NEUROSCIENCES : Le cerveau humain évoluerait par grandes étapes
Par Benoit Voyer
2 octobre 2026
Des chercheurs de l’Université de Cambridge ont identifié quatre âges charnières dans l’évolution du cerveau humain : autour de 9, 32, 66 et 83 ans.
Publiée dans Sciences et Avenir, le 18 mars 2026, cette recherche, basée sur l’analyse de plus de 4 200 examens d’IRM réalisés chez des personnes de 0 à 90 ans, montre que le cerveau ne se transforme pas de façon uniforme tout au long de la vie. Il traverse des périodes de réorganisation majeures.
Ces étapes correspondent à des changements importants dans la connectivité cérébrale, c’est-à-dire dans la manière dont les différentes régions du cerveau communiquent entre elles. Vers 32 ans, le cerveau atteindrait une phase de maturité optimale, alors qu’autour de 66 ans commencerait une période d’adaptation progressive marquée par des changements dans les réseaux cérébraux. Vers 83 ans, une nouvelle phase de réorganisation liée au vieillissement apparaît.
Ces travaux rappellent que le cerveau demeure un organe capable d’adaptation tout au long de la vie, ce qui renforce l’importance des habitudes favorables à la bonne santé cognitive : activité physique, apprentissage, stimulation intellectuelle et maintien des relations sociales.
FLASH : Taux de fécondité
Le taux de fécondité est en légère augmentation au Québec. En 2025, Statistique Canada a recensé 78 200 naissances, c’est-à-dire 974 de plus qu’en 2024, où 77 226 avaient été enregistrées. Ainsi, on est passé de 1,35 enfant par femme en 2024 à 1,36 en 2025. La moyenne canadienne est à 1,26 enfant par femme. L’âge moyen à la maternité est de 31,5 ans au Québec et de 31,9 ans au Canada. (Benoit Voyer, 2 octobre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Les âges de la vie spirituelle
Par Benoit Voyer
2 octobre 2026
Ce que je vais d’abord vous dire, n’est pas très nouveau. C’est ce que j’écrivais dans cette chronique, quasi-mot à mot, le 5 mars 2026.
Si je me fie à plusieurs grands psychologues, comme Erik Erikson, mon cheminement spirituel et religieux est normal et sain.
Ils nous enseignent que l’homme et la femme passent par des étapes de développement à mesure qu’ils mûrissent. D’ailleurs, les grands mystiques catholiques ont enseigné la même chose pendant des siècles. C’est ce qui a conduit à des concepts comme les voies purgatives, contemplative et unitive. De plus, plus près de nous, des auteurs spirituels comme James Fowler ont utilisé la psychologie moderne pour enrichir notre compréhension du développement spirituel.
Si on simplifie les choses à leur plus simple expression, le développement spirituel comporte trois grandes étapes : 1– Le détournement de nos mauvais penchants ou de nos péchés ; 2– La pratique de la vertu ; 3– Se sentir embrassé par l’amour divin. Ces étapes ne sont pas fermes, mais plutôt des périodes d’accentuation. Il y a une fluidité entre les trois. Selon les étapes de notre existence, nous serons plus ou moins dans l'une ou l’autre.
Malheureusement, bien des gens s’attardent à la première étape. On doit rapidement en venir à se focaliser sur la pratique de la vertu. Il faut passer du négatif au positif. On doit passer de « Comment puis-je arrêter de pécher ? » à « Comment puis-je être un meilleur chrétien ? »
Lorsqu’on prie et on lit les Évangiles, on ne se concentre pas sur le péché, mais sur Jésus comme la personne qu’on veut suivre et imiter : « Que puis-je faire pour plaire à Dieu ? » « Comment puis-je être meilleur ? »
La majorité des chrétiens passent la plus grande partie de leur vie dans cette étape du développement spirituel. Je ne suis pas un grand pécheur, mais pas non plus quelqu’un de parfait. Je tente d’être meilleur, même si j’échoue souvent. On fait ce qu’on peut.
Dans la troisième étape du développement, on ne se concentre pas sur soi, mais sur Dieu. En regardant Jésus dans les Évangiles, on verra une personne qui ne se contente pas de dire aux gens d’arrêter de pécher et de le suivre. On découvre plutôt quelqu’un de merveilleux qui nous parle de son Père, qui est aimant et compatissant. À cette étape du développement, on regarde les textes anciens pour constater à quel point Dieu est impressionnant et merveilleux.
Rendu là, l’acte de foi le plus difficile à faire est de croire que Dieu nous aime inconditionnellement et qu’il est un Dieu bienveillant.
Un auteur dont je ne me souviens plus du nom disait qu’à chaque étape du développement spirituel, notre vie de prière est différente. Dans la première étape, c’est surtout la contrition (je suis désolé), dans la deuxième étape, c’est surtout la supplication (aide-moi) et dans la troisième étape, c’est surtout l’action de grâce et l’adoration (Tu es incroyable, mon Dieu).
Dans la dernière étape du développement spirituel, on tombe véritablement amoureux et on s’engage. En vieillissant, sur le plan personnel, mon dialogue avec le bon Dieu se résume de plus en plus à l’essentiel : « Salut ! Je suis là ! Merci d’être là, toi aussi ! Je t’aime, tu le sais bien… »
Voilà ce que je vous expliquais. En fait, je pourrais résumer avec ce qu’écrivait si bien Charles Péguy : « Une âme morte, c’est une âme complètement habituée ».
Au printemps 2005, je me rends dans la région de Joliette afin de rencontrer Pierre Gagnon, un homme d’affaires à la retraite, né en 1931. Il souhaite que je parle de son livre « Sentinelles du matin » (Éditions Anne Sigier) dans la Revue Sainte-Anne. (Cf. Revue Sainte-Anne, juillet-août 2005, pp. 297 et 308).
Ce matin-là, je ne sais pas trop dans quelle aventure je me lance puisque ses textes n’allument rien en moi. En démarrant le magnétophone, je décide donc de partir de son âge. Ce n’est pas très original, mais il faut bien partir de quelque chose…
« Pierre Gagnon, à qui ou à quoi ressemble l'enfant en vous ? Votre « enfant intérieur » est rendu à un âge vénérable ! » Je m’étonne moi-même de la formulation de ma question.
Le sourire aux lèvres, il me répond du tac au tac : « Si on tient compte de l'immortalité, on donne à l'infini une importance et on diminue celle du temps. J'ai déjà passé mes 73 ans de vie, mais sur le plan de l'immortalité, il me semble que c'est un clin d'œil. Le cœur d'enfant que je rencontre dans l'œil de mes arrière-petits-enfants, je souhaite que d'autres le rencontrent dans mes yeux de bon vieillard. »
Je veux parler de sa vieillesse, il me parle de l’enfant en lui. Je ne m’attendais pas à cette réponse. Je tente de piéger un peu : « Êtes-vous un vieillard ou un enfant ? »
Il ne s’en laisse pas imposer : « Je me sens plutôt enfant. Selon moi, toutes les expériences de vie – avec l'aide de Dieu, bien entendu (!) – nous ramènent à ce que nous étions dans sa pensée parce qu'on y retourne finalement après toutes nos années d'existence terrestre. C'est d'ailleurs Jésus qui le disait : Si vous ne devenez pas comme eux autres, vous êtes foutus, les boys. (!) Si vous ne redevenez pas comme des petits enfants, vous ne pénétrerez pas dans le Royaume des cieux. »
Ma page blanche vient de se remplir. Il sera donc question aujourd’hui de l’enfance spirituelle, un des âges de la vie spirituelle : « Comment redevient-on enfant ? »
Le dialogue s’installe :
GAGNON – En sachant s'émerveiller de ce que Dieu fait de beau au cœur de sa création et, encore bien plus, au cœur de ses créatures.
VOYER – De quelle manière décrivez-vous l'enfant en vous ?
GAGNON – J'ai l'impression que je fais encore rire un peu, à moins que les gens soient très polis à mon égard… (rires) J'espère que non. Sérieusement, je dois avouer que je retrouve en moi l'optimisme de l'enfant. Lorsque je menais une vie de dévergondé – à plein nez dans le péché –, j'étais fort pessimiste. J'ai appris que tout ce qui me bloque dans mon rapport avec l'infini, c'est-à-dire avec Dieu, me fait craindre l'avenir. Et bien plus ! J'avais peur de mon aujourd'hui, de mon présent. Le cœur d'enfant que j'ai découvert et que j'apprivoise ramène en moi l'optimisme.
