10 janvier 2026

SANTÉ MENTALE ET ITINÉRANCE: Des détecteurs de métal a l’entrée d’un hôpital montréalais


Des détecteurs de métal a l’entrée d’un hôpital montréalais

Par Benoit Voyer

10 janvier 2026

À l’hôpital Notre-Dame, à Montréal, les patients doivent maintenant traverser un détecteur de métal et permettre aux agents de sécurité de fouiller leurs sacs. À cela s’ajoutent des boutons d’alerte à la cafétéria et des gardiens de sécurité aux entrées.

La mesure a été mise en place dans les dernières semaines à cause des craintes suscitées par la présence accrue d’itinérants et de toxicomanes aux comportements violents et imprévisibles à cause de troubles en santé mentale. Plusieurs d’entre eux ont été retrouvés couchés dans les cages d’escaliers ou en possession d’armes à feu, de couteaux et d'autres objets pouvant mettre à risque la sécurité du public et du personnel. D’autres sont même allés jusqu’à se droguer par injection devant tout le monde ou dans les toilettes de l’institution.

Le 26 novembre, je me montrais inquiet quant à la sécurité des membres du personnel dans les unités psychiatriques. J’indiquais qu’il faut installer des détecteurs de métal à l’entrée de ces départements et rehausser la sécurité.[1] A ce moment, j’aurais pu indiquer que les mesures de contrôle pourraient être également instaurées à l’entrée de tous les hôpitaux du Québec.
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[1] Benoit Voyer. « On doit resserrer les procédures de contrôle à l’entrée des unités psychiatriques », Benoit Voyer en liberté, 26 novembre 2025. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/11/sante-mentale-on-doit-resserrer-les.html

EN LIBERTÉ: Le 24 juillet 1967 un général était à Montréal


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Paolo Noel no 10


VISION CATHOLIQUE: Sainte Marguerite Bourgeoys

Marguerite Bourgeoys [a]
Sainte Marguerite Bourgeoys

Par Benoit Voyer

10 janvier 2026

Marguerite Bourgeoys est née à Troyes (France), le vendredi saint 17 avril 1620.

Le 7 octobre 1640, à l'abbaye Notre-Dame de Nonnains, Marguerite, 20 ans, vit une expérience spirituelle intense. Sa vie changera du tout pour le Tout. Durant la procession religieuse, elle abandonne ses frivolités de jeunesse. Sa vie ne sera plus jamais la même.

Abbaye Notre-Dame de Nonnais
Un jour, Marguerite écrit : « Je me suis donnée à Dieu en 1640. Quelques années après, j’ai fait le vœu de chasteté, par l’avis de mon confesseur, et peu après, j’ai fait pauvreté et ces deux vœux, avec tout le zèle et toute la perfection qui m’a été possible et une résolution de les garder toute ma vie, sans avoir jamais eu une pensée contraire. »[1]

Elle rencontre Louise Chomedey, une religieuse de la congrégation de Notre-Dame de Troyes et directrice d’une communauté externe de femmes.


Marguerite prend la tête d’un groupe de jeunes femmes laïques associées à la congrégation. Celles-ci enseignent aux enfants pauvres de Troyes. Rapidement, elle est reconnue pour son leadership et ses habiletés à rassembler des personnes autour d’une cause commune.


Louise est la sœur de Paul Chomedey, seigneur de Maisonneuve et gouverneur de Ville-Marie, en Nouvelle-France, la future ville de Montréal.

Lors d’un passage à Troyes, Paul demande à sa sœur religieuse de l’aider à trouver une enseignante pour la petite colonie qu’il dirige. Sans l’ombre d’un doute, elle lui suggère la jeune Marguerite en qui elle a une grande confiance. Il ne tarde pas à la rencontrer.

