LE PRÉSENT DU PASSÉ: Retour à la discipline en classe

Retour à la discipline en classe

LONDRES – La discipline dans les écoles est remise à l'ordre du jour au parlement d'Angleterre. Le gouvernement travailliste veut que ce soit « tolérance zéro » pour les élèves qui cherchent le trouble. L'opération consiste à redéfinir les limites et ce qui est un comportement acceptable dans une salle de classe. « Ce qui cause aujourd'hui du souci aux enseignants, aux parents et aux élèves eux-mêmes, ce sont des perturbations bénignes comme le bavardage au fond de la classe, l'utilisation des téléphones mobiles et des SMS en cours », a dit la ministre de l'Éducation Ruth Kelly dans un article diffusé par l'Agence France Presse (AFP). La ministre, âgée de 36 ans, est une proche de la prélature apostolique de l'Opus Dei, une organisation très fidèle à l'enseignement du Vatican et au pape. Cette économiste est la plus jeune ministre du gouvernement.

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, avril 2005, p. 162)

19 avril 2026

UN PEU DE MOI: Il y a 5 ans avaient lieu les funérailles de mon père

Il y a 5 ans avaient lieu les funérailles de mon père

Par Benoit Voyer
19 avril 2026

Le 15 avril 2021, mon père entrait dans la gloire des bienheureux du ciel. Il y a longtemps qu’il se préparait à entrer dans la grande lumière. Pour lui, la mort était une nouvelle forme de vie.

Il est décédé au CHSLD Villa-Bonheur, sur la rue Court, à Granby, à la suite de troubles pulmonaires causés par la Covid 19.

Je l’accompagnais depuis quelques nuits, avec ma conjointe Manon. Il est parti en me tenant la main.

Ses funérailles ont été célébrées le 19 avril 2021 en l'église catholique Immaculée-Conception, à Granby. Le père Michel Vigneau a présidé la cérémonie en faisant des parallèles entre Dieu le Père et Roméo, le père.

Il est inhumé dans le lot 40G section 19 du cimetière Mgr Pelletier à Granby, le même jour.

Comme l’écrivait Michel Jean : « Les gens vivent, meurent, vous quittent, mais les lieux et les souvenirs vous ramènent à eux, comme des remords »[1].

Gabriel, Isabelle et Roméo Voyer à lac de l'Est
Naissance et baptême

En 1930, dans le Haut-Pays du Kamouraska, sur les terres publiques de Mont-Carmel situées sur la rive est du lac de l’Est [2], un groupe d’hommes et de femmes forme en ce lieu une petite communauté nommée la « mission du Lac de l’Est ». Pendant que les hommes travaillent à exploiter la forêt pour le compte des frères Plourde, les femmes s’occupent de leur marmaille. Du 19ᵉ siècle jusqu'aux années 1960, le lac est utilisé par l'industrie forestière pour l'alimentation des moulins à scie et le flottage du bois.

Le secteur est également habité par quelques familles de la première nation Wolastoqiyik, communément appelée « les Malécites ». Les Wolastoqiyik l’appellent le lac Kijemquispam. Ce nom apparaît pour la première fois sur une carte toponymique en 1944. Il s’agit d’un mot en wolastoq, la langue parlée par les Wolastoqiyik.

Dans la petite chapelle en bois construite en 1926, tous vont à la messe lorsque le prêtre catholique est de passage. En ce début des années 1930, c’est l’abbé Albert Dionne qui est le desservant. Le lieu de prière est aussi l'endroit où les quelques enfants de la communauté vont à l’école et où se rassemble au besoin la petite communauté.

La grève du lac de l’Est est une place magnifique pour la pêche. L’eau est claire et y vivent de nombreuses espèces de poissons délicieuses à savourer, notamment le touladi, l'omble de fontaine, la perchaude, le corégone, la ouananiche et la lotte.

Le lac est situé sur la frontière canado-américaine. De l’autre bord, au loin, c’est le comté d’Aroostock, dans l’État du Maine. La municipalité américaine la plus proche est Allagash.

En canot, si on suit le courant des eaux, on navigue sur le petit lac de l’Est et la rivière Chimenticook, un affluent du fleuve Saint-Jean.

À environ deux kilomètres de la chapelle, la famille d’Edgar Voyer et d’Alice Chenard est une des rares qui détient des droits de propriété. Leur lot est sur une pointe de terre située sur la rive du lac et un petit cours d’eau qui sera connu du nom de “ruisseau Voyer”, qui fait référence, bien entendu, aux occupants à son embouchure.

Leur maison en bois est construite au centre de la propriété. Sur le bord de la maison, Alice Chenard, la mère de famille, y a planté quelques fleurs, des « annuelles »[3].

C’est à cet endroit, au cœur de la forêt enneigée, que le 23 décembre 1930 Alice donne naissance à Roméo, mon père, qui sera le dernier marmot du couple. Après les douleurs de l’accouchement, le « p’tit Méo » sera rapidement entouré de ses frères et sœurs : Camille, l’aîné né en 1912, Jean-Marie, Madeleine, Isabelle, Simone, Germaine, Rachel et Gabriel. Jeanne-Mance n’a vécu que quelques heures.

Le lundi 25 décembre 1930, jour de Noël, le bambin est baptisé dans la petite chapelle de la mission par l’abbé Albert Dionne. Il reçoit les prénoms de Joseph, Henri et Roméo. Son parrain et sa marraine sont Sigefroid Lizotte [4] et Bertha Dionne [5], un couple de voisins [6]. Le même jour, dans la chapelle, on baptise aussi Léo Gauvin, fils de Charles Gauvin et Alice Marquis. Le journal Le Peuple du 9 janvier 1931 [7] fera écho à ces nouvelles naissances.

Roméo et Rachel Voyer à lac de l'Est
Adolescence

Le 2 janvier 1946, sœur Rachel Voyer, ma tante, débute son noviciat dans la communauté des Sœurs de la Charité d’Ottawa, à Ottawa.

Le 4 janvier 1947, Rachel Voyer fait ses voeux temporaires dans la congrégation des Sœurs de la charité d’Ottawa sous le nom de Sœur Louis-Camille. Le 4 janvier 1950, elle y prononcera ses voeux perpétuels.

Le 23 décembre 1950, décède Lumina Bélanger, sa grand-mère. Elle est inhumée dans le cimetière de Saint-Alexandre-de-Kamouraska [8].

Fiançailles et mariage
En 1952, quelques mois avant de se marier, ma mère – avec quelques amies de Mont-Carmel, au Bas-Saint-Laurent - participe à une retraite spirituelle animée par le vénérable père Victor Lelièvre à la Maison Jésus-Ouvriers.

Elles prennent le train de Saint-Philippe-de-Néri jusqu’à Québec. Mon père, qui était en route pour son travail de bûcheron, la dernière « run » qu’il fera, s’arrêtera les saluer et passera quelques heures avec « les filles » qu’il connait bien avant de s’enfoncer dans la forêt boréale.

Maman gardera toute sa vie un précieux souvenir de cette retraite spirituelle.

Roméo arrive à Granby au printemps 1953. Il trouve un emploi à l’Esmond Mills. Engagé pour une journée, il y passera une quarantaine d’années.

Jeannine Jean et Roméo Voyer en 1953
Le 17 octobre 1953, il épouse ma mère, Jeannine Jean, dans l’église de Mont-Carmel, dans le Kamouraska. Ils s’installèrent à Granby.


Ils habitent d’abord sur la rue Decelles, devenue de nos jours la rue Matton, puis sur la rue Saint-Charles Nord, en face de l’avenue du Parc (la maison n’existe plus).

Yvon naît en juillet 1955 et Pauline en mai 1957.

En 1957, l’Annuaire téléphonique de Granby [9] indique qu’ils sont domiciliés au 343, rue Savage. Il s’agit de leur première maison.

En 1958, il est inscrit dans le bottin qu’il est domicilié au 98, rue Villeneuve et qu’il est journalier à l’Esmond Mills.

En 1960 arrive la Révolution tranquille québécoise.[10] Les annuaires de 1960 et 1961 indiquent qu’ils sont domiciliés au 98, rue Villeneuve, que mon père est journalier à l’Esmond et que leur numéro de téléphone est 8-5470.

