Une autre histoire de crucifix refait surface dans l'actualité. C'est à un vrai chemin de croix auquel nous participons depuis quelques années. Cette fois-ci, Claude Talbot de l'arrondissement Verdun, à Montréal, a demandé au Mouvement laïque québécois (MLQ) de déposer une plainte, en son nom, à la Commission des droits de la personne, afin d'obliger le maire à enlever la croix, un symbole de notre héritage chrétien, du mur de la salle du conseil d'arrondissement.
Après avoir vécu dans une société chrétienne, le « fondamentalisme laïc », dont le MLQ en est un excellent porte-parole, a pris toute la place. Celui-ci n'admet pas la présence d'aucune religion dans l'espace public, les reléguant au domaine privé. On est passé d'un extrême à l'autre. Ce « fondamentalisme laïc » est aussi grosse menace aux libertés individuelles que le « fondamentalisme religieux ». Serait-il possible de trouver un juste milieu ?
Aussi, en retirant tous ces crucifix, nous sommes en train d'évacuer notre histoire nationale qui a été tricotée serrée avec le christianisme. En évacuant ce passé qui donnait sens à nos luttes quotidiennes, à notre survie, nous sommes en train d'offrir le vide à mes enfants. Ce vide, ils vont le remplacer par quoi ? Rien de très satisfaisant. Tant qu'à ne rien offrir en échange qui ne soit valable, je préférerais qu'on laisse à la vue des signes de la bergerie qui, jadis, nous a tous rassemblés.
Mais allons plus loin. Pourquoi s'attaquer à un symbole qui n'a de pouvoir que dans l'esprit des gens qui veulent bien lui en donner ? Aujourd'hui, sauf exception, c'est moins les religions qui menacent nos libertés que des croyances contemporaines déguisées en savoir. Ainsi, la science, les techniques, la publicité, l'économie, les médias... sont devenus de véritables idoles. Ces nouveaux cléricalismes tablent désormais sur leurs prêtres et diacres, dont les discours sont assénés et reçus sans aucun esprit critique, comme d'Évangile.
Comme l'écrivait Jean-Claude Guillebaud dans son livre « La Force de conviction » (Seuil, Paris, 2005), on dit que « les croyances, c'est quelque chose d'archaïque, maintenant ce qui compte, c'est le savoir. Le savoir de l'économie, le savoir de la technique, le savoir transgénique ... Le fait de donner à ces secteurs-là le statut de savoir, ça leur permet de toiser avec un brin de condescendance les croyances et de les considérer comme des choses vétustes. Mais ce n'est qu'un mensonge, un subterfuge »
Nous sommes entourés de savoirs qui n'en sont pas réellement. Ceux-ci sont des croyances qui se déguisent en savoir. Il y a autant de croyances, en d'autres mots de superstitions, dans l'économie et la politique que dans le religieux et le spirituel. On essaie pourtant de nous faire croire que ce sont des sciences, comme c'est le cas des mathématiques. On nous berne !
Ces secteurs, dont le libéralisme fondé par Adam Smith et d'autres penseurs, ne sont rien d'autres que des choix éthiques, voire des philosophies. Ce n'est pas de la mathématique. On choisit une option économique ou politique dans le seul but d'en arriver à un résultat sur l'humain. Il en va de même pour la technique. Elle n'est pas objective. Elle contient une part de croyances.
Ainsi, face à ces faux savoirs, l'humain ne doit pas sacrifier son sens critique et se soumettre aveuglément. S'il le fait, il devient esclave de systèmes de pensée.
En chassant le religieux institutionnel, on a favorisé le retour des idoles. Je crois, comme Jean-Claude Guillebault, que les idoles peuvent être demain encore plus meurtrières que l'était le religieux. En chassant du paysage toutes nos croix, on procède à un suicide identitaire.
Benoit Voyer
(Revue Sainte-Anne, juillet-août 2008, p. 302)







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