VISION CATHOLIQUE: Le Jour de l’an
Par Benoit Voyer
31 décembre 2025
À chaque Jour de l’an, plusieurs d’entre nous prennent des résolutions pour l’année qui commence. Quelques semaines plus tard, elles tombent une après les autres. On le sait tous, il faut beaucoup de volonté pour garder ses résolutions jusqu’au 31 janvier et bien peu sont encore vivantes le 1ᵉʳ février.
Je vous fais une confidence : Depuis quelques années, je prends toujours la même résolution : ne pas en prendre. Est-ce que cette année je ferai la même chose ? Je ne sais pas encore. Il me reste quelques heures pour y penser.
Dans le numéro de décembre 1953 de la revue Trinitas, Jean-Paul Regimbal souhaite une bonne année 1954 à ses lecteurs. Il écrit : « Une année s’achève, une autre suivra… Le temps, infailliblement, se perd dans le temps et entraine avec lui tous les hommes vers la maison du Père dont la porte est celle du tombeau. Oh ! Ce que peut être une vie ?… Un échec formidable ou un admirable triomphe, succès ou désastre souvent renfermé dans la décision énergique d’un moment. À l’aurore de cette année, une résolution est à prendre, un choix à établir. Cette fois, pourquoi ne pas apporter une résolution ferme, constante, durable, héroïque même ? N’est-ce pas l’assurance d’une vie pleinement vécue ? »[1]
C’est bien vrai : « Le temps se perd dans le temps. […] Les années qui passent nous conduisent vers notre finalité. »
La vie va vite, vraiment trop vite. On dirait que plus je vieillis, plus je sens que chaque journée qu’il m’est encore permis de vivre est courte. Je n’arrive jamais à tout faire ce que j’ai planifié en 24 heures. Est-ce que je terminerai tout ce que je veux faire avant de m’éteindre ? À 58 ans, il me reste évidemment moins d’années devant moi que derrière. J’en suis conscient : je suis dans mon sprint final. Ainsi donc, je sens de plus en plus que je dois me concentrer sur l’essentiel pour réaliser pleinement ce qui me reste à faire et à vivre.
Et le frère Jean-Paul de Jésus [2] questionne avec intelligence : « Ce que peut être une vie ? » Et se répond à lui-même : « Un échec formidable ou un triomphe admirable. »
Et moi, qu’est-ce que je choisis ? Bien entendu, je me souhaite du succès. Je veux le meilleur pour ma vie. Toi aussi, j’imagine…
Alors, « ce que peut être une vie? », questionne le Trinitaire. En fait, qu’est-ce que devient ma vie ou qu’est-ce que je veux vraiment pour celle-ci. Je réfléchis à la réponse depuis quelques semaines. J’ai trouvé quelques bribes.
Pour la nouvelle année, Jean-Paul Regimbal invite chacun à prendre une résolution ferme, voire héroïque : il insinue, bien entendu, de prendre bien soin de sa relation à Dieu : « N’est-ce pas l’assurance d’une vie pleinement vécue ? », lance-t-il.
C’est vrai qu’on oublie souvent le bon Dieu. Il passe après tout le reste, mais dès que plus rien ne va, il est le premier vers qui nous crions : « Pourquoi, mon Dieu ? ». Et on l’accuse de tout ce qui nous arrive, alors qu’on sait fort bien que nous sommes les premiers responsables des choix que nous faisons. Nous sommes créés libres.
D’ailleurs, parlant de choix, lequel ferai-je en 2026 ?
Au fond de moi, je sens que je dois persévérer dans la voie que j’ai commencée, il y a quelques mois : chaque jour, allumer ma petite chandelle, m’asseoir et dire au Bon Dieu : « Me voici, je suis là… Je ne sais pas trop quoi te dire, mais je suis là… Aujourd’hui, je veux te laisser entrer un peu dans ma vie. » Et puis, fermer mes yeux, faire silence et me laisser habiter par LA lumière.
Ce simple geste quotidien répété jour après jour est assurément le plus héroïque que je puisse réaliser. Comme le disait un saint espagnol : le plus important n’est pas de commencer des nouveaux projets, mais de persévérer dans ceux déjà commencés malgré les défis à surmonter. L’héroïsme n’est pas dans les grandes réalisations, mais dans les petits gestes qu’on répète jour après jour, par amour [3].
La plus grande invitation que l’humain n’a-t-il pas eue au fil des siècles, n’est-elle pas celle dont fait écho la Bible, une demande faite à Moïse : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit… » ? (Dt 6,5) Ce sera fort probablement ma résolution de 2025 : continuer de lui laisser une petite place, au nom de l’amour.
Et puis, comme l’écrivait Christian Lépine : « En présence de Dieu, je découvre la vérité sur moi-même. »[4] C’est bien vrai, lorsque je prends le temps de m’arrêter, j’apprends à me voir tel que je suis. Et si je le suis, je ne peux que devenir de plus en plus humain. N’est-ce pas ce que Jésus ajoutait à la loi de Moïse : « … et ton prochain, comme toi-même » ? (Mt 22, 37-39)
Ainsi donc, plus j’apprends à m’aimer dans la pure vérité de ce que je suis, plus je peux aimer ceux que je rencontre au quotidien. À l’école de Jésus, plus on s’imprègne du divin, plus on devient humain.
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[1] Jean-Paul de Jésus. « Vie de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi – Une résolution bien gardée », Trinitas - revue du tiers-ordre et de l’archiconfrérie de la très sainte Trinité, Vol. 1 No. 1, décembre 1953 – janvier 1954, p.9 à 11.
[2] Jean-Paul de Jésus était le nom religieux de Jean-Paul Regimbal avant le Concile Vatican II. Il sera ordonné prêtre le 11 mai 1957
[3] Saint Josémaria Escriva écrivait: « Oublie ce goût de poser les premières pierres et fais en sorte de poser la dernière pierre à un seul de tes projets » (Chemin, no 42)
[4] Christian Lépine. Créés pour être aimés, Médiaspaul, 2012, p.66
LE MOT DU JOUR: Mes voeux pour la nouvelle année 2024
20231231 LE MOT DU JOUR Mes voeux pour la nouvelle année
LE PRÉSENT DU PASSÉ: C'est le "cyber-bang"
La révolution du virtuel ne fait que commencer! C'est le « cyber-bang »! Les conséquences économiques, sociales, culturelles et politiques sont incalculables. L'effet de l'éclatement de la nouvelle civilisation sera énorme. On n'a encore rien vu!
La société voit poindre une nouvelle technologie de l'immatériel et du virtuel. Cette révolution se compare à sa base à la révolution de la Renaissance et de la Réforme, au début du XVle siècle.
«Nous sommes entrés dans une société où, pour la première fois, le fait de gagner son pain n'implique pas de sueur au front ... », écrit Maurice Harvey, originaire de Baie Saint-Paul et actuel citoyen de la ville de Granby, dans son livre Pour une société en apprentissage, publié en 1997, sur les Presses de l'Université Laval. Tout un contraste avec la pédagogie de la Torah (Ancien Testament) où le Créateur, au moment de la chute d'Adam et Ève a lancé à l'homme « À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain ... » (Gn 3, 19)
Pourtant, la révolution du savoir et du « sans sueur physique » est arrivée! Pour bien entrer dans ce nouveau monde, la matière grise sera essentielle.
«Omniprésente, inépuisable comme la lumière du soleil, elle est la forme de richesse la plus fiable, et de loin la plus prometteuse pour l'avenir. L'exploitation, enfin, de la ressource humaine peut déboucher sur une nouvelle renaissance, un nouvel ordre économique. Sur une nouvelle culture», lançait de son côté Pixar, en 1983, dans son bouquin « La ressource humaine ».
Le passage d'une époque à l'autre ne sera pas toujours facile. L'ordre établi sera perturbé, à chaque fois, par les nouvelles technologies. Combien d'emplois ont été éliminés, ces dernières années, et combien seront supprimés encore? Des millions et des millions sous le déguisement de restructurations d'entreprises.
Des types d'emplois disparaissent, des nouveaux apparaissent.
L'importance du savoir
Dans cette nouvelle civilisation, le savoir est essentiel. Il faudra que la nouvelle génération soit en constante formation intellectuelle.
«Dans cette société du savoir, de plus en plus de connaissances des plus avancées seront requises bien avant l'âge habituel de scolarisation et, on peut s'y attendre, par des processus éducatifs qui ne sont plus forcément centrés sur les formes d'acquisition traditionnelles », explique Maurice Harvey.
