3 février 2026

HISTOIRE: Joseph Guibord, le damné

Joseph Guibord, le damné

Par Benoît Voyer

3 février 2026

En 1875, l'évêque catholique de Montréal, Mgr Ignace Bourget, maudit le petit coin du Cimetière Notre-Dame-des-Neiges où est enterré Joseph Guibord, un imprimeur de Montréal, excommunié du catholicisme à cause de son appartenance à l'Institut canadien. Ainsi chassé du royaume des ressuscités, Guibord est condamné à errer en enfer, au pays des damnés.

L'affaire Guibord est la plus grande saga qui a marqué l'histoire du cimetière du chemin de la Côte-des-Neiges.

L'histoire débute en 1844. Cette année-là, environ 200 jeunes fondent l'Institut canadien. Cet organisme défendait les principes démocratiques et républicains : souveraineté du peuple, suffrage universel, séparation de l'Église et de l'État, instruction publique laïque, abolition de la classe seigneuriale, réformes constitutionnelles et judiciaires.

La bibliothèque de l'institut fut rapidement la cible des attaques de Mgr Bourget. Dans cette bibliothèque publique, la seule ouverte gratuitement aux citoyens montréalais, il était possible de consulter 9000 ouvrages et des publications de partout sur la planète. Le clergé estimait que cette collection de bouquins contenait des ouvrages immoraux. Pourtant, il s'agissait des œuvres des grands écrivains de l'époque.

Prenant de plus en plus de place au Québec, car il y avait des noyaux de l'organismes dans plusieurs régions de la province, les autorités catholiques décidèrent d'en finir avec l'institut. Ils tentèrent même de créer, avec l'aide des Jésuites et des Sulpiciens, des mouvements parallèles, mais rien ne levait.

Le clergé fit donc circuler une pétition demandant la démission en bloc des membres de l'institut. Sous la pression populaire, 150 des 700 membres se retirèrent pour fonder l'Institut canadien-français, sous l'autorité de l'Église.

Ayant épuisé toutes ses ressources, Ignace Bourget décide de trancher. Il condamne d'excommunication tous ceux qui demeurent dans le regroupement. Ceux qui restent sont condamnés à finir leur existence à brûler en enfer.

Comble de malchance, Joseph Guibord décède le 18 novembre 1869. Le curé de la paroisse refuse de l'inhumer, sauf dans la partie réservée aux criminels. L'épouse de Guibord, Henrietta Brown s'objecte. Le corps est déposé au cimetière protestant et des procédures judiciaires débutent. L'affaire finit sa course à Londres. L'ordonnance du 28 novembre 1874 somme l'Église catholique d'inhumer l'imprimeur dans la partie honorable du cimetière.

Les funérailles sont fixées au 2 septembre 1875, sans la présence de la femme de Guibord décédée deux ans plus tôt. Ayant été exhortés à la messe du dimanche à ne pas laisser le cimetière se profaner, des manifestants catholiques armés de revolvers, de bâton et de cailloux empêchent la dépouille d'entrer. Les obsèques sont remises au 16 novembre. Cette fois-ci, des centaines de policiers et des milliers de soldats empêchent les manifestants de s'objecter à l'ordonnance royal.

Le 8 septembre 1875, dans une lettre pastorale, Mgr Bourget informe ses ouailles que la partie du cimetière où sera enterré Guibord est maudite et qu'elle ne fait plus officiellement partie de l'endroit

La tombe de Joseph Guibord fut insérée dans du béton, car des fanatiques menaçaient d'enlever le corps. Quelques jours après l'enterrement, la tombe est fracassée à coup de masse. La légende raconte que c'est là l'œuvre de Satan qui est venu chercher son disciple.

VISION CATHOLIQUE: Il faut accepter de partir en Exil

Jérémie
Il faut accepter de partir en Exil

Par Benoit Voyer

3 février 2026

Je trouve intéressant ce que me disait un jour le théologien Bertrand Ouellet [1] :

« Notre époque ressemble beaucoup à celle de Jérémie. Vous vous souvenez de cette période d’exil ? […] Lorsqu’il était jeune, il a vécu la réforme de Josias, la grande réforme deutéronomique où tous les espoirs étaient permis. C’était une époque de grand renouveau. C’était un peu comme notre concile Vatican II. [Dans la quarantaine] il commençait à désespérer. Il voyait bien que la catastrophe s’en venait. Il faisait des oracles : Attention ! Si on ne change pas, tout va s’effondrer ! Quelques années plus tard, il dit : « Il faut s’en aller en exil parce que tout s’écroule. » Là-bas, en exil, le peuple juif n’avait plus de roi, de temple et de terre promise. Les Israélites ont donc réinventé leur foi sans les supports institutionnels qu’ils avaient avant. »

Je lui demande alors : si les chrétiens décident de suivre leur exemple, que doivent-ils faire?

