15 janvier 2026

ENTRE TOI ET MOI: A cette intersection sur la route de ma vie, il y a une lumière jaune

A cette intersection sur la route de ma vie, il y a une lumière jaune

Par Benoit Voyer
15 janvier 2026

Depuis le milieu du mois de novembre, la vie m’oblige à ralentir certaines activités afin de me concentrer sur d'autres priorités.

Bien entendu, il y a eu les rencontres du temps des fêtes. Tu sais comme moi moi ce que ca implique. 

À cela s’ajoute mon boulot de nuit dans un département de soins psychiatriques d’un hôpital de la grande région montréalaise. Une plus grande lourdeur des problématiques des patients que nous traitons, le nombre de collègues en congés de maladie et une certaine réorganisation du milieu de travail me demandent de puiser davantage dans mes ressources énergétiques et de prévoir des périodes de récupération plus longues.

De plus, davantage exposé aux virus de la population, j’en ai attrapé quelques-uns. J’ai donc dû prendre quelques journées de maladie et être davantage au lit afin de guérir et de récupérer Je dois vous avouer que les symptômes de la grippe de cette année n’étaient pas une sinécure. Comme plusieurs d’entre vous, j’en ai arraché.

Enfin, il y a eu des rencontres au sujet de notre maison. On a d’abord additionné les rendez-vous afin de prendre des décisions d’avenir : on vend ? On reste là ? On rénove ? Lorsqu’on fait une démarche sérieuse, ça demande un peu de temps. Finalement, on rénovera entièrement notre salle de bain et nous apporterons d’importantes modifications à notre descente de cave et à la bouche d’évacuation de notre sécheuse et, s’il reste quelques dollars en réserve, nous installerons de nouvelles gouttières.

À cela s’ajoutent les préoccupations familiales et ma volonté obstinée de redonner du temps à l’activité physique.

Ainsi donc, j’ai pris bien du retard dans mes projets personnels, notamment dans mes lectures, recherches et travaux rédactionnels dans lesquels se retrouvent notamment la tenue d’un blogue et l’animation de quelques plateformes.

A cette intersection sur la route de ma vie, il y a une lumière jaune. Ces derniers jours, j’ai pris du temps afin de faire le point avec moi-même. C’est important de se fixer des rendez-vous avec soi.

Ce matin, en méditant dans un lieu qui m’est sacré de ma région et en me confiant à mon éternel ami, j’ai finalement pris la décision de me reconnecter sur l’essentiel, c’est-à-dire de ralentir certains projets et de donner un peu plus de vigueur à d’autres. Tu comprendras donc que certains jours je serai absent des médias sociaux. Mais ne t'inquiète pas, je ne suis pas loin. Et puis, si tu t'ennuies un peu, écris-moi!

IL FAIT TOUJOURS BEAU: Petit manifeste de la masturbation féminine


EN MUSIQUE: Concerto de Québec (Alain Lefevre)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Frère Denis Lévesque, initiateur des Franciscains de l'Emmanuel

Frère Denis Lévesque, initiateur des Franciscains de l'Emmanuel


« Je me souviens, je pleurais ...
Ce fut une découverte foudroyante ! »

Par Benoît Voyer, journaliste


« À l'âge de cinq ans, je m'en souviens comme si c'était hier, j'étais seul à l'arrière de l'église de Malartic, en Abitibi, je m'étais aspergé d'eau bénite et couché par terre en donnant ma vie au Seigneur. Je me suis relevé et je suis reparti avec un feu joyeux dans le cœur », raconte candidement le frère Denis-Antoine Lévesque, initiateur des Franciscains de l'Emmanuel, une nouvelle communauté religieuse catholique qui compte une trentaine de membres.

« Cette première expérience de Dieu m'a profondément marqué. Pour moi, Jésus était un être vivant. Je m'en souviens, c'était écrit à l'avant de l'église : « Mon Jésus, je t'aime ! » Je ne savais pas tout ce qui se passait à la messe, mais je répétais sans cesse ces paroles », dit-il. Il vivait déjà une relation particulière et personnelle avec Dieu.

Né le 12 juillet 1960, ce fils de mineur était un p'tit gars vivant et dynamique qui avait déjà une attirance pour le sacré. Il y avait de l'exubérance dans ce petit cœur d'enfant. C'est vraiment une grâce spéciale qu'il a reçue parce que ses parents étaient de bons catholiques du dimanche, des gens pas plus religieux que les autres de ce temps.

C'est justement à cinq ans qu'il reçoit ses premières responsabilités à l'église paroissiale : servir la messe et fermer les lumières de celle-ci après les célébrations.

