quelqu’un, je le possède. C’est une façon de prendre une réalité et chercher à lui donner un pouvoir. Quand je donne un nom à quelqu’un ou quelque chose, ça ne veut pas nécessairement dire que je le connaisse, mais plutôt que je sais qui il est », explique le père Lacroix.

Ce que la croyance demande aux chrétiens même si l’Église n’a jamais proclamé de dogme sur l’existence du diable, c’est de ne pas laisser tomber cette idée qu’il y aurait un ange qui aurait mal tourné en tenant tête à Dieu. Celui-ci est un être ayant un pouvoir spirituel, invisible.

« N’allons pas plus loin, poursuit Benoît Lacroix, de dire que le diable est quelque chose de spirituel, d’inaccessible dans un sens, et de très puissant qui peut s’insinuer dans l’humanité à titre de force spirituelle négative ». Croire c’est délimiter un certain territoire, chercher une certaine certitude.

« La valeur d’une religion, dit le dominicain montréalais, c’est de me donner le sens du mystère. Lorsqu’elle me donne des réponses trop certaines, trop exclusives, à ce moment-là elle joue un rôle qui n’est pas nécessairement le sien ».

Pour comprendre le pouvoir du mal, il faut accepter qu’il y ait un mystère, une énigme du mal telle que la souffrance, la mort, etc.

La société contemporaine cherche à se débarrasser du matérialisme et de la technique pour revenir aux mystères et aux légendes.

Le diable dans la Bible
Les spécialistes de la Bible ont fait de longues enquêtes afin de trouver la personnalité du maître des ténèbres. L’Évangile parle de la possibilité d’une présence diabolique dans l’homme. C’est ce que rappellent les évêques de Toscane dans une lettre pastorale écrite en 1994. Cette lettre portait sur la magie et la démonologie. Ils rappellent que Satan peut exercer une influence dans la vie de l’homme : « Satan est en mesure d’interférer dans la vie d’un homme par une action ordinaire, en tentant l’homme pour qu’il commette le mal (Jésus lui-même a accepté d’être tenté), et cela concerne tous les fidèles. »

Pour sa part, Jésus s’emploie dans les Évangiles à guérir tout ce qui risque de détruire l’homme. Ses interventions visent à rétablir l’harmonie humaine et spirituelle. Marie-Michèle Bourrat et Anne Soupa signalent dans un livre qui a pour titre « Faut-il croire au diable » que les tentations de Jésus au désert nous indiquent que Satan est vu comme « le tentateur qui veut faire oublier à Jésus que l’homme est lié à Dieu. »

Ces auteures concluent le récit des tentations en affirmant que « le tentateur ne peut offrir à l’homme que la solitude, l’envie et la jalousie. » Il est cependant important de constater que Jésus ne cède pas à la tentation contrairement à l’aventure vécue par Adam et Ève. Les Évangiles nous disent que le diable n’a plus le dernier mot à la suite de la victoire de Jésus.

Il y a aussi dans les Évangiles les cas de possessions. Jésus ne nie pas la possession. Il va au-delà des apparences pour voir la personne atteinte par un mal mystérieux. Les auteures du livre « Faut-il croire au diable » écrivent quelque chose d’intéressant : « Jésus devient la force qui manque au possédé. Son action montre que la libération du mal dépend de l’aide d’un autre. Devant la souffrance causée par le mal, Jésus fait face et se montre fraternel. Il démontre ainsi que le combat contre le mal est l’affaire de Dieu lui-même. » Voilà qui est rassurant!

Exorcismes
Selon le Droit canon, seul un individu délégué par un évêque peut exercer l’exorcisme solennel pour chasser les démons. Lors de la préparation de ces lignes, le frère Guy Giroux s.c.c., un prêtre de la région de Sherbrooke, disait avoir dû cesser cette pratique à la suite d’une rencontre avec Mgr Jean-Marie Fortier parce qu’il n’avait pas de mandat officiel de l’évêque.

De son côté, Mgr Fortier a tenu à préciser lors d’un entretien au téléphone qu’il faut être très prudent et bien regarder les enjeux psychologiques et médicaux chez le sujet avant de faire la chasse à la sorcière. Ceci n’était guère respecté par le frère Giroux.

L’archevêché de Montréal, de son côté, a refusé d’accorder un entretien sur ce thème, prétextant que parler de ce sujet ne ferait qu’inquiéter inutilement le public.

