LE PRÉSENT DU PASSÉ: Un prêtre thérapeute en thérapie depuis 9 ans
Mon ami André Dumont
Un prêtre thérapeute en thérapie depuis 9 ans
Il a bien changé mon ami André Dumont! Il y avait déjà 4 ans que je ne l'avais pas rencontré. C'était à l'occasion d'une interview pour un autre magazine. Fidélité oblige, je n'ai pas été capable de m'empêcher de téléphoner pour savoir où il en est rendu dans sa vie. Prétextant une rencontre pour la Revue Sainte-Anne, il m'a accueilli les bras grands ouverts.
Son visage m'a d'abord intrigué. Qu'est-ce qui a bien pu changer autant? J'ai pensé à la coupe de sa moustache et à ses quelques rides en surplus – Après tout, il vient d'avoir 60 ans ! - , mais ce n'était pas ça.
Nous nous sommes assis l'un près de l'autre dans l'intimité du sous-sol de la maison l'Exode qu'il a fondée sur la rue Létourneux, à quelques pas du Stade Olympique à Montréal. C'est en scrutant son regard que j'ai enfin compris ce qu'il y a de transformé en lui : son masque est tombé. « L'ex-star » et prêtre du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap à Cap-de-la-Madeleine et auteur-compositeur de célèbres chansons religieuses qui ont fait le tour de la planète comme « Jésus est vivant », est descendu de son podium. Il a compris que la montée spirituelle est une descente au fond de soi.
Quel regard! Quelle transparence! Beaucoup moins pincé qu'avant, plus ouvert, plus direct ... Dieu est passé et lui a donné la grâce de la véracité
« Je suis en thérapie depuis 9 ans! C'est le prix à payer! Si tu prêches d'être vrai et authentique, ils exigent aussi cela de toi! Travailler sur l'empathie te rend franchement plus pauvre! Je n’ai pas toutes les réponses et solutions! Avant, j'avais un rôle sur le podium, mais après 20 ans on a goûté tout ce que ça veut dire! Ça donne quoi? Il y a tant de gens qui souffrent et qui ont besoin de quelqu'un en bas du podium qui va simplement s'asseoir et écouter sans juger. Il ne faut pas essayer de les amener à la messe ou au sacrement du pardon dans la demi-heure qui suit une première rencontre! À l'Exode, la thérapie sera la première véritable confession qu'ils feront », lance-t-il.
Ce qu'il a trouvé le plus difficile au début de cette mission avec les « poqués » de la vie, c'est de recevoir que très rarement un merci. Son côté animateur demandait toujours une réaction : « ça va? C'est l'fun? ça trippe? » C'est à son besoin d'approbation des autres qu'il a dû faire face.
« Ça a été confrontant pour moi d'arriver à dire : je fais juste ce que j'ai à faire, je fais ma mission et je n'attends pas la récolte, c'est gratuit », ajoute mon cher André.
Même s'il est thérapeute, il est aussi un pauvre qui a besoin de l'aide des autres. « C'est quand on exprime ses pauvretés qu'on peut se faire aimer et apprécier des autres. Souvent les gens disent : Oh! S'ils voyaient telle ou telle faille en moi!
Ça sert à quoi de se cacher? De toute façon, chaque faille en soi se voit. Plus tu joues à la cacher, plus elle paraît! Puisque tu ne l'avoues pas, les gens s'enfuient, ils foutent le camp! confie-t-il. C'est toute une leçon que la vie lui a apprise!
Au risque de faire réagir quelques personnes, il va plus loin : « Le prêtre doit être atteignable! Être capable de pleurer! En thérapie, ils m'ont fait pleurer! Dans le monde clérical, il y a très souvent une forme de censure. Il faut toujours être un modèle. Le défaut majeur d'une certaine Église à laquelle je ne veux plus appartenir est le perfectionnisme. C'est impossible! On ne peut pas être parfaits! On est des êtres humains faillibles et imparfaits par définition. Lorsque Jésus nous dit : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait, il veut juste nous dire : Monte! Sois en marche! Évolue! »
Ouff! Pas reposant le vieux! C'est tout un cadeau qu'il vient de recevoir! Il n'est plus capable de se taire! La vérité rend libre!
La plus belle chose qu'il a reçue en 9 ans aura été d'apprendre à exprimer ses émotions. Erik Dagenais, le directeur général de l'Exode, est devenu son fils adoptif. Il parle de lui avec fierté. Ce jeune au début de la trentaine issu du monde de l'alcoolisme et qui vivait dans un état suicidaire critique, a transformé la vie du religieux. « Lorsqu'il me dit : Je t'aime! Je trouve ça frémissant! », résume-t-il sa relation filiale avec lui.
