PSYCHOLOGIE : Dialoguer
Par Benoit Voyer
14 octobre 2026
Il ne suffit pas de connaître les bonnes techniques de communication pour être entendu. Parler calmement, choisir les bons mots ou adopter une posture ouverte ne garantit pas, à elles seules, une véritable communication. Encore faut-il que les paroles soient en accord avec la personne qui les prononce. Sans authenticité, le discours sonne faux.
Les spécialistes, consultés pour l’élaboration d’un dossier consacré à la communication publié dans l’édition de juin 2026 du magazine français Psychologies, soulignent que la communication commence souvent par l'écoute. Être réellement disponible, choisir le bon moment, tenir compte du contexte et accueillir le point de vue de l'autre favorisent davantage le dialogue que la volonté d'avoir raison. Dans bien des échanges, écouter avec attention vaut parfois mieux qu'accumuler les arguments.
La voix, le langage du corps et la maîtrise des émotions jouent également un rôle important. Une voix posée et sincère rassure davantage qu'un ton autoritaire, tandis qu'une attitude cohérente renforce la crédibilité du message. Enfin, bien communiquer demeure un apprentissage. Lire, écrire, réfléchir à ses idées et s'exercer à parler sont autant de moyens de développer une parole claire, convaincante et respectueuse.
FLASH : Le privé en santé ?
Au Québec, la loi 83, adoptée en 2025, empêcherait les médecins du privé de travailler dans le réseau public. C’est ce que soutenait le Dr Pascal-André Vendittoli, chirurgien orthopédiste et président de la Fédération des médecins de pratique privée du Québec. Il est aussi directeur médical et copropriétaire de la Clinique Duval, à Laval, professeur titulaire au Département de chirurgie de l’Université de Montréal et chercheur clinicien spécialisé dans la reconstruction articulaire.
Le 21 septembre, au micro de QUB, il soutenait que cette restriction n’a apporté que peu d’améliorations au système public.
Il disait à Richard Martineau : « C’est le nœud de la guerre actuellement, le gouvernement n’arrive pas à financer les soins de santé au niveau provincial et il cherche une porte de sortie. Donc, actuellement la porte de sortie qui est utilisée depuis quelques années, c’est de réduire le panier de services, de réduire l’accès et de limiter, par exemple, les entrées en médecine, des médecins sur les facultés, de limiter la venue de médecins de l’étranger et ça, ça n’offre pas des soins à la population. »
Il expliquait que les difficultés d’accès aux soins poussent de nombreux Québécois vers les cliniques privées et que certains patients doivent même vendre des biens personnels pour financer leurs traitements. (Benoit Voyer, 14 octobre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Les fardeaux que parfois on impose aux autres
Par Benoit Voyer
14 octobre 2026
Deux grandes questions surgissent de mes pensées :
Est-ce que ma manière de vivre ma foi aide les autres à rencontrer Dieu, ou risque-t-elle parfois de leur ajouter des fardeaux ?
Est-ce que je m’attarde davantage aux règles et aux apparences qu’à l’amour de Dieu et des autres ?
Parfois, les paroles de Jésus pourraient m’être adressées : « Vous aussi, les docteurs de la Loi, malheureux êtes-vous, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter, et vous-mêmes, vous ne touchez même pas ces fardeaux d’un seul doigt. » (cf. Lc 11, 42-46)
POINT DE VUE CATHOLIQUE : Joseph-François Lafitau
Par Benoit Voyer
14 octobre 2026
Joseph-François Lafitau est né le 31 mai 1681 à Bordeaux, en France. Il est le fils de Jean Lafitau, un marchand de vin et banquier, et de Catherine-Radegonde Berchenbos.
À l’automne 1696, Joseph-François entre chez les jésuites de Bordeaux. Après sa formation, il enseignera.
Le 10 avril 1711, de Paris, il demande au supérieur de la Compagnie de Jésus, à Rome, Michelangelo Tamburini, d’être envoyé dans les missions de la Nouvelle-France. Celle-ci est accordée. Il partira à la fin de l’année.
En Nouvelle-France, il est envoyé auprès des Iroquois. En plus d’être préoccupé par la transmission de la foi chrétienne, il occupe son temps à prendre des notes. Il observe. Il décrit. Il compare. Il cherche à comprendre les mœurs des habitants du Nouveau Monde.
Sa manière de penser ce monde est particulière. Tout est classé en « trois tiroirs ».
Le premier tiroir est celui des peuples autochtones qu’il côtoie directement en Amérique. Il étudie leurs pratiques, leurs traditions, leurs croyances, leur organisation familiale et politique.
Le deuxième tiroir est celui des grandes civilisations anciennes : les Grecs, les Romains, les Hébreux, les Égyptiens et les peuples mentionnés dans les récits bibliques.
Le troisième tiroir est celui du christianisme, qui constitue pour lui le cadre d’interprétation ultime de l’histoire humaine.
Le jésuite refuse de considérer les peuples autochtones comme des sociétés dépourvues de pensée ou de spiritualité.
Lorsqu’il observe une coutume autochtone, Lafitau ne la considère donc pas comme un phénomène isolé. Il cherche des ressemblances avec les sociétés anciennes et tente de comprendre comment ces éléments peuvent s’inscrire dans une histoire plus large de l’humanité.
Cette manière de penser est profondément marquée par son époque. Joseph-François Lafitau reste un homme du XVIIIe siècle, avec les catégories intellectuelles et religieuses de son temps. Il ne faut pas lui attribuer une vision contemporaine des cultures. De nos jours, les intellectuels reconnaissent son originalité.
À une époque où certains Européens jugent les peuples éloignés à partir de leurs propres normes, Lafitau tente de découvrir une logique dans leurs pratiques. Il cherche une humanité commune derrière la diversité des coutumes.
Son œuvre, publiée en 1724 sous le titre « Mœurs des sauvages amériquains, comparées aux mœurs des premiers temps », témoigne de cette volonté de comparaison. Son objectif n’est pas seulement de raconter ce qu’il a vu en Amérique, mais d’établir des liens entre les différentes expressions de la vie humaine.
Aujourd’hui, cette approche semble limitée, mais demeure fascinante. Les sciences humaines modernes ont développé d’autres méthodes. Elles cherchent davantage à comprendre chaque culture selon ses propres références, plutôt que de la comparer constamment à des modèles anciens ou bibliques.
Mais il est injuste de réduire Lafitau aux limites de son époque. Son intuition fondamentale est fort intéressante. Pour comprendre une société différente de la nôtre, il faut d’abord accepter qu’elle possède une cohérence propre.
Pour Lafitau, l’humanité n’est pas une juxtaposition de peuples séparés. Elle appartient à une même histoire. Les différences entre les cultures ne suppriment pas une unité profonde de l’être humain. Derrière les langues, les rites et les traditions, il cherche une même interrogation : d’où venons-nous et quel sens donner à notre existence ?
Les « trois tiroirs » de Lafitau résument finalement une grande ambition : mettre en dialogue trois façons de regarder le monde pour chercher une compréhension plus vaste de l’homme.
Joseph-François Lafitau décède à Bordeaux, le 3 juillet 1746.