Elle racontera : « On a parlé du Canada et je m’y suis portée pour y aller, et mon confesseur, qui avait eu dessein de former une communauté pour honorer la vie que la sainte Vierge a menée étant sur terre, communauté dont il avait fait des règles approuvées à la Sorbonne de Paris, qui y avaient été présentées par Monsieur le Théologal de Troyes. Et quand le temps fut venu d’aller en Canada, mon confesseur me dit que ce que Dieu n’avait pas voulu, le voudrait peut-être à Montréal. Je crois qu’il avait eu connaissance de l’image envoyée par les religieuses de la congrégation. Je lui dis que j’étais seule, ce qui n’est pas communauté. Il me dit que mon bon ange, le sien et moi, c’était communauté. À quoi je répliquai qu’on m’avait refusé une compagne, qu’il fallait aller avec un gentilhomme que je n’avais jamais vu. Il me dit de mettre sous la conduite de Monsieur de Maisonneuve, comme sous la conduite d’un des premiers chevaliers de la chambre de la reine des anges, et que je m’en aille. Et j’eus quelque témoignage que la sainte Vierge agréait ce voyage. »[2]

Marguerite Bourgeoys, 33 ans, se joint aux recrues de 1653. Celles-ci doivent sauver Ville-Marie et sa cinquantaine d’habitants et les aider à se défendre des attaques des Iroquois. Cet équipage permettra de tripler la population du petit patelin.

De passage chez les Carmes, on lui fait douter de sa nouvelle vocation : « Et quand je fus à Nantes, j’allais à confesse aux Carmes. On écrit une lettre que, si je voulais être carmélite, que le provincial des Carmes, frère de Mademoiselle de Bellevue, où j’étais logée, me ferait mettre où je souhaiterais. Ce bon Carme presse fort là-dessus. J’écris à Paris, mais je n’en reçu point de réponse ; me voilà fort en peine. »[3]

Et puis, en s’arrêtant pour réfléchir et prier, tout s’éclaire : « Je vas aux Capucins, où je trouve le Saint-Sacrement exposé, et je reçus là une très grande force et une grande assurance qui fallait faire le voyage. »[4] […] J’ai eu quelque vue que notre Seigneur voulait que je fisse ce voyage. »[5]

Durant la traversée, elle devient l’infirmière de tous. Les gens se confient naturellement à elle.

La chapelle Notre-Dame de Bonsecours de nos jours
Dans sa nouvelle communauté de vie, Marguerite collabore de près avec le gouverneur et Jeanne Mance, l’administratrice de l’hôpital. Elle devient partenaire dans l’administration de la colonie.


Pour elle, il est évident que les femmes jouent un rôle important dans le développement de ce nouveau pays. Sans tarder, elle met sur pied des ateliers de travaux pratiques. Grâce à eux, les femmes peuvent acquérir des connaissances et des habiletés essentielles à leur situation.

Marguerite accueillera les « filles du roi ». Ces nouvelles venues permettront la naissance de nouveaux enfants et garantiront la survie et la croissance de la colonie. Elle vit avec elles, les prépare à leur nouveau rôle et les aide à trouver un mari.

En 1655, elle demande de l’aide pour la construction d’une chapelle de pèlerinage située à quelques pas du village. Elle n’abandonnera jamais son rêve, malgré les obstacles rencontrés sur son chemin, jusqu’à sa réalisation finale en 1678.

Marguerite Bouregoys, enseignante
En 1658, dans une étable, elle fonde la première école de Ville-Marie. Les enfants de la colonie y apprennent à lire, à calculer, à écrire et à découvrir la foi chrétienne. Parmi ceux-ci, figure fort probablement Jeanne Leber [6], la fille du riche commerçant Jacques Leber.


Marguerite porte une attention spéciale aux jeunes filles plus âgées. Elle enseigne à ses comparses féminines des compétences qui les prépareront à leurs responsabilités futures d’épouses et de mères.

Tout en faisant l'école, elle reçoit et accompagne les Filles du Roy, venues en Nouvelle-France pour y épouser des colons. Elle les prépare au mariage et les soutient dans la fondation des premières familles du pays.

