LE PRÉSENT DU PASSÉ: Expérience intérieure sur les traces de Jésus nazaréen

Expérience intérieure sur les traces de Jésus nazaréen

Par Benoît Voyer, journaliste


GRANBY - Il n'y a pas de prix pour permettre aux gens de vivre une expérience d'intériorité. Un groupe de croyants a rassemblé 22 000$ en argent pour offrir en cadeau, à la maison des Trinitaires et des captifs de Granby, une reproduction originale d'une statue de Jésus nazaréen.

Lors d'un périple en Espagne, en compagnie de quelques Trinitaires, à l'occasion du 800e anniversaire de l'ordre religieux fondé par saint Jean de Matha, l'idée d'une statue grandeur nature pour le centre de ressourcement surgit en Adrienne Matton. Dès son retour au Canada, elle convainc des gens un à un, d'investir dans ce projet. Elle ramasse juste assez d'argent pour faire fabriquer une copie en Espagne et assurer le coût du transport jusqu'à Granby.

« Lorsque je travaillais à la maison des Trinitaires, le père Armand Gagné faisait toujours ses ministères de libération intérieure devant une statuette qu'il avait rapportée d'Espagne. C'est en voyant les fruits de sa prière que je me suis attachée à ce Jésus souffrant aux mains ligotées. Je l'ai toujours trouvé beau! II m'a toujours touché! C'est comme s'il vivait les mêmes esclavages intérieurs que moi », confie-t-elle, les yeux remplis d'émotions, à la Revue sainte Anne.

La dévotion à Jésus nazaréen, un christ esclave, ne date pas d'hier. Déjà, dans les années 1600, des gens attribuaient des guérisons intérieures et physiques au contact de la statue originale, bien préservée à Madrid. Elle attire toujours un grand nombre de visiteurs et, selon la rumeur, fait encore des miracles.

Qui est ce Jésus? Adrienne Matton répond avec ses simples mots : « C'est le Jésus de la Passion, le Jésus de la Semaine Sainte. C'est le Jésus qui s'est laissé attacher, voire emprisonné, pour nous libérer. C'est le Jésus libérateur, le Jésus guérisseur. C'est pour nous guérir de nos blessures qu'il a accepté toutesces souffrances-là! »

Le contact en « chair et en os » avec la statue de Granby provoque une réaction en soi. Il amène un questionnement de l'être, une entrée en soi. N'est-ce pas le Dieu d'Abraham qui disait au père de la foi juive : « Va vers toi-même ... » (Gen 12,1) ?

L'expérience ébranle l'intériorité. Cette représentation de Jésus dérange! Comme l'écrivait Annick de Souzenelle dans son livre « Résonance biblique » : « Le danger est si grand de toujours ériger nos idées en idoles! Mourir à nous-mêmes dans ces chères idées acquises, nos vérités tenues pour immuables et nos sagesses, c'est de cela qu'il s'agit pour naître à de nouvelles lumières » (Annick de Souzenelle, Résonnance biblique, Albin Michel spiritualités, 2001, page 10).

Une dévotion, une expérience
Adrienne Matton reprend peu à peu une vie normale à la suite d'un sévère malaise cardiaque. Puisque sa santé ne lui permet pas pour l'instant un retour sur le marché du travail, elle consacre tout son temps à la propagation de la spiritualité de son protégé.

« Un jour, l'abbé Lucien Côté m'a dit : Adrienne, tu as une mission à accomplir pour le nazaréen! Je lui réponds : Je veux bien, mais quoi? Il n'a rien répondu de significatif. Quelques jours plus tard, j'ai eu l'inspiration de mettre en place des petites cellules de prière dans les familles. Dans mon cœur, je sentais qu'il fallait que je mise sur trois villes : Granby, Drummondville et Montréal », raconte-t-elle. L'expérience a également pris d'autres directions géographiques depuis ce temps.

Les soirées des cellules Jésus nazaréen sont assez simples. Chacune regroupe de quatre à quinze personnes dans une maison privée ou un logement, une dizaine de fois par année. Au centre de la pièce, quelques cierges et une représentation du nazaréen souffrant.

Après l'accueil chaleureux de chaque participant, se succèdent chants, prière petite causerie sur le thème des souffrances de Jésus et partage sur ce sujet, intercession pour les besoins du groupe, petites onctions d'huile, témoignages et, si un ministre du culte participe, eucharistie.

Les cellules Jésus nazaréen offrent une véritable et sensible expérience de rencontre intérieure avec ce Jésus qui, selon le témoignage de ses apôtres, est toujours bien vivant.

Histoire de Jésus nazaréen

La Marmora était une forteresse militaire, située au nord du Maroc et occupée par un régiment espagnol. En 1681, elle fut prise d'assaut par des forces berbères. Les survivants furent faits prisonniers et conduits à Méquinez pour être vendus comme esclaves. Il y avait également dans cette forteresse 16 statues religieuses sculptées dans le bois. Parmi elles, il y en avait une très belle et très expressive. Elle était de grandeur nature et représentait le Christ rédempteur, vénéré dans l'ordre des Trinitaires sous le vocable de Jésus nazaréen.

Habituellement, les Musulmans brûlaient ces statues après les avoir dépouillées et profanées parce qu'elles étaient considérées par eux comme des objets d'idolâtrie. Cette fois-ci, par contre, au lieu de les détruire, vu leur beauté exceptionnelle, ils ont décidé de les garder pour les revendre aux Chrétiens.

Les Trinitaires, apprenant le malheur qui frappait la Marmora, ne tardèrent pas à organiser une expédition de rédemption. En effet, l'année suivante, soit en 1682, grâce à une expédition qui fut un succès, les Trinitaires entrèrent en Espagne avec 211 esclaves et les 16 statues qu'ils avaient réussi à racheter.

Ce Jésus esclave trouva, grâce au zèle des Trinitaires, une grande popularité. Elle traverse maintenant les frontières de l'Espagne. Des répliques sont vénérées dans plusieurs pays, mais de façon particulière dans des régions où il y a eu des persécutions religieuses: la Pologne, la Lituanie, l'Ukraine, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Roumanie, la Turquie et plusieurs autres régions.

(Revue sainte Anne, mars 2002, pages 117)