Le 667, rue Saint-François, à Granby
Quelques jours après la naissance de Clément, le 24 mai 1961, ils emménagent au 667, rue Saint-François, où ils passeront le reste de leurs jours. Le duplex est construit pour eux par Léopold Dionne. Leur numéro de téléphone est FR8-5470. Leur premier locataire est Laurier Fontaine (marié à Georgette Rivard). Lui succéderont Raymond Paradis et Huguette Desormeaux.


En 1963, une année après l’ouverture des travaux du concile Vatican II, leur numéro téléphonique devient le 378-5470.

En 1964, Roméo, toujours à l’emploi de l’Esmond Mills, devient mécanicien d’entretien.

Je nais en novembre 1966.

Un collègue de travail de l'Inde pose avec Roméo à l'Esmond
À l’été 1975, on demande à Roméo de se rendre avec un patron de l’usine, Dave Allan, si mon souvenir est bon, pour étudier la mécanique de nouvelles machines pour l’Esmond Mills. Il apprend notamment les rudiments des « corners automatiques ». Il fera une pause de quelques jours pour assister au mariage d’Yvon, le 19 juillet.


En 1986, il ferme l’usine de la rue Cowie après avoir démonté la machinerie qu’il avait installée dix ans plus tôt. Il les installera une deuxième fois dans une usine de la Dominion Textile située à Magog.

On lui offre de se joindre aux employés de Magog, mais il décide de se prévaloir du plan de pré-retraite auquel il souscrit depuis quelques années. Il a 58 ans.

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[1] Michel Jean. Tiohtia : Ke, Libre Expression, 2021, p. 70.
[2] Le lac de l’Est, Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Lac_de_l%27Est_(Kamouraska)
[3] Lors de ma visite du site, en 2013, elles étaient les reines du site puisque la maison n’existe plus.
[4] Né le 19 octobre 1897 et décédé le 12 février 1960. Inhumé dans le cimetière de Saint-Philippe-de-Néri.
[5] Née le 24 juillet 1906 et décédée le 21 mars 1976. Inhumée dans le cimetière de Saint-Philippe-de-Néri.
[6] En 1932, Edgar et Alice seront le parrain et la marraine de leur fille Bartha Lizotte.
[7] Le Peuple, 9 janvier 1931, p. 1. www.numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4020518?docsearchtext=le%20peuple%209%20janvier%201931
[8] Lumina Bélanger est inhumée dans le lot d’Henri Chenard et Rita Gagnon. Son nom ne figure pas sur la pierre tombale. L’information m’a été donnée par Léonard Voyer qui était présent lors de l’enterrement. Puisqu’il travaille en forêt loin de la région du Kamouraska, tout porte à croire qu’il était absent aux obsèques.
[9] Des annuaires de Granby sont conservés dans le centre de documentation de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska (SHHY 920.011).
[10] Au Québec, la Révolution tranquille débute en 1960 et prend fin en 1982.

Roméo à lac de l'Est

Roméo est baptisé dans la chapelle du lac de l'Est le jour de Noel 1930

LE PRÉSENT DU PASSÉ: La piscine de Siloé est retrouvée

La piscine de Siloé est retrouvée

MONTRÉAL – Des archéologues ont retrouvé à Jérusalem la piscine de Siloé. Il s'agit d'une zone pavée et d'une canalisation d'eau sur le site d'un réservoir où, selon plusieurs chrétiens, Jésus aurait guéri un aveugle.

Le site se trouve près de l'ancienne cité de Jérusalem, dans la partie est conquise par Israël durant la guerre des Six Jours en 1967. Depuis ce temps, elle est annexée.

La datation de la piscine de 50 mètres de long, qui s'alimentait jadis par une canalisation d'eau à la source de Silwan, s'est minutieusement réalisée grâce à des pièces de monnaie qui ont été retrouvées dans le mortier qui a servi à la construction de la piscine et à des poteries brisées.

Les archéologues ont mis au jour une large volée de marches qui mènent vers le site.

La piscine n'était pas un réservoir d'eau comme certains ont longtemps pensé. Pendant 120 ans, elle a été utilisée par les Juifs pour des bains rituels. Elle est reliée au Mont du Temple par une route qu'ont démontrée les dernières fouilles.

Ce lieu rappelle le passage de l'Évangile de Jean : « Il a vu, en passant, un aveugle de naissance. Rabbi, demandent ses disciples, à qui la faute s'il est né aveugle, à lui ou à ses parents ? Ni à lui ni à ses parents, répond Jésus, c'est pour que l'action de Dieu se manifeste à travers lui. Tant qu'il fait jour, il nous faut remplir les tâches de celui qui m'envoie, la nuit tombée, on ne peut plus agir. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. Ayant dit ces mots, il a craché par terre, du crachat il a fait de la boue, la boue il l'a appliquée sur les yeux, et il a dit : « Va te laver dans le bassin de Siloé » (c'est-à-dire l'envoyé). L'homme est parti se laver et, au retour, il voyait » (Jn 9,1-7, La Bible, Bayard Médiaspaul, 2001).

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, avril 2005, p. 161)

18 avril 2026

VISION CATHOLIQUE: Mgr Jean-Louis Martin

Mgr Jean-Louis Martin, p.m.é. et sa soeur Jacqueline Martin en 2017
Mgr Jean-Louis Martin

Par Benoit Voyer

18 avril 2026

Jean-Louis Martin est né le 18 avril 1934 dans la paroisse Saint-Philippe, à Trois-Rivières. Son père est ouvrier à la "St-Lawrence", une papetière. Il fait sa première classe à l’école élémentaire Saint-Philippe.

Au décès de sa mère, son père étant incapable d'assumer seul la garde de ses enfants, il se retrouve à l'orphelinat Saint-Dominique et ses sœurs à l'internat des Filles de Jésus, à Cap-de-la-Madeleine.

À sa 3ᵉ année, il passe au jardin d'enfance, situé en face de la Société canadienne des postes où est aménagée la statue du Soldat inconnu.

Il finit par entrer au séminaire St-Joseph, à Trois-Rivières, pour faire son cours classique. Il termine ses études en juin 1953. Il s'oriente vers le sacerdoce et se joint à la Société des prêtres des missions étrangères.

Le 1ᵉʳ juillet 1957, il est ordonné prêtre à l’église Saint-Philippe.

Le père Jean-Louis Martin prolonge ses études en éducation, car sa congrégation pense l'envoyer aux Philippines. À la fin de sa formation, il est finalement orienté vers le Pérou où les besoins sont grands.

De simple prêtre, il deviendra évêque du vicariat apostolique de Pucallpa au Pérou.

Le territoire dont il s'occupe comprend 400 000 habitants sur une superficie de 52 000 km². Lors de notre rencontre du 27 aout 1996, il avait la charge de 17 prêtres. Il me racontait que les conditions de déplacements à travers son diocèse étaient difficiles. Sur les 500 km de routes, 80 km étaient recouverts d'asphalte. Il devait souvent visiter les villages en empruntant la voie des rivières.

Le 10 août 1996, Mgr Jean-Louis Martin célébrait son 10ᵉ anniversaire d'épiscopat dans un immense colisée péruvien où étaient rassemblées 5000 personnes, dont une quinzaine d'évêques. Parmi ces derniers, il y avait son ami Mgr Laurent Noël, évêque de Trois-Rivières, et Mgr Gilles Lussier, évêque de Joliette. C’est grâce à mon travail de journaliste que j’ai eu le privilège de le rencontrer.[1] Arrivé au Canada le 14 août 1996, il devait repartir le 15 septembre. Il prenait deux semaines de congé avec sa famille, dont sa sœur et son beau-frère habitaient au 6325, avenue de la Montagne à Trois-Rivières Ouest. Le programme de son séjour consistait en un séjour sur le bord d'un lac à Saint-Élie-de-Caxton et des visites chez des amis, des confrères, son médecin et chez des organismes qui pouvaient contribuer au financement des services de son diocèse.

