VISION CATHOLIQUE: Le vénérable frère William Gagnon
Par Benoit Voyer
28 février 2026
Le 16 mai 1905, à Dover, dans l’État américain du New Hampshire, naît William Gagnon. Il est le fils d'Adolphe-Delphis Gagnon et de Marie-Louise Roy.
Le 20 novembre 1932, il entre dans l'Ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu, à Montréal, au Canada.
Après avoir occupé diverses fonctions dans la région montréalaise, il devient, le 18 janvier 1952, missionnaire dans le Nord du Vietnam, dans la mission de Bùi-Chu.
Durant dix-sept ans, il travaille à l'implantation de l'Ordre au Vietnam et donne des soins à des milliers de réfugiés.
Il meurt à Saïgon, le 28 février 1972.
Le 16 décembre 2015, il est déclaré vénérable par le pape François.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Bertrand Ouellet
Bertrand Ouellet, directeur général de Communication et société
« Peut-être que les supports institutionnels doivent tomber… Et Dieu sait à quel point ça fait mal quand ça tombe. Ça va prendre, comme à l'époque de Jérémie, une bonne vie ou deux pour relever tout ça. On en est donc juste à voir les débuts de l'exil. »
Benoît Voyer
MONTRÉAL – En mai 1971, l'existence de Bertrand Ouellet, directeur général de Communication et société, organisme qui joue le rôle d’"office des communications sociales" au Canada francophone, a basculé. Il a vécu une expérience intérieure qui a changé sa vie et sa manière de penser.
Il est né à l'époque où la science avait réponse à tout. Il était adolescent quand se tint l’Expo 67, qui lui a laissé le souvenir que tous les problèmes modernes seraient résolus par la science. La preuve en fut, pour l'ado qu'il était, que deux ans plus tard on marchait sur la Lune. Comme son époque, tout l’univers intérieur de Bertrand Ouellet était cosmique. Ce n’est pas pour rien que l’année où Neil Armstrong foula le sol lunaire, il se destinait à des études scientifiques. En 1971, il entrait à l'École polytechnique pour étudier les sciences.
Qu'est-ce qui s'est passé dans votre vie, ce samedi de mai 1971 ?
J’étais un catholique pratiquant, mais je doutais à peu près de tout. J'allais à la messe, mais, pour être cohérent avec mes doutes, je ne communiais pas. Pour moi, la science était la réponse ultime. J’avais 18 ans.
À l’invitation d’un prêtre catholique de 30 ans, j’accepte de faire partie du conseil pastoral de ma paroisse. Un certain samedi, je participe à une journée de ressourcement.
On a passé la journée autour de la table des réunions et nous avons célébré la messe autour de cette même table. Durant la liturgie, mon esprit voyageait dans l’espace. Dans mon imagination, je voyais la terre.
Qu’est-ce qui a bouleversé votre vie durant cette messe ?
Au moment de la consécration, au moment où le prêtre tenait le pain eucharistique entre ses doigts, j’ai eu l’impression que tout le cosmos s’effondrait et se concentrait en un lieu, au milieu de nous. Ce fut comme un grand coup de vent. C’est difficile à expliquer, parce que c’est une expérience. Cela relève de l’intelligence de l’âme et des sens, mais la présence du Ressuscité à l’eucharistie était à ce moment d’une réalité indiscutable. Une indescriptible vague d'intensité avait d'ailleurs saisi plusieurs des personnes présentes.
Plus de trente ans plus tard, l'Eucharistie et l'adoration sont toujours très importantes pour moi et de plus en plus présentes dans ma vie. Cette expérience a été une bonne nouvelle dans ma vie ! J'ai depuis fait miennes les affirmations de Vatican II selon lesquelles l’Eucharistie est la source, le sommet, la racine et le cœur de l'expérience chrétienne.
Mon expérience dans ce groupe paroissial m’a par la suite conduit, une fois mon diplôme d'ingénieur obtenu, à des études en théologie.
Depuis toutes ces années, on dirait qu'il y a eu un schisme entre le christianisme et la culture moderne.
Contentons-nous de dire que c’est une incompréhension !
Puisque nous abordons la question, prenons en exemple la liturgie. Elle est incomprise. Les gens la décodent avec le langage qu’ils ont. En allant à la messe, ils se disent : « Je m’assois dans une salle de spectacle, alors c’est un spectacle, alors c’est un divertissement, donc je suis supposé ne pas m’ennuyer. » Vous êtes donc responsables de m’en donner pour mon argent.
On ne s’en sortira pas ! Vous voyez le problème qu'il y a entre le christianisme et la culture ? Il y a tout un choc entre les deux ! Les gens d’aujourd'hui lisent l’événement liturgique de telle manière, alors que la liturgie ce n’est pas ça.
Qu'est-ce qu'une liturgie ?
La liturgie est un événement collectif. Ce n’est pas un spectacle ! S’il y a des gens qui font et d’autres qui regardent, ce n’est pas une liturgie !
Est-ce qu’on doit blâmer ceux qui arrivent en spectateurs et qui viennent voir !?
La vie de foi, c’est comme l’amour et comme la natation. Tu apprends en plongeant dedans ! Tu n’apprends pas ça en regardant l’autre et en étudiant d’abord. Tu apprends à être aimé en aimant et tu apprends à flotter en te lançant à l’eau.
Mais avant d'aimer, il faut être charmé ?
Mais les coups de foudre, ça existe aussi !
La liturgie est donc une expérience à vivre…
La liturgie de l’Église catholique est de l'ordre du symbole et du rituel. Cela nous amène au-delà des mots. Elle procède à partir d'une expérience. Il faut sauter dedans ! Si tu restes à l'extérieur, tu ne pourras pas entrer dans l'expérience.
Est-ce que l'Église peut tirer des leçons de cette incompréhension ?
Il faut parler au corps et au non-verbal. Il faut revenir à ce que la liturgie très ancienne a toujours fait avec l'eau, le feu, la fumée, le rituel, les mains et le contact corporel. C’est le défi de l'Église de miser à fond là-dedans, sans demi-mesures, et, après, c’est à l’Esprit de faire son œuvre. Il faut le laisser faire.
Pour être bien comprise, quel message doit lancer l'Église d'aujourd'hui au monde moderne ?
Je crois qu’on doit se centrer sur le cœur du message chrétien et le reste viendra ! Il faut parler de l'essentiel sans se taire.
Vous parlez comme saint Paul !
Saint Paul a appris cette leçon-là très vite quand il est arrivé à Athènes. Le chapitre dix-sept des Actes des apôtres raconte tout ça. Paul dit : « Je vais essayer de parler dans leur langage, de prendre leurs recherches, leurs catégories religieuses. » Il laisse donc tomber toutes ses habitudes normales. Il tourne autour du pot. Lorsqu’il pense que son auditoire est avec lui, parce qu’il parle son langage, il leur parle de Jésus ressuscité. Ils se mettent tous à rire et s’en vont. Échec monumental !
Quelques mois après, il s’en va à Corinthe pour fonder une Église. Quelques années plus tard, dans une lettre, il écrit : « Maintenant, je commence toujours par parler de Jésus-Christ crucifié et jamais je ne dirai rien d'autre ! » Il dit que plus jamais il ne se fera reprendre à ce jeu qu’il a joué à Athènes.
Paul dit ce qu’il a à dire et ensuite il va dans les détails pour en tirer la leçon pour la vie.
De son côté, je pense que le bon vieux Paul VI avait raison. Dans un texte que je traîne presque toujours avec moi, tiré de l’encyclique L'Évangélisation dans le monde moderne, publiée il y a un peu plus de 25 ans, il écrit :
« Le monde qui, paradoxalement, malgré d'innombrables signes du refus de Dieu, le cherche cependant par des chemins inattendus et en ressent douloureusement le besoin. Le monde réclame des Évangélisateurs qui lui parlent de Dieu, qu’ils connaissent et fréquentent, comme s’ils voyaient l’invisible. Le monde attend de nous la simplicité de vie, l'esprit de prière, la charité envers tous, spécialement envers les petits et les pauvres, l'obéissance et l'humilité, le détachement de nous-mêmes et renoncement . Sans cette marque de sainteté, notre parole fera difficilement son chemin dans le cœur de l'homme de ce temps. »
Paul VI était un prophète. Ce qu'il décrit dans cette encyclique est bien plus pour notre temps que pour le sien.
