LE PRÉSENT DU PASSÉ: Chez Rona, la spiritualité n'est pas un sujet tabou

Chez Rona, la spiritualité n'est pas un sujet tabou

MONTRÉAL – Il n'y a pas de doute pour Robert Dutton, président et directeur général de Rona, la quête spirituelle et la recherche de sens à la vie sont des démarches personnelles. Elle n'est pas l'affaire de groupes et de business. « Il faut éviter de demander à l'entreprise plus qu'elle ne peut donner. Il ne lui appartient pas de donner un sens à la vie des gens », a-t-il lancé aux participants du Forum international sur le management, l'éthique et la spiritualité (FIMES), le 25 mai, à l'École des hautes études commerciales (HÉC).

Cependant, l'entreprise peut la faciliter. Puisqu'il est impossible de dissocier les différents aspects de l'être humain, car – qu'il soit au travail ou à la maison – il demeure entier. Il y a en lui un caractère indivisible. Il lui est impossible de laisser sa dimension spirituelle à la maison avant de s'en aller travailler. L'employeur doit tenir compte de cette facette de la personnalité humaine.

« Il y a quelques années, Rona a embauché des séminaristes pour un emploi d'été. Il s'agissait d'emplois manuels, comme ceux qu'on offre à tous les étudiants, et les séminaristes n'avaient aucune autre mission que de manutentionner des marchandises dans l'entrepôt. Mais les nouvelles vont vite. Et en très peu de temps, j'eus la surprise de découvrir que les employés réguliers de RONA profitaient des pauses-café et des pauses-déjeuner pour aborder avec les séminaristes des questions d'ordre existentiel et spirituel, pour leur parler de leurs angoisses, de leurs espoirs, bref… du sens de leur vie. Je l'ai dit, on se transporte au travail tout entier », a raconté Robert Dutton pour illustrer son propos.

Business et spiritualité
Le chef d'entreprise ne passe pas par quatre chemins : même si ce n'est pas le rôle de l'entreprise de donner un sens à la vie des gens, chaque personne doit travailler à donner un sens à la vie des entreprises. Il trouve malheureux que plusieurs entrepreneurs n'aient pas compris cela.

Il y a peu de temps, lors d'une causerie sur les perspectives de développement de Rona donnée à des financiers, il entend un homme d'affaires chuchoter sur un ton moqueur à un collègue : « Tant de passion pour vendre des clous ! »

« De toute évidence, il manquait à ce financier la contribution des individus à la vie de l'entreprise et qui, je le rappelle, s'incarne par cette petite phrase : "Est-ce que je peux vous aider ?" C'est là qu'intervient la passion… », a-t-il insisté devant les participants au FIMES. Il croit que la spiritualité peut donner un « supplément d'âme », pour reprendre le dicton de Bergson, afin de donner une raison d'être à l'esprit d'entreprise.

Benoît Voyer, journaliste 

(Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 349)