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[1] Cf. Benoit Voyer. « L'évêque de Fucallpa dans la région », L'Hebdo Journal, 15 septembre 1996, p. 4. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/search?q=Jean-Louis+Martin

LE PRÉSENT DU PASSÉ: L'Église unie refuse un don du club 281

L'Église unie refuse un don du club 281

MONTRÉAL, – L'Église unie Saint-Jean, située sur la rue Sainte-Catherine est, à Montréal, est très indisposée par l'arrivée de son nouveau voisin, le Club 281, un club érotique destiné aux femmes. En mars dernier, la communauté protestante a exprimé son opposition à la présence de son nouveau voisin et a répondu un non catégorique au bar qui lui offrait un don en argent en échange de son appui.

Dans sa lettre du 6 mai 2003, la communauté protestante expose sa position aux représentants de l'arrondissement Ville-Marie. « Nous ne saurions endosser les valeurs de commercialisation et d'exposition du corps humain qui nous semblent être l'une des spécificités du Club 281. Cependant, nous croyons [...] qu'il nous serait possible, dans l'éventualité du déménagement du Club 281 dans l'édifice adjacent à notre église, d'entretenir des relations cordiales et respectueuses de bon voisinage avec les propriétaires et la clientèle du Club 281. »

L'arrondissement interprète ces lignes comme un appui au projet de relocalisation du club, une condition essentielle pour émettre un permis d'occupation puisque l'établissement se trouve à moins de cent mètres d'un lieu de culte.

Toutefois, l'Église unie Saint-Jean nie avoir donné le feu vert au déménagement du bar de danseurs. « Il n'y a jamais eu d'entente de notre part », écrit Pierre Wilfrid Landry, de l'Église unie de Saint-Jean, dans une missive adressée à l'arrondissement, le 7 octobre. « Si notre lettre fut interprétée de cette façon, il y a grave erreur et il est sans équivoque que le requérant (Club 281) a été favorisé à notre grand détriment sans que personne de la ville de Montréal ou de l'arrondissement Ville-Marie nous consulte. »

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, février 2004, p. 65)

17 avril 2026

EN LIBERTÉ: Qui est la bienheureuse Marie Anne Blondin? (18 avril)


VISION CATHOLIQUE: La bienheureuse Marie-Anne Blondin

Marie-Anne repose dans la cathédrale de Saint-Jérôme
La bienheureuse Marie-Anne Blondin

Par Benoit Voyer
17 avril 2026

Le 18 avril 1809, à Terrebonne, naît Marie-Esther Blondin, fille de Jean-Baptiste Sureau dit Blondin, un agriculteur, et de Marie-Rose Limoges. Elle est la troisième d’une famille de douze.

Elle vient d’un milieu pauvre et sa jeunesse est marquée par des deuils et des épreuves. Comme bien des enfants francophones du Canada, elle est analphabète. Toute sa vie son manque d’éducation sera une souffrance pour elle.

Jeune adulte, elle fera la connaissance de la Congrégation Notre-Dame, fondée par sainte Marguerite Bourgeois. Elle assiste à leur arrivée à Terrebonne et deviendra domestique au couvent. Les sœurs en profiteront pour lui apprendre à lire et à écrire.

À 22 ans, elle devient étudiante et novice à la Congrégation. On lui donne le nom de sœur Sainte-Christine. À cause de sa santé, on la renvoie. Esther vivra une grande tristesse.

À 33 ans, Suzanne Pineault l’invite à se joindre à elle pour enseigner aux enfants. Ainsi, elle devient institutrice à l’école paroissiale de Vaudreuil. En peu de temps, Esther deviendra la directrice de l’établissement qu’on nommera l’Académie Blondin. En plus d’instruire les petits, elle forme des jeunes filles afin qu’elles deviennent enseignantes pour les écoles rurales.

En 1848, Esther parle à l’abbé Paul-Loup Archambault [1], le curé de Vaudreuil, de son rêve de fonder une communauté religieuse pour l’éducation des enfants pauvres. Il la soutient dans ses démarches, mais lui dit : ma fille, « attendez-vous à beaucoup souffrir. » Au printemps, l’évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget, encourage l’initiative, malgré quelques réserves.

Le 8 septembre 1850, Mgr Ignace Bourget officialise la fondation des Filles de Sainte-Anne. Esther devient sœur Marie-Anne et la première supérieure. Malgré la pauvreté de la communauté, les premières années seront tout de même heureuses.

En avril 1853, à Vaudreuil, des notables s’opposent à la construction d’un couvent sur le terrain de la fabrique. À cause de l’expansion rapide de la nouvelle communauté, celui-ci est devenu un incontournable. Cette décision oblige les sœurs à quitter le patelin durant l’été. Trois religieuses demeurent en poste à Vaudreuil. Le choc est brutal pour l’abbé Paul-Loup Archambault. Les Sœurs de Sainte-Anne s’établissent à Saint-Jacques-de-l'Achigan.

Nommé aumônier, l’abbé Louis-Adolphe Maréchal [2], 29 ans, fait la vie dure à la supérieure. Il ne cesse de la dénigrer auprès de Mgr Bourget et des religieuses. De plus, il s’immisce dans les décisions de la communauté pour imposer sa vision des choses.

En août 1854, afin de régler le conflit, Mgr Ignace Bourget demande à Marie-Anne Blondin de « se déposer et de ne plus accepter le mandat de supérieure si ses sœurs veulent la réélire. »

Le jeune aumônier ne lâche pas le morceau. Devenue directrice au couvent de Sainte-Geneviève, il colporte qu’elle administre mal l’institution. En 1858, Mgr Bourget la ramène à la maison mère, avec la consigne de « prendre les moyens pour qu'elle ne nuise à personne ».

Elle sera affectée à d’humbles tâches à la buanderie, au sous-sol de la maison mère de Lachine. Ne gardant aucune rancune, elle y passe ses journées loin de l’administration de la communauté qu’elle a fondée. Elle dira souvent qu'il y a « plus de bonheur à pardonner qu'à se venger. »

Dans les premières heures de 1890, Marie-Anne Blondin, 80 ans, sachant qu’il lui reste peu de temps à vivre, demandera à sa supérieure de faire venir à son chevet l'abbé Maréchal, « pour l'édification des sœurs ».

Marie-Anne Blondin décède le 2 janvier 1890, à Lachine.

Le 29 avril 2001, sur la Place Saint-Pierre, au Vatican, Jean-Paul II la déclare bienheureuse. À son sujet, Paul-André Comeau me dira : The Globe and Mail, « est le seul quotidien national qui a joué à la une la béatification de la fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne. Cette équipe a jugé que cela est un événement de société qui interpelle. Une femme qui, en 1850, fonde une communauté religieuse et qui dira à Mgr Bourget que dans les écoles de campagne il faut qu’il y ait des écoles mixtes par qu’il n’y a pas assez de monde... Il faut le faire ! C’était audacieux pour l’époque ! »[3]

L’Église catholique du Canada souligne sa mémoire le 18 avril de chaque année.

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[1] Louis Rousseau, « ARCHAMBAULT, PAUL-LOUP (baptisé Paul) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003. https://www.biographi.ca/fr/bio/archambault_paul_loup_8F.html
[2] Louis Rousseau, « MARÉCHAL, LOUIS-DELPHIS-ADOLPHE (baptisé Louis-Delphis) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003, https://www.biographi.ca/fr/bio/marechal_louis_delphis_adolphe_12F.html
[3] Cf. Benoit Voyer. « Paul-André Comeau », Revue Sainte-Anne, septembre 2001, page 343. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/01/le-present-du-passe-paul-andre-comeau.html Article republié dans : Benoit Voyer. Les Témoins de l’essentiel, Éditions Logiques, 2005, p. 75. BANQ 204.4 V975t 2005.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Du nouveau à l'Office des communications sociales

Du nouveau à l'Office des communications sociales

« Nous sommes ceux qui feront qu'il y ait des valeurs dans les médias. Il faut savoir se lever pour présenter les valeurs que nous portons. » C'est avec ces mots que l'abbé Jean-Guy Dubuc, président du Centre éducatif en communications sociales (CECS), a introduit un « 5 à 7 » spécial, le 25 novembre 1998, à l'hôtel le Westin Mont-Royal à Montréal, devant environ 150 artisans du monde des médias.

Connu sous le nom de « Office des communications sociales » (OCS), le CECS a divulgué – par le biais de son directeur général, Bertrand Ouellet – la création d'une nouvelle sous-division de son organisme qui sera maintenant appelée « Communications et société » Celle-ci s'ajoute à l'agence Médiafilm, créée en 1996.

