HISTOIRE: Claude Ryan, un humble géant

Claude Ryan, un humble géant

Par Benoit Voyer

8 février 2026

Claude Ryan est né le 26 janvier 1925 dans la paroisse Saint-Jean-de-la-Croix, à Montréal, près du marché Jean-Talon, un quartier fortement italien. Il est le deuxième d’une famille de trois enfants. Sa famille a beaucoup voyagé. Alors que Claude est encore enfant, le clan Ryan s’installe au Saguenay–Lac-Saint-Jean pendant quelques années.

Blandine Ryan, sa mère, est une Canadienne française, et son père est un Irlandais. C’est en 1926 que la famille quitte la métropole du Québec pour s’établir à Port-Alfred, où son père exerce le métier de commis de bureau à l’International Paper. Peu de temps après, ils déménagent de nouveau, cette fois à Dolbeau.

Après la naissance d'Yves, vers 1928, le paternel quitte le nid familial. Blandine Ryan se retrouve seule pour affronter les difficultés financières quotidiennes.

En 1931, elle revient à Montréal avec ses trois bambins. Ils trouvent domicile boulevard Monk, dans la paroisse Saint-Jean-de-Matha dirigée par les Trinitaires, communauté arrivée au Canada en août 1924, de qui Claude Ryan garde d’excellents souvenirs. Dès lors, elle transmet à ses enfants tous les principes religieux, en plus de leur inculquer le sens du devoir, du respect d’autrui et des responsabilités. Elle est une femme dévouée et cultivée qui s’est sacrifiée pour sa marmaille.

Ce n’est pas l’extrême pauvreté, mais la famille a de la difficulté à boucler les fins de mois. Heureusement, la force de caractère de Blandine Ryan et son attachement aux valeurs morales donneront à ses enfants une base solide pour traverser les épreuves de la vie.

« J’ai toujours joué un rôle d’intermédiaire, pendant ces années-là, entre mes deux frères. Par conséquent, j’avais un tempérament assez vif, mais plutôt conciliant. La vie m’a formé comme ça. J’ai toujours cherché une juste mesure, une solution qui tienne compte du point de vue de l’un, du point de vue de l’autre, du pour et du contre », dit-il.

À l’école, Claude apprend très aisément. Il assimile tout à une vitesse étonnante. Plus rapide que les autres, il saute des années scolaires. En 1935, il se retrouve dans la même classe que Gérard, son frère aîné. En 1937, ils entrent ensemble à l’Externat classique de Sainte-Croix. Les deux adolescents suivent les mêmes cours. Claude Ryan travaille sans relâche. C’est un élève brillant et très prometteur. Il étudie seul et ne se mêle pas beaucoup aux autres étudiants.

Ses proches sont convaincus (sauf lui) qu’il se destine à une vocation religieuse. Deux semaines à Saint-Benoit-du-Lac lui suffiront pour fixer sa vocation : il est trop individualiste et accepte difficilement l’autorité. Il se demande bien comment il pourrait logiquement prononcer le vœu d’obéissance.

Il s’inscrit donc à l’École de service social et de relations industrielles de l’Université de Montréal. À 20 ans (en 1945), après deux ans d’études supérieures, il devient secrétaire général de l’Action catholique, un mouvement institué par les évêques canadiens.

« Dans l’Action catholique, nous avions créé un organisme pour regrouper tous les mouvements spécialisés qu’il y avait à l’époque : Jeunesse agricole, Jeunesse étudiante, Jeunesse ouvrière, Jeunesse indépendante, etc. On avait créé un organisme pour regrouper et rapprocher ces mouvements-là. On m’a demandé d’être le secrétaire. J’y suis allé à titre de stagiaire. À la fin de l’année, on m’a demandé si je voulais rester encore. J’ai accepté. J’ai renouvelé mon engagement année après année pendant 17 ans. En même temps, je me suis engagé dans le mouvement à titre personnel, particulièrement dans la Jeunesse indépendante catholique comme militant et comme président à différents niveaux, racontait-il un jour.

Un catholique en action
Claude Ryan trouve à l’Action catholique une liberté d’action où il exprime sa pensée en toute franchise, où il est écouté et peut transmettre un message spirituel. Cela lui plaît.

En août 1948, il participe, à Rome, au Congrès international de l’Action catholique. Il en profite pour se faire de nouveaux contacts.