Je crois que l'humanité vit un temps de conversion parce que l'humain a la nausée. Il n'a même plus le courage de dire qu'il est heureux. Il en a marre de ne jamais être contenté parce qu'il ne goûte jamais réellement à ce qu'il souhaite foncièrement en lui, c'est-à-dire au cœur de Dieu.
VOYER – Est-ce que vous êtes en train d'affirmer que l'humain a soif de Dieu, mais ne l'avoue pas ?
GAGNON - Effectivement! Je suis cependant plein d'espérance. J'aime employer cette image : c'est comme lorsqu'on fait cuire du gruau. À un moment donné, ça fait des bulles. Plouf! Plouf! Lorsque ça chauffe au cœur de la substance pâteuse, elle se transforme et le meilleur en sort.
Je vois des gens s'impliquer dans des chemins de lumière, c'est-à-dire dans des sentiers de conversion. Je n'ai pas encore rencontré de réel converti, car selon moi ce n'est que quinze minutes après qu'un membre de la faculté de médecine décrète la mort clinique que la réelle conversion apparaît. Ce n'est qu'au moment du passage vers l'autre étape de la vie – celle qui vient après la mort terrestre – qu'il y a, par les mérites de Jésus, une véritable conversion. Malgré ce fait, je vois le chemin de plusieurs vers la lumière. Cela me rassure. »
Je lui demande de préciser son affirmation.
GAGNON – Je ne peux pas expliquer ce qui se passe entre les étapes de la transformation de la chenille en papillon, mais je sais qu'il y a mort d'une part et qu'il y a naissance d'autre part.
À 73 ans, la vie commence! Et le Seigneur, dans sa bonté, nous fait connaître mille petites morts afin de s'habituer au grand passage. Il y en a qui sont bien pessimistes en ne parlant que de la déchéance du corps humain. Voyons plus loin que cela! Dieu multiplie les rides au même rythme qu'il multiplie les vertus. Il y a une compensation. Rien ne se perd! Même pour un vieillard de 90 ans ! En lui habite la jeunesse parce qu'il prépare un nouveau départ, une nouvelle naissance en Dieu.
VOYER - Qu'est-ce que la vieillesse change en soi?
GAGNON – On s'enrichit des désirs que l'on a moins ou que l'on n'a plus. On caresse l'expérience de sagesse - qui est un trésor accumulé dans l'histoire de l'univers - des générations qui nous ont précédés. On ne croit plus qu'on a tout inventé (!). À 30 ans, on croit souvent que le monde est né peu de temps avant sa propre naissance. Mais plus à mon âge ! Le monde naît et renaît. Il y a un trésor de sagesse que l'humanité a accumulé. Il suffit de s'y abreuver.
VOYER – Dans un travail de philosophie qu'il a remis à son professeur de cégep, un étudiant que je connais écrit « qu'en vieillissant on perd ses illusions ». C'est vrai qu'on rêve moins ?
GAGNON - Lorsqu'il est question des œuvres, le cynisme et le désabusement peuvent facilement nous submerger. Un humaniste ne peut pas penser autrement. Cependant, pour un humaniste chrétien, il y a tout un couloir qui, après ses déceptions, ses désillusions et ses désespérances, conduit à la lumière. Pour lui, il y a autre chose de plus grand que l'humain.
VOYER – Avec l'âge qui avance, qu'est-ce que l'expérience vous dit de la vie ? Qu'est-ce que l'essentiel ?
GAGNON – Croire en Dieu.
VOYER – Juste ça ?!
GAGNON. – C'est l'essentiel ! Mais cet essentiel est aussi de savoir accueillir l’affection des autres, de savoir accueillir Dieu en soi et de savoir accueillir l'autre. Je crois à travers mes limites, mes insuffisances, mes ignorances.
VOYER – Et s'il ne vous restait qu'une seule journée à vivre… À quoi ressemblerait-elle ?
GAGNON - J'en voudrais une comme aujourd'hui ! Et puisqu'en ce moment il est 16 h, il ne me resterait que 8 heures d'attente avant de rentrer chez moi. Chez moi, ce n'est pas ici ! J'ai hâte de retourner à la maison ! Pas vous ?
VOYER - Vous ne vous sentez pas chez vous ici ?
GAGNON - Il me manquera toujours quelque chose. Je suis un inassouvi. Je suis comme la samaritaine. Je bois de l'eau... J'ai encore soif! Je mange... J'ai encore soif! Je fais la fête... J'ai encore soif! Il y a toujours quelque chose qui manque! Et ce qui me manque c'est Dieu!
VOYER - Vous n'avez pas peur de mourir ?
GAGNON. – Pas du tout ! (Il fait un long silence) « Mais ça m'énerve! »
VOYER - Vous êtes prêt !?
GAGNON. - Dieu me prépare. Il me montre chaque jour la gratuité de son amour. […]
VOYER - Est-ce qu'il vous arrive de penser à la mort ?
GAGNON - Pourquoi je penserais à la mort? De toute manière, elle va passer sans que j'y pense!
VOYER - Lorsque vous regardez votre vie, quel est votre plus grand regret ?
GAGNON - Tous les « Je t'aime » que j'ai dits et qui n'étaient pas purs comme ceux que je dis aujourd'hui. C'étaient des « Je t'aime » qui étaient plutôt des « Je m'aime ». Ils étaient vides. Aujourd'hui, je fais un peu mieux, mais j'en suis encore au jardin de l'enfance de l'amour. J'ai encore tant à apprendre.
VOYER - Apprendre à aimer est le travail d'une vie!
GAGNON - Je dirais plutôt se laisser imbiber par Dieu pendant toute une vie parce qu'il me semble que je n'ai pas beaucoup travaillé. C'est plutôt lui qui a tout fait pour moi.
Sur la route du retour, en repensant à cet échange, une page de l’évangile de Matthieu revient dans ma mémoire : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Mais celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux. Et celui qui accueille un enfant comme celui-ci en mon nom, il m’accueille, moi. » (Mt 18, 1-5.10)
Ainsi donc, l’enfance n’est pas une question d’âge chronologique, mais un état d’être.
SAINTS ET SAINTES : La vénérable Jeanne Leber
Par Benoit Voyer
2 octobre 2026
Elle s’appelle Jeanne. Elle est le deuxième enfant de Jacques Le Ber, marchand prospère de Montréal, originaire de Pitres, en Normandie, et de Jeanne Le Moyne, originaire de Dieppe. Elle naît à Ville-Marie, le 4 janvier 1662. Son frère aîné s’appelle Louis. Un jour, son père deviendra le plus riche commerçant de la Nouvelle-France et Jeanne aura trois autres frères : Jacques, Jean-Vincent et Pierre.
Lors de son baptême, Paul Chomedey de Maisonneuve, cofondateur et gouverneur de Montréal, et Jeanne Mance, fondatrice et administratrice de l’Hôtel-Dieu, sont ses parrain et marraine.
Ses frères seront des hommes bien en vue dans la colonie. Louis fera du commerce comme son père. Jacques sera soldat. Jean-Vincent sera choisi très jeune pour être commandant dans la milice de Montréal. Il mourra à l’âge de 25 ans. Enfin, Pierre deviendra religieux. Ce dernier cofondera l’institut religieux des Frères Charon voués au soin des malades.
Seule fille de la famille, Jeanne sera choyée par ses parents et ses frères.
Son oncle est Charles Le Moyne, le fondateur de la ville de Longueuil.
De 1674 à 1677, elle étudie chez les Ursulines, à Québec. Avec les religieuses, elle s'initie à la broderie, un art dans lequel elle excelle. Fille pieuse, les Ursulines souhaitent en faire l’une d’elles, mais elle ne sent pas l’appel. Ses études terminées, Jeanne rentre à Montréal.
Puis, pas question de se marier. À partir de 1677, elle refuse les plus beaux partis de Ville-Marie…
Jeanne a un grand attrait pour le silence, la solitude et la prière. La vie contemplative, c’est son seul intérêt.
À 18 ans, son père et sa mère, avec l’accord de François Séguenot et des messieurs de Saint-Sulpice, responsables de la paroisse, lui accordent le souhait de vivre en recluse dans la maison familiale. Ainsi, retirée du monde, elle ne parle presque jamais. Ses seules sorties sont pour aller à la messe, à 5 h du matin, dans l’église paroissiale.