P.S. Merci au professeur Louis Rousseau
de m’avoir fait découvrir ce personnage fascinant de notre histoire.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Marguerite Blais
Que pensez-vous de la position de l’Église catholique en matière de sexualité? a demandé le journaliste de la revue à l’animatrice Marguerite Blais. « Là, monsieur, on entre dans un sujet glissant! » a-t-elle répondu. Après un long moment d’hésitation, à l’instant où j’allais lui poser d’autres questions, elle me dit : « Écoutez, je n’ai pas peur de mes opinions! »
par Benoît Voyer
La série « Des mots pour le dire » est assurément l’émission télévisée qui l’a le plus fait connaître du public québécois. « J’ai fait 750 entrevues concernant la sexualité et j’avais envie de faire des entretiens sur autre chose… C’est une question de nourriture quotidienne, raconte cette femme âgée d’une quarantaine d’années. De plus, j’ai observé que la sexualité ouvrait une porte vers d’autres valeurs… Je trouvais que j’avais fait le tour de mon jardin concernant ce sujet. Je ne voulais pas devenir sexologue! »
L’animatrice convient que le sexe est un sujet tabou. Les gens ont de la difficulté à en parler surtout lorsque cela concerne leur vie sexuelle. Pourtant, c’est une chose normale. Toute personne est sexuée. Nous sommes tous venus au monde avec un sexe! Cela fait partie de la vie.
Elle le dit et le répète à plusieurs reprises : « Y a rien de mauvais là-dedans! » Ce sont les tabous qui ont rendu les gens malades par rapport à la sexualité. Pour Madame Blais, avoir des désirs et des pulsions, c’est sain pour la santé.
Elle avoue ne pas avoir été très à l’aise au début de la série. Marguerite Blais raconte : « J’avais 40 ans et je ne parlais pas de sexualité ouvertement à mes amis et là j’abordais ce sujet à tous les jours à la télévision! Les gens voyaient bien que ce n’était pas naturel. Je ressentais un certain malaise et j’affichais une certaine pudeur. J’avais autant de tabous que les téléspectateurs. »
Avant de parler de son opinion sur le modèle de sexualité proposé par l’Église, elle hésite longuement. Comme si c’était un sujet complexe. En réfléchissant à voix haute, Marguerite Blais confie qu’elle n’aime pas la position de durcissement du pape actuel sur de nombreux sujets.
L’animatrice de télévision ose se prononcer : « Il faut que l’Église évolue avec la situation du temps… Quand on dit qu’on ne doit pas avoir recours à des méthodes contraceptives artificielles… On sait que le condom fait partie de celles-ci. Nous savons qu’il y a des villages qui sont décimés par le sida partout en Afrique… J’ai un malaise avec ça… Je ne suis pas à l’aise par rapport à certaines positions… »
En cherchant ses mots (comme si elle ne voulait pas provoquer), elle poursuit : « L’Église dit qu’elle accepte les gens avec leurs différences… l’Église n’accepte pas les homosexuels… accepte et n’accepte pas… Elle fait toujours attention à ce qu’elle dit, comment elle se place face à cela. »
Marguerite Blais a choisi d’accepter les gens tels qu’ils sont. C’est d’ailleurs ce que l’émission lui a appris. Les individus souffrent beaucoup et ces souffrances sont teintées par la sexualité qui a été brimée : inceste, viol, homosexualité, etc. Elle renchérit en disant que pour différentes raisons, les gens ont développé des problèmes à cause du sexe et cela nuance la personnalité de leur être au quotidien, dans leurs relations de travail et avec les autres.
« Il faudrait que les humains soient capables de vivre tels qu’ils sont, que nous soyons assez forts pour accepter ces différences-là et ne pas vouloir mettre ces gens à l’image de ce qu’on a décidé. Y en a pas une image! Il y a une multitude d’images et d’humains! » dit Marguerite Blais qui me regarde avec de beaux yeux bleus.
Chasteté
Un des problèmes de la société américaine actuelle, c’est que les enfants ne sont pas assez « enfant » longtemps. Ils sont adultes trop vite. Dans certaines familles, ils ont de la difficulté à trouver au sein du foyer la chaleur humaine dont ils ont tellement besoin. Ils cherchent ailleurs cette tendresse.
« Je pense que les jeunes seraient actifs sexuellement plus tard si les parents étaient beaucoup plus encadrants et plus affectueux avec eux », confie-t-elle.
Marguerite Blais sait de quoi elle parle. Elle a à la maison des adolescents qui commencent à regarder les revues et les garçons mais, ils n’ont pas commencé à « faire l’amour ». Elle veut prolonger cela le plus longtemps possible. Sa façon d’y parvenir, elle se veut présente à eux en leur donnant beaucoup de tendresse.
« Les jeunes qui pensent à la chasteté, avoue Marguerite Blais, je crois que c’est correct! C’est pour prolonger leur enfance le plus longtemps possible. C’est beau la sexualité! Mais c’est encore plus beau quand ce n’est pas seulement de la sexualité pour la sexualité. Il faut de la profondeur »
Mgr Jean-Guy Hamelin
C’est de Mgr Jean-Guy Hamelin, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, qu’elle garde ses meilleurs souvenirs concernant le catholicisme.
« Il m’avait invitée à donner une conférence parce que j’animais une émission sur la sexualité à la télévision. Cette invitation a provoqué un tollé de protestations. Il y avait beaucoup de gens qui avaient écrit à Mgr Hamelin pour qu’il annule la conférence », raconte Madame Blais avec enthousiasme.
Elle ajoute : « Ce soir-là le théâtre était plein à craquer. J’avais dit aux gens : Est-ce que vous me connaissez? Vous me jugez! Est-ce que c’est ça la foi chrétienne? Juger les gens sans les connaître! Vous ne savez pas qui je suis! Vous ne connaissez pas mes valeurs et ma foi chrétienne! C’est là que j’ai dit : Vous pensez que Mgr Hamelin n’a pas de sexe! Il a une sexualité mais il a fait le choix d’être abstinent, c’est un choix sexuel! Ça avait un peu brassé! »
Après la causerie, elle participe à la messe de Mgr Hamelin. Elle est seule avec lui. Ce fut la plus belle messe de sa vie. Elle était simplement là avec l’évêque. Elle s’en souviendra toujours. C’était d’une grande profondeur.
Sa foi
Sa pratique religieuse, c’est sa famille. « J’étais très inconsciente quand je me suis dotée de cette famille-là. J’ai déraciné deux enfants au Pérou et un au Guatemala. Des enfants qui étaient déjà pas mal grands. Je trouvais ça ben ben l’fun! C’était trippant! C’était exotique! C’était mon action à moi, mon oeuvre… Mon oeil! »
Elle regrette d’avoir déraciné ces enfants qui n’ont pas demandé d’être ici. Pourtant, elle est une bonne mère malgré certaines difficultés.
Le soir, ils bénissent le repas ensemble. Il n’est pas question de réciter une formule apprise par cœur. Ils préfèrent s’inventer quotidiennement une formule en rapport avec les difficultés de la journée.
« Ma foi chrétienne, je la vis aussi en prenant le temps de jaser avec les gens dans la rue, des gens très simples qui pensent que je ne suis pas abordable. L’autre jour, je suis allée dans un marché d’alimentation et je suis sortie… Il pleuvait à “boire debout”… Il y avait un itinérant qui jouait de l’accordéon et qui chantait. Il avait le courage de faire de la musique… J’ai pris le temps pour lui parler un peu et lui donner de l’argent. Pour moi c’était mon partage de la journée », ajoute-t-elle.
