« Je suis un chercheur didactique. J'aime que ma recherche profite aux autres. Je ne pourrais pas vivre isolé. J'ai besoin de communiquer et de rencontrer des gens. [...] Depuis toujours, ce qui me fait le mieux vivre est de faire des choses significatives pour la société. J'ai toujours eu la prétention d'être, avec d'autres, un instrument de développement culturel et un éveilleur qui amène les gens à réfléchir. »
Par Benoît Voyer
La vérité
Paul-André Comeau est un chercheur de vérité. N'est-ce pas l'importance de celle-ci que le pape Jean-Paul II rappelait, en 1993, dans sa lettre encyclique Veritatis Splendor sur quelques questions fondamentales de l'enseignement moral de l'Église ? « S'il existe un droit à être respecté dans son propre itinéraire de recherche de la vérité, il existe encore antérieurement l'obligation morale grave pour tous de chercher la vérité et, une fois qu'elle est connue, d'y adhérer », écrivait-il. N'est-ce pas la pensée de l'apôtre Jean qui écrit dans son évangile : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière » ?
Qu'est-ce que la vérité ? « C'est une situation idéale où on est sûr de la réalité du fait, de l'explication et de la signification. Il y a donc très peu de vérités… Celles qui existent sont fondamentales et elles débouchent toutes sur des questions relativement simples, mais immenses (!), sur le sens de notre passage sur terre », explique Paul-André Comeau.
Toutefois comment trouver la vérité ? « C'est une démarche personnelle. La recherche de la vérité, c'est la volonté d'aller au-delà des apparences et d'accepter de mettre entre parenthèses le relativisme ou les recettes faciles. La vérité, c'est le début de l'absolu. Ce sont les quelques grandes certitudes qui peuvent nous surprendre et, dans certains cas, nous éblouir », ajoute-t-il.
C'est dans cette recherche de l'absolu qu'il souhaite que l'Église catholique se place. À sa façon, il redit, sans le savoir, ce qu'un patron d'une salle de presse a dit, en 1992, au Comité des communications de l'AÉQ : « Autrefois on respectait celui qui possédait la vérité, maintenant on respecte celui qui cherche… qui sait aussi faire part de ses doutes. »
Sortir du pessimisme
L'information médiatique est un départ pour se dégager de ce pessimisme ou de ce marasme du relativisme. Cependant, elle n'est pas la réponse. Elle amène à réfléchir aux questions de sens et à voir si l'une ou l'autre pourrait se rapprocher de la vérité.
« Je ne pense pas qu'une personne bien informée, qui a structuré ses schèmes de références, puisse être capable de répondre aux questions fondamentales. Il faut faire un pas au-delà et, là, c'est toute la marche qui sépare l'humanisme de la croyance. Il y a tout un pont à franchir. Il n'est pas évident et il ne s'impose pas de soi », pense l'érudit.
Comment faire ce passage transcendantal ? La question l'embarrasse un peu. Il réfléchit quelques secondes avant de tenter une réponse. Après un long silence, il verbalise sa pensée : « Les certitudes d’hier semblent avoir été toutes évacuées… Certains vont le faire d'eux-mêmes par une démarche consciente, par une réflexion. C'est, à mon point de vue, c'est le petit lot. Je pense que c'est par le contact avec des gens qui ont un message qui peut nous amener à franchir cette étape. Sinon, il y a une certaine quiétude à être bien informé, à comprendre les choses et à couler une existence normale parce qu'on est préoccupé par les problèmes d'autrui, mais, à la longue, je crois que c'est insatisfaisant. »
Pour le journaliste, l'Église a joué un rôle prophétique lors du Concile Vatican II. Il remarque qu'elle est la seule société internationale qui est à la fois le réceptacle de valeurs, de pratiques et de croyances universelles et, aussi, par ses incarnations dans les régions, les pays et les sociétés, profondément enracinée. Il trouve cela fort intéressant parce qu'elle est capable de répondre à l'inquiétude des jeunes et des moins jeunes devant la tendance à la mondialisation et la nécessité de se raccrocher à son terroir, à sa société, à des valeurs plus locales.
« L'Église me semble à la convergence incroyable du cri du cœur et de l'inquiétude d'aujourd'hui. Contrairement à un certain pessimisme, l'Église a en main des éléments pour donner un nouveau souffle à la proclamation de son message et, surtout, dans sa tentative de rejoindre les gens parce qu'ils sont un peu déstabilisés par le relativisme et les problèmes rattachés à cela. Elle est en mesure d'offrir des solutions sérieuses », croit-il profondément. Il encourage l'Église à prendre une place de plus en plus grande dans les médias tout en faisant attention à ne pas être une voix parmi tant d'autres. « Son message doit rester un message fort ! »
Un passé garant de l'avenir
Cet héritage chrétien, Paul-André Comeau le connaît bien. Cet homme est habité par une présence particulière, par des valeurs de sagesse. Il sourit à ces propos et répond qu'il y a surtout en lui des valeurs d'inquiétude et d'imperfection.
« Je n'ai jamais la certitude d'avoir réussi et je n'ai pas la conviction d'avoir trouvé la réponse définitive à toutes les questions que je pose. La valeur à laquelle je me rattache, sur le plan professionnel et personnel, est la nécessité et le goût de toujours faire mieux la prochaine fois. Dans un sens, je suis probablement en recherche d'absolu. C'est l'héritage que j'ai reçu d'un professeur de l'externat classique », dit-il en faisant de l'introspection en lui, car ce n'est pas tous les jours qu'on se fait questionner sur les valeurs fondamentales de sa vie.
L'abbé Hectorien Chapdelaine, professeur au Collège Mgr Prince de Granby, ville où il s'établit à l'âge de 10 ans, a fortement influencé sa personnalité. Il n’a que des éloges à son égard : « Ce bonhomme, qui n'avait pas fait des études au-delà de son grand séminaire, avait le don de nous provoquer et de nous obliger à être meilleurs. Il y avait chez lui une recherche de l'élitisme intellectuel. Je suis reconnaissant à ce prêtre – lorsque j'avais 13 et 14 ans – de m'avoir profondément marqué et de m'avoir incité à me remettre continuellement en question. »
La vie malgré les épreuves
Le vieux dicton dit qu'il n'y a rien qui n’arrive pour rien dans la vie. Les épreuves sont là pour nous inciter à grandir. Paul-André Comeau en sait quelque chose. Il y a 7 ans, il perdait son fils unique de 27 ans, un pédiatre voué à un brillant avenir.
Il est facile à comprendre qu'il est peu bavard sur le sujet à cause de la peine que ce souvenir provoque en lui. Parfois, il y a des événements pénibles à comprendre sur la route de la vie. Paul-André Comeau affirme que ce moment difficile l'a amené à réfléchir sur le sens de sa vie. Il a compris qu'il est encore ici afin de tenter de continuer à s'améliorer et à partager ce qui l'habite.
(Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 343)