Comment fait-on pour se démarquer ainsi ?
En brillant dans la société. Paul VI donne les lignes. Il parle de simplicité de vie, d'esprit de prière et de charité envers tous.
Il faut que le catholique questionne et soit visible et, aussi, que sa foi soit explicite. Si on lui pose la question : « Pourquoi fais-tu ceci ou cela ? » Il ne faut qu’il dise : ah ! C’est parce que j’ai des valeurs profondes. Il faut que la proclamation évangélique de Dieu soit toujours au premier plan.
Il n'est pas facile de se démarquer dans une société où le christianisme est en déclin !
Notre époque ressemble beaucoup à celle de Jérémie. Vous vous souvenez de cette période d’exil ? Ma période de vie correspond à celle de Jérémie. Lorsqu’il était jeune, il a vécu la réforme de Josias, la grande réforme deutéronomique où tous les espoirs étaient permis. C’était une époque de grand renouveau. C’était un peu comme notre concile Vatican II.
Rendu à mon âge, il commençait à désespérer. Il voyait bien que la catastrophe s’en venait. Il faisait des oracles : Attention ! Si on ne change pas, tout va s’effondrer ! Quelques années plus tard, il dit : « Il faut s’en aller en exil parce que tout s’écroule. » Là-bas, en exil, le peuple juif n’avait plus de roi, de temple et de terre promise. Les Israélites ont donc réinventé leur foi sans les supports institutionnels qu’ils avaient avant.
Si nous décidons de suivre leur exemple, qu’est-ce que nous devons faire ?
On se concentre sur l'essentiel, comme les Israélites ont fait à l’époque. Ce n’est pas rien ! Ils approfondissent leur foi ! Durant cette période, ils ont même écrit les textes de la Bible…
Est-ce que l'Église catholique d'ici en est arrivée là ?
Peut-être qu’on en est là ! Peut-être que les supports institutionnels doivent tomber. Et Dieu sait à quel point ça fait mal quand ça tombe. Ça va prendre, comme à l’époque de Jérémie, une bonne vie ou deux pour relever tout ça. On en est donc juste à voir les débuts de l'exil.
Qu'est-ce qu'il nous faut donc faire ?
Il faut commencer par ne pas éteindre le feu et, surtout, il ne faut pas revenir en arrière. Il faut accepter de partir en exil.
Je crois que l'essentiel que nous avons reçu de la tradition, c’est ce que Paul VI disait. Nous devons être des témoins qui vivent, parlent et agissent comme s’ils voyaient l’invisible.
(Revue Sainte-Anne, février 2003, pages 57 et 77)
VISION CATHOLIQUE: C'est le coeur qui compte
Par Benoit Voyer
27 février 2026
La logique de Jésus m’étonne toujours. Il va toujours à contre-courant de la pensée du p’tit monde. Pas question pour lui de faire comme on a toujours fait. C’est avant tout le cœur qui compte. « Jésus le dit très clairement, c’est dans le quotidien que tout se joue, dans notre manière d’être, notre comportement. La colère, l’insulte, le jugement hâtif mettent à mal la fraternité »[1].
« La vie authentique commence par le pardon et la réconciliation, avant toute offrande. Prenons-nous le temps de réparer nos liens ou laissons-nous la colère miner notre vie ? »[2]
Jésus me demande de ne pas garder rancœur et d’aller voir celui qui m’a blessé afin de lui offrir mon pardon. Il n’est même pas besoin de lui dire « je te pardonne ». Le fait d’aller à sa rencontre parlera davantage que bien des mots inutiles.
« Mon Dieu, je ne viens pas te demander de faire un bon Carême, mais de me faire bon moi-même » (Jean Debruynne).
27 février 2026
La logique de Jésus m’étonne toujours. Il va toujours à contre-courant de la pensée du p’tit monde. Pas question pour lui de faire comme on a toujours fait. C’est avant tout le cœur qui compte. « Jésus le dit très clairement, c’est dans le quotidien que tout se joue, dans notre manière d’être, notre comportement. La colère, l’insulte, le jugement hâtif mettent à mal la fraternité »[1].
« La vie authentique commence par le pardon et la réconciliation, avant toute offrande. Prenons-nous le temps de réparer nos liens ou laissons-nous la colère miner notre vie ? »[2]
Jésus me demande de ne pas garder rancœur et d’aller voir celui qui m’a blessé afin de lui offrir mon pardon. Il n’est même pas besoin de lui dire « je te pardonne ». Le fait d’aller à sa rencontre parlera davantage que bien des mots inutiles.
« Mon Dieu, je ne viens pas te demander de faire un bon Carême, mais de me faire bon moi-même » (Jean Debruynne).
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[1] Michèle Clavier. « Méditation : Vendredi de la 1re semaine de Carême (Mt 5, 20-26) », La Croix, 26 février 2026, p. 21.
[2] Jean-Paul Musangania. Application de Prions en Église, 27 février.
[1] Michèle Clavier. « Méditation : Vendredi de la 1re semaine de Carême (Mt 5, 20-26) », La Croix, 26 février 2026, p. 21.
[2] Jean-Paul Musangania. Application de Prions en Église, 27 février.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: "Il y a en chaque personne un pouvoir de résurrection"
Sœur Nicole Fournier
« Il y a en chaque personne un pouvoir de résurrection »
Par Benoît Voyer, journaliste
MONTRÉAL – Il y a un peu plus de 18 ans que sœur Nicole Fournier, directrice générale de l'Accueil Bonneau, travaille au sein de cet organisme qui a fêté, le 7 mai 2002, son 125ᵉ anniversaire de fondation.
Depuis qu'elle est en fonction, l'œuvre de charité a considérablement grossi. Pour répondre aux besoins du milieu, l'Accueil Bonneau est passé, en 15 ans, de 5 à 28 employés. En 2001, il a donné 279 359 repas. Cependant, Bonneau est bien plus qu'une bouffe populaire pour les démunis. L'organisme dispense toute une gamme de services pour venir en aide aux plus pauvres que la société canadienne oublie. L'Accueil donne des services de dépannage (repas, vestiaire, etc.), de promotion humaine et sociale (avec des intervenants qui offrent des consultations, la gérance de budget personnel et des suivis psychosociaux) et d'habitation (117 logements supervisés).
Avec les plus pauvres de la grande ville de Montréal, sœur Nicole Fournier vit une aventure de foi hors de l'ordinaire.
Qu'est-ce que la pauvreté a changé dans votre conception de Dieu ?
[Un grand silence] Qu'il faut avoir foi en la résurrection. Dans la lutte à la pauvreté, je pense que si on a si peu de résultats, c'est que souvent on oublie que la personne est plus que ses carences. Elle a aussi une force qui habite dans son intériorité secrète. Je crois que c'est cela le grand message de l'Évangile. Il y a en chaque personne un pouvoir de résurrection que l'Esprit peut réveiller, peut faire grandir. Il ne faut jamais perdre confiance en ce pouvoir de résurrection.
Croire en quelqu'un, c'est le rendre capable de grandir. Si je ne crois pas que l'enfant puisse marcher, il ne prendra jamais le risque de se tenir debout et d'avancer ses jambes. Dans la vie, je pense que ce que nous avons surtout besoin, ce n'est pas de nourriture et d'argent, mais de quelqu'un qui croit en nous.
Le pape Paul VI, dans son encyclique L'Évangélisation dans le monde moderne, dit que le monde d'aujourd'hui a besoin de personnes qui vivent comme s'ils voyaient l'invisible. C'est votre relation à Dieu qui vous motive à continuer ?