Il faudra sans nul doute que soit désengagé l'automatique diplôme-emploi actuellement nécessaire pour se trouver « un job ».
Ceci ne veut pas dire qu'il faut détruire le système scolaire actuel, mais il faudra modifier sa pédagogie. L'enseignement ne devra plus être non seulement « éducation », mais devra devenir « apprentissage ». Et puisque que l'apprentissage sera la question de toute une vie, il faudra réinventer le concept d'école pour en faire des cités éducatives. En ce sens, nous allons vers une individualisation de l'enseignement. Les cours magistraux seront de plus en plus rares au primaire et au secondaire. Les professeurs auront de plus en plus la fonction d'accompagnateur. L'élève cheminera à son rythme, selon ses intérêts Pour bien traverser le « cyber-bang », il est important de se donner une bonne formation intellectuelle. Cela débute dès l'enfance et se poursuit jusqu'à son dernier souffle
Benoît Voyer, journaliste
(Revue Sainte Anne, novembre 2000, page 452)
LE MOT DU JOUR: Nous ne sommes pas des êtes isolés
20231230 LE MOT DU JOUR - Nous ne sommes pas des êtres isolés
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Festival de musique et de théâtre religieux à Granby
Un certain retard à rattraper...
Presse Canadienne
Résolus à rattraper le retard du Québec dans le domaine de la musique religieuse actuelle, des artistes de Granby ont mis sur pied le Festival en plein soleil qui se tiendra au collège Mont Sacré-Cœur les 29, 30 et 51 juillet.
Outre la musique, le théâtre et le spectacle de marionnettes seront représentés à ce festival, une idée du père Yvon Samson, de la communauté des Trinitaires.
Les jeunes talents de musique religieuse n'ont pas la chance de percer même s'il y a une grosse relève qui s'installe. Ils doivent tout faire, produire, diffuser... Certains se découragent ou abandonnent, souligne Benoit Voyer, porte-parole du festival, qui voit là une occasion unique de promouvoir les spectacles religieux chez nous.
Les Etats-Unis ont une grande avance sur nous. L'organisation de ce type de spectacle est une première au Canada, renchérit Benoit Voyer. « C’est un festival expérimental, poursuit-il, s'il y a 1000 personnes, on sera très contents. Confiant que cette manifestation « donnera un poids de plus à la ville de Granby au plan culturel », Benoit Voyer se dit à la fois surpris et heureux de l'accueil que réservent les Granbyens à ce festival.
Les amateurs de ce genre de célébrations pourront y entendre, entre autres, le chanteur d’opéra Evann Johannes ainsi qu'André Breton, qui interprète la chanson populaire Un jour à la fois. Ces derniers auront le loisir de côtoyer des artistes de la région et d'ailleurs, qui se partageront trois scènes: deux à l'extérieur pour les performances musicales et une à l'intérieur pour les représentations théâtrales, spectacles de marionnettes pour enfants et monologues humoristiques.
En cas de pluie, les spectacles auront lieu à l'intérieur.
Pour les gens de l'extérieur de la région, il sera possible de camper sur le terrain du Mont Sacré-Cœur ou de nicher son sac de couchage dans un coin de la salle réservée à cet effet. Le festival présentera une trentaine de spectacles à raison de $5 pour la fin de semaine ou $2 par jour.
(La Presse, 19 juillet 1988, p. A12)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Ces trésors cachés
Benoit Voyer
L'auteur est Montréalais.
À Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie, Fernand Blais, 70 ans, est mort dans la plus totale solitude, chez lui, en janvier. Il a été retrouvé sans vie. Quelle triste nouvelle!
Dans ce monde qui carbure au jeunisme, nous oublions trop souvent toutes ces personnes qui vieillissent. Lorsqu'elles atteignent un certain âge, nous les mettons de côté et, en peu de temps, elles se retrouvent isolées.
On dit qu'elles sont moins productives pour la société et qu'elles ne correspondent plus aux critères de jeunesse que nous dictent les images véhiculées par les médias. On dit même qu'elles sont dépassées, vieux jeu, vieille mode.
Ce que nous vivons est un drame collectif. Les aînés ont-ils encore une place dans notre société ?
Les Africains disent qu'un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui disparaît. Ainsi, ils ont compris que les aînés ne sont pas rien, c'est-à-dire qu'ils sont encore utiles à la société. Ils sont même un bien indispensable.
Jeannine, ma belle-mère vit avec notre famille. Elle nous aide, avec les forces physiques qui lui restent, aux tâches ménagères. Elle est aussi une présence pour son petit-fils, Mikaël, 8 ans et autiste (syndrome d'Asperger). Cela serait tellement malheureux si elle disparaissait. Chaque soir, la qualité de vie de notre mioche ne serait pas la même sans la présence de cette femme qui a pourtant l'âge de Fernand Blais. Et pour notre couple, elle nous apprend, par l'attention que nous lui accordons, à ne pas trop nous centrer sur notre nombril. Au sein de notre famille depuis quelques années, elle est sortie de sa solitude. Avant, tout comme cet homme, elle était isolée. Maintenant, on la sent plus heureuse, car elle se sent encore utile, appréciée pour ce qu'elle est et aimée.
Un trésor à vénérer!
Cette semaine, j'ai rencontré Maurice, 84 ans, un docteur en linguistique qui est fasciné par les arts sacrés. Ensemble, nous avons parlé de cathédrales et d'églises, de vitraux et de peinture. Maurice m'a ouvert les yeux sur le beau et le merveilleux. Et que dire de ma rencontre avec Raymond, octogénaire lui aussi, qui m'a donné des leçons d'histoire et de théologie.
Je pense aussi à toutes ces personnes âgées qui donnent de leur temps gratuitement au service des autres. Il y en a des milliers. Les personnes âgées ne sont pas rien ! Elles sont un trésor qu'il faut vénérer et accepter et dont il faut prendre soin. J'aimerais tant être le fils adoptif de toutes ces personnes âgées et seules. Et pourquoi pas chacun de nous ?
(Le Presse, 28 mai 2006, p. A15)
VISION CATHOLIQUE: Quand le divin touche l’humain, il n’y a que des grandes choses qui puissent arriver
il n’y a que des grandes choses qui puissent arriver
Par Benoit Voyer
28 décembre 2025
Joseph et Marie sont de nouveaux parents qui acceptent, vivent et perpétuent les traditions religieuses et sociales de leur époque. Ainsi donc, pour se conformer à la règle en usage, ils se rendent au Temple [1] afin de consacrer Jésus à Dieu puisqu’il s’agit de leur tout premier-né de sexe masculin. « Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes », nous explique Luc, le narrateur de l’histoire.
Au Temple, à leur grand étonnement, ils sont attendus par deux vieillards qu’ils ne connaissent pas : un homme et une femme qui se prénomment Anne et Syméon. De leur côté, eux savent qui est ce bambin qu’ils accompagnent.
Poussé par un élan intérieur, au moment où les parents présentent l’enfant Jésus
pour se conformer au rite de la Loi qui le concerne, Syméon prend l’enfant dans ses bras et bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple. »
Pour Syméon, la rencontre de cet enfant est le point culminant de toute sa vie. Maintenant qu’il a vu le petit prince attendu, le Fils de Dieu, il peut quitter ce monde.
Et il ajoute des paroles à l’intention de Marie : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive. » Il faudra 33 ans pour que Marie comprenne le sens de ses paroles.
Ainsi donc, « les choses de Dieu doivent se faire selon des voies divines »[2]. Et quand le divin touche l’humain, il n’y a que des grandes choses qui puissent arriver.
Et moi, pauvre parmi les pauvres, à la fin de chaque jour, lorsque je repense à toutes les petites choses qu’il m’a été permis de vivre durant ma journée, je dis à Dieu, comme Syméon : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix », car je t’ai reconnu, toi la Lumière sur ma route. Je t’ai reconnu à travers tous les gens que je rencontre.