Le 5 août 1695, elle déménage dans la maison de la Congrégation de Notre-Dame où Marguerite Bourgeoys et ses compagnes l’accueillent. Elle y poursuit sa réclusion dans une minuscule pièce qui comprend une petite fenêtre ouverte sur le sanctuaire de la chapelle.
Sans cesser de prier, elle coud et brode linges et ornements liturgiques et confectionne des vêtements pour les pauvres.
Le 3 octobre 1714, à 9 h, elle décède à l’âge de 52 ans.
De nos jours, Jeanne Leber repose dans la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours, à Montréal.
Depuis le 28 octobre 2015, sa cause en vue d’une future béatification et canonisation est à l’étude au Vatican.
Un livre à lire :
« Jeanne Leber, la priante et la brodeuse »
de Denise Lamarche (Éditions Carte Blanche, 2004)
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Les évêques canadiens et la vie politique au Canada
Au terme de leur assemblée plénière semi-annuelle de la semaine dernière, les évêques du Canada ont rendu public cet important document dont voici le texte intégral.
Au terme de notre assemblée régulière du printemps, nous aimerions vous faire part de certaines décisions que nous avons prises pour faire suite aux enseignements du Synode des évêques à Rome, en 1971, sur la « Justice dans le monde ».
La question posée concernait l’accomplissement de la justice dans l’Église et dans le pays. Ainsi, nous avons considéré la justice dans les réalités économiques, dans la vie interne de l’Église, etc.
Nous nous sommes également interrogés sur un problème qui concerne directement le Québec, mais qui ne peut manquer d’avoir des incidences dans tout le pays. Nous savons pertinemment que les évêques du Québec se voient demander par les chrétiens et notamment par les jeunes : sommes-nous libres comme chrétiens et comme communautés chrétiennes dans nos choix politiques ? Y a-t-il quelque option qui soit exclue, ou quelque option qui soit à prendre ?
À une question posée sous l’angle pastoral, nous voulons donner une réponse pastorale.
Nous affirmons que toutes les options politiques respectueuses de la personne et de la communauté humaine sont libres, tant au plan individuel que collectif.
C’est la doctrine récente la plus claire de l’Église.
« Il revient aux communautés chrétiennes d’analyser avec objectivité la situation propre de leur pays, de l’éclairer par la lumière des paroles inaltérables de l’Évangile, de puiser des principes de réflexion, des normes de jugement et des directives d’action sociale dans l’enseignement social de l’Église... À ces communautés chrétiennes de discerner, avec l’aide de l’Esprit-Saint, en communion avec les évêques responsables, en dialogue avec les autres frères chrétiens et tous les hommes de bonne volonté, les options et les engagements qu’il convient de prendre pour opérer les transformations sociales, politiques et économiques qui s’avèrent nécessaires avec urgence en bien des cas. Dans cette recherche de changements à promouvoir, les chrétiens devront d’abord renouveler leur confiance dans la force et l’originalité des exigences évangéliques. » (Lettre « Octogesima Adveniens » de Paul VI au cardinal Maurice Roy, 1971, no 4.)
Et de plus, du récent Synode des évêques en 1971 :
« Pour réaliser le droit au développement :
a) Que les peuples ne soient pas empêchés de se développer selon leurs propres caractéristiques culturelles ;
b) Que dans la collaboration mutuelle chaque peuple puisse être lui-même le propre artisan de son progrès économique et social ;
c) Que chaque peuple puisse prendre part à la réalisation du bien commun universel comme membre actif et responsable de la société humaine à un plan d’égalité avec les autres peuples. » (La Justice dans le monde, no 8.)
Mais, il nous faut également indiquer deux choses aux chrétiens. La première : dans la recherche et la poursuite des options politiques différentes ou contraires, il y a des valeurs humaines et chrétiennes à respecter et à vivre. Il en va de même pour ceux qui préfèrent demeurer en dehors du débat ou de telle recherche. Chez tous, par exemple, outre l’amour, la paix, la justice, la solidarité et la fraternité, on doit trouver le respect et l’acceptation d’autrui même quand celui-ci a des options différentes de celles qu’on a soi-même, le respect et l’acceptation des choix des collectivités accomplis dans les divers moments de leur histoire.
La seconde : « Les options politiques de par leur nature sont contingentes et n’interprètent jamais l’Évangile de façon absolument adéquate et durable. » (Synode, Le Sacerdoce ministériel, deuxième partie, activités profanes et politiques, 1971.)
À nous donc, chrétiens, laïcs, prêtres, religieux, religieuses, évêques, Peuple de Dieu tout entier, est demandé de nous rappeler que l’Église entend jouer à travers le changement, la recherche, la discussion, le rôle d’une instance supérieure de rencontre, de justice, de dialogue, de communion.
Quant à nous, évêques, nous entendons servir le Peuple de Dieu là où il est et dans les politiques économiques, sociales et culturelles qu’il aura choisies.
(L’Action-Québec, 27 avril 1972, p. 6)
HISTOIRE : Le décès de Robert Bourassa
Par Benoit Voyer
1ᵉʳ octobre 2026
À l’hôpital Notre-Dame, à Montréal, le mercredi 2 octobre 1996, à 5 h 45, Robert Bourassa, premier ministre du Québec du 12 mai 1970 au 25 novembre 1976 et du 12 décembre 1985 au 11 janvier 1994, quittait ce monde. Il était entouré des membres de sa famille.
Depuis un long moment, il était suivi médicalement par l’oncologue Joseph Ayoub. Il gardera toujours en mémoire ce jour particulier : « Durant ses dernières minutes, je suis venu d’urgence à son chevet pour encourager la famille. Sur la route pour me rendre à l’hôpital, je me suis dit : c’est le 2 octobre, fête des anges gardiens. C’est en ces termes que j’ai parlé à la famille Bourassa lorsqu’il a exhalé son dernier souffle. « Son ange gardien a accompagné son âme au Seigneur », me racontait en 1999 le spécialiste du cancer.[1]
Accompagner l’ancien premier ministre a été un événement circonstanciel pour lui. Lors de son arrivée à l’hôpital, Joseph Ayoub était de garde.
À titre de médecin traitant, pendant cinq semaines, il a développé une relation particulière avec lui : « J’ai appris à voir l’homme à travers le politicien. J’ai appris à découvrir un être d’une grande simplicité et d’une grande humilité. » […] « Un jour [je lui ai dit] : « Le Québec vous aime, monsieur Bourassa ! » Des larmes d’émotion contenue ont alors coulé sur son visage, silencieusement. »
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| Robert Bourassa est inhumé dans le Cimetière Notre-Dame-de-Neiges, à Montréal |
Andrée Bourassa accepte la proposition. Joseph Ayoub se rend alors au bureau de Jacques Wilkins, directeur des communications de l’institution, pour lui remettre son bout de papier. M. Wilkins le met au propre et l’envoie à toutes les salles de presse par le biais de l’agence Telbec.
Puis le docteur Ayoub se rend à une réunion au Collège des médecins du Québec sans trop se soucier de la suite de son geste spontané. Mais, très vite, M. Wilkins lui lance un appel urgent au téléphone : « Monsieur Ayoub, on a des téléphones de partout. Les médias veulent vous voir et vous entendre lire ce témoignage que vous avez rédigé. » À midi, il était la vedette d’un point de presse en direct sur les ondes de plusieurs stations de radio et de télévision. Ce jour-là, malgré lui, l’oncologue devenait une personnalité bien en vue au Québec. Malgré tout, il gardera toujours sa grande modestie.
Robert Bourassa est inhumé dans le Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal.
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[1] Benoit Voyer. Les confidences du médecin de Robert Bourassa, Revue Sainte-Anne, février 1999 https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/06/il-etait-une-fois-dans-les-medias-les.html
[1] Benoit Voyer. Les confidences du médecin de Robert Bourassa, Revue Sainte-Anne, février 1999 https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/06/il-etait-une-fois-dans-les-medias-les.html
FLASH : La détresse psychologique des jeunes Maghrébins du Québec
Les chiffres sont inquiétants : 72 % des Maghrébins de 15 à 29 ans qui vivent au Québec estiment que leur santé mentale est directement influencée par le manque de reconnaissance de leur identité multiple; 62 % d’entre eux disent ne pas savoir vers qui se tourner lorsqu’ils traversent une période difficile; 53,6 % déclarent vivre une double identité, entre les attentes familiales – culturelles, religieuses et linguistiques – et les normes de la société québécoise. En cas d’épreuve, seulement 2,6 % citent un professionnel de la santé mentale comme ressource vers laquelle se tourner pour demander de l’aide.