Oui, parce que je crois en cette force de résurrection. [Elle n'en dit pas plus. De toute façon, ce n'est pas important, ses yeux, son sourire et son attitude parlent bien plus que ses paroles]
Cette implication auprès des bénéficiaires de l'Accueil Bonneau a changé votre manière de vous adresser à votre Jésus et au Dieu auquel vous croyez ?
Lorsque je prie, je rappelle à Dieu tous ces gens qui nous fréquentent. Je lui demande la force d'ouvrir en eux des portes et qu'il travaille sur les causes qui peuvent amener toutes ces personnes chez nous. Je lui demande aussi de faire grandir en eux la confiance en ce qu'ils sont.
Est-ce que vous parlez de spiritualité aux gens que vous aidez ?
Les gens qui viennent ici sont peut-être beaucoup plus près de la foi qu'on le pense.
Il y a peu de temps, je suis allée rencontrer un homme qui fait un délire religieux. Il a une déficience intellectuelle et un problème en santé mentale. Il a tellement fréquenté de centres hospitaliers dans ses moments de crise qu'un jour on l'a orienté vers du logement approprié où sa médicamentation lui est donnée de façon très régulière. Aujourd'hui, ses crises sont beaucoup moins grandes.
Il vit dans une maison avec une dizaine de personnes comme lui. En dehors du milieu hospitalier, l'Accueil Bonneau est à peu près le seul lieu qui lui apporte autre chose que ce qu'il trouve dans son univers fermé.
Il revient souvent à son délire : Ah ! Je ne suis pas aimé de Dieu ! Je suis damné ! Je m'en vais en enfer…
L'autre jour, je l'ai rencontré avec une autre personne qui elle aussi a une déficience psychologique, mais qui n'a pas ce genre de dérapage. Pendant que nous prenions un café dans un centre d'achats, mon gars qui délire commence son discours : « Je suis perdu, je m'en vais en enfer… L'autre lui répond : « Tu ne peux plus y aller, en enfer ! » Cela a saisi mon bonhomme ! L'autre ajoute : « Tu es la pauvreté ! Tu ne peux pas y aller, en enfer ! Dieu est pour les pauvres !
De plus, je pense qu'il ne faut pas servir un discours religieux qui soit comme un devoir ou une réponse à tout. Il faut surtout développer une confiance en Dieu.
Mais ce n'est pas toujours facile !
Je l'admets, mais en voyant l'autre avec des yeux différents, c'est possible. Ce matin est entré dans mon bureau un sidéen en phase terminale. Pour avoir 10$, il m'a raconté une histoire rocambolesque. Je lui ai répondu : « Si tu veux 10$ pour consommer un peu de drogue, je te comprends. Tu n'as pas besoin de m'inventer une histoire [!] parce que si j'étais dans l'état de souffrance que tu es, j'aurais peut-être envie de me geler la fraise moi aussi…
Vous êtes très compréhensive !
À cause de cette terrible maladie, la souffrance de cet homme est tellement rendue grande. Il m'impressionne parce qu’il a encore le courage d'être debout.
Actuellement, il vit dans un de nos appartements et je pense qu'on lui permet de finir ses jours dignement.
Ce qui semble amoral, ne l'est pas toujours !
Je suis d'accord avec vous. Et vous savez, il souffre tellement que je me dis : qui suis-je pour lui dire que c'est sa faute s'il a le sida ? Le mal est fait et il le porte. C'est bien assez !
Qu'est-ce qui vous a amenée à l'Accueil Bonneau ?
Il y a 18 ans, j'arrivais d'Afrique où j'ai été professeure de français pendant 13 ans. Le Cameroun est très différent d'ici ! Je cherchais donc un nouveau lieu pour travailler et on m'a proposé l'Accueil Bonneau.
Ce choix me permettait de me rapprocher de la spiritualité de Marguerite d'Youville. Je suis entrée chez les Sœurs grises parce qu'elles m'ont grandement interpellée. Sa personnalité s'orientait vers les plus démunis.
Et comment a été votre entrée dans cet univers ?
Je ne connaissais rien à la toxicomanie et à la santé mentale. J'ai été initiée en plongeant directement dans le milieu. Heureusement, il y avait des personnes expérimentées pour me guider !
(Revue Sainte-Anne, janvier 2003, page 9)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Pierre Lacroix a songé devenir pasteur protestant
Pierre Lacroix a songé devenir pasteur protestant
Benoit Voyer
(collaboration spéciale)
Le télévangéliste catholique Pierre Lacroix a songé, voilà presque 20 ans, à devenir pasteur protestant. Suite à une rencontre avec le révérend Allan Bowen, il renonçait cependant à ce projet pour continuer à vivre sa foi dans l'Église qui l'avait vu naître : l'Église catholique.
La tentation lui était venue au début de son engagement comme missionnaire de la Bonne Nouvelle sur les ondes de la télévision et de la radio. Peu appuyé par le clergé, fatigué par ses nombreuses conférences, une critique acerbe d'un prêtre avait fait naître en lui une révolte.
« Je suis allé voir un ami pasteur engagé dans le mouvement charismatique. Je le savais proche des prêtres catholiques appuyant le Renouveau. Partageant mes angoisses, ce dernier n'a pas voulu me donner une réponse humaine et m'a simplement dit que seul Dieu pouvait me donner une orientation juste. Nous avons donc prié. Après un bon temps de prière, il m'a dit : "Pierre, Dieu m'a parlé très fort. Il est clair en moi que Dieu te demande de rester dans ton Église et de l'aimer plus que jamais. Après ce moment de doute, je n'ai jamais remis en question mon appartenance à l'Église catholique. Je suis né dans une famille catholique, je vais mourir dans cette Église », dit-il.
Enfant de Vatican II
Il poursuit : « Je suis d'une époque œcuménique. L'âge que j'ai a fait que, dès le moment où je suis entré au niveau secondaire, Vatican II finissait. Nos professeurs de catéchèse nous incitaient alors à une grande ouverture envers les chrétiens des autres dénominations. Rome proclamait, en 1963, la légitimité des Églises chrétiennes. Ils n’étaient plus des condamnés, mais des frères partageant la même foi chrétienne. C'était une vraie révolution. Mes parents n'étaient pas trop prêts à cette ouverture, mais l'idée me plaisait beaucoup. D'autant plus que j'avais à cette époque deux amis protestants et un autre juif. »
À la télévision ou à la radio, Pierre Lacroix se dit très prudent dans ses propos, spécialement avec la tradition mariale. Il ne tient pas à fermer des portes.
Un blessé
Le travail apostolique qu'il fait n'a jamais été une carrière pour lui. Il veut s'y consacrer jusqu'à sa mort car il a un profond besoin de faire connaitre l'amour que Dieu porte à tous les humains, spécialement aux plus éloignés et aux plus souffrants. Les épreuves qu'il a subies lui donnent d'être de ce nombre.
« Il y a une certitude commune chez ceux qui m'aiment ou qui me haïssent : j'ai énormément souffert de ce fameux procès. Fort heureusement, ajoute Pierre Lacroix, Dieu n'a pas été absent de ces épreuves. À côté des blessures, de magnifiques trésors m'ont été donnés. »
En souriant, il raconte qu'un directeur d'un réseau de télévision lui a dit un jour : « Moi, les miracles, je ne crois pas à ça ! Je suis athée. Mais que tu aies repris tes émissions seulement 3 mois après le procès… ça, c'est un vrai miracle pour moi. Il n'y a pas un être humain qui aurait été capable de reprendre les ondes après une telle épreuve. »
Le retour de Pierre Lacroix à la télévision et à la radio démontre que sa foi en Dieu est profonde. Il admet cependant qu'il a reçu la force spirituelle qui va avec l'épreuve. Lui-même n'avait pas la force de surmonter autant d'agressivité et de violence. Il raconte que la pression sociale était tellement forte à certains moments que de petites veines se brisaient dans ses yeux.
Un pauvre au service de Dieu
« Aujourd'hui, je suis plus conscient de ma pauvreté parce que je l'ai rencontrée. La douleur de cette épreuve m'a fait prendre conscience de mes limites et des illusions que j'entretenais. Rien ne fut facile, surtout ma prière, car ma vulnérabilité était mise à nu devant mes propres yeux. Heureusement que l'amour de mon épouse et l'amitié de plusieurs proches, dont le père Yvon Poirier, m'ont rappelé combien l'amour de Dieu est sans réserve et surtout inconditionnel », raconte l'évangélisateur des ondes.
