LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le Sanctuaire Kateri-Tekakwitha

Le Sanctuaire Kateri-Tekakwitha

Pour imiter toutes ces personnes qui ont confiance en elle, je cherche ce que je peux bien déposer sur la tombe de Kateri ... « Pourquoi pas! Voici ma carte professionnelle ... Si tu es bien vivante et si Dieu l'est aussi [...] vous aurez l'adresse où me trouver! »

Par Benoît Voyer


KANAWAKE - Ce lundi 25 juin 2001 est une journée comme les autres. Elle est presque banale tellement elle ressemble aux autres de mon quotidien.

Au volant de mon automobile, je sillonne les rues de Montréal. Dans mon imagination, je me laisse aller au gré de mes fantaisies. Je pense à tout sans penser à rien de précis.

« Tiens! Tiens! Je vais aller faire un tour chez les amérindiens! Il y a longtemps que je ne suis pas allé ... », me dis-je, l'esprit vagabond

Je traverse le pont Mercier et, hop! j'entre dans ce grand village différent des autres du Québec. Une visite à Kanawake c'est le dépaysement assuré.

J'aime visiter les peuples autochtones québécois. Est-ce que c'est parce qu'ils me ramènent aux sources continentales? Est-ce que c'est à cause des racines amérindiennes de mes enfants? Est-ce que c'est parce que mon cœur a été touché d'une manière particulière, au fil des ans, par l'histoire de Kateri Tekakwitha (1656-1680), une jeune amérindienne qui a été béatifiée par le pape Jean-Paul Il en 1980? Je ne sais guère et cela n'a pas d'importance aujourd'hui. Ce matin, j'ai juste le goût d'une petite visite pour me détendre et goûter la quiétude de ce village.

Me voici devant la chapelle de la Mission catholique Saint-François-Xavier, devenue, depuis quelques années, le Sanctuaire Kateri-Teckakwitha afin de commémorer le souvenir de la sainte amérindienne née à Ossernenon. Ce petit village nomade de l'actuelle région d'Auriesville et de Fonda dans l'État américain de New York est un haut lieu de notre historiographie nationale qu'il faut visiter. C'est sur le site du sanctuaire des Jésuites d'Auriesville qu'ont été martyrisés René Goupil, Jean de Lalande et Isaac Jogues entre 1642 et 1646. C'est aussi en ce lieu qu'est née, en 1656, Kateri Tekakwitha. Elle sera baptisée, 20 ans plus tard, dans ce même village déménagé à quelques kilomètres plus à l'Ouest. Le sanctuaire Kateri-Tekakwitha de Fonda rappelle ce souvenir.

Ce matin, j'entre dans le sanctuaire de Kanawake comme en n'importe quel lieu touristique. Je regarde les magnifiques peintures au plafond, crées entre 1924 et 1928 par Guido Ninchiri, peintre et maître verrier dont il est facile de comparer le talent de Michel-Ange, la lampe du sanctuaire en argent massif qui a été donnée à la mission Saint-François-Xavier durant le régime français par un bienfaiteur parisien et le chemin de croix fabriqué par les artisans de la Cie Carli-Petruci de Milan, acheté en 1926 à Montréal, par des autochtones, où les légendes sont écrites en langue mohawk

La tombe de Kateri m'attire. Autour de celle-ci, sont exposées des dizaines et des dizaines de photographies et d'objets que les visiteurs laissent pour implore son intercession. Je n'ai jamais vu une telle dévotion pour une sainte d'ici. Le bienheureux Frère André est assurément, avec elle, les deux intercesseurs préférés des québécois. Il faut presque croire qu'ils seront, dans quelques années, canonisés ensemble. D'ailleurs, il y a des rumeurs qui circulent à ce sujet ...

En touriste curieux, je m'avance vers ce coin du vieux temple. Je traverse la barrière qui empêche les visiteurs d'approcher de cet endroit presque sacré. Je dépose, un peu idiotement, ma main sur le cercueil de marbre, pour « voir avec mes mains ». Aussitôt, sans que je m'y attende, une boule d'émotions transpercent mon corps et des larmes, chaudes et douces, coulent sur le bord de mes joues. Une grande paix s'installe en moi. Je ne comprends pas pourquoi je pleure ainsi et je m'en fous, car je me sens bien, tellement bien, en ce moment.

