NOEL: Homélie de Mgr Louis Corriveau lors de la Messe de minuit de 2023
20231225 Homélie de Mgr Louis Corriveau, Messe de minuit, Cathédrale de Joliette
SUR LA ROUTE: Le peintre Joseph Légaré
SOUVENIR DE NOEL
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Manon et moi avec Micheline Hébert et Claude Mailhiot (1944-2020), mes beaux-parents, a Saint-Eustache en décembre 2017 |
VISION CATHOLIQUE: Dans le silence de la nuit
Par Benoit Voyer
24 décembre 2025
La nuit prochaine, lors de la messe de la nuit de Noël, on lira dans toutes les églises chrétiennes de tradition catholique le récit de l’annonce de la naissance de Jésus à des bergers par un ange venu du ciel.[1]
Dans la première partie de cette petite histoire fantastique, à la limite du conte, on raconte qu’au pays de Marie et Joseph, c’est l’année du recensement de la population. La règle de cette région à cette époque est de retourner dans sa ville d’origine pour s’enregistrer.
En bons citoyens, Marie et Joseph ont fait ce qu’il fallait faire.
En revanche, tout un défi les attend : parcourir de Nazareth à Bethléem à la marche et à dos d’âne. Google Maps nous indique qu’aujourd’hui c’est 145 kilomètres de marche. On le sait bien, à l’époque, les routes n’étaient pas aussi belles que de nos jours.
Ce n’est pas le seul défi à surmonter. Joseph accompagne sa tendre Marie qui est à pleine ceinture, en fin de grossesse. Sur un dos d’âne, Marie n’était pas en première classe.
Ainsi donc, on imagine facilement que ce voyage est difficile. Marie arrivera juste à temps pour accoucher à Bethléem, dans le silence de la nuit.
Comble de malchance, il n’y a pas de place douillette dans la place commune, une sorte d’auberge. La pauvre doit donc accoucher sur la paille.
Dans la deuxième partie du récit, on doit regarder la scène avec ses yeux d’enfants : on nous raconte que cette nuit-là, des bergers veillaient à la belle étoile afin de surveiller leurs bêtes dans les champs.
Tout à coup une lumière se fit, ou, si vous aimez mieux, une illumination. Un ange apparut aux bergers. C’était probablement Gabriel, parce qu’il est habituellement le messager du ciel.
Le phénomène était grandiose. L’ange annonciateur n’était pas seul : une multitude d’anges l’accompagnaient. En réalité, une brèche du ciel était ouverte…
Effrayés par ce qu’ils voyaient, ils furent rassurés par l’ange annonciateur : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd'hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » En fait, il leur dit où trouver l’enfant.
Voici qu’en pleine nuit ou pour faire un peu dans la poésie, « dans le silence du jour » et, encore mieux, « dans un silence lumineux qui parle fort », est surgie une grande lumière. Et ce moment unique dans l’histoire de l’humanité, il nous est possible de le revivre à chaque jour, parce que c’est Noël à chaque seconde, à chaque instant où on ouvre son cœur à Dieu.
Enfin, une réflexion surgit en moi en lisant ce texte.
Imaginez juste un instant le périple de 145 kilomètres à la marche et à dos d’âne entre Nazareth et Bethléem. Marie a eu, inévitablement, bien des heures en silence à errer dans ses pensées.
Assurément, bien qu’elle soit accompagnée par Joseph, Marie est seule face à un vide qui paraît insoutenable. C’est dans ce silence qu’elle va rencontrer le Dieu enfant qui grandit en elle.
J’aime ce qu’écrit Bruno Jean Rutival [2] :
« Pour écouter il faut se taire. (…) Pour arriver à ce silence, condition essentielle de toute vie intérieure, que de chemins à parcourir! (…) La pénombre agrandit le silence. C’est dans cette économie de paroles inutiles, dans cette fragilité de lumière, que le silence monastique s’apprend. Un silence gagné sur le vacarme du monde; alors, la voix de l’homme (et de la femme) se redresse et monte, pure, vers Dieu – dans un silence visible, habité; et Dieu, quelques fois répond… »
Il ajoute : « Il n’est pas simple de reconnaître le silence lumineux. Très peu de choses le différencient de la taciturnité. Ce silence est un murmure presque imperceptible; il n’est pas facile de l’entendre, il l’est encore moins de l’écouter et de s’en imprégner. Pour le comprendre, il faudrait du bruit, des sons, de la musique, Là, on peut appréhender le bruit car il est parole, il est histoire, il peut devenir concerto mais alors, dans ce vacarme, comment ne pas s’enfuir, comment ne pas rechercher un silence absolu, acceptable, définitif? »
Et il ajoute enfin : « On sait qu’il est difficile d’entendre les mots s’il y a du bruit; alors, dans le silence… Dans le silence, il n’y a plus de mots, plus de sons, plus de concertos, plus de bruissements d’ailes de libellules ou de jacassements d’oiseaux : On est seul face à un vide qui paraît insoutenable. C’est dans ce silence que l’on va, peut-être, rencontrer Dieu, se rencontrer. »
Et c’est inévitablement, selon moi, ce qui est arrivé à Marie dans le silence de la route et dans celui de la nuit avant que surgisse la Lumière, l’enfant-dieu.
