VISION CATHOLIQUE: Frère François Garon (1958-2012)
Par Benoit Voyer
11 janvier 2026
J’ai connu les Franciscains de l’Emmanuel il y a de nombreuses années. C’était en 1992. Les frères Denis Lévesque et François Garon habitaient un pauvre petit chalet, pour ne pas dire une cabane, dans un boisé de Roxton Pond, pas très loin de Granby.
Étant à la recherche d’une bonne histoire inspirante à raconter aux lecteurs de la Revue Notre-Dame-du-Cap, je me suis invité dans leur humble bicotte. À partir de ce jour, et pendant quelques années, je les côtoierai. J’écrirai quelques articles à leur sujet.
Ces franciscains réformés veulent être les plus pauvres parmi les pauvres, vivre de la radicalité de l’Évangile et devenir des saints. Rien de moins.
Leur mode de vie est exigeant. Personnellement, je n’aurais en rien été capable de le vivre.
Rapidement, au fil de mon premier échange avec eux, je me rends compte que le frère François vit une expérience spirituelle proche de celle des mystiques de l’histoire du christianisme. Devant moi, je reconnais un homme d’ascèse à la foi chrétienne exemplaire.
Après un long séjour dans la secte américaine des maoïstes, François est revenu à la foi chrétienne durant une visite du pape aux États-Unis. Sa vie ne sera plus jamais la même après qu'il a entendu Jean-Paul II et prié auprès de lui.
Ainsi donc, à Roxton Pond, les deux hommes vivent une aventure particulière. Ils sont en contact avec la nature, s’intériorisent, prient beaucoup ensemble et partagent leurs idées. En plus de vivre une expérience de foi, leur amitié se scelle.
Leur travail se fait surtout auprès des jeunes. D’ailleurs. François sera pendant un certain temps animateur à la vie spirituelle au Cégep de Granby.
De 1994 à 1997, les deux religieux demeurent dans le Bronx newyorkais. Ils travaillent avec les Franciscains du renouveau. Ils songent même à se joindre officiellement à eux, mais…
À l’été 1997, ils reviennent au Canada. Ils font un passage à Granby et s’établissent finalement à Montréal, dans le secteur de Verdun.
Pour François, ce que Dieu veut est qu’on lui ouvre son cœur, qu'on accepte de faire un pas avec lui et qu'on le laisse prendre une petite place dans sa vie.
À l’été 1997, il me dit : « Notre humanité nous oriente vers Dieu si on la redécouvre, si on la connaît, si on l’accueille. Si on la rejette parce qu’on se réfugie dans toutes sortes de choses, on s’éloigne des chemins qui mènent à Dieu. »[1]
Il m’explique aussi que la rencontre de Dieu est toujours une expérience humanisante, une expérience qui rend plus humain et plus proche de Dieu : « C’est dans notre humanité que nous trouvons les traces de Dieu et que nous trouvons Dieu. »
Né le 27 décembre 1958, François Garon est décédé le 12 janvier 2002 au Cameroun, où il a dirigé l’aile africaine des Franciscains de l’Emmanuel.
____________________
[1] Cf. Benoit Voyer. L’homme prie Dieu, Dieu prie l’homme, bulletin Trinité, septembre 1997, p. 1. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/07/il-etait-une-fois-dans-les-medias_0425693902.html
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Bernard Voyer, explorateur
Bernard Voyer, explorateur
Par Benoît Voyer
« Même s'il est petit, l'être humain est capable de grandes choses ! », confie l'explorateur Bernard Voyer à la Revue Sainte Anne.
Passionné d'aventures, ce Canadien a parcouru le monde pour répondre à sa soif d'aventures et à ses questions ; En 1989, il traverse le désert du Sahara dans le Grand Erg occidental ; En 1993, il est le premier Canadien à se rendre au pôle Nord magnétique en ski ; En 1994, il rejoint à ski le pôle Nord géographique par la Sibérie, en partant d'une base scientifique dérivante ; En 1995, il est le premier Canadien à traverser à ski le Groenland sur une distance de 650 km d'est en ouest. Il réalise des communications téléphoniques par satellite ; En 1996, avec Thierry Pétry, il traverse l'Arctique et atteint le pôle Sud à ski en totale autonomie le 12 janvier, à 10 h 47. Il parcourt 1 500 km en 65 jours avec une charge de 170 kg à tirer ; Le 5 mai 1999, il réussit l'ascension de l'Everest, à 8848 mètres. Il s'agit de la plus haute montagne de la Terre ; il y a quelques semaines, il arrivait d'un voyage en Indonésie où il était parti à la découverte d'une des dernières tribus de la planète. Et il a encore des projets.