Huit ans plus tard, Pierre Lacroix n'a plus de masque à porter. Ceci ne veut pas dire qu'il jouait un personnage, mais que c'était une façon de se protéger intérieurement. Il confesse que maintenant, il n'a plus peur d'être l'objet de rejet. « Attention ! C'est Dieu qui m'enlève cette peur, car supprimez-moi mon intimité avec Dieu, ma prière, et je retourne à la même case », insiste-t-il.
« J'ai plus que jamais besoin de prier. Parfois, quand il y a trop de monde, je me trouve une raison… et je vais me cacher pour prier. J'ai soif de Dieu, et j'ai la plus profonde conviction qu'il a, lui aussi, soif de moi. C'est ma façon de vivre et d'espérer », conclut l'homme de 46 ans profondément attaché au catholicisme.
A la télévision:
« De la souffrance à la joie! »
Dimanche à 13h30
CKTM -Trois-Rivières
CKSH -Sherbrooke
CKRS - Jonquière
CKRT - Rivière-du-Loup
Lundi, mardi et mercredi à 11h30
CFEM -Rouyn
A la radio:
« Pourquoi Jésus? »
Dimanche à 9h
CHLN 550 -Trois-Rivières
CFEM -Rouyn
A la radio:
« Pourquoi Jésus? »
Dimanche à 9h
CHLN 550 -Trois-Rivières
(Le Plus de La Voix de L’Est, en 1994 ou 1995.
Ce texte est tiré de l’original déposé
dans le fonds P049 de la
Société d'histoire de la Haute-Yamaska)
Ce texte est tiré de l’original déposé
dans le fonds P049 de la
Société d'histoire de la Haute-Yamaska)
VISION CATHOLIQUE: Alexis-Louis Mangin
Par Benoit Voyer
25 février 2026
En Belgique, le 4 septembre 1856, naît Alexis-Louis Mangin. Il n’a que quelques mois lorsque sa famille s’installe à Rambervillers, en France, dans un ancien château. Jadis, ce dernier abritait une communauté religieuse consacrée à l'adoration eucharistique perpétuelle.
L'enfant est turbulent et espiègle. En revanche, on remarque chez lui une grande ouverture aux choses surnaturelles.
À 5 ans, il sait déjà lire et écrire. Le garçonnet rêve de vie missionnaire et s'amuse à « dire la messe » et prend plaisir, comme s’il était à l’église du patelin, à sermonner ses grandes sœurs du haut d'une chaire improvisée.
Il n'a que 8 ans lorsque son père trépasse. Affecté par ce départ, il promet de ne jamais faire de peine à sa mère. Toute sa vie, il tiendra parole.
Jeune étudiant, il travaille à corriger ses défauts, à acquérir les vertus d'humilité, de patience et de douceur. Plus les années passent, plus son désir de devenir prêtre s'intensifie.
À 19 ans, Alexis-Louis Mangin devient bachelier ès lettres et bachelier ès sciences.
Après des études au Grand Séminaire de Saint-Dié, il est ordonné prêtre le 16 avril 1881 dans la chapelle des Carmélites à Velletri, près de Rome.
Il devient professeur aux collèges de Metz et de Rambervillers, où il fonde un Cercle pour la jeunesse.
En 1885, l’abbé Alexis-Louis Mangin quitte la France en direction de la province québécoise du Canada à la suite d’une invitation de Mgr A. Labelle, curé de Saint-Jérôme.
Pendant trois ans, il est curé de la petite municipalité de Chénéville.
En 1889, il fonde la paroisse Notre-Dame-des-Neiges, à Masson. Il en sera curé. Il prie beaucoup pour ses paroissiens indifférents à la foi chrétienne. Avec l’aide de Dieu, il réussit à réveiller la vie spirituelle de plusieurs.
Éléonore Potvin, la ménagère du presbytère, devient sa précieuse collaboratrice. Ils mettent sur pied une œuvre consacrée à la prière pour les prêtres et à l'adoration perpétuelle du très saint Sacrement. Le 23 mai 1895 naît la Congrégation des Servantes de Jésus-Marie.
Le 6 octobre 1896, l’abbé Mangin quitte la cure de Masson pour se consacrer à temps plein à la nouvelle communauté qui vit dans l’absolue pauvreté. Il laisse tout derrière lui, y compris le précieux calice de son ordination sacerdotale.
Homme à tout faire, l'abbé Mangin rayonne surtout par sa foi chrétienne exemplaire. Plusieurs prêtres et évêques ont recours à sa direction spirituelle.
En janvier 1920, il attrape la grippe espagnole. Il meurt le 26 février 1920.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Les évêques canadiens et les mariages homosexuels
Les évêques canadiens et les mariages homosexuels
OTTAWA – Mgr Jacques Berthelet, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) et évêque de Saint-Jean-Longueuil, est profondément troublé par la récente décision de la Cour divisionnaire de l'Ontario qui veut changer la définition du mariage pour inclure les partenaires de même sexe. C'est ce qu'il affirme dans une lettre envoyée au ministre Martin Cauchon, ministre de la Justice et procureur général du Canada.
« Nous vous prions de bien vouloir prendre toutes les mesures nécessaires afin de respecter la conviction profonde de la majorité des Canadiens face au mariage entre une femme et un homme, comme étant une institution distincte enracinée profondément dans notre histoire, notre culture et notre tradition religieuse. Le mariage a une dimension sociale vitale et essentielle pour l'avenir de notre société », écrit-il.
Pour le président de la CECC, « le mariage, comme engagement public entre une femme et un homme, possède une signification religieuse profonde pour toutes les confessions religieuses. L'État a également un intérêt fondamental face à une institution sociale qui demeure le lieu où la plupart des enfants sont engendrés et pris en charge et qui, selon les plus récentes statistiques, continue d'être l'environnement le plus stable pour élever une famille. »
Benoît Voyer
(Revue Sainte-Anne, novembre 2002, page 449)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Des nouvelles de chez nous
Des nouvelles de chez nous
Fête de Saint-Roch
Pour souligner sa fête patronale, le 16 août, la communauté chrétienne Saint-Roch de Québec a rendu hommage à son saint patron en invitant la gent canine à une célébration spéciale. Les « pitous » ont été bénis et on a rendu hommage aux pompiers de la municipalité.
Fête de la Sainte-Catherine
À l'occasion de la fête de la Sainte-Catherine, le 24 novembre, la Maison Saint-Gabriel, située dans le quartier Sud-Ouest à Montréal, invite toute la population à déguster de la tire en compagnie de Marguerite Bourgeoys et des Filles du Roy.
Diocèse de Trois-Rivières
La fin de l'année des festivités du 150ᵉ anniversaire du diocèse de Trois-Rivières aura lieu le 24 novembre. Pour l'occasion, des messes spéciales seront célébrées dans toutes les paroisses du diocèse.
Saints d'ici
Le 6 novembre 1659 décédait Jérôme Le Royer de la Dauversière, visionnaire de la future ville de Montréal. Sa cause est introduite au Vatican à la Congrégation pour les saints. La réponse se fait attendre, tout comme celles d'Ovide Charlebois, décédé le 20 novembre 1933, et de Victor Lelièvre, décédé le 20 novembre 1956.
Missionnaires de l'Immaculée-Conception
Le centième anniversaire des sœurs missionnaires de l'Immaculée-Conception a été célébré, le 8 septembre, à l'hôtel Le Castel de l'Estrie à Granby. La rencontre a été précédée, à 10 h 30, d'une messe à l'église Sainte-Famille de Granby. Que de souvenirs pour ces femmes qui ont œuvré dans cette municipalité de 1930 à 1986 !