En 1670 et 1671, durant son deuxième voyage en France, Marguerite met sa propre famille à contribution. Trois nièces orphelines, filles de sa sœur Marie Bourgeoys et d’Orson Soumillard, huissier à Troyes, la suivent en Nouvelle-France. Marguerite et Catherine entrent dans la congrégation de leur tante. La cadette, Louise, épouse François Fortin, un cordonnier originaire de Bretagne, et, à la suite de son décès, Jean-Baptiste Fleuricourt, un notaire. Trois des enfants de Louise perpétuent sa descendance jusqu’à nos jours.[7]

Marguerite recrute aussi d’autres jeunes femmes. Elles deviendront le noyau d’une communauté religieuse non cloîtrée, la congrégation Notre-Dame. L’affaire n’est pas bien vue des autorités ecclésiastiques. Ils n’approuvent pas ce genre de communauté religieuse. Malgré tout, Marguerite et ses sœurs persévèrent.

À 73 ans, Mgr de Saint-Vallier accepte sa démission comme supérieure de la congrégation et à 77 ans, elle écrit ses mémoires qui demeurent un témoignage historique et son testament spirituel.

La congrégation Notre-Dame sera finalement reconnue officiellement en 1698.

Son décès [8]
Durant la nuit du 31 décembre 1699 au 1ᵉʳ janvier 1700, les sœurs de la congrégation Notre-Dame de Montréal sont brusquement réveillées pour réciter les prières des agonisants au chevet de sœur Catherine Charly, leur jeune maîtresse des novices, gravement malade depuis quelque temps.

La fondatrice de la communauté religieuse, Marguerite Bourgeoys, bien portante malgré ses 79 ans avancés, lance spontanément en apprenant la nouvelle : « Ah ! Mon Dieu, que ne me prenez-vous, moi qui suis inutile à tout dans cette maison, plutôt que cette pauvre sœur qui peut y rendre encore de grands services ! » Surprise ! En quelques heures, sœur Catherine reprend du mieux. Elle est sauvée de la mort.

Le soir du 1ᵉʳ janvier 1700, Marguerite Bourgeoys commence une fièvre accompagnée de souffrances aiguës. Pendant douze jours, elle souffre effroyablement.

Voyant la maladie s'aggraver, une désolation envahit les religieuses. Malgré son purgatoire, la sainte vit dans l'allégresse. Elle le sait : l'heure de Dieu est arrivée, l'heure de son passage de vie à trépas.

Autour du lit, ses compagnes veillent. Rapidement, elle leur demande des cantiques (prières chantées). Dans la petite cellule glacée, les voix s'élèvent tremblantes pour chanter le ciel et Marie. Marguerite s'unit à ses filles malgré ses douleurs et son épuisement. Auprès d'elle, qui pleure à chaudes larmes, Catherine Charly revenue à la santé, comme par miracle.

Chapelle Notre-Dame de Bonsecours [b]
La fête des Rois se passe dans la tristesse. Le mardi 12 janvier 1700, peu après minuit, Marguerite Bourgeoys entre en agonie. Elle décède paisiblement vers 3 h, les deux mains croisées sur sa poitrine. Marguerite a 79 ans.


De nos jours, elle repose dans la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours, à Montréal.

Cette pionnière de Montréal et de la Nouvelle-France est canonisée en 1982. Elle est un modèle de vie chrétienne.

Sa mémoire liturgique est le 12 janvier.

Marguerite Bourgeoys en dix paroles

Notre pauvre nature humaine
« Mon expérience m’apprend que les aises du corps se prennent avec facilité, a quoi la nature s’accommode quelquefois avec quelques petits scrupules qui se passent en un moment, spécialement quand on s’y sent obligé par quelques paroles qui nous flattent… et par condescendance, mais après avoir été quelque temps dans cette vie molle et relâchée, s’il faut retourner à la petite vie, il faut de grands efforts et notre ennemi ne manque point de venir au secours de notre pauvre nature qui ne dit jamais : C’est assez; et ensuite, a des recherches inutiles et souvent nuisibles. »[9]

Le véritable amour de Dieu
« Je trouve qu’il y a plusieurs sortes d’amour parmi le monde : il y a l’amour des étrangers, des passants, des pauvres, des associés, des anges, des parents et des amants. Tous ces amours peuvent être bons ou indifférents. Il n’y a que celui d’amant qui pénètre le cœur de Dieu et à qui rien n’est refusé. […]

On aime les passants car ils apportent quelque gain; les pauvres a qui on donne le superflu; les associés, car leur perte nous est dommageable; les amis parce que leur conversation plait et est agréable; les parents, parce qu’on en reçoit du bien […]