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[1] "Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes. Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction et toi, ton âme sera traversée d’un glaive : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »" (Lc 2, 22-35)
[2] En octobre 1932, durant une retraite spirituelle chez les Carmes, à Ségovie, en Espagne, lieu où repose saint Jean de la Croix, saint Josémaria Escriva écrivait dans son journal intime : « Les choses de Dieu doivent se faire selon des voies divines. Moi, je suis à Dieu, je veux être à Dieu. Quand je le serai véritablement, lui se chargera tout de suite d’arranger tout (…), en récompense de ma foi et de mon amour (…). Laissons le Seigneur agir. Cité par Andres Vazquez de Prada dans Le Fondateur de l’Opus Dei – Vie de Josémaria Escriva – Vol. 1, Le Laurier, Wilson & Lafleur, 2001, pp. 473-474
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Les origines de la Saint-Jean-Baptiste
QUÉBEC - Le 24 juin, traditionnelle fête du solstice d'été, est célébrée depuis l'antiquité par les druides. Afin de christianiser cette solennité, l'Église a jadis sanctifié cette journée en la mettant sous le patronage de Jean-Baptiste, le cousin du Christ qui exhortait son peuple à la conversion. Déjà au temps des druides, les festivités se terminaient par un grand feu de joie.
En allant habiter les terres du nouveau continent, les Français ont emporté avec eux cette vieille tradition.
Cependant, la célébration a gagné une nouvelle popularité avec la fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) à Montréal (1834) et à Québec (1842).
Grâce à la propagande de la SSJB, la célébration de la Saint-Jean-Baptiste est rapidement devenue la fête de la nationalité canadienne-française.
Le 20 novembre 1907, Adélard Turgeon, président de la SSJB de Québec, envoie une lettre à Mgr Louis-Nazaine Bégin, archevêque de Québec (de 1898 à 1925), en séjour à Rome, pour lui demander de réaliser un voeu qui lui est cher, soit la promulgation officielle du fils d'Élisabeth au titre de patron de la race franco-canadienne.
«Je m'empresse de dire que ma démarche toute personnelle me semble à moi-même bien hardie dans une question de cette importance, mais je suis sûr que si la chose est jugée nécessaire, il sera facile d'obtenir les plus hautes et les plus puissantes adhésions à ce projet parmi les concitoyens canadiens-français», écrit Adélard Turgeon.
L'archevêque de Québec intercède en faveur du demandeur auprès du Saint-Père. Le 10 mai 1908, il annonce la bonne nouvelle aux membres de son clergé et demande que celle-ci soit faite au prône de chacune des messes du diocèse.
«Cet acte de bienveillance du Souverain Pontife augmentera encore cette dévotion, et nous attachera davantage à la religion et aux traditions de nos pères. La religion a déterminé les événements qui ont donné naissance à notre race, elle a été notre force aux jours difficiles de notre histoire, elle a été partout et toujours l'infatigable champion de notre nationalité», rédige-t-il dans sa «circulaire au clergé».
Le bref de Pie X, signé par le Cardinal Merry Del Val, Secrétaire d'État du Vatican, le 25 février 1908, stipule que «C'est pourquoi - et Nous voudrions que cela soit pour le plus grand bien, pour le bonheur et la prospérité de l'Église canadienne et de tous les catholiques de ce pays -, par Notre autorité Suprême et par les présentes ( ... ) Nous établissons, Nous constituons et Nous proclamons saint Jean-Baptiste patron spécial auprès de Dieu des fidèles franco-canadiens, tant de ceux qui sont au Canada que ceux qui vivent sur une terre étrangère.»
C'est ainsi que saint Jean-Baptiste est officiellement devenu le patron de la nation franco-canadienne.
Par Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, Juin 2003, pages 253 et 254)
VISION CATHOLIQUE: Jean-Paul II accorde le pardon à son agresseur
Par Benoit Voyer
27 décembre 2025
Le 27 décembre 1983, Jean-Paul II rendait visite à Mehmet Ali Agça dans la prison romaine Rebibbia afin d’échanger confidentiellement avec lui et de lui pardonner. L’entretien a duré 20 minutes, tous deux assis un près de l’autre échangeant à voix basse. Le pape n’a jamais voulu rendre public ce qu’ils avaient échangé. Le 13 mai 1981, ce terroriste turc avait tiré deux coups de pistolet en direction du chef des catholiques, tentant de l’assassiner.
Ému, Mehmet Ali Agça « s’est agenouillé devant le chef de l’Église et il lui a embrassé les deux mains, dont l’une porte encore les traces de la blessure causée par la balle du pistolet »[1], rapportaient les autorités vaticanes.
Le détenu devait peu de temps après être transféré au pénitencier d’Ascoli, dans l'Italie centrale, où il devait purger une peine de prison à vie.
Mehmet Ali Ağca aurait été libéré en 2010.
Le 27 avril 2014, Jean-Paul II a été canonisé par le pape François.
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[1] AFP, « Émouvante rencontre entre Jean-Paul II et Ali Agca », La Presse, 28 décembre 1983, p. A1. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2291050
[1] AFP, « Émouvante rencontre entre Jean-Paul II et Ali Agca », La Presse, 28 décembre 1983, p. A1. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2291050
LE MOT DU JOUR: La chapelle Notre-Dame-de-Lourdes, a Montréal
20231229 Chapelle Notre-Dame de Lourdes, a Montréal
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Nous travaillons de moins en moins
Par Benoît Voyer, journaliste
MONTRÉAL - Le travail, au sens traditionnel du mot, tend à disparaître. Nous besognons de moins en moins. «Pourquoi continuer à appeler de ce nom cette occupation qui demande de nous une présence régulière, bientôt facultative d'ailleurs, en un lieu collectif où se tiennent des réunions et des échanges de messages et où s'accumulent des papiers qu'il faut remplir sous peine de fautes juridiques ou d'exclusion sociale?» questionne le philosophe Michel Serres, membre de l'Académie française, un des responsables de l'acceptation des nouveaux mots de la langue française
Son interrogation se fonde sur les critères qui, selon lui, donnent du sens au mot travail.
Cinq sens du mot travail
Le travail est d'abord une force en déplacement. Traditionnellement, travailler voulait dire: creuser, hisser et frapper.
Il implique une lutte contre l'entropie, contre l'absence de l'espoir, c'est-à-dire qu'il va à l'encontre de la nature humaine.
Il produit des outils qui ont une fin. Il y a des lunes, l'homme taillait du silex pour chasser. Tailler avait une finalité comme le reste des gestes qu'il accomplissait.
«Le travail demande un emploi du temps défini pour déplacer des forces, lutter contre l'entropie croissante, l'absence de l'effort, et, quelquefois, pour façonner des objets. Il demande donc une certaine souffrance», dit Michel Serres.
Enfin, il suppose d'être à l'œuvre.
Suivant la logique de ces cinq sens, jadis l'humain travaillait. La majorité des métiers qui impliquent ces éléments sont disparus ou sont sur le point de ne plus faire partie du paysage.
Qui aurait cru! Des femmes au volant ...
«Je me souviens, il y a cinquante ans, combien conduire un poids lourd demandait de la force et du courage, car l'inertie de la cargaison l'emportait quelquefois sur les capacités de la machine au freinage et à l'entraînement sur des chemins en relief. Aujourd'hui, les commandes assistées demandent beaucoup moins de puissance. Il faut juste de l'habilité. Qui aurait cru, lorsque j'étais jeune, que des femmes piloteraient des monstres de plus de cinquante tonnes!», raconte l'homme aux longs sourcils blancs.
Aujourd'hui, les grues et les outillages mécaniques font le travail à leur place. Quelle force déplace le journalier contemporain? Il produit toujours «autant d'énergie, mais seulement en salle de conditionnement physique!», blague le sexagénaire
Cyber-bang
La révolution du travail, selon les cinq sens de Serres, a moins de 25 ans. Le «Cyber-bang» (la civilisation de savoir) a des effets considérables sur tous les humains.
Jadis et naguère, l'humain définissait sa fierté et son honneur en travaillant. Si le travail disparaît, en quels lieux l'humain retrouvera-t-il un sens à ce qu'il réalise au fil des jours?
(Revue Sainte Anne, Septembre 2001, page 358)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Christian Beaulieu
Christian Beaulieu
Benoît Voyer
« Il n'y a jamais rien d'acquis pour moi à cause de ma timidité. Je suis toujours obligé de me battre pour retrouver confiance. Le p'tit gars qui habite en moi revient vite prendre place avec ses peurs et ses angoisses », raconte Christian Beaulieu.
