« On en vient avec les années à se prendre un peu trop au sérieux. Pour être heureux, il faut en venir à être capable de rire de soi… »
Par Benoît Voyer
MONTRÉAL – Bip ! Bip ! Bip ! Le réveil-matin du frère Jean-Guy Roy annonce une nouvelle journée, comme le coq de la basse-cour chante le cocorico annonciateur des premiers rayons du soleil. Il est 5 h 45.
Il fait sa toilette matinale et retourne dans son intimité. Assis, il écoute les plus belles mélodies du répertoire classique en lisant quelques bribes de propos spirituels. Comme à chaque matin, il entre dans la vie à petits pas…
Après de longues minutes, il range son bouquin, ferme les yeux et se questionne : « Aujourd'hui, à qui vais-je dire merci ? » Il identifie trois ou quatre personnes et les raisons. À son agenda, il inscrit des notes afin de ne pas manquer ces occasions de semences vivifiantes.
Il poursuit son rituel quotidien en priant. Il sort une liste de prénoms et de noms comme à chaque matin. Une promesse, c'est une promesse ! Lorsqu'il dit : « Je vais prier pour toi ! », il n'y a pas de doute qu'il le fera. Afin de ne pas oublier ces gens, il tient cette liste à jour. Quelques-uns sont là depuis plusieurs années.
Même s'il a perdu le contact avec l'un ou l'autre, il reste fidèle. « C'est ma façon d'être solidaire et en lien avec chaque personne que je parraine spirituellement », confie-t-il.
Enfin, il peut sortir de sa cellule et prendre l'envol vers une autre journée de la vie. Après le petit-déjeuner avec ses confrères, il prend la route de son bureau du 505, avenue du Mont-Cassin, où il assure le développement et la gestion de Radio Ville-Marie, la station radiophonique qui tente de jeter un regard nouveau sur l'homme et la femme, une vision qui donne un sens à la quête existentielle.
Je crois…
Pour Jean-Guy Roy, « la vie » est synonyme de « doutes » parce qu'il faut douter pour avoir foi en quelqu'un qui donne une valeur à la finitude humaine.
« La foi c'est comme la flamme qui fait que je suis capable de donner une signification à mes humbles pas, à ce que je suis, et qui donne l'espérance en la vie. Je ne suis pas qu'un paquet d'os et un bout de chair ! Je suis habité par quelqu'un qui me donne des défis à relever et qui m'amène à devenir foncièrement qui je suis », ajoute le religieux né le 3 juin 1953.
en la vie
« Quelle est la différence entre les yeux qui ont un regard et les yeux qui n'en ont pas ? Cette différence a un nom : c'est la vie. La vie commence là où commence le regard », écrit la romancière Amélie Nothomb dans « Métaphysique des tubes ».
Le frère Roy est assurément un homme au regard vivant. « Libérer la vie » est son programme existentiel, un leitmotiv qui se résume, depuis son adhésion à la congrégation des Frères du Sacré-Cœur, par « être le levain dans la pâte ».
C'est l'histoire de ses engagements que de faire éclater ce qui est beau et grand en l'être humain et de contribuer à l'épanouissement de ce dernier. Croire en la vie, c'est avoir foi en l'humanité et en sa capacité d'aimer et d'être aimé.
Comment susciter la vie ? Son programme se résume en deux étapes : être à l'écoute de soi et de l'autre dans le respect et avoir un esprit d'humilité. Il ne développe pas le premier point qu'il considère assez clair, mais se fait plus bavard sur le second item : « Être porteur de vie, c'est être attentif aux fragilités du monde contemporain… C'est de la cassure que peut jaillir quelque chose de beau ou c'est du chaos que naissent la vie et l'espérance ! Il n'y a que dans la crise intérieure, où tout est bousculé et remis en question, qu'il est possible de trouver un tremplin pour plonger dans le futur de l'existence. Ce qui fait la grandeur de l'humain est sa fragilité. Elle est notre richesse… C'est par ma petitesse que je fais des merveilles ! L'humilité, c'est être capable d'aller en soi, d'être à l'écoute de son intériorité. »
Il abonde dans le même sens que le roi catholique, le pape Jean-Paul II, qui affirme dans la lettre apostolique sur le sens chrétien de la souffrance humaine, publiée en 1984 : « La souffrance doit servir à la conversion, c'est-à-dire à la reconstruction du bien dans le sujet qui peut reconnaître la miséricorde divine dans la pénitence. »
Selon le directeur général de Radio Ville-Marie, la rencontre du Dieu vivant se fait dans la communion avec les autres : « Si je ne peux pas le voir dans le frère ou la sœur avec qui je travaille, il me semble que ça fait un Dieu de plâtre… »
La vie est simple. Il regrette que l'humain la complique inutilement. « On en vient avec les années à se prendre un peu trop au sérieux. Pour être heureux, il faut en venir à être capable de rire de soi… », ajoute l'éternel optimiste.
et au service des autres
Au service de Radio Ville-Marie depuis le 1ᵉʳ mars 2000, Jean-Guy Roy a été supérieur provincial de la province montréalaise et assistant général à Rome au sein des Frères du Sacré-Cœur, communauté religieuse à laquelle il appartient.
Il a été directeur de l'Office de la jeunesse et de l'éducation chrétienne au diocèse catholique romain de Saint-Hyacinthe et des services aux étudiants au Collège Mont Sacré-Cœur de Granby.
Enfin, il a été membre de missions pour le compte d'organisations internationales « en matière socio-éducative », dont l'UNESCO, est l'auteur de plusieurs articles et a assuré la direction de plusieurs publications sur la culture des jeunes, dont « Bonjour Seigneur : 100 jeunes parlent à Dieu », « Nos cris et nos rêves : 150 jeunes parlent au monde » et « Un jour la paix : 200 jeunes parlent de paix ».
Il entre au noviciat des Frères du Sacré-Cœur en 1970 et fait ses premières promesses le 15 août 1971. Ses vœux perpétuels sont prononcés le 30 septembre 1979 au collège Mont Sacré-Cœur de Granby, à l'occasion de l'anniversaire de fondation de l'institut.
« J'ai connu les Frères du Sacré-Cœur à Verdun, en 1969. J'ai été séduit par leur engagement auprès des jeunes, leur spiritualité axée sur l'amour et leur joie de vivre. J'ai fait des études en orthopédagogie, mais je n'ai jamais travaillé dans mon domaine d'études parce qu'on m'a toujours confié des postes de direction », relate-t-il.
Né à Matapédia, un village du Bas-du-Fleuve, ce huitième enfant d'une famille de neuf a grandi à Farnham, municipalité de la Montérégie où le bienheureux Alfred Bessette, alias le Frère André, a vécu la plus grande partie de sa jeunesse. Il a fait ses études primaires et secondaires chez les sœurs de la Présentation de Marie et chez les Frères de l'instruction chrétienne (école St-Romuald).
Le frère Jean-Guy Roy est fier de son itinéraire et heureux des missions qui lui sont confiées. Le soir, avant de se coucher, il dit : « Merci mon Dieu pour la vie ! » Il s'endort le sourire aux lèvres, content de ses bons coups et riant de lui-même pour ses bévues. Paisiblement, il attend le prochain cocorico électronique qui le relancera de nouveau dans la trépidante aventure humaine.
(Revue Sainte-Anne, juillet-août 2001, page 247)