Mais le véritable amour est celui d’amant qui se trouve rarement, car toute choses ne le touche : ni le bien, ni le mal, il donne la [sa] vie avec plaisir pour la chose aimée. Il ne connait point ses intérêts, ni même ses besoins. La maladie et la santé lui sont indifférentes; la prospérité ou l’adversité, la mort ou la vie, la consolation ou la sécheresse lui sont égales. »[10]

La prière du coeur
« Il me semble que l’on ne porte pas assez d’attention a la prière, car si elle ne part pas du cœur qui doit être son centre, elle n’est qu’un songe qui ne produit rien, car la prière doit être dans la pensée, la parole et l’exécution. On est donc obligé de s’exciter, autant que cela se peut, à faire réflexion sur ce qu’on demande ou promet; ce qui ne se fait point si l’on ne fait point d’attention à ses prières.»[11]

Dieu nous parle
« Dieu nous parle par les prédicateurs, les lectures, par toutes ses créatures et ses maximes, et il veut être écouté spécialement de ceux qu’il a reçus à son service, qui ne lui plaisent pas quand l’on s’entretient avec des pensées frivoles, avec ses inclinations ou ses bonnes amies, spécialement les matinées des jours de communion et la demi-heure du soir pour la préparation. Ce recueillement est très nécessaire après les récréations et je ne vois pas que cela s’observe.[12]

Aimer son prochain
« Dieu ne se contente pas que l’on conserve l’amour que l’on doit à son prochain, mais que l’on conserve le prochain dans l’amour qu’il nous doit porter. Il faut donc donner le manteau a qui veut avoir la robe, plutôt que de plaider »[13].

Le silence
« Le peu d’affection pour le silence tire à une vie molle et relâchée ».[14]

L’éducation des enfants
« Il est nécessaire de faire travailler les enfants a l’école et les pensionnaires. L’oisiveté est le moyen de les rendre libertines ».[15]

Les petites actions
« Notre bon Dieu se contente des petites vertus qui sont pratiquées pour son amour et il les relève, a proportion qu’elles sont exercées avec plus d’amour. Il faut donc que je tâche de faire tout pour son plus grand amour. »[16]

La communion
« Il m’a semblé que nous étions des charbons propres à faire du feu et la sainte communion était toute propre à nous allumer. Mais que ces charbons ne sont allumés que dans la superficie, aussitôt qu’ils sont écartés, ils s’éteignent; au lieu que ceux qui sont allumés jusque dans le centre ne s’éteignent pas, mais se consument.

On écarte ces charbons si, après la communion, on s’entretient dans ses humeurs naturelles, dans le soin et la recherche de ses commodités sans besoin, dans les conversations frivoles et inutiles. »[17]

La Parole de Dieu
« Quand le cœur est ouvert au soleil de la grâce, on voit des fleurs d’une bonne odeur s’épanouir, qui font voir qu’on a profité de la Parole de Dieu. »[18]


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Références
[1] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, pp. 250 et 251
[2] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 250 et 251
[3] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p..239
[4] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p..239 et 240
[5] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 250 et 251
[6] Il s’agit de la vénérable Jeanne Leber.
[7] Claude Auger. « Marguerite Bourgeoys et les familles », Prions en Église – édition dominicale, 12 janvier 2025, p.34
[8] Benoit Voyer. « 300e anniversaire du décès de sainte Marguerite Bourgeoys - Un cœur qui bat toujours », Revue Sainte-Anne, mars 2000, page 109 et 110 https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/01/le-present-du-passe-un-cur-qui-bat.html
[9] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 73
[10] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, pp. 94 et 95
[11] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, pp. 243 et 244
[12] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, pp. 244
[13] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, pp. 244 et 245
[14] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 248
[15] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 249
[16] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 282
[17] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, pp. 287 et 288
[18] Marguerite Bourgeoys. « Les écrits de Mère Bourgeoys – Autobiographie et testament spirituel », Montréal, 1964, p. 288

[a] Marguerite Bourgeoys dans un vitrail de la Basilique Notre-Dame du Cap, a Trois-Rivières.
[b] La chapelle Notre-Dame de Bonsecours, a Montréal, lieu ou reposent de nos jours sainte Marguerite Bourgeoys et la vénérable Jeanne Leber.