11 septembre : 1ᵉ anniversaire
De nombreuses célébrations ont été présidées à l'occasion du 1ᵉʳ anniversaire des événements du 11 septembre. Mgr Marcel Gervais a animé un grand rassemblement de prière à la cathédrale Notre-Dame d'Ottawa. De son côté, le premier ministre du Québec, Bernard Landry, s'est joint au rassemblement à l'église Saint-Roch à Québec.
JMJ 2002 : appel à l'aide
La JMJ 2002 a terminé son exercice financier avec un déficit de 30 M$. La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) lance un appel à la générosité des catholiques canadiens afin d'éponger l'imposante dette. Il est possible d'obtenir un reçu d'impôt. Pour faire un don, il suffit de composer sans frais le 1-888-569-9930. Les dons peuvent être faits au moyen d'une carte de crédit.
Une femme préside un mariage catholique
Pour la première fois de l'histoire de l'archidiocèse d'Ottawa, une femme a présidé, le 19 juillet, un mariage religieux. Celui-ci a été célébré, à l'église Saint-Joachim de Chute-à-Blondeau, par Rachèle Saint-Denis Lachaîne, coordonnatrice des activités paroissiales dans son milieu. Elle a été mandatée par Mgr Marcel Gervais, archevêque d'Ottawa, pour présider aux mariages, funérailles et baptêmes. En ce qui concerne l'aspect civil du mariage, elle possède la licence requise.
Décret canonique
Les paroisses Saint-David d'Estcourt (Sully), Marie-Médiatrice (Estcourt), Saint-Joseph-de-la-Rivière-Bleue et Saint-Marc-du-Lac-Long dans l'archidiocèse de Saint-Germain (nom officiel de l'archidiocèse de Rimouski) sont passées au diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, le 1ᵉʳ septembre. Le décret a été émis par le Vatican, le 1ᵉʳ juillet 2002.
Nouveaux diacres permanents
Richmond Hotte, Claude Jacques, Pierre Pharand, André Pommainville et Luc Richer ont été ordonnés diacres permanents pour l'archidiocèse d'Ottawa, le 29 septembre, à la cathédrale Notre-Dame d'Ottawa.
Temple sikh d'Abbotsford
Le temple sikh d'Abbotsford, construit en 1911, a été désigné lieu historique national du Canada. Cet endroit rappelle le rôle religieux, social et politique que ces temples ont joué dans les premières communautés d'immigrants sikhs. Il montre comment les Sikhs ont su conserver leurs croyances religieuses tout en s'adaptant à la réalité canadienne. Il s'agit du plus ancien temple de cette tradition religieuse en Amérique du Nord.
Le curé de Jean Lapierre
Il y a quelques semaines, Jean Lapierre, animateur de l'émission radiophonique Lapierre & compagnie, présentée du lundi au vendredi, de 15 h 30 à 18 h, sur les ondes du réseau Radiomédia, a dit à ses auditeurs qu'il lui arrive assez régulièrement d'aller à la messe. Il a lancé qu'il aime surtout se rendre aux célébrations de l'abbé Réal Lanoie, curé de la paroisse Saint-François-Xavier à Bromont. « Il fait une réflexion sur la vie, la vraie vie ! On se sent concerné par ce qu'il dit », a-t-il confié à la Revue Sainte-Anne.
Prix œcuménique
Lors du 26ᵉ festival des films du monde qui a eu lieu à Montréal, en septembre, le prix oecuménique a été décerné au film El Ultimo Tren (Le Dernier Train) du réalisateur uruguayen Diego Arzuaga. De plus, le jury a décerné une mention spéciale au film italien Casomai, du réalisateur Alessandro D'Alatri. Le prix œcuménique est décerné à un film qui se distingue par ses qualités artistiques, sociales et spirituelles et par son apport au progrès humain et à la reconnaissance de valeurs éthiques.
Centenaire chez les Sœurs du Sacré-Cœur
Le 8 septembre, les Sœurs du Sacré-Cœur ont célébré leur centième anniversaire en terre canadienne. La grande célébration a été présidée, le 8 septembre, par Mgr Marcel Gervais, archevêque d'Ottawa, à l'université Saint-Paul et au couvent du Sacré-Cœur.
Colloque Communications et Société
Le prochain colloque Communications et société aura lieu le vendredi 8 novembre 2002, à Montréal, au Centre 7400, sur le thème « Le téléroman au Québec : miroir de toutes les passions ; chances et défis pour l'évangélisation. » À cette occasion, le prix Communications et Société 2002, catégorie « Livre religieux », sera remis.
Incendie à la cathédrale de Valleyfield
La cathédrale Sainte-Cécile de Valleyfield a été touchée par un important incendie, le 4 septembre. Un peu après la messe de 8 h, le feu a pris naissance dans l'entretoit du bâtiment au moment où des travaux de soudure avaient lieu dans la toiture. L'intérieur du temple devra être complètement reconstruit. Une cinquantaine de pompiers ont combattu l'élément destructeur. Mgr Luc Cyr, évêque de l'endroit, est encore sous le choc.
Une église est reconnue bâtiment historique
La ville de Granby a posé un geste historique, au milieu de l'été, en reconnaissant l'église Sainte-Famille comme bâtiment historique. C'est la première fois que cette municipalité reconnaît l'intérêt historique d'une pièce de son patrimoine. L'église a été construite en 1932.
Benoît Voyer
(Revue Sainte-Anne, novembre 2002, pages 443, 444 et 445)
VISION CATHOLIQUE: Notre Père
Notre Père
Par Benoit Voyer
23 février 2025
Alfred Bessette, le saint frère André de l’oratoire Saint-Joseph, disait souvent : « Le Bon Dieu n’est pas loin de vous. Il est proche de vous. Chaque fois que vous dites Notre Père, il a l’oreille collée à votre bouche ». Alfred, qui est devenu orphelin de père en bas âge, avait trouvé dans la paternité divine un père adoptif. En lui, il a trouvé celui qui l’aime inconditionnellement et sur qui s’appuyer.
Je me souviendrai toujours d’une longue conversation que j’ai jadis eue avec Jérôme Saint-Pierre. Il me disait : « L'enfant dit de son père : "Est-ce que je vaux quelque chose ?" » Pour moi, la question élémentaire, c'est la valeur de la personne. La mère ne peut pas pleinement répondre à cette question. Seul le père peut le faire. C'est pour cela que le phénomène des pères qui abandonnent leurs enfants est très problématique. L'abandon dit à l'enfant : Je ne veux rien savoir de toi. […] Le père confirme comme Dieu le Père confirme. D'ailleurs Jésus parle en ces mots : il dit toujours que le Père confirme ce qu'il dit et ce qu'il fait. Le père donne la vie de façon bien différente de la mère. Sa façon de faire est vitale, surtout pour la petite fille. […] Un père, c'est quelqu'un qui m'appuie et qui m'aime comme je suis inconditionnellement. » [1] Ainsi en est-il du divin père auquel croient tant de gens. J’aime ces propos de sainte Marie-Léonie Paradis : « Vous ne pouvez dire et redire assez souvent, pendant la journée, le Notre Père, en allant, en venant, en travaillant sans cesse, car Dieu est pour nous le plus tendre des pères et jamais nous ne pourrons assez lui marquer notre profonde reconnaissance. » […] « Ayez confiance au bon Dieu comme à un bon père. N’allez pas croire que le bon Dieu vous perdra si vous mettez toute votre confiance en Lui. Tenez-vous en paix, quoi qu’il arrive ! »
____________________
[1] Benoit Voyer. « Le plus fort c’est mon père », Revue Sainte-Anne, octobre 1998, pages 396 à 398. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/12/le-present-du-passe-le-plus-fort-cest.html
LE PRÉSENT DU PASSÉ: 4 ans d'esclavage dans les camps de la mort
Tran Lam
4 ans d'esclavage dans les camps de la mort
« Nous ne sommes pas assez libres pour bien utiliser la liberté. Nous sommes les esclaves de ce que l'on est, en soi. […] Je crois que nous n'avons pas assez de liberté intérieure pour bien utiliser celle que Dieu nous donne. Cela a pour résultat que les personnes de notre temps sont esclaves de toutes sortes de choses. »
Par Benoît Voyer, journaliste
WATERVILLE – Pendant 4 ans, Tran Lam a vécu une vie d'esclave dans les camps de la mort instaurés par les Khmers rouges au Cambodge. Son livre autobiographie « La survivante – La guerre des autres » (Stanké), qui vient de paraître en librairie, est l'écho des sales atrocités qu'elle a vécues dans son pays. L'enfant qu'elle a été et qui se cache encore en elle montre tous les tourments qu'elle a dû affronter pour rester en vie.
