VISION CATHOLIQUE: Saint Alfred Bessette

Le frère André
Saint Alfred Bessette

Par Benoit Voyer

5 janvier 2026

En 1832, une année après leur mariage, Isaac Bessette et Clothilde Foisy s’installent sur ce qui est devenu l’intersection de la montée et du rang du Grand-Bois, du 3ᵉ et du 4ᵉ Rang Nord, à Mont-Saint-Grégoire. Il s’agit d’une pointe de terre située à 3,22 km du village.

Il est facile de s’y rendre. On emprunte la sortie 37 de l’autoroute 10, on prend la route 227 en direction sud et Google Maps indique le reste du chemin à suivre.

Lieu de naissance d'Alfred a Mont-Saint-Grégoire
De nos jours, sur le terrain se trouvent une immense croix en pierre, bien évidemment une statue de saint Joseph, un monument nous rappelant la maison natale d’Alfred et un tas de pierres, vestiges du solage de la cabane de la famille Bessette. Elle est faite en bois et ne contient qu’une pièce de 20 pieds par 17.


Dix des douze enfants Bessette naissent dans cette très modeste maison. Alfred est le huitième bambin. Il nait le 9 août 1845.

Craignant pour sa vie, parce qu’il est très maigre, le bébé est baptisé le lendemain. Le curé Pierre-Albert Sylvestre procède au rituel.



De Saint-Grégoire à Farnham
Le 25 aout 1849, Isaac Bessette vend sa propriété de Mont-Saint-Grégoire à Louis Gauthier, cultivateur de Nicolet. L’acte notarié dit que l’acquéreur ne doit pas prendre possession du lieu avant le 1ᵉʳ juin 1850. Cela était pour lui permettre de relocaliser sa famille.

Le 3 octobre 1849, Édouard Chatelle cède à Isaac Bessette une étendue de son terrain au 5ᵉ rang de Farnham. Ce lieu est aujourd’hui reconnu comme étant le 182, rue Yamaska Est. La maison d’origine a disparu dans les flammes en 1998.

L’histoire dit qu’Isaac Bessette est pauvre. Comment a-t-il pu s’offrir un terrain et la construction d’une nouvelle maison en payant comptant s’il était si pauvre ? C’est un fait rare en ces temps-là ! Il a une grosse marmaille et n’a aucune dette.

Le frère André
Isaac Bessette n’est pas qu’un bucheron et un menuisier. Un acte notarié dit qu’il est aussi charpentier. Il gagne donc relativement bien sa vie dans la construction. D’ailleurs, il n’y a pas qu’Isaac qui aime travailler le bois. Ses frères avaient la même passion. Ils ont d’ailleurs contribué à la construction de quelques églises, dont celle de Saint-Athanase, près d’Iberville.


Alfred Bessette a grandi dans cette atmosphère un peu spéciale. Son rêve de bâtir un oratoire consacré à Saint Joseph est fort probablement né dans ces années à Farnham, où il a participé à quelques projets de construction avec sa famille.

La maison construite par Isaac Bessette ressemblait à l’autre située juste à côté, à l’ouest. Également construite de ses mains, il a utilisé le même plan. C’est dans ce lieu qu’Alfred Bessette – alias le frère André – vivra de 4 à 11 ans et demi, soit la plus longue période de sa vie avant d’entrer en communauté chez les Pères de Sainte-Croix. Farnham est donc le lieu où il aurait fait ses apprentissages d’enfant et même reçu les premiers sacrements. C’est ce petit coin de pays qui formera le saint homme qu’il deviendra.

Le 19 février 1855, Isaac Bessette et son fils aîné, Isaïe, s’affairent à abattre un arbre face à sa maisonnette sur la propriété d’Eusèbe Martel. L’arbre dérive et lui tombe sur la poitrine. Le choc est fatal pour le père. Il en meurt. Le choc est également fatal pour sa femme qui s’épuisera à élever seule sa trâlée de dix enfants, dont le benjamin, Alfred, n’a que 9 ans. Touchée par la tuberculose, elle décède en 1857.

C’est à Farnham qu’elle décède ! Pas à Saint-Césaire ! Les actes notariés sont clairs sur ce point et ajoutent que ses funérailles ont eu lieu dans la petite église catholique de Farnham et qu’elle a été inhumée auprès de son mari dans le petit cimetière, situé à proximité du temple, juste à l’est. Cette chapelle était un lieu significatif pour Isaac Bessette puisqu’il a travaillé à son agrandissement.

De nos jours, les époux Bessette se retrouvent inhumés sous l’asphalte d’un petit stationnement [1] situé à l’ouest de l’église Saint-Romuald, entre la rue et l’église.

Lorsqu’on a déménagé le cimetière, en 1890, plus d’une cinquantaine de cercueils ont été déterrés et relocalisés dans le nouveau. Les autres personnes qui reposent en ce lieu sont tombées dans le plus grand anonymat. C’est probablement parce que les familles étaient pauvres que les corps sont restés là.

Ainsi donc, Alfred Bessette, 12 ans, quittera Farnham au décès de sa mère pour aller demeurer chez son oncle Timothée Nadeau, à Saint-Césaire.

Intelligent, mais de santé délicate, il fréquente très peu l'école. Il apprend à lire, mais pas à écrire. Et il peut à peine signer son nom.

Le frère André
Une vocation religieuse particulière

Alfred est un bon travailleur. Il sera boulanger, cordonnier, homme de ferme.

Comme plusieurs Canadiens, il œuvre dans les usines de textile de la Nouvelle-Angleterre, aux États-Unis. Il revient au Canada en 1867.

Optimiste de nature, malgré sa faible santé et des difficultés qu’il traverse, il ne se plaint jamais.

Sa foi et sa confiance en Dieu donnent du sens à sa vie. Celles-ci viennent de sa mère. Elle lui a inculqué une grande confiance en saint Joseph, l'artisan discret de Nazareth. Il s’abandonne à son intercession.

L'abbé André Provençal, curé de la paroisse catholique de Saint-Césaire, remarque sa piété et son esprit de service. Il lui recommande d'entrer dans la communauté de Sainte-Croix. Ils viennent de fonder un collège pour les garçons au village.

À 25 ans, Alfred est homme à tout faire, quasi analphabète et de santé fragile, on hésite à l'accepter en communauté. On finira par le garder parce qu'il « prie très bien ».

Chez les Pères de Sainte-Croix, il portera le prénom du curé de Saint-Césaire : « le frère André ».

Ces hommes instruits, tous des instituteurs, un peu bourgeois dans l’âme, le regardent souvent de haut, mais Alfred c’est l’humble gars de la communauté. Il effectue ses travaux – ceux que personne ne veut faire – avec entrain, humour et sans jamais se plaindre. Il devient portier, jardinier, commissionnaire, coiffeur, repasse le linge des religieux… Il mène une vie en apparence banale, une existence qui, pense-t-on, ne laisse pas de trace. Mais un feu l'habite.

En coupant les cheveux aux élèves, il leur parle de la prière et de l'importance de la communion fréquente.

Tous connaissent sa dévotion à saint Joseph.

Le frère André
Les débuts de l’Oratoire Saint-Joseph

Des rumeurs commencent à circuler : le frère André aurait guéri un élève à l'infirmerie. Au fil des ans, les « guérisons » se multiplient.

Homme d’écoute et de bons conseils, les gens se présentent au collège afin de se confier au « bon frère ». Il devient le confident d’un grand nombre de personnes.

Le frère André
C’est vers l’âge de 60 ans qu’il devient peu à peu un personnage public.


Après avoir longuement hésité, les autorités du Collège Notre-Dame achètent le terrain situé de l'autre côté de la rue.

En 1904, on y érige une petite chapelle. C’est la naissance de l'Oratoire Saint-Joseph.

Chaque matin, le frère André y monte pour accueillir les pèlerins qui sont de plus en plus nombreux.

Dans « son bureau », comme il dit, le confident reçoit de 200 à 300 personnes par jour. Pour lui ces longues heures d'écoute sont souvent pénibles.

saint Alfred et le bienheureux Frédéric
Le frère André n'est pas un magicien, ni un charlatan. C’est un homme qui parle avec son cœur de son expérience personnelle : prière, confiance en Dieu, dévotion à saint Joseph…


Parmi ses amis figure le bienheureux père Frédéric Janssoone, un franciscain.

Le frère André meurt le 6 janvier 1937, à l'âge de 91 ans. L’humble oratoire est en voie de devenir une basilique. Le toit et le dôme seront complétés l'année suivante.

La semaine qui suit son entrée dans la gloire éternelle, un million de personnes, dit-on, passent lui rendre hommage. Ils viennent de partout en Amérique du Nord.

Montréal a connu un grand saint. Il est l’exemple parfait de ce que doit être un cheminement spirituel authentique : « Devenir grand en se faisant petit. » [2].

La fête liturgique de saint Alfred Bessette, alias « le bon frère André », est le 6 janvier.


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[1] Cf. Benoit Voyer. « Les parents du Frère André enterrés sous l’asphalte », Revue Sainte-Anne, mars 2000, p. 108. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/03/les-parents-du-saint-frere-andre.html 
[2] Dans sa chanson « Te ressembler », Patrice Vallée illustre bien qu’aurait pu chanter Alfred Bessette : « Te ressembler chaque jour un peu plus. Te continuer dans nos maisons nos rue. Être ton corps qui revit aujourd’hui à chaque endroit ou servent tes amis. Devenir grand en se faisant petit, en s’abaissant pour mieux donner sa vie, en se penchant sur un malade ami, sur un enfant qui pleure dans la nuit. Être un servant à l’autel de la vie. Donner son sang comme toi tu le fis. En s’oubliant pour celui qui gémit, pour le souffrant ou celle qu’on oublie. Donner son temps comme on donne le pain, en oubliant le geste de la main, en s’arrêtant à celui qui le tient, reconnaissant les traits de Dieu qui vient. » https://www.chantonseneglise.fr/chant/18301/te-ressembler