VISION CATHOLIQUE: Le frère Didace Pelletier
Par Benoit Voyer
20 février 2026
Le 28 juillet 1657, à Sainte-Anne-de-Beaupré, naît Claude Pelletier, fils de Georges Pelletier et de Catherine Vannier, originaires de Dieppe en France.
Puisqu’il n’y a pas encore d’église dans ce patelin, il est baptisé dans la maison familiale par le père jésuite André Richard, un missionnaire de passage. L’acte de naissance est écrit sur une feuille volante et transcrit dans le registre paroissial par l’abbé Germain Morin, curé de la paroisse, en 1690. Il s’agit du premier acte de baptême qui figure dans le registre paroissial.
En 1664, le 28 février, l'évêque de Québec et de la Nouvelle-France, saint François de Laval, lui octroie le sacrement de confirmation.
À Saint-Joachim, sur la Côte-de-Beaupré, il fréquente l’école d’arts et métiers fondée par l’évêque. Il devient charpentier et menuisier.
Il part de Sainte-Anne-de-Beaupré en septembre 1678. Il a 21 ans.
À Québec, il entre chez les Récollets, au couvent Notre-Dame-des-Anges. Arrivés en Amérique en 1615, ils sont les premiers missionnaires à s’établir en Nouvelle-France. Le 3 février 1679, Claude revêt l'habit religieux et reçoit le nom de frère Didace. Le 5 février 1680, il prononcera ses vœux de pauvreté, chasteté et obéissance.
À Notre-Dame-des-Anges, le père Joseph Denis devient son accompagnateur spirituel. Il le dirigera pendant quatorze ans.
Dès cette époque, on reconnaît sa vie religieuse intense et fervente, et son travail consciencieux de charpentier et bâtisseur d'églises et de couvents. Il sera mis à contribution à Percé et à l'île Bonaventure (1684-1689), à Plaisance, Terre-Neuve (1689-1692) et à Montréal (1692-1696).
Le frère Didace est finalement nommé à Trois-Rivières. Il entreprend la construction de la chapelle du couvent et, durant l'hiver 1698-1699, travaille à la préparation du bois qui sera utilisé au printemps.
L'hiver sera rigoureux. Le récollet attrape une pleurésie. D’urgence, on le transporte à l'hôpital des Ursulines. Même si le médecin (probablement le docteur Jacques Duguay) le dit hors de « danger de mort », il demande les « derniers sacrements ».
Le samedi 21 février 1699, le frère Didace, 41 ans, dont une vingtaine d’années chez les Récollets, décède.
Il est inhumé dans la crypte de l’église des Récollets, à Trois-Rivières. Une église, construite en 1754, est érigée sur le même emplacement. De 1821 à 2000, le lieu est occupé par les Anglicans. Il est devenu un bien patrimonial de la Ville de Trois-Rivières. Son corps reposerait toujours sous l’église. Quant à son crâne, il a été transporté à Québec et conservé dans la sacristie. Il est disparu dans un incendie, le 6 septembre 1796.
Le père récollet Joseph Denis, qui a vécu avec lui une bonne partie de sa vie religieuse, écrit à son sujet : « Frère Didace a conservé toute sa vie, non seulement la première ferveur de son noviciat, mais encore la première grâce de son baptême… Son obéissance était parfaite dans les petites choses comme dans les plus grandes et sa pauvreté si extrême qu'il n'a jamais voulu avoir seulement qu'une tunicelle pour changer dans les plus grandes chaleurs de l'été où il était continuellement exposé, travaillant à la charpente de toutes les églises et maisons de nos établissements, non plus que de s'exempter du jeûne dans les plus grands et pénibles travaux, et de se lever à minuit pour prier. […] Lorsque je lui représentais qu'il ne pouvait pas vivre longtemps en ne donnant aucune relâche à la nature, il me priait, non seulement comme son confesseur, mais encore comme étant presque toujours son supérieur, de le laisser faire, aimant mieux mourir dix ans plus tôt et avoir la consolation d'avoir observé sa règle que de vivre dix ans plus tard et avoir à se reprocher de s'être épargné. Sa religion (son ordre religieux) s'était bien passée de lui avant qu'il y fût et elle s'en passerait encore bien après sa mort. Le travail qui faisait le plus d'honneur à son état était de se sanctifier soi-même. Son humilité était si profonde qu'il s'estimait toujours serviteur inutile, quoique doué de beaucoup d'esprit et de pénétration pour tous les arts. »
Huit mois après sa mort, Mgr Jean-Baptiste de la Croix de Chevrières de St-Vallier, deuxième évêque de Québec, débutait son procès en vue de le béatifier et de le canoniser. Il sera repris en 1717 et, dans ce cadre, le séminaire de Québec gardera les témoignages du père Denis et des 22 miracles attribués au frère Didace. Malheureusement, il n’y eut pas de suite à ce début d’enquête. Il n’est pas impossible qu’il soit réouvert.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Guy Boucher
« Il y aurait 50 théologiens de diverses religions devant moi qui me diraient : Ce n'est pas vrai tout ça… Je leur dirais la même chose qu'à toi : Voyons donc! Je le sais, moi! Je l'ai vécu! Et je le vis tout le temps! Dieu n'est qu'amour. Il est complètement démuni devant nous...
Par Benoît Voyer, journaliste
SHERBROOKE - Malgré quelques épreuves qu'il a eu à traverser, Guy Boucher n'a jamais cessé d'être fidèle à l'appel intérieur qu'il a reçu, il y a une vingtaine d'années, lors d'un séjour chez les moines de l'Abbaye Saint-Benoît-du-Lac. Après avoir été l'ami de tout le peuple québécois, grâce à ses rendez-vous sur la scène, à la télévision et à la radio, il s'est retiré, en ermite urbain, pour vivre à plein avec son amant, un homme qu'il rencontre et touche spirituellement.
