SANTÉ MENTALE : La génération Z en crise de sens

La génération Z en crise de sens

Par Benoit Voyer

24 septembre 2026

La crise actuelle de la santé mentale chez les jeunes ne peut pas être expliquée uniquement par une augmentation des troubles psychologiques ou par un manque de ressources médicales. Elle serait aussi liée à une crise culturelle et morale, marquée par une perte de repères, un affaiblissement du sentiment d’appartenance collective et une difficulté à donner un sens à l’avenir.

C’est ce que soutient Pierre Valentin dans son livre « Malaise dans la génération Z » . Le 18 mai 2026, Le Figaro lui consacrait un article fort intéressant.

Ainsi donc, Pierre Valentin propose une analyse globale du mal-être qui touche une partie importante des jeunes nés entre 1995 et 2013.

Il identifie plusieurs facteurs qui contribueraient à cette situation. Le premier est la place prise par le numérique dans la vie des jeunes : l’omniprésence des réseaux sociaux, la comparaison permanente avec les autres et la fragmentation de l’attention auraient renforcé un sentiment de dépendance et d’absence de contrôle sur sa propre vie.

Pour Valentin, le téléphone intelligent et les contenus rapides réduisent la capacité à soutenir un effort dans la durée, alors que l’accomplissement personnel repose souvent sur l’apprentissage, la discipline et la persévérance.

Un autre élément central de son analyse concerne le rapport à l’avenir. La génération Z évoluerait dans un contexte où le futur apparaît plus incertain et difficile à construire : crise économique, changements sociaux, préoccupations environnementales et transformations du monde du travail alimenteraient une forme d’anxiété permanente. Il estime que cette difficulté à se projeter dans l’avenir fragilise la construction personnelle, car la personne peine à inscrire son existence dans une trajectoire durable.

Enfin, Pierre Valentin pense que la crise de santé mentale est aussi liée à une montée de l’individualisation et à ce qu’il appelle une « culture thérapeutique ». À ses yeux, une société centrée davantage sur l’individu, ses émotions et son bien-être immédiat pourrait paradoxalement accroître le sentiment d’isolement. Il avance que la santé mentale ne dépend pas seulement du rapport à soi-même, mais aussi de la capacité à appartenir à une communauté, à exercer des responsabilités, à construire des liens durables et à trouver un sens dépassant la seule recherche du confort personnel.

FRÉDÉRIC JANSSOONE : Pensée


RÉFLEXION SPIRITUELLE : La dignité

Jésus ne demande pas seulement de reconnaître la complexité de l'autre; il invite à reconnaître sa dignité

Par Benoit Voyer

24 septembre 2026

Le 29 mai 2026, à Paris, à l'âge de 104 ans, nous quittait le philosophe Edgar Morin. Ce dernier se disait être agnostique et humaniste.

Il disait parfois des choses intéressantes. Le 22 janvier 2024, Morin écrivait dans Le Monde [1] : « Le progrès des connaissances a suscité une régression de la pensée ». Dans ce texte, il appelait chacun à la « résistance de l’esprit ».

Son propos était un bel écho à ce qu’il écrivait dans le cinquième volume de son maître-livre, qui en compte six, « La Méthode »[2], publié en 2001 : « Plus nous connaissons l’humain, moins nous le comprenons. Les dissociations entre disciplines le fragmentent, le vident de vie, de chair, de complexité et certaines sciences réputées humaines vidangent même la notion d’homme. »

Ainsi donc, Edgar Morin constate que notre époque fragmente l'être humain jusqu'à le vider de sa complexité.

Jésus, dans Matthieu 25, un texte phare de la foi chrétienne, va un peu plus loin. Il ne demande pas seulement de reconnaître la complexité de l'autre ; il invite à reconnaître sa dignité. Le pauvre, l'étranger, le malade ou le prisonnier ne sont pas d'abord des catégories sociales. Ils sont des personnes. Mieux encore, ils deviennent le visage même du Christ : « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40).

C’est un peu ce qu’a essayé de faire la bienheureuse Émilie Tavernier-Gamelin. Malgré la lourde perte en bas âge de ses trois enfants et, un peu plus tard, de son mari, elle a consacré le reste de sa vie aux itinérants, aux orphelins, aux sans-travail, aux prisonniers, aux sourds, aux personnes isolées et aux malades et, fondant, à la demande de Mgr Ignace Bourget, la Congrégation des Sœurs de la Providence. Émilie a été un modèle pour les gens de son époque et demeure encore aujourd’hui une source d’inspiration.

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[1] MORIN, Edgar, « Le progrès des connaissances a suscité une régression de la pensée », Le Monde, rubrique Idées – Tribune, 22 janvier 2024. https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/01/22/edgar-morin-face-a-la-polycrise-que-traverse-l-humanite-la-premiere-resistance-est-celle-de-l-esprit_6212226_3232.html?utm_source=chatgpt.com
[2] MORIN, Edgar, La Méthode. Tome 5 : L'Humanité de l'humanité. L'Identité humaine, Paris, Seuil, 2001.

SAINTS ET SAINTES : Louis Émond, un laïc sur la route des autels

Maria Gingras et Louis Émond
Louis Émond, un laïc sur la route des autels

Par Benoit Voyer

24 septembre 2026

Louis Émond porte le nom de l’auteur du célèbre roman Maria Chapdelaine, mais n’a rien d’un intellectuel. Il s’agit plutôt d’un simple journalier de son époque, un homme issu du peuple qui consacrera sa vie au service des autres.

Il naît à Sainte-Famille, sur l'île d'Orléans, près de Québec, le 24 août 1876. Sa mère est Maria Rhéaume (1845-1922) et son père François-Xavier Émond, un petit cultivateur. Il sera baptisé dans la tradition catholique trois jours plus tard.

On ne vit pas riche chez les Émond. Afin d’aider ses parents, il commence à travailler à l’âge de 12 ans. Il gagne 1 $ par semaine dans la cave malsaine d'un sellier-tanneur. Il est un apprenti modèle, appliqué et dévoué aux intérêts de son patron.