Il me répond sans hésiter : « On se concentre sur l'essentiel, comme les Israélites ont fait à l’époque. Ce n’est pas rien ! Ils approfondissent leur foi ! Durant cette période, ils ont même écrit les textes de la Bible… » […] Peut-être que les supports institutionnels doivent tomber. Et Dieu sait à quel point ça fait mal quand ça tombe. Ça va prendre, comme à l’époque de Jérémie, une bonne vie ou deux pour relever tout ça. On en est donc juste à voir les débuts de l'exil. »

Bertrand Ouellet insiste : « Il faut commencer par ne pas éteindre le feu et, surtout, il ne faut pas revenir en arrière. Il faut accepter de partir en exil. »

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[1] Cf. Benoit Voyer. « Bertrand Ouellet, directeur général de Communication et société », Revue Sainte Anne, février 2003, pages 57 et 77.

VISION CATHOLIQUE: Monsieur le Cardinal Gérard-Cyprien Lacroix


VATICAN (BV) - Ce 2 février 2026, Monsieur le Cardinal Gérard-Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, a participé dans la Basilique Saint-Pierre, au Vatican, a la messe solennelle présidée par le pape a l'occasion de la fête de la Présentation de Jésus au Temple.

EN MUSIQUE: La chanson du pêcheur (André Thériault)


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Les confidences de Sœur Angèle

Les confidences de Sœur Angèle

« La nourriture est un beau moyen d'entrer en contact avec ses petits-enfants. Le sucre à la crème est généralement irrésistible! Une recette c'est comme un évangile ... C'est plein d'amour. »

MONTRÉAL - En l'espace de quelques minutes, sœur Angèle Rizzardo est consacrée superstar. Cette religieuse, membre de l'Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil fondé par Marie Gérin-Lajoie, n'en revient toujours pas. Un après-midi, alors qu'elle remplace un collègue de l'Institut de l'hôtellerie et de l'alimentation du Québec pour une simple démonstration culinaire à l'émission télévisée Allo Boubou à la Société Radio-Canada, elle devint, malgré elle, une coqueluche du petit écran. En quelques minutes, la cuisinière inconnue s'impose comme l'amie de tous les Canadiens francophones. Connue pour sa bonne bouffe, sa spiritualité et sa vie intime demeurent des mystères. À l'occasion de la sortie du livre « Les trois vies de Sœur Angèle » elle a accepté de lever le voile. Voici une interview exclusive réalisée dans l'intimité de sa résidence du boulevard Saint-Joseph, le Hollywood de sa congrégation religieuse catholique.

Par Benoît Voyer, journaliste

Revue Sainte Anne - La vie trépidante que vous menez depuis tant d'années ne semble pas avoir ébranlé la foi en votre Dieu. Quelle est votre recette?

Sœur Angèle - Je dois prier quotidiennement pour garder la foi. Ce n'est pas acquis! Ma vie est comme celle d'un couple marié ... L'homme et la femme doivent être présents l'un à l'autre pour stimuler leur relation d'amour! C'est la même chose dans la relation que j'ai avec mon Jésus.

À chaque jour, je lui dis : « Je te remercie de m'avoir choisie. » La foi, c'est-à-dire l'acte de croire en son amour, est un cadeau merveilleux qu'il m'offre. J'aurais pu faire autre chose dans la vie, mais il m'a amoureusement choisie. D'ailleurs, il choisit presque toujours des gens ordinaires, comme vous et moi!

Revue Sainte Anne - Quel est le lien entre votre travail et la foi que vous tentez de vivre?

Sœur Angèle - Pour moi, le poêle et la table sont comme une offrande, comme une messe ...

Revue Sainte Anne - C'est une belle métaphore, mais vous êtes une religieuse! Votre travail est de nourrir le coeur des gens de la Bonne nouvelle de votre Jésus!

Sœur Angèle - Je vous rappelle que le corps et l'esprit sont des complices. Si un corps est mal nourri, l'esprit ne peut pas cheminer vers mon Jésus!

Revue Sainte Anne - Il est étonnant de constater à quel point les artisans des médias vous aiment! Ils apprécient votre respect et vous le rendent bien.

Sœur Angèle -
Ils me disent souvent: Merci de ne pas nous avoir cassé les oreilles au sujet de votre Jésus, votre époux.

