-Jean-Marie Jodoin
«J'ai traversé la plus longue enquête de la Commission de police du Québec. Durant 10 ans, j'ai été très seul. Quand tu vis une situation comme celle-là et que tu es patron, il n'y a personne autour de toi. Tu dois porter le chapeau et marcher avec ça. Cette intense solitude m'a rapproché de Dieu. Cela m'a permis de le voir et de le sentir. Quand tu arrives devant un vide et que tu penses que tu es seul, c'est là que tu commences à découvrir qu'à l'intérieur de toi, il y a quelqu'un qui te parle. Tu as moins peur, car tu n'es plus seul», confie Jean-Marie Jodoin, directeur de la police de Cap-de-la-Madeleine et conseiller spirituel de l'Association des policiers et des pompiers du Québec.
Cette opération policière concernait une série d'abus de pouvoir de l'ex-lieutenant responsable des enquêtes de Cap-de-la-Madeleine. Au moment où ceux-ci se sont produites, monsieur Jodoin ne pouvait pas intervenir, parce que le fautif était son égal au sein de l'organisation. Le lieutenant Jodoin est, finalement, nommé directeur de la boîte. Rapidement, il fait des mises en garde à cet homme devenu son employé.
«Il a fait une erreur et de celle-ci a découlé la divulgation de 75 autres dossiers d'abus de pouvoir. Il a fallu apporter des preuves à chacune des accusations et déposer ça à la Commission. Il a été congédié après 10 ans d'enquêtes et de procédures», indique ce père de garçons de 26 et 30 ans.
Toutes ces années au service de la police madelinoise ont été difficiles pour lui. Plus sa douleur était intense, plus il s'approchait de Dieu.
«Quand un chien se blesse, il s'en va dans sa niche et lèche sa plaie. Quand elle est guérie, il sort. Quand je m'en allais dans ma niche, j'allais vers Dieu pour faire lécher ma plaie. J'allais chercher un peu de compréhension en lui», ajoute l'homme de 53 ans dont l'épouse se prénomme Micheline.
C'est ce chemin de souffrance qui le conduit à l'ordination au diaconat permanent, le 6 décembre 1992. Dans cette grande célébration qui avait lieu à la Basilique Notre-Dame-du-Cap, il se consacre définitivement au service de Dieu, de l'Église et du peuple des rachetés.
Au service
Il considère qu'il a toujours été un gars de service. Il aurait pu opter pour un autre métier, mais il a choisi une carrière au service des gens. Le diaconat lui a simplement permis de confirmer ce choix.
«C'est la motivation de ma foi qui fait la différence. Je me suis dit : " J'ai envie de
me donner à Dieu et d'être capable de faire ça jusqu'à la fin de mes jours», lance-t-il.
Les rapports avec ses collègues de travail sont cordiaux et profonds. Son équipe n'a pas de difficultés à entrer en relation avec lui. Dès le départ, il ne s'est pas montré menaçant pour démontrer qu'il est un gars qui vit en état de service et non en état de domination.
Pour Jean-Marie Jodoin, il n'est pas question d'imposer la prière avant de commencer un quart de travail ou d'évangéliser ses collègues. Il veut simplement essayer d'agir en chrétien. Les agissements parlent plus que les paroles.
«Lorsqu'un fervent des Canadiens a perdu son match de hockey, son quotidien est influencé par cela. Ma première action en me levant le matin est d'ouvrir le "Prions en Église ". L'Évangile me transporte et m'inspire au fil de ma journée», explique ce directeur aux cheveux poivre et sel et aux yeux couleur du ciel.
Puisqu'il est diacre, son travail prend une dimension plus humaine. Il y a quelques jours, la conjointe d'un de ses collègues s'est suicidée. Tard le soir, il a été informé par téléphone du drame. Rapidement, la procédure policière s'est mise en route. Il intervient rarement dans celle-ci, car ses officiers la connaissent bien.
«J'ai mis en marche mon côté chrétien en m'assurant, notamment, qu'il y ait de bonnes personnes - les meilleures - autour de lui dans les prochaines semaines», révèle-t-il.
«Il n'y avait pas que lui, bien des gars au poste m'ont confié ce que ça venait déranger à l'intérieur d'eux. Si j'étais un chef de police comme les autres, ces confidences n'existeraient pas. Le diaconat amène une nouvelle dimension à mes relations avec eux», conclut-il.
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, novembre 1996, page 443)