Très tôt, il développe également une attention particulière envers les personnes plus fragiles. Louis passe ses soirées au service de la jeunesse défavorisée au Patronage Saint-Vincent-de-Paul. Cette présence auprès des autres annonce déjà ce qui marquera toute sa vie : une foi qui ne se limite pas aux pratiques religieuses, mais qui cherche à se traduire par un engagement concret.

Le 12 mai 1902, il unit sa destinée à Maria Gingras. Il a 26 ans. Rapidement, il achète une maison dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec, au coût de 400 $. Leurs trois enfants y grandiront. En tout, ils y demeureront pendant 42 ans.

Il s’implique dans le syndicalisme catholique afin de se porter à la défense des ouvriers. Cette implication rejoint profondément son expérience personnelle. Louis Émond connaît le monde du travail de l’intérieur. Il n’est pas un observateur éloigné des difficultés des travailleurs, mais un homme qui partage leur réalité.

Au conseil municipal de Québec, il représente le quartier Saint-Sauveur, un secteur défavorisé de la ville. En 1926, 3 000 ouvriers sont mis à pied. Par solidarité, Louis Émond démissionne de son poste. Il deviendra percepteur des arrérages de taxes municipales.

Sur le plan religieux, il fonde le Comité du Sacré-Cœur. Il deviendra un proche du père Victor Lelièvre. Leur amitié durera une trentaine d’années. Le religieux dira de son ami Louis : « La découverte de ce Louis d'or fut l'une des grandes grâces de ma vie. »

Fondé en 1919, le Comité du Sacré-Cœur représente une vision particulière de l’engagement des laïcs. Il ne s’agit pas seulement d’aider un prêtre dans ses activités, mais de former des hommes capables d’unir la prière, la vie spirituelle et l’action auprès de leur milieu.

Le père Lelièvre était un prédicateur capable de toucher les foules. Louis Émond, pour sa part, possédait une autre force : celle de l’accompagnement. Il savait aider les personnes à transformer un moment de grâce en engagement durable.

En 1930, avec Victor Lelièvre, il fonde, à Québec, la Maison Jésus-Ouvrier. On s’y spécialise dans les retraites spirituelles pour « le monde ordinaire ». L’objectif est clair : offrir aux ouvriers et aux personnes simples un temps de ressourcement spirituel qui leur soit adapté.

À cette époque, les retraites spirituelles sont souvent associées aux milieux plus instruits ou aux classes dirigeantes. Louis Émond et le père Lelièvre veulent rejoindre les travailleurs, les familles et ceux qui n’ont pas toujours accès à ce type de formation spirituelle.

Louis Émond prend la direction de la Maison. Il n’hésitera pas à passer de maison en maison afin de « vendre » la retraite fermée comme étant une « police d'assurance pour le ciel ».

Cette expression révèle bien son tempérament. Louis Émond possède un sens pratique remarquable et une foi communicative. Il ne cherche pas à convaincre par de grands discours, mais par une parole simple, directe et profondément humaine.

Durant 27 ans, les retraites se terminent par une conférence de Louis Émond. Un retraitant dira un jour : « C'est le père Lelièvre qui a préparé ma confession, et le père X qui l'a entendue; mais c'est Louis Émond qui m'a décidé à persévérer. »

La phrase résume bien son rôle. Le père Lelièvre pouvait provoquer une conversion par la force de sa prédication. Louis Émond aidait ensuite les personnes à demeurer fidèles dans le temps.

Cette reconnaissance n’échappe pas à l’Église. En 1922, le pape Pie XI lui remet la décoration de chevalier de l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand.

Louis Émond représente une figure importante de l’histoire religieuse québécoise : celle d’un laïc engagé bien avant que la place des fidèles dans la mission de l’Église soit largement reconnue. Père de famille, travailleur, citoyen engagé et homme de prière, il démontre qu’une vie ordinaire peut devenir un véritable témoignage spirituel.


Il est décédé à Québec le 26 septembre 1949, à l'âge de 73 ans. Il est inhumé dans le lot A 4 43 du Cimetière Saint-Vallier, une composante du Cimetière Saint-Charles, à Québec.

Il a reçu le titre de « serviteur de Dieu ». Ainsi donc sa cause, en vue d’une future canonisation, est à l’étude.

Si l’Église devait un jour reconnaître officiellement sa sainteté, elle mettrait en lumière une figure particulière : celle d’un homme laïc qui, au cœur de sa famille, de son travail et de son milieu social, a consacré sa vie au service de Dieu et de ses frères.

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Sources:
Anonyme. « Le père Lelièvre », Renaissance catholique au Canada, page consultée le 16 juillet 2026. https://crc-canada.net/eglise-au-canada/20e-siecle/pere-lelievre.html
Benoit Voyer. « Louis Émond, un saint laïc », Benoit Voyer en liberté, 25 septembre 2025. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/09/article-du-jour-louis-emond-un-saint.html
Benoit Voyer. « Louis Émond, cofondateur de la maison Jésus-Ouvrier » Benoit Voyer en liberté, 15 mai 2025. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/05/louis-emond-cofondateur-de-la-maison.html

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Le père Armand Gagné au service des chrétiens persécutés

Le père Armand Gagné


Au service des chrétiens persécutés

Depuis plus de douze ans, le père Armand Gagné, de l’Ordre des Trinitaires, s’est engagé à soutenir les chrétiens persécutés à cause de leur foi et à sensibiliser le plus de gens possible à ce problème. Il apporte une aide concrète dans certains pays où la liberté religieuse est interdite. Il sait que chaque geste est important, aussi petit soit-il. C’est pour cette raison qu’il demeure optimiste. « On ne peut pas désespérer. Oh non! Moi, je garde un grand espoir dans l’avenir. » Le père Gagné connaît les besoins grandissants de ces chrétiens, car il constate comme nous tous la montée de l’intégrisme, du fanatisme religieux et des manifestations d’intolérance.

Au Canada, l’intolérance commence à émerger envers ceux et celles qui vivent leur engagement religieux librement. Beaucoup de gens remettent leur foi en question.

Ailleurs dans le monde, par contre, les démonstrations d’intolérance sont empreintes de violence : en Algérie, dans la nuit du 26 au 27 mars dernier, sept moines trappistes ont été enlevés par le Groupe armé révolutionnaire. Le pire est toujours à craindre dans ces cas-là.