Il fut également annoncé que le « Prix Cinéma de L'OCS » portera maintenant le nom de « Prix Robert-Claude Bérubé de Communications et Société » en mémoire de ce prêtre de Saint-Sulpice qui a marqué toute une génération de cinéphiles. Les fameuses cotes artistiques des films – de 1 – chef-d’œuvre à 7 – minable – diffusées dans les télé-horaires viennent de lui. Le père Bérubé était une encyclopédie vivante du cinéma. La prochaine remise des prix aura lieu dans le cadre d'un colloque national, le 12 mai 1999, et sera présidée par le nouvelliste Pierre Bruneau de TVA.

Le CECS a été incorporé légalement en 1975. Autrefois, il portait le nom de Centre catholique national du cinéma et de la télévision. Ce centre a été fondé par l'épiscopat canadien en 1957.

Benoit Voyer

(Revue Sainte-Anne, février 1999, p. 87)

16 avril 2026

VISION CATHOLIQUE: Tekakwitha, la sainte Catherine de Kahnawake

Tekakwitha, la sainte Catherine de Kahnawake

Par Benoit Voyer

16 avril 2026

En 1656, à Ossernenon, petit hameau qui s’appelle de nos jours Auriesville, dans l’État de New York, naît Tekakwitha. Ce prénom veut dire « celle qui met les choses en ordre ». Cette année-là, son père est chef mohawk.

Sa mère est de la lignée du peuple algonquin. Elle fait partie du clan de la « Tortue » ou de la famille de la longue maison. Elle est baptisée dans la tradition catholique.

À l’âge de quatre ans, Tekakwitha contracte la variole, une maladie européenne. Elle survit à la pandémie, mais son corps en gardera des traces toute sa vie. En revanche, le virus ravage sa communauté, dont ses parents et son frère cadet.

Son visage est marqué par des cicatrices permanentes et elle deviendra quasi aveugle. Toute sa vie, elle devra tendre ses mains devant elle pour naviguer son chemin et se protéger contre les blessures.

À la suite de la pandémie, sa communauté se déplace de l'autre côté de la rivière à Caughnawaga, patelin devenu Fonda. Tekakwitha grandit chez sa tante et son oncle.

Comme les autres filles, elle aide à préparer les repas, cueille des baies dans les bois, confectionne des paniers et enfile des perles et du wampum.

À 11 ans, Tekakwitha rencontre pour la première fois un missionnaire jésuite. Le père James de Lamberville est de passage dans leur maison. Le jésuite deviendra son confident. En bavardant avec lui, elle apprend à connaître la foi chrétienne de sa mère. D’une rencontre à l’autre, elle finit par demander le baptême. Elle portera maintenant le prénom de Catherine.

Sa famille n’est pas en accord avec la christianisation des Amérindiens. Elle lui fera la vie dure.

En 1677, craignant pour sa sécurité, elle embarque à bord d’un canot avec un missionnaire catholique laïc amérindien. Ils font un long voyage. Ils traversent ce qui deviendra le lac Champlain et remontent la rivière Richelieu jusqu’à la mission catholique Saint-François-Xavier, à La Prairie, sur la rive sud du Saint-Laurent. À cet endroit, elle pourra vivre sans contrainte sa foi chrétienne.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: 25ᵉ anniversaire de pontificat du pape

25ᵉ anniversaire de pontificat du pape

LONGUEUIL – Mgr Jacques Bethelet, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) et évêque de Saint-Jean-Longueuil, a participé au 25ᵉ anniversaire de pontificat de Jean-Paul II, en octobre. Il a profité de son séjour pour être présent à un congrès de cardinaux. « Contrairement à ce que certains pensent, il [le pape] n'est pas autoritaire. [...] Le spectacle de sa maladie montre sa grande humanité [...] pleine de souffrance », a-t-il confié au journaliste Mathieu Perrault du quotidien La Presse, qui l'a rencontré à l'hôtel Santa Maria, à proximité du Vatican.

Plusieurs évêques du Canada étaient sur place pour les festivités, dont la cérémonie d'élévation au cardinalat de 31 évêques et la béatification de Mère Teresa de Calcutta : Le cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal ; le cardinal Aloysius Ambrozic, archevêque de Toronto ; le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec ; Mgr Jacques Berthelet, C.S.V., évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) ; Mgr Brendan O'Brien, archevêque de Saint-Jean, Terre-Neuve ; Mgr Joseph Khoury, évêque éparchial des Maronites au Canada ; Mgr Luc Cyr, évêque de Valleyfield ; Mgr Robert Harris, évêque auxiliaire à Sault Ste-Marie, en Ontario ; et Mgr Anthony Mancini, évêque auxiliaire à Montréal.

Dans une lettre envoyée au pape pour le féliciter de ce jubilé, Mgr Jacques Berthelet écrit : « L'Église qui est au Canada est fière de ses racines chrétiennes et souhaite, en dépit des temps troublés qu'elle traverse, s'engager résolument vers cette nouvelle évangélisation que nous propose votre cour de Pasteur. »

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, janvier 2004, p. 18)

15 avril 2026

VISION CATHOLIQUE: Esclave dans les camps de la mort

Esclave dans les camps de la mort

Par Benoit Voyer

15 avril 2026

Le 17 avril 1975, un génocide sans précédent débute au Cambodge. C’est la chute de Phnom Penh. Les sanguinaires Khmers rouges prennent le pouvoir.

Parmi les survivants figure Tran Lam. Pendant quatre ans, de 1975 à 1979, elle vit dans les camps de la mort. Son autobiographie « La Survivante – La guerre des autres »[1] est l’écho des sales atrocités qu’elle a vécues dans son pays.

Tran Lam a dix ans. Elle devient esclave. À plusieurs occasions, elle frôlera la mort.

Dans les camps, les « camps de la mort », elle est contrainte aux travaux forcés du lever au coucher du soleil et parfois même durant la nuit. Elle vit comme un animal quasi sauvage. La majorité du temps, elle urine dans ses pantalons et se soulage du reste sur le bord de la route des chantiers où elle doit travailler.

À 15 ans, elle trouve refuge au Canada. Elle doit réapprendre à vivre et à se comporter en société. D’ailleurs, à sa première visite au cabinet d’aisance, elle ne sait même pas où faire ses besoins et comment fonctionne une toilette. Elle doit refaire sa vie et apprend à vivre avec les séquelles des horribles moments vécus.

Dans son pays d’adoption, elle se convertit au christianisme. En 2002, lors de notre première rencontre [2], elle me racontait : « Lorsque je suis partie de chez Yanna, parce qu’elle m’a mise à la porte, je suis demeurée en parrainage dans une famille montréalaise. J’ai vécu chez une certaine dame Lacroix, pendant deux ans. J’ai été touchée par sa bonté. Elle allait à la messe et elle m’a appris à prier. C’est en la voyant vivre que j’ai décidé que je voulais mieux connaitre ce Jésus qu’elle aimait. Je lui ai demandé si je pouvais devenir catholique comme elle. J’ai donc demandé le baptême. Durant ma préparation, elle est décédée. Cette initiation au christianisme n’était pas facile pour moi, parce que je ne comprenais pas trop bien le français. Il y avait donc un interprète qui m’aidait. »

Une fois, parce qu’elle était en colère, elle a failli mettre un terme à sa démarche baptismale : « Quand est venu le temps du baptême, plusieurs personnes voulaient que je sois baptisée dans une église où on n’avait jamais vu un baptême d’adulte. Je n’aimais pas cette façon de faire. C’est pour cela que j’ai failli mettre un terme à ma démarche. De son côté, Monsieur Lacroix voulait que je sois baptisée à l’église Saint-Nom-de-Jésus, à Montréal, parce que les gens de cette paroisse m’ont aidée. Je trouvais qu’on se compliquait un peu trop la vie pour un baptême. Durant cette petite crise, j’ai regardé un film sur la vie de Jésus. Ah ! J’étais tellement choquée de l’attitude de Pierre. Il m’a amenée à m’intérioriser. Je me suis dit : “Je ne suis pas mieux que lui. Je suis en train de faire la même chose.” J’ai finalement accepté le baptême. Il a eu lieu à l’église Saint-Nom-de-Jésus, lors de la veillée pascale. »

Elle finit par quitter Montréal afin de s’établir à Waterville, dans la région de Sherbrooke : « Lors de ma formation, j’ai rencontré une sœur des Servantes du Sacré-Cœur-de-Marie. Elle m’a proposé d’aller à l’école. C’est pour cette raison que je suis partie de Montréal. » Son cursus scolaire la conduira jusqu’à l’université où elle fait des études en psychologie.