En 1950, il y retourne pour le congrès de l’apostolat laïque. Il décide d’y séjourner un peu plus d’une année pour étudier et approfondir l’histoire des Pères de l’Église, à la célèbre université grégorienne.

Durant ce temps, il travaille sans relâche en se cloîtrant dans une discipline d’études quasi monastique : durant ces mois, il sortira deux ou trois fois pour visiter l’Italie et se divertir. Tout son temps est consacré à l’apprentissage.

À son retour au Québec, il s’implique plus que jamais.

Un soir de janvier 1958, dans un petit restaurant, il demande spontanément à Madeleine Guay, une jeune militante de l’Action catholique, si elle serait intéressée à le fréquenter. Le 21 juillet de la même année, ils se marient. Ils auront cinq enfants.

Le jeune père décide de se réorienter et ambitionne de quitter l’Action catholique, après 17 ans à sa barre.

À la demande de Gérard Filion, le directeur général du journal Le Devoir, il entre dans le milieu journalistique à titre d’éditorialiste.

« En 1961, il n’y avait pas très longtemps que j’étais à la Commission Parent et que ce poste prenait de plus en plus de mon temps et me détachait du Devoir, j’ai rencontré Claude Ryan. Je lui ai proposé de venir au Devoir en lui expliquant qu’il ne pouvait passer sa vie dans le secrétariat de l’Action catholique. Ce sont des genres d’emplois qu’on occupe pendant un certain nombre d’années, mais ensuite, il faut en sortir », racontait monsieur Filion, il y a plusieurs années.

Il ajoutait : « Puis en 1962, je l’ai revu de nouveau en lui laissant entendre que moi, je ne finirais pas mes jours au Devoir et que j’aimerais bien le mettre à l’essai pour savoir s’il était capable de prendre ma succession, sans toutefois lui faire aucune promesse. » Le 5 juin 1962, Claude Ryan signe son premier éditorial.

« Dans les mouvements d’Action catholique, j’ai appris que le résultat du travail ne se voit pas tout le temps. J’ai constaté que ceux qui jugeaient des résultats en fonction des choses visibles se nourrissaient d’illusions vaines. « Tandis que si vous travaillez en profondeur avec foi, le résultat extérieur n’est pas important », explique Claude Ryan.

Collaborateur à Radio-Canada
De 1969 à 1976, le réalisateur Raphael Pirro est à la tête de « Dialogue », une émission d'analyse et de commentaires de la « nouvelle religieuse » de la semaine avec la participation de l'auditoire. Ses commentateurs sont : Claude Ryan, Paul Tremblay, Julien et Vincent Harvey, Guy Bourgault, Louis Rousseau et Michel Despland. « C'est une des rares émissions où Claude Ryan s'est engagé à venir tous les dimanches », me disait un jour M. Pirro.

Chef du Parti libéral du Québec
Le 15 avril 1978, il devient chef du Parti libéral du Québec. Il succède a Robert Bourassa.

Guidé par la main de Dieu

Lorsqu’il est entré au service du quotidien Le Devoir, il n’a pas entretenu le mystère sur ses convictions religieuses. Il en fut de même lorsqu’il a fait le saut en politique provinciale. Une position de clarté et de franchise a toujours caractérisé le vaillant gaillard.

« À un moment donné, j’ai donné une interview au réseau anglais de Radio-Canada. C’était une émission sur des sujets spirituels, religieux. “Comment avez-vous été amené à prendre vos décisions importantes dans la vie ?” m’a demandé l’animateur. J’ai dit : “Cela va peut-être vous surprendre, je n’ai jamais couru au-devant de rien, je ne me suis jamais angoissé à savoir : est-ce que je vais trouver une femme avec qui je vais être heureux ? Est-ce que je vais être capable de trouver une carrière qui va m’intéresser ? Et j’ai ajouté : “J’ai eu comme l’impression d’avoir été guidé par la main de Dieu. Il y a toujours eu une main invisible qui était à l’œuvre et qui préparait les choses pour moi sans que je sois obligé de préparer tout ça », me racontait-il sans regret.

Le lendemain, les journaux d’un océan à l’autre publiaient : Ryan dit être guidé par la main de Dieu. L’opposition à l’Assemblée nationale a rapidement repris cela contre lui, de façon déplorable.