Un élan jaillit en moi : « Kateri, si tu es vraiment au royaume des bienheureux, pense à moi. Si Dieu existe et que tu le vois, parle-lui de moi. Voici ce que je lui confie ... » Pour imiter toutes ces personnes qui ont confiance en elle, je cherche ce que je peux déposer sur sa tombe ... « Pourquoi pas! Voici ma carte professionnelle ... Si tu es bien vivante et si Dieu l'est aussi (parce qu'en ces jours, je traverse une sévère période de doute), vous aurez l'adresse où me trouver! », lui dis-je.

Une visite à l'intérieur de l'église de Kanawake, construite vers 1819-1820 juste à côté du presbytère érigé en 1720, provoque toujours la même sensation en moi. C'est un des rares lieux où je ressens une présence qui me transperce l'âme, une présence que j'ose qualifier de divine. Je me souviens avoir ressenti cette même émotion lors de la visite d'une synagogue à Côte Saint-Luc, un certain samedi matin de 1993 ou 1994, à l'occasion de la prière du Sabbat, et lors d'une balade dans les sentiers du ravin d'Auriesville. Ce bien-être pacifiant, source de libération des blessures de l'âme, reste longtemps gravé en soi.

Je m'assois sur un banc près de ce lieu pour savourer la brève aventure intérieure que je viens de vivre. Je continue, avec mes yeux, la visite du lieu : au-dessus du tabernacle se dresse une statue de l'enfant Jésus de Prague qui provient des ateliers des Ursulines de Québec (entre 1671 et 1700), dans le chœur je reconnais les statues des saints Ignace de Loyola et François Xavier qui rappellent que les Jésuites, qui sont encore les gardiens de ce lieu, sont parmi les premiers missionnaires catholiques à avoir touché le sol de l'Amérique, et le maître-autel créé au XVIlle siècle.

Après plusieurs minutes, je vais visiter le petit musée où sont exposés des vases sacrés anciens, des vieux livres de prière, quelques manuscrits et objets ethniques amérindiens. Il faut absolument voir le vieux bureau qui aurait servi, en 1722, au père Charlevoix pour rédiger « L'Histoire générale de la Nouvelle-France », la plus ancienne peinture à l'huile de Kateri, attribuée à son confesseur, le père Claude Chauchetière, et qui remonte peut-être aux années 1690, un ostensoir de 1668 et un ciboire (1687-1691) en argent massif, un crucifix en ivoire ramené de France en 1680 par le père Jacques Frémin, des manuscrits de chants grégoriens avec textes en mohawk et une grammaire iroquoise du siècle dernier. Une autre époque défile devant mes yeux. Quelle magie!

Après l'achat d'un petit souvenir à la boutique installée dans le vieux presbytère, je retourne sur mes pas, je repasse devant la tombe de la bienheureuse, je la remercie et je sors du temple.

À l'extérieur, à l'arrière de l'église, sur le bord du vieux mûr du Fort Saint-Louis construit en 1725, je contemple le fleuve Saint-Laurent et le Mont-Royal où trône avec majesté l'Oratoire Saint-Joseph et j'entre en moi ...

« Pourquoi je verse des larmes à chaque fois que je viens ici? Est-ce que c'est le maître de la vie qui se cache en ce lieu et qui guette chaque visiteur? Je n'ai pas de réponse. Il n'y a qu'une chose qui est claire en moi : en cette période de sécheresse où il m'arrive souvent, très souvent de douter de la foi de mes origines, j'ai la certitude qu'il y a quelqu'un qui veille sur moi et qui veut me partager, en permanence, cette paix que je viens de goûter. Il y a quelqu'un quelque part ... »

Sanctuaire Kateri Teckakwitha
C.P. 70
Kanawake, Québec, Canada
JOL 1B0
(450) 632-6030

*La messe du dimanche est à 10h30

Le Sanctuaire:
www.jesuitescf.org/Kanh.html

Kateri Teckakwitha:
www.jesuitescf.org/Kateri.html

(Revue Sainte Anne, mars 2002, pages 130 et 131)