En Chine, le père Liao Hai Quing a passé trente-trois ans en prison à cause de ses convictions religieuses. En Égypte, trois chrétiens coptes ont été assassinés au mois d’octobre dernier. Au Burundi, depuis deux ans, quatorze prêtres ont été assassinés. Au Kenya, les tensions entre l’Église et l’État s’amplifient.

La liste s’allonge continuellement. Les gens comme vous et moi ont peine à croire qu’encore aujourd’hui on use de violence afin d’empêcher des prêtres, des religieuses et des laïques d’afficher leurs convictions.

Ainsi que l’affirme le père Armand Gagné dans son éditorial du dernier numéro de « La voix de Jésus Nazaréen », des pays comme l’Arabie Saoudite, la Turquie, l’Égypte, le Soudan, l’Algérie ainsi que plusieurs pays d’Afrique connaissent un manque de liberté religieuse flagrant.

Sa mission
Aujourd’hui, en plus des occupations de son ministère, le père Armand Gagné respecte toujours les responsabilités rattachées à ce désir de sensibilisation entrepris, il y a douze ans. « J’avoue ouvertement que la tâche est plus difficile si on pense, par exemple, qu’au Québec, il y a une grande baisse au point de vue de la foi et que cela équivaut à un manque d’intérêt de la part des chrétiens.

C’est donc en ce sens — information, support, aide concrète — qu’il a fondé un bulletin trimestriel « La voix de Jésus Nazaréen » publié et diffusé par la Fondation des amis du père Armand Gagné, en collaboration avec les Trinitaires.

Par l’entremise de ce bulletin, il lui est possible de souligner les faits récents concernant des injustices religieuses commises partout dans le monde. Mais, c’est aussi et surtout un message d’espoir qu’il désire propager en permettant à ses lecteurs de constater les résultats de l’aide apportée par la Fondation des amis dans certains pays où les conditions politiques et sociales le permettent.

Son parcours
Tout a commencé pendant les huit années (de 1975 à 1983) où il était missionnaire au Guatemala. Le père Armand Gagné voyait alors l’injustice humaine et religieuse de très près, mais sans se douter qu’il allait en apprendre davantage à ce propos.

En 1983, lors d’un séjour chez les Trinitaires, à Rome, on le nomme responsable d’une mission, soit sensibiliser et informer sur ce qui se passe vraiment par rapport à la persécution des chrétiens à cause de leur foi.

Pour ce faire, le père Gagné qui comme d’autres a de la difficulté à croire que le phénomène est aussi répandu qu’on le dit, va vérifier lui-même.

Sa recherche l’amène à séjourner dans plusieurs pays, souvent sous le couvert de l’anonymat puisque le simple fait de déclarer son état de prêtrise aurait pu lui empêcher de passer certaines frontières.

D’abord en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Russie, en Chine, au Vietnam, puis en Amérique Latine, partout il rencontre des prêtres, des évêques, des religieuses, des laïques. Avec eux, il échange sur la façon dont ils vivent leur foi là-bas et, parfois, ils doivent le sensibiliser sur un problème. Il entre en contact avec des organismes autant politiques, sociaux que religieux.

En Tchécoslovaquie, il réussit à parler à des prêtres qui vivent toujours cachés. En Pologne, il y retourne plus d’une fois, car avec l’aide des Polonais, il peut établir des contacts avec les pays de l’Est et ainsi répandre de l’information et de l’espoir. En cours de voyage, il apprend que c’est par milliers que des prêtres, des religieuses et des laïques sont tués et que d’autres ont passé trente ans et plus en prison à cause de leurs convictions religieuses. Il voit aussi les deux visages de l’Église en Chine : Église clandestine et Église patriotique (contrôlée par l’État).

À la fois, il donne et il reçoit des informations. Il en fait rapport régulièrement à Rome et à sa communauté. Il établit des contacts.

Des rencontres inoubliables, inestimables qui, à partir d’un parcours laborieux et parfois même dangereux, ont fait qu’il est revenu ici grandi dans sa foi et dans son espérance.

De retour au pays
Ces voyages qui s’échelonnent sur une période de 6 à 7 ans prennent fin et le père Gagné revient dans sa communauté de Montréal où il tient une correspondance continue avec ses nombreux amis de par le monde. Établi à Granby depuis maintenant trois ans, il poursuit son travail de sensibilisation.

« La voix de Jésus Nazaréen » adopte le projet d’aider un pays en particulier et c’est le Vietnam qui est choisi puisque les contacts y sont plus faciles et que là-bas on s’ouvre lentement à la liberté religieuse.

Sa pensée
Selon le père Gagné, il y a des chrétiens qui sont persécutés parce qu’ils s’engagent dans une lutte contre les injustices humaines et il y a ceux qui sont persécutés parce qu’ils essaient de pratiquer en toute liberté leur religion. Les uns rejoignent les autres quelque part, il est vrai, mais, selon lui, c’est la liberté religieuse qui est à la base de toutes les libertés.

« C’est l’unité de l’Église qui fait sa force; les chrétiens de par le monde savent qu’ils ne sont pas seuls », confie-t-il. De plus, maintenant, ils ont une voix en la personne du pape Jean-Paul II. C’est ce qui fait qu’il faut garder espoir.

Ce prêtre qui vit dans une communauté parmi tant d’autres consacre, à cette cause, efforts et prières.

Ses origines
Le père Armand Gagné est natif du Saguenay. Il a grandi dans la ville de La Baie. Ses études complétées au Séminaire de Chicoutimi, il entre chez les Trinitaires en 1954 et est ordonné prêtre en 1959. Rattaché à la paroisse Saint-Jean-de-Matha de Montréal, il travaille comme aumônier pendant deux ans à la prison des femmes Tanguay, entre autres, avant de partir en mission au Guatemala.