Étonnante confidence de ce prêtre catholique qui parcourt le Canada francophone pour propager à sa façon le message de l'Évangile. Il parle avec verve et audace. Pourtant ce n'est pas ses paroles qui touchent le cœur des gens, ce sont ses yeux bleus d'où transparaissent une grande bonté, une grande compassion, une grande tendresse. Il est fréquent d'entendre à son sujet: « Lorsqu'il m'a regardé, j'ai croisé le regard de Jésus! »
«Il y a une force dans ma fragilité. Il y a une puissance dans mon impuissance. Étant donné que je vis avec des gens avec une très grande souffrance, je suis toujours confronté à affronter mon impuissance. Il faut que je sache me réfugier dans le cœur de Dieu où je vais retrouver la paix, la sérénité, la confiance et où je vais m'abandonner. L'abandon n'est vraiment pas naturel pour moi. Je vais facilement parler du lâcher prise dans les conférences, mais si j'en parle autant que ça c'est parce que c'est à chaque jour que je dois aller rechercher personnellement ce lâcher prise et faire un combat intérieur pour arriver à l'abandon », ajoute-t-il.
La souffrance des autres nous ramène toujours à notre propre vulnérabilité Christian Beaulieu ne cesse de l'expérimenter. C'est une grâce que les marginaux lui font, car leur fragilité l'aide à apprivoiser la sienne. Tant de gens disent « Le cheminement spirituel est comme un escalier que l'on monte », mais pour l'abbé Beaulieu, le cheminement spirituel et humain est un escalier que l'on descend, car pour toucher sensiblement la grandeur du cœur de Dieu, il faut être en contact avec sa petitesse et sa faiblesse. Il faut donc descendre profondément en soi.
Les apparences peuvent tromper. Devant un public, Christian Beaulieu semble être fort, solide, sûr de lui et d'un positivisme hors de l'ordinaire. Pourtant, il lui arrive d'être déçu et de traverser des moments de désarroi. « C'est souvent ce qui me plonge dans la prière à corps perdu. Même si je suis un homme d'action, énergique et dynamique, je suis un homme de prière. Je me donne quelques heures par jour, et j'y tiens! C'est là que ma peine passe, c'est là que mes forces se refont, c'est là que je puise l'énergie pour retrouver la joie de vivre », raconte-t-il.
Son expérience spirituelle est contagieuse et touche le cœur de centaines et de centaines de personnes depuis qu'il est prêtre. Grâce à son intervention, bien des gens ont retrouvé le goût de vivre. Être prêtre n'est-il pas être « médecin de l’âme »?
Saisi par le Christ
Christian Beaulieu est né le 22 mai 1941 à Saint-Hubert, près de Rivière-du-Loup au Québec, comme ses parents et ses grands-parents. Il est le 5e enfant d'une famille qui en compte 13. À l'âge de 7 ans, il émigre à l'île d'Orléans, à quelques minutes de Québec. C'est là qu'il passe toute sa jeunesse.
« J'ai été enraciné dans les choses de la nature, de l'accueil, de la fête, de la célébration qui étaient communiquées naturellement au sein de ma famille. C'était un milieu avec une foi proche de la vie et où l'esprit de famille était très fort », confie le jovial homme.
À l'école, il n'a rien d'un élève brillant. Il a bien des difficultés. D'ailleurs, tout au long de sa jeunesse, le petit Beaulieu n'aime pas beaucoup le milieu scolaire Lorsqu'il a pris conscience - à travers sa foi - que Dieu a besoin de nous, tout a changé: « J'ai découvert que la foi ce n'est pas simplement croire en Dieu, mais c'est aussi croire qu'il croit en nous! Cela m'a vraiment touché! Ma rencontre avec Jésus Christ a eu un très grand impact dans ma vie. J'ai été comme obligé de sortir de ma timidité, de ce complexe d'infériorité que j'avais. »
Devenir prêtre
C'est vers l'âge de 20 ans qu'il décide de devenir prêtre. Il n'y avait jamais songé sérieusement avant ce temps parce que l'image du clerc qu'il avait était celui du professeur et du curé en paroisse. Cela ne l'appelait guère.
Il voulait devenir criminologue. Pour parvenir à payer ses études, il se rend enseigner dans la région de Sherbrooke: « Et c'est là que j'ai commencé à travailler avec les jeunes dans les parcs et les prisons. Et ce sont eux qui m'ont interpellé: « Pourquoi ne deviendrais-tu pas prêtre? Parle-nous de ton bonheur? Pourquoi es-tu heureux? Pourquoi ne pas donner ta vie aux jeunes? Ils m'ont éveillé l'esprit. »
Cependant, c'est surtout grâce à l'intervention du père Henri Roy, le fondateur de la Jeunesse ouvrière catholique canadienne (J.O.C.) et de l'Institut séculier Pie X, qu'il décide de faire le grand saut. En lui, il a vu qu'il est possible de devenir un prêtre au service de la jeunesse et que le prêtre peut prendre des initiatives pour ouvrir de nouveaux champs d'action. Le célèbre père Roy lui a communiqué l'amour de la 100e brebis, celle qui est égarée. Être le pasteur de l'enfant prodigue, voilà enfin une mission qui répondait à ses aspirations intérieures.
«Une rencontre avec cet homme nous marquait pour la vie. C'était un homme de Dieu! Il était capable de voir le travail qu'il réalisait à l'intérieur de nous. Il disait souvent: "Tu as rencontré Jésus! Alors parle de Jésus et rayonne Jésus!" », se souvient-il
Toute sa vie, il se souviendra de cette prière d'Henri Roy: « Seigneur, que tous ceux qui me voient te voient et te rencontre pour toujours ». Il redit souvent ces mêmes paroles dans le secret de son cœur. C'est bien plus qu'une prière toute faite! C'est son plan de vie.
Christian Beaulieu a été ordonné prêtre le 9 juin 1968, à Québec, dans l'Institut séculier Pie X.
Travail apostolique
Pendant près de 20 ans, il sera des dirigeants du mouvement La Rencontre. C'est dans ce regroupement apostolique qu'il découvre ses talents de conférencier.
Il a écrit de nombreux livres dont « Ma blessure est tendresse », « Jeunes, amour et sexualité », « Cœur blessé, espère! » et « Si on mettait le feu ».
Il y a une dizaine d'années, il a fondé le Pharion pour venir en aide aux jeunes alcooliques et toxicomanes de 18 à 30 ans
Il anime des retraites spirituelles et donne des conférences où on le demande.
Il assume la direction de l'Institut séculier Pie X (la Revue Sainte Anne publiera un article sur ce sujet dans sa prochaine édition).
Il ne chôme pas!
«Ce qui fait que les gens souffrent tant c'est souvent parce que leur souffrance n'a pas de sens. Alors, je veux donner un sens à leur vie et à leur souffrance. Je veux passer comme un aigle dans la vie des gens pour leur donner le goût de se faire des ailes, pour leur donner de croire au large, à l'infini, à œuvrer... », explique cet homme enfant aux yeux de Dieu.
Une personnalité en demande
« Tu es une personnalité! Est-ce que tu trouves cela difficile d'être une "vedette du monde catholique"? » lui demande le représentant de la Revue Sainte Anne. La réponse ne vient pas facilement. Il doit creuser en lui pour trouver la réponse. Après quelques secondes, il répond: « À une époque, cela me mettait une pression terrible! Je voulais toujours être à la hauteur de la situation. Et là, je jouais un personnage. Depuis plusieurs années, j'ai accepté que les gens puissent demander, puissent avoir des attentes, mais je ne réponds pas toujours aux attentes. Je suis devant eux comme un enfant, alors j'enlève toutes formes de pressions sur moi ».
Pendant cette période où il jouait un personnage, il a souvent négligé ses moments de cœur à cœur avec Dieu. Maintenant, il ne manque plus ces précieux instants d'intimité. « Ma source doit d'abord être prise dans ma relation avec Dieu ... et avec moi-même », conclut Christian Beaulieu. Dieu est le seul refuge où se calment ses peurs et ses angoisses. C'est grâce à Lui qu'il peut vraiment rayonner Jésus
Un visage d'enfant aux yeux de Dieu
Benoît Voyer
« Il n'y a jamais rien d'acquis pour moi à cause de ma timidité. Je suis toujours obligé de me battre pour retrouver confiance. Le p'tit gars qui habite en moi revient vite prendre place avec ses peurs et ses angoisses », raconte Christian Beaulieu.