Au séminaire
À 10 ans, il entre au Petit Séminaire diocésain de Rouyn, le Séminaire Saint-Michel. Désirant consacrer sa vie au service de l'Éternel, il passe son adolescence dans ce lieu de croissance particulier. Parfois, il veut devenir prêtre ou policier. À d'autres moments, pompier ou prêtre. Ou encore, prêtre ou professeur. Son désir d'accéder au sacerdoce demeure présent.

François d'Assise
À 12 ans, il fait la rencontre de saint François d'Assise en regardant le film « François et le chemin du soleil ». À partir de ce jour, plus rien n'est pareil dans son cœur. C'est le coup de foudre ! Un véritable choc de l'âme !

Sans tarder, il dévore les cinq bouquins qu'il trouve sur le personnage à la bibliothèque scolaire.

Je me souviens, je pleurais… Ce fut une découverte foudroyante ! Au premier livre, je pleurais en lisant chacune des pages. Ce qui m'a touché chez François, c'est sa relation avec Jésus. Il était un passionné ! C'était tout ou rien ! Je me retrouvais en lui. Moi aussi, je voulais tout donner au Christ ! », raconte-t-il comme si c'était hier.

À partir de ce moment, la dimension franciscaine entre en lui. Cela se fit discrètement parce qu'il ne savait même pas qu'il existait des franciscains au Québec.

C'est à 15 ans qu'il rencontre des membres d'une fraternité laïque, le Tiers-Ordre franciscain. C'était au séminaire, lors d'un rassemblement d'un groupe de la paroisse puisque l'église-cathédrale venait d'être détruite par un violent incendie.

« Je voyais des gens entre 40 et 50 ans qui venaient à une réunion. J'ai demandé ce qu'il y avait à cette rencontre. Ils m'ont répondu : « Les Franciscains séculiers laïcs ». J'ai répondu : « Ah oui ! Saint François d'Assise ! » Il me faisait tellement vibrer ! Je suis allé à la rencontre et j'ai commencé à fréquenter ce groupe. J'allais aux réunions deux à trois fois par mois. C'est là que j'ai eu ma première formation franciscaine. J'ai fait mon noviciat dans le troisième ordre de François », ajoute Denis Lévesque.

Le feu de l'Esprit
À l'école secondaire, Denis Lévesque s'implique à la pastorale. À 15-16 ans, Bob Digman, originaire de Waterloo, dans les Cantons-de-l'Est, et actuellement missionnaire au Mexique, est de passage en Abitibi, pour une tournée d'évangélisation où il raconte son expérience de conversion. Une soixantaine de jeunes de l'école viennent l'entendre et prier avec lui, dont Denis. Ils sont touchés par l'expérience. Plusieurs repartent avec un renouvellement de leur vie de foi.

« Les p'tites filles me travaillent. »
De 16 à 19 ans, il vit ses expériences amoureuses avec les filles, dont la majorité sont membres du groupe de la pastorale scolaire touchées par l'expérience Digman.

À 19 ans, il vit une relation plus sérieuse qui lui demande de se poser des questions sur son avenir et de faire des choix concrets. « C'était une fille extraordinaire ! Elle s'appelait Sylvie ! », lance l'homme aux yeux qui brillent encore de tendresse pour elle.

Est-ce que je veux me marier ? Est-ce que je désire avoir des enfants ? Qu'est-ce que je veux faire de ma vie ? Il se pose bien des questions.

L'appel intérieur de devenir prêtre revient encore plus fortement en lui. Il décide de poursuivre sa route seul et d'aller plus loin dans cette voie pour répondre au feu qui brûle en lui.

Un regard de père
Inscrit en sciences humaines au cégep, le jeune Lévesque continue sa recherche.

« À 20 ans, mon père m'a amené visiter sa mine. Cela a été un moment qui m'a profondément marqué. Il m'a présenté à ses compagnons de travail. Il était fier de me présenter ! Ce regard porté sur moi par papa m'a fait du bien. On a besoin d'être regardé pour pouvoir vivre ! Surtout par ce regard de père ! » dit Denis Lévesque sur le ton du secret, tout en se berçant sur une bonne vieille chaise pas trop confortable.

Montréal
Après ces années au collège public, il arrête ses études. Il déménage à Montréal et travaille à la Banque Nationale durant 18 mois.

