Benoit Voyer
L'auteur est Montréalais.
À Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie, Fernand Blais, 70 ans, est mort dans la plus totale solitude, chez lui, en janvier. Il a été retrouvé sans vie. Quelle triste nouvelle!
Dans ce monde qui carbure au jeunisme, nous oublions trop souvent toutes ces personnes qui vieillissent. Lorsqu'elles atteignent un certain âge, nous les mettons de côté et, en peu de temps, elles se retrouvent isolées.
On dit qu'elles sont moins productives pour la société et qu'elles ne correspondent plus aux critères de jeunesse que nous dictent les images véhiculées par les médias. On dit même qu'elles sont dépassées, vieux jeu, vieille mode.
Ce que nous vivons est un drame collectif. Les aînés ont-ils encore une place dans notre société ?
Les Africains disent qu'un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui disparaît. Ainsi, ils ont compris que les aînés ne sont pas rien, c'est-à-dire qu'ils sont encore utiles à la société. Ils sont même un bien indispensable.
Jeannine, ma belle-mère vit avec notre famille. Elle nous aide, avec les forces physiques qui lui restent, aux tâches ménagères. Elle est aussi une présence pour son petit-fils, Mikaël, 8 ans et autiste (syndrome d'Asperger). Cela serait tellement malheureux si elle disparaissait. Chaque soir, la qualité de vie de notre mioche ne serait pas la même sans la présence de cette femme qui a pourtant l'âge de Fernand Blais. Et pour notre couple, elle nous apprend, par l'attention que nous lui accordons, à ne pas trop nous centrer sur notre nombril. Au sein de notre famille depuis quelques années, elle est sortie de sa solitude. Avant, tout comme cet homme, elle était isolée. Maintenant, on la sent plus heureuse, car elle se sent encore utile, appréciée pour ce qu'elle est et aimée.
Un trésor à vénérer!
Cette semaine, j'ai rencontré Maurice, 84 ans, un docteur en linguistique qui est fasciné par les arts sacrés. Ensemble, nous avons parlé de cathédrales et d'églises, de vitraux et de peinture. Maurice m'a ouvert les yeux sur le beau et le merveilleux. Et que dire de ma rencontre avec Raymond, octogénaire lui aussi, qui m'a donné des leçons d'histoire et de théologie.
Je pense aussi à toutes ces personnes âgées qui donnent de leur temps gratuitement au service des autres. Il y en a des milliers. Les personnes âgées ne sont pas rien ! Elles sont un trésor qu'il faut vénérer et accepter et dont il faut prendre soin. J'aimerais tant être le fils adoptif de toutes ces personnes âgées et seules. Et pourquoi pas chacun de nous ?
(Le Presse, 28 mai 2006, p. A15)
