Par Benoit Voyer
7 janvier 2026
Le dimanche 17 janvier 1932, à Martinville, à quinze kilomètres de Sherbrooke, une petite municipalité devenue un secteur de Compton, naît Marielle, fille d'Yvonne Roy et Félix Lemire. Le lendemain, elle est baptisée dans la tradition catholique à l’église Saint-Martin par l’abbé Agénor Turcotte, curé de la paroisse. Elle reçoit les prénoms de Marielle, Noëlla et Cécile. Elle est la troisième d’une famille de quatre marmots. Ses sœurs et son frère portent les prénoms de Félicienne, Benjamine et Gabriel.[1]
Elle vit une enfance normale et heureuse.
Elle devient une jeune femme autonome. À l’usine, elle gagne 25$ par semaine. Sans rechigner, elle remet le montant à son père et, en échange, lui donne 25 cents pour aller voir des films au cinéma une fois par semaine[2].
Un goût pour la vie religieuse se fait sentir en elle.
Au début de l’an 2000, âgée de 67 ans, elle me raconte [3] : « Mon père ne voulait pas que j’entre en communauté. Il m’a dit : « Si tu me demandes la permission, je vais te dire non. Mais je te dis, si tu veux y aller, vas-y, ça va faire plaisir à ta mère ! Cependant, je suis sûr que tu ne resteras pas là ! Il m’appelait « ma petite guidoune ! » J’étais un peu « flyée » ! Il disait : « Elle est assez têtue ! » Si elle se met dans la tête qu’elle va y rester, elle va y rester ! Ça ne l’intéressait pas que j’entre en communauté parce qu’il fallait donner 300 piastres ! Nous étions assez pauvres ! »
Au grand bonheur de sa mère, le 7 septembre 1949, Marielle Lemire entre chez les Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus, à Sherbrooke.
Pendant plus de 22 ans, elle travaillera dans la cuisine de la communauté religieuse.
Une rencontre spirituelle intense
Au début des années 1970, grâce au père Jean-Paul Regimbal, initiateur du renouveau charismatique chez les catholiques francophones d’Amérique du Nord et d’Europe, elle vit une rencontre spirituelle intense. Sa vie ne sera plus jamais la même.
« J’ai été touchée par tous ces miracles et ces guérisons. Ça m’a épatée, un Dieu agissant, une Parole qui peut s’actualiser aujourd’hui. J’en ai tellement vu ! Comment est-ce que je pourrais nier cela ? Quand je témoigne de cette époque, je dis toujours : c’est le Dieu des miracles ! J’ai moi-même été guérie des intestins ! J’étais tellement convaincue que je ne pouvais pas me taire ! »[4].
A la suite de son expérience, elle introduit le Renouveau charismatique dans la région de Sherbrooke : « Ce qui m’a épatée aussi, c’est la Parole de Dieu et Vatican II qui venait de sortir. J’y ai appris que la Parole de Dieu est vérifiable ; elle dit d’imposer les mains aux malades et ils guériront ! C’est écrit ! Puisque c’est noir sur blanc, je me disais : on va faire comme la Parole demande ! Dieu répondait à nos prières ! »
Par la suite, elle consacrera son existence aux jeunes adultes, surtout aux plus « poqués de la vie ».
Les jeunes
Le regard enjoué, elle me lance : « Tu sais, les jeunes veulent tous croire ! Le problème est dans la manière dont on leur présente Dieu ! Il n’y en a pas un qui accroche sur la même affaire ! » [5].
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| En 1979, a Granby, dans La Voix de l'Est |
La méthode pastorale de sœur Marielle Lemire est assez simple. Premièrement, laisser agir l’Esprit Saint et ne pas tenter de tout encadrer. Et puis, être elle-même, sans artifice.
La religieuse a toujours eu un langage franc et direct. Elle dit sans détour ce qu’elle pense. Ce trait l’a toujours aidé auprès des jeunes.
Et puis, oui c’est vrai, elle est un peu « flyée » et comme le disait son père : « elle est assez têtue ! Si elle se met dans la tête… » Elle n’est pas du genre à abandonner facilement, surtout lorsqu’elle sent que le courant passe. Elle me le dira souvent, il n’y a pas un jeune adulte qui découvre Dieu de la même manière.
Au fil des ans, elle est devenue plus tendre et à l’écoute, comme une mère et une grand-mère. Au fil des confidences, elle amène les jeunes à faire l’expérience d’un Dieu agissant qui seul peut guérir en profondeur les blessures de l’âme. Ce qu’elle réalise est un véritable miracle quotidien.
Plusieurs jeunes ont trouvé auprès de sœur Marielle Lemire une présence guérissante et un sens à la vie. Elle a toujours su se faire proche de leur misère. Auprès d’elle, chacun et chacune se sent unique et important.
Marielle n’a jamais aimé les honneurs et, selon elle, en a trop reçus au fil de ces années avec les jeunes. Elle a toujours préféré la vie humble et simple de sa cuisine de la communauté ou celle sur le trottoir.
Sœur Marielle Lemire est décédée le 8 janvier 2020, à l’âge de 87 ans. Ses cendres reposent dans le cimetière Saint-Michel, à Sherbrooke.[6]
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| Le cimetière Saint-Michel, a Sherbrooke |
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[1] Renseignements tirés de l’extrait du registre des baptêmes de la paroisse Saint-Martin, à Martinville. Inscription du 18 janvier 1932.
[2] Benoit Voyer, « Les jeunes veulent tous croire ! », sœur Marielle Lemire, Revue Sainte Anne, mars 2000, p. 108.
[3] Benoit Voyer, « Les jeunes veulent tous croire ! », sœur Marielle Lemire, Revue Sainte Anne, mars 2000, p. 108.
[4] Benoit Voyer, « Les jeunes veulent tous croire ! », sœur Marielle Lemire, Revue Sainte Anne, mars 2000, p. 108.
[5] Benoit Voyer, « Les jeunes veulent tous croire ! », sœur Marielle Lemire, Revue Sainte Anne, mars 2000, p. 108.
[6] Avis de décès de sœur Marielle Lemire : www.steveelkas.com/avisdeces/sr-marielle-lemire-f-c-s-c-j/