Le diocèse de Chicoutimi, à la demande de Mgr Jean-Guy Couture, a transféré l’appel téléphonique de la Revue à l’abbé Fernand Laroche qui nous a dit ceci :

« Écoutez, il y a eu quelques cas dans le diocèse. Est-ce qu’on peut parler d’exorcismes comme tel? Peut-être! » L’abbé Laroche se rappelle de deux cas :

« Au seul nom de Jésus et à la vue de la croix, une personne se mettait en transe, bavait et hurlait comme dans les films d’horreur. »

Il raconte : « On a été pris au dépourvu car il s’agissait d’une femme équilibrée. Qu’est-ce qui s’est passé? Je ne sais pas! Notre prière l’a calmée. Ça ne s’est plus reproduit après. Peut-on appeler ça un exorcisme? Je crois plutôt qu’il s’agissait d’un ministère de délivrance ou d’une prière d’intercession pour la pacification... ».

Dans une autre situation, il se souvient d’une jeune femme de passage qui lui était référée. Il aurait aimé poursuivre l’analyse de ce cas plutôt problématique. Cette jolie fille, de noir vêtue de la tête aux pieds, s’était assise volontairement dans le bureau du prêtre le dos tourné au crucifix en lui disant : « Lui je ne peux pas le regarder! » Lorsqu’elle voyait Jésus en croix, ses yeux venaient à l’envers et elle rageait.

« Celle-ci aurait demandé de nombreuses rencontres de discernement. Vous savez, il faut être très délicat. Il nous faut regarder entièrement l’aspect humain et psychologique, et situer son cheminement de foi chrétienne avant de procéder à un exorcisme », dit Fernand Laroche.

Dans sa proposition de démarche spirituelle, il invite à une fréquentation plus active des sacrements du Pardon et de l’Eucharistie. Sa seule référence c’est le Christ qui a vaincu le mal et qui a donné sa vie.

« Il faut mettre l’accent sur la victoire de Jésus et quand on regarde en entier l’enseignement de la théologie et des textes bibliques, nous nous apercevons que Jésus est venu écraser les forces du mal. C’est lui le plus fort! » insiste l’abbé Fernand Laroche.

Il reprend ainsi, sans véritablement le savoir, le cardinal Joseph Ratzinger, le préfet de la Sacrée congrégation pour la doctrine de la foi, qui affirmait au journaliste Vittorio Messori : « Unis à Jésus, nous avons la certitude de vaincre Satan. C’est le Christ, le “Dieu proche”, qui a force et volonté pour nous libérer : c’est pourquoi l’évangile est vraiment une Bonne nouvelle ».

« Ce chapitre sur le démon et l’influence qu’il peut exercer, en voilà des éléments importants de la doctrine catholique qu’il faudrait réétudier, alors qu’aujourd’hui on l’étudie trop peu », disait le Pape Paul VI. 

(Revue Notre-Dame du Cap, septembre 1995, pp. 10 à 12)

27 septembre 2026


 

POLITIQUE : Quelques secrets sur le premier ministre Pierre Elliott-Trudeau

Quelques secrets sur le premier ministre Pierre Elliott-Trudeau

Par Benoit Voyer

27 septembre 2026

Que l’on soit ou non en accord avec ses idées politiques, le premier ministre Pierre Elliott-Trudeau était un intellectuel brillant qui aimait les joutes oratoires.

L’homme politique, né en 1919, a considérablement marqué la vie politique canadienne, notamment comme premier ministre, fonction qu'il a exercée de 1968 à 1984 presque sans interruption.

« Toute sa vie, Trudeau défendit sa vision du Canada comme une fédération forte et unie, fondée sur les droits individuels. Son discours sur le Canada et la société juste inspira toute une génération », peut-on lire sur une plaque gouvernementale devant son mausolée, à Napierville.

À titre de premier ministre canadien, en 1969, Pierre Trudeau touche 25 000 $ et passera à 33 300 $ de 1974 à 1978. En 1980, de retour à la tête du pays, il augmentera son salaire à 45 900 $.[1]

Peu de gens s’en souviennent. Pierre Elliott-Trudeau était catholique. C’est ce que révélait en 2005 William Heward Grafftey, ex-ministre des Sciences et de la Technologie sous le gouvernement de Joe Clark, en 1979, et ex-député fédéral de Brome-Missisquoi, au Québec, un ami intime de l’ancien premier ministre du Canada. Il disait : « Pierre était croyant. Sa foi était solide et c'était un fervent catholique. Il se rendait souvent à la chapelle des Franciscains, boulevard René-Lévesque, près de l'avenue Atwater », à Montréal.[2]

Le 15 septembre 1972, à l’occasion de l’élection canadienne du 30 octobre 1972, il participe à un grand rassemblement au Palais des sports [3], à Granby.