Jésus « nous portons vers toi, comme un appel, l’espoir des hommes d’aujourd’hui. Mûris le temps, hâte le jour. Et que lève sur terre ton Royaume ! » [3]
En ce jour, je fais mienne cette parole de saint Padre Pio : « Noël est chargé d’une tendresse, d’une douceur d’enfant qui me va droit au cœur. »[4]
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[1] « En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » » (Lc 2, 1-14)
[2] En collaboration, Val Notre-Dame – L’abbaye dans le bois, Mediaspaul, 2017
[3] Hymne « Tu es venu Seigneur », Laudes, jeudi, 33ème semaine du Temps Ordinaire, Année Impaire
[4] Padre Pio de Pietrelcina. Une pensée par jour, Médiaspaul, 1991
PAROLE ET VIE SPÉCIAL NOEL avec Roland Leclerc No 11 (1993) - En rappel
Émission de télévision Parole et Vie animée par Roland Leclerc No 11 (1993).
SPÉCIAL NOEL
Au programme:
1- La chronique biblique de Bertrand Ouellet: La visite des mages a Bethléem;
2- Les Œuvres du Toit de Bethléem, a Montréal;
3- La crèche du Vieux Port de Montréal;
4-La Maison du Père, a Montréal. Invités: Père Sylvio Michaud et frère Denis Gilbert, Trinitaires;
5- Les moines cisterciens de Rougemont chantent;
6- Le père Benoit Lacroix (Joachim Lacroix de son vrai nom) parle de l'étable de Noel;
7-Le Père Noel du Complexe Desjardins;
8- La chronique Pour une foi qu'on se parle animée par Yvon Cousineau. Une table ronde avec 6 jeunes: La préparation a Noel;
9- Le comédien Paul Buissonneau lit un extrait de la bible.
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Tiré de: P049 Parole et Vie Ep 11 (Fonds Benoit Voyer)
Société d'histoire de la Haute-Yamaska, a Granby
LE PRÉSENT DU PASSÉ: L'histoire de Partage de Sœur Marie-Reine
Benoît Voyer
Après avoir enseigné la chimie dans un collège un peu bourgeois, sœur Marie-Reine Beaudry de la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe, s'est retrouvée, en 1983, dans le monde étrange de la pauvreté: celui des jeunes que la vie a maltraités, qui, pour oublier leur vide intérieur, s'adonnent à la drogue, à l'alcool et laisse le sexe prendre le pas sur leur capacité d'aimer.
«Ce dont ces jeunes ont besoin, c'est d'être traités en personne à part entière. Ils ont besoin de se savoir aimés pour eux-mêmes, pour la valeur qu'ils représentent comme hommes, comme femmes, pas seulement comme valeur marchande, comme potentiel de production ... », dit ce bout de religieuse au regard rieur et rempli d'émotions.
Partage Notre-Dame, la soupe populaire du petit centre-ville de Granby, est né le 2 mai 1983 grâce à l'ingénieuse idée de Lise Robitaille et de Caroline Choinière, des femmes assistées sociales, qui voyaient autour d'elles un urgent besoin.
Parti de rien, le Partage accueille quotidiennement jusqu'à 125 personnes. « Fais attention de ne pas trop mettre l'accent sur moi, car le projet est né du milieu. Lise et Caroline m'ont confié leur désir de servir des repas aux plus mal pris qu'elles. Je n'ai fait que les appuyer et les soutenir », confie l'humble octogénaire originaire de Saint-Marc-sur-Richelieu.
Elle s'était également exprimée de la sorte, en 1984, à l'occasion du premier anniversaire de l'œuvre: « Je n'ai presque rien fait pour ça ... Ce sont les bénéficiaires, les bénévoles, tous de l'aide sociale d'ailleurs, qui ont permis que le Partage survive et rende service aux plus démunis ». Pourtant, pendant de nombreuses années, c'est elle qui a veillé à ce que la cuisine soit approvisionnée, qui a quêté auprès de commanditaires pain, viande, légumes et produits laitiers et, quand cela a été nécessaire, a intercédé auprès des curés et du conseil de fabrique.
« Cela dépasse mon pouvoir. Allez voir le curé! », avait-elle lancé aux deux femmes. C'est ce qu'elles ont fait sans tarder.
« Regroupez 10 à 15 personnes qui pensent comme vous et revenez, mardi prochain, nous dire comment vous allez mettre votre projet en marche », avait conclu l'abbé Roland Pelletier.