« Je ne me suis jamais plaint de ça ! Je n’ai jamais rétracté non plus parce que je croyais profondément et je le crois encore aujourd’hui. » Cependant, il admet ne pas avoir utilisé le bon terme pour s’expliquer puisque le grand public n’était pas habitué à ce langage disparu une décennie plus tôt. Pour quelqu’un qui n’a aucune culture biblique, un tel propos fait automatiquement croire à un illuminé qui se prend pour un autre.

Avoir été ridiculisé pour cela ne l’a jamais dérangé. Il a eu à traverser des épreuves bien plus difficiles… « Ça me fait de la peine pour la religion », insistait-il en pensant au mal causé à la réputation de l’Église.

À l’heure des bilans
« Je ne suis pas l’homme pour engager une révolution qui va casser les choses, qui va renverser les murailles. Je crois plutôt à la puissance du ruisseau qui, chaque jour, perce le rocher petit à petit. C’est long, je sais. Cela permet de travailler longtemps sans s’impatienter, sans devenir amer, sans condamner qui que ce soit. De plus, toute ma vie j’ai accompli mes devoirs sans effort. Je n’étais pas obligé de me « crinquer » le matin en me disant : aujourd’hui, il faut que tu fasses ton devoir. J’ai été heureux comme ça. Enfin, j’ai toujours aimé les valeurs qu’incarne à mes yeux le christianisme. J’ai essayé d’y demeurer fidèle à travers les engagements que j’ai connus. Je n’ai pas de mérite à avoir agi de la sorte », me racontait-il en 1998, lors de quelques heures passées avec lui.

À l’aube de son passage de vie à trépas et de la mort à la vie au royaume des bienheureux du ciel, Claude Ryan vivait une retraite heureuse, au 95, rue McNider, à Outremont, en demeurant au service des autres. Alors que sa sagesse est consultée par les plus hauts dirigeants de notre société, il songeait au testament spirituel qu’il laisserait.

Au-delà de ses options politiques, Claude Ryan est un homme des profondeurs. Il n’a pas engagé de révolution, mais sa seule présence dit que la seule révolution qui compte est celle de l’âme. La conversion personnelle à des valeurs qui traversent le temps n’est-elle pas la plus grande révolution à opérer ?

« La mort… J’y pense presque tous les jours. Vous savez, à mon âge, on sait que ça viendra. J’aimerais avoir la grâce de mourir comme j’ai vécu, sans tricherie », me disait-il sur le ton de la confidence.


Malgré les années, il désirait continuer à vivre sa vie le plus intensément possible, sans angoisse.

Aujourd’hui comme hier, il disait vivre son quotidien guidé par la « main de Dieu ».

Cette fameuse « main de Dieu » lui a valu la risée de bien des humoristes. Le chrétien soucieux de vivre de la Parole de Dieu sait qu’il s’agit de la volonté du Père éternel qui s’exprime par les événements, les invitations reçues, les paroles des personnes rencontrées (particulièrement celles des proches), l’expérience du quotidien, livrée à la lumière de la tradition biblique et de la vie de l’Église. L’Esprit de Dieu souffle où et quand il veut. Cette volonté peut se traduire par le mot « Providence ». Le monde biblique parle de la « main de Dieu ». Cet esprit est un fondement du catholicisme. « Je crois que Dieu nous parle continuellement », insistait Claude Ryan.

Vous savez, « ma façon de respecter l’autre est de lui dire qui je suis, et non pas de taire qui je suis sous prétexte de ne pas le déranger! » ajoutait le septuagénaire.

Être à l’écoute de la volonté de Dieu dans sa vie est vraiment un point fort de l’existence de Claude Ryan. À l’approche de la mort, il veut y rester attentif. « Si on m’apprenait demain matin que j’ai une maladie grave, je ne pense pas que j’en ferais une catastrophe. Je demanderais à Dieu la grâce d’accepter ma souffrance », me disait-il.

Newman
Foi et raison, ou foi et intelligence, ne sont pas en opposition : l’une s’intègre à l’autre et chacune a son propre champ d’action.