La foi chrétienne finit par occuper une place importante dans sa vie. Mais qui est Dieu pour elle ? La question lui a demandé un peu d’introspection : « Cela est difficile à décrire. C’est une expérience qui se vit en soi. (Elle cherche ses mots) Peu importe les bêtises que font les humains, il est amour et miséricorde. Il pardonne à qui reconnait ses fautes et retourne à lui. Dieu est tellement grand ! Il m’est difficile de dire avec des mots tout ce qu’il est en moi. »

Et qui est Jésus pour elle ? « Jésus, à travers ce qu’il fait, est l’expression parfaite du Père. Il est un modèle pour moi. Je veux tenter de suivre son exemple. Toutefois, je rencontre une difficulté à m’expliquer pourquoi Dieu a un fils. Cependant, si Jésus l’appelle père, c’est peut-être juste un nom comme ça. Il aurait peut-être pu l’appeler mère ou Paul. Il a choisi le mot père parce qu’il a une signification pour lui. Ça doit faire plus affectueux, j’imagine ! »

Ce qui la touche chez Jésus, c’est « sa vérité d’être. Il aide les gens. Même ceux qui le détestent. Cela me dépasse ! Il y a aussi son attitude devant Pilate qui me touche. Ce dernier le questionne. Il ne répond pas. Jésus sait qui il est. Il sait qu’il n’a pas besoin de se défendre. Pilate lui demande : “Es-tu le fils de Dieu ?” Il répond tout simplement : “C’est toi qui le dis.” Quel homme ! Il est capable d’être lui-même. Jésus ne craignait pas de se faire traiter de fou en portant la bonne nouvelle que Dieu est proche de son peuple. Il ne craignait pas la controverse et des opinions. »

Étant une ancienne esclave, elle a une conception particulière de la liberté : « Nous ne sommes pas assez libres pour bien utiliser la liberté. Nous sommes les esclaves de ce que l’on est, en soi. […] Je crois que nous n’avons pas assez de liberté intérieure pour bien utiliser celle que Dieu nous donne. Cela a pour résultat que les personnes de notre temps sont esclaves de toutes sortes de choses. Le pire de l’esclavage n’a rien de physique. C’est en soi. Je crois que l’être humain n’est pas ce qu’il est réellement parce que la véritable image de l’humain, c’est Jésus qui la montre. » De quelle manière ? « Nous sommes appelés à être bons, heureux et libres. Il me semble que nous sommes « poignés » dans nos propres « bibittes ». Le pire ennemi emprisonné, c’est soi-même. L’esclavage physique est quelque chose d’extérieur à soi. Regardez le monde civilisé : tous sont libres ! Cependant, tous semblent être prisonniers de quelque chose. Si tu es libre intérieurement, tu peux faire n’importe quoi à l’extérieur de toi. Tu peux aller n’importe où. » Alors, comment trouver cette liberté intérieure ? « À chaque jour, je demande à Dieu de me rendre libre. Ce n’est qu’en Dieu que je peux la trouver, à travers ma prière et en me donnant du temps pour être avec moi-même. Je suis loin d’être pleinement libre parce que, si je l’étais, je pourrais aimer n’importe qui et accepter la différence de chacun. » Tran Lam figure parmi les plus belles rencontres de ma carrière journalistique. Je me demande bien si un jour j’aurai le plaisir de la recroiser sur ma route.

____________________


[1] Tran Lam. La Survivante – La guerre des autres, Éditions internationales Alain Stanke, 1982. BANQ 920.7209714 L213s 2002.
[2] Benoit Voyer. « Tram Lan – 4 ans d'esclavage dans les camps de la mort », Revue Sainte-Anne, novembre 2002, pp. 441 et 466. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/02/le-present-du-passe-4-ans-desclavage.html L’article a été republié dans : Benoit Voyer, Les Témoins de l’essentiel, éditions Logiques, 2005. BANQ 204.4 V975t 2005.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: L'archevêque de Kinshasa à Montréal

L'archevêque de Kinshasa à Montréal

MONTRÉAL – Une délégation dirigée par le cardinal Frédéric Etsou, archevêque de Kinshasa et primat de l'Église catholique du Congo, est venue demander au Canada d'appuyer le processus de transition vers la démocratie au Congo. Outre le cardinal Etsou, actuel président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, la délégation comptait parmi ses membres Mgr Godefroy Mukeng'a Kalond, archevêque de Kananga, et Mgr Theophile Kaboy Ruboneka, évêque de Kasongo et président de la Commission épiscopale Justice et Paix.

« Depuis 1998, les guerres civiles et les conflits armés avec les pays voisins ont fait de deux à trois millions de victimes dans ce vaste pays d'Afrique centrale. Nombreux sont les observateurs qui estiment que l'Église catholique peut jouer un rôle important dans l'unification des forces démocratiques non violentes afin de rebâtir le pays suite aux accords de paix intervenus au début de l'année 2003.

Les Nations unies estiment à plus de deux millions le nombre de personnes actuellement sans abri en RDC et à 16 millions le nombre de personnes ayant un besoin urgent de nourriture. Les services de santé et d'éducation, de même que l'ensemble des infrastructures, ont été soit détruits, soit laissés dans un état lamentable. Le taux de mortalité infantile est remonté au niveau qui existait il y a 50 ans. De vastes régions du pays sont sous le contrôle de mercenaires ou de forces armées étrangères tandis que les ressources naturelles du Congo, comme les diamants, l'or et le bois d'œuvre, sont pillées », explique le communiqué à l'intention des médias rédigé par Développement et Paix, organisme de la Conférence des évêques catholiques du Canada qui amasse des dons pour aider cette région du globe.

http://www.devp.org

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, janvier 2004, p. 17)

14 avril 2024

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Ce qui unit et divise chrétiens et musulmans

Ce qui unit et divise chrétiens et musulmans

MONTRÉAL – Le théologien français, Claude Geffré, encourage la lecture du Coran par les chrétiens, mais est contre l'idée d'en faire une lecture chrétienne. Pour lui, le Coran peut être reçu comme une « parole » de Dieu par tous les véritables fils d'Abraham. Il suggère plutôt d'accueillir ce livre saint dans sa différence comme étant une expérience de Dieu originale où certains aspects de la relation à Dieu sont exprimés, thématisés autrement que dans l'enseignement et la pratique de la religion chrétienne.

L'auteur soulève trois grandes difficultés que la christologie chrétienne soulève pour l'islam et propose quelques voies herméneutiques pour les surmonter.

La Trinité
Il y a la question de la Trinité, c'est-à-dire le Dieu en trois personnes des chrétiens. Pour l'islam, un Dieu trine est inconcevable parce que Dieu est un. Pourtant, la sourate, comme l'explique Geffré, est elle-même confrontée à une image de Trinité. Selon la sourate 5,16, elle consisterait en Dieu, Marie et Jésus.

Pour la théologie musulmane, le mystère trinitaire compromet l'unicité de Dieu. « Il n'y a de Dieu qu'un Dieu unique » (sourate 5,73). Dieu est indivisible, voire indissociable. Dans son livre « Croire et interpréter – Le tournant herméneutique de la théologie » (Cerf, 2003), le Dominicain explique que l'effort que fait la théologie musulmane pour concilier la simplicité de Dieu avec la multiplicité de ses attributs pourrait être une des voies pour concilier la simplicité de l'essence divine avec le concept de Trinité.

L'islam rejette l'idée d'une génération charnelle en Dieu, comme le fait le judaïsme et le christianisme. Lorsqu'il est confronté à l'image d'un Dieu au nom de Père, comme c'est le cas dans les deux autres religions qui se réclament d'Abraham, le judaïsme et le christianisme, l'islam s'entête à rejeter cette image en s'attachant obstinément au concept de génération charnelle. Pourtant, il n’en est rien.