Sœur Angèle - Le respect des autres est très important pour moi. J'essaie de toujours imiter Jésus lorsqu'il disait: Si tu m'aimes, allez viens! Suis-moi! Viens marcher à ma suite! Il n'a pas dit: Écoute-moi! Je suis Jésus le Messie! Je suis quelqu'un, moi! Alors, pas besoin de parler! Il me suffit d'être présente dans mon milieu de vie en montrant que nous, les Chrétiens, sommes des personnes différentes, particulièrement au chapitre du pardon. En 2002, si chacun avait un petit brin plus de respect en l'être humain, tout irait mieux!

Revue Sainte Anne - Vous parlez donc de lui par votre exemple…

Sœur Angèle - Ma mère, qui a maintenant 95 ans, m'a dit dernièrement: Tu sais, parfois la vie est difficile. Il faut apprendre à se dire: Le Seigneur nous a mis sur la terre parce que nous avons une mission à accomplir. Tu as ta façon à toi de parler de lui!

Revue Sainte Anne - Pour la société québécoise contemporaine, votre Jésus, votre amoureux, c'est de l'histoire ancienne.

Sœur Angèle - Plus ça va, plus les gens vont avoir besoin de lui. Il y a eu une évolution dans la société. Les gens ont reçu beaucoup de lui, et là, ils l'ont oublié. C'est comme quelqu'un qui dit: « Bien là, j'ai assez d'argent ... Je ne passerai pas à la caisse. » Il met la banque en état d'attente. C'est la même chose pour la foi! Bien des gens ont mis Jésus en situation d'attente, sur la tablette. Par chance, il est patient! C'est sa manière de nous montrer qu'il nous aime.

Revue Sainte Anne - Comme Marie Gérin-Lajoie, vous avez une mission bien particulière. Vous arrive-t-il de vous comparer à la fondatrice de votre institut religieux?

Sœur Angèle -
Me comparer à elle serait une chose prétentieuse parce que c'était une femme audacieuse.

Revue Sainte Anne - Mais vous êtes audacieuse!

Sœur Angèle –
[elle fait silence et pense à haute voix] Oui, mais avec mon style à moi ... Elle disait, soyez, dans la société, des femmes présentes, audacieuses et qui prennent en main les choses. [Elle continue sa réflexion, après une brève rentrée en elle] J'ai peut-être un peu reçu d'elle parce qu'elle m'a saisie cette femme! [Ses yeux s'illuminent et une joie s'installe dans son visage en pensant à elle] La première fois que je l'ai rencontrée, elle m'a touchée le coeur. Elle m'a vraiment touchée!

Comme moi, elle avait une grande admiration pour la nature et pour l'être humain. Elle ne faisait pas de sélection et respectait chacun et chacune dans son cheminement. Elle disait: Nous sommes tous au service de Dieu et des êtres humains. Nous devons demeurer humbles, pauvres et audacieuses. Elle nous invitait à oser ... Quelle femme merveilleuse!

Revue Sainte Anne -
Vous avez montré au peuple québécois un autre visage de la religieuse. À votre façon, vous aussi avez beaucoup osé!

Sœur Angèle - Cette carrière publique est arrivée à mon insu. Si j'avais su, j'aurais eu peur! Croyez-moi! C'est en suivant l'exemple de Marie Gérin-Lajoie que j'ai accepté d'être là, au service des gens.

Revue Sainte Anne - Marie Gérin-Lajoie vous aurait permis une telle mission publique?

Sœur Angèle - Je me suis toujours sentie comprise de cette femme. Elle croyait en ce que je faisais. Elle m'a tellement fait confiance que j'ai pris confiance en ce que je fais. Elle voyait toujours quelque chose de grand dans l'être humain.

Revue Sainte Anne -
Comme vous…

Sœur Angèle -
Je suis entière. Lorsque je suis avec vous, je ne suis pas ailleurs. J'oublie tout…

Revue Sainte Anne - Au fil des ans, quelle valeur avez-vous voulu transmettre au public?

Sœur Angèle - L'amour de la famille. Présenter un petit plat, c'est une façon de dire l'amour. Je me suis toujours sentie complice de mon mari, de Jésus. C'est lui le plus grand. Imaginez ce qu'il a fait: La multiplication des pains, des poissons, du vin ... Il commençait toujours par nourrir les gens. Il s'assurait toujours que le vin soit toujours de bonne qualité du premier jusqu'au dernier verre ...

Revue Sainte Anne - Vous ressemblez vraiment à votre fondatrice!

Sœur Angèle – [elle sourit bien humblement et ne répond pas à ce commentaire. Elle préfère continuer sur une autre voie. Elle se permet une confidence] Un jour, Marie Gérin-Lajoie m'a dit: Vous savez, ma p'tite sœur, le Seigneur va vous demander une mission pas comme les autres. Lorsque vous commencerez à avoir un petit filet blanc dans les cheveux, il y aura une nouvelle mission pour vous, une mission différente et spéciale.