LES GRANDS ESPACES

 


EN MUSIQUE: Apu Minta (Kashtin)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Gaston L'Heureux

Gaston L'Heureux


« J'ai failli m'enlever la vie ... »

Par Benoît Voyer, journaliste


Qui aurait cru qu'une simple rencontre amicale avec Gaston L'Heureux au Café Cherrier, point de rencontre des artistes montréalais, situé à quelques pas du Carré Saint-Louis, me toucherait autant?

« J'ai failli m'enlever la vie par désespoir », me confiait-il, il y a quelques semaines. « Je me suis accroché en pensant à ceux que je laisserais. De plus, je me suis demandé si j'avais tout fait pour être heureux. Alors que je ne voyais plus la lumière au fond de mon tunnel, je me suis accroché à ce que d'autres personnes ont déjà vécu. Vouloir m'enlever la vie aurait été un geste d'égoïsme. »

Renversant. Trente ans de présence continue dans notre quotidien à cause de son travail d'animateur et de journaliste pour découvrir les difficultés que ce doyen de la télévision canadienne a traversées durant ces années, dont le terrible désir de s'enlever la vie.

J'ai voulu en savoir plus long: « Mais, Gaston, pourquoi vis-tu? Tu as des raisons de vivre? »

« Parce que chaque jour est complètement différent. J'ai vu des gens dans le plus grand désespoir. J'en ai vécu de grands! Je m'accroche parce que j'ai vu trop de situations changer. Tu sais, quand tu t'en vas en mer, il y a une tempête. Crac! Ton mât est arraché. Tout à coup! Hop! C'est le calme ... et puis tout continue comme si rien ne s'était passé. La sensation qui vient après l'épreuve ne s'explique pas », pense-t-il à haute voix.

Il se rappelle de Claude Brunet, un paraplégique avec qui il a travaillé. Pour lui, ce bonhomme aurait eu des raisons pour s'enlever la vie: pas de bras, pas de jambes, pas de vie sexuelle ... Et pourtant, il avait un grand goût de vivre à plein. « Ce n'était pas un imbécile! C'était un homme d'une très grande foi! Sa gestuelle et sa façon d'aller au fond de sa vie m'ont impressionné », ajoute-t-il. Il demeure réaliste. Dans le quotidien de l'existence, il n'est pas toujours possible d'être en constante sérénité. Pour lui, la nature étant ce qu'elle est, l'humain traverse des périodes de givre, des tempêtes et des orages. C'est un des secrets de l'âme.

N'est-ce pas aussi l'expérience des grands mystiques catholiques comme Jean de la Croix et Thérèse d'Avila? En eux, ils ne vivaient pas toujours en état de béatitude. La crise intérieure en soi est normale et nécessaire pour sa croissance personnelle.

Malheureux comme L'Heureux
Est-il possible de porter le nom de L'Heureux et se sentir malheureux? L'idée me fait sourire et je n'hésite pas à lui exprimer.

Attention mon cher! Je ne suis pas malheureux! Mais je ne suis pas un optimiste. Je suis un inquiet. Je n'ai jamais la certitude des choses - du moins de ce qui est essentiel. Je suis un perfectionniste », lance-t-il pour me faire comprendre rapidement qui il est au plus intime de son être

Le roman de la vie
Pour Gaston L'Heureux, ce qui est important dans la vie c'est d'être pleinement humain: « Je pense que chaque vie est un roman, C'est comme les empreintes digitales: elles sont toutes différentes! Tu sais, comme dans les romans, il y a des vies plates, drôles, trépidantes, compliquées, optimistes, pessimistes et aussi, il y a des vies d'amertume. Les humains sont à la fois les plus exaltants et les plus décevants. »

Il s'intéresse au plus haut point à ce que vit chaque personne. Lors de notre rencontre, j'étais en plein « burn out » et en grand questionnement sur ma vie, sur la vie. Après l'interview, il a pris plus d'une heure à s'intéresser à ce que je portais de difficile en moi. Sa présence a grandement influencé mon retour au bien-être.