De plus, la question de la divinité de Jésus cause aussi problème aux musulmans. Le Coran nie la mort de Jésus (sourate 4, 156). Il nie aussi sa Passion sur la croix. Pour l'islam, Jésus n'a pas été crucifié et tué. Ce ne serait que ce qui serait apparu intérieurement aux disciples. Jésus ne serait pas passé par la mort et serait monté directement auprès de Dieu.

On s'entend toutefois sur sa conception virginale par un miracle dans le sein de Marie. Cependant, il ne s'inscrit pas dans la généalogie humaine parce qu'il a été conçu par l'Esprit de Dieu.

Jésus est Dieu, Dieu est Jésus
Pour les musulmans, Jésus n'est pas une émanation de Dieu. Toutefois, pour eux comme pour les chrétiens, le Créateur de tous les humains est le Dieu unique.

Claude Geffré, qui a longtemps été professeur de théologie au Saulchoir, puis à l'Institut catholique de Paris, explique qu'il est possible de tenter un dialogue fécond avec l'islam à partir d'une christologie narrative de Jésus, serviteur de Dieu, comme témoignent les Actes des Apôtres. Cependant, il n'y a rien à gagner de la christologie influencée par Paul.

Il y a aussi le second testament qui est un excellent outil de dialogue parce qu'il n'y est jamais question de la Trinité. Jésus prêche le Dieu unique. De plus, Jésus ne s'est jamais attribué le titre de Fils de Dieu, quoiqu'il se soit donné une autorité qui n'appartient qu'à Dieu et qu'on l'a jugé et crucifié pour cette raison.

Ce n'est qu'après sa mort que la communauté chrétienne a commencé à lui attribuer le titre de Fils de Dieu. Mais qu'en était-il de ce terme pour les premiers chrétiens ? Il semble qu'il ait été intronisé au titre de Fils de Dieu au sens de l'Ancien Testament comme le roi d'Israël. La filiation de Jésus ne serait donc pas de l'ordre du mystère de Noël, c'est-à-dire engendré corporellement par l'Esprit, mais plutôt par le mystère de la Résurrection et de son exaltation.

Donc, cette filiation ne serait pas d'ordre physique ou métaphysique. Elle est plutôt de l'ordre de l'intronisation par Dieu. Cette manière de voir la Trinité n'a plus le même sens, et l'unicité de Dieu n'est plus remise en question. Les équivalences (Jésus est Dieu, Dieu est Jésus) sont ainsi surmontées. Jésus est devenu Fils de Dieu parce qu'il incarnait le dessein d'amour de Dieu.

Un même Dieu ?
« Nous adorons le même Dieu. » La phrase est souvent reprise à qui veut bien l'entendre lorsqu'il est question des trois grandes religions monothéistes. Cependant, de quel Dieu s'agit-il ? Il est clair que notre représentation de Dieu s'enracine dans des révélations différentes, ce qui conduit à des visions de Dieu qui sont également différentes.

L'Islam répondrait à une logique de l'absolu ou une logique de l'identité qui conduirait à toute différence et qui est l'expression de son autosuffisance, c'est-à-dire de sa perfection.

L'unicité de Dieu se fait par la communion des membres du trio.

Claude Geffré explique que le Dieu des chrétiens n’est pas une identité absolue, mais une communion dans la différence.

La transcendance du Dieu des musulmans est de l’ordre de l’être, alors que celle du Dieu des chrétiens prend plutôt la direction de la communion.

La troisième personne de la Trinité, l’Esprit, signifie que Dieu est ouvert, qu’il est communication, source de vie et de partage. Le sommet de cette communication est l’incarnation, ce qui veut dire l’alliance avec l’humanité.

Benoit Voyer

(Revue Sainte Anne, janvier 2006, pp. 34 et 35)

13 avril 2026

POLITIQUE: De nouvelles élues

Mes félicitations aux trois femmes élues, aujourd'hui. Elles permettent au premier ministre du Canada de diriger un gouvernement majoritaire.


Tatania Auguste (Terrebonne, au Québec)

Doly Begum (Scarborough Southwest, en Ontario)

Danielle Martin (University-Rosedale, en Ontario)

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Cardinal Jean-Claude Turcotte

Cardinal Jean-Claude Turcotte, Archevêque de Montréal

« À mon humble avis, un des grands malheurs de notre vie, c'est qu'on est tellement poussé par toutes sortes de choses qu'on fuit le silence. Alors, pour prier, il faut se mettre en silence. »

Par Benoît Voyer


MONTRÉAL – La prière est très importante pour le cardinal Jean-Claude Turcotte. Chaque jour, il y consacre une partie de son agenda. Il ne passe pas à côté. Sa relation avec le Seigneur est ce qui est le plus vital en lui.

REVUE SAINTE ANNE – Monsieur le cardinal, comment entendre la voix de Dieu dans son quotidien ?

JEAN-CLAUDE TURCOTTE – Il faut commencer par savoir se mettre en prière. Je ne suis pas un grand théologien, mais je suis allé à l'école de la petite Thérèse de l'Enfant-Jésus. Lorsque j'étais séminariste, elle m'a beaucoup appris sur la petite voie d'enfance.

RSA – Comment Thérèse priait-elle ?

J-C.T. – Elle parlait à Dieu de ce qui lui venait du fond du cœur. Au fond, la prière, c'est d'être capable de parler au Christ comme à un être vivant. Cela suppose d'abord qu'on l'ait découvert. Ce Jésus n'est pas une idée abstraite. Il n'est pas un personnage qui a vécu dans le passé, malgré qu'il ait vécu son histoire au cœur de celle du monde. Son histoire est une réalité du présent.

RSA – Si Jésus est une réalité du présent, à quel endroit le rencontrer ?

J-C.T. – Dans les Évangiles, on nous dit les endroits où il est. Je vous en rappelle quelques-uns :

« Lorsque vous serez réunis deux ou trois en mon nom, je serai au milieu de vous »… Ce ne sont pas des paroles en l'air ! C'est une réalité au présent.

Prenez aussi le texte de Matthieu 25 sur le jugement dernier : « J'ai eu faim, j'ai eu soif, j'ai été en prison, j'étais nu et vous m'avez vêtu… »

Et il dit : « Chaque fois que vous l'avez fait à ces petits qui sont les miens, c'est à moi que vous l'avez fait. » C'est aussi un autre moyen de rencontrer le Christ vivant dans la réalité du présent.

Et le plus bel endroit pour le rencontrer – et malheureusement, on a tendance à l'oublier – c'est l'eucharistie ! Ce n'est pas pour rien que Jean-Paul II, durant la dernière année de son pontificat, a consacré une année à l'eucharistie pour qu'on redécouvre cette présence absolument merveilleuse du Christ au milieu de nous.

L'eucharistie, c'est le sacrement de la présence du Christ dans nos vies. Le thème m'est cher puisque j'ai donné une catéchèse aux jeunes à Cologne sur le sujet.

L'eucharistie, c'est le Christ qui vient se faire présent par le mystère unique de l'acte de consécration. Le Christ vit de façon particulière dans le pain et dans le vin.

Jésus a choisi comme symboles deux choses très courantes, le pain et le vin, qu'on ne trouve pas à l'état naturel. Ce sont des choses qui viennent de la nature – de la farine et de l'eau – et qui ont besoin d'un peu de la sagesse de l'être humain pour les transformer. Au fond, l'eucharistie, c'est le Christ qui est venu prendre le fruit du travail des hommes pour transformer ce travail dans sa réalité à lui, en son corps et en son sang.

RSA – Il est un des nôtres !

J-C.T. – Effectivement ! Quand j'étais dans la JOC, je me souviens que, dans le missel de l'abbé Godin, qui avait été un célèbre aumônier jociste dans les années 1950, disait aux jeunes ouvriers et aux jeunes ouvrières : « Quand vous allez à la messe, n'oubliez pas de mettre sur la patène tout ce que vous avez rencontré dans votre travail – vos peines et vos joies, vos misères et vos souffrances, les gaietés et les amis que vous avez… C'est tout ça qui est offert au Christ. Et il le fait sien. Il le fait tellement sien qu'il le transforme en lui-même pour nous le redonner sous la forme d'une nourriture. C'est donc une rencontre tout à fait extraordinaire du Christ avec chacun de nous et qui nous permet de le rencontrer entre nous. »

Dans l'eucharistie, il y a donc l'aspect vertical (le Christ) et aussi l'aspect horizontal (la communauté). On reçoit le Christ pour soi parce qu'on en a besoin et on le reçoit aussi pour mieux rentrer en relation avec les autres.

