LE PRÉSENT DU PASSÉ: Rock'n'none made in Granby, P.Q.
Ils ont des voix célestes, mais ils ne sont pas tous des anges ! Ils ne sont pas tous très religieux, mais ils vibrent en chantant de la musique « gospel ». Comme bien des adolescents, plusieurs ont l'air antisociaux, mais ils ont tous un grand sens de la fraternité ! Ce « gang » de jeunes de 15 à 22 ans vit en parfaite harmonie. À les entendre, on se croirait dans une scène du film Rock'n'None.
Le chœur Cantamus de Granby a été fondé par Jean-Luc Hébert, un musicien professionnel. L'idée est venue lors d'un voyage dans les Alpes, en Suisse, en 1996.
« J'ai des amis là-bas, dont une travaille avec une chorale de jeunes. Un soir, je suis allé assister à une pratique musicale. Dans ce village de 2000 habitants, il y avait une trentaine de jeunes qui chantaient. Ils étaient très impressionnés de rencontrer un musicien du pays de Céline Dion ! Moi aussi, j'ai été impressionné de les voir et de les entendre ! J'ai demandé à Mireille : « Coup donc ! C'est spécial ! » Elle m'a expliqué que, dans son pays, chaque village a son chœur de jeunes », raconte Jean-Luc Hébert.
Il ne tarde pas à se poser la question : « Si un petit village comme celui-ci peut avoir un chœur de jeunes, pourquoi n'y en a-t-il pas un à Granby ? » À son retour au Canada, il en glisse notamment un mot à l'abbé Gérald Ouellette, curé de la paroisse catholique Saint-Joseph.
Le goût de démarrer le chœur « gospel » reste en lui tout l'hiver 1996. À l'été 1997, il repart en Europe. À son retour, son ami prêtre lui présente Lise Roy, agente de pastorale : « Je ne voyais pas comment je réaliserais un tel projet seul. Je suis content qu'elle soit venue m'aider. On a pas mal parti le groupe ensemble ! », ajoute-t-il.
Jean-Luc Hébert devient l'âme musicale de la chorale qui va de succès en succès où elle passe. Lise Roy s'occupe de la partie logistique et, surtout, d'animer la vie communautaire du clan.
Le recrutement débute à l'automne 1997 dans les écoles. « Gérald a fait venir un « chœur » gospel à sa paroisse et a dit aux paroissiens : « Je vais prendre les noms de ceux qui aimeraient faire partie d'une chorale comme celle-là. Il y a eu une dizaine d'inscriptions », se souvient Lise Roy.
À Noël 1997, le chœur fait sa première représentation lors des messes de Noël à Saint-Joseph. Le groupe comprenait six membres. Il en compte aujourd'hui une vingtaine. Depuis 1997, il n'y a pas de campagne de recrutement. Les nouveaux membres se sont joints à cause du bouche à oreille et du site Internet.
Le répertoire du Chœur Cantamus est composé de certaines pièces francophones, mais également des grands classiques du répertoire « gospel » américain, comme « Oh Happy Day », « I Will Follow Him » et « Hail Holy Queen ».
Une famille
Comment font-ils pour garder les jeunes dans la chorale ? Peu de jeunes ont quitté ces derniers mois. Ou, s'ils s'en vont, la plupart du temps, ils reviennent à la première occasion.
« C'est qu'il faut aller plus loin que le simple fait de chanter ! Il faut que les jeunes vivent quelque chose. Dans le chœur ce ne sont pas tous des jeunes qui ont une énorme foi. Il y en a qui sont juste là pour chanter. Et, au fil du temps, ils découvrent autre chose… Au départ, il y a des jeunes qui ne connaissent même pas leur « Notre Père », explique l'énergique femme au milieu de la trentaine. Elle dit aussi qu'il faut que Jean-Luc Hébert et elle soient authentiques et vrais.
Jean-Luc Hébert ajoute : « Il faut aussi montrer qu'il va falloir faire des efforts pour se rendre quelque part. Au début, lors de l'apprentissage de pièces anglophones, il y avait une fille qui a lancé son cartable par terre et s'est mise à pleurer en disant : « Je ne suis pas capable. » Je lui ai répondu doucement : « Écoute, on va aller plus tranquillement… »
Les adolescents et les jeunes adultes restent, également, parce que des liens ont été créés entre eux. Ils ne se rassemblent pas juste pour chanter. Ils font aussi des activités sociales. C'est une façon d'apprendre à se connaître.
« Pour la rentrée, nous avons fait un party hot dogs. Cela n'a pas rapport avec le « gospel » ! Mais… il y a quand même un peu de musique autour du feu de camp. C'est céleste ! C'est cela l'esprit de gang ! » conclut Lise Roy.
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, mars 2001, page 130)
S'abonner à :
Commentaires (Atom)