Ces données proviennent de la première étude québécoise sur la santé mentale des jeunes originaires du Maghreb, âgés de 15 à 29 ans, dont La Presse a publié les grandes lignes le 17 septembre 2026. L’enquête couvre 1 608 répondants et a été réalisée sur une période de deux ans. Plus de 168 000 jeunes Maghrébins vivent au Québec. 45 % de la population maghrébine et arabe du Québec a moins de 25 ans, selon le recensement de 2021. (Benoit Voyer, 1er octobre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Annoncer l'Évangile par sa vie
Par Benoit Voyer
1er octobre 2026
Jésus dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez ! […] je vous envoie »
Ainsi, Jésus invite chacun de nous à partir en mission et à annoncer son message de paix et de libération. Dans l'Évangile, il nous montre quelle attitude adopter lorsque nous annonçons la Bonne Nouvelle (cf. Lc 10, 1-12).
On le sait, l'annonce de l'Évangile ne repose pas sur des paroles, mais sur le témoignage d'une vie transformée par l'amour de Dieu.
Le 28 juillet 2022, à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, le pape François rappelait : « Il est nécessaire de proclamer l'Évangile pour donner aux hommes et aux femmes d'aujourd'hui la joie de la foi. Mais cette annonce ne se fait pas d'abord par des mots, mais par un témoignage débordant d'amour gratuit, comme Dieu le fait avec nous. »
Puis, il proposait à chacun trois grands défis missionnaires : faire connaître Jésus, témoigner et vivre la fraternité.
Dans un monde marqué par l’indifférence et le sécularisme — cette vision du monde selon laquelle la religion ne devrait pas jouer un rôle déterminant dans la vie publique, les institutions ou les décisions politiques —, il en appelait à un retour à l'essentiel : « Il est nécessaire de revenir à la première annonce. Nous ne pouvons pas prétendre communiquer la joie de la foi en présentant des aspects secondaires à ceux qui n'ont pas encore accueilli le Seigneur dans leur vie, ou en répétant seulement certaines pratiques ou en reproduisant des formes pastorales du passé. Il faut trouver de nouvelles voies pour annoncer le cœur de l'Évangile à ceux qui n'ont pas encore rencontré le Christ. »
Selon François, l'Évangile devient crédible uniquement lorsque les chrétiens vivent ce qu'ils annoncent : « L'Évangile est annoncé de manière efficace lorsque c'est la vie qui parle, lorsqu'elle révèle cette liberté qui libère les autres, cette compassion qui ne demande rien en retour, cette miséricorde qui, sans paroles, parle du Christ. »
Il ajoutait : « Vous êtes les protagonistes et les bâtisseurs d'une Église différente : humble, douce, miséricordieuse, une Église qui accompagne les processus, qui travaille avec détermination et sérénité à l'inculturation, qui valorise chacun et chaque diversité culturelle et religieuse. Offrons ce témoignage ! »
Enfin, pour François, la crédibilité du porteur de la bonne nouvelle dépend de la qualité de sa vie communautaire : « L'Église sera un témoin crédible de l'Évangile dans la mesure où ses membres vivront la communion, en créant des occasions et des espaces pour que quiconque s'approche de la foi trouve une communauté accueillante, qui sait écouter, qui sait dialoguer, qui favorise une bonne qualité des relations. »
En citant saint François de Laval, le premier évêque de la Nouvelle-France, un diocèse couvrant alors le territoire de l’Amérique du Nord, le pape rappelait que la mission se joue souvent dans les gestes les plus simples : « Souvent, une parole amère, une impatience, un visage de rejet détruiront en un instant ce qui a été construit en beaucoup de temps. »
En reprenant les mots du père Armand Gagné, j’ajouterais qu’« être missionnaire, c'est accepter de se laisser déranger et de ne pas vivre dans le confort. » (entrevue à la Revue Sainte-Anne, juin 2005). C’est accepter de partir dépouillé et vulnérable. N’est-ce que pas ce que disait Jésus : « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales […] Allez ! […] je vous envoie ».
POINT DE VUE CATHOLIQUE : Mark Carney
Par Benoit Voyer
1er octobre 2026
Le premier ministre du Canada, Mark Carney, est un catholique engagé dans la vie de sa communauté de foi.
Depuis son entrée en politique, le dimanche, il a suspendu plusieurs activités afin de participer à l’eucharistie, y compris au premier jour de sa campagne électorale.
En mai 2025, il s’est aussi rendu dans la Cité du Vatican pour la messe d’inauguration du pontificat du pape Léon XIV.
La foi de Mark Carney a pris racine durant son enfance en Alberta. Son milieu familial était engagé dans la communauté catholique de son patelin.
À Ottawa, il fréquente l’église Saint-Joseph, une communauté qui accorde une grande importance à la justice sociale.
Dans ses écrits, Mark Carney fait également référence à saint Thomas d’Aquin, au pape François et à certaines valeurs chrétiennes appliquées à l’économie et à la vie sociale.
Le premier ministre canadien pratique aussi la méditation chrétienne inspirée du bénédictin John Main. D’ailleurs, il a déjà participé aux activités de la Communauté mondiale pour la méditation chrétienne et abordé les liens entre contemplation, leadership et valeurs.
Malgré sa pratique religieuse, Mark Carney parle très peu en public de sa vie chrétienne.
DOCUMENT : Le peuple québécois et son avenir politique
Message de l'Assemblée des évêques du Québec sur l'évolution politique de la société québécoise, le 15 août 1979
1.Parler, sous l'angle de la foi chrétienne, des choix politiques qui se présentent au Québec d'aujourd'hui constitue une entreprise délicate et difficile. Mais une double raison nous pousse à le faire. Comme serviteurs de la communauté catholique québécoise, nous avons à soutenir nos frères dans la recherche d'engagements qui s'éclairent de l’Évangile. Comme serviteurs de la Parole du Seigneur, nous devons la proposer, dans un langage pertinent, en toutes choses et à tout homme de bonne volonté. A l'égard de tous, c'est une attitude de dialogue que nous voulons adopter. La réalité est complexe, et nous attendons beaucoup des réactions que nos propos susciteront peut-être. Ces lignes ne prétendent pas tout dire et ne revêtent aucun caractère absolu.
Volonté d'être présents
2. En tant qu'évêques du Québec, nous nous situons dans une tradition de présence à la vie collective. Cette présence, toujours soutenue par l'action d'un clergé très près des gens, a pris des formes diverses qui font aujourd'hui l'objet d'appréciations contradictoires. Ces jugements ne tiennent pas toujours compte des mentalités d'hier et des besoins du temps. Mais la fidélité de cette présence ne s'est jamais démentie. Là est l'essentiel, et nous ne sommes pas près de rompre avec cet héritage.
3. Au moment où des changements surviennent et que d'autres sont recherchés ou annoncés, nous aimerions être utiles par un service de l'Évangile au cœur des problèmes qui se posent à la conscience collective. Nous ne chercherons pas à imposer l'un ou l'autre des choix politiques qui s'offrent à nous comme aux autres citoyens. Surtout, il doit être clair que nous avons la ferme intention de demeurer au service du peuple de Dieu dans quelque option que ce soit. Toutefois, puisque des changements importants d'ordre politique sont proposés, nous obéirions à une fausse discrétion en ne parlant pas ou à une fausse prudence en attendant trop longtemps.
4. Certains nous répéteront qu'il serait mieux de laisser à César ce qui est à César et que le Royaume du Christ n'est pas de ce monde. Mais c'est précisément parce qu'il y a distinction entre César et Dieu, entre ce monde et le Royaume, que nous avons à rappeler qu'aucune option politique ou constitutionnelle ne saurait être prise comme un absolu. Le croyant se meut nécessairement dans la contingence des options possibles avec toute leur complexité. Des choix différents et même des choix divergents peuvent aller chercher lumière et inspiration dans une même foi. C'est justement pour aider chacun à voir les implications évangéliques des projets qu'on lui proposera et lui permettre de vérifier les assises chrétiennes de ses options que nous croyons opportun de livrer quelques réflexions.
5. A des degrés divers et par-delà les divergences de vue sur les moyens à prendre pour y arriver, les Québécois veulent établir des relations meilleures avec ceux qui les entourent au Canada. La qualité des relations, non seulement entre les personnes mais aussi entre les communautés, intéresse au plus haut point ceux qui veulent s'inspirer et vivre de l'Évangile. Si on est en présence d'un peuple qui cherche des relations meilleures, les chrétiens ont sûrement un service à rendre et des responsabilités à prendre.