Christiane Pillette

La Fondation des Amis du père Armand Gagné
C.P. 204
Succ. S
Montréal (Québec)
H4E 4H7 

(Revue Notre-Dame du Cap, juin 1996, pp. 10 à 12)

23 septembre 2026


PSYCHOLOGIE : Ce besoin de se confier

Ce besoin de se confier

Par Benoit Voyer

23 septembre 2026

Échanger des confidences est un besoin profondément humain. Parler de ce que nous vivons permet de mieux comprendre nos émotions, de recevoir du soutien et de créer des liens plus forts. Malheureusement, en ces temps qui sont les nôtres, on dirait qu’il y a eu un déplacement dans l’équilibre entre l’intimité partagée et l’exposition de soi.

Dans un article paru dans l’édition du 18 mars 2026 du magazine Psychologies, Dominique Page, docteure en psychologie et psychothérapeute, explique que la confidence remplit plusieurs fonctions essentielles. Elle aide à réguler nos émotions, nous apporte une validation lorsque nous doutons de nos réactions et nous permet de donner un sens à nos expériences.

Dès 1994, des travaux menés par les psychologues Nancy Collins et Lynn Miller de l’Université de Buffalo avaient déjà montré que ceux et celles qui partagent certains éléments intimes de leur vie sont souvent davantage appréciés que ceux et celles qui restent uniquement dans des échanges superficiels.

Un changement culturel semble s’être produit. La pudeur, autrefois associée à la retenue, semble parfois être devenue suspecte. La docteure Page observe que « la transparence est devenue un impératif moral, presque la preuve ultime d’authenticité ». La téléréalité, les réseaux sociaux et la recherche constante de visibilité ont contribué à valoriser l’exposition de soi et la mise en scène de son histoire intime.

Cette évolution a toutefois ses limites. Parler de ses souffrances peut être libérateur, notamment lorsqu’il permet de sortir de l’isolement, mais comme le souligne la psychanalyste Barbara-Ann Hubert dans ce texte de Psychologies, « se raconter sans filtre ne conduit pas nécessairement à un chemin d’évolution ». À force de revenir constamment sur ses blessures, une personne peut finir par se définir uniquement par ce qu’elle a subi.

Cherche-t-on une écoute, un soutien, un conseil ou simplement un soulagement immédiat ? Avant de se confier, il serait utile de s’interroger sur ses motivations. Une confidence importante peut avoir un coût psychologique et relationnel. Elle peut modifier durablement le regard que l’autre porte sur nous.

Bien choisir à qui on se confie est donc important. Une personne capable d’écouter avec bienveillance peut offrir un espace sécurisant. À l’inverse, certaines confidences peuvent être mal reçues, utilisées contre nous ou placer l’autre dans une position qu’il n’est pas capable d’assumer. Une confidence demande une préparation et une attention à l’autre. Il ne s’agit pas de « vider son sac », mais d’entrer dans une véritable relation.

JEAN-PAUL REGIMBAL : Pensée


FLASH : Autoroute 10, à Magog

Autoroute 10, à Magog

 

FLASH : La cathédrale catholique Saint-Michel, à Sherbrooke


La cathédale catholique Saint-Michel, à Sherbrooke, le 22 septembre 2026. En ce lieu repose sainte Marie-Léonie Paradis.

FLASH : L'automne à Wotton, en Estrie

6e rang, Wotton, 22 septembre 2026
Wotton, 22 septembre 2026
6e rang, Wotton, 22 septembre 2026
Chemin Courtemanche, Wotton, 22 septembre 2026
8e rang, Wotton, 22 septembre 2026
8e rang, Wotton, 22 septembre 2026
Chemin Courtemanche, Wotton, 22 septembre 2026
Chemin Courtemanche, Wotton, 22 septembre 2026
6e rang, Wotton, 22 septembre 2026

FLASH : Le 167, rue Jeffrey, à Val-des-sources

Le 167, rue Jeffrey, à Val-des-sources

RÉFLEXION SPIRITUELLE : Sans jamais voir les résultats de ses efforts

Sans jamais voir les résultats de ses efforts

Par Benoit Voyer

23 septembre 2026

La puissance de la foi chrétienne ressemble davantage au ruisseau qu’au bulldozer. De même en est-il de l’espérance. Elle fait penser aux framboisiers.

Ces images ne sont pas de moi, mais de Claude Ryan et de Mgr André Gaumond.

En 1999, Monsieur Ryan me racontait que dans les mouvements d’Action catholique, il a appris que le résultat du travail ne se voit pas tout le temps : « J’ai constaté que ceux qui jugeaient des résultats en fonction des choses visibles se nourrissaient d’illusions vaines. Tandis que si vous travaillez en profondeur avec foi, le résultat extérieur n’est pas important. »

Il ajoutait : « Je crois plutôt à la puissance du ruisseau qui, chaque jour, perce le rocher petit à petit. […] C'est long [mais] cela permet de travailler longtemps sans s'impatienter, sans devenir amer, sans condamner qui que ce soit. »

Il y a un p’tit quelque chose des textes évangéliques là-dedans. Le disciple part, annonce, guérit, rencontre. Et le résultat ne lui appartient pas. S’il n’est pas accueilli, Jésus ne lui demande pas de convaincre à tout prix : « sortez de cette ville et secouez la poussière de vos pieds ». Ainsi, il faut savoir agir et partir, semer et ne pas posséder le résultat.

En 1996, c’est un peu la leçon que me faisait l’archevêque de Sherbrooke, Mgr André Gaumond, en me racontant cette parabole moderne : « Quand on coupe des arbres dans la forêt, ça fait une éclaircie. L’année suivante, des framboisiers apparaissent. Pourquoi? Ce n’est pas un miracle! Il n’y a pas de “génération spontanée” dans la nature. Ça veut dire qu’il y avait des graines de framboisiers avant la coupe des arbres. Elles attendaient les conditions favorables pour éclore. Il semble qu’elles peuvent attendre jusqu’à 75 ans. Ne pas voir le fruit de son travail, ce n’est peut-être pas si anti-naturel ! »

SAINTS ET SAINTES : La bienheureuse Émilie Tavernier - Gamelin

La bienheureuse Émilie Tavernier - Gamelin

Par Benoit Voyer

23 septembre 2026

C’est le 19 février 1800, à Montréal, que naît Émilie Tavernier, dit Sanspitié, fille d’Antoine Tavernier et Marie-Josephe Maurice. Elle est leur cinquième enfant.

