3 janvier 2026

EN LIBERTÉ: La messe rythmée (2)


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Le premier bébé de 1972 a Granby


VISION CATHOLIQUE: Ne cessons jamais de suivre l’étoile

Ne cessons jamais de suivre l’étoile

Par Benoit Voyer

3 janvier 2026

L’Épiphanie est traditionnellement appelée la « fête des rois ».

Bien des légendes circulent au sujet des « rois mages ». Puisque le récit évangélique est écrit dans le style du conte, il faut le lire au second degré, un peu comme on le ferait avec l’histoire du Petit Prince de Saint-Exupéry.

Voici quelques notes pour bien entrer dans le récit.

D’abord, qu’en est-il de cette étoile ? Dans le monde de la symbolique, l’étoile symbolise la foi. C’est ce qui fera dire au saint Padre Pio : « Il en va de même pour nous : la foi nous sert de guide et sa lumière nous indique le chemin qui nous mène à Dieu et à la patrie céleste »[1]

De passage à Jérusalem, qui sont ces mages qui suivent cette étoile ? Les traducteurs de l’Évangile de Matthieu de la Nouvelle Traduction de la Bible [2], Marie-Andrée Lamontagne et André Myre, utilisent le terme « astrologues ». Plus récemment, dans sa traduction des Évangiles [3], Frédéric Boyer utilise le mot « magiciens ». Il s’agirait donc de devins ou de magiciens ou d’astrologues venus d’Orient.

Ces étrangers qui viennent en Israël sont en pèlerinage à la recherche du « roi des Judéens ». Dans leur recherche, ils questionnent. Pour commencer, ils s’adressent aux autorités religieuses de la Judée.

Le roi Hérode est informé du passage de ces étrangers. Il est troublé en apprenant l’objet de leur recherche.

À son tour, Hérode, qui n’est pas Judéen, cherche à comprendre. Il se renseigne d’abord auprès des titulaires du sacerdoce suprême, les hauts responsables des sacrifices au Temple de Jérusalem, à propos de ce qui est dit au sujet de l’endroit où devrait naître le roi attendu et, en second lieu, auprès des lettrés du peuple. Ces lettrés étaient les gardiens des écrits sacrés. Frédéric Boyer explique qu'« en hébreu, sopherim, employé plusieurs fois dans la Torah, désignait les scribes qui avaient la charge d’écrire sur les rouleaux sacrés le texte de la Loi et de veiller à sa conservation ».[4]

On cite à Hérode le passage du livre de Michée : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. »

Dans sa traduction, Frédéric Boyer n’utilise pas les mots « gouverner » ou « chef ». Il traduit : « un prince qui veillera sur mon peuple Israël ».

Hérode n’est pas entièrement satisfait de la réponse. Il poursuit son enquête en interrogeant « en secret » ces pèlerins d’Orient. Avant de les quitter, il leur demande de trouver l’endroit exact où se trouve l’enfant en question et de revenir l’en informer pour qu’il puisse lui aussi aller l’adorer.

Après leur rencontre avec Hérode, ils se remettent en route. L’étoile les guidera et s’arrêtera juste au-dessus de l’endroit où l’enfant est.

Leur joie est grande en découvrant ce petit bout d’homme. En le voyant, ils s’abaissent pour rendre hommage à l’enfant et lui offrent des cadeaux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

En donnant de l’encens à l’Enfant Jésus, les mages reconnaissent sa nature divine. Ce don était habituellement offert en sacrifice aux dieux et brûlé dans leurs temples.

La myrrhe pour son humanité. Dans l’Antiquité, la myrrhe était utilisée entre autres pour le culte des morts.

Enfin, de l’or en reconnaissance de la royauté de Jésus.

Intuitivement, comme s’il s’agissait d’un songe reçu ou du signe donné à travers un rêve, les pèlerins d’Orient décident de ne pas revoir Hérode. Ils doutent de son honnêteté. Ils décident donc de rentrer chez eux par un autre chemin.