Un peuple
6. Les chrétiens ne font pas simplement partie du peuple de Dieu. Leurs vies s'enracinent dans la diversité des peuples du monde. Chaque chrétien fait partie d'un peuple sociologiquement identifiable au sein duquel lui revient sa part de responsabilité. La notion de peuple n'est cependant jamais facile à appliquer, et, dans le cas du Québec, les distinctions à faire sont particulièrement difficiles, nombreuses et délicates. La situation actuelle n'exige-t-elle pas une clarification à ce propos?
7. « Il est impossible de contester le droit de la communauté canadienne-française du Québec à l'existence, à l'épanouissement dans tous les ordres de réalités, à des institutions civiles et politiques, adaptées à son génie et à ses besoins propres, à cette autonomie sans laquelle son existence, sa prospérité, son essor économique et culturel ne seraient pas assurés » (Lettre collective des évêques catholiques du Canada à l'occasion du centenaire de la Confédération, 7 avril 1967, cf. L'Église canadienne, vol. 1, nº 1, janvier 1968, p. 5).
Les francophones du Québec constituent sûrement un peuple par leur langue, leur personnalité, leurs traditions, leur génie propre, leur sentiment de solidarité et leur vouloir-vivre collectif. À l'intérieur de la population canadienne, leur histoire et leur culture se distinguent non seulement de celles des Canadiens de langue anglaise, mais même de celles d'autres concentrations francophones importantes, comme les Acadiens, par exemple. Les francophones du Québec sont, avec raison, fiers du peuple qu'ils forment. Mais ils n'épuisent pas la réalité québécoise.
8. Il faut tenir compte de la présence, dans la province de Québec, d'une importante communauté anglophone, de plusieurs collectivités autochtones et d'autres groupes ethno-culturels. Les Amérindiens et les Inuit vivent sur le territoire québécois depuis des temps immémoriaux. Chez les anglophones, plusieurs ont de très anciennes et profondes racines québécoises. Parmi les immigrants qui ont adopté la langue anglaise, l'attachement au Québec constitue également une réalité concrète et vécue.
9. Même si ces diverses minorités se sentent souvent, comme d'ailleurs de nombreux francophones, insérées d'abord dans la grande mosaïque canadienne, elles font partie de la communauté québécoise et y ont des droits égaux. Par tradition et par conviction, la majorité francophone les a toujours respectées. C'est de concert avec ces groupes que le peuple francophone du Québec se pose aujourd'hui des questions sur son avenir et cherche à y répondre.
10. Ce n'est donc pas seulement la majorité francophone qui décidera de l'avenir du Québec. Ce sont tous ceux qui, à titre de citoyens, vivent sur le territoire québécois, développent son économie, forment une importante communauté humaine, enrichissent la culture et partagent les mêmes institutions juridiques et politiques, héritées d'une histoire vécue ensemble. Dans ce sens et en tenant compte de toutes les nuances nécessaires, on peut parler de « peuple québécois ».
Un peuple qui cherche
11. La province de Québec est, par l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, membre de la confédération canadienne depuis 1867. Dans ce cadre, le peuple québécois conserve son droit à disposer de lui-même et à revoir ou à remettre en question, s'il le veut, les liens qui l'unissent à ses partenaires. Parlant de la vie politique au Québec, les évêques canadiens, en 1972, rappelaient le principe évoqué au Synode tenu à Rome l'année précédente: « Que les peuples ne soient pas empêchés de se développer selon leurs propres caractéristiques culturelles, et que, dans la collaboration mutuelle, chaque peuple puisse être lui-même le propre artisan de son progrès économique et social » (Ottawa, CCC, 21 avril 1972, cf. L'Église canadienne, vol. 5, nº 6, p. 164). En ce sens, il est normal que le peuple québécois cherche à déterminer par lui-même ce qu'il veut être dans l'avenir et comment il veut vivre dans la communauté des peuples, tout particulièrement avec ses partenaires actuels de la confédération canadienne.
12. Le mot autodétermination désigne justement cette action de décider par soi-même ce que l'on veut faire de soi-même. Les Québécois peuvent décider, par autodétermination, d'accepter le cadre fédéral actuel ou un autre, de se proclamer souverains, d'entrer en association ou confédération avec d'autres. L'autodétermination n'est pas un statut constitutionnel, mais la liberté de décider, sans contrainte, de celui qu'on veut se donner.
13. L'Évangile nous invite à l'exercice de la liberté et à la fraternité avec nos semblables. Cette double invitation vaut tout autant pour les peuples que pour les personnes. Le Québec peut choisir, en exerçant son droit à l'autodétermination, de se maintenir dans un cadre de type fédéral qui reconnait concrètement sa spécificité. Il peut, aussi, se déclarer souverain en exerçant ce même droit à l'autodétermination. De toute manière, il devra toujours se rappeler que l'interdépendance est la condition des nations modernes et qu'il ne saurait refuser tout rapport avec ses voisins.
14. Dans un cas comme dans l'autre, les exigences évangéliques de liberté responsable et de fraternité humaine peuvent être pleinement vécues. En attendant le choix libre que fera le peuple, on ne doit cependant pas chercher à l'influencer malhonnêtement en laissant entendre, par exemple, que la souveraineté est toujours rejet des autres ou que l'adhésion à un système fédéral n'est que soumission ou démission. Les relations de ce genre entre les peuples peuvent prendre des formes variées, celles-ci ne sont pas dictées par la foi. À chacun de trouver les formes qu'il juge les meilleures et de les vivre dans l'esprit de l'Évangile.
Un peuple qui cherche des relations meilleures
15. L'unité de tous les humains en Dieu constitue, aux yeux du chrétien, la plus haute aspiration possible pour les peuples de la terre. La grâce de Dieu, qui nous fut donnée en Jésus Christ, répand sur le monde l'Esprit de la Pentecôte pour rassembler dans une même louange les humains de toutes les nations qui sont sous le ciel. Il n'y a ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus (Ga 3, 28). Cette révélation évangélique n'est pas sans exigence.
16. Si, pour le peuple québécois, l'autodétermination constitue l'exercice d'un droit légitime et que la souveraineté, tout comme un système fédéral, peut être vécue de façon évangélique, la collaboration nécessaire entre les peuples aura toujours ses impératifs.
17. Plusieurs organisations internationales visent aujourd'hui à assurer cette collaboration. Tout en restant fidèles à ce qu'ils sont, les peuples sont appelés à faire tomber les barrières qui les séparent et à promouvoir entre eux les meilleures relations possibles. C'est ainsi que notre siècle, caractérisé par l'avènement de nombreux peuples à la souveraineté et par la naissance de tant de pays nouveaux, constitue également, et sans qu'il y ait là contradiction, le siècle des organismes mondiaux et des grands regroupements continentaux. Les pays qui s'engagent dans ces structures le font librement et s'ils renoncent parfois à une partie de leur souveraineté, c'est de leur plein gré et pour le bien commun.
18. La situation n'est plus la même lorsqu'il s'agit de l'union de deux ou plusieurs peuples au sein d'un même pays ou sous un gouvernement commun doté de vrais pouvoirs. Cette union est habituellement choisie de façon libre. Mais il peut arriver qu'elle ait été dictée par des facteurs étrangers à la volonté d'une partie au moins des partenaires. Les guerres, les conquêtes, l'ancienne présence coloniale, les conditions politiques ou économiques d'une époque où l'initiative de chefs non mandatés ont parfois placé sous une même autorité politique des peuples qui ont ainsi perdu, sans l'avoir librement choisi, une partie importante de leur souveraineté.
19. Qu'ils soient réunis par un libre choix ou par l'histoire, les peuples qui forment une unité politique doivent toujours être disposés à définir ou à redéfinir, à négocier ou à renégocier, les termes de leur cohabitation, sans quoi il faudrait constater qu'ils auraient perdu, en s'unissant, leur dignité de peuples.
20. Dans le cas canadien, les Québécois peuvent légitimement réclamer, dans leurs relations avec les autres, qu’on les considère comme des partenaires ayant les pleins droits d’un peuple. Face aux changements que les Québécois peuvent vouloir dans l’union où ils se trouvent engagés avec le reste du Canada, deux attitudes extrêmes risquent de léser, chacune à sa façon, les bonnes relations désirables.