Au fond, c'est une rencontre tout à fait unique dont les gens, malheureusement, ont perdu le sens.

Alors, lorsque la prière devient une rencontre avec quelqu'un que l'on a rencontré, ça devient un dialogue. On lui parle de soi. On lui parle des amis qu'on a. On lui parle des difficultés, des joies, des peines et puis, à un moment donné, rien à dire. Et c'est là que ça devient intéressant ! Parce que là, c'est lui qui nous parle.

RSA – Comment fait-on pour l'entendre ?

J-C.T. – Il ne nous parle pas dans l'oreille ! Loin de là ! C'est plutôt que surgissent en soi des pensées qui ne peuvent venir que de lui.

J'aime bien cette petite phrase que disait Mgr Paul Grégoire, mon prédécesseur, avant chaque moment de prière : « Mettons-nous en présence de Dieu et adorons. » J'aime bien dire ça, afin de rappeler que quand on prie, il faut se mettre soi-même en présence de Dieu, parce qu'autrement on est tellement pris dans le tourbillon de la vie qu'on oublie de le faire.

Alors, c'est pour cela que la prière est très importante, parce qu'elle nous permet de nous arrêter.

À mon humble avis, un des grands malheurs de notre vie, c'est qu'on est tellement poussé par toutes sortes de choses qu'on fuit le silence. Alors, pour prier, il faut se mettre en silence.

Pour entendre et discerner la voix de Dieu en soi, il faut commencer par découvrir la prière.

RSA – Et Dieu nous parle de quelle manière ?

J-C.T. – Mon expérience personnelle me montre que le Seigneur nous inspire en nous posant à son tour des questions et en nous remettant en question. Quand on veut savoir la volonté de Dieu, on commence toujours par regarder sa propre volonté personnelle. Et puis là, quand on lui parle de notre volonté, à son tour il nous questionne : « Es-tu bien sûr ? » Il nous renvoie à nous-mêmes et nous permet d'éclairer notre projet d'une lumière qu'on ne soupçonnait pas. La prière, c'est tout simple et c'est important. Il y a des moments de la vie que nous devons y consacrer et nous mettre en silence.

RSA – La prière demande bien du temps. J'ai un agenda très rempli !

J-C.T. – Vous en avez sûrement du temps ! Prenez-le ! Dans votre agenda, mettez la prière en premier dans votre horaire du jour ! Il suffit d'un peu de volonté.

RSA-Julien Green dit que Dieu permet souvent qu'il y ait du silence dans nos vies afin de pouvoir nous parler. Est-ce qu'il peut aller jusqu'à nous amener au désert, c'est-à-dire la crise de vie ?

J-C.T. – Pour bien des gens, ça prend ça ! Si vous êtes attentif à ce silence intérieur, aux petits faits de vie, aux gens qui vous entourent, vous trouverez la volonté de Dieu.

Cardinal Jean-Claude Turcotte,
Archevêque de Montréal
2000, rue Sherbrooke Ouest
Montréal, Québec, Canada
H3H 1G4
(514) 931-7311
(514) 925-4336 – Télécopieur
seccard@diocesemontreal.org – Courriel
www.diocesemontreal.org 


 (Revue Sainte-Anne, mars 2006, p. 105)

12 avril 2026

POLITIQUE: Félicitations à Christine Fréchette


Félicitations à Christine Fréchette, la nouvelle cheffe de la Coalition avenir Québec. Elle deviendra dans les prochaines heures Premier ministre désigné du Québec.

VISION CATHOLIQUE: Le pape en Afrique du 13 au 23 avril

Le pape en Afrique du 13 au 23 avril

Par Benoit Voyer

12 avril 2026

Le pape Léon se rendra en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale du 13 au 23 avril. Ce sera la première fois qu’un pape foule le sol de l’Algérie. Sa présence en ce lieu sera très observée et donnera le ton au reste de son périple.

Pour l’évêque de Rome, l’Afrique n’est pas un terrain inconnu. Avant son élection, lorsqu’il était à la tête des Augustiniens, Robert Francis Prevost avait multiplié les déplacements pour y visiter les communautés de son ordre religieux. Il profitait de ses séjours pour soutenir des initiatives locales, notamment au Nigeria. Dans ce pays, des religieuses augustiniennes étaient engagées contre les mutilations génitales féminines. Il n’attendait pas les influences du Vatican pour bouger. La méthode du père Prévost a toujours été de « soutenir ce qui naît sur place ».

Le Vatican a également confirmé que le pape Léon se déplacera à Monaco le 28 mars et fera un voyage en Espagne, à Madrid, Barcelone et dans les îles Canaries, du 6 au 12 juin.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Badeea N'Butrus, rédemptoriste irakien

Badeea N'Butrus, rédemptoriste irakien

« Un homme qui vous dit qu’il n’aime pas les femmes est un grand menteur ! […] Vous savez, un homme qui se fait distant de toutes relations avec une femme donne le signe qu’il n’a pas la vocation religieuse ».

Par Benoit Voyer


MONTRÉAL – Badeea N'Butrus, rédemptoriste irakien, est missionnaire… au Canada. Il a été ordonné prêtre à Montréal, il y a quelques mois.

REVUE SAINTE ANNE – Quel événement a suscité en vous l'appel au sacerdoce ?

BADEEA N'BUTRUS – Un jour, en France, au hasard de ma route, je me suis retrouvé dans un monastère. On avait besoin d'un ingénieur. Je suis resté à cet endroit deux mois. J'ai vu vivre ces moines et, à travers eux, j'ai vu la richesse de la vie religieuse.

Pour le reste, c'est le Seigneur qui a agi lentement en moi, sans que je m'en aperçoive.

RSA – Qu'est-ce qui vous a conduit au Canada ?

BB – Ma première destination a été la France. J'ai émigré afin de pouvoir travailler dans mon métier. Je suis ingénieur. C'est dans ce pays que j'ai découvert ma vocation religieuse.

Puisque je suis originaire du Moyen-Orient, j'appartenais à la province ecclésiastique des Rédemptoristes de Bruxelles, en Belgique.

Il faut aussi souligner que les congrégations belge et française des Rédemptoristes n'ont pas de noviciat.

Mon supérieur provincial m'a donc dit : « Écoute, il y a deux choix qui s'offrent à toi : si tu veux faire ta formation en anglais, tu t'en vas à Dublin ; si tu préfères la faire en français, on t'envoie au Québec. »

Le Québec, pour un Irakien, ça ne dit absolument rien…

J'ai répondu à mon supérieur : « L'Afrique, ça ne m'intéresse pas ! » Il a bien rigolé. Il m'a donc expliqué que le Québec est une province du Canada.

Venir m'établir en terre canadienne n'était donc pas inscrit dans mon agenda. Si je suis venu ici, c'est dans un but religieux. Lorsque j'ai découvert ma vocation, je me suis remis entre les mains du Seigneur. J'estime donc que c'est lui qui m'a envoyé ici.

RSA – Avez-vous vécu un choc culturel en arrivant à Montréal ?

BB – Effectivement, j'ai vécu ce choc. Cependant, le plus grand a été en France puisque je passais de l'Orient à l'Occident. Ce sont deux mondes très différents. J'ai vécu un autre choc en arrivant ici, puisque la mentalité est très nord-américaine. C'est paradoxal. Le Québec est très loin de l'Irak, mais les Québécois sont beaucoup plus près des Irakiens que les Européens. Tout se joue au chapitre des relations humaines. Vous êtes plus chaleureux et plus ouverts aux autres cultures. À cause de cela, lorsqu'on arrive ici, on ne se sent pas totalement comme des étrangers.

RSA – Est-ce que vous songez rester au Canada ?

BB – Au noviciat, durant ma grande période de discernement, l'accueil que j'ai reçu ici a été un des grands facteurs qui m'a encouragé à rester au Québec. De plus, les nombreuses rencontres avec mon directeur spirituel m'ont permis de découvrir mon appel au service des jeunes. Ceux-ci m'ont toujours intéressé. Qu'importe le pays où je me suis retrouvé – en Irak, en Jordanie, au Liban, en Syrie et en Europe –, j'ai toujours été proche d'eux.