De temps à autre, elle s’arrête dans une église. Elle prend le temps de se recueillir. Elle va parfois à la chapelle Notre-Dame-du-Rosaire au coin des rues Berri et Sainte-Catherine au centre-ville de Montréal ou à la cathédrale montréalaise. À ce dernier endroit, elle avoue en profiter également pour aller saluer son amie, l’organiste Hélène Dugal. Elle confesse, néanmoins, ne pas aller à la messe à chaque dimanche.
Toutefois, Marguerite Blais avoue avoir une grande admiration pour la Vierge Marie : « Pour moi, elle a adopté Jésus! », conclut-elle sur le ton de la confidence.
(Revue Notre-Dame du Cap, janvier-février 1995, pp. 19 à 21)
PSYCHOLOGIE : L’intuition peut parfois jouer des tours
Par Benoit Voyer
13 octobre 2026
L’intuition n’est pas seulement un pressentiment mystérieux. Selon plusieurs chercheurs, elle serait plutôt le résultat d’un « calcul inconscient » de notre cerveau, qui analyse rapidement des expériences, des connaissances et des observations accumulées au fil du temps.
Mais il faut le dire, l’intuition n’est pas toujours synonyme de vérité. Elle peut nous éclairer comme elle peut nous tromper.
En juin 2026, dans le magazine français Psychologies, le psychologue Daniel Kahneman rappelait que notre cerveau possède un mode de pensée rapide, automatique et émotionnel, mais qu’il doit parfois être accompagné d’une réflexion plus lente et rationnelle. La sagesse consiste peut-être à écouter son intuition… sans jamais renoncer à l’examiner. En santé mentale comme ailleurs, l'intuition peut être une alliée précieuse, à condition de ne jamais la confondre avec une certitude.
FLASH : Combien puis-je donner à un parti politique au Québec?
En cette année d'élections générales, il est possible de donner jusqu'à 200 $ à chacune des formations politiques autorisées au Québec, comparativement à 100 $ en temps normal.
Le site du directeur général des élections du Québec indique que cette contribution doit obligatoirement provenir de personnes qui sont autorisées à voter. Ainsi, les entreprises et les organismes ne peuvent pas contribuer.
Depuis 2013, les contributions ne donnent droit à aucun crédit d'impôt. Par souci de transparence, le nom du donateur, sa municipalité et le montant de sa contribution sont publiés sur le site d'Élections Québec. (Benoit Voyer, 13 octobre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Une affaire de cœur
Par Benoit Voyer
13 octobre 2026
Dieu ne nous demande pas seulement d’avoir les mains propres; il nous demande surtout d’avoir un cœur qui apprend à se donner.
C’est un peu ce que Jésus tentait d’enseigner : « vous purifiez l’extérieur de la coupe et du plat, mais à l’intérieur de vous-mêmes vous êtes remplis de cupidité et de méchanceté. Insensés ! » (cf. Lc 11, 37-41)
Aujourd’hui, je me questionne : qu’est-ce que je cherche davantage à purifier : mon image extérieure ou mon cœur ?
PATRIMOINE : La Maison Béthanie de Pointe-du-Lac
Par Benoit Voyer
13 octobre 2026
Plusieurs communautés religieuses s’établissent à Pointe-du-Lac, aux abords du lac Saint-Pierre, à partir des années 1870, parmi celles-ci figurent les Pères de la Fraternité sacerdotale fondée en France, en 1901, par le père Eugène Prévost (1860-1946). L’année suivante, il fonde les Sœurs Oblates de Béthanie, dont la mission est de collaborer aux œuvres sacerdotales. Les deux communautés s’installent à Pointe-du-Lac, devenue un arrondissement de Trois-Rivières, au tournant des années 1930.
En 1929, les Pères de la Fraternité Sacerdotale achètent une propriété et ouvrent le Cénacle Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus. En 1934, le père Prévost fait construire un nouveau bâtiment destiné aux Oblates de Béthanie. Le Cénacle Saint-Pierre est ensuite érigé en 1949.
La Maison Béthanie voit le jour vers la fin des années 1950. Les Pères de la Fraternité Sacerdotale et les Sœurs Oblates de Béthanie s’y installent. En 1961-1962, l’architecte Arthur Lacoursière (1910-1982) est chargé des plans de la chapelle.
L’histoire de la Maison Béthanie prend un nouveau tournant en 1965. Aux prises avec des difficultés financières, la communauté vend la Maison Béthanie et le Cénacle Saint-Pierre aux Sœurs de la Charité d’Ottawa. Celles-ci transforment la Maison Béthanie en maison de repos pour leurs religieuses.
La valeur patrimoniale de la Maison Béthanie tient à son emplacement. Elle se dresse face au lac Saint-Pierre, sur un vaste terrain verdoyant en retrait de la rue Notre-Dame Ouest.
Pas très loin de là se trouvent le noyau historique et religieux ancien de Pointe-du-Lac, l’église Notre-Dame-de-la-Visitation ainsi que le site historique du Moulin-Seigneurial-de-Tonnancour, classé en 1975.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Pierre Bruneau
Qui n’a pas peur de la mort? Jeune ou âgé le drame de l’incertitude est toujours le même. Nous avons une crainte de l’inconnu. Pierre Bruneau, nouvelliste à la télévision montréalaise, en sait quelque chose : il a assisté son fils Charles sur la route des cieux. « Aujourd’hui, je ne suis pas effrayé de mourir », a-t-il confié au journaliste du magazine.
par Benoît Voyer
« Charles nous a fait comprendre que ça ne peut pas arrêter là, que nous allons nous retrouver. La mort, c’est la renaissance! À ce moment, il y a de la sérénité sur le visage des gens. C’est qu’à quelque part, il y a la fin des souffrances et le début d’une autre étape », raconte Pierre Bruneau.
Le journaliste a vécu des instants très intenses avec son jeune adolescent : le passage de vie à trépas. La dernière véritable discussion qu’il a eue avec lui portait sur ce passage vers l’au-delà. Charles a fait promettre à son père de continuer le combat avec lui. Ainsi, pour Pierre Bruneau, le décès est bien plus que l’absence physique d’un individu. C’est le moment d’une communion spirituelle enrichissante.
« Six mois avant de partir, ajoute monsieur Bruneau, le médecin nous avait dit : “Il lui reste deux semaines au maximum”. Ma femme et moi avons paniqué. Nous étions assurés que… Nous nous disions “on va le faire incinérer et nous ferons une petite cérémonie juste entre nous”. Au bout des deux semaines en question, il est sorti de l’hôpital et j’ai cru au miracle. Je me disais : “Ça arrive pour d’autres, c’est sûrement arrivé pour nous”. Charles était en pleine forme, il est allé au secondaire pendant ces semaines. Je me croyais ridicule d’avoir pensé à la mort. J’ai compris plus tard le pourquoi de cette rémission : Nous n’étions pas prêts ».