21. La première attitude vient d’une recherche mal éclairée de l’unité que propose l’Évangile. Elle condamne comme un péché ou comme un crime la remise en question de l’appartenance du Québec au système fédéral actuel. Le concept d’unité canadienne, restreint à l’idée de confédération, est alors intimement lié à l’idée d’unité des peuples et ne laisse la possibilité d’aucune forme substantiellement différente de relations entre le Québec et le reste du Canada. Dans des glissements parfois peu subtils, même s’ils sont bien intentionnés, des chrétiens en arrivent à considérer comme contraires à l’unité voulue par Jésus Christ les propositions des milieux souverainistes. On peut, pour des raisons politiques ou économiques qu'il appartient au peuple québécois d’apprécier, juger discutables ces propositions; mais, si on le fait en pensant qu’elles sont en elles-mêmes contraires à la morale ou à l’Évangile, on démontre une malheureuse confusion et on engendre de profondes équivoques.
22. La seconde attitude reflète un souverainisme étroit. Elle porte à considérer comme une lâcheté l’attachement à l’expérience commune vécue par l’ensemble canadien, surtout depuis 1867. Elle ne voit rien de positif qui soit venu de cette histoire et considère comme accessoire ou superflue toute référence au reste du Canada quand il s’agit de l’avenir du Québec. Les Québécois ont des raisons sérieuses de se montrer insatisfaits des institutions politiques actuelles et du comportement de leurs partenaires. Ils ont déjà fait plus que leur part pour que tienne ensemble le grand tout canadien. Mais ils auraient gravement tort, s'ils se mettaient à ériger en vertu une attitude de refus, de rejet et de revanche à l’endroit du reste du Canada. C’est là qu’ils pécheraient vraiment contre l’idéal évangélique et l’unité des peuples.
23. De part et d’autre, il appartient à chacun de respecter l’interlocuteur, voire l’adversaire, et de rechercher sans cesse un climat capable de clarifier, sinon de rapprocher, les positions. Les fins de non-recevoir, les refus de dialoguer et les rejets a priori d’opinions démocratiquement exprimées compromettent au départ la recherche tant désirée de relations meilleures.
24. On sait bien, cependant, que malgré toute la bonne volonté qu'on pourrait y mettre, les réclamations actuelles et les changements éventuels viennent inévitablement troubler une certaine paix et font naitre des conflits. L'Évangile nous incite à nous faire les instruments de la plénitude de bonheur que donne à l'être humain l'accomplissement de ses aspirations les plus profondes. Heureux ceux qui font œuvre de paix: ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5, 9). Chaque chrétien, pour sa part, est appelé à collaborer à la mise en place et au maintien de conditions capables d'instaurer cette paix. Dès lors, dans le débat actuel, plusieurs chrétiens s'inquiètent, au nom de cette même paix évangélique.
25. Mais la paix que Jésus donne au monde ne sera vécue dans sa plénitude qu'avec l'avènement du Règne de Dieu. Ce serait faire preuve d'irréalisme et d'angélisme que de croire à la possibilité en ce monde d'une société sans conflits.
26. Le chrétien fera même plus que se résigner aux conflits. Il s'appliquera à les rendre positifs et féconds, en particulier par un effort soutenu pour qu'ils se vivent dans le respect des autres. Divisés dans des questions temporelles et même dans leurs conceptions théologiques, mais unis dans une même foi en un même Seigneur, les chrétiens peuvent et doivent témoigner de la possibilité de vivre des conflits dans le respect mutuel et une soumission à des valeurs communes. Ils sont appelés, plus que d'autres, à montrer que la dignité des personnes et la recherche de consensus sur l'essentiel peuvent être sauvegardées, même quand divergent les opinions et les intérêts.
27. Les conflits actuels au sein de la confédération canadienne et autour des aspirations québécoises peuvent, si nous savons les vivre sainement, contribuer à créer les conditions d'une société plus juste. L'histoire a prouvé plus d'une fois que les conflits, s'ils sont vécus comme il se doit, peuvent favoriser l'évolution des sociétés et aider à nouer de meilleures relations entre les personnes comme entre les peuples.
Conclusion
28. Nous avons essayé de définir les grandes lignes d'une interprétation et d'une attitude chrétiennes, dans une perspective de service du peuple québécois cherchant des façons nouvelles de s'épanouir et de vivre avec les autres. Pour que cette recherche se fasse dans l'exercice responsable.
RÉFLEXION : Le 1er octobre est la Journée internationale des personnes âgées
Par Benoit Voyer
30 septembre 2026
Des milliers de personnes âgées et malades souffrent de solitude. Parmi elles, un grand nombre ont été abandonnées par leurs familles ou ne reçoivent qu'une brève visite de leurs enfants chaque semaine ou chaque mois. Les vieux et les malades sont devenus les lépreux de notre époque.
Je pense souvent à Huguette, 76 ans, qui, en juin 2009, alors que j’étais coordonnateur d'un important service d'accompagnement spirituel montréalais, en pleurant, me confiait désirer de la visite pour bavarder, prier, jouer au Scrabble et l'aider à faire son casse-tête de 1 000 morceaux. Elle habitait sur la rue de l’Esplanade.[1]
Nous oublions trop souvent toutes ces personnes qui vieillissent. Lorsqu'elles atteignent un certain âge, nous les mettons de côté et, en peu de temps, elles se retrouvent isolées. Notre société – qui souffre de « jeunisme » – aurait intérêt à regarder de plus près le charme et la richesse de ceux et celles qui sont rendus au troisième et au quatrième âge de leur humanité.[2]
Je pense notamment à toutes ces personnes âgées qui donnent de leur temps gratuitement au service des autres. Il y en a des milliers. Les aînés ne sont pas rien ! Ils sont un trésor qu'il faut vénérer, accepter et dont il faut prendre soin. J'aimerais tant être le fils adoptif de toutes ces personnes âgées et seules. Et pourquoi pas chacun de nous ?[3]
Le trésor des aînés
Ainsi donc, la vieillesse est une belle période de l'existence humaine. Bien qu’elle approche, je ne suis pas encore rendu à cette étape de ma vie, mais chaque jour, la vie me permet de côtoyer des dizaines et des dizaines d'aînés. Il m'est donc permis de m'inspirer de ce que je vois : c'est beau et bon d'être vieux !
J'apprécie au plus haut point l'intelligence des aînés : ils ont acquis une expérience inestimable que la société devrait mettre davantage à son service.
On dit qu'elles sont moins productives pour la société et qu'elles ne correspondent plus aux critères de jeunesse que nous dictent les images véhiculées par les médias. On dit même qu'elles sont dépassées, vieux jeu, vieille mode.
Les Africains disent qu'un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui disparaît. Ainsi, ils ont compris que les aînés ne sont pas rien, c'est-à-dire qu'ils sont encore utiles à la société. Ils sont même un bien indispensable.
Vous me direz qu'ils sont conservateurs. J'avoue que c'est parfois vrai, mais il ne faut pas généraliser. Je connais des personnes âgées qui sont pas mal plus ouvertes que les « p’tits jeunes » qu'on dit très libéraux. Ce n'est pas une question d'âge, mais plutôt une attitude qui habite l'intériorité de l'humain. Je connais de jeunes vieux et de vieux jeunes.
Il me semble que les jeunes générations devraient profiter de l'expérience qu'elles ont acquise au fil des ans.
Jacques Ménard, président du conseil d'administration de BMO Nesbitt Burns et président de BMO Groupe financier (Québec), abonde dans la même voie que moi dans son livre [4] : « Quand on montre la porte à des milliers de personnes en pleine possession de leurs moyens dans le secteur de la santé et de l'éducation, comme cela a été le cas il y a quelques années, on rate une belle occasion de transmettre du savoir et quelques expériences de vie. On constate ce que ça coûte aujourd'hui ! Plusieurs d'entre nous ont acquis des actifs qui nous permettront de bien vivre et de continuer à contribuer à l'effort collectif. » (Jacques Ménard et Denis Bouchard)
N'est-ce pas un peu ce qu'écrivait, en d'autres mots, Simone Weil, dans L'Enracinement ?[5] « Il serait vain de se détourner du passé pour ne penser qu'à l'avenir. C'est une illusion dangereuse de croire qu'il y ait même là une possibilité. L'opposition entre l'avenir et le passé est absurde. L'avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien ; c'est nous qui, pour le construire, devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner, il faut posséder, et nous ne possédons d'autre vie, d'autre sève que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l'âme humaine, il n'y en a pas de plus vital que le passé. »
Il est temps de favoriser une collaboration entre les personnes âgées et ceux et celles qui prennent leur relève. Un jour, le vieux dicton pourra s'exprimer avec élégance : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. »
Vieillir, c'est encore grandir
De manière très concrète, je le vois chez ma mère qui est rendue à 93 ans et chez Micheline, ma belle-mère, qui a 79 ans et qui vit au quotidien avec Manon et moi. De plus, jusqu’au 15 avril 2021, je l’ai vu chez mon père décédé à l’âge de 90 ans. D’ailleurs, dans ses dernières années, j’ai pu lui dire à quel point je souhaite vivre ma retraite avec la même sérénité que lui. Il est une inspiration pour moi.