«Elles ont donné suite! Tout était pensé et prévu», se souvient avec nostalgie la bonne sœur. «Elles ont même choisi le nom de l'organisme et sa patronne. Je voulais que le service soit gratuit, mais elles ont insisté pour que chaque dîneur paie 1$ à titre de contribution», ajoute-t-elle.
Rapidement se joignent au projet de nombreuses personnes: Pierre Plante, François Tétreault, Gilles Laplante, Reynald Perrault, Jeanne Labrecque, Sylvain, Blanchard, Yves Caouette, Chantal Auclair, Daniel Préfontaine, Fernand Viens, Lionel Chartrand, Nicole Dion, Bertrand Bussière et plusieurs autres.
La cuisine et la salle du bingo du sous-sol de l'église Notre-Dame étaient l'endroit tout indiqué pour le Partage. Depuis 1983, il n'a pas bougé.
Maurice Laplante devint le premier pourvoyeur de l'œuvre. Sa mission consistait à contacter les organismes de la région et les commerçants pour leur demander des dons en argent et en nourriture. L'équipe le baptisa du surnom de « ministre des affaires extérieurs ». Maurice était tellement heureux de cela qu'il épingla ce surnom sur son veston.
Alphonse Martin est chargé, à chaque semaine, de faire la cueillette des victuailles promises. Il sera succédé par Rachel Choinière.
Sœur Marie-Reine Beaudry, agente de pastorale à la paroisse, assume la correspondance, la comptabilité, le soutien et l'accompagnement des équipes. « Le vent de l'Esprit saint a traversé les rues de la ville de Granby et des localités environnantes. C'était vraiment touchant! C'est encore comme cela aujourd'hui!», ajoute-t-elle.
Elle aime se rappeler cette phrase du bienheureux Louis-Zéphirin Moreau, 4e évêque du diocèse de St-Hyacinthe, lors de la fondation de sa communauté religieuse, en 1877: « Si Dieu veut que l'œuvre dure, il vous enverra au jour le jour ce dont vous avez besoin ».
Il n'y a rien de parfait, même dans les œuvres nourries de vertus chrétiennes. Des difficultés et des conflits sont apparus et des erreurs ont été commises. Au départ, une série d'équipes instables se sont succédé, jusqu'à l'arrivée de Jeannine Carrier-Tremblay.
Malgré les épreuves, elles ont tenu le coup. À maintes reprises, elles ont manifesté leur fierté et leur joie d'avoir une place bien à eux dans la société.
À l'occasion du 1er anniversaire du Partage, François Rivard avait organisé tout un plat pour sœur Marie-Reine: présence de Paul-O. Trépanier, architecte et maire de Granby; plaque de reconnaissance; hommages écrits de personnalités importantes dont Pierre-Elliot Trudeau, Brian Mulroney, Jean Lapierre et Roger Paré...
« Le Partage Notre-Dame a révélé à la belle et fière ville de Granby la présence de personnes écrasées par des difficultés. Je me souviens de Horace Boivin qui a grandement contribué au développement de Granby « Quoi! Il y a des pauvres à Granby?» Je venais d'attaquer sa fierté », raconte sœur Marie-Reine Beaudry.
L'expérience de Jeannot Tremblay
« Le Partage Notre-Dame a été pour Jeannot une nouvelle raison de vivre après une vingtaine d'années d'intense solitude suite au départ de son mari qui l'a laissée tomber pour une plus jeune femme. Sa souffrance intérieure était tellement grande que ses humeurs étaient affectées. La mission auprès des pauvres l'a transformée » se souvient-elle de cette femme.
Aux dîners réguliers s'est ajouté la fête de Noël. Le nombre de participants est passé graduellement de 100 à 500 personnes.
En décembre 1993, Jeannot Tremblay est décorée du titre de personnalité du mois par la Voix de l'Est, le plus petit quotidien francophone d'Amérique. En février 1995, c'est au tour de sœur Marie-Reine Beaudry de recevoir la même distinction.
En 1995, terrassée par le cancer, Jeannine Carrier-Tremblay doit laisser à contrecœur la direction du Partage Notre-Dame. Roger Jodoin, le curé de la paroisse fait appel au service de sœur Marie-Reine qui vit retirée. Elle décède en août 1996.
En 1997, la Pastorale sociale du diocèse de St-Hyacinthe accorde le Prix Monseigneur Langevin au Partage Notre-Dame.
Le grain enterré en terre
« Le Partage, c'est le grain de sénevé déposé en terre par de jeunes assistés sociaux et qui a produit un grand arbre », témoigne la sympathique consacrée aux yeux bleus et aux cheveux blancs.
La bouffe c'est une affaire, mais ce n'est pas cela qui est le plus important au Partage Notre-Dame de Granby: « Ce n'est pas tant de les nourrir physiquement qui est important, mais de leur apprendre qui ils sont, leur faire prendre conscience de l'importance de leur participation à l'élaboration de demain ... », conclut sœur Marie-Reine Beaudry.
(Revue Sainte Anne, juin 1999, page 247)
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