Il avait encore des choses à faire saisir à papa et maman. Une bonne journée, le jeune Bruneau a expliqué à ses parents son désir de funérailles dans la vieille église de Boucherville, en face du fleuve, parce que pour lui le fleuve représente la vie et il a fait part de son souhait d’être enterré avec son corps qui l’a fait souffrir. Il ajouta : « Je veux aussi être exposé pour voir mes amis une dernière fois. De plus, ils ont aussi le droit de me voir ». Ce message allait à l’opposé de la planification du couple. Les dernières volontés de Charles Bruneau furent réalisées.
Pierre se souvient encore : « Juste avant sa mort, je lui ai dit : “Mon grand, il y a six mois, tu m’as dit ton désir de guérir. Tu nous l’as prouvé en revenant à la santé. Aujourd’hui, on est au même carrefour qu’à cette époque. Ce chemin-là tu le vois, tu le connais, il est difficile et rocailleux. L’autre avenue tu pouvais l’emprunter à ce moment. Tu la vois encore en face de toi. Sur ce sentier, il y a une accueillante lumière au bout. Tu es inquiet car tu dois y aller seul. Nous ne pouvons pas nous y rendre avec toi. C’est peut-être ce chemin que tu dois prendre parce que c’est un sentier de paix. Dis-toi qu’il y a quelqu’un qui t’attend”. Je voyais des larmes sur ses joues… »
La sérénité est venue l’habiter et Charles a traversé dans l’autre monde. Une expérience que Pierre Bruneau a trouvée difficile et tellement belle à la fois.
L’homme de télévision a tenu sa promesse. Il poursuit le combat en aidant des centaines d’enfants aux prises avec le cancer.
Il travaille activement, en collaboration avec la Fondation Charles Bruneau, Vidéotron et l’Hôpital Ste-Justine, à trouver du financement pour le Centre de cancérologie Charles Bruneau qui ouvrira ses portes prochainement.
L’opération coûtera 17 millions de dollars, 10 millions proviendront des prochains téléthons de l’Opération enfant soleil. Puisque l’argent nécessaire n’est pas entièrement disponible pour l’instant, le groupe Vidéotron prêtera 8 millions à l’Hôpital Ste-Justine et paiera les intérêts (environ 2 millions). Enfin, 2 millions proviendront du Gouvernement du Québec. Les 7 autres millions serviront à meubler l’établissement et acheter les équipements nécessaires. Sur ce montant, 3 millions proviendront du provincial et du fédéral et 4 millions seront assumés par la Fondation Charles Bruneau.
L’Hôpital Ste-Justine prendra possession de l’établissement dans quelques jours et l’ouverture officielle est prévue pour le mois de janvier prochain.
Charles Bruneau aurait 19 ans. Son père essaie parfois d’imaginer son fils à cet âge. Il en est incapable : « Charles aura toujours 12 ans. »
Le communicateur
Pierre Bruneau n’avait jamais pensé faire une carrière en communication. Il voulait travailler en psychologie. C’est par un heureux hasard qu’il a commencé à faire de la radio à Victoriaville en 1972. Rapidement, il passe à CKAC. Puisque ce travail devenait plus intéressant que le reste, il abandonne ses études.
« Je m’étais dit : “Ce que j’ai appris, j’utiliserai jamais ça!” dit-il. Bien au contraire! Je m’en sers dans ma façon d’élever les enfants, de côtoyer les gens malades… Qu’importe les études que tu fais, ce n’est jamais perdu. Tôt ou tard, c’est utile ».
Depuis 18 ans, il a changé sa façon de livrer l’information à la télé. Il tente, maintenant, de se faire plus près des gens.
Le monopole, le contrôle de l’information existe-t-il? Faisons-nous du spectacle avec les nouvelles du jour?
« Prenons un exemple récent. La guerre au Rwanda nous a permis de voir des milliers de cadavres à l’écran. C’est terrible! Les gens trouvent qu’on exagère… Est-ce qu’on doit montrer ça? La société évolue tellement… Je pense que lorsqu’on dit qu’une image vaut mille mots, c’est très réaliste! Bien entendu, il y a des images que nous censurons nous-mêmes! Même si tu vois un cadavre mutilé, je pense que ça donne rien de plus… Quand on dit : “Au Rwanda, le nombre de cadavres retrouvés s’élevaient par milliers”, cela n’a pas beaucoup d’impact. Montrez une image de 10 secondes, les gens comprennent », stipule l’animateur du “TVA-édition 18 heures”.
« Dans l’actualité, je suis très impressionné par ce qui touche la pauvreté et les jeunes. Je pense que les gens sont un peu comme ça; c’est toujours plus émouvant et plus injuste quand ce sont des enfants. Quand tu penses qu’il y a 25% des individus qui ne travaillent pas… » avoue Pierre Bruneau.
L’Église
Il voit de bons signes pour l’Église. Il constate que les évêques tentent cette approche missionnaire en allant plus vers les gens. Il se rappelle d’un article du journal Le Soleil qui raconte que Mgr Maurice Couture, l’archevêque de Québec, a rassemblé des gens d’affaires à Québec. Pour lui c’est positif.
Il pense que l’Église a un message important à transmettre, mais, il ne passe pas dans l’opinion publique. « C’est une question de mentalité, confie-t-il. La clientèle de l’Église est âgée, les clercs le sont eux-mêmes. Alors, c’est difficile d’être près du monde. Par contre, je vois qu’il y a des jeunes prêtres qui sont très dynamiques, très près des gens et qui vont à la rencontre des individus… »
Il insiste. Le véritable problème c’est le message, pas nécessairement les messagers. Le discours officiel de l’Église est trop différent du contexte canado-américain. Il souligne, notamment, les dossiers de l’avortement, de la contraception et de la fidélité conjugale. « L’Église ne s’est pas ajustée. Est-ce qu’il y a de la place pour les divorcés-remariés? Oui dans les discours, non dans le concret! » affirme-t-il.
Il croit qu’il n’est pas trop tard pour essayer de changer le discours. Monsieur Bruneau est de confession catholique. Pratiquant? Il confie ne pas se joindre à une communauté chrétienne à chaque semaine. Sa pratique religieuse se fait plus particulièrement par son implication sociale.
(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1994, pp. 19 à 21)
FLASH : Décès de Jean-Luc Mongrain
C’est avec regret que j’ai appris le départ de Jean-Luc Mongrain.
Je ne l’ai pas connu personnellement, mais comme bien des Québécois et Québécoises, je l’ai suivi au fil des années au petit écran.
Il avait une manière bien à lui de voir l’évolution du monde. On pouvait être d’accord ou non avec lui, mais il ne laissait personne indifférent.
Mes sincères condoléances à sa famille et à ses proches et l’assurance de ma prière.
Benoit Voyer
12 octobre 2026
SANTÉ MENTALE : Un signe de faiblesse ?
Par Benoit Voyer
12 octobre 2026
Un homme sur trois considère que les problèmes de santé mentale sont un signe de faiblesse. C’est ce que révèle un rapport publié le 11 juin 2026 par GreenShield et Recherche en santé mentale Canada. L’étude souligne que les jeunes hommes demeurent particulièrement réticents à demander de l’aide, alors que plusieurs vivent des symptômes importants d’anxiété ou de dépression.
Selon le rapport, près de la moitié des jeunes hommes âgés de 16 à 29 ans ayant entrepris une démarche de soutien ont abandonné leur suivi avant la fin prévue. Parmi les principales raisons évoquées figurent le sentiment de manquer de contrôle sur leurs soins, des horaires peu adaptés et l’impression de faire peu de progrès.