En 1804, décède celle qui lui a donné la vie. C’est une tante, du côté de son père, qui veillera sur elle. Il la suivra dix ans plus tard.

Le 4 juin 1823, Émilie Tavernier épouse Jean-Baptiste Gamelin. Elle a 23 ans. Lui 50 ans. Son mari qui a jadis été cordonnier, est pomiculteur. Il a la réputation d’homme bon, intègre et généreux. Un jour, en parlant d’eux, Mgr Ignace Bourget dira: « Les coeurs charitables se reconnaissent et s'unissent: on en a la preuve dans le mariage d’Émilie Tavernier à Jean-Baptiste Gamelin. »

Une série de deuils affligera Émilie. En moins de cinq ans, elle perdra son époux et ses enfants. Elle restera seule avec un enfant handicapé mental qu’elle avait adopté avec son mari.

Elle vit des heures difficiles. Pourquoi ? « Que veut de moi le Seigneur ? » Le prêtre qui l’accompagne spirituellement depuis quelques années l’écoute et tente de la consoler.

Elle finit par se consacrer entièrement aux plus pauvres qu’elle rencontre.

À 42 ans, elle fait des vœux privés chasteté perpétuelle, de service des pauvres pour toujours, de vigilance sur ses conversations pour qu'en elle la charité soit toujours grandissante et d'enlever tout luxe et toute parure dans les vêtements qu’elle porte.

Au fait des œuvres de charité d'Émilie Tavernier-Gamelin, Mgr Ignace Bourget veut en assurer la permanence en fondant une communauté religieuse. Ainsi, la Congrégation des Sœurs de la Providence est fondée en 1843. Émilie en deviendra la première religieuse.

Le 23 septembre 1851, Émilie quitte ce monde.

Béatification
Émilie Tavernier-Gamelin est déclarée « bienheureuse » par le Pape Jean-Paul II le 7 octobre 2001, sur la Place Saint-Pierre, à Rome.

Mgr Christian Lépine, le 20 octobre 2024, à cathédrale de Montréal
Vers la canonisation

Le 20 octobre 2024, à 17h, Journée mondiale des missions et jour de la canonisation de Marie-Léonie Paradis, dans la cathédrale Marie-Reine-du Monde, à Montréal, l'archevêque catholique de Montréal, Mgr Christian Lépine, préside une messe spéciale à l'occasion du lancement du procès diocésain en vue de sa canonisation. Un nouveau miracle serait survenu.

Dans son introduction à la célébration, Mgr Lépine lance : « Faire mémoire d’Émilie Tavernier-Gamelin en rappelant la vie et l’œuvre de la bienheureuse nous garde dans l’émerveillement et l’action de grâce. Que notre célébration soit un chant d’amour et de reconnaissance au Dieu Providence pour le don d’Émilie […] et de tous ceux et celles qui, aujourd’hui comme hier, désirent « se faire Providence » pour demain »,

Pour cette célébration multilingue, qui dure près de deux heures, Christian Lépine est bien entouré. Il est notamment possible de reconnaître l’abbé Aleksander Dudik, vice-chancelier et président de l’enquête diocésaine; Chantal Labrèche, chancelier au diocèse montréalais; le père Alain Vaillancourt, curé de la cathédrale, Lorena Otero, celle qui raconte quotidiennement et avec passion l’histoire de la « sainte » aux visiteurs qui se présentent au musée du Centre Émilie-Gamelin depuis près de 20 ans; et, presque toutes les Sœurs de la Providence capables d’être présentes.

La célébration débute avec une quinzaine de minutes de retard. Un problème de circulation retarde l'arrivée de deux autobus de religieuses, les principales intéressées par cet événement rendant hommage à leur fondatrice.

En entendant la première lecture de l’eucharistie, tirée du livre biblique des Proverbes, il est impossible d’oublier la mémoire de Jean-Baptiste Gamelin, l’époux d’Émilie, mort beaucoup trop jeune et qu’on oublie bien souvent lorsqu’on fait mémoire de celle qu’il aimait de tout son cœur : « Une femme parfaite, qui la trouvera? Elle est précieuse plus que les perles! Son mari peut lui faire confiance : il ne manquera pas de ressources. Elle sait choisir la laine et le lin, et ses mains travaillent volontiers. Elle est debout quand il fait encore nuit pour préparer les repas de sa maison. […] Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux. »

Dans son homélie, l’archevêque est, comme à son habitude, bref et simple. Il souligne qu’Émilie Gamelin a « su percevoir la dignité éminente de chaque être humain » et que « la sainteté ne réside pas juste dans les choses extraordinaires, mais dans les gestes simples du quotidien ». Il insiste sur le fait qu’à la suite d’Émilie Tavernier, « chacun est appelé à devenir un instrument pour défendre les plus pauvres et la justice sociale ». Enfin, il souhaite qu’avec le procès diocésain en vue de sa canonisation, le diocèse de Montréal trouve des pistes d’inspiration pour l’avenir de sa grande communauté de foi.

Dans l'introduction du livret de la célébration, on indique qu'en ce moment, il reste « encore trois étapes à franchir pour qu'une personne béatifiée puisse être canonisée et déclarée sainte. Tout d'abord, le présumé miracle doit être jugé légitime par un tribunal diocésain composé de juges, après que ceux-ci ont entendu des témoignages et examiné des documents. Deuxièmement, la recommandation et la documentation sont envoyées au Vatican pour une enquête complémentaire. Enfin, si les conclusions de l’enquête sont positives, la recommandation de canonisation est transmise au pape […] pour qu’il prenne les mesures nécessaires ». Ainsi donc, il faudra, le chemin vers une éventuelle canonisation pourrait long.

Le 24 septembre de chaque année a lieu la mémoire liturgique de la bienheureuse Émilie Tavernier – Gamelin.