Cette complémentarité est très bien exprimée par le pape Jean-Paul II dans son encyclique Fides et Ratio, parue le 15 octobre 1998, à l’occasion de son 20ᵉ anniversaire à la tête de l’Église. Le pape était clair : « La foi n’intervient pas pour amoindrir l’autonomie de la raison. [...] La foi affine le regard intérieur et permet à l’esprit de découvrir, dans le déroulement des événements, la présence agissante de la Providence. [...] Dans leurs mondes respectifs, Dieu et l’homme sont placés dans une relation unique. En Dieu réside l’origine de toutes choses, en Lui se trouve la plénitude du mystère, et cela constitue sa gloire ; à l’homme revient le devoir de rechercher la vérité par sa raison, et en cela consiste sa noblesse. »

Foi et raison ont toujours caractérisé Claude Ryan.

Durant notre long entretien, il m’a abondamment parlé du cardinal John Henry Newman, à qui il a toujours voué une grande admiration.

« Le message fondamental de Newman est le suivant : premièrement, on a une vie extérieure (vêtu de telle manière, porte tel nom, telle profession, telle adresse) et en même temps on vit dans un univers spirituel invisible qui est l’univers de Dieu qui nous enveloppe, qui est présent dans notre intériorité. Dans cet univers intérieur, la présence de Dieu est fondamentale. Dieu est un maître vivant qui a créé l’univers, qui a son plan, qui a son intention. Alors, la tâche de l’homme est d’essayer de comprendre la volonté de Dieu, de la découvrir dans sa vie au fil des jours, surtout d’essayer de l’accomplir le mieux possible dans un esprit de charité, de charité, de droiture et de détachement », m’expliquait-il.

Il ajoutait : « Un deuxième point, c’est que l’expérience religieuse doit s’appuyer sur un solide développement intellectuel. Si vous laissez l’expérience religieuse purement consister en des rites, des habitudes ou des choses reçues, sans fournir un effort d’approfondissement personnel, vous risquez de devenir une sorte de répétiteur, de vous enfermer dans la routine et de voir votre vie religieuse s’étioler graduellement. Il faut continuellement chercher à approfondir sa foi. »

Pour Claude Ryan, le message chrétien a une forte teneur intellectuelle. Il a été la source d’œuvres magistrales de l’esprit. Mais il est d’abord un appel à la conversion du cœur et à un renouveau permanent de nos manières d’être, de penser et d’agir.

Décès

Claude Ryan nous a quittés. Il est décédé à Montréal, le 9 février 2004, à l'âge de 79 ans. Il est inhumé bien humblement auprès de son épouse dans le cimetière de Saint-Philippe, à Brownsburg-Chatham. Son ange est venu le chercher pour le conduire au royaume des bienheureux, ce grand univers de bonheur éternel auquel il croyait de toute son âme. Il n'est plus là, mais il est encore vivant. C'est bien le mot : vivant ! Son œuvre et sa pensée passeront, mais sa contribution à l'avancement de notre société, le petit pas de plus qu'il lui a fait réaliser, le gardera toujours uni à notre présent collectif.

Son départ est une lourde perte pour le Canada et le Québec. Il l'est aussi pour moi. Parmi tous ces personnages qui ont marqué notre époque, il était celui qui m'inspirait le plus. Bien que je ne fusse pas toujours en accord avec lui, sa capacité à se mettre au service des autres et à ne pas se laisser envahir par la médiocrité m'a toujours impressionné. De plus, ses élans culturel et cultuel sont une grande source d'inspiration pour ma vie.

Là où son ange est allé le conduire, il voit maintenant tout le bon grain qu'il a semé. En revoyant sa vie, il doit assurément dire : « C'est le doigt de Dieu ! » (Ex 8,15).

A Lire aussi :
Religion et politique à l'aube du XXIe siècle (Par Claude Ryan)

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SOURCES

Livres :
Benoit Voyer. Les Témoins de l’essentiel, Éditions logiques, 2005, pp. 19 à 26.