« J'ai eu un appel : si tu veux être heureux, si tu veux te réaliser, c'est là-dedans ! », explique-t-il. Cette voix qu'il a entendue ressemble beaucoup à celle d'Abraham, il y a plusieurs siècles : « Va, quitte ton pays… »
La spiritualité
Même s'il ne se considère pas très religieux, Bernard Voyer n'hésite pas à parler de sa quête spirituelle.
« Tous les êtres humains sont de grands spirituels. On a tous un petit jardin en soi, mais il y a plein de gens qui ne le visitent pas. C'est une question de choix », dit-il.
Pour lui, la spiritualité est toute la partie au fond de soi qui n'est pas toujours clairement explicable et celle-ci n'a rien à voir avec une croyance en un Dieu ou la foi en une philosophie.
« La spiritualité est le côté inexplicable de la vie. Plusieurs personnes refusent de s'y rendre. Pourquoi ? Parce que, dans notre société, on s'est donné comme défi de tout comprendre. C'est normal ! C'est le propre de l'intelligence ! Si on est intelligent, on veut comprendre ce qui nous entoure, on veut répondre à toutes les questions qui commencent par pourquoi. On se donne des moyens, on informatise, on cherche… On a besoin de comprendre, mais il y a une partie que l'humain doit accepter de ne jamais comprendre », explique ce Montréalais dont le quartier général est situé sur la rue Cherrier en plein Carré Saint-Louis.
Les questions qui restent sans réponse pour l'être humain sont nombreuses : Pourquoi tant de races humaines ? Pourquoi n'est-on pas tous pareils ? Pourquoi naît-on ici et non ailleurs ? Pourquoi avons-nous juste deux jambes et deux bras ? Pourquoi y a-t-il une quête spirituelle dans l'âme humaine ? Pourquoi lève-t-on les yeux vers le ciel ? Pourquoi l'homme et la femme prient ? Pourquoi parler à quelqu'un qui n'existe pas en chair et en os, qui n'a jamais été vu, qui n'a jamais été rencontré et qui, dit-on, a plusieurs formes ? Toutes ces questions appartiennent au mystère de la vie humaine.
« Mais nous n'avons pas les réponses ! Nous avons des réponses ! Mais est-ce que ce sont les bonnes ? J'arrive d'un voyage à Bali, en Indonésie, où l'hindouisme est la principale religion. Est-ce que ce sont eux qui ont raison ou est-ce que c'est moi ? Je serais assez prétentieux pour dire que c'est moi qui ai raison ! Mais ils font des choses aberrantes ! Mais nous aussi ! Qui a raison dans la spiritualité ? C'est bien que personne n'ait raison et que tous aient raison ! Chacun sa couleur. Est-ce que toutes les fleurs ont les mêmes coloris ? Est-ce que le vent vient toujours du même sens ? Est-ce que toutes les montagnes se ressemblent ? Est-ce que tous les lacs ont la même forme ? C'est différent ! Alors, pourquoi toute la croyance serait la même ? », questionne-t-il.
Pour lui, ce qui fait la beauté de la vie est que les humains ne se ressemblent pas ; ils n'ont pas tous la même couleur d'âme. Chaque personne a ses propres tempêtes, vents et hivers. La spiritualité prend la teinte que l'homme et la femme veulent bien lui donner. Chaque personne est différente et a sa propre intériorité. C'est peut-être pour cette raison qu'il est tant difficile de parler de ce sujet.
Un peu plus haut, un peu plus loin…
« Nous ne sommes pas grand-chose ! », s'exclame-t-il.
Lorsqu'il a mis les pieds à la base de l'Everest, il ne se sentait pas tellement gros devant le géant. Il a souvent vécu cette sensation de petitesse devant les éléments de la nature.
« C’est une dualité : nous ne sommes pas grand-chose et nous sommes très puissants, c'est-à-dire que ces grandes montagnes, nous pouvons nous entendre pour les protéger et nous sommes capables de les escalader ! Imaginez une photographie aérienne où nous voyons sur l'Himalaya un grimpeur. C'est un tout petit point comparativement à la montagne ! Ce petit point noir est capable de réfléchir, il a des jambes, des bras, un petit système de chaleur – nous sommes minuscules à l'échelle planétaire ! – et est capable de monter sur les plus hautes montagnes du monde. C'est fabuleux ! Il est capable de traverser l'océan. Il est gros comme une crotte de nez et il est capable d'aller dans l'espace… C'est incroyable ! », s'exclame encore l'explorateur en disant que c'est cela qui nourrit sa spiritualité.
Pour gravir une haute montagne ou affronter les pires obstacles du globe, il faut avoir beaucoup d'humilité parce que la nature est plus forte que le petit point noir qu'est l'humain.