Lieu de sépulture de la bienheureuse Émilie Tavernier-Gamelin, chez les Soeurs de la Providence, à Montréal


REPERE GÉNÉALOGIQUE : Émilie Tavernier-Gamelin et moi

Émilie Tavernier-Gamelin et moi

Par Benoit Voyer

23 septembre 2026

Pour faire une histoire courte, je suis un très lointain cousin d’Émilie Tavernier. Notre lien commun est Jean Côté (1603-1661), mon 9e arrière-grand-père. Par la suite, il faut des chemins croisés pour établir le lien entre elle et moi. J’avoue que c’est un peu difficile de s’y retrouver.

Pour faire une histoire plus courte, Claude Maurice et Madeleine Dumouchel, les arrière-arrière-grands parents d’Émilie Tavernier sont les 6e arrière-grands parents d’Annie Maurice, ma belle-sœur. Elle est mariée à mon frère Clément depuis 1986.

La mère d’Amélie est Marie-Joseph Maurice. Son grand-père : François. Son arrière-grand-père : Joseph. Et, son 2e arrière-grand-père : Claude Maurice.

Du côté de ma belle-sœur Anne… Son père est Gaston Maurice. Son grand-père : Arthur. Son arrière-grand-père : Louis-Octave. Ses 2e et 3e arrière : Paul et Paul. Son 4e : Joseph. Son 5e : Maurice Maurice. Et son 6e arrière-grand-père : Claude Maurice.

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Les Trinitaires dénoncent la persécution des chrétiens

Les Trinitaires dénoncent la persécution des chrétiens

Pour nous, Québécois, la persécution religieuse demeure une réalité lointaine et peu concrète. Elle existe pourtant dans plusieurs pays. Le père Armand Gagné du monastère des Trinitaires de Granby s’est rendu en Espagne en décembre dernier pour assister au congrès sur l’apostolat des Trinitaires et souligner l’inauguration des fêtes du 800e anniversaire de l’approbation de la communauté. La libération des captifs étant l’une des grandes missions des Trinitaires, on a beaucoup parlé, lors de ce congrès, de la situation des chrétiens persécutés à travers le monde.

« Il faut que les gens soient au courant! Des centaines de milliers de personnes sont emprisonnées ou maltraitées en raison de leur foi », rapporte le père Armand, qui a déjà visité d’innombrables pays pour défendre cette cause. Il mentionne notamment le cas de huit Trinitaires prisonniers d’un camp de réfugiés au Congo depuis un an.

Le Soudan est un autre exemple de cas de persécution. « Là-bas, l’Église n’est pas reconnue. Des milliers de chrétiens sont chassés dans le désert par les intégristes. Nous envoyons de l’argent pour aider des enfants qui sont vendus dans la rue. Ces jeunes sont souvent rééduqués pour devenir intégristes et tuer les chrétiens! Nous les rachetons pour les libérer ou les rendre à leur famille », confie-t-il.

Le Vietnam, l’Algérie, le Liban, l’Israël sont d’autres endroits où la liberté religieuse est de plus en plus limitée. « Des chrétiens y risquent leur vie chaque jour… », de terminer le père Armand.

(Samedi Express, 16 janvier 1999, p. 10)

22 septembre 2026


AUJOURD'HUI


MUSIQUE : Béatrice au grand cœur de pirate

Béatrice au grand cœur de pirate

Par Benoit Voyer

22 septembre 2026

C’est aujourd’hui l’anniversaire de Béatrice Martin

« Cœur de Pirate » est née le 22 septembre 1989 à Outremont, devenu un arrondissement de Montréal. Elle est la fille aînée de Nicolas Martin, un ingénieur en informatique et frère du comédien Alexis Martin, et d’Élise Desjardins. Sa mère est pianiste classique, chambriste et accompagnatrice.

Béatrice commence à jouer du piano à l'âge de trois ans. À l’âge de 9 ans, elle entre au Conservatoire de musique du Québec, à Montréal. Elle y étudie pendant cinq ans.

À 15 ans, elle se joint au groupe post-hardcore December Strikes First. Elle y joue du clavier. Plus tard, de la fin 2007 à avril 2008, elle sera brièvement la claviériste de Bonjour Brumaire.

C’est en 2008 que paraît son premier album.

En septembre 2025, Béatrice nous offre la pièce-titre Cavale, premier extrait de son nouvel album.

À partir du 6 novembre 2025, Cœur de Pirate part pour une nouvelle tournée. Elle termine son année 2025 à Montréal, Québec, Toronto, Sherbrooke et Moncton. En février et mars 2026, elle est en Europe où elle s’arrête, notamment à Strasbourg, le 26 février, et à Paris, le 12 mars. Enfin, en avril et mai, elle se produit en Montérégie, dans les Laurentides, à Laval, en Outaouais et dans la pittoresque région de Lanaudière.

Une artiste au tournant d’une nouvelle étape
Près de dix-huit ans après ses débuts remarqués aux Francos de Montréal, Cœur de Pirate demeure une figure importante de la chanson québécoise. Toutefois, derrière le succès, les tournées et les albums, Béatrice Martin arrive aujourd’hui à un moment de réflexion sur la suite de son parcours.

Lors d’une entrevue accordée au Journal de Montréal, le 19 juin 2026, elle confiait songer à ralentir la cadence. Les Francos de Montréal occupent une place particulière dans son histoire : en 2008, alors qu’elle n’avait qu’une vingtaine d’années, le festival lui avait offert une première grande visibilité en lui permettant de se produire au Club Soda. Cette occasion avait contribué à lancer sa carrière, notamment vers le marché européen.

Aujourd’hui, alors qu’elle poursuit la tournée Cavale, elle reconnaît que les longues heures sur la route sont plus exigeantes que jadis. La séparation avec ses enfants, Romy et Arlo, est toujours un peu difficile. Après plusieurs années consacrées à la musique, elle ressent le besoin de mieux prendre soin d’elle.

Dans cet entretien, Béatrice Martin racontait qu’elle vit avec un syndrome auto-inflammatoire non différencié, une réalité qui l’amène à considérer davantage ses limites physiques et mentales. Elle ne remet pas en question son amour de la musique, mais elle réfléchit à une nouvelle façon de poursuivre son parcours.

Après avoir connu les grandes scènes du Québec et de l’Europe, Cœur de Pirate semble maintenant chercher un équilibre différent entre la création artistique, la santé et la vie personnelle.

