«On peut continuer à rester des amis toute sa vie!»
Par Benoît Voyer
Pour trouver le plaisir d'écrire, il faut le faire quotidiennement. « Écris n'importe quoi, mais écris ! », lance l'auteure et éditrice Johanne Lacroix. Écrire procure un immense plaisir, car il permet d'exprimer des souvenirs, des états d'âme et des idées. Il donne aussi la chance à l'expression verbale de mieux se structurer. Cette femme à l'imagination fertile en sait quelque chose puisqu’écrire est toute sa vie. Lorsqu'elle était jeune, elle était une véritable griffonneuse. Dans un journal intime, elle notait tout.
Au début de la quarantaine, elle sort ses vieux papiers et se met à la tâche afin de rédiger un roman à partir de quelques notes du passé. « Le Trio », une intrigue policière, mettant en vedette une troupe d'adolescents, est née. Deux autres écrits ont suivi cette palpitante aventure : « Neuf dans une Plymouth » et « Le point de chute », édités par la maison d'édition Jolanne. Ces trois romans forment « La Trilogie du Club des Fs.Fs.As.»
Les scènes se déroulent principalement dans son quartier d'enfance à Granby. Oui ! Oui ! À Granby, la fameuse ville du zoo ! En 1970, il n'y avait pas que des singes en liberté dans ce petit coin du Québec ! Il y avait aussi les Vics de Granby, le club de hockey local, où Danielle, la principale vedette de ses romans qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau, et ses amis apprennent la vie. Ils en sont les joueurs et les groupies.
Les principales valeurs que Johanne Lacroix transmet aux lecteurs sont l'importance de l'amitié et du rêve.
L'importance de l'amitié
Elle se questionne sur le sens de l'amitié, un peu comme le Petit Prince qui disait : « Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé ! »
« Lorsque nous sommes jeunes, nous avons beaucoup d'amis. En devenant des adultes, la copine qu'on avait – on disait qu'on s'aimerait toujours – la plupart du temps, on la laisse dès qu'un gars arrive dans le décor. Je regrette beaucoup cette période de ma vie. Je trouve que c'est absolument idiot de devenir adulte si rapidement alors qu'on peut continuer à rester des amis toute sa vie », confie-t-elle à la Revue Sainte Anne.
Depuis la sortie de ses trois romans qui sont un hymne à l'amitié, elle travaille à recréer les liens d'antan avec ses vieux amis. Elle réussit bien jusqu'à maintenant.
L'importance de rêver
« Je veux faire rêver les gens par la magie des mots ! C'est important de rêver ! C'est pour cela que nous lisons. Nous ne lisons pas toujours des choses essentielles à la vie. Il est important de laisser son imagination, qui est un beau jardin de vie, nous bercer l'intérieur. L'imaginaire est ce qu'on invente… Les meilleurs auteurs qui sont restés (Molière, Châteaubriand, Radiguet, etc.) sont ceux qui réussissent encore à nous faire rêver ! Le vieux dicton n'est pas là pour rien : lorsqu'il n'y a plus de rêve, il n'y a plus de vie ! », explique Johanne Lacroix, dont les livres s'adressent aux jeunes de 7 à 77 ans.
Ce n'est pas pour rien que la littérature jeunesse connaît un boom au Canada francophone. Il est plus facile de faire rêver un jeune qu'une personne majeure. Cela explique aussi le fait que beaucoup d'adultes aiment lire de la littérature jeunesse.
En 1999, il y a eu 581 livres pour les jeunes qui ont été publiés dans la province québécoise. Il se vend trois fois plus de romans pour les moins de 18 ans que de littérature pour les adultes. Dans les années 1970, on ne publiait que deux ou trois titres jeunesse par année. Le succès n'est pas étonnant. Les auteurs d'ici et les jeunes lecteurs parlent le même langage. Ils retrouvent des rues qu'ils connaissent, une partie de leur univers et des expressions verbales près d'eux. Ils se reconnaissent.
Le choix de la rue Foch, à Granby, comme théâtre de ses aventures n'est-il pas un peu risqué ? Pourquoi ne pas avoir choisi une artère du Carré Saint-Louis, à Montréal ?
« Pourquoi être toujours à Montréal ? C'est beau ailleurs ! Je veux faire connaître autre chose aux lecteurs… Pour moi, Granby se prêtait bien à mes romans parce qu'il y a une équipe de hockey et le célèbre jardin zoologique… C'est tout de même connu Granby ! De plus, c'est mon patelin ! Je veux partager ma fierté d'être Granbyenne. Je trouve que ma ville est belle. J'aimerais cela que les gens voient Granby pas juste comme étant un zoo. Il y a des personnes qui vivent ici ! Enfin, c'est par goût personnel. En librairie, lorsque je vois des histoires qui se passent dans des villes à 100 kilomètres de Paris ou des grands centres, je suis une acheteuse. La lecture me donne le goût de voyager. Lorsque j'ai lu quelque chose, je veux aller le voir », répond-elle.
Elle ne se cache pas qu'elle aimerait bien que les touristes de partout viennent visiter la petite rue Foch parce que le personnage de Danielle y habitait. « Je suis une personne qui le ferait. Quand je voyage, il est toujours intéressant d'aller voir autre chose. Si un auteur me donne des nouvelles pistes, je risque de m'y rendre », ajoute la dame.
La rue Foch est un beau choix pour faire évoluer des personnages qui ressemblent à tous les jeunes Canadiens-Français de ce temps-là, parce que ce quartier de classe moyenne des années 1960-1970 – le premier secteur de « bungalows » de la municipalité de Granby. Il y a là un charme particulier… Cela fait rêver !
Parcours
Johanne Lacroix est née à Granby. Après avoir réussi des études collégiales en lettres au Collège français de Montréal, elle poursuit sa formation à l'université Laval de Sainte-Foy qui lui décerne un diplôme en journalisme en 1976. Deux ans plus tard, elle est embauchée au ministère de l'Emploi et de l'Immigration du Canada. Elle y travaille jusqu'en 1995, moment qu'elle choisit pour réorienter sa carrière, se ressourcer et retourner aux études. En 1997, elle obtient un baccalauréat en études françaises de l'université de Sherbrooke ainsi qu'un diplôme en écriture créative de l'École de rédaction d'Ottawa.
Elle travaille présentement à la rédaction du roman « Dans la Ligue majeure », premier livre de la « Tétralogie du Club des ex ».
Elle fonde la maison d'édition Jolanne en août 1997 qui obtient son agrément du ministère de la Culture et des Communications du Québec en janvier 1999. La maison devient une société en mars 2000. Le catalogue contient une vingtaine de titres.
« Pour donner le plaisir de rendre le rêve possible, d'éterniser les mots qui mijotent dans plusieurs têtes, de donner une réalité aux faits vécus et significatifs de la vie et ainsi d'enrichir la littérature québécoise et canadienne-française de nouveaux textes, la maison d'édition Jolanne s'est donné le mandat de remplir un créneau différent, fantastique, vivant et humain », conclut-elle.
(Revue Sainte Anne, janvier 2001, page 7)