Étonnante confidence de ce prêtre catholique qui parcourt le Canada francophone pour propager à sa façon le message de l'Évangile. Il parle avec verve et audace. Pourtant ce n'est pas ses paroles qui touchent le cœur des gens, ce sont ses yeux bleus d'où transparaissent une grande bonté, une grande compassion, une grande tendresse. Il est fréquent d'entendre à son sujet: « Lorsqu'il m'a regardé, j'ai croisé le regard de Jésus! »
«Il y a une force dans ma fragilité. Il y a une puissance dans mon impuissance. Étant donné que je vis avec des gens avec une très grande souffrance, je suis toujours confronté à affronter mon impuissance. Il faut que je sache me réfugier dans le cœur de Dieu où je vais retrouver la paix, la sérénité, la confiance et où je vais m'abandonner. L'abandon n'est vraiment pas naturel pour moi. Je vais facilement parler du lâcher prise dans les conférences, mais si j'en parle autant que ça c'est parce que c'est à chaque jour que je dois aller rechercher personnellement ce lâcher prise et faire un combat intérieur pour arriver à l'abandon », ajoute-t-il.
La souffrance des autres nous ramène toujours à notre propre vulnérabilité Christian Beaulieu ne cesse de l'expérimenter. C'est une grâce que les marginaux lui font, car leur fragilité l'aide à apprivoiser la sienne. Tant de gens disent « Le cheminement spirituel est comme un escalier que l'on monte », mais pour l'abbé Beaulieu, le cheminement spirituel et humain est un escalier que l'on descend, car pour toucher sensiblement la grandeur du cœur de Dieu, il faut être en contact avec sa petitesse et sa faiblesse. Il faut donc descendre profondément en soi.
Les apparences peuvent tromper. Devant un public, Christian Beaulieu semble être fort, solide, sûr de lui et d'un positivisme hors de l'ordinaire. Pourtant, il lui arrive d'être déçu et de traverser des moments de désarroi. « C'est souvent ce qui me plonge dans la prière à corps perdu. Même si je suis un homme d'action, énergique et dynamique, je suis un homme de prière. Je me donne quelques heures par jour, et j'y tiens! C'est là que ma peine passe, c'est là que mes forces se refont, c'est là que je puise l'énergie pour retrouver la joie de vivre », raconte-t-il.
Son expérience spirituelle est contagieuse et touche le cœur de centaines et de centaines de personnes depuis qu'il est prêtre. Grâce à son intervention, bien des gens ont retrouvé le goût de vivre. Être prêtre n'est-il pas être « médecin de l’âme »?
Saisi par le Christ
Christian Beaulieu est né le 22 mai 1941 à Saint-Hubert, près de Rivière-du-Loup au Québec, comme ses parents et ses grands-parents. Il est le 5e enfant d'une famille qui en compte 13. À l'âge de 7 ans, il émigre à l'île d'Orléans, à quelques minutes de Québec. C'est là qu'il passe toute sa jeunesse.
« J'ai été enraciné dans les choses de la nature, de l'accueil, de la fête, de la célébration qui étaient communiquées naturellement au sein de ma famille. C'était un milieu avec une foi proche de la vie et où l'esprit de famille était très fort », confie le jovial homme.
À l'école, il n'a rien d'un élève brillant. Il a bien des difficultés. D'ailleurs, tout au long de sa jeunesse, le petit Beaulieu n'aime pas beaucoup le milieu scolaire Lorsqu'il a pris conscience - à travers sa foi - que Dieu a besoin de nous, tout a changé: « J'ai découvert que la foi ce n'est pas simplement croire en Dieu, mais c'est aussi croire qu'il croit en nous! Cela m'a vraiment touché! Ma rencontre avec Jésus Christ a eu un très grand impact dans ma vie. J'ai été comme obligé de sortir de ma timidité, de ce complexe d'infériorité que j'avais. »
Devenir prêtre
C'est vers l'âge de 20 ans qu'il décide de devenir prêtre. Il n'y avait jamais songé sérieusement avant ce temps parce que l'image du clerc qu'il avait était celui du professeur et du curé en paroisse. Cela ne l'appelait guère.
Il voulait devenir criminologue. Pour parvenir à payer ses études, il se rend enseigner dans la région de Sherbrooke: « Et c'est là que j'ai commencé à travailler avec les jeunes dans les parcs et les prisons. Et ce sont eux qui m'ont interpellé: « Pourquoi ne deviendrais-tu pas prêtre? Parle-nous de ton bonheur? Pourquoi es-tu heureux? Pourquoi ne pas donner ta vie aux jeunes? Ils m'ont éveillé l'esprit. »
Cependant, c'est surtout grâce à l'intervention du père Henri Roy, le fondateur de la Jeunesse ouvrière catholique canadienne (J.O.C.) et de l'Institut séculier Pie X, qu'il décide de faire le grand saut. En lui, il a vu qu'il est possible de devenir un prêtre au service de la jeunesse et que le prêtre peut prendre des initiatives pour ouvrir de nouveaux champs d'action. Le célèbre père Roy lui a communiqué l'amour de la 100e brebis, celle qui est égarée. Être le pasteur de l'enfant prodigue, voilà enfin une mission qui répondait à ses aspirations intérieures.
«Une rencontre avec cet homme nous marquait pour la vie. C'était un homme de Dieu! Il était capable de voir le travail qu'il réalisait à l'intérieur de nous. Il disait souvent: "Tu as rencontré Jésus! Alors parle de Jésus et rayonne Jésus!" », se souvient-il
Toute sa vie, il se souviendra de cette prière d'Henri Roy: « Seigneur, que tous ceux qui me voient te voient et te rencontre pour toujours ». Il redit souvent ces mêmes paroles dans le secret de son cœur. C'est bien plus qu'une prière toute faite! C'est son plan de vie.
Christian Beaulieu a été ordonné prêtre le 9 juin 1968, à Québec, dans l'Institut séculier Pie X.
Travail apostolique
Pendant près de 20 ans, il sera des dirigeants du mouvement La Rencontre. C'est dans ce regroupement apostolique qu'il découvre ses talents de conférencier.
Il a écrit de nombreux livres dont « Ma blessure est tendresse », « Jeunes, amour et sexualité », « Cœur blessé, espère! » et « Si on mettait le feu ».
Il y a une dizaine d'années, il a fondé le Pharion pour venir en aide aux jeunes alcooliques et toxicomanes de 18 à 30 ans
Il anime des retraites spirituelles et donne des conférences où on le demande.
Il assume la direction de l'Institut séculier Pie X (la Revue Sainte Anne publiera un article sur ce sujet dans sa prochaine édition).
Il ne chôme pas!
«Ce qui fait que les gens souffrent tant c'est souvent parce que leur souffrance n'a pas de sens. Alors, je veux donner un sens à leur vie et à leur souffrance. Je veux passer comme un aigle dans la vie des gens pour leur donner le goût de se faire des ailes, pour leur donner de croire au large, à l'infini, à œuvrer... », explique cet homme enfant aux yeux de Dieu.
Une personnalité en demande
« Tu es une personnalité! Est-ce que tu trouves cela difficile d'être une "vedette du monde catholique"? » lui demande le représentant de la Revue Sainte Anne. La réponse ne vient pas facilement. Il doit creuser en lui pour trouver la réponse. Après quelques secondes, il répond: « À une époque, cela me mettait une pression terrible! Je voulais toujours être à la hauteur de la situation. Et là, je jouais un personnage. Depuis plusieurs années, j'ai accepté que les gens puissent demander, puissent avoir des attentes, mais je ne réponds pas toujours aux attentes. Je suis devant eux comme un enfant, alors j'enlève toutes formes de pressions sur moi ».
Pendant cette période où il jouait un personnage, il a souvent négligé ses moments de cœur à cœur avec Dieu. Maintenant, il ne manque plus ces précieux instants d'intimité. « Ma source doit d'abord être prise dans ma relation avec Dieu ... et avec moi-même », conclut Christian Beaulieu. Dieu est le seul refuge où se calment ses peurs et ses angoisses. C'est grâce à Lui qu'il peut vraiment rayonner Jésus
(Revue Sainte Anne, juillet 1999, page 295)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Fanfan Dédé se préoccupe de l'avenir des églises
MONTRÉAL - Le comédien André Richard, qui incarnait avec brio le personnage de Fanfan Dédé au réseau TVA dans les années 1970, se préoccupe de l'avenir des églises, surtout celle du quartier où il habite, car elle, comme plusieurs autres, n'attire pas beaucoup de fidèles. Il suggère que ces temples délaissés soient convertis en logements sociaux.
«Comme tous ces lieux immenses et vides nous appartiennent un peu, il me semble, et que la mode du jour est aux recours dits collectifs, ne serait-ce pas une belle et bonne affaire pour ceux que l'on dit sans logements? Je pense, ma foi, que Dieu serait content», a dit le sympathique bonhomme, qui habite le centre-ville de Montréal, à la Revue Sainte Anne.