Lorsqu'il est question de son Jésus, son complice de vie, il parle de lui comme s'il le voyait en chair et en os, comme si l'invisible existait vraiment. Son exemple de vie rappelle ce qu'écrivait le pape Paul VI dans son encyclique L'Évangélisation dans le monde moderne, qui fêtera en 2005 son trentième anniversaire : « Le monde réclame évangélisateurs qui lui parle de Dieu, qu'ils connaissent et fréquentent, comme s'ils voyaient l'invisible »
À travers son échange avec le journaliste Benoît Voyer, on découvre en lui les traces d'un grand témoin de la foi et de l'invisible.
Comment fait-on pour rencontrer Dieu?
Pour chaque personne, ce n'est pas pareil. Moi, ça a été une rencontre radicale! Maintenant, je sais qu'il m'aime et qu'il est miséricordieux.
Lorsque je suis sorti de chez les moines, je n'en revenais pas. Je disais à mes amis : J'ai eu une vie assez mouvementée. J'ai eu trois grands amours dans mon existence. J'ai eu des aventures. Vous savez, de tous les amours que j'ai vécus, il n'y a rien qui peut égaler ce que je vis avec le Seigneur.
Pourquoi?
Parce que ça ne se vit pas de la même façon! [il cherche des mots pour parler de son expérience…] Le Seigneur habite en nous et il se manifeste dans une dimension qui n'a rien de sexuel. C'est un amour inconditionnel. C'est un amour démuni. Le Seigneur est totalement démuni devant nous…
Guy, je suis dans un désert de la foi. Je tente de renouer le contact avec Dieu. J'ai beau lui parler, mais je ne le sens pas présent. C'est ma souffrance ... Comment puis-je faire pour renouer le dialogue avec lui? Qu'est-ce que je dois faire pour le sentir présent?
La première chose à faire est qu'il ne faut pas lâcher. Il faut que tu sois persévérant
Je me permets de te raconter mon histoire. Après ma conversion, j'ai été vraiment choyé pendant 2 1/2 ans. Très fortement, je ressentais la présence de Dieu.
Un jour, je me suis levé et Dieu n'était plus là. J'ai paniqué! Je suis allé voir un religieux pour lui parler de ce que je vivais. Je lui ai dit : Le Seigneur n'est plus là!
Il m'a dit : C'est normal!
On dirait que le Bon Dieu se retire. Ce retrait n'est pas pour te nuire, mais pour te faire grandir. C'est également ainsi pour tous les malheurs qui nous arrivent dans la vie. Si nous n'avions pas l'épreuve nous ne grandirions pas.
Il se manifeste toujours dans l'épreuve?
C'est souvent ainsi! C'est souvent après une maladie ou une épreuve terrible ou une mortalité que tu grandis.
Je ne suis pas le seul à dire cela. C'est écrit dans les Psaumes! « Pourquoi Seigneur tu n'es plus là? Pourquoi m'as-tu abandonné? » Je t'invite à persévérer ..
Après l'épreuve, il me sera possible de le sentir autant qu'avant?
Mon expérience spirituelle n'est jamais revenue aussi forte que dans mes premières années de conversion, mais ma rencontre avec le Seigneur demeure la chose la plus importante de ma vie. Il n'y a rien pour m'enlever ce que je vis avec lui. C'est trop beau! C'est trop grand!
Certains matins, au moment où je fais oraison avec l'office des lectures, des textes me prennent au cœur avec une telle intensité. Ouf! Ils me donnent de la misère à respirer! Je me lève, je me promène dans la maison ...
C'est ça le bon Dieu! C'est ça le bon Dieu! La souffrance de son absence que tu vis en toi ressemble à celle du psalmiste.
Ta relation à Jésus est tellement rendue importante que tu lui parles à chaque matin...
Je ne lui parle pas que le matin! Nous nous parlons aussi en soirée... et même en automobile. Je suis tellement bien dans mon auto. Je n'ai même pas de radio! Lui et moi on en profite pour bavarder!
Comme un ami!
C'est bien plus que ça! Tu sais, quand tu aimes quelque chose ou que tu aimes une personne, tu as le goût d'être avec elle. Tu as le goût d'y communier! Tu as le goût de lui écrire ou de téléphoner... C'est comme ça dans ma relation avec lui. C'est une très grande relation d'amour.
Parfois, je doute. Je me demande si tout cela est vrai.
Il y aurait 50 théologiens de diverses religions devant moi qui me diraient : Ce n'est pas vrai tout ça... Je leur dirais la même chose qu'à toi : Voyons donc! Je le sais, moi! Je l'ai vécu! Et je le vis tout le temps! Dieu n'est qu'amour. Il est complètement démuni devant nous. Il attend toujours après nous qu'on l'aime! Il attend toujours! Il a besoin que tu lui dises que tu l'aimes.
Et pour le rencontrer, il faut que tu lui demandes! Et n'oublie pas que c'est lui le « boss »! C'est lui qui va décider du meilleur moment.
Lors de ta conversion, tu as assurément reçu une grâce spéciale pour avoir une telle certitude…
J'ai probablement reçu le charisme de la piété. Pour moi, la prière ce n'est vraiment pas une corvée. Sois attentif à la voix qu'il y a en toi. Il t'a aussi donné un charisme particulier.
(Revue Sainte Anne, Octobre 2002, page 393)
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