LE PRÉSENT DU PASSÉ: René Constantin se souviendra toute sa vie du 10 janvier 1999

René Constantin se souviendra toute sa vie du 10 janvier 1999


«J'étais prêt à partir au ciel, à me sacrifier ... »

Par Benoît Voyer, journaliste


« Lors de mes dernières vacances d'été, je suis allé à Québec. Lorsque je retourne dans ce coin d'où je suis originaire, c'est plus fort que moi : il faut que je passe par le cimetière ! Lors de cette visite, j'ai bien regardé les obélisques des Constantin de sexe masculin. Il n’y en a pas un qui passe 60 ans ! » raconte René Constantin, représentant technique des ventes chez Boehme Filatex, à Saint-Jean-sur-Richelieu, et citoyen de la rue Gince, à Granby, qui vient, lui-même, d'avoir ses 60 ans. Ce détail généalogique l'a bien fait réfléchir.

Comme ses ancêtres établis au pays depuis 1660, il porte un sérieux problème cardiaque qui a failli le transporter directement à la mort, il n'y a pas longtemps. « Si je n'avais pas eu Dieu et la prière, je n'aurais pas été capable de passer à travers cette épreuve. J'ai approché Dieu dans la mort. Il est tellement merveilleux ! » lance-t-il.

Cobaye
Ses problèmes de cœur ne datent pas d'hier. Il y a cinq ans, il a dû être hospitalisé pour subir une dilatation. Il y a deux ans, les spécialistes découvrent de nouveau en lui une artère bloquée à 70 %.

« J'ai passé le temps de Noël 1998 en faisant une à deux crises d'angine par jour. Le 10 janvier 1999, j'entre à l'Institut de cardiologie de Montréal. Le matin, en arrivant, une infirmière me rencontre. Elle me dit : « Le médecin vous a contacté ? » Je réponds : « Non ! » Elle ajoute : « On va s'asseoir et je vais vous expliquer. » Elle sort devant moi un cœur transparent en polymère. À l'intérieur, je vois comme un petit ressort. Elle dit : « Probablement que nous allons vous poser un petit ressort à l'intérieur de l'artère, mais nous avons un programme bien plus révolutionnaire que cela qui est à l'état d'essai. Après avoir fait une dilatation, on brûle l'intérieur de l'artère par radioactivité », raconte en détail le nouveau sexagénaire.

L'infirmière lui expose toutes les conséquences de l'intervention. Elle lui dit, notamment, que l'impact sur son problème sera minime et qu'il permettra l'avancement de la science. Le nouveau procédé qu'elle lui propose s'appelle « Bêta 4 ».

« Elle me demande d'accepter d'être un cobaye pour ce programme mondial destiné à 1500 personnes. Sept cent cinquante devaient recevoir la radioactivité. Pendant deux ans, nous sommes ensuite suivis pour voir l'évolution entre les deux groupes. Elle me donne, finalement, une heure pour réfléchir. « Un médecin viendra vous faire signer un protocole si vous êtes d'accord », me dit-elle », renchérit l'homme de cœur.

Il réfléchit, médite et prie. Il accepte la proposition afin d'aider ses enfants, ses petits-enfants et sa famille en leur donnant une plus grande espérance de vie. Puisqu'il est croyant, il demande à son frère et à sa parenté décédée de l'aider à passer à travers cette difficile épreuve. La convention est signée à 10 h.

Intervention chirurgicale
René Constantin passe l'après-midi au repos, sur une civière, à attendre. À 15 h 30, on le transporte à la salle des chirurgies.

La dilatation se passe bien. La pose du petit ressort est une réussite.

« Au moment où ils ont passé le cathéter pour me traiter à la radioactivité, ils m'ont dit en anglais : « Il y a quelque chose qui ne va pas ; il y a une fuite de radioactivité ! » Le médecin à l'intérieur de la salle de chirurgie demande à ceux qui étaient à l'extérieur : « Qu'est-ce que je dois faire ? » Ils lui ont dit de sortir le tube le plus vite possible. Des billes sont tombées par terre. Puisque je n'étais pas endormi, je voyais le détecteur de radioactivité se promener devant moi. J'étais là, immobile. C'était stressant ! Je ne pouvais pas bouger… », se souvient-il.

Toute l'équipe d'intervention confie le malade à une infirmière afin qu'elle surveille ses signes vitaux et se réfugie sans tarder en réunion téléphonique en compagnie du médecin du fabricant du nouveau système qui était dans la région d'Ottawa, afin de connaître ce qu'il fait en telle situation. Ne sachant pas trop comment réagir, il demande de communiquer sans tarder avec un médecin américain. La rencontre dure entre 40 et 50 minutes.

« Durant ce temps, j'étais seul… Personne ne me parlait. Je n'étais pas accompagné psychologiquement. J'ai prié. Je me suis abandonné. J'étais prêt à partir au ciel, à me sacrifier », raconte-t-il.

Expérience mystique

Durant cette interminable attente, René Constantin fait une expérience mystique qui change sa vie :

« Mon frère est venu dans le corps d'un médecin qui était à l'extérieur de la salle d'opération dans la première partie de l'intervention. Quand il est entré, il a dirigé l'équipe. Physiquement, c'était vraiment mon frère décédé quelques années plus tôt. Il m'a fait un autre procédé de radioactivité. Je crois vraiment que c'était mon frère qui a agi par l'intermédiaire de ce médecin. Tout s'est bien déroulé, jusqu'à la fin », accepte-t-il de confier à la Revue Sainte Anne.

Le soir venu, il se recueille dans le fond de sa chambre de l'Institut de cardiologie de Montréal. Il remercie Dieu et ses proches de l'avoir accompagné durant ces longues heures.

Il poursuit : « Ce soir-là, ma sœur décédée un an plus tôt est venue prendre soin de moi. Elle m'a dorloté. Elle est passée par une infirmière. Elle m'a dit : « On va changer ton lit. » Elle m'a changé de civière. Je me suis mis à pleurer. Je suis un gros sensible ! J'ai dit à l'infirmière : « Tu ressembles à ma sœur, pas juste physiquement, mais aussi dans ta façon de parler ! » Lorsqu'elle me parlait, elle ne m'appelait pas « Monsieur », mais simplement René. »

Et maintenant
Depuis cette importante intervention chirurgicale, René Constantin a eu trois autres dilatations au cœur (mars et septembre 1999 et mai 2000).

Il ne fait plus de crises d'angine et n'a plus de douleurs, mais il continue à avoir un problème de circulation à l'intérieur des artères.

« Je me croise les doigts et je continue à prier pour que le mieux arrive. Je ne souhaite pas mourir, mais si le bon Dieu décide que c'est mieux pour moi, je suis prêt à aller le rejoindre », conclut-il sereinement.

(Revue Sainte Anne, avril 2001, page 151)