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, avril 2003, page 161)
NOEL: Homélie de Mgr Louis Corriveau lors de la Messe de minuit de 2023
20231225 Homélie de Mgr Louis Corriveau, Messe de minuit, Cathédrale de Joliette
SUR LA ROUTE: Le peintre Joseph Légaré
SOUVENIR DE NOEL
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Manon et moi avec Micheline Hébert et Claude Mailhiot (1944-2020), mes beaux-parents, a Saint-Eustache en décembre 2017 |
VISION CATHOLIQUE: Dans le silence de la nuit
Par Benoit Voyer
24 décembre 2025
La nuit prochaine, lors de la messe de la nuit de Noël, on lira dans toutes les églises chrétiennes de tradition catholique le récit de l’annonce de la naissance de Jésus à des bergers par un ange venu du ciel.[1]
Dans la première partie de cette petite histoire fantastique, à la limite du conte, on raconte qu’au pays de Marie et Joseph, c’est l’année du recensement de la population. La règle de cette région à cette époque est de retourner dans sa ville d’origine pour s’enregistrer.
En bons citoyens, Marie et Joseph ont fait ce qu’il fallait faire.
En revanche, tout un défi les attend : parcourir de Nazareth à Bethléem à la marche et à dos d’âne. Google Maps nous indique qu’aujourd’hui c’est 145 kilomètres de marche. On le sait bien, à l’époque, les routes n’étaient pas aussi belles que de nos jours.
Ce n’est pas le seul défi à surmonter. Joseph accompagne sa tendre Marie qui est à pleine ceinture, en fin de grossesse. Sur un dos d’âne, Marie n’était pas en première classe.
Ainsi donc, on imagine facilement que ce voyage est difficile. Marie arrivera juste à temps pour accoucher à Bethléem, dans le silence de la nuit.
Comble de malchance, il n’y a pas de place douillette dans la place commune, une sorte d’auberge. La pauvre doit donc accoucher sur la paille.
Dans la deuxième partie du récit, on doit regarder la scène avec ses yeux d’enfants : on nous raconte que cette nuit-là, des bergers veillaient à la belle étoile afin de surveiller leurs bêtes dans les champs.
Tout à coup une lumière se fit, ou, si vous aimez mieux, une illumination. Un ange apparut aux bergers. C’était probablement Gabriel, parce qu’il est habituellement le messager du ciel.
Le phénomène était grandiose. L’ange annonciateur n’était pas seul : une multitude d’anges l’accompagnaient. En réalité, une brèche du ciel était ouverte…
Effrayés par ce qu’ils voyaient, ils furent rassurés par l’ange annonciateur : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd'hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » En fait, il leur dit où trouver l’enfant.
Voici qu’en pleine nuit ou pour faire un peu dans la poésie, « dans le silence du jour » et, encore mieux, « dans un silence lumineux qui parle fort », est surgie une grande lumière. Et ce moment unique dans l’histoire de l’humanité, il nous est possible de le revivre à chaque jour, parce que c’est Noël à chaque seconde, à chaque instant où on ouvre son cœur à Dieu.
Enfin, une réflexion surgit en moi en lisant ce texte.
Imaginez juste un instant le périple de 145 kilomètres à la marche et à dos d’âne entre Nazareth et Bethléem. Marie a eu, inévitablement, bien des heures en silence à errer dans ses pensées.
Assurément, bien qu’elle soit accompagnée par Joseph, Marie est seule face à un vide qui paraît insoutenable. C’est dans ce silence qu’elle va rencontrer le Dieu enfant qui grandit en elle.
J’aime ce qu’écrit Bruno Jean Rutival [2] :
« Pour écouter il faut se taire. (…) Pour arriver à ce silence, condition essentielle de toute vie intérieure, que de chemins à parcourir! (…) La pénombre agrandit le silence. C’est dans cette économie de paroles inutiles, dans cette fragilité de lumière, que le silence monastique s’apprend. Un silence gagné sur le vacarme du monde; alors, la voix de l’homme (et de la femme) se redresse et monte, pure, vers Dieu – dans un silence visible, habité; et Dieu, quelques fois répond… »
Il ajoute : « Il n’est pas simple de reconnaître le silence lumineux. Très peu de choses le différencient de la taciturnité. Ce silence est un murmure presque imperceptible; il n’est pas facile de l’entendre, il l’est encore moins de l’écouter et de s’en imprégner. Pour le comprendre, il faudrait du bruit, des sons, de la musique, Là, on peut appréhender le bruit car il est parole, il est histoire, il peut devenir concerto mais alors, dans ce vacarme, comment ne pas s’enfuir, comment ne pas rechercher un silence absolu, acceptable, définitif? »
Et il ajoute enfin : « On sait qu’il est difficile d’entendre les mots s’il y a du bruit; alors, dans le silence… Dans le silence, il n’y a plus de mots, plus de sons, plus de concertos, plus de bruissements d’ailes de libellules ou de jacassements d’oiseaux : On est seul face à un vide qui paraît insoutenable. C’est dans ce silence que l’on va, peut-être, rencontrer Dieu, se rencontrer. »
Et c’est inévitablement, selon moi, ce qui est arrivé à Marie dans le silence de la route et dans celui de la nuit avant que surgisse la Lumière, l’enfant-dieu.
Jésus « nous portons vers toi, comme un appel, l’espoir des hommes d’aujourd’hui. Mûris le temps, hâte le jour. Et que lève sur terre ton Royaume ! » [3]
En ce jour, je fais mienne cette parole de saint Padre Pio : « Noël est chargé d’une tendresse, d’une douceur d’enfant qui me va droit au cœur. »[4]
____________________
[1] « En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » » (Lc 2, 1-14)
[2] En collaboration, Val Notre-Dame – L’abbaye dans le bois, Mediaspaul, 2017
[3] Hymne « Tu es venu Seigneur », Laudes, jeudi, 33ème semaine du Temps Ordinaire, Année Impaire
[4] Padre Pio de Pietrelcina. Une pensée par jour, Médiaspaul, 1991
PAROLE ET VIE SPÉCIAL NOEL avec Roland Leclerc No 11 (1993) - En rappel
Émission de télévision Parole et Vie animée par Roland Leclerc No 11 (1993).
SPÉCIAL NOEL
Au programme:
1- La chronique biblique de Bertrand Ouellet: La visite des mages a Bethléem;
2- Les Œuvres du Toit de Bethléem, a Montréal;
3- La crèche du Vieux Port de Montréal;
4-La Maison du Père, a Montréal. Invités: Père Sylvio Michaud et frère Denis Gilbert, Trinitaires;
5- Les moines cisterciens de Rougemont chantent;
6- Le père Benoit Lacroix (Joachim Lacroix de son vrai nom) parle de l'étable de Noel;
7-Le Père Noel du Complexe Desjardins;
8- La chronique Pour une foi qu'on se parle animée par Yvon Cousineau. Une table ronde avec 6 jeunes: La préparation a Noel;
9- Le comédien Paul Buissonneau lit un extrait de la bible.
______________________________________________
Tiré de: P049 Parole et Vie Ep 11 (Fonds Benoit Voyer)
Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby
LE PRÉSENT DU PASSÉ: L'histoire de Partage de Sœur Marie-Reine
Benoît Voyer
Après avoir enseigné la chimie dans un collège un peu bourgeois, sœur Marie-Reine Beaudry de la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe, s'est retrouvée, en 1983, dans le monde étrange de la pauvreté: celui des jeunes que la vie a maltraités, qui, pour oublier leur vide intérieur, s'adonnent à la drogue, à l'alcool et laisse le sexe prendre le pas sur leur capacité d'aimer.
«Ce dont ces jeunes ont besoin, c'est d'être traités en personne à part entière. Ils ont besoin de se savoir aimés pour eux-mêmes, pour la valeur qu'ils représentent comme hommes, comme femmes, pas seulement comme valeur marchande, comme potentiel de production ... », dit ce bout de religieuse au regard rieur et rempli d'émotions.
Partage Notre-Dame, la soupe populaire du petit centre-ville de Granby, est né le 2 mai 1983 grâce à l'ingénieuse idée de Lise Robitaille et de Caroline Choinière, des femmes assistées sociales, qui voyaient autour d'elles un urgent besoin.