Enfin, la crise de la jeunesse dans l'Église du Québec m'a fortement interpellé. J'ai donc décidé de consacrer mon ministère presbytéral au service des jeunes québécois.

RSA – En Irak, vous apparteniez à une riche tradition chrétienne…

BB – Nous sommes des Chaldéens. À Bagdad, il y a deux factions dans notre Église. Une partie : premièrement, il y a l'Église chaldéenne (les Orientaux catholiques) qui est unie avec Rome depuis le 16ᵉ siècle et, l'autre, au second plan, l'Église ancienne (les Assyriens) qui n'est pas encore en unité avec le Vatican. C'est dans cette deuxième Église que des hommes mariés peuvent devenir prêtres.

Le principal avantage qu'ont les Orientaux catholiques est qu'ils sont ouverts à l'Église universelle. Cependant, le principal désavantage de cette unité avec le Vatican est qu'il y a une perte de traditions. L'Église ancienne est plus proche de celles-ci.

RSA – Est-ce que votre communauté religieuse, les Rédemptoristes, qui est très vieillissante, laisse beaucoup de place aux jeunes ?

BB – Quand je faisais mon postulat à Lyon, en France, la communauté vieillissait beaucoup plus rapidement qu'au Canada. À Lyon, les religieux ont accepté, en toute humilité, la réalité qu'ils ne sont pas capables de s'adapter aux attentes des nouvelles vocations. Ils ne cherchent donc pas à donner davantage de place aux plus jeunes. Là-bas, les Rédemptoristes sont en voie de disparition. Ici, au Canada, dans ce qu'on appelle la province religieuse de Sainte-Anne, c'est bien différent.

En 1999, je me souviens, lorsque j'étais novice, j'ai participé à un chapitre de notre province ecclésiastique. C'était ma première incursion dans une telle rencontre. Pendant trois jours, on n'a parlé que de la place des jeunes dans la congrégation. Cela m'avait grandement étonné. Ici, malgré le grand vieillissement des religieux, la jeunesse – et la relève – est la grande préoccupation des Rédemptoristes. Au cœur de ces hommes, il y a une véritable jeunesse du cœur. Je dois vous avouer que c'est le deuxième facteur qui m'a donné le goût d'une vocation au Québec.

RSA – Est-ce que vous êtes devenu prêtre parce que vous n'aimez pas les femmes ?

BB – (La question le fait rire plus d'une minute). Un homme qui vous dit qu'il n'aime pas les femmes est un grand menteur ! (rires) Vous savez, un homme qui se fait distant de toutes relations avec une femme donne le signe qu'il n'a pas la vocation religieuse. Comment vas-tu servir ces êtres humains quand tu vas devenir prêtre ?

Badeea N'Butrus, C.Ss.R.
Les Rédemptoristes/Paroisse Saint-Alphonse
560 boul. Crémazie Est
Montréal, Québec, Canada
H2P 1E8
(514) 388-1161


(Revue Sainte Anne Mai 2006, p. 201)

11 avril 2026

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Mgr Vincent Cadieux, évêque de Moosonee

Mgr Vincent Cadieux,
évêque de Moosonee

Par Benoit Voyer


MONTRÉAL – De passage à Montréal, Mgr Vincent Cadieux, évêque catholique de Moosonee, participait, il y a quelques semaines, à quelques activités de l'Assemblée des évêques du Québec. La Revue Sainte-Anne l'a rencontré afin de mieux faire connaître ce diocèse méconnu des Canadiens et des Canadiennes. Il préside l'association des sept diocèses du nord canadien qui couvrent les 2/3 du territoire canadien.

REVUE SAINTE ANNE – Mgr Vincent Cadieux, votre diocèse est situé à l'extrême nord de l'Ontario et du Québec. Pourriez-vous mieux nous situer le territoire que vous couvrez ?

VINCENT CADIEUX – Le diocèse de Moosonee couvre les deux côtés de la baie d'Hudson et le côté est de la Baie-James jusqu'à LG4, environ. L'évêché est situé à Moosonee, qui est du côté ontarien dans le bas de la baie. Le territoire couvre environ 1 100 000 de kilomètres carrés au nord des diocèses de Timmins et de Hearst.

Le territoire est surtout constitué d'autochtones Cris et « Ottibwés ». Il y a aussi un très petit nombre d'Inuits.

RSA – Vous êtes l'évêque de combien de catholiques ?

VC – Dans le diocèse de Moosonee, il y a un peu plus de 25 000 personnes, dont un peu plus de 6 000 catholiques. Pour vous, au sud, ça représente à peu près la moitié de la population d'une grosse paroisse.

RSA – Quelle est la principale difficulté d'être évêque d'un diocèse comme le vôtre ?

C’est surtout la dispersion des communautés chrétiennes catholiques. Dans Moosonee, nous avons surtout de petites communautés dispersées. Le principal groupe est à Moosonee.

RSA – Quelle est la langue d'usage ?

VC – Du côté ontarien, on parle l'anglais et quelques langues amérindiennes. Du côté de la Baie James, avec le développement des centrales électriques, le français y est plus présent depuis 1975.

RSA – Quelles religions côtoient les catholiques ?

VC – Au début, c'était surtout les anglicans. En ce moment, on voit apparaître des groupes protestants évangéliques. Il ne faut pas oublier tout le développement des cultures autochtones.

RSA – Vous avez affaire à plusieurs religions autochtones ?

VC – Il y a toujours eu des autochtones qui ont pratiqué certains rites propres à leur culture. De là à dire qu'il s'agit de « religions autochtones », je pense qu'il faut faire attention aux termes utilisés. Il faut parler d'une « spiritualité autochtone » ou de « rites autochtones ».

Les gens ont pratiqué ces rites jusqu'à un certain degré. Peut-être moins que dans l'Ouest du pays ou aux États-Unis où les gens ont développé davantage une forme de spiritualité à cause de leur mode de vie. Les Amérindiens qui vivaient dans le diocèse de Moosonee, par exemple, étaient des chasseurs et des trappeurs. Cela forçait les gens à vivre la moitié de leur vie dispersée dans la forêt. Et à cause de cela, ils avaient moins de chances de développer une spiritualité commune ou des rites.

RSA – Est-ce que les Amérindiens ont un attrait pour les spiritualités chrétiennes ? Est-ce qu'il est possible de jumeler les traditions amérindiennes aux spiritualités chrétiennes ?

VC – Ils ont un attrait. Les autochtones sont des gens très religieux. Ils vivent près de la nature. Ils ont une relation à Dieu qui est un peu particulière. Les gens aiment prier, passer du temps à l’église et dans la forêt à prier. Lorsque les missionnaires sont arrivés sur ce territoire, ils ne passaient pas l'année avec les autochtones. Ils passaient 2 à 4 semaines dans chaque communauté. Pendant qu'ils étaient là, ils instruisaient les gens et montraient quelques prières et chants. Par la suite, les Amérindiens se dispersaient dans la forêt pour l'hiver et se servaient de ces prières et chants.

RSA – Quel est le portrait pastoral de votre diocèse ?

VC – L'équipe diocésaine est constituée de quatre prêtres, dont trois Oblats de Marie Immaculée (les pères Rodrigue Vézinas, Serge Allard et Maurice Provencher) et l'abbé Pierre Bernier, un prêtre du diocèse de Saint-Hyacinthe. Ce dernier dessert une partie du côté québécois, dans la région de Radisson. Se joint à nous un prêtre de Thunder Bay et quelques diacres, religieuses et agents et agentes de pastorale.

À l'évêché, nous sommes trois personnes : un administrateur diocésain, une religieuse de la Providence de Kingston et moi.

RSA – Quels sont les défis que vous avez à relever dans les diocèses du nord ?

VC – Notre plus grand défi est la formation religieuse des autochtones et la préparation à leur propre prise en charge de leurs communautés chrétiennes ?

Mgr Vincent Cadieux, o.m.i., évêque
Diocèse catholique de Moosonee
2 Bay Road
C. P. 40
Moosonee, Ontario, Canada
POL 1Y0
(705) 336-2908


(La Revue Sainte Anne, juin 2006, p. 249)