Ce jour-là, il s’arrête, avec Louis-Paul Neveu, son candidat dans la circonscription de Shefford, à la Maison Regina Mundi, le centre de retraites spirituelles des Trinitaires. L’arrêt ne figure pas sur l’itinéraire officiel [4]. Ils rencontrent les membres de l’Ordre religieux et les personnes qui y travaillent. Le père Jean-Paul Regimbal est de ce nombre [5]. Pierre Elliott-Trudeau profite de ce répit dans sa longue campagne électorale pour se recueillir dans la chapelle.

Il est décédé à Montréal, le 28 septembre 2000. Il repose à Saint-Rémi de Napierville, en Montérégie.

____________________

[1] Benoit Voyer. “Le salaire de nos élus”, Huffington Post Québec, 31 janvier 2016. www.huffpost.com/archive/qc/entry/le-salaire-de-nos-elus_b_9082734
[2] Benoit Voyer. “Nouvelles de chez nous”, Revue Sainte-Anne, mars 2005, pp. 108 à 110.
[3] Jacques Fleury. « Les autres partis ne pourront faire mieux – Trudeau », Voix de l’Est, 16 septembre 1972, p. 1.
[4] La visite de Pierre Elliott-Trudeau, à Granby, est prévue vers 18 h 30 Il arrive par la rue Montagne (aujourd’hui la rue Mountain) en direction de la rue Principale. Tout porte à croire que le cortège bifurque par le chemin Robitaille afin de faire un arrêt chez les Trinitaires, loin de la foule. Le premier ministre est attendu au Palais des sports vers 19 h 15 et doit repartir 60 minutes plus tard en direction de l’aéroport de Bromont où son avion l’attend pour se rendre à Shearwater, dans les Maritimes. Cf. Jacques Fleury. « Tout est prêt pour Trudeau », La Voix de l’Est, 15 septembre 1972, p. 3.
[5] Est-ce que Jean-Paul Regimbal et le premier ministre ont eu des échanges particuliers ? Jusqu’à maintenant la recherche n’indique rien à ce sujet.

JEAN-PAUL REGIMBAL - Pensée


FLASH : ÉCHINOPS au service de la santé mentale

ÉCHINOPS au service de la santé mentale

À Montréal, en 2018, afin de rapprocher les soins en santé mentale des personnes qui, bien souvent, restent à l’écart du système, une escouade formée de policiers, d’infirmiers spécialisés en psychiatrie et de psychiatres a été créée : ÉCHINOPS. L’idée est de faire travailler ensemble policiers et professionnels de la psychiatrie dans les milieux où vivent les personnes malades qui refusent pour la plupart des soins.

La Presse du 9 août 2026, nous apprend que les interventions que l’escouade réalise permettent, notamment, de traiter certaines situations autrement qu’en multipliant les transports vers l’urgence et ce, trop souvent, par la force.

L’équipe intervient habituellement lorsque les appels aux policiers s’additionnent autour d’une même personne. Sur place, les intervenants peuvent évaluer la situation, proposer un suivi, ajuster la prise en charge ou, dans certains cas, recommander le recours à une ordonnance judiciaire. (Benoit Voyer, 27 septembre 2026)

RÉFLEXION SPIRITUELLE : Le paradis aux putains

Le paradis aux putains

Par Benoit Voyer

27 septembre 2026

Seigneur,

Tu as raison de dire que les prostituées, les bandits et les pires indisciplinés de notre monde entreront avant moi dans ton Royaume. Leurs âmes sont ouvertes à ta grâce.

Je t’ai dit tant de fois : « Oui, Seigneur, me voici! » et je ne suis pas allé à la vigne pour te rencontrer et travailler à l’avènement de ton règne d’amour, de justice et de paix. Eux, ils te disent « non! », mais au détour, ils acceptent de se laisser séduire par toi.

Je te demande la grâce de te chercher de tout mon cœur afin de trouver ma joie en toi pour que mes « oui » soient vrais.[1]

____________________

[1] Benoit Voyer. Je prie comme je peux – Les prières d’un pauvre de cœur, Éditions Sainte Anne, 2004

SAINTS ET SAINTES : Le vénérable Alfred Pampalon

Le vénérable Alfred Pampalon

Par Benoit Voyer

27 septembre 2026

À Lévis, le 24 novembre 1867, naît Alfred Pampalon. Il est le fils d’Antoine Pampalon (1823-1891) et Josephte Dorion (1828-1873).