RÉFLEXION SPIRITUELLE : À la recherche de signes ?
Par Benoit Voyer
12 octobre 2026
Dieu n’a pas toujours à multiplier les signes pour nous convaincre. Parfois, ce qui manque, ce n’est pas un signe supplémentaire, mais un cœur disposé à écouter et à changer. (cf. Lc 11, 29-31)
Et si le signe que j’attends était déjà devant moi ?
« Dieu de puissance et de miséricorde, éloigne de nous, dans ta bonté, tout ce qui nous arrête, afin que sans aucune entrave, ni d’esprit ni de corps, nous accomplissions d’un cœur libre ce qui vient de toi » (prière d’ouverture de la messe d’aujourd’hui).
SAINTS ET SAINTES : La vénérable impératrice Zita d’Autriche
Par Benoit Voyer
12 octobre 2026
L’impératrice Zita de Bourbon-Parme naît le 9 mai 1892 en Toscane. Elle est la dix-septième enfant de Robert de Bourbon, duc de Parme, qui aura 24 enfants de deux mariages.
Issue d’une famille chrétienne de tradition catholique, Zita apprend très jeune que la richesse et le pouvoir sont fragiles. Ses parents accordent une grande importance à la culture, à la foi et au souci des plus pauvres. À douze ans, elle demande une machine à coudre afin de confectionner des vêtements pour les personnes dans le besoin. Elle consacre également une partie de son argent de poche aux moins fortunés.
Le 21 octobre 1911, Zita épouse l’archiduc Charles d’Autriche. Le couple aura 8 enfants.
À la mort de l’empereur François-Joseph, le 21 novembre 1916, Charles devient empereur d’Autriche et Zita, impératrice. Leur règne est cependant de courte durée. À la fin de la Première Guerre mondiale, en novembre 1918, Charles doit renoncer à l’exercice du pouvoir.
La famille est alors contrainte à l’exil. Charles meurt d’une pneumonie à l’île de Madère, le 1er avril 1922. Zita, alors enceinte de son huitième enfant, se retrouve veuve et doit poursuivre seule l’éducation de sa famille. En 2004, Charles sera béatifié par le pape Jean-Paul II.
La Seconde Guerre mondiale entraîne un nouvel exil. En 1940, fuyant Adolf Hitler, Zita et sa famille quittent l’Europe pour les États-Unis. Quelques mois plus tard, incognito, elle s’installe avec plusieurs de ses enfants à Québec. Profondément catholique, elle souhaite vivre dans un milieu où les enseignements de l’Église sont respectés et où ses enfants peuvent recevoir une instruction en français.
À partir d’octobre 1940, la famille habite la Villa Saint-Joseph (1328, avenue Duquet), à Sillery, propriété des Sœurs de Sainte-Jeanne-d’Arc, communauté fondée par le vénérable Clément-Marie Staub. Ses ressources ayant considérablement diminué, Zita y mène une existence modeste. Plusieurs de ses enfants étudient à Québec, notamment à l’Université Laval et auprès des Religieuses de Jésus-Marie.
La foi occupe une place centrale dans sa vie. À la Villa Saint-Joseph, Zita participe à la messe chaque matin et, lorsqu’elle le peut, aux vêpres du dimanche. Elle fréquente également l’abbaye Sainte-Marie des Deux-Montagnes, où elle effectue plusieurs visites entre 1943 et 1969. Les religieuses qui l’ont connue gardent le souvenir d’une femme simple, digne et attentive aux autres.
Durant son séjour au Québec, Zita demeure préoccupée par le sort de l’Autriche. Elle parcourt le Québec, le Canada et les États-Unis pour donner des conférences et recueillir de l’argent, de la nourriture et des biens destinés au peuple autrichien.
En 1948, les Sœurs de Sainte-Jeanne-d’Arc doivent se départir de la Villa Saint-Joseph. Zita quitte alors Québec. Elle retourne définitivement en Europe en 1953, tout en revenant visiter le Québec jusqu’en 1969.
Zita meurt le 14 mars 1989 à Zizers, en Suisse, à l’âge de 96 ans. Elle est inhumée le 1er avril dans la crypte des Capucins, à Vienne. Selon son souhait, son cœur repose à l’abbaye de Muri, en Suisse, auprès de celui de son époux, Charles Ier.
L’Église l’a déclaré vénérable et son procès de béatification s’est ouvert en 2008.
Son passage au Québec demeure associé à une vie d’exil marquée par la simplicité, le service des autres et une profonde fidélité à sa foi.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Callixte Kabayiza, prêtre du Rwanda
- Callixte Kabayiza, prêtre du Rwanda
Callixte Kabayiza, un prêtre tutsi, n’a pas échappé à l’horreur de la guerre du Rwanda : sa mère, son frère et sa sœur ont été assassinés par le régime. « Je me suis dit : si tu ne pars pas, tu ne partiras jamais ». Le lendemain, l’armée venait le chercher pour le tuer… Trop tard, il avait déjà quitté le pays.
par Benoît Voyer
Des morts, des morts, encore des morts. Une véritable folie collective s’empara des Rwandais. On aurait dit les nazis au temps de la dernière guerre mondiale. Tous les Tutsis, tous les intellectuels, tous les enfants, toutes les personnes âgées et tous les membres du gouvernement qui exerçaient un quelconque pouvoir devaient être tués. L’espérance de vie en ces jours sombres fut de zéro jour. Un cruel génocide…
Ce n’est pourtant pas d’hier que la tragédie se prépare. Pour bien comprendre la situation, il faut découvrir l’histoire de ce peuple. « Les faits sont un peu différents de ce qui a été diffusé dans les médias », a confié l’abbé Kabayiza.
L’Histoire d’un peuple
Avant 1900, le Rwanda était un pays organisé à sa manière avec une structure hiérarchique, une monarchie et trois groupes sociaux différents : les Hutus, les Twas et les Tutsis.
Callixte Kabayiza raconte : « C’était structuré de telle façon qu’il y avait un roi, des dignitaires, une aristocratie tutsie. C’était un peuple choyé qui a, notamment, échappé à la traite des noirs. »
Vers 1885, suite à la Conférence de Berlin, le Rwanda, la Tanzanie, le Togo, le Cameroun et le Rundi (nom d’époque du Burundi) passent aux mains des Allemands. Peu de temps après, de nombreux missionnaires catholiques commencent à faire leur apparition au pays. Ensemble, Allemands et catholiques construisent la civilisation rwandaise.
« Pour diriger le pays, ils s’appuient sur l’autorité existante et ils ont un peu cautionné celle-ci. Ils se sont dit : “C’est une organisation bien faite. On va s’appuyer là-dessus pour diriger la colonie.” Ils ont installé un pouvoir indirect de contrôle de la société », poursuit Callixte Kabayiza.
La première guerre mondiale passée, le Rwanda et plusieurs autres pays africains se retrouvent sous régime belge. « Ils ont continué la pratique des Allemands en soutenant l’élite dirigeante de l’époque, a expliqué le prêtre réfugié. À un moment donné, dans les années trente, il y a eu un “boum” catholique de conversion massive. Le peuple a tellement embarqué qu’on ose maintenant parler d’une tornade de l’Esprit ».