Quelques minutes avant de nous quitter, il m'a dit : « Qu'importe l'heure, si tu vis un moment sombre, n'hésite pas à me téléphoner! » Je n'ai pas eu besoin de le faire, mais j'ai grandement apprécié sa disponibilité. C'est ce que j'appelle vivre à plein son humanité en étant un don de soi pour les autres.

Un p'tit gars de Québec
« Les premières années, j'étais enfant de chœur à la Basilique Notre-Dame de Québec. Le mercredi, Maurice Duplessis venait à la messe à la chapelle Saint-Joseph. Il me donnait toujours un pourboire : 0,10$. Il disait que c'était pour mon père qui était organisateur pour le Parti libéral! J'allais aussi servir la messe chez les Jésuites. J'avais déjà de la graine de curé! », relate-t-il les yeux pétillants et le sourire fendu jusqu'aux oreilles.

« Je me souviens aussi, j'habitais au coin Saint-Patrice et Saint-Augustin. Nous allions jouer à la cachette à l'Assemblée nationale. Les gardiens nous toléraient! J'allais aussi passer des heures à la bibliothèque du Parlement où il y avait une sympathique dame Bélanger qui me faisait lire « La Patrie », « Le Canada », et bien d'autres publications. Elle avait compris ma soif de tout connaître », ajoute l'homme aux cheveux poivre et sel.

Fils unique, ses parents avaient 46 ans de différence : elle 26 ans; lui 72 ans.

« Je n'étais pas un enfant qui vivait dans un cadre normal! », dit-il. Lorsque son père le cherchait, il n'était pas rare qu'il entende le commentaire : « Hey! Gaston, ton grand-père te cherche! »

De 6 à 13 ans, il est pensionnaire chez les Frères des écoles chrétiennes à Saint-Augustin-de-Desmaures, situé à 30 kilomètres de la maison familiale. Plus tard, il ira à l'Académie de Québec, également dirigée par les Frères de écoles chrétiennes. C'est là qu'il a débuté son cours classique, mais…

« J'étais un autodidacte. J'aimais étudier les choses qui m'intéressaient. Un jour que ma mère était inquiète pour mon avenir, Gustave Tardif (doyen de la Faculté de commerce) et monsieur Caron (mon directeur) lui dirent : « Écoutez, on va le garder jusqu'à la philo II ». Alors, j'ai continué mes études sans jamais passer d'examens. Ces professeurs avaient une pédagogie avant-gardiste. Je suis resté là jusqu'à mon entrée au quotidien Le Soleil », aime-t-il se rappeler.

Vocation : journaliste
S'il a choisi le journalisme, c'est qu'il voulait tout faire à la fois. Ce métier lui a permis de répondre à sa curiosité naturelle et à ses besoins fondamentaux : il est curieux et aime toucher un peu à tout.

Comme il dit : l'important ce n'est pas de tout savoir, mais de savoir où trouver. En se regardant droit dans les yeux et avec détermination, comme pour me convaincre, il me lance que la vocation journalistique, il faut l'avoir dans le sang. On l'a ou on ne l'a pas! C'est tout! Le journalisme naît du désir d'apprendre et de transmettre la connaissance. « Le journalisme d'aujourd'hui est contesté et contestable! », insiste-t-il.

« Et à l'heure de notre mort »
Cette question, il ne s'y attendait vraiment pas : « Lorsque tu vas mourir, qu'est-ce que tu veux que les gens retiennent de toi? » Ouf! Et le silence fut ... Il finit par répondre : « Quand je vais mourir, les seules choses que je veux que les gens retiennent sont les bons coups que j'ai faits. Les pires choses ... qu'ils s'en souviennent seulement afin de ne pas répéter les mêmes erreurs! [...] La chose que j'aime le plus entendre quand quelqu'un disparaît est ... qu'il repose en paix. Je pense que mon âme continuera à vivre dans la plénitude et la paix. Je ne suis pas un saint! J'aimerais juste que les gens disent de moi : Gaston était un bon gars! »

Merci Gaston de m'avoir touché l'âme!


(Revue Sainte Anne, octobre 2000, page 391)