Revue Sainte Anne - Elle était clairvoyante!

Sœur Angèle - Oui! À cette époque, je pensais que je partirais pour l'Italie afin de fonder une mission! Ce n'était pas ça du tout! (Rires) C'était la vie publique qui m'attendait…

Revue Sainte Anne - Le livre biographique de la journaliste Catherine Yoffé paru il y a quelques mois, aux Éditions Québec/Amérique, révèle plusieurs de vos petits secrets. On y apprend, notamment que vous êtes « enfant de la guerre ». C'était la Deuxième Guerre mondiale.

Sœur Angèle - Je suis née au combat! Pour moi, la vie est un combat constant. Celui-ci ne doit pas en être un de tristesse, mais d'abandon, de service et d'amour en vivant un instant à la fois. Pour moi, chaque seconde ne peut pas se passer de la même façon parce que chacune est importante dans ma vie quotidienne.

Revue Sainte Anne - C'est la guerre qui a formé votre intériorité. On dirait que les enfants qui la connaisse sont façonnés avec plus de solidité en eux!

Sœur Angèle - Si les enfants d'aujourd'hui vivaient dix jours de ce que les enfants ont vécu de 1938 à 1945, ils seraient effectivement plus forts! Il faut dire aux jeunes que la vie est belle. Il y a toujours un dépassement dans celle-ci. Après les orages et la pluie, il y a toujours du soleil. Vous comprenez? Il y a toujours de l'espérance. Malgré les difficultés, il faut être forts comme les enfants au front. Avec un coeur rempli d'amour, il est possible de passer à travers toutes les épreuves. Pour arriver à apprécier la vie, il faut savoir faire silence en soi.

Revue Sainte Anne - Une petite prière avec ça? [lance à la blague le représentant de la Revue Sainte Anne, comme la petite fille de chez Mc Donald qui demande « Un chausson avec ça? »]

Sœur Angèle - (rires) Pourquoi pas! Le mal à l'âme de la jeunesse d'aujourd'hui serait moins grand si elle savait s'arrêter pour prier. Quand on ne sait guère comment prier, la vie est plus difficile. La prière aide à espérer...

Revue Sainte Anne - Qui leur enseignera?

Sœur Angèle - Peut-être les grand-mamans! Et puis, elles sont moins occupées que les parents! Elles peuvent encore faire bien des choses ... Elles ont un rôle extraordinaire! Celui-ci est essentiel. La mission de grand-maman est d'être présente et à l'écoute de ses petits-enfants. Imaginez l'effet qu'a la nourriture chez un enfant qui arrive chez sa grand-maman! La nourriture est un beau moyen d'entrer en contact avec ses petits-enfants. Le sucre à la crème est généralement irrésistible! Une recette c'est comme un évangile ... C'est plein d'amour.

Revue Sainte Anne - Nous apprenons, dans le livre de Catherine Yoffé que vous avez survécu aux bombes! Cela a dû être terrible!

Sœur Angèle - Il y avait plein d'enfants morts autour de moi. J'étais pleine de sang et de poussière ...

Revue Sainte Anne - Vous rappelez-vous ce qui se passait dans votre tête de gamine au moment où les bombes tombaient autour de vous?

Sœur Angèle - Comme si c'était hier! C'était terrible! Vraiment terrible! Je n'aime pas raconter ce que j'ai vu ... Depuis la guerre, à chaque fois que je me retrouve dans une situation extrême et que je ne sais plus ce qui va m'arriver inconsciemment, je penche toujours ma tête dans la position du foetus. Je ressens toujours le choc. C'est encore terrible! Épouvantable!

Revue Sainte Anne - La position du foetus est une position d'abandon…

Sœur Angèle - C'est un peu ça... Lorsqu'on sent la mort qui approche, on redevient comme des enfants. Tout ce qu'on réussit à faire, c'est de s'abandonner.

Revue Sainte Anne - Comme votre cher Niko a fait lorsqu'il est mort!

Sœur Angèle – [Elle s'enlise dans un long silence ... Des larmes remplissent ses yeux. Le souvenir de son cousin et ami d'enfance, décédé à l'âge de 8 ans, la plonge dans une grande tristesse. Ses yeux bleus deviennent gris. En sanglotant, elle tente de continuer l'entretien, mais ce sera son dernier propos] …Je suis sûre qu'il est à la source de ma vocation.

Revue Sainte Anne - Il veille sur vous depuis votre jeunesse ... C'est votre ange gardien?

Sœur Angèle - ... [elle répond positivement par un signe de la tête].

Revue Sainte Anne - Merci pour vos confidences.

(Revue Sainte Anne, février 2002, pages 57 et 73)