Parti de rien, le Partage accueille quotidiennement jusqu'à 125 personnes. « Fais attention de ne pas trop mettre l'accent sur moi, car le projet est né du milieu. Lise et Caroline m'ont confié leur désir de servir des repas aux plus mal pris qu'elles. Je n'ai fait que les appuyer et les soutenir », confie l'humble octogénaire originaire de Saint-Marc-sur-Richelieu.
Elle s'était également exprimée de la sorte, en 1984, à l'occasion du premier anniversaire de l'œuvre: « Je n'ai presque rien fait pour ça ... Ce sont les bénéficiaires, les bénévoles, tous de l'aide sociale d'ailleurs, qui ont permis que le Partage survive et rende service aux plus démunis ». Pourtant, pendant de nombreuses années, c'est elle qui a veillé à ce que la cuisine soit approvisionnée, qui a quêté auprès de commanditaires pain, viande, légumes et produits laitiers et, quand cela a été nécessaire, a intercédé auprès des curés et du conseil de fabrique.
« Cela dépasse mon pouvoir. Allez voir le curé! », avait-elle lancé aux deux femmes. C'est ce qu'elles ont fait sans tarder.
« Regroupez 10 à 15 personnes qui pensent comme vous et revenez, mardi prochain, nous dire comment vous allez mettre votre projet en marche », avait conclu l'abbé Roland Pelletier.
«Elles ont donné suite! Tout était pensé et prévu», se souvient avec nostalgie la bonne sœur. «Elles ont même choisi le nom de l'organisme et sa patronne. Je voulais que le service soit gratuit, mais elles ont insisté pour que chaque dîneur paie 1$ à titre de contribution», ajoute-t-elle.
Rapidement se joignent au projet de nombreuses personnes: Pierre Plante, François Tétreault, Gilles Laplante, Reynald Perrault, Jeanne Labrecque, Sylvain, Blanchard, Yves Caouette, Chantal Auclair, Daniel Préfontaine, Fernand Viens, Lionel Chartrand, Nicole Dion, Bertrand Bussière et plusieurs autres.
La cuisine et la salle du bingo du sous-sol de l'église Notre-Dame étaient l'endroit tout indiqué pour le Partage. Depuis 1983, il n'a pas bougé.
Maurice Laplante devint le premier pourvoyeur de l'œuvre. Sa mission consistait à contacter les organismes de la région et les commerçants pour leur demander des dons en argent et en nourriture. L'équipe le baptisa du surnom de « ministre des affaires extérieurs ». Maurice était tellement heureux de cela qu'il épingla ce surnom sur son veston.
Alphonse Martin est chargé, à chaque semaine, de faire la cueillette des victuailles promises. Il sera succédé par Rachel Choinière.
Sœur Marie-Reine Beaudry, agente de pastorale à la paroisse, assume la correspondance, la comptabilité, le soutien et l'accompagnement des équipes. « Le vent de l'Esprit saint a traversé les rues de la ville de Granby et des localités environnantes. C'était vraiment touchant! C'est encore comme cela aujourd'hui!», ajoute-t-elle.
Elle aime se rappeler cette phrase du bienheureux Louis-Zéphirin Moreau, 4e évêque du diocèse de St-Hyacinthe, lors de la fondation de sa communauté religieuse, en 1877: « Si Dieu veut que l'œuvre dure, il vous enverra au jour le jour ce dont vous avez besoin ».
Il n'y a rien de parfait, même dans les œuvres nourries de vertus chrétiennes. Des difficultés et des conflits sont apparus et des erreurs ont été commises. Au départ, une série d'équipes instables se sont succédé, jusqu'à l'arrivée de Jeannine Carrier-Tremblay.
Malgré les épreuves, elles ont tenu le coup. À maintes reprises, elles ont manifesté leur fierté et leur joie d'avoir une place bien à eux dans la société.
À l'occasion du 1er anniversaire du Partage, François Rivard avait organisé tout un plat pour sœur Marie-Reine: présence de Paul-O. Trépanier, architecte et maire de Granby; plaque de reconnaissance; hommages écrits de personnalités importantes dont Pierre-Elliot Trudeau, Brian Mulroney, Jean Lapierre et Roger Paré...
« Le Partage Notre-Dame a révélé à la belle et fière ville de Granby la présence de personnes écrasées par des difficultés. Je me souviens de Horace Boivin qui a grandement contribué au développement de Granby « Quoi! Il y a des pauvres à Granby?» Je venais d'attaquer sa fierté », raconte sœur Marie-Reine Beaudry.
L'expérience de Jeannot Tremblay
« Le Partage Notre-Dame a été pour Jeannot une nouvelle raison de vivre après une vingtaine d'années d'intense solitude suite au départ de son mari qui l'a laissée tomber pour une plus jeune femme. Sa souffrance intérieure était tellement grande que ses humeurs étaient affectées. La mission auprès des pauvres l'a transformée » se souvient-elle de cette femme.
Aux dîners réguliers s'est ajouté la fête de Noël. Le nombre de participants est passé graduellement de 100 à 500 personnes.
En décembre 1993, Jeannot Tremblay est décorée du titre de personnalité du mois par la Voix de l'Est, le plus petit quotidien francophone d'Amérique. En février 1995, c'est au tour de sœur Marie-Reine Beaudry de recevoir la même distinction.
En 1995, terrassée par le cancer, Jeannine Carrier-Tremblay doit laisser à contrecœur la direction du Partage Notre-Dame. Roger Jodoin, le curé de la paroisse fait appel au service de sœur Marie-Reine qui vit retirée. Elle décède en août 1996.
En 1997, la Pastorale sociale du diocèse de St-Hyacinthe accorde le Prix Monseigneur Langevin au Partage Notre-Dame.
Le grain enterré en terre
« Le Partage, c'est le grain de sénevé déposé en terre par de jeunes assistés sociaux et qui a produit un grand arbre », témoigne la sympathique consacrée aux yeux bleus et aux cheveux blancs.
La bouffe c'est une affaire, mais ce n'est pas cela qui est le plus important au Partage Notre-Dame de Granby: « Ce n'est pas tant de les nourrir physiquement qui est important, mais de leur apprendre qui ils sont, leur faire prendre conscience de l'importance de leur participation à l'élaboration de demain ... », conclut sœur Marie-Reine Beaudry.
(Revue Sainte Anne, juin 1999, page 247)
MON HISTOIRE: Un Noel de misère et d'amour
24 décembre 2025
Réal Marchessault du quotidien La Voix de l’Est a eu vent que Danielle et moi étions pour recevoir un panier de Noel des Chevaliers de Colomb. Au bout du fil, il me demande si j’acceptais qu’un journaliste soit présent lors de leur passage.
L’idée ne m’enchante pas beaucoup. Puisque je ne veux pas lui déplaire et, surtout, parce que je ne veux pas compromettre mes chances de pourvoir travailler un jour au journal, j’accepte.
Le reportage de Françoise Boutin [1] sera bien écrit et les propos juste. En revanche, exposer en public ma misère sera une humiliation que je porterai toute ma vie. Près de quarante ans plus tard, je suis toujours triste de lire ce portrait d’un moment de ma notre vie familiale. Il y a une honte qui habite toujours en moi.
Les derniers mois ont été difficiles. Le mariage de misère, la maladie, les hospitalisations, ma situation professionnelle précaire… Je ne suis vraiment pas à mon meilleur.
Ce qui me fait garder la tête hors de l’eau? Il se résume en trois point : ma foi et Dieu, le grand amour que je porte pour Danielle et Jean-Pascal, notre bébé neuf, qui est ma grande fierté.
La journaliste et les Chevaliers de Colomb se pointent :
« Toc toc toc! "En voilà une surprise," s'exclame Benoit en ouvrant la porte. Danielle, déjà cachée derrière son mari, s'efface rapidement pour laisser passer les quatre pères Noël en civil. Jean-Pascal, heureux dans son innocence, se laisse porter par sa curiosité d'enfant. Son regard est attiré par les deux paniers de provisions déposés sur la table.
Une visite éclair mais combien appréciée. L’émotion se lit sur le visage de Benoit Voyer et de Danielle Gingras. Ils font partie des 150 familles visitées par les Chevaliers de Colomb de Granby, dimanche après-midi. Jean-Pascal, petit bout de chou âge de 16 mois, n'a qu'une préоccupation, se faufiler jusqu'aux paniers de Noël, un terrain de jeu en puissance.
"L'an passé, nous avions présenté une demande écrite. On nous avait répondu par l'affirmative. Cette année, la boite de Noël est un cadeau surprise.