JEAN-PAUL REGIMBAL - Pensée


FLASH : Place de la Traversée, à Val-des-sources

Place de la Traversée, à Val-des-sources, le 22 septembre 2026

FLASH : Halte VR Val-des-sources

 

Halte VR Val-des-sources, sur le bord de l'ancienne mine d'Asbestos, le 22 septembre 2026

FLASH : Le sentier du puits, à Val-des-sources

Le sentier du puits, à Val-des-sources, en Estrie, le 22 septembre 2026. Il s'agit de l'ancienne mine d'Asbestos qui peu à se végétalise.










RÉFLEXION SPIRITUELLE : Existe-t-il une manière chrétienne de faire de la politique ?

Existe-t-il une manière chrétienne de faire de la politique ?

Par Benoît Voyer

22 septembre 2026

Le chrétien engagé en politique ne doit pas se croire supérieur aux autres. Bien au contraire, il doit respecter ceux qui ne partagent pas ses opinions et même admettre que leurs idées peuvent être meilleures que les siennes.

C’est en ces termes que Claude Ryan, ancien chef du Parti libéral du Québec, répondait à la question : Est-ce qu’il y a une manière chrétienne de faire de la politique? Il s’agit d’idées qu’il partageait, le 16 février 1997, dans une conférence qu’il donnait à la basilique-cathédrale Notre-Dame, à Québec.

Il n’y allait pas par quatre chemins : le christianisme doit être reconnaissable dans la manière d’agir du politicien, pas uniquement dans les convictions professées. En ce sens, il doit se méfier de ses ambitions personnelles et des « illusions messianiques » que peut susciter le pouvoir politique.

Concrètement, il disait : « Le chrétien qui s'engage en politique doit le faire à son titre de citoyen, avec une humilité de bon aloi, sans aucune pensée de supériorité ou d'infériorité envers quiconque. Il doit être conscient que, personnellement, il est l'égal — sans plus — des autres personnes qui partagent le même engagement, quelle que soit leur allégeance religieuse. Il doit en conséquence aborder son travail avec une attitude fondamentale de respect envers les personnes qui ne partagent pas ses opinions et en admettant a priori qu'il peut arriver que leurs idées soient meilleures que les siennes. Il doit aussi s'employer à bien comprendre l'objet et les enjeux de la politique, les limites inhérentes à ce mode d'action et les conditionnements concrets qui en règlent l'exercice en démocratie. La personne bien avertie de ces choses sera mieux prémunie contre ses propres ambitions et aussi contre certaines illusions messianiques trop souvent véhiculées par les milieux politiques. »

Il ajoutait : « il est impossible de traiter des partis politiques sans parler aussi de l'enjeu suprême de leur action, qui est le pouvoir. Celui-ci fascine l'imagination. On se le représente volontiers comme synonyme de puissance illimitée et de domination. Or, la réalité concrète du pouvoir invite bien davantage à la prudence et à l'humilité qu'à l'orgueil ou à la vanité. »

En revanche, Claude Ryan va encore plus loin. Certaines exigences évangéliques doivent devenir des comportements concrets. Il en donnait une liste précise : la soif de la justice, le respect de la vérité, le souci du travail en profondeur, l'attention aux membres les plus faibles de la société, l'amour de l'adversaire, le pardon des offenses, l'oubli de soi dans le service, le détachement à l'égard de la richesse et des honneurs et la liberté intérieure face à tous les pouvoirs humains. N’est-ce pas ce que Jésus disait ? « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique » (cf. Lc 8, 19-21).

Cela demande, évidemment, une conversion du cœur : « il ne fait pas exception pour ceux et celles qui sont engagés dans la politique. La conversion doit se traduire non par des gémissements vains mais par des actes concrets. »

Dans son allocution, Claude Ryan précisait même les domaines dans lesquels la foi chrétienne devrait devenir visible : l'intégrité politique, les droits de la personne, le respect de la vie, l'environnement, une juste répartition des chances et des charges, la famille et l'enfance, les conséquences humaines de l'économie, l'éducation, la santé, les services sociaux et la solidarité envers les personnes vulnérables.

GRANDES RELIGIONS : L’islam peut-il se réformer ?

L’islam peut-il se réformer ?

Par Benoit Voyer

22 septembre 2026

La question est au cœur des débats, parfois prisonniers d’une vision opposant un islam présenté comme immuable à une modernité qui lui serait étrangère : l’islam peut-il se réformer?

Dans un essai, l’historien et islamologue Olivier Hanne propose une lecture différente : l’histoire de l’islam est aussi celle de débats intellectuels, de courants multiples et de confrontations entre foi, raison et interprétation.

Dans L’islam des Lumières, l’auteur rappelle que l’idée de « Lumières islamiques » ne correspond pas à une copie du modèle européen, marqué par une séparation entre raison et religion. Elle renvoie plutôt à la capacité des sociétés musulmanes à développer leur propre réflexion sur le savoir, la philosophie et la place de l’être humain dans le monde.

Olivier Hanne cite notamment l’époque abbasside, au IXe siècle, comme un moment majeur d’ouverture intellectuelle. Sous le règne du calife Al-Mamoun, Bagdad devient un centre scientifique et philosophique important, où mathématiciens, astronomes et penseurs cherchent à faire dialoguer l’héritage grec et la pensée islamique. Le courant rationaliste des Mutazilites défend alors l’idée d’un être humain doté de raison et de libre arbitre.

Cette période d’effervescence ne sera toutefois pas sans opposition. Des courants religieux plus rigoristes contestent progressivement l’usage de la philosophie et privilégient une interprétation plus stricte de la tradition. Pour Olivier Hanne, cette tension entre ouverture et fermeture, interprétation et dogme, traverse toute l’histoire musulmane.

Olivier Hanne insiste aussi sur la diversité des expressions de l’islam selon les époques et les régions. « La diversité des formes de l’islam est frappante d’un espace à l’autre », écrit-il, rappelant qu’il n’existe pas une seule manière de vivre ou de comprendre cette religion.