À l’âge de 17 ans, il contracte une maladie pulmonaire.

Confiant en la bonne sainte Anne, il se rend prier la grand-mère de Jésus selon la tradition chrétienne, dans le petit sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, sur la rive nord du Saint-Laurent, juste en face de l’île d’Orléans. S’il guérit, il promet de devenir prêtre rédemptoriste, une communauté religieuse masculine alors absente au Québec. En 1886, il s’embarque pour la Belgique. Il sera ordonné le 4 octobre 1892.

À Mons, en Belgique, il enseigne le catéchisme et visite les personnes malades.

En parlant de sainte Anne, il disait un jour : « J’ai promis à ma Bonne Mère de devenir un saint! Et ma confiance en elle me le fait espérer! ».

En 1895, atteint de la tuberculose, Alfred revient au Canada et intègre sa communauté religieuse à Sainte-Anne-de-Beaupré.

Le 30 septembre 1896, après avoir chanté le « Magnificat », il fixe les yeux au ciel, comme s’il avait une vision, et passe sur l’autre rive de l’existence.

Il repose dans la crypte de la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, près de la chapelle du Très Saint-Sacrement.

Alfred Pampalon a été déclaré vénérable le 14 mai 1991.

Lieu de sépulture du vénérable Alfred Pampalon au Sanctuaire Sainte-Anne-de-Beaupré

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Les Franciscains de l'emmanuel - Un retour à l'essentiel

Les Franciscains de l’Emmanuel


Un retour à l’essentiel

Par Benoit Voyer


Pas de micro-ondes, pas de lave-vaisselle, pas de lits conventionnels pour dormir; les deux maisonnettes des Franciscains de l’Emmanuel, situées au 1864, rang Carey, à Roxton Pond en Estrie, sont sobres et modestes. La richesse des frères vient de Dieu et elle les fait vivre intensément.

Une grande paix se dégage des frères. Une paix qui dérange et qui ramène à l’essentiel. Il y a dans leurs yeux, une flamme tendre et compatissante qui vivifie. Il y a chez eux quelque chose de différent qui invite à revenir sans cesse à leur rencontre. Quand saint François d’Assise parle de « frères universels », ça doit ressembler à cela.

Les lieux sont simples. « Nous fixons notre seuil de richesse maximum, dit le frère Denis Lévesque le supérieur et le fondateur de la communauté, à ce qu’un prestataire de l’aide sociale peut recevoir pour vivre. Ici, ce que nous possédons est régulièrement évalué. Nous avons acquis dernièrement un réfrigérateur. Nous nous sommes interrogés car nous pouvions transformer un coin de notre cave afin d’en faire une chambre froide. Finalement ce projet s’avérait trop coûteux et nous avons décidé d’acheter le réfrigérateur. »

Frère François
François est né dans une famille modeste résidant dans le quartier Pointe-aux-Trembles à Montréal. Pendant son adolescence, François est amateur de musique « heavy » et il fume de la marijuana. Il devient petit à petit un marginal. À l’âge de 18 ans, il quête sur la rue Sainte-Catherine. « Je ne voulais rien savoir de la société, précise François Garon. Donc, pour être honnête avec mon choix, je ne recevais aucun chèque d’aide sociale et aucun chômage. » Comme plusieurs jeunes de cette génération, François voulait changer le monde.

Cette envie lui fit vivre plusieurs déceptions. « Un jour, ajoute-t-il, un de mes amis a donné sa vie à Dieu et je me suis senti interpellé par l’Évangile. Ce gars, sans le savoir, a ouvert une porte dans mon cœur. »

Toutefois, François ne choisit pas cette voie. Il se met à chercher un sens à la vie et il décide de partir vers le Pérou afin de devenir ermite à la manière de Lanza Del Vasto.

En route, à Los Angeles, il rencontre les « moonistes », un groupe sectaire et marginal, qui le fait changer d’orientation. Il demeure avec eux trois ans. Il visite plusieurs villes américaines pour diffuser le message de Moon. « Ce que j’aimais dans ce groupe, témoigne François, c’était la rencontre de la réalité humaine. Cela m’a ouvert les yeux sur la souffrance. »

Lors d’une visite à Détroit, il décide de quitter ses amis « moonistes » pour se reprendre en main. « Je me disais intérieurement, si Dieu existe, il doit être miséricordieux. Donc, le discours de la secte ne correspondait plus avec cette réalité. »

De retour à Montréal, il se trouve un emploi chez Radio Shack. Il poursuit sa réflexion : « L’Église, qu’est-ce que j’en fais? Quelque chose à l’intérieur de moi me disait que je trouverais la vérité dans le catholicisme. » Cela se passait en 1985.

