LE PRÉSENT DU PASSÉ: Des saints vivent dans les rues de Montréal
Ils couchent par terre, vivent d'aumônes, portent une soutane qui, parfois, laisse passer l'air, ont un sourire et un accueil qui dérangent l'âme des gens qu'ils rencontrent. Des saints vivent dans les rues de Montréal
« Non ! Nous ne sommes pas des saints ! Nous sommes des pêcheurs qui aiment Dieu. Je suis un pécheur, pardonné et aimé de Dieu, qui chemine. J'ai mes sautes d'humeur. J'ai mes brassages intérieurs. Des fois, j'aime les soirées tranquilles… J'ai besoin d'espace pour moi et pour vivre une vie de silence, d'intériorisation. Sans cela, nous ne pouvons pas vivre ce que nous vivons… », répond humblement le frère Denis-Antoine Lévesque à l'affirmation lancée par la Revue Sainte Anne.
Malgré tout, il est d'une évidence que ces petits frères de saint François sont habités par une grâce spéciale. Il n'est pas possible de vivre ainsi depuis une quinzaine d'années sans une aide surnaturelle. Toute personne normalement constituée sombrerait rapidement dans une folie psychologique. Pas eux ! À les rencontrer, à mirer leurs yeux habités d'une présence céleste, plus besoin d'écouter les populaires prédicateurs… L'exemple de vie de ces frères est « l'Évangile en action », une présence de Dieu vivante au cœur de la cité montréalaise. Il suffit de partir à leur suite pour mettre en pratique la Parole de Dieu.
« Nous voulons vivre le dépouillement. Il y a une joie quand on n'a rien. Nous sommes disponibles à l'essentiel et aux autres. Nous n'avons pas peur de nous faire voler ! Nous n'avons rien à cacher ou à perdre ! Nous voulons être les témoins de l'essentiel. Nous voulons un témoignage authentique. D'ailleurs, l'authenticité est le premier et seul langage que les mondes et les jeunes comprennent », dit le frère Lévesque, originaire de Malartic.
Au service des jeunes
La mission de la fraternité est l'évangélisation et le service des pauvres.
Concrètement, dans leur quartier, ils font la rue, accueillent les jeunes dans le vieux presbytère Saint-Arsène que le diocèse de Montréal leur loue, et ont un dortoir et quelques chambres pour accueillir des jeunes étudiants et travailleurs qui veulent vivre l'expérience communautaire et la prière avec eux. En réalité, il s'agit presque d'une école de la foi.
« Notre porte est toujours ouverte. Aux repas, nous sommes parfois 12 à 15 personnes. C'est toujours plein de jeunes ici », explique le frère Denis-Antoine qui se berce dans une chaise comme il y en avait jadis dans nos bonnes vieilles maisons de campagne.
Les Franciscains de l'Emmanuel organisent mensuellement une journée où se retrouvent entre 40 et 50 jeunes dans la vingtaine : un temps de ressourcement unique puisqu’écouter ces hommes de valeur est toujours très enrichissant pour l'âme. Le frère Denis-Antoine est un communicateur né. D'ailleurs, il est souvent invité à donner des sessions de spiritualité ou de petites causeries sur la foi, un peu partout au Canada. Quant au frère François, il a le langage du cœur. Toujours près des choses concrètes de la vie, il réussit à toucher… les journalistes.
« Ceux qui viennent ici ont un grand désir de prière et d'une vie spirituelle », dit Denis-Antoine.
« Le jeune est attiré par l'idée d'une vie communautaire entre chrétiens, mais où il y a beaucoup de liberté, et de partager à sa façon tout en gardant sa personnalité, son style… Il y a aussi une grande soif de vivre dans un milieu où tu peux acquérir un peu plus d'expérience et de connaissance de la foi, de la prière, de la vie chrétienne et de partage avec les autres. C'est un milieu qui est formateur, sans programme de formation. Il n'y a pas de cours ici. C'est un lieu de croissance et de vie. Les jeunes ont besoin de cela. Tu ne peux pas aller loin, si tu ne mets pas une base dans ta vie. Les jeunes en veulent des bases ! Ils ne veulent pas vivoter toute leur vie. Il y a une soif humaine naturelle là-dessous et une soif spirituelle », ajoute le frère François Garon, responsable de l'accueil des pensionnaires et de l'accompagnement des jeunes à la maison du 1015, rue Bélanger, à Montréal.
Une communauté religieuse prospère
Étonnant ! Pendant que des communautés religieuses vivent leur dernier souffle, les Franciscains de l'Emmanuel sont en plein essor. Formée de frères réguliers (des religieux) et de séculiers qui vivent leur mission dans le monde, cette fraternité canadienne compte près d'une trentaine de membres dont la majorité vivent au Cameroun.
Ce qu'il y a de particulier dans cette fraternité religieuse est que toutes les vocations sont possibles : séculiers externes (célibataires, mariés, diacres et prêtres diocésains) et religieux (frères et sœurs). Toutefois, la vie religieuse est plus radicale, plus intense. Il s'agit d'une véritable famille spirituelle comme François d'Assise voulait.
« Nous sommes en voie d'approbation canonique diocésaine. Il faut être trois profès réguliers. Le troisième se joindra officiellement à nous en mars 2001 », dit fièrement l'initiateur qui attend ce moment depuis 1985. Un deuxième homme chemine aussi vers la vie religieuse.
Et les sœurs religieuses ? « C'est un projet possible ! » S'il y a deux ou trois femmes sérieuses, nous sommes ouverts à ouvrir une autre maison », ajoute-t-il.
En janvier 2000, j'allais au Cameroun pour initier deux fraternités laïques avec l'approbation de l'évêque du lieu. Parmi ces frères séculiers, il y a un prêtre diocésain et une sœur franciscaine qui travaillent à l'évêché et qui s'occupent de la formation des deux cellules. Le Cameroun compte 21 novices. En 2001, une quinzaine de nouveaux Africains devraient se joindre au groupe », ajoute-t-il. Au Québec, il y a près d'une dizaine de postulants et de novices laïcs.
Des saints à Montréal ? La Providence se charge de les propager pour la sanctification de la ville sainte rêvée par Paul Chomedey, sieur de Maisonneuve, lors de la fondation de Montréal, en 1642.
Benoît Voyer, journaliste
Les Franciscains de l'Emmanuel
1015, rue Bélanger
Montréal, QC, H2S 1H1
(514) 490-1883
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