Avec son colocataire et l'abbé Pierre Smith, il fonde le groupe de prières Saint-Louis-de-France. « Ça a été un peu phénoménal ! Lorsque nous avons débuté, nous étions trois jeunes. Au bout de trois mois, nous étions 30 ! Six mois : 80 ans ! Huit mois : 200 ! Chaque semaine ! J'ai été responsable durant un an et demi. Le groupe a fonctionné cinq ans… », ajoute-t-il.

Il fait ensuite un stage dans une communauté franciscaine et se rend étudier la théologie à Ottawa.

Rome
À 22 ans, il entre au noviciat des Oblats de la Vierge Marie à Rome.

« Dans cette ville d'Italie, il y a des Franciscains et des Capucins à chaque coin de rue. Chaque fois que j'en voyais un, c'était comme si je recevais un coup de poignard en pleine poitrine. Par la suite, je suis souvent allé prier à Assise. Dans ce pays, j'ai renoué ma relation avec saint François », se souvient l'homme à la barbe et aux cheveux qui commencent à annoncer les années de la sagesse.

Il décide donc de quitter le noviciat, de revenir terminer ses deux années de théologie à l'université Laval de Sainte-Foy et de poursuivre son discernement.

Naissance des Franciscains de l'Emmanuel
Le 5 janvier 1985, avec un groupe d'amis, il initie les Franciscains de l'Emmanuel, une fraternité communautaire dans l'esprit du saint d'Assise. Le groupe prend naissance avec la permission de l'archevêque de Montréal. Ses quatre compagnons du début décident de quitter la communauté. En 1986, se joint François Garon, qui prend l'habit gris et avec qui il chemine depuis ce temps.

De 1990 à 1995, ils résident à Roxton Pond, situé à quelques kilomètres de Granby. Aucune recrue se joint à la fraternité. De 1995 à 1997, ils vivent une expérience avec les Franciscains du renouveau dans le Bronx, en pleine jungle newyorkaise. Ils se demandent s'il ne serait pas mieux de se joindre à cette nouvelle fraternité franciscaine prospère. Ils reviennent finalement au Canada et décident de s'établir à Montréal.

Mère Teresa : une amie
« À New York, on rencontrait souvent Mère Teresa parce que ses religieuses habitent à 10 minutes de marche de chez les Franciscains du renouveau. Les frères prêtres vont souvent célébrer la messe dans leur maison. Il y a beaucoup d'échanges entre les deux communautés. Quand elle venait à New York, elle habitait toujours à cet endroit. Nous allions souvent prier avec elle », raconte le frère Denis-Antoine Lévesque.

Il poursuit : « En juin 1997, avant qu'elle parte pour Calcutta, deux mois avant qu'elle décède, je lui donne une petite lettre lui expliquant que François et moi étions en discernement pour savoir si nous revenions au Québec. Si nous restions à New York, il n'y avait pas de retour possible au Canada avant une quinzaine d'années. Je lui demandais donc conseil. Elle prend la lettre, elle l'amène à Calcutta et elle décède le 6 septembre 1997. Une semaine plus tard, nous recevions sa réponse. C'est donc une des dernières lettres écrites avant son départ. »

Mère Teresa écrivait : « Dieu vous a sûrement amenés à New York afin de pouvoir mieux aimer et apprécier le don de votre communauté au Québec. »

Pourquoi persévérer ?
S'il a persévéré durant 15 ans, c'est qu'il est convaincu qu'il est dans sa vocation. Les deux religieux se disent depuis plusieurs années que même si la communauté ne compte pas plus de deux ou trois religieux, ils persévéreront et mourront en frères franciscains.

« C'est un peu fou ! Humainement, ce que nous avons vécu est un échec, mais je sens que je fais vraiment la volonté de Dieu dans cet état de vie. Cela correspond à ce que je veux vivre », conclut frère Denis-Antoine, qui s'occupe maintenant d'une maison pour les jeunes au 1015, rue Bélanger, à Montréal.

Les Franciscains de l'Emmanuel comptent actuellement une trentaine de membres. La majorité sont des laïcs. Deux autres religieux sont en formation. La communauté est probablement la plus prospère du diocèse de Montréal. Le don de la vie du frère Denis-Antoine Lévesque n'est pas sans bénédiction. Le p'tit gars de cinq ans s'est aspergé d'une grande quantité d'eau bénite pour être habité d'une telle grâce, d'un élan pour se donner sans mesure afin de montrer au monde d'aujourd'hui qu'il est possible de vivre à plein l'esprit de l'Évangile. Il donne véritablement le goût aux jeunes de marcher à sa suite et de prier en disant : « Mon Jésus, je t'aime ! »

(Revue Sainte Anne, mars 2001, pages 103 et 110)