Être « pèlerins » : « C’est un beau mot dont la signification mérite d’être méditée », disait le pape François le 3 août 2023. Il signifie littéralement laisser de côté la routine habituelle et se mettre en chemin avec une intention, en se déplaçant « à travers les champs » ou « au-delà de ses frontières », c’est-à-dire hors de sa zone de confort, vers un horizon de sens. Dans le mot "pèlerin", nous voyons se refléter la condition humaine, parce que chacun est appelé à se confronter à de grandes questions qui n’ont pas de réponse, une réponse simpliste ou immédiate, mais qui invitent à accomplir un voyage, à se dépasser, à aller plus loin. C’est un processus qu’un universitaire comprend bien, car la science naît ainsi. Et ainsi grandit également la recherche spirituelle. Être pèlerin, c’est marcher vers un but ou chercher un but. Il y a toujours le danger de marcher dans un labyrinthe, où il n’y a pas d’objectif. Et même pas de sortie. Méfions-nous des formules préfabriquées – ce sont des labyrinthes –, méfions-nous des réponses qui semblent à portée de main, tirées de la manche comme des cartes à jouer truquées ; méfions-nous de ces propositions qui semblent tout donner sans rien demander. Méfions-nous ! Cette méfiance est une arme pour pouvoir avancer et ne pas continuer à tourner en rond. » (…) « L’imperfection caractérise notre condition de chercheurs et de pèlerins. »

Comme ces pèlerins venus d’Orient (ou ces mages, astrologues et magiciens), prenons la route. Ne cessons jamais de suivre l’étoile à la recherche de ce qui prend naissance en soi et autour de soi, de Celui qui naît et qui re-naît. Comme l’aurait dit le pape François, ils ne sont pas restés « sur leur canapé ». Ils sont en marche.

_____________________

[1] Saint Padre Pio de Pietrelcina. Une pensée par jour, textes recueillis par père Gerardo Di Flumeri, Médiaspaul 1991, p.122.
[2] La Bible. Bayard et Médiaspaul, 2001.
[3] Frédéric Boyer. Évangiles, Gallimard, 2022.
[4] Frédéric Boyer. Évangiles, Gallimard, 2022.

LES GRANDS ESPACES

 


EN MUSIQUE: Can't stop Falling in Love (Elvis Presley)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: « Il faut accepter certaines morts »

« Il faut accepter certaines morts »
-Christian Beaulieu,
nouveau d.g. de l'Institut séculier Pie X

Malgré la grande crise qui menace de faire disparaître plusieurs communautés religieuses du Canada, l'abbé Christian Beaulieu demeure confiant en l'avenir. Il est assuré que l'Église d'ici va se relever. Cependant, pour survivre, elle a encore quelques pas à faire

« Je suis sûr qu'il y a encore des choses que l'on n'a pas encore assez laissées mourir et qui doivent mourir pour qu'il y ait renaissance, résurrection. Je pense qu’on n’est pas encore assez détaché de certaines formules, d'une certaine forme d'Église qu'on a connue. Il faut accepter certaines morts », explique le nouveau directeur général de l'Institut séculier Pie X, qui vient d'être nommé pour une troisième fois à ce poste

Cette fois-ci, c'est un défi qu'il a à relever: Donner un second souffle à son groupe religieux formé d'une dizaine de prêtres, d'une vingtaine de laïcs consacrés et d'environ 150 couples mariés. Il ne s'en cache pas: Il n'y a pas de relève.

« Ce que j'ai reçu, je voudrais que d'autres le connaisse: le bonheur d'être donné à Dieu, le bonheur d'être des choisis, des appelés? Je voudrais communiquer cela aux jeunes d'aujourd'hui », lance l'auteur et conférencier connu aux quatre coins du monde.

« Pour moi, ceux qui vont être les porteurs du flambeau sont des gens qui vont avoir fait une rencontre personnelle avec Jésus-Christ et des gens qui vont aussi avoir un feu, une passion et qui sont capables de folies en amour. L'évangélisateur d'aujourd'hui doit être prêt à donner sa vie pour ceux qu'il veut rencontrer », ajoute-t-il.

À quelques heures du nouveau millénaire, il cherche avec les membres de sa famille religieuse de nouvelles façons de porter au monde le message de Jésus. Le défi n'est pas facile à relever. Il le sait. Il croit qu'en rallumant la flamme des premières saisons de leur amour, de leurs premières années en fraternité, qu'ils donneront le goût à d'autres personnes de s'engager à leur suite.

Christian Beaulieu doit lui-même vivre des deuils en ce temps de crise, car cette nouvelle mission demande des petits sacrifices à ce qu'il aime: Moins de présence à la maison Le Pharion qu'il a fondée pour venir en aide aux jeunes à se sortir de l'enfer de la drogue et de l'alcool; remettre à plus tard des projets de livres; et refuser de donner des centaines de conférences. C'est sa façon de donner sa vie. Que ce don de lui-même soit le germe de nouvelles vocations au sein de son groupe qui envoie des missionnaires aux quatre coins ... du Canada francophone.

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, janvier 2000, page 14)