EN LIBERTÉ: Les besoins affectifs des hommes

 


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Paolo Noel no 6


VISION CATHOLIQUE: Les fiançailles et le mariage de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi

Les fiançailles et le mariage de
la bienheureuse Anna-Maria Taïgi

Par Benoit Voyer
6 janvier 2026

Anna Gianetti est à l’âge des choix de vie. L’idée de devenir religieuse occupe ses idées pendant un certain temps. Cependant, après avoir demandé conseil à son accompagnateur spirituel, elle finit par laisser s’évanouir cette possibilité.

Dans sa prière, Anna finit par demander au bon Dieu de mettre sur sa route le jeune homme de ses rêves. Elle le veut honnête, chrétien, convaincu et de modeste condition. Au fond, elle veut un homme de cœur capable de la protéger.

Anne travaille au palais Maccarani pour une certaine dame Marini, la maitresse de la maison. À chaque jour, on y reçoit la visite de Domenico Taïgi qui, de la part du prince Chigi, son maître, apporte à la dame Marini des messages ou de quoi manger. Leurs fréquentes rencontres finissent par créer des liens cordiaux entre elle et lui.

Chacun s’intéresse à l’autre au point de chercher à mieux le connaître. De son côté, Anna s’informe de l’homme auprès du curé de la paroisse, de dame Marini et de quelques amies.

Le Milanais Domenico Taïgi est un homme de figure franche et gaie, aux cheveux noirs crépus, robuste de santé, que les nobles aiment à garder à leur service. Anna n’est pas insensible à ses charmes, sans toutefois s’aveugler par ses défauts. Elle le sait, Domenico n’a pas l’art de dissimuler son caractère grossier, son obstination résolue et sa vulgarité plébéienne. En revanche, la bonté de son cœur, son honnêteté instinctive, sa réputation morale et sa conviction religieuse compensent pour ses lacunes.

Domenico finit par demander aux parents Gianetti la main de leur fille, après avoir obtenu d’Anna l’assurance qu’elle l’épouserait.

Les fiançailles sont conclues à la fin de novembre 1789. On se hâte de confectionner le trousseau de la mariée.

Le 7 janvier 1790, Anna, toute radieuse dans la fraicheur de ses 20 ans, s’engage auprès de Domenico devant l’autel de l’église catholique Saint-Marcel, à Rome.

Un jour, sa fille Sofia racontera : « Ma mère me disait que si elle avait ainsi tout réglé en 40 jours, c’est qu’elle ne voulait pas « rester à réchauffer la chaise » en s’éternisant à la maison. Trainer en longueur, après s’être assurée de la piété et de l’honnêteté de son futur, ne pouvait que lui amener ennuis et danger. Elle fut toujours heureuse de ce qu’elle avait fait en épousant mon père… »[1]

____________________

[1] Cf. Frère Jean-Paul de Jésus (Jean-Paul Regimbal). Vie de la bienheureuse Anna-Maria Taïgi – Les fiançailles d’une sainte, Trinitas, Vol. 1 No 3, avril, mai et juin 1954, pp. 10 et 11.

EN MUSIQUE: Beyond Life (François Cousineau)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Un cœur qui bat toujours

300e anniversaire du décès de sainte Marguerite Bourgeoys


Un cœur qui bat toujours

Durant la nuit du 31 décembre 1699 au 1er janvier 1700, les sœurs de la Congrégation Notre-Dame de Montréal sont brusquement réveillées pour réciter les prières des agonisants au chevet de sœur Catherine Charly, leur jeune maîtresse des novices, gravement malade depuis quelques temps.

La fondatrice de la communauté religieuse, Maguerite Bourgeoys, bien portante malgré ses 79 ans avancés, lance spontanément en apprenant la nouvelle : « Ah! Mon Dieu, que ne me prenez-vous, moi qui suis inutile à tout dans cette maison plutôt que cette pauvre sœur qui peut y rendre encore de grands services » Surprise! En quelques heures, sœur Catherine reprend du mieux. Elle est sauvée de la mort.