La maturité signifie habituellement qu’on a affaire à une personne en plein contrôle de ce qu’elle est. Comme l’écrit Florence K. : « Plus on vieillit, plus le ciment durcit et plus il est laborieux de le briser. »[6]
On n’a jamais fini d’apprendre à devenir humain. Ainsi, durant toute notre existence, nous apprenons l’art de devenir de meilleurs hommes et de meilleures femmes.
La famille est d’ailleurs une école d’humanité. En ce lieu, il est possible de déposer nos masques afin de communiquer ce que l’on est en toute vérité. C’est aussi l’endroit où l’on accepte d’être vus dans notre fragilité. De plus, dans une famille en équilibre, on apprend à devenir plus confiant, plus généreux et « plus » en toutes choses.
Comme l’écrit Christian Lépine dans son livre « Créés pour être aimés »[7] : « Ce que l’on reçoit au moment de la tendre enfance nous façonne et nous habite pour la vie entière ; pensons à notre capacité de faire confiance en Dieu, en la vie ainsi qu’aux autres. »
Et puis, « l’adolescence étant le temps de l’idéal, de la soif d’absolu, des grands élans de générosité devant les élans de souffrances du monde et des défis multiples à relever ».
En revanche, « pendant la vie d’adulte, on découvre que les insuffisances et les faiblesses n’habitent pas seulement les autres mais aussi soi-même, et, apprenant à ne pas condamner, on apprend à être responsable, exigeant pour soi-même et miséricordieux pour les autres. Ayant intégré la confiance de l’enfance et le sens de l’idéal de l'adolescence, l’adulte devient capable de dépassement de soi, de don total, libre et gratuit : ce qui constitue le véritable chemin de la sagesse. »
Une journée pour ne pas oublier
Le 1er octobre, la communauté internationale souligne la Journée internationale des personnes âgées, instaurée par l'Assemblée générale des Nations Unies en 1990 et célébrée depuis 1991. Cette journée rappelle l'importance de reconnaître la contribution des aînés à la société, de promouvoir leurs droits et leur dignité, et de sensibiliser le public aux enjeux liés au vieillissement, notamment la santé, l'autonomie, la lutte contre l'âgisme et la prévention de la maltraitance.
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[1] Benoit Voyer. Malaise de chien, Le Devoir, 23 juin 2009, p.A8.
[2] Benoit Voyer. « Éloge de la vieillesse », La Presse, 1er juin 2009 lapresse.ca/debats/votre-opinion/la-presse/200906/01/01-861732-eloge-de-la-vieillesse.php
[3] Benoit Voyer. « Éloge de la vieillesse », La Presse, 1er juin 2009 lapresse.ca/debats/votre-opinion/la-presse/200906/01/01-861732-eloge-de-la-vieillesse.php
[4] Jacques Ménard et Denis Bouchard. Si on s’y mettait..., Transcontinental, 2008.
[5] Simone Weil. L’Enracinement, Gallimard, 1990.
[6] Florence K. « Nueva Vida », Libre expression, 2021, p.47.
[7] Christian Lépine. Créés pour être aimés, Médiaspaul, 2012.
FLASH : A la mémoire de Claude Ryan
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| Le cimetière de Saint-Philippe (Brownsburg-Chatham), 30 septembre 2026. En ce lieu repose Claude Ryan, ancien chef du Parti liberal du Québec. |
FLASH : La santé mentale des Canadiens est préoccupante
Un sondage révèle que 39 % des Canadiens disent avoir reçu, au cours de leur vie, un diagnostic de trouble anxieux, de dépression ou d’un autre trouble de l’humeur. La dépression touche 32 % des répondants au cours de leur vie et le trouble anxieux 31 %. Les proportions sont plus élevées notamment chez les 25 à 34 ans, les femmes, les personnes ayant une déficience physique et celles présentant des signes de dépendance. Le rapport présente d’ailleurs plusieurs comparaisons entre femmes et hommes. Par exemple, pour les diagnostics de troubles de l’humeur, 45 % des femmes disent en avoir reçu un au cours de leur vie, contre 36 % des hommes.
Les préoccupations financières pèsent lourd. Le coût de la vie nuit à la santé mentale de 46 % des Canadiens; 37 % mentionnent la crainte de ne pas pouvoir payer leurs factures et 35 % les difficultés à accéder à un logement stable et abordable. Les événements politiques mondiaux affectent négativement 44 % des répondants et les changements climatiques 37 %.
Le rapport met aussi en évidence une situation particulièrement préoccupante chez les personnes présentant des signes de dépendance à l’alcool ou au cannabis. Environ les trois quarts ont reçu un diagnostic de trouble de l’humeur, et environ la moitié déclarent avoir eu des idées suicidaires au cours des 12 derniers mois. Plus du quart disent également avoir eu besoin de soutien sans pouvoir y accéder.
Il s’agit d’un sondage de Recherche en santé mentale Canada (RSMC), réalisé avec Pollara Strategic Insights, qui a assuré la collecte des données, du 27 juillet au 10 août 2026 auprès de 4 005 adultes au Canada. Pour plus de détails : https://static1.squarespace.com/static/5f9978fdff01872f76f38a09/t/6ab26984e6062e7040643d88/1790077316824/Sondage29_22092026_VersionSommaire_FINAL.pdf (Benoit Voyer, 30 septembre 2026)
RÉFLEXION SPIRITUELLE : Avancer en regardant l’horizon
Avancer en regardant l’horizon
Par Benoit Voyer
30 septembre 2026
Le temps avance. Il n’y a plus de temps à perdre. Ainsi en est-il dans la vie spirituelle. Il ne faut pas trop regarder en arrière. C’est vers l’avant qu’il faut aller. Il faut avancer en regardant l’horizon. L’étoile nous guide. Comme l’écrit le pape Léon XIV, dans Magnifica Humanitas, le Christ « ouvre à chacun de nous la voie vers la plénitude ».
PAPE LÉON : La vieillesse, cette bienheureuse fragilité
Par Benoit Voyer
30 septembre 2026
« N’ayez pas peur de la fragilité ! Cette faiblesse cache en elle-même un nouveau potentiel qui éclaire également les autres âges de la vie. En effet, lorsqu’elle est acceptée et reconnue, la fragilité ouvre le cœur au soutien mutuel et à l’invocation de Celui qui peut donner ce qu’aucun pouvoir humain n’est en mesure de garantir : la réconciliation profonde des cœurs et, avec elle, la paix véritable. »
Dans ces quelques phrases du message pour la Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées, célébrée le 26 juillet, le pape Léon XIV invite chacun à porter un regard nouveau sur la vieillesse. Ces paroles résonnent particulièrement en cette Journée internationale des personnes âgées, célébrée le 1er octobre.
Le Saint-Père rappelait que l'âge qui avance peut devenir un véritable temps de grâce : « Il est de plus en plus fréquent de vieillir sans avoir eu une véritable expérience de la foi. Dans ce cas, l’âge avancé, à partir des questions que l’on se pose avec plus d’urgence à cette période de la vie, peut devenir le moment opportun pour commencer ou reprendre une vie spirituelle. »
Avec une grande délicatesse, il ajoutait : « C’est une prise de conscience qui aide à ne pas avoir honte de la fragilité qui se manifeste et aussi à comprendre que nous avons tous, toujours, besoin les uns des autres et que nous sommes tous en quête d’attention et de soins. À Dieu, qui se fait proche et que nous apprenons à reconnaître dans sa tendresse, nous pouvons désormais nous adresser avec une confiance filiale dans la prière. Il n’est jamais trop tard pour commencer à s’adresser à Lui. Cela peut être un grand don pour chacun. »
LE PRÉSENT DU PASSÉ : « En boisson ce n’était plus papa… »
Par Benoit Voyer
Jean-Marie Lapointe est le fils de Jean. Son enfance et sa vie ont été marquées par l’alcoolisme de son père, l’ex-Jérolas. L’animateur de l’émission « Écoute-moi » (TQS) et comédien du téléroman « Chambres en ville » (TVA) s’est confié à la revue.