Mais cette diversité s’est parfois accompagnée de violences contre des penseurs considérés comme hérétiques. Le philosophe mystique persan Sohrawardi, le grand poète soufi Mansur Al-Halladj ou encore le réformateur soudanais Mahmoud Mohamed Taha ont tous été victimes de persécutions en raison de leurs idées.

Aujourd’hui, des penseurs musulmans réformateurs continuent d’exister, mais leur influence demeure limitée. Selon Olivier Roy, qui signe la préface du livre, « les penseurs musulmans réformateurs existent aujourd’hui, mais ils n’ont pas encore trouvé leurs lecteurs parmi leurs coreligionnaires ».

La question demeure donc ouverte : l’islam peut-il évoluer tout en restant fidèle à ses fondements? L’histoire montre en tout cas qu’il n’a jamais été une tradition figée, mais un espace traversé par des débats, des interprétations et des visions différentes de la relation entre la foi, la raison et la société.

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Des enfants esclaves, une réalité du Soudan en guerre

Des enfants esclaves, une réalité du Soudan en guerre

Marie-Claude Girard


« Ce n’est pas facile de parler d’esclavage au Québec. On n’arrive pas à croire que c’est possible. » Pourtant, l’organisme humanitaire où milite le père trinitaire Armand Gagné, de Granby, affirme avoir racheté et libéré récemment 1050 esclaves soudanais, surtout des femmes et des enfants enlevés par des groupes paramilitaires.

Selon Solidarité chrétienne internationale, une organisation non gouvernementale (ONG) basée en Suisse, il y aurait toujours des dizaines de milliers d’esclaves dans ce pays d’Afrique de l’Est déchiré par la guerre civile et la famine qui en découle. Parmi eux, on compterait surtout des chrétiens et des animistes. Dirigé par une dictature islamiste, le Soudan est secoué par le conflit opposant le Nord, arabe et musulman, au Sud, noir, chrétien et animiste.

Le père Gagné revient d’Espagne où il a rencontré les responsables des opérations. On rapporte différents sévices, travaux forcés, torture, viol, excision, conversion obligée à l’islam. Selon les membres du CSI, certains des enfants revendus au Nord seraient entraînés et endoctrinés pour aller combattre leur propre peuple, au Sud-Soudan. D’autres pourraient alimenter l’industrie pornographique, avance M. Gagné, vice-président québécois de l’organisme.

D’après l’Agence France-Presse, le gouvernement soudanais a démenti la présence d’esclaves dans les régions qu’il contrôle, blâmant plutôt la guérilla sudiste. Les autorités affirment qu’une enquête a démontré dans le passé que ceux que l’ONG considère comme des esclaves sont des prisonniers de guerre capturés lors d’affrontements tribaux et relâchés habituellement après le paiement d’une rançon par la tribu ou le gouvernement.

Le gouvernement a toujours démenti, note le père Gagné. Les prises de position des membres de la CSI (Christian Solidarity International) leur ont fermé les frontières du Soudan. Ils y sont donc allés en douce, en janvier, quelques heures seulement, le temps de régler les transactions, explique M. Gagné. Ce sont des gens établis au pays qui aident les esclaves affranchis à retourner dans leurs familles, ajoute-t-il.

Depuis 1995, la CSI dit avoir libéré 5066 personnes au Soudan. Elle se défend d’encourager ainsi le trafic d’esclaves. En entrevue au réseau britannique BBC, un des responsables, John Eibner, déclarait l’été dernier que l’opération ne favorisait pas la pratique puisque celle-ci a cours de toute façon. Le prix d’échange, l’équivalent de 76 $ canadien, n’aurait pas changé depuis 1995.

Il aurait même baissé un peu, selon un reportage paru cette semaine dans le magazine français Le Point et consacré à l’esclavage au Soudan. On décrit ce trafic comme une arme pour « arabiser » le sud du pays déjà affligé par la famine.

Ironiquement, la congrégation des Pères trinitaires a été fondée il y a 800 ans pour enrayer l’esclavage. Aujourd’hui, le père Gagné ne peut que constater que les drames se répètent. « Je trouve ça effrayant. Surtout qu’avec des organismes internationaux humanitaires, on n’arrive pas à faire connaître ces situations. C’est un des scandales de cette fin de siècle. »

(La Presse, 1er février 1999)

21 septembre 2026

 


AUJOURD'HUI : La Journée mondiale de la maladie d'Alzheimer


JOURNÉE MONDIALE DE LA MALADIE D'ALZHEIMER

Cuisiner une fois par semaine pourrait réduire le risque d’Alzheimer chez les aînés

Par Benoit Voyer

21 septembre 2026

Préparer soi-même un repas au moins une fois par semaine pourrait être associé à une diminution du risque de maladie d’Alzheimer chez les personnes âgées.

Les chercheurs de l’Institut des sciences de Tokyo ont suivi pendant six ans près de 11 000 Japonais âgés de 65 ans et plus. Ils ont constaté que les personnes qui cuisinaient au moins une fois par semaine présentaient un risque réduit de 23 % à 27 % de développer la maladie d’Alzheimer comparativement à celles qui cuisinaient moins souvent.

Selon cette étude japonaise, publiée dans le Journal of Epidemiology and Community Health, l’effet semblait encore plus marqué chez les personnes qui déclaraient ne pas bien savoir cuisiner au départ, peut-être parce que l’apprentissage de nouvelles habiletés stimule davantage les fonctions cognitives.

Les chercheurs demeurent toutefois prudents : il s’agit d’une association et non d’une preuve de causalité. Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce lien, notamment l’activité physique liée aux courses et à la préparation des repas, la stimulation mentale ainsi qu’une alimentation souvent plus riche en produits frais et moins transformés.

Alors que la maladie d’Alzheimer demeure incurable, les spécialistes rappellent que plusieurs habitudes de vie peuvent contribuer à réduire ou retarder le risque, notamment l’activité physique, les interactions sociales, le contrôle de la tension artérielle et la stimulation intellectuelle.

Le 21 septembre est la Journée mondiale de la maladie d’Alzheimer.

FRÉDÉRIC JANSSOONE : Pensée


FLASH : Sainte-Julienne, dans la région de Lanaudière


La route 125, à Sainte-Julienne, dans la région de Lanaudière, le 21 septembre 2026.