Articles :
Benoit Voyer. « Claude Ryan est mort comme il a vécu », La Voix de l’Est, 12 avril 2004, p. 18. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/10/politique-claude-ryan-est-mort-comme-il.html
Benoit Voyer. « J’aimerais mourir comme j’ai vécu », Revue Sainte Anne, janvier 1999, pages 7 et 12. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/05/jaimerais-mourir-comme-jai-vecu-claude.html
Benoit Voyer « Un géant nommé Claude Ryan (1) », Huffington Post, 21 février 2016 https://www.huffpost.com/archive/qc/entry/un-geant-nomme-claude-ryan-1_b_9240384
Benoit Voyer « Un géant nommé Claude Ryan (2) », Huffington Post, 27 février 2016 https://www.huffpost.com/archive/qc/entry/un-geant-nomme-claude-ryan-2_b_9292464
Benoit Voyer. « En souvenir de Claude Ryan », Benoit Voyer en liberté, 5 juin 2025 https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/06/en-souvenir-de-claude-ryan.html
Benoit Voyer. « Lettre : Encore vivant... », Le Devoir, 10 février 2004 ledevoir.com/opinion/idees/47210/lettre-encore-vivant
Benoit Voyer. « Raphael Pirro – Une vie au service de la parole », Revue Sainte Anne, juin 1998, page 247 https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/12/le-present-du-passe.html

MON HISTOIRE: Le mariage de Dorilda Garneau et Louis Voyer

église de Saint-André, le 28 juillet 2025
Le mariage de Dorilda Garneau et Louis Voyer

Par Benoit Voyer

8 février 2026

Le 8 février 1887, dans l’église catholique de Saint-André-de-Kamouraska, Louis Voyer, fils de Louis Voyer et de Joséphine Bélanger, épouse Dorilda Garneau, cadette de Rémi Garneau et de Soulange Gagné (qu’on appelle aussi Marie des Anges, Desanges et Solange). Il s’agit de mes arrière-grands-parents.

Il s’agit d’un double mariage. Au même moment, son frère Félix unit sa destinée à Aurélie Michaud.

Louis Voyer

La célébration est présidée par l’abbé Ferdinand Garneau, leur frère aîné.

Le père de Louis est présent.

Il est intéressant de noter qu’au registre, le premier couple est témoin du mariage du second et le second couple témoin du premier.

Dorilda Garneau
Veuve depuis 1874, la mère des enfants Garneau, 66 ans, doit être fière de ses enfants. Elle semble absente de la célébration.

Au registre on écrit : « Le huit février mil huit cent quatre-vingt-sept, la dispense de deux bans accordée en date du trois du présent mois par messire Cyrille Légaré, vicaire général, administrateur, après la publication du troisième ban faite au prône de notre messe paroissiale et de la messe paroissiale de St Alexandre entre Louis Voyer, cultivateur, fils majeur de Louis Voyer et de feue Joséphine Bélanger de la paroisse St Alexandre, d’une part, et Dorilda Garneau, fille majeure de feu Rémi Garneau et de Désanges Gagné de cette paroisse, d’autre part. Ne s’étant découvert aucun empêchement, nous, prêtre soussigné, avons reçu leur mutuel consentement de mariage et leur avons donné la bénédiction nuptiale en présence de Louis Voyer, père de l’époux, et de Rémi Garneau, frère de l’épouse, et de plusieurs (illisible) qui ont signé avec nous. Lecture faite. » Signatures : Dorilda Garneau, Louis Voyer, Aurélie Michaud, Félix Garneau et s’ajoute celle de l’abbé Ferdinand Garneau. Dans le registre suit l’acte de mariage de Félix Garneau et Aurélie Michaud.

Église de Saint-André, le 17 aout 2023



EN MUSIQUE: Marie Rollet (Alexandre Belliard)


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Dorothée Berryman, comédienne

Dorothée Berryman, comédienne

« Je crois que Dieu est un tout! Je crois aussi au sacré. Je me sens proche d'Einstein quand il s'émerveille devant le mystère de la vie. »

Par Benoît Voyer, journaliste


MONTRÉAL - Lorsqu'il est question de Sainte-Anne-de-Beaupré, plein de souvenirs d'enfance surgissent de la mémoire de la comédienne et interprète de jazz Dorothée Berryman, celle qui incarne le rôle de sœur Agnès dans la série télévisée Rivière-des-Jérémie présentée à chaque mardi, à 20h, à la Société Radio-Canada (SRC).

Le plus sensible de ceux-ci est celui de la guérison physique de son frère Édouard, le benjamin de la famille. Le petit de quelques mois, souffrait d'un angiome qui déréglait son système lymphatique. Il a été guéri grâce à la prière d'intercession de la mère de sa mère « à la bonne sainte Anne », la grand-mère de Jésus selon la tradition.