Danielle, plus expressive, se demande pourquoi ils ont été choisis. "Un grand sentiment de joie nous envahit, explique-t-elle. Benoît s'extériorise moins, il cache un peu plus ses émotions. A 21 ans, l'expérience a remplacé l'innocence.
Le choc passé, les langues se délient. "Ça fait plaisir, c'est un cadeau du ciel. Toutes les fois qu'on a dû affronter une baisse financière, une aide nous est tombée du ciel. On a un bon Dieu pour nous," expliquent Danielle et Benoit tout en déballant et en plaçant fébrilement les provisions dans les armoires et le réfrigérateur.
Pendant ce temps, Jean-Pascal, prend ses aises. Il s'installe confortablement dans un des paniers. Les délicieux baisers d'enfant qu'il distribuait à profusion sont devenus de juteux baisers. Pommes, yaourts, petits gâteaux, bonbons, tout l'attire.
"Noël est pour nous une fête spirituelle, une fête pour les enfants, la magie de Noel." Jean Pascal, complice, approuve doucement. Il croque à pleines dents dans une pomme, se fruit qu'il adore, mais qu'il n'a pas l'occasion de savourer souvent.
Pas d'argent pour s'offrir des cadeaux cette année. Malgré tout, Noël sera plus heureux, plus facile. C'est que la boite de Noël comble certains besoins primaires. Elle leur permettra de cuisiner plusieurs petits plats, et de recevoir quelques amis, "puisque l'homme est un être social, qui a besoin de communiquer, commente Benoit.
Modeste, très propre, l'appartement où vit le jeune couple ne reflète pas le Noël commercial véhiculé par les magasins. Seulement quelques lumières entourent la fenêtre du sous-sol et scintillent dans la nuit. Pas de sapin de Noel. Pourtant, ils sont heureux, c'est évident.
Finalement, Noel est mal placée. Les fins de mois sont dures. Les 200$ prévus dans le budget mensuel pour l'achat de la nourriture ne sont pas suffisants. "Toutes les personnes qui reçoivent des paniers de Noel en ont besoin," souligne Danielle.
Jean-Pascal joue, se promène, essaie de communiquer. Il s'approche très près des visiteurs. "Nous remontons la pente," relate Benoit. L'an passé, il est tombé gravement malade. Alité à la suite d'une mononucléose infectieuse, dégénérée en paralysie faciale du côté gauche, il a dû subir deux opérations, dont une de sept heures. Sa convalescence a duré plusieurs mois.
"Un passage, de dire Benoit. Leurs difficultés financières découlent d'une trop grande accumulation d'événements, mariage, naissance d'un enfant, surmenage, maladie.
Toutes les familles visées par les Chevaliers de Colomb vivent sous le seuil de la pauvreté. Leur salaire, c'est l’aide sociale. Les paniers de Noël contribuent temporairement à alléger le poids d'un Noel s'annonçant parfois trop creux. "Le courant de notre société serait peut-être différent si les privilégiés étaient un peu plus confrontés à la pauvreté", conclut Benoit Voyer.
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[1] Françoise Boutin. « Un Noël plus heureux pour Benoît, Danielle et Jean-Pascal - Les Chevaliers de Colomb leur ont réservé deux paniers de provisions », La Voix de l’Est, 24 décembre 1987, p. 3
L’idée ne m’enchante pas beaucoup. Puisque je ne veux pas lui déplaire et, surtout, parce que je ne veux pas compromettre mes chances de pourvoir travailler un jour au journal, j’accepte.
Le reportage de Françoise Boutin [1] sera bien écrit et les propos juste. En revanche, exposer en public ma misère sera une humiliation que je porterai toute ma vie. Près de quarante ans plus tard, je suis toujours triste de lire ce portrait d’un moment de ma notre vie familiale. Il y a une honte qui habite toujours en moi.
Les derniers mois ont été difficiles. Le mariage de misère, la maladie, les hospitalisations, ma situation professionnelle précaire… Je ne suis vraiment pas à mon meilleur.
Ce qui me fait garder la tête hors de l’eau? Il se résume en trois point : ma foi et Dieu, le grand amour que je porte pour Danielle et Jean-Pascal, notre bébé neuf, qui est ma grande fierté.
La journaliste et les Chevaliers de Colomb se pointent :
« Toc toc toc! "En voilà une surprise," s'exclame Benoit en ouvrant la porte. Danielle, déjà cachée derrière son mari, s'efface rapidement pour laisser passer les quatre pères Noël en civil. Jean-Pascal, heureux dans son innocence, se laisse porter par sa curiosité d'enfant. Son regard est attiré par les deux paniers de provisions déposés sur la table.
Une visite éclair mais combien appréciée. L’émotion se lit sur le visage de Benoit Voyer et de Danielle Gingras. Ils font partie des 150 familles visitées par les Chevaliers de Colomb de Granby, dimanche après-midi. Jean-Pascal, petit bout de chou âge de 16 mois, n'a qu'une préоccupation, se faufiler jusqu'aux paniers de Noël, un terrain de jeu en puissance.
"L'an passé, nous avions présenté une demande écrite. On nous avait répondu par l'affirmative. Cette année, la boite de Noël est un cadeau surprise.
Danielle, plus expressive, se demande pourquoi ils ont été choisis. "Un grand sentiment de joie nous envahit, explique-t-elle. Benoît s'extériorise moins, il cache un peu plus ses émotions. A 21 ans, l'expérience a remplacé l'innocence.
Le choc passé, les langues se délient. "Ça fait plaisir, c'est un cadeau du ciel. Toutes les fois qu'on a dû affronter une baisse financière, une aide nous est tombée du ciel. On a un bon Dieu pour nous," expliquent Danielle et Benoit tout en déballant et en plaçant fébrilement les provisions dans les armoires et le réfrigérateur.
Pendant ce temps, Jean-Pascal, prend ses aises. Il s'installe confortablement dans un des paniers. Les délicieux baisers d'enfant qu'il distribuait à profusion sont devenus de juteux baisers. Pommes, yaourts, petits gâteaux, bonbons, tout l'attire.
"Noël est pour nous une fête spirituelle, une fête pour les enfants, la magie de Noel." Jean Pascal, complice, approuve doucement. Il croque à pleines dents dans une pomme, se fruit qu'il adore, mais qu'il n'a pas l'occasion de savourer souvent.
Pas d'argent pour s'offrir des cadeaux cette année. Malgré tout, Noël sera plus heureux, plus facile. C'est que la boite de Noël comble certains besoins primaires. Elle leur permettra de cuisiner plusieurs petits plats, et de recevoir quelques amis, "puisque l'homme est un être social, qui a besoin de communiquer, commente Benoit.
Modeste, très propre, l'appartement où vit le jeune couple ne reflète pas le Noël commercial véhiculé par les magasins. Seulement quelques lumières entourent la fenêtre du sous-sol et scintillent dans la nuit. Pas de sapin de Noel. Pourtant, ils sont heureux, c'est évident.
Finalement, Noel est mal placée. Les fins de mois sont dures. Les 200$ prévus dans le budget mensuel pour l'achat de la nourriture ne sont pas suffisants. "Toutes les personnes qui reçoivent des paniers de Noel en ont besoin," souligne Danielle.
Jean-Pascal joue, se promène, essaie de communiquer. Il s'approche très près des visiteurs. "Nous remontons la pente," relate Benoit. L'an passé, il est tombé gravement malade. Alité à la suite d'une mononucléose infectieuse, dégénérée en paralysie faciale du côté gauche, il a dû subir deux opérations, dont une de sept heures. Sa convalescence a duré plusieurs mois.
"Un passage, de dire Benoit. Leurs difficultés financières découlent d'une trop grande accumulation d'événements, mariage, naissance d'un enfant, surmenage, maladie.
Toutes les familles visées par les Chevaliers de Colomb vivent sous le seuil de la pauvreté. Leur salaire, c'est l’aide sociale. Les paniers de Noël contribuent temporairement à alléger le poids d'un Noel s'annonçant parfois trop creux. "Le courant de notre société serait peut-être différent si les privilégiés étaient un peu plus confrontés à la pauvreté", conclut Benoit Voyer.
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| Benoit Voyer, Danielle Gingras et Jean-Pascal. |
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[1] Françoise Boutin. « Un Noël plus heureux pour Benoît, Danielle et Jean-Pascal - Les Chevaliers de Colomb leur ont réservé deux paniers de provisions », La Voix de l’Est, 24 décembre 1987, p. 3
Photos: Société d'histoire de la Haute-Yamaska P026-19871219-D05-P014 et P015
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