Il ajoute : « Ils ont continué à diriger et à cristalliser davantage les différences. De groupes sociaux nous en sommes venus à parler de groupes ethniques. Le fossé s’est de plus en plus élargi entre les peuples, particulièrement entre les Tutsis et les Hutus ».
Sans se préoccuper de l’avenir et des problèmes que cela causeraient, les Belges instaurent une carte d’identité rwandaise qui précise le groupe d’appartenance de l’individu. Après la proclamation de l’indépendance, en 1973, un coup d’État militaire fait du ravage. Juvénal Habyarimana prend le pouvoir. Il ne le perdra qu’au printemps dernier lors de l’écrasement de l’avion qui le transportait en compagnie du président du Burundi.
Le Rwanda n’est pas une société de type d’écriture. Elle est plutôt de tradition orale. Peu de gens savent lire et écrire.
De cette façon, la radio joue un rôle important dans l’information, l’éducation et… la propagande des idées.
Le 6 avril dernier, le président Habyarimana a eu un accident d’avion. La garde présidentielle prit la relève : les tueries, les génocides, les massacres commencent…
« C’était donc une campagne d’intoxication, de pollution, de manipulation, insiste Callixte Kabayiza. Ce n’était pas vraiment une lutte interethnique, c’était un programme planifié, organisé et exécuté par un petit groupe ».
Même si la guerre est terminée au moment de mettre sous presse, le religieux du Rwanda dit qu’il pourrait y avoir une suite car il y a de nombreux militaires qui n’ont pas été désarmés.
La reconstruction du pays va être difficile et longue car le mal est très profond, les cicatrices sont sérieuses. Combien de temps pour rétablir la paix? « Ça va dépendre comment on va s’y prendre et de l’aide que le pays recevra, confie le réfugié. Il faudra juger ceux qui ont fourni des armes et les coupables. Il faut relancer le pays sur des bases plus solides, sur la paix sociale, la compréhension, la tolérance, non sur les ethnies et les différences ».
La guerre
Comme ses compatriotes, il apprend, le 7 avril, que le président du pays est décédé et, par l’intermédiaire d’amis, que des massacres ont commencé dans différentes régions. Jusqu’au 11 avril, le jour où les communications téléphoniques ont été coupées, il garde ses précieuses relations. Le 14, sa mère est assassinée dans une église avec plusieurs autres Rwandais. Le 15, il décide de fuir. Le 16, il quitte.
« Comme prêtre, comme intellectuel, comme Tutsi, j’étais ciblé. Je savais que j’étais en danger. J’ai fui grâce à un ami Hutu. Il m’a fait passer la frontière située à une quinzaine de minutes d’où j’habitais. J’ai passé par le Burundi. S’il n’avait pas été avec moi, je n’aurais jamais pu passer les postes militaires. Il y avait des gardes partout, je lui dois la vie », relate-t-il avec émotion.
Derrière chaque expérience négative de la vie, il y a toujours une parcelle de lumière pour l’existence et la foi. Ceci n’échappe pas à ce prêtre. « Y-a-t-il quelque chose de positif à tirer pour votre foi? », lui a demandé le journaliste du magazine.
« Ce n’est pas facile à dire… (Il hésite longuement avant de répondre tellement sa blessure intérieure est profonde). Quand on a vécu ces horreurs et qu’on a été touché personnellement, on se pose des questions et on pose des questions : Pourquoi Dieu a permis ça? À quoi sert encore la foi? Moi je me suis sérieusement posé cette question : Est-ce qu’on peut encore croire malgré tout cela? Ces gens qui ont massacré mon peuple étaient des catholiques qui pratiquaient leur foi. Est-ce un échec pour la jeune Église du Rwanda? Moi, comme prêtre, comme croyant, ça me pose bien des questions ».
Il ajoute sur le ton de la déception : « En plus, ça me pose la question de la présence de l’Église. Elle était très implantée. Pourtant, elle n’a jamais élevé la voix de manière précise pour dénoncer le mal, pour prévenir la catastrophe. Il faut que l’Église se questionne sérieusement. »
Puisque sa souffrance est encore récente, il n’a pas encore trouvé toutes les réponses. Toutefois, une certitude naît en lui : sa foi a grandi. « Je ne la vivrai pas comme avant! »
Accueilli au Canada à titre de réfugié, Callixte Kabayiza n’entend pas chômer. Il aide le clergé du diocèse de Montréal. De plus, il veille à l’éducation des enfants de son frère qui sont arrivés au Québec il y a quelques jours.
(Revue Notre-Dame du Cap, novembre 1994, pp. 13 et 14)
HISTOIRE : Ambroise Voyer (1833-1917)
Par Benoit Voyer
11 octobre 2026
C'est en l'honneur d'Ambroise Voyer (1833-1917), un pionnier de l'ancienne municipalité de Sainte-Cécile-du-Bic, qu'est nommée l'avenue Voyer, à Rimouski. Ce chemin est aussi appelé « côte Voyer ». Jadis, on parlait de la « route Voyer ».
Fils d'Éléonore Pelletier (1804-1881) et de Louis Voyer (1804-1886) – et fier descendant de René-Étienne Voyer (1714-1785) et de Magdeleine Dupont (1730-1812) –, Ambroise est né le 11 janvier 1833 à Saint-Pascal, Kamouraska. De tradition catholique, il est baptisé le lendemain dans l'église de l'endroit.
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| Ambroise Voyer |
Ambroise est un cultivateur prospère. Engagé dans sa communauté, il est l’un des cinq syndics élus en 1891 pour mettre à exécution le décret de Mgr Jean Langevin, évêque de Rimouski, permettant la construction d'une nouvelle église et d'une sacristie.
Ambroise Voyer quitte ce monde le 12 octobre 1917. Trois jours plus tard, on lui rend un dernier hommage et on prie pour son repos éternel en l'église Sainte-Cécile du Bic. Après la cérémonie, il est inhumé avec ses parents dans le cimetière de la paroisse.
FLASH : Souper de retrouvailles d’Osons Québec à Mascouche
Afin de fraterniser, d’échanger et de mieux se connaître, plusieurs membres d’Osons Québec se sont retrouvés au Buffet des Continents, à Mascouche, le samedi 10 octobre. Créer des liens entre les membres est l’une des valeurs fondamentales de la nouvelle formation politique.
Privilégiant la vie communautaire et la participation citoyenne, Osons Québec mise sur les idées de ses membres. Son leader et porte-parole, l’entrepreneur Martin Charron, invite d’ailleurs les « Oquistes » à proposer des solutions nouvelles pour bâtir un programme électoral qui répond aux besoins des Québécois.
Reconnue par le Directeur général des élections du Québec le 2 septembre, en pleine campagne électorale, Osons Québec a présenté des candidats dans les circonscriptions de Mille-Îles et d’Argenteuil, conformément aux exigences de la Loi électorale. (Benoit Voyer, 11 octobre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Une petite note au sujet du royaume de Dieu
Une petite note au sujet du royaume de Dieu
Par Benoit Voyer
11 octobre 2026
Dieu est un peu spécial. Il prépare la table du banquet avant même que nous répondions à son invitation. Et lorsque certains refusent de venir, il ne ferme pas la salle. Au contraire, il ouvre davantage les portes.
