Par Benoit Voyer
3 février 2026
Je trouve intéressant ce que me disait un jour le théologien Bertrand Ouellet [1] :
« Notre époque ressemble beaucoup à celle de Jérémie. Vous vous souvenez de cette période d’exil ? […] Lorsqu’il était jeune, il a vécu la réforme de Josias, la grande réforme deutéronomique où tous les espoirs étaient permis. C’était une époque de grand renouveau. C’était un peu comme notre concile Vatican II. [Dans la quarantaine] il commençait à désespérer. Il voyait bien que la catastrophe s’en venait. Il faisait des oracles : Attention ! Si on ne change pas, tout va s’effondrer ! Quelques années plus tard, il dit : « Il faut s’en aller en exil parce que tout s’écroule. » Là-bas, en exil, le peuple juif n’avait plus de roi, de temple et de terre promise. Les Israélites ont donc réinventé leur foi sans les supports institutionnels qu’ils avaient avant. »
Je lui demande alors : si les chrétiens décident de suivre leur exemple, que doivent-ils faire?
Il me répond sans hésiter : « On se concentre sur l'essentiel, comme les Israélites ont fait à l’époque. Ce n’est pas rien ! Ils approfondissent leur foi ! Durant cette période, ils ont même écrit les textes de la Bible… » […] Peut-être que les supports institutionnels doivent tomber. Et Dieu sait à quel point ça fait mal quand ça tombe. Ça va prendre, comme à l’époque de Jérémie, une bonne vie ou deux pour relever tout ça. On en est donc juste à voir les débuts de l'exil. »
Bertrand Ouellet insiste : « Il faut commencer par ne pas éteindre le feu et, surtout, il ne faut pas revenir en arrière. Il faut accepter de partir en exil. »
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[1] Cf. Benoit Voyer. « Bertrand Ouellet, directeur général de Communication et société », Revue Sainte Anne, février 2003, pages 57 et 77.