Une prière sur l'Everest
Bernard Voyer prie. Il se souvient avoir salué son défunt père sur le sommet de l'Everest. Il se disait que de son vivant il ne pourrait pas être aussi près de lui puisqu'il touchait le ciel, sur le plus haut sommet de la terre. Il lui a dit bonjour et lui a parlé quelques instants à haute voix.
Sens de sa vie
Le sentier inconnu est ce qui ressemble le plus à ce qu'il est en lui. En parcourant les lieux éloignés de la civilisation, il apprend à se comprendre et à savoir qui il est. Il croit trouver les réponses au sommet des montagnes, au milieu des tempêtes et dans ses expéditions. C'est sa voie. D'autres personnes répondront à ces interrogations existentielles en étant ébéniste ou programmeur en informatique. Il se qualifie de chercheur.
« Je fais des courses au trésor, comme lorsque j'étais enfant. J'aimais beaucoup ce jeu ! J'ai décidé de faire cela toute ma vie. La vie est comme une course au trésor. C'est cela mon véritable sens de l'existence : trouver le fameux trésor… » Mais qu'est-ce que le trésor ? Il répond sans tarder que « le trésor… c'est de chercher le trésor. Plus la course est longue, plus nous avons de plaisir. Il faut trouver des indices et… que les étapes soient réconfortantes… Les choses les plus importantes dans la vie ne sont pas de naître et de mourir ! C'est ce que nous faisons entre les deux… »
C'est en cherchant que l'humain apprend à devenir fort en lui et qu'il réalise de grandes choses. C'est le secret pour nourrir une saine spiritualité : explorer le monde en jouant à la chasse au trésor.
« Nous ne sommes pas grand-chose! »
Par Benoît Voyer
« Même s'il est petit, l'être humain est capable de grandes choses ! », confie l'explorateur Bernard Voyer à la Revue Sainte Anne.
Passionné d'aventures, ce Canadien a parcouru le monde pour répondre à sa soif d'aventures et à ses questions ; En 1989, il traverse le désert du Sahara dans le Grand Erg occidental ; En 1993, il est le premier Canadien à se rendre au pôle Nord magnétique en ski ; En 1994, il rejoint à ski le pôle Nord géographique par la Sibérie, en partant d'une base scientifique dérivante ; En 1995, il est le premier Canadien à traverser à ski le Groenland sur une distance de 650 km d'est en ouest. Il réalise des communications téléphoniques par satellite ; En 1996, avec Thierry Pétry, il traverse l'Arctique et atteint le pôle Sud à ski en totale autonomie le 12 janvier, à 10 h 47. Il parcourt 1 500 km en 65 jours avec une charge de 170 kg à tirer ; Le 5 mai 1999, il réussit l'ascension de l'Everest, à 8848 mètres. Il s'agit de la plus haute montagne de la Terre ; il y a quelques semaines, il arrivait d'un voyage en Indonésie où il était parti à la découverte d'une des dernières tribus de la planète. Et il a encore des projets.
« J'ai eu un appel : si tu veux être heureux, si tu veux te réaliser, c'est là-dedans ! », explique-t-il. Cette voix qu'il a entendue ressemble beaucoup à celle d'Abraham, il y a plusieurs siècles : « Va, quitte ton pays… »
La spiritualité
Même s'il ne se considère pas très religieux, Bernard Voyer n'hésite pas à parler de sa quête spirituelle.
« Tous les êtres humains sont de grands spirituels. On a tous un petit jardin en soi, mais il y a plein de gens qui ne le visitent pas. C'est une question de choix », dit-il.
Pour lui, la spiritualité est toute la partie au fond de soi qui n'est pas toujours clairement explicable et celle-ci n'a rien à voir avec une croyance en un Dieu ou la foi en une philosophie.
« La spiritualité est le côté inexplicable de la vie. Plusieurs personnes refusent de s'y rendre. Pourquoi ? Parce que, dans notre société, on s'est donné comme défi de tout comprendre. C'est normal ! C'est le propre de l'intelligence ! Si on est intelligent, on veut comprendre ce qui nous entoure, on veut répondre à toutes les questions qui commencent par pourquoi. On se donne des moyens, on informatise, on cherche… On a besoin de comprendre, mais il y a une partie que l'humain doit accepter de ne jamais comprendre », explique ce Montréalais dont le quartier général est situé sur la rue Cherrier en plein Carré Saint-Louis.