Après quelques mois de cheminement, il laisse son travail et il entre dans la communauté des Franciscains de l’Emmanuel, nouvellement fondée. « En communauté, tient-il à préciser, j’ai dû apprendre à mesurer parce que j’étais un gars qui n’avait guère de demi-mesure. J’ai dû apprendre à penser à long terme. Avec la Fraternité, j’ai découvert la prière et la force de la pauvreté intérieure. »

Frère Denis
Denis Lévesque est originaire de l’Abitibi. Ses parents sont des catholiques pratiquants. Il est séduit à l’âge de douze ans par la vie de saint François d’Assise. C’est le visionnement du film « François et le chemin du soleil » qui est à l’origine de ce bouleversement.

Devenu adulte, il fait des stages chez les Franciscains et chez les Oblats de la Vierge Marie. Il fonde un groupe de prière à l’âge de 21 ans. « Au début, raconte-t-il, nous étions quatre. Au bout de huit mois, 200 jeunes fréquentaient le groupe à chaque semaine. » Denis estime que près de 3 000 jeunes sont passés un jour ou l’autre au groupe de prière de St-Louis-de-France, près du carré St-Louis, à Montréal.

Par la suite, il suit des cours en théologie à l’Université St-Paul et à Rome. Il rencontre l’évêque de Ste-Anne-de-la-Pocatière. Il l’invite à entrer au Grand Séminaire pour y poursuivre sa recherche vocationnelle. C’est pendant cette période, et en particulier en 1985, que la Fraternité voit le jour.

Les débuts
Denis et Fernand sont les fondateurs. Fernand a été obligé de quitter le groupe pour des raisons de santé, car la vie des Franciscains de l’Emmanuel est exigeante. « C’est grâce à lui, d’ajouter Denis Lévesques, que j’ai osé fonder la communauté. »

L’archevêque de Montréal les accueille pour former un projet « ad experimentum ». Ils louent un appartement dans le quartier Rosemont. Ils débutent alors une tournée au Québec pour donner des enseignements dans divers milieux.

Ils s’occupent en 1988 de la relance des Œuvres du Toit de Bethléem. Mais, lorsque cette mission est accomplie, ils mettent le cap vers Roxton Pond, au cœur des bois, pour mieux y vivre leur spiritualité semi-contemplative.

Ils achètent une propriété qui comprend deux petites maisons qui ressemblent à des chalets. Ils avaient trouvé l’espace nécessaire pour accueillir des jeunes en thérapie. « La campagne c’est le meilleur endroit pour que ces gars et ces filles puissent retrouver un équilibre de vie », ajoutent les deux frères.

La spiritualité
« Nous voulons vivre l’Évangile comme l’a vécu saint François d’Assise. Il était radical. Nous vivons dans une société qui fonctionne à vive allure. Nous désirons être témoins et montrer au monde que la Parole de Dieu peut se vivre véritablement aujourd’hui. »

« Le bonheur se construit à long terme et dans l’espérance, de dire Denis. Ce n’est pas la mode aujourd’hui. Le piège, c’est que le monde cherche un bonheur “prêt-à-porter”. Cela n’existe pas. Lorsque nous sommes pauvres, nous n’avons plus rien à prouver ni à perdre. Saint François nous montre que c’est en se désarmant qu’on découvre le vrai chemin du bonheur. »

Horaire de vie
Le réveil se fait à six heures. Par la suite, un long moment est consacré à la prière soit de 6 h 30 à 8 h. Après le déjeuner, chacun vaque à ses occupations. À midi, il y a récitation de l’office divin suivi du repas. L’après-midi est consacré au travail. Ils se rassemblent pour l’heure sainte de 16 h 30 à 17 h 30. La journée se termine par les prières des complies à 21 h.

François s’occupe généralement de l’organisation courante. Denis est agent de pastorale dans deux paroisses de Granby. Il a pour mission de rejoindre les marginaux du centre-ville. Il a ouvert un local où ces personnes peuvent recevoir écoute et accueil.

(Revue Notre-Dame du Cap, juillet-août 1993, pp. 13-14)