« Je vous raconte cela avec mes souvenirs de petite fille ... C'était proche du cerveau et il y avait là une sorte d'excroissance énorme qui poussait tout le temps. On a fait une biopsie. Les médecins ont identifié la maladie et ont dit qu'il n'y avait rien à faire parce que c'était trop proche de certains nerfs du cerveau. À l'époque, c'était dangereux de faire une chirurgie dans cette région du corps humain! Il y a plus de 40 ans de cela! », raconte Dorothée Berryman.

Cette époque où son jeune frère Édouard était hospitalisé, elle s'en rappelle comme si c'était hier: « Les trois autres enfants chez nous, dont moi, pleuraient. On ne pouvait pas imaginer notre petit frère malade pour toujours. Cela voulait dire qu'ils allaient l'opérer, enlever une partie de l'angiome, que ça allait resurgir et qu'il devrait revenir continuellement à l'hôpital. C'était affreux pour nous! »

Ne pouvant pas accepter une telle situation, sa grand-mère décide de prier la mère de Marie, la grand-mère du nazaréen, en promettant, à la guérison du bébé, un abonnement à vie à la Revue sainte Anne.

Quelques mois plus tard, de retour à la maison ...

« Tout à coup, une nouvelle infection est apparue! Édouard a fait une fièvre monstrueuse! Là on pensait que ça y était, que c'était la fin. En réalité, ça a été la dernière crise! », ajoute-t-elle la voix remplie d'émotions.

Les médecins n'ont jamais pu expliquer ce qui est arrivé. D'après eux, son corps a développé des anticorps. Médicalement, ils n'ont guère été capables d'expliquer clairement la soudaine guérison. Pour la famille de Dorothée, ce fut le miracle attendu.

« Vous savez, il reçoit encore la Revue sainte Anne! », s'exclame la comédienne.

Souvenirs de la neuvaine
Il y a longtemps que Dorothée Berryman n'a pas visité le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré. Elle se promet bien d'y retourner très bientôt.

Cependant, lorsqu'elle était encore une simple fillette, elle y allait en famille à chaque neuvaine. Le 26 juillet, veille de l'anniversaire de sa mère, était une journée familiale sacrée. Elle se souvient surtout des processions aux flambeaux.

« Je me rappelle de nous, quatre enfants, assis dans la voiture, insistants pour que daddy arrête acheter des patates frites. Il me semble qu'il attendait toujours le dernier restaurant pour arrêter. Nous désespérions! », raconte-t-elle.

« J'ai la foi! »
Même si elle vit maintenant sa foi hors d'une communauté chrétienne, elle affirme croire en Dieu et elle le sent bien présent dans son existence.

« Je crois que Dieu est un tout! Je crois aussi au sacré. Je me sens proche d'Einstein quand il s'émerveille devant le mystère de la vie », dit Dorothée Berryman.

Elle pratique sa foi en tentant de respecter la vie. Elle lance qu'il faut faire le plus avec les cadeaux que nous avons reçus. Chacun est responsable de ses talents et de ce qu'il apprivoise, pour reprendre l'expression du Petit Prince.

Sœur Marie-Louise-de-la-Trinité
Avant de conclure son rendez-vous avec la Revue sainte Anne, elle demande de remercier les religieuses à qui elle doit sa vocation de comédienne. Il veut particulièrement rendre hommage à sœur Marie-Louise-de-la-Trinité.

« Je me trouve privilégiée d'avoir fait mon cours classique chez les Sœurs de la Charité de Saint-Louis et à la Congrégation Notre-Dame au Collège Bellevue à Québec et de certaines rencontres comme celle de cette religieuse qui a orienté ma vie. J'avais 13 ans à l'époque! Elle a pressenti en moi un talent artistique et m'a guidée vers une école de théâtre », insiste-t-elle en disant au passage que sa tante Gabrielle est membre de la congrégation des Religieuses de Jésus-Marie et que sa tante Jacqueline a donné sa vie au service des Hospitalières. Cette dernière habite Chicoutimi. »

Dorothée Berryman ne manque pas de modèles pour l'inspirer dans son interprétation du rôle de sœur Agnès dans la télésérie Rivière-des-Jérémie et les souvenirs de Sainte-Anne-de-Beaupré lui font dire « Merci la vie! »

(Revue sainte Anne, mai 2002, page 201)