VISION CATHOLIQUE: L’importance de bâtir sa vie intérieure sur des bases solides
Par Benoit Voyer
4 novembre 2025
Il y a des hauts et des bas dans la vie spirituelle. Il est donc important de se donner des bonnes fondations afin de ne pas sombrer lors des tempêtes qui surgissent dans le brouhaha de l’existence. Lorsque le vent souffle dans notre visage à 100 kilomètres, on est assurément décoiffé et on finit par en perdre nos repères. Il est important de bâtir sa vie intérieure sur des bases solides.
Un jour de 2002, je vis des moments sombres dans ma vie spirituelle. Je m’inquiète de ma relation avec Dieu. Je ne sens plus sa présence. Quand je prie, tout est sec et sans saveur.
Je décide d’en parler à Guy Boucher, une ancienne coqueluche du petit écran qui a vécu une importante conversion spirituelle. Je sais qu’il a une solide vie spirituelle et qu’il pourrait m’aider à comprendre ce que je vis. D’ailleurs, dans mon agenda figure un rendez-vous avec lui. Je dois le rencontrer dans le cadre d’un grand entretien pour la Revue Sainte-Anne [1].
Nous nous asseyons à la table d’un café montréalais et, café à la main, j’aborde directement le sujet : Guy, « comment fait-on pour rencontrer Dieu ? ». Il est étonné de ma question. Il s’attendait à parler de ses souvenirs dans le milieu artistique, mais il sourit. Il semble vraiment heureux de l’angle que je donne à notre conversation.
Il me lance : Tu sais, « pour chaque personne, ce n’est pas pareil. Moi, ça a été une rencontre radicale ! Maintenant, je sais qu’il m’aime et qu’il est miséricordieux. Lorsque je suis sorti de chez les moines, je n’en revenais pas. Je disais à mes amis : “J’ai eu une vie assez mouvementée. J’ai eu trois grands amours dans mon existence. J'ai eu des aventures. Vous savez, de tous les amours que j’ai vécus, il n’y a rien qui puisse égaler ce que je vis avec le Seigneur. »
Pourquoi ? « Parce que ça ne se vit pas de la même façon ! (Il cherche des mots pour parler de son expérience) Le Seigneur habite en nous et il se manifeste dans une dimension qui n’a rien de sexuel. C’est un amour inconditionnel. C’est un amour démuni. Le Seigneur est totalement démuni devant nous… »
J’ose une confidence : « Guy, je suis dans un désert de la foi. Je tente de renouer le contact avec Dieu. J’ai beau lui parler, mais je ne le sens pas présent. C’est ma souffrance… Comment puis-je faire pour renouer le dialogue avec lui ? Qu’est-ce que je dois faire pour le sentir présent ? »
Guy Boucher, oublie que j'enregistre la rencontre. Il me regarde. Il s’adresse à moi comme à un vieil ami : « La première chose à faire est qu’il ne faut pas lâcher. Il faut que tu sois persévérant. Je me permets de te raconter mon histoire. Après ma conversion, j'ai été vraiment choyé pendant deux ans et demi. Très fortement, je ressentais la présence de Dieu. Un jour, je me suis levé et Dieu n’était plus là. J’ai paniqué ! Je suis allé voir un religieux pour lui parler de ce que je vivais. Je lui ai dit : “Le Seigneur n’est plus là !” Il m’a dit : “C’est normal! On dirait que le Bon Dieu se retire. Ce retrait n’est pas pour te nuire, mais pour te faire grandir. C’est également ainsi pour tous les malheurs qui nous arrivent dans la vie. Si nous n’avions pas d’épreuves, nous ne grandirions pas.” »
Je suis étonné d’entendre ça et je lui exprime : « Il se manifeste toujours dans l’épreuve ? »
Il me répond : « C’est souvent ainsi ! C’est souvent après une maladie ou une épreuve terrible ou une mortalité que tu grandis. Je ne suis pas le seul à dire cela. C'est écrit dans les psaumes ! “Pourquoi Seigneur tu n’es plus là ? Pourquoi m’as-tu abandonné ?” Je t’invite à persévérer…
Je demeure inquiet : mais « après l’épreuve, il me sera possible de le sentir autant qu’avant ? »
Il ajoute : « Mon expérience spirituelle n’est jamais revenue aussi forte que dans mes premières années de conversion, mais ma rencontre avec le Seigneur demeure la chose la plus importante de ma vie. Il n’y a rien pour m’enlever ce que je vis avec lui. C’est trop beau ! C’est trop grand ! Certains matins, au moment où je fais oraison avec l’office des lectures, des textes me prennent au cœur avec une telle intensité. Ouf ! Ils me donnent de la misère à respirer ! Je me lève, je me promène dans la maison… C’est ça, le bon Dieu ! La souffrance de son absence que tu vis en toi ressemble à celle du psalmiste. »
Je vois que j’ai affaire à un homme qui a une expérience spirituelle solide. Je lui lance, un peu taquin : « Ta relation à Jésus est tellement rendue importante que tu lui parles chaque matin… »
Les yeux brillants, il me rétorque : « Je ne lui parle pas que le matin ! Nous nous parlons aussi en soirée… et même en automobile. Je suis tellement bien dans mon auto. Je n’ai même pas de radio ! Lui et moi on en profite pour bavarder ! »
Comme un ami ? « C’est bien plus que ça ! Tu sais, quand tu aimes quelque chose ou que tu aimes une personne, tu as le gout d’être avec elle. Tu as le gout d’y communier ! Tu as le gout de lui écrire ou de téléphoner… C’est comme ça dans ma relation avec lui. C’est une très grande relation d’amour. »
Je reviens au motif de ma rencontre : Guy, « parfois, je doute. Je me demande si tout cela est vrai. »
Il me rassure : « Il y aurait 50 théologiens de diverses religions devant moi qui me diraient : “Ce n’est pas vrai tout ça !” Je leur dirais la même chose qu’à toi : “Voyons donc ! Je le sais, moi, je l’ai vécu ! Et je le vis tout le temps ! Dieu n’est qu’amour. Il est complètement démuni devant nous… Il attend toujours après nous qu’on l’aime ! Il attend toujours ! Il a besoin que tu lui dises que tu l'aimes… Et pour le rencontrer, il faut que tu lui demandes ! Et n’oublie pas que c'est lui le boss ! C’est lui qui va décider du meilleur moment.” »
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[1] Benoit Voyer. Les Témoins de l’essentiel, Éditions Logique, 2005, pp. 53 à 56. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/search?q=guy+boucher