Les questions qui restent sans réponse pour l'être humain sont nombreuses : Pourquoi tant de races humaines ? Pourquoi n'est-on pas tous pareils ? Pourquoi naît-on ici et non ailleurs ? Pourquoi avons-nous juste deux jambes et deux bras ? Pourquoi y a-t-il une quête spirituelle dans l'âme humaine ? Pourquoi lève-t-on les yeux vers le ciel ? Pourquoi l'homme et la femme prient ? Pourquoi parler à quelqu'un qui n'existe pas en chair et en os, qui n'a jamais été vu, qui n'a jamais été rencontré et qui, dit-on, a plusieurs formes ? Toutes ces questions appartiennent au mystère de la vie humaine.
« Mais nous n'avons pas les réponses ! Nous avons des réponses ! Mais est-ce que ce sont les bonnes ? J'arrive d'un voyage à Bali, en Indonésie, où l'hindouisme est la principale religion. Est-ce que ce sont eux qui ont raison ou est-ce que c'est moi ? Je serais assez prétentieux pour dire que c'est moi qui ai raison ! Mais ils font des choses aberrantes ! Mais nous aussi ! Qui a raison dans la spiritualité ? C'est bien que personne n'ait raison et que tous aient raison ! Chacun sa couleur. Est-ce que toutes les fleurs ont les mêmes coloris ? Est-ce que le vent vient toujours du même sens ? Est-ce que toutes les montagnes se ressemblent ? Est-ce que tous les lacs ont la même forme ? C'est différent ! Alors, pourquoi toute la croyance serait la même ? », questionne-t-il.
Pour lui, ce qui fait la beauté de la vie est que les humains ne se ressemblent pas ; ils n'ont pas tous la même couleur d'âme. Chaque personne a ses propres tempêtes, vents et hivers. La spiritualité prend la teinte que l'homme et la femme veulent bien lui donner. Chaque personne est différente et a sa propre intériorité. C'est peut-être pour cette raison qu'il est tant difficile de parler de ce sujet.
Un peu plus haut, un peu plus loin…
« Nous ne sommes pas grand-chose ! », s'exclame-t-il.
Lorsqu'il a mis les pieds à la base de l'Everest, il ne se sentait pas tellement gros devant le géant. Il a souvent vécu cette sensation de petitesse devant les éléments de la nature.
« C’est une dualité : nous ne sommes pas grand-chose et nous sommes très puissants, c'est-à-dire que ces grandes montagnes, nous pouvons nous entendre pour les protéger et nous sommes capables de les escalader ! Imaginez une photographie aérienne où nous voyons sur l'Himalaya un grimpeur. C'est un tout petit point comparativement à la montagne ! Ce petit point noir est capable de réfléchir, il a des jambes, des bras, un petit système de chaleur – nous sommes minuscules à l'échelle planétaire ! – et est capable de monter sur les plus hautes montagnes du monde. C'est fabuleux ! Il est capable de traverser l'océan. Il est gros comme une crotte de nez et il est capable d'aller dans l'espace… C'est incroyable ! », s'exclame encore l'explorateur en disant que c'est cela qui nourrit sa spiritualité.
Pour gravir une haute montagne ou affronter les pires obstacles du globe, il faut avoir beaucoup d'humilité parce que la nature est plus forte que le petit point noir qu'est l'humain.
Une prière sur l'Everest
Bernard Voyer prie. Il se souvient avoir salué son défunt père sur le sommet de l'Everest. Il se disait que de son vivant il ne pourrait pas être aussi près de lui puisqu'il touchait le ciel, sur le plus haut sommet de la terre. Il lui a dit bonjour et lui a parlé quelques instants à haute voix.
Sens de sa vie
Le sentier inconnu est ce qui ressemble le plus à ce qu'il est en lui. En parcourant les lieux éloignés de la civilisation, il apprend à se comprendre et à savoir qui il est. Il croit trouver les réponses au sommet des montagnes, au milieu des tempêtes et dans ses expéditions. C'est sa voie. D'autres personnes répondront à ces interrogations existentielles en étant ébéniste ou programmeur en informatique. Il se qualifie de chercheur.
« Je fais des courses au trésor, comme lorsque j'étais enfant. J'aimais beaucoup ce jeu ! J'ai décidé de faire cela toute ma vie. La vie est comme une course au trésor. C'est cela mon véritable sens de l'existence : trouver le fameux trésor… » Mais qu'est-ce que le trésor ? Il répond sans tarder que « le trésor… c'est de chercher le trésor. Plus la course est longue, plus nous avons de plaisir. Il faut trouver des indices et… que les étapes soient réconfortantes… Les choses les plus importantes dans la vie ne sont pas de naître et de mourir ! C'est ce que nous faisons entre les deux… »
C'est en cherchant que l'humain apprend à devenir fort en lui et qu'il réalise de grandes choses. C'est le secret pour nourrir une saine spiritualité : explorer le monde en jouant à la chasse au trésor.
(Revue Sainte Anne, novembre 2000, pages 439 et 478)
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