Ainsi donc, le Royaume de Dieu commence là où l’on accepte simplement de se laisser inviter. Puis, ceux qui seront présents à la fête ne seront peut-être pas ceux qu’on pensait, car « beaucoup sont appelés, mais peu sont élus » (cf. Mt 22, 1-10)
JEAN-PAUL REGIMBAL : Au congrès marial d'Ottawa de 1947
Au congrès marial d’Ottawa de 1947, Jean-Paul Regimbal fait une rencontre providentielle qui changera sa vie
Par Benoit Voyer
11 octobre 2026
Du 18 au 22 juin 1947, au parc Lansdowne, Ottawa accueille un événement qui marque profondément la vie catholique canadienne : le Congrès marial international, organisé à l’occasion du centenaire de l’archidiocèse d’Ottawa.
Le cardinal James McGuigan, archevêque de Toronto, et tout le gratin religieux catholique du pays sont présents [1]. Le Congrès réunit également presque tous les évêques du pays, des religieux et des milliers de fidèles.
Le 18 juin 1947, le quotidien Le Droit publie un supplément de plus de 50 pages pour souligner l’événement. À part l’abondante publicité, on y donne le programme et on y présente les dignitaires et les activités. Parmi celles-ci, on retrouve des conférences, des célébrations et des manifestations artistiques.
Cette grande manifestation religieuse témoigne alors de la vitalité d’une Église profondément enracinée dans la société canadienne, capable de rassembler les fidèles autour de la dévotion mariale et de la mission apostolique.
Avant même le rassemblement d’Ottawa, la préparation du Congrès avait suscité un vaste mouvement religieux, notamment par le pèlerinage de Notre-Dame du Cap. La présence de la statue mariale, qui a parcouru plusieurs régions du Canada, contribue à bien préparer spirituellement les participants en rappelant la place centrale de Marie dans la vie chrétienne.
Parmi les éléments marquants du Congrès figurent 117 kiosques tenus par différentes communautés religieuses, qui permettent aux participants de mieux connaître leurs œuvres, leur spiritualité et leur mission, particulièrement leurs liens avec la Vierge Marie. L’exposition couvre une superficie de plus de 133 000 pieds carrés.
Parmi ces kiosques se retrouve celui des Trinitaires. Ils présentent leur spiritualité à travers un kiosque consacré à Notre-Dame du Rachat. Cette dévotion mariale, propre à l’Ordre de la Très Sainte Trinité et de la Rédemption des Captifs, met en lumière leur vocation particulière : participer à l’œuvre de libération et de rédemption voulue par le Christ.
Jean-Paul Regimbal se rend au congrès avec d’autres étudiants du collège du Sacré-Cœur qu’il fréquente à Sudbury. Il est très intéressé par la grande exposition religieuse qui y est présentée.
Pour la première fois de sa vie, Jean-Paul rencontre des Trinitaires. C’est le coup de foudre ! Ces instants sont pour lui une réponse à ses nombreuses prières. Il se dit : « Voilà enfin des religieux qui s’occupent des prisonniers ! »
Sans tarder, il en parle à son guide spirituel, le père Jean-Paul Demers, s.j. Ce dernier lui demande de garder cela dans le secret de son cœur afin de laisser Dieu lui préciser l’appel. En sera-t-il capable ?
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[1] Dans mes précédents articles, je parlais de la présence du cardinal Léger. Cela a entraîné une erreur importante. Paul-Émile Léger deviendra archevêque de Montréal en 1950 et cardinal en 1953. L’erreur a été causée par une lecture difficile du quotidien Le Droit qui, en réalité, parlait du « cardinal légat ».
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Gilles Proulx
-Gilles Proulx
À chaque jour de la semaine, l’animateur vedette du réseau Radiomutuel, Gilles Proulx, anime, en direct des studios de CJMS à Montréal, « Le journal du Midi ». Ses entretiens avec les gens qui font l’actualité et ses opinions ne laissent personne indifférent; on l’aime ou on ne l’aime pas. Surpris de la demande du magazine, il a accepté de rencontrer notre journaliste.
par Benoit Voyer
Il avoue qu’à la radio, il fait beaucoup de dérisions et de caricatures, mais, pour lui, derrière celles-ci, il y a toujours un fond de vérité. Quand il ridiculise une situation à l’émission, c’est qu’elle a atteint un niveau d’absurdité qui est inacceptable pour une collectivité. Il croit vraiment en ce qu’il affirme.
Gilles Proulx n’est pas comme les autres intervenants du monde radiophonique, il le sait : « Je ne veux pas être un excellent animateur ordinaire, dit-il, tout le monde est un excellent animateur ordinaire… Un excellent animateur ordinaire ça se limite… »
La vedette du boulevard René-Lévesque confie qu’il possède une rapidité de réaction assez étonnante et que, parfois, le public le trouve excessif, mais il se rend compte que le temps lui donne raison.
Gilles Proulx raconte : « C’est évident! Je ne peux pas plaire à mon père et à ma mère à la fois… Monsieur Vallerand m’aimait bien à l’époque où il était ministre du Tourisme. Aujourd’hui, il est devenu ministre du Revenu. Il ne me téléphone plus. Un beau jour, je l’appelle et il ne me répond plus comme il répondait à l’époque où il était au Tourisme. Il me boude sous prétexte que maintenant je ne joue plus la même joute avec lui. Le ministère du Tourisme, c’est facile et c’est du bonbon. Il n’y a pas de place pour la contestation, ça fait l’unanimité. Le ministre du Revenu doit faire face à la contestation parce qu’il y a des iniquités dans le système fiscal. Monsieur Vallerand n’aime plus Gilles Proulx. C’est son problème à lui!
C’est la même chose avec d’autres ministres, qui jadis me parlaient. Il m’arrive de les pincer au moment où ils annoncent des investissements ou une réforme quelconque. Je leur pose alors des questions sur d’autres sujets plus compromettants. Ils me disent : “Ben là Proulx, t’es cochon, j’te parle plus!” C’est de l’infantilisme! »
Ce qui touche le plus Gilles Proulx dans son analyse quotidienne de l’actualité, c’est la régression collective des Québécois, cette descente aux enfers du peuple canadien-français.
Celui que les femmes trouvent fort joli, possède 32 ans de métier. Gilles Proulx observe que le nouveau ministère de l’Éducation nous avait promis il y a trente ans que la nation québécoise allait être réformée. Elle était à ce moment en pleine croissance. Maintenant que tout cela est passé, il voit combien les gens ne se sont guère sensibilisés aux vertus de l’environnement, de l’amélioration de la langue, de la fierté et de la productivité.
Ce nivellement par le bas a amené une facilité, une protection derrière un bouclier syndical où des entreprises et des syndicalistes ne veulent rien savoir d’une baisse de salaire et ils vont préférer fermer l’usine plutôt que de céder. Les Québécois ne semblent pas comprendre qu’une menace les guette. Nous sommes un tout petit peuple dans cette grande Amérique du Nord. Nous nous devons d’être doublement compétents si nous voulons réussir.