Il y a quelques années, elle a trouvé refuge au Canada. Vivant là-bas comme un animal quasi-sauvage, elle a réappris à vivre et à se comporter dans une société civilisée. À sa première visite au cabinet d'aisance, elle ne savait même pas où faire ses besoins puisqu'au camp de la mort, la majorité du temps, elle urinait dans son pantalon et soulageait le reste sur le bord de la route des chantiers où elle devait travailler parfois jour et nuit.
Depuis qu'elle est au Canada, elle fait l'expérience d'une certaine liberté puisqu'elle est convaincue, depuis qu'elle a découvert Jésus-Christ, que la véritable liberté ne se trouve qu'en Dieu.
Pourquoi vous êtes-vous convertie au christianisme ?
Lorsque je suis partie de chez Yanna, parce qu'elle m'a mise à la porte, je suis demeurée en parrainage dans une famille montréalaise. J'ai vécu chez une certaine dame Lacroix, pendant deux ans. J'ai été touchée par sa bonté. Elle allait à la messe et elle m'a appris à prier.
C'est en la voyant vivre que j'ai décidé que je voulais mieux connaître ce Jésus qu'elle aimait. Je lui ai demandé si je pouvais devenir catholique comme elle. J'ai donc demandé le baptême. Durant ma préparation, elle est décédée.
Cette initiation au christianisme n'était pas facile pour moi parce que je ne comprenais pas trop bien le français. Il y avait donc un interprète qui m'aidait.
Est-ce qu'il y a un moment où vous avez voulu mettre fin à votre démarche baptismale ?
Une seule fois parce que j'étais en colère.
Quand est venu le temps du baptême, plusieurs personnes voulaient que je sois baptisée dans une église où on n'avait jamais vu un baptême d'adulte.
Je n'aimais pas cette façon de faire. C'est pour cela que j'ai failli mettre un terme à ma démarche.
De son côté, Monsieur Lacroix voulait que je sois baptisée à l'église Saint-Nom-de-Jésus à Montréal parce que les gens de cette paroisse m'ont aidée.
Je trouvais qu'on se compliquait un peu trop la vie pour un baptême.
Durant cette petite crise, j'ai regardé un film sur la vie de Jésus. J'ai visionné l'épisode où Pierre renie Jésus. Ah ! J'étais tellement choqué de l'attitude de Pierre. Il m'a amenée à m'intérioriser. Je me suis dit : Je ne suis pas mieux que lui. Je suis en train de faire la même chose. J'ai finalement accepté le baptême. Il a eu lieu à l'église Saint-Nom-de-Jésus, lors d'une veillée pascale.
Qu'est-ce qui vous a amenée à Waterville, dans la région de Sherbrooke ?
Lors de ma formation, j'ai rencontré une sœur des Servantes du Saint-Cœur-de-Marie. Elle m'a proposé d'aller à l'école. C'est pour cette raison que je suis partie de Montréal.
Quelle est la différence entre votre conception de Dieu avant et après votre baptême ?
Honnêtement, je ne sais pas qui est Dieu. Je ne le savais pas plus avant.
Dans mon pays, on m'a raconté qu'il y a Bouddha qui est venu au monde, qui était bien spécial et qui, lors de sa naissance, a marché sept pieds sur les fleurs.
Qui est Dieu pour vous aujourd'hui ?
Cela est difficile à décrire. C'est une expérience qui se vit en soi [elle cherche les mots en elle].
Peu importe les bêtises que font les humains, il est amour et miséricorde. Il pardonne qui reconnaît ses fautes et retourne à lui.
Dieu est tellement grand ! Il m'est difficile de dire avec des mots tout ce qu'il y a en moi.
Qui est Jésus pour vous ?
Pour moi, Jésus, à travers ce qu'il fait, est l'expression parfaite du Père. Il est un modèle pour moi. Je veux tenter de suivre son exemple.
Toutefois, j'ai une difficulté à m'expliquer pourquoi Dieu a un fils. Cependant, si Jésus l'appelle père, c'est peut-être juste un nom comme ça. Il aurait peut-être pu l'appeler mère ou Paul. Il a choisi le mot père parce qu'il a une signification pour lui. Ça doit faire plus affectueux, j'imagine !
Qu'est-ce qui vous touche chez Jésus ?
Sa vérité d'être. Il aide les gens. Même ceux qui le détestent. Cela me dépasse !
Il y a aussi son attitude devant Pilate qui me touche. Ce dernier le questionne. Il ne répond pas. Jésus sait qui il est. Il sait qu'il n'a pas besoin de se défendre. Pilate lui demande : « Es-tu le fils de Dieu ? » Il répond tout simplement : C'est toi qui le dis. Quel homme ! Il est capable d'être lui-même. Jésus n'avait pas peur de se faire traiter de fou en portant la bonne nouvelle que Dieu est proche de son peuple. Il n'avait pas peur de la controverse et des opinions.
Est-ce que vous vous reconnaissez dans son histoire ? Comme lui, vous avez vécu une période d'esclavage et de persécutions.
J'ai de la misère à voir une similitude entre son expérience et la mienne, mais… Non ! Il est trop grand !
Est-ce que vous appréciez la liberté que vous offre l'Occident ?
Nous ne sommes pas assez libres pour bien utiliser la liberté. Nous sommes les esclaves de ce que l'on est, en soi. [...] Je crois que nous n'avons pas assez de liberté intérieure pour bien utiliser celle que Dieu nous donne. Cela a pour résultat que les personnes de notre temps sont esclaves de toutes sortes de choses.
Le pire de l'esclavage n'a rien de physique. C'est en soi. Je crois que l'être humain n'est pas ce qu'il est réellement parce que la véritable image de l'humain, c'est Jésus qui la montre.
De quelle manière ?
Nous sommes appelés à être bons, heureux et libres. Il me semble que nous sommes « poignés » dans nos propres « bibittes ».
Le pire ennemi emprisonné, c'est soi-même. L'esclavage physique est quelque chose d'extérieur à soi.
Regardez le monde civilisé : tous sont libres ! Cependant, tous semblent être prisonniers de quelque chose. Si tu es libre intérieurement, tu peux faire n'importe quoi à l'extérieur de toi. Tu peux aller n'importe où.
Est-ce que votre expérience chrétienne vous amène à vivre cette liberté intérieure ?
Peu à peu. Ma liberté intérieure est beaucoup plus grande qu'avant.
Comment trouver cette liberté intérieure ?
[Un grand silence. Elle cherche une réponse] À chaque jour, je demande à Dieu de me rendre libre. Ce n'est qu'en Dieu que je peux la trouver, à travers ma prière et en me donnant des temps pour être avec moi-même. Je suis loin d'être pleinement libre parce que, si je l'étais, je pourrais aimer n'importe qui et accepter la différence de chacun.
Quand allez-vous la trouver, cette liberté ?
Je n'en sais rien ! Je le serai quand je serai totalement ouverte à Dieu et que mon cœur sera totalement guéri par lui de tout ce qui m'empêche d'être libre. Cela arrivera peut-être juste à ma mort.
(Revue Sainte-Anne, novembre 2002, pages 441 et 466)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Festival du film juif
Festival du film juif
MONTRÉAL (BV) – Le 7ᵉ Festival du film juif de Montréal a eu lieu, du 9 au 16 mai, à la Cinémathèque québécoise, au Centre cinéma Impérial et au Cinéma ONF. Vingt-six productions ont été portées à l'écran. Le festival s'est ouvert avec la projection fort attendue du film Late Marriage, un film français et israélien.