« Je pense, au fond, que la foi c’est de croire dans une force, dans un être, dans une dimension supérieure à la sienne. C’est aussi le fait de croire qu’il y a quelque chose après son passage sur la terre, que nous ne sommes pas seuls. C’est une dimension importante de ma vie », dit-il.
Il raconte que son père, Jean Lapointe, est un homme qui a une grande foi et que cela a toujours été respecté dans le foyer familial.
Parler de l’alcoolisme de son paternel ne l’intéresse pas vraiment. L’homme de télévision avoue que le public en sait déjà beaucoup sur le sujet.
« À 5 ans, je savais que mon père était alcoolique, confesse le jeune homme. Il y avait rarement de la boisson sur la table, car papa buvait en cachette. Il ne voulait pas boire devant les enfants. Ma mère nous a couvés. Mais déjà à cette époque, l’alcool changeait des choses dans la famille. »
Il poursuit : « Quand papa arrivait à la maison en état d’ébriété, l’équilibre familial s’effondrait. J’avais vraiment l’impression qu’en boisson ce n’était plus papa. Maman le chicanait souvent. Il était souvent malade et ça lui faisait de la peine. »
Quand une famille est dysfonctionnelle à cause de l’alcool ou de la toxicomanie, il n’y a plus de famille. Jean-Marie Lapointe a découvert cette réalité en vieillissant.
« Si ton père ou ta mère qui a des problèmes d’alcool ou de drogue et qu’il continue de consommer et qu’il détruit sa vie, tu n’es pas obligé d’embarquer là-dedans. Si la personne coule, tu n’es pas obligé de couler avec elle. Tu peux lui lancer une bouée, la corde de la bouée, tu peux la tenir, mais tu n’es pas obligé de la nouer autour de ton cou et de couler avec elle. C’est ce que les enfants de parents alcooliques ont tendance à faire », explique Jean-Marie Lapointe.
Le jeune veut tellement aider ses parents à s’en sortir, mais dans les faits, il ne peut rien faire tant que l’alcoolique ou le toxicomane ne veut pas s’aider lui-même.
Jean-Marie Lapointe observe que les fins de semaines de thérapie qu’il a faites l’ont aidé à prendre conscience que les personnes sont libres de faire ce qu’elles veulent, de consommer ou non. Mais ceux qui l’entourent ne sont pas obligés de gâcher leur existence pour cela.
Il admet ne jamais avoir eu de problème de consommation comme son père. Toutefois, il confie avoir eu des difficultés à cause de sa façon de vivre l’alcoolisme de son père.
Il pense à voix haute : « Je ne sais pas pourquoi… C’est très vague… Je n’ai jamais bu, j’ai cependant goûté à l’alcool. J’en connais la saveur mais je n’aime pas ça ! Je n’ai pas de mérite de ne pas boire ou de ne pas prendre de drogue. J’ai un peu peur d’embarquer là-dedans, car je suis une personne excessive et j’ai beaucoup de trait en commun avec les alcooliques et les toxicomanes. »
Jean-Marie Lapointe avoue qu’il agirait sans doute comme son père si un jour il consommait de l’alcool ou de la drogue. Les difficultés vécues par son père lui servent de leçon de vie. Il a appris de ses erreurs. Plus jeune, le comédien avait de la misère à dissocier l’alcool et les problèmes d’alcoolisme.
« J’avais des amis avec qui je sortais la fin de semaine et qui prenaient un coup tout en s’amusant. Pour moi, c’était tous des alcooliques ! J’avais de la peine et de la difficulté à vivre avec ça. J’avais de la misère à les voir prendre un coup », ajoute Jean-Marie Lapointe.
Puisqu’il ne buvait guère de spiritueux avec ses amis parce qu’il voyait en eux l’ivrognerie de son père, il faisait le « taxi ».
Fondation Jean Lapointe
L’animateur du « Club des 100 watts » est vendu à la « Fondation Jean Lapointe » et au téléthon qui porte le nom de son père. Il a commencé à s’y impliquer à l’âge de 17 ans.
« Je me cherchais un emploi d’été, dit-il encore. Je suis allé frapper à la porte de l’œuvre et ils m’ont engagé. Je me suis impliqué auprès des résidants. Les personnes qui suivent une thérapie sont là pour une durée variant de trois semaines à un mois. Je faisais faire du sport aux bénéficiaires ainsi que de longues marches. »
Il explique que l’activité corporelle est importante pour l’alcoolique et le toxicomane. C’est souvent une belle source de plaisir.
« Durant l’été, je me suis attaché à ces gens qui ont une belle sensibilité et une grande générosité. Je me retrouvais en eux, ainsi que mon père et ceux que j’aime. J’y ai finalement travaillé trois étés en plus de m’y impliquer bénévolement. »
Il se souvient des fêtes de Noël qu’il a passées à la « Maison Jean Lapointe » avec son père pour y jouer de la musique, chanter, faire des blagues et amuser les résidants.
« Sur le coup, les gens ne le réalisent pas toujours, mais ça leur fait mal de ne pas être auprès de leur famille à Noël. Mais c’est tellement plus beau l’année d’après quand ils fêtent Noël dans la sobriété. Surtout pour leur famille », stipule le fils de Jean Lapointe.
Il se souvient des fêtes de Noël qu’il a passées à la « Maison Jean Lapointe » avec son père pour y jouer de la musique, chanter, faire des blagues et amuser les résidants.
Expériences religieuses
Le comédien se souvient de ses expériences religieuses vécues au collège comme des instants importants dans sa vie.
Il dit avoir eu le privilège de fréquenter l’école privée au primaire et au secondaire au Collège Notre-Dame situé en face de l’Oratoire St-Joseph sur le chemin de la Reine-Marie à Montréal.
Au collège, il entretenait de bons liens avec ses professeurs de religion et s’impliquait dans les activités de pastorale. Il se souvient plus particulièrement du groupe l’ACLE et des camps de fin de semaine.
Même si le cadre de l’institution des Frères de Ste-Croix a été rigide, il en garde un excellent souvenir. Pour ce qui est de sa pratique religieuse, il avoue aimer aller à l’église : « Cela m’apporte beaucoup quand j’y vais. Je me sens dans un lieu très sécurisant où je trouve la paix. Ce lieu favorise vraiment la communication avec Dieu. Le bien être que ça m’apporte, ce n’est pas palpable. »
Il conclut : « Quand je vais à l’église, c’est comme quand j’ai fait du parachutisme. Je ne peux pas expliquer en détail tout ce que je ressens, tout ce que mon corps, ma tête vivent comme émotions à ce moment-là. Il faut que tu te lances dans le vide au moins une fois dans ta vie pour comprendre. Une chose est assurée : je me sens mieux à 29 ans dans une église que je me sentais à 14 ans. Je comprends plus le sens de ce geste… »
Maison Jean Lapointe
111, rue Normand
Montréal, Qc, Canada
H2Y 2K6
(514) 288-2611
(Revue Notre-Dame du Cap, octobre 1995, pp. 18-19)
SANTÉ : La testostérone augmente légèrement les risques d’acné et de pilosité
Par Benoit Voyer
29 septembre 2026
Si la testostérone peut avoir certains effets bénéfiques sur le désir féminin, elle n’est pas sans conséquence.
Selon la revue des études publiée dans Le Médecin de famille canadien (dossier no 408), les femmes traitées présentent davantage d’effets secondaires que celles recevant un placebo.
L’acné apparaît chez environ 7,2 % des femmes utilisant la testostérone, comparativement à 5 % dans le groupe placebo. L’hirsutisme, soit une augmentation de la pilosité, touche environ 12 % des femmes traitées, contre 8 % chez celles recevant un placebo.
Les recommandations précisent également que le traitement doit être réévalué régulièrement. Si aucun bénéfice n’est constaté après six mois, il est recommandé de l’arrêter.
Ainsi, les experts invitent à éviter une vision simpliste du type « une hormone pour régler un problème complexe ». La testostérone peut être un outil thérapeutique dans certaines situations, mais elle ne constitue pas une réponse universelle au manque de désir.
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