Gilles Proulx ne croit pas que la souveraineté sera bénéfique pour le Québec. Toutefois, elle peut se faire collectivement dans un geste spontané et émotif, mais de là à assumer ses conséquences par la suite, il en doute, car, à son avis, les gens du Québec n’ont pas de bons leaders pour les diriger et dire au peuple : « Désormais, vous allez travailler 40 heures par semaine, désormais nous allons vous condamner à vous instruire à l’intérieur d’un tel système d’éducation où il va y avoir des matières, de la morale, de la réflexion, de l’histoire et de la compréhension linguistique. »
« Je doute beaucoup que nous ayons des chefs qui soient capables de transmettre cette espèce de fierté, ce goût de la compétence! » ajoute-t-il.
Supposons que le référendum passe, que le peuple vote sur un coup de tête pour l’indépendance et qu’il n’est point capable de s’assumer, comment se passera son avenir?
« Le Canada va probablement se faire annexer en dedans de 15 à 20 ans et le Québec le sera à son tour dans 30 à 50 ans. On va devenir un satellite des États-Unis. Je suis persuadé que si demain il y avait une élection où on disait : “Est-ce que nous devrions nous annexer aux États-Unis? Vos ‘Chevrolets’ vont coûter 2000$ de moins, votre régime d’impôt va être à 32% au lieu de 50% ou 52%,” Vous seriez étonnés du score! Pour le matériel, nous serions intéressés à nous annexer. Bref, le ventre compte avant toute chose! » déclare Gilles Proulx.
Il l’a répété plusieurs fois : il faut des leaders charismatiques et forts pour le peuple canadien-français. Malheureusement, il ne voit guère, actuellement, de Duplessis moderne ou de René Lévesque.
L’Église
Malgré son ton parfois arrogant, Gilles Proulx est un homme respectueux, particulièrement de l’Église. Il continue : « Je dis toujours qu’il ne reste plus rien de vrai dans cette société, sauf deux corps. Ces corps-là ont leurs faiblesses parce qu’il y a des scandales!
Il n’y a plus rien de vrai : “Le professeur n’est plus comparable à celui d’hier parce qu’il n’a pas le sens de la mission, l’infirmière n’a plus le sens de sa mission. Elle a un sens syndical dit professionnel de revendication. Les parents n’ont plus le sens de la mission qui était de fonder un foyer. Bref, le monde a abdiqué sa tâche face au grand loup de l’économie que nous admirons. Aujourd’hui, on s’aperçoit que les administrateurs pigent dans la caisse. C’est la même chose pour l’avocat et pour le notaire.
Il ne reste plus que deux corps qui sont vrais. Les congrégations religieuses sont encore des lieux où les personnes vivent à l’abri de la bêtise, où on ne se jalouse pas et où on ne discute pas de bombe à neutron ou encore de haine et de guerres éventuelles. Il y a aussi le corps militaire où on inculque aux jeunes la discipline.”
Agressions sexuelles
Au chapitre des agressions sexuelles commis par des religieux, il dit : “Ne touchez pas au clergé!” Les religieux ne sont peut-être pas sans failles. Mais au regard global du travail réalisé, c’est autre chose!
L’animateur aux cheveux poivre et sel croit que l’Église a su protéger les Québécois. Le patrimoine architectural, l’éducation qu’elle a longtemps assumée, les soins hospitaliers, la protection de la langue font partie de notre héritage.
« Les frères des Écoles chrétiennes ne sont pas que des homosexuels comme tentent de le démontrer les Enfants de Duplessis. Ils ne passaient pas leur temps à toucher les fesses des p’tits joueurs de hockey derrière le banc! commente-t-il. J’ai été au collège, pensionnaire des frères des Écoles chrétiennes et des frères du Sacré-Coeur, et jamais un religieux m’a touché! Néanmoins, il ajoute qu’il ne faut pas cacher les cas isolés de crimes en matière sexuelle. Il faut une même justice pour tous.
Savoir communiquer
L’Église du Québec a besoin de véritables communicateurs. L’intellectuel populiste s’exprime : « Il manque des abbés Pierre! Il manque de communicateurs de ce type qui vont nous faire voir que Dieu a une chair et qu’il y a quelque chose d’intéressant dans l’oeuvre de saint Paul comme sa détermination et les découragements qui auraient pu l’emporter. La Bonne Nouvelle devrait être proclamée de façon à sensibiliser les cordes de ceux et celles qui écoutent… »
Pour lui, les clercs font plutôt une animation monocorde qui n’est plus significative en terme de livraison du message, qui fait que le jeune et ses parents trouvent ça monotone.
Comment changer la façon de livrer le message? La réponse à cette question est difficile. Mais en réfléchissant à haute voix, il pense que la formule réside peut-être dans une forme de prêtres politiciens ou éditorialistes.
« Ceux qui restent dans les Séminaires, s’ils ne pensaient vraiment à orienter leur force de persuasion par le verbe, je pense qu’ils réussiraient à rendre attrayante l’idée d’adhésion à l’Église », ajoute l’animateur.
Quant au message des évêques dans les médias, il passe mal! Il ne s’en cache pas. Il pense qu’ils devront avoir, dans l’avenir, une implication plus choquante qu’actuellement. À titre d’exemple, il se rappelle du moment où le clergé a dénoncé le ministre Bourbeau qui serait la vis des prestataires de la Sécurité du revenu.
« L’Église du Québec a besoin de véritables communicateurs. Il manque des abbés Pierre. Il manque de communicateurs qui vont nous faire voir que Dieu a une chair. (…) La Bonne Nouvelle devrait être proclamée de façon à sensibiliser les cordes de ceux et celles qui écoutent… »
Gilles Proulx explique : « Les statistiques nous indiquent qu’il y a 30% de tricherie dans le système de l’aide sociale. On est devenu un peuple tricheur, un peuple de braconnier. L’Église s’est associée avec ce peuple de complaisance et de médiocrité, de tricheries, de paresseux qui passe pour exploité face au méchant Bourbeau. Tout cela sans penser à ceux et celles qui travaillent encore et qui paient 5 milliards par année pour entretenir ce système vicié! Voilà, selon moi, un mauvais geste de la part du clergé sur la place publique. »
Il pense que les évêques devraient penser à la classe moyenne, celle qui est encore là, et qui se débat, qui se sort le nez de l’eau pour survivre et qui a de la misère.
Gilles Proulx souhaite également que l’Église s’implique dans la crise que traverse le Québec. Comme il y a 200 ans, avant l’arrivée des Anglais, elle était là et elle a fait croître la nation francophone. Elle a continué à soutenir le peuple après la conquête de 1760. Elle se doit d’intervenir en donnant à cette race en train de disparaître un second souffle par un chemin qui serait celui de Jésus-Christ. « Toute nation sans religion, commente-t-il, toute nation païenne, est vouée à la disparition! »
Pour ce faire, il voit des prêtres sur “le ring” à côté des politiciens. Est-ce que ça va nous prendre des pères Aristide? lui ai-je rétorqué sans hésiter. Gilles Proulx n’a pu s’empêcher de lâcher un grand éclat de rire, comme s’il venait d’être déboussolé. Après avoir retrouvé le fil de sa réflexion il conclut en disant : « Oui, le père Aristide est un bon exemple. S’il était resté au pouvoir en Haïti, il aurait ramené les gens à l’Église et, par son influence politique, aurait pu diminuer celle du vaudouisme ».
(Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1994, pp. 22 à 24)
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