De l'exil à l'Exode
C'est un peu après 1984 que commence l'expérience qui conduira l'initiateur des messes rythmées à la fin des années 1960 - surnommées : « messes à gogo » - à fonder cet organisme qui prend de plus en plus de place dans l'univers montréalais.
Sentant que la béatification du père Frédéric serait proche, il propose à l'équipe du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap d'écrire un livre sur ce personnage : « le goût de Dieu ».
Après avoir lu les lettres de Frédéric Jansoonne qu'il a dû sortir de la poussière, il remarque des traits forts chez le saint homme. Un de ceux-ci est d'aller vers les gens qui portent des souffrances intérieures. Une similitude qui se retrouve, aussi, chez saint Eugène de Mazenod, le fondateur des Oblats de Marie Immaculée.
Au moment d'écrire le livre, il reçoit un appel téléphonique, un cri de détresse d'un jeune du nom de Pierre Forest de la maison Mélaric à Pointe-du-lac. Il lui explique qu'un prêtre qui célèbre l'eucharistie à leur centre ne peut plus venir et que les gars trouvent cela difficile.
En quittant, le prêtre dit aux dirigeants du centre : « Demandez à André Dumont, il est au sanctuaire! ». « La direction de Mélaric a dit à ce jeune qui est décédé deux ans plus tard d'une overdose de trouver cet étrange personnage. Ces gens ne me connaissaient pas, car ils ne fréquentaient pas le Sanctuaire », me raconte-t-il.
Le religieux le remercie pour l'offre qui lui est faite et répond que pour l'instant, il est débordé. Le jeune Forest récidive quelques jours plus tard. André Dumont donne la même réponse.
« La troisième fois, y a été wise, il m'a dit : Je sais que tu vas me dire non, alors ne me réponds pas. J'aimerais juste que tu viennes nous visiter, juste une petite fois pour que tu saches davantage qui on est. Après tu pourras dire non. C'est là qu'il m'a eu! » se souvient en souriant le bon André.
Lors de sa visite du 3 septembre 1987, il est touché. Parmi ses surprises, un jeune lui demande un gros « Pardon de Dieu ». « Je dois t'avouer que ça valait le déplacement! » lance-t-il.
Les jeunes étaient enchantés par ce prêtre à l'allure un peu rock-n-roll. Pendant 3 ans, il fréquente ce centre. C'est pour lui comme un noviciat.
En 1990, il laisse sa ville natale où il est fort connu, Cap-de-la-Madeleine, et va s'établir anonymement à Montréal pour fonder l'Exode, un centre de réhabilitation pour faire suite aux démarches thérapeutiques.
Pour le père Dumont, le choix du site de la première maison est vraiment providentiel. C'est sa communauté religieuse qui lui offre le 2575, rue Létourneux dans le quartier le plus chaud de Montréal. Il ne pouvait pas y avoir meilleur endroit.
En août 1995, les Sœurs de la Providence se joignent à lui. Elles lancent la maison de réhabilitation pour les femmes sur la rue Dandurand. La maison est maintenant située juste en face de celle des hommes.
Le 15 mai 1999, c'est au tour de la maison de thérapie Genesis de l'Exode à Saint-Anicet d'ouvrir ses portes. Ancien domaine des Sœurs de Sainte-Croix qui comprend 5 millions de pieds carrés, Genesis offre une thérapie pour se sortir de toutes formes de dépendances dont l'alcoolisme et la toxicomanie. Le programme thérapeutique comprend 4 étapes de 21 jours.
André Dumont est un homme de projets, un bâtisseur. Il a encore un rêve pour l'Exode : Des logements supervisés pour compléter la démarche de réinsertion. Il cherche un ou des généreux donateurs qui permettront à l'organisme d'acheter un immeuble à logements contenant uniquement des 1 1/2 pièces. Comme je sais que Dieu a toujours été bon envers lui, j'ai la certitude qu'il inspirera quelques personnes.
C'est vrai qu'il a changé mon ami André. Le prêtre thérapeute a été « thérapeutisé ». Il reste le même bonhomme que j'ai connu, sauf que maintenant ce qu'il dégage parle plus que ce qu'il dit. Une lumière a jailli dans les ténèbres de ses yeux.
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, janvier 2000, page 7)
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