La programmation comprenait des films qui attirent l'attention du public sur des questions et des événements d'actualité. Le documentaire inédit Trembling before G-d, film qui traite du rejet de l'homosexualité par le judaïsme orthodoxe, a attiré quelques critiques. The Optimists, qui raconte de façon émouvante comment la Bulgarie a sauvé sa communauté juive de l'Holocauste, était fort attendu. Plus près de nous, des archives ont dévoilé de sombres chapitres de l'histoire du Canada à l'égard du peuple juif.
(Revue Sainte-Anne, octobre 2002, page 401)
VISION CATHOLIQUE: Monter en descendant
Par Benoit Voyer
21 février 2026
Dans son livre au style littéraire évangélique, Mathieu raconte qu’un jour « Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par l’esprit du mal. » Et il ajoute : « Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. »[1]
Quarante jours, ce n’est pas rien. Après seulement quelques heures de privation, je commence à perdre patience. À mes yeux c’est tout un exploit.
Comme l’écrit Florence K. : « Quarante est un nombre important dans l’histoire. En Russie, on considère que c’est au quarantième jour après le décès de quelqu’un que son âme quitte la surface de notre terre pour s’élever au ciel. Quarante jours, c’est le carême, les quarante jours de jeûne du Christ dans le désert. C’est le temps qu’a duré la pluie dans le déluge vécu par Noé. On dit qu’il faut quarante jours pour qu’une femme se remette d’un accouchement, et les nouveaux immigrés attendaient quarante jours à Ellis Island avant de pouvoir enfin mettre les pieds sur une terre d’accueil. Quarante a toujours impressionné. Ali Baba et les quarante voleurs. Forty, le seul nombre dont les lettres qui le composent sont en ordre alphabétique, la crise de la quarantaine, l’isolement en quarantaine, moins quarante est la température à laquelle les degrés Celsius et Fahrenheit ont la même valeur. »[2]
Dans l’univers biblique, quarante est avant tout un symbole. On le retrouve 90 fois dans la Bible. Dans l’hébreu ancien, le chiffre 40 correspond à la lettre Mem. Dans l’univers du symbolisme, Mem désigne l’Eau ou la Mère. À ce sujet, Pierre Guillemin explique que « Mem évoque le changement, les cycles de la mort (la symbolique des mouvements de l’eau, par exemple, comme le perpétuel mouvement de sac et de ressac de l’eau sur une plage) et de la renaissance (d’où la symbolique de la mère). Le nombre 40 constitue cet appel à retourner à la source, aux eaux matricielles qui diffusent partout la vie et le progrès par-delà la mort, afin de nous redécouvrir comme les enfants de l’Univers créé par Dieu. »[3]
Ainsi donc, en ce temps du carême, nous sommes invités à partir au désert afin de nous donner un ou des temps pour descendre en soi, parce qu’« on ne rencontre pas la vie, Dieu, en montant par en haut mais en descendant en bas ».[4]
____________________
[1] Mt 4, 1-2
[2] Florence K. Buena Vida, Libre expression, 2015, p. 258.
[3] Pierre Guillemin. « Le nombre 40 », L’essentiel – votre magazine paroissial, 28 décembre 2023. https://presse.saint-augustin.ch/blog/le-nombre-40/
[4] Christian Beaulieu, Du Vent plein les voiles, 1984, Les Éditions Le Renouveau, p. 26.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Nouvelles de chez nous
B. Voyer
NOUVEAU DIRECTEUR DE L'OFFICE NATIONAL DE LITURGIE
MONTRÉAL (BV) – Gaëtan Baillargeon a été nommé à la direction de l'Office national de liturgie. Il est prêtre de l'archidiocèse catholique de Sherbrooke. Jusqu'à sa nomination, il était professeur de théologie dogmatique et directeur du département de théologie et de sciences religieuses de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). NOUVEAU PRÉSIDENT DE DÉVELOPPEMENT ET PAIX
WINNIPEG (BV) – Roger Dubois, psychologue à la retraite, est le nouveau président national de Développement et paix. Il habite la ville de Winnipeg au Manitoba. Il a été élu par les 21 membres du conseil national de l'organisme qui proviennent de partout au pays. Il succède à une enseignante de l'Ontario, Susan McNamara Scott.
(Revue Sainte-Anne, octobre 2002, page 398)
VISION CATHOLIQUE: Le frère Didace Pelletier
Par Benoit Voyer
20 février 2026
Le 28 juillet 1657, à Sainte-Anne-de-Beaupré, naît Claude Pelletier, fils de Georges Pelletier et de Catherine Vannier, originaires de Dieppe en France.
Puisqu’il n’y a pas encore d’église dans ce patelin, il est baptisé dans la maison familiale par le père jésuite André Richard, un missionnaire de passage. L’acte de naissance est écrit sur une feuille volante et transcrit dans le registre paroissial par l’abbé Germain Morin, curé de la paroisse, en 1690. Il s’agit du premier acte de baptême qui figure dans le registre paroissial.
En 1664, le 28 février, l'évêque de Québec et de la Nouvelle-France, saint François de Laval, lui octroie le sacrement de confirmation.
À Saint-Joachim, sur la Côte-de-Beaupré, il fréquente l’école d’arts et métiers fondée par l’évêque. Il devient charpentier et menuisier.
Il part de Sainte-Anne-de-Beaupré en septembre 1678. Il a 21 ans.
À Québec, il entre chez les Récollets, au couvent Notre-Dame-des-Anges. Arrivés en Amérique en 1615, ils sont les premiers missionnaires à s’établir en Nouvelle-France. Le 3 février 1679, Claude revêt l'habit religieux et reçoit le nom de frère Didace. Le 5 février 1680, il prononcera ses vœux de pauvreté, chasteté et obéissance.
À Notre-Dame-des-Anges, le père Joseph Denis devient son accompagnateur spirituel. Il le dirigera pendant quatorze ans.
Dès cette époque, on reconnaît sa vie religieuse intense et fervente, et son travail consciencieux de charpentier et bâtisseur d'églises et de couvents. Il sera mis à contribution à Percé et à l'île Bonaventure (1684-1689), à Plaisance, Terre-Neuve (1689-1692) et à Montréal (1692-1696).
Le frère Didace est finalement nommé à Trois-Rivières. Il entreprend la construction de la chapelle du couvent et, durant l'hiver 1698-1699, travaille à la préparation du bois qui sera utilisé au printemps.
L'hiver sera rigoureux. Le récollet attrape une pleurésie. D’urgence, on le transporte à l'hôpital des Ursulines. Même si le médecin (probablement le docteur Jacques Duguay) le dit hors de « danger de mort », il demande les « derniers sacrements ».
Le samedi 21 février 1699, le frère Didace, 41 ans, dont une vingtaine d’années chez les Récollets, décède.
Il est inhumé dans la crypte de l’église des Récollets, à Trois-Rivières. Une église, construite en 1754, est érigée sur le même emplacement. De 1821 à 2000, le lieu est occupé par les Anglicans. Il est devenu un bien patrimonial de la Ville de Trois-Rivières. Son corps reposerait toujours sous l’église. Quant à son crâne, il a été transporté à Québec et conservé dans la sacristie. Il a disparu dans un incendie, le 6 septembre 1796.
Le père récollet Joseph Denis, qui a vécu avec lui une bonne partie de sa vie religieuse, écrit à son sujet : « Frère Didace a conservé toute sa vie, non seulement la première ferveur de son noviciat, mais encore la première grâce de son baptême… Son obéissance était parfaite dans les petites choses comme dans les plus grandes et sa pauvreté si extrême qu'il n'a jamais voulu avoir seulement qu'une tunicelle pour changer dans les plus grandes chaleurs de l'été où il était continuellement exposé, travaillant à la charpente de toutes les églises et maisons de nos établissements, non plus que de s'exempter du jeûne dans les plus grands et pénibles travaux, et de se lever à minuit pour prier. […] Lorsque je lui représentais qu'il ne pouvait pas vivre longtemps en ne donnant aucune relâche à la nature, il me priait, non seulement comme son confesseur, mais encore comme étant presque toujours son supérieur, de le laisser faire, aimant mieux mourir dix ans plus tôt et avoir la consolation d'avoir observé sa règle que de vivre dix ans plus tard et avoir à se reprocher de s'être épargné. Sa religion (son ordre religieux) s'était bien passée de lui avant qu'il y fût et elle s'en passerait encore bien après sa mort. Le travail qui faisait le plus d'honneur à son état était de se sanctifier soi-même. Son humilité était si profonde qu'il s'estimait toujours serviteur inutile, quoique doué de beaucoup d'esprit et de pénétration pour tous les arts. »
Huit mois après sa mort, Mgr Jean-Baptiste de la Croix de Chevrières de Saint-Vallier, deuxième évêque de Québec, débutait son procès en vue de le béatifier et de le canoniser. Il sera repris en 1717 et, dans ce cadre, le séminaire de Québec gardera les témoignages du père Denis et des 22 miracles attribués au frère Didace. Il n’y eut pas de suite à ce début d’enquête. Il n’est pas impossible qu’il soit réouvert.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Guy Boucher
Guy Boucher
Par Benoît Voyer, journaliste
SHERBROOKE – Malgré quelques épreuves qu'il a eu à traverser, Guy Boucher n'a jamais cessé d'être fidèle à l'appel intérieur qu'il a reçu, il y a une vingtaine d'années, lors d'un séjour chez les moines de l'abbaye Saint-Benoît-du-Lac. Après avoir été l'ami de tout le peuple québécois, grâce à ses rendez-vous sur la scène, à la télévision et à la radio, il s'est retiré, en ermite urbain, pour vivre à plein avec son amant, un homme qu'il rencontre et touche spirituellement.
Lorsqu'il est question de son Jésus, son complice de vie, il parle de lui comme s'il le voyait en chair et en os, comme si l'invisible existait vraiment. Son exemple de vie rappelle ce qu'écrivait le pape Paul VI dans son encyclique L'Évangélisation dans le monde moderne, qui fêtera en 2005 son trentième anniversaire : « Le monde réclame des évangélisateurs qui lui parlent de Dieu, qu'ils connaissent et fréquentent, comme s'ils voyaient l'invisible. »
À travers son échange avec le journaliste Benoît Voyer, on découvre en lui les traces d'un grand témoin de la foi et de l'invisible.
Comment fait-on pour rencontrer Dieu ?
Pour chaque personne, ce n'est pas pareil. Moi, ça a été une rencontre radicale ! Maintenant, je sais qu'il m'aime et qu'il est miséricordieux.
Lorsque je suis sorti de chez les moines, je n'en revenais pas. Je disais à mes amis : J'ai eu une vie assez mouvementée. J'ai eu trois grands amours dans mon existence. J'ai eu des aventures. Vous savez, de tous les amours que j'ai vécus, il n'y a rien qui peut égaler ce que je vis avec le Seigneur.
Pourquoi ?
Parce que ça ne se vit pas de la même façon ! [il cherche des mots pour parler de son expérience…] Le Seigneur habite en nous et il se manifeste dans une dimension qui n'a rien de sexuel. C'est un amour inconditionnel. C'est un amour démuni. Le Seigneur est totalement démuni devant nous…
Guy, je suis dans un désert de la foi. Je tente de renouer le contact avec Dieu. J'ai beau lui parler, mais je ne le sens pas présent. C'est ma souffrance… Comment puis-je faire pour renouer le dialogue avec lui ? Qu'est-ce que je dois faire pour le sentir présent ?
La première chose à faire est qu'il ne faut pas lâcher. Il faut que tu sois persévérant.
Je me permets de te raconter mon histoire. Après ma conversion, j'ai été vraiment choyé pendant 2 1/2 ans. Très fortement, je ressentais la présence de Dieu.
Un jour, je me suis levé et Dieu n'était plus là. J'ai paniqué ! Je suis allé voir un religieux pour lui parler de ce que je vivais. Je lui ai dit : « Le Seigneur n'est plus là ! »
Il m'a dit : « C'est normal ! »
On dirait que le Bon Dieu se retire. Ce retrait n'est pas pour te nuire, mais pour te faire grandir. C'est également ainsi pour tous les malheurs qui nous arrivent dans la vie. Si nous n'avions pas l'épreuve, nous ne grandirions pas.
Il se manifeste toujours dans l'épreuve ?
C'est souvent ainsi ! C'est souvent après une maladie ou une épreuve terrible ou une mortalité que tu grandis.
Je ne suis pas le seul à dire cela. C'est écrit dans les Psaumes ! « Pourquoi, Seigneur, tu n'es plus là ? Pourquoi m'as-tu abandonné ? » Je t'invite à persévérer…
Après l'épreuve, il me sera possible de le sentir autant qu'avant ?
Mon expérience spirituelle n'est jamais revenue aussi forte que dans mes premières années de conversion, mais ma rencontre avec le Seigneur demeure la chose la plus importante de ma vie. Il n'y a rien pour m'enlever ce que je vis avec lui. C'est trop beau ! C'est trop grand !
Certains matins, au moment où je fais oraison avec l'office des lectures, des textes me prennent au cœur avec une telle intensité. Ouf ! Ils me donnent de la misère à respirer ! Je me lève, je me promène dans la maison…
C'est ça le bon Dieu ! C'est ça le bon Dieu ! La souffrance de son absence que tu vis en toi ressemble à celle du psalmiste.
Ta relation à Jésus est tellement rendue importante que tu lui parles à chaque matin…
Je ne lui parle pas que le matin ! Nous nous parlons aussi en soirée… et même en automobile. Je suis tellement bien dans mon auto. Je n'ai même pas de radio ! Lui et moi on en profite pour bavarder !
Comme un ami !
C'est bien plus que ça ! Tu sais, quand tu aimes quelque chose ou que tu aimes une personne, tu as le goût d'être avec elle. Tu as le goût d'y communier ! Tu as le goût de lui écrire ou de téléphoner… C'est comme ça dans ma relation avec lui. C'est une très grande relation d'amour.
Parfois, je doute. Je me demande si tout cela est vrai.
Il y aurait 50 théologiens de diverses religions devant moi qui me diraient : Ce n'est pas vrai tout ça… Je leur dirais la même chose qu'à toi : Voyons donc ! Je le sais, moi ! Je l'ai vécu ! Et je le vis tout le temps ! Dieu n'est qu'amour. Il est complètement démuni devant nous. Il attend toujours après nous qu'on l'aime ! Il attend toujours ! Il a besoin que tu lui dises que tu l'aimes.
Et pour le rencontrer, il faut que tu lui demandes ! Et n'oublie pas que c'est lui le « boss » C'est lui qui va décider du meilleur moment.
Lors de ta conversion, tu as assurément reçu une grâce spéciale pour avoir une telle certitude…
J'ai probablement reçu le charisme de la piété. Pour moi, la prière, ce n'est vraiment pas une corvée. Sois attentif à la voix qu'il y a en toi. Il t'a aussi donné un charisme particulier.
(Revue Sainte-Anne, octobre 2002, page 393)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Aide à l'Afghanistan
Aide à l'Afghanistan
MONTRÉAL – Une année après les événements du 11 septembre et quelques mois après la libération de l'Afghanistan du régime talibanais, Shuhada, une organisation qui administre des écoles afghanes pour les fillettes, fondée par Sima Samar, ministre de la Condition féminine dans le gouvernement de transition de l'Afghanistan, désigné par l'ONU, pourra construire un grand orphelinat, grâce aux contributions financières du gouvernement du Québec et de Développement et Paix.
À la mi-juin, le ministère d'État aux Relations internationales, dirigé par Louise Beaudoin, a donné 50 000$ à Développement et Paix, composante de la Conférence des évêques catholiques du Canada pour la paix et le développement international. Avec cette contribution gouvernementale, c'est 150 000$ que l'organisme a donné pour la réalisation de ce projet qui accueillera 100 enfants.
Benoît Voyer
(Revue Sainte-Anne, septembre 2002, page 354)
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