Le soir du 1er janvier 1700, Marguerite Bourgeoys commence une fièvre accompagnée de souffrances aiguës. Pendant douze jours, elle souffre effroyablement.

Voyant la maladie s'aggraver, une désolation envahit les religieuses. Malgré son purgatoire, la sainte vit dans l'allégresse. Elle le sait : l'heure de Dieu est arrivée, l'heure de son passage de vie à trépas.

Autour du lit, ses compagnes veillent. Rapidement, elle leur demande des cantiques (prières chantées). Dans la petite cellule glacée, les voix s'élèvent tremblantes pour chanter le ciel et Marie. Marguerite s'unit à ses filles malgré ses douleurs et son épuisement. Auprès d'elle, qui pleure à chaudes larmes, Catherine Charly revenue à la santé, comme par miracle.

La fête des rois se passe dans la tristesse. Le mardi 12 janvier 1700, peu après minuit, Marguerite Bourgeoys entre en agonie. Elle décède paisiblement vers 3h, les deux mains croisées sur sa poitrine.

Parcours
L'amie de Jeanne Mance, la fondatrice de l'Hôtel-Dieu de Montréal, morte également en odeur de sainteté, est née à Troyes (France), le vendredi saint 17 avril 1620.

À 33 ans, elle quitte sa patrie à l'invitation de monsieur Paul Chomedey sieur de Maisonneuve pour se rendre instruire les enfants de Ville-Marie, en Nouvelle-France.

En 1658, elle ouvre une première école de Ville-Marie (Montréal) et, plus tard, fonde la Congrégation Notre-Dame. Tout en faisant l'école, elle reçoit et accompagne les Filles du Roy, venues en Nouvelle-France pour y épouser colons. Elle les prépare au mariage et les soutient dans la fondation des premières familles du pays.

À 73 ans, Mgr de Saint-Vallier accepte sa démission comme supérieure de la Congrégation. A 77 ans, elle écrit ses mémoires qui demeurent un témoignage historique et son testament spirituel. Le 31 octobre 1982, elle est canonisée par le pape Jean-Paul II.

Hommages
À l'occasion du 300e anniversaire de son entrée dans la gloire du ciel, le Jeune opéra de Montréal lui rendra hommage, le 9 avril 2000, à l'occasion d'un concert qui aura lieu à la Chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours de Montréal. Le 17 juin 2000, une fête multiculturelle se tiendra à la Maison Saint-Gabriel de Montréal, pour souligner l'anniversaire.

Benoît Voyer


(Revue sainte Anne, mars 2000, page 109 et 110)

5 janvier 2026

EN LIBERTÉ: La messe rythmée (4)


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Paolo Noel no 5


VISION CATHOLIQUE: Saint Alfred Bessette

Le frère André
Saint Alfred Bessette

Par Benoit Voyer

5 janvier 2026

En 1832, une année après leur mariage, Isaac Bessette et Clothilde Foisy s’installent sur ce qui est devenu l’intersection de la montée et du rang du Grand-Bois, du 3ᵉ et du 4ᵉ Rang Nord, à Mont-Saint-Grégoire. Il s’agit d’une pointe de terre située à 3,22 km du village.

Il est facile de s’y rendre. On emprunte la sortie 37 de l’autoroute 10, on prend la route 227 en direction sud et Google Maps indique le reste du chemin à suivre.

Lieu de naissance d'Alfred a Mont-Saint-Grégoire
De nos jours, sur le terrain se trouvent une immense croix en pierre, bien évidemment une statue de saint Joseph, un monument nous rappelant la maison natale d’Alfred et un tas de pierres, vestiges du solage de la cabane de la famille Bessette. Elle est faite en bois et ne contient qu’une pièce de 20 pieds par 17.


Dix des douze enfants Bessette naissent dans cette très modeste maison. Alfred est le huitième bambin. Il nait le 9 août 1845.

Craignant pour sa vie, parce qu’il est très maigre, le bébé est baptisé le lendemain. Le curé Pierre-Albert Sylvestre procède au rituel.



De Saint-Grégoire à Farnham
Le 25 aout 1849, Isaac Bessette vend sa propriété de Mont-Saint-Grégoire à Louis Gauthier, cultivateur de Nicolet. L’acte notarié dit que l’acquéreur ne doit pas prendre possession du lieu avant le 1ᵉʳ juin 1850. Cela était pour lui permettre de relocaliser sa famille.

Le 3 octobre 1849, Édouard Chatelle cède à Isaac Bessette une étendue de son terrain au 5ᵉ rang de Farnham. Ce lieu est aujourd’hui reconnu comme étant le 182, rue Yamaska Est. La maison d’origine a disparu dans les flammes en 1998.

L’histoire dit qu’Isaac Bessette est pauvre. Comment a-t-il pu s’offrir un terrain et la construction d’une nouvelle maison en payant comptant s’il était si pauvre ? C’est un fait rare en ces temps-là ! Il a une grosse marmaille et n’a aucune dette.

Le frère André
Isaac Bessette n’est pas qu’un bucheron et un menuisier. Un acte notarié dit qu’il est aussi charpentier. Il gagne donc relativement bien sa vie dans la construction. D’ailleurs, il n’y a pas qu’Isaac qui aime travailler le bois. Ses frères avaient la même passion. Ils ont d’ailleurs contribué à la construction de quelques églises, dont celle de Saint-Athanase, près d’Iberville.


Alfred Bessette a grandi dans cette atmosphère un peu spéciale. Son rêve de bâtir un oratoire consacré à Saint Joseph est fort probablement né dans ces années à Farnham, où il a participé à quelques projets de construction avec sa famille.

La maison construite par Isaac Bessette ressemblait à l’autre située juste à côté, à l’ouest. Également construite de ses mains, il a utilisé le même plan. C’est dans ce lieu qu’Alfred Bessette – alias le frère André – vivra de 4 à 11 ans et demi, soit la plus longue période de sa vie avant d’entrer en communauté chez les Pères de Sainte-Croix. Farnham est donc le lieu où il aurait fait ses apprentissages d’enfant et même reçu les premiers sacrements. C’est ce petit coin de pays qui formera le saint homme qu’il deviendra.

Le 19 février 1855, Isaac Bessette et son fils aîné, Isaïe, s’affairent à abattre un arbre face à sa maisonnette sur la propriété d’Eusèbe Martel. L’arbre dérive et lui tombe sur la poitrine. Le choc est fatal pour le père. Il en meurt. Le choc est également fatal pour sa femme qui s’épuisera à élever seule sa trâlée de dix enfants, dont le benjamin, Alfred, n’a que 9 ans. Touchée par la tuberculose, elle décède en 1857.

C’est à Farnham qu’elle décède ! Pas à Saint-Césaire ! Les actes notariés sont clairs sur ce point et ajoutent que ses funérailles ont eu lieu dans la petite église catholique de Farnham et qu’elle a été inhumée auprès de son mari dans le petit cimetière, situé à proximité du temple, juste à l’est. Cette chapelle était un lieu significatif pour Isaac Bessette puisqu’il a travaillé à son agrandissement.

De nos jours, les époux Bessette se retrouvent inhumés sous l’asphalte d’un petit stationnement [1] situé à l’ouest de l’église Saint-Romuald, entre la rue et l’église.

Lorsqu’on a déménagé le cimetière, en 1890, plus d’une cinquantaine de cercueils ont été déterrés et relocalisés dans le nouveau. Les autres personnes qui reposent en ce lieu sont tombées dans le plus grand anonymat. C’est probablement parce que les familles étaient pauvres que les corps sont restés là.

Ainsi donc, Alfred Bessette, 12 ans, quittera Farnham au décès de sa mère pour aller demeurer chez son oncle Timothée Nadeau, à Saint-Césaire.

Intelligent, mais de santé délicate, il fréquente très peu l'école. Il apprend à lire, mais pas à écrire. Et il peut à peine signer son nom.

Le frère André
Une vocation religieuse particulière

Alfred est un bon travailleur. Il sera boulanger, cordonnier, homme de ferme.

Comme plusieurs Canadiens, il œuvre dans les usines de textile de la Nouvelle-Angleterre, aux États-Unis. Il revient au Canada en 1867.

Optimiste de nature, malgré sa faible santé et des difficultés qu’il traverse, il ne se plaint jamais.

Sa foi et sa confiance en Dieu donnent du sens à sa vie. Celles-ci viennent de sa mère. Elle lui a inculqué une grande confiance en saint Joseph, l'artisan discret de Nazareth. Il s’abandonne à son intercession.

L'abbé André Provençal, curé de la paroisse catholique de Saint-Césaire, remarque sa piété et son esprit de service. Il lui recommande d'entrer dans la communauté de Sainte-Croix. Ils viennent de fonder un collège pour les garçons au village.

À 25 ans, Alfred est homme à tout faire, quasi analphabète et de santé fragile, on hésite à l'accepter en communauté. On finira par le garder parce qu'il « prie très bien ».

Chez les Pères de Sainte-Croix, il portera le prénom du curé de Saint-Césaire : « le frère André ».

Ces hommes instruits, tous des instituteurs, un peu bourgeois dans l’âme, le regardent souvent de haut, mais Alfred c’est l’humble gars de la communauté. Il effectue ses travaux – ceux que personne ne veut faire – avec entrain, humour et sans jamais se plaindre. Il devient portier, jardinier, commissionnaire, coiffeur, repasse le linge des religieux… Il mène une vie en apparence banale, une existence qui, pense-t-on, ne laisse pas de trace. Mais un feu l'habite.

En coupant les cheveux aux élèves, il leur parle de la prière et de l'importance de la communion fréquente.

Tous connaissent sa dévotion à saint Joseph.

Le frère André
Les débuts de l’Oratoire Saint-Joseph

Des rumeurs commencent à circuler : le frère André aurait guéri un élève à l'infirmerie. Au fil des ans, les « guérisons » se multiplient.

Homme d’écoute et de bons conseils, les gens se présentent au collège afin de se confier au « bon frère ». Il devient le confident d’un grand nombre de personnes.

Le frère André
C’est vers l’âge de 60 ans qu’il devient peu à peu un personnage public.


Après avoir longuement hésité, les autorités du Collège Notre-Dame achètent le terrain situé de l'autre côté de la rue.

En 1904, on y érige une petite chapelle. C’est la naissance de l'Oratoire Saint-Joseph.

Chaque matin, le frère André y monte pour accueillir les pèlerins qui sont de plus en plus nombreux.

Dans « son bureau », comme il dit, le confident reçoit de 200 à 300 personnes par jour. Pour lui ces longues heures d'écoute sont souvent pénibles.

saint Alfred et le bienheureux Frédéric
Le frère André n'est pas un magicien, ni un charlatan. C’est un homme qui parle avec son cœur de son expérience personnelle : prière, confiance en Dieu, dévotion à saint Joseph…


Parmi ses amis figure le bienheureux père Frédéric Janssoone, un franciscain.

Le frère André meurt le 6 janvier 1937, à l'âge de 91 ans. L’humble oratoire est en voie de devenir une basilique. Le toit et le dôme seront complétés l'année suivante.

La semaine qui suit son entrée dans la gloire éternelle, un million de personnes, dit-on, passent lui rendre hommage. Ils viennent de partout en Amérique du Nord.

Montréal a connu un grand saint. Il est l’exemple parfait de ce que doit être un cheminement spirituel authentique : « Devenir grand en se faisant petit. » [2].

La fête liturgique de saint Alfred Bessette, alias « le bon frère André », est le 6 janvier.


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[1] Cf. Benoit Voyer. « Les parents du Frère André enterrés sous l’asphalte », Revue Sainte-Anne, mars 2000, p. 108. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/03/les-parents-du-saint-frere-andre.html 
[2] Dans sa chanson « Te ressembler », Patrice Vallée illustre bien qu’aurait pu chanter Alfred Bessette : « Te ressembler chaque jour un peu plus. Te continuer dans nos maisons nos rue. Être ton corps qui revit aujourd’hui à chaque endroit ou servent tes amis. Devenir grand en se faisant petit, en s’abaissant pour mieux donner sa vie, en se penchant sur un malade ami, sur un enfant qui pleure dans la nuit. Être un servant à l’autel de la vie. Donner son sang comme toi tu le fis. En s’oubliant pour celui qui gémit, pour le souffrant ou celle qu’on oublie. Donner son temps comme on donne le pain, en oubliant le geste de la main, en s’arrêtant à celui qui le tient, reconnaissant les traits de Dieu qui vient. » https://www.chantonseneglise.fr/chant/18301/te-ressembler


EN MUSIQUE: Amazing Grace (Alan Jackson)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Tout commence par un regard

Tout commence par un regard

Le Café d'accueil Chrétien, situé sur la rue Saint-Antoine Nord, à Granby, est en pleine relance. Pour la survie de ce service fondé en 1979 à la demande du défunt père Jean-Paul Regimbal, un second souffle était nécessaire et urgent. Les réalités sociaux-religieuses ont changé en 20 ans. Il faut maintenant s'adapter à une nouvelle façon de faire de l'animation pastorale. Le nouveau président, Serge Champagne, entend bien démontrer que tout commence par un regard.

Tout est nouveau : approche pastorale, membres, invités, conseil d'administration ... même la décoration a été changée.

Souvent confondu avec le réseau des cafés chrétiens des divers groupes chrétiens qui ne vivent pas en communion avec le Vatican, cet homme dans la quarantaine - et son équipe- fait tout ce qu'il peut pour afficher que son centre d'accueil est bel et bien catholique. Il pourrait même proposer à ses membres de changer le nom de la corporation sans but lucratif si cela est nécessaire.

Objectifs
Qu'est-ce que le Café d'accueil chrétien catholique? « C'est un lieu où le jeune se retrouve chez lui pour placoter de ce qui le préoccupe. Avec le temps, nous tentons de lui faire découvrir que Jésus est présent dans son quotidien », explique le responsable moustachu.

« Nous voulons porter une présence de foi aux jeunes pour redonner de l'espérance. Notre démarche se fait à partir de ce qu'ils vivent! », ajoute-t-il. Cette façon de porter le message de l'Évangile est unique. Il n'y a pas mieux qu'un jeune pour parler de foi à un autre jeune. N'est-ce pas le grand désir du pape Jean-Paul II qu'il y ait en cette fin de millénaire une nouvelle évangélisation en Amérique!

Jésus et Juana Carrascosa ont dit, il y a quelques jours, au Synode pour l'Europe : Il faut « redécouvrir la simplicité absolue de la méthode du Christ, de Dieu, avec nous: Jésus est une présence humaine qui touche toute la vie et la change » [...] « Nous avons besoin de chrétiens conscients et convaincus, qui soient capables de rendre l'Église présente dans leurs communautés ». C'est ce que la petite équipe de Granby veut faire.

Le petit café fait un peu penser à la Jeunesse ouvrière catholique (JOC) que toute une génération a connue, à la différence qu'il s'ajoute en ce lieu une proposition d'expérience spirituelle intense.

Expérience personnelle
Père d'adolescents, Serge Champagne sait de quoi il parle. Les forces et les faiblesses de jeunes, il connaît ça!

Il n'y a pas juste son expérience de parent qui inspire son action. Toute sa jeunesse il l'a passée en foyer d'accueil. « Pour moi, l'amour était irréalisable! », lance-t-il. Tout a changé à partir d'une expérience spirituelle intense qu'il a faite avec un petit groupe de catholiques. Après, rien n'a jamais été pareil : Il a trouvé un sens à sa vie, un sens à l'amour. Il sait maintenant que tout commence par un regard. Il veut donner ce qu'il a reçu.

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, février 2000, page 62)

4 janvier 2026

INTERMEDE: La chapelle Notre-Dame de Lourde, a Montréal


EN LIBERTÉ: La messe rythmée (3)


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Paolo Noel no 4


VISION CATHOLIQUE: Les Franciscains de l’Emmanuel

Les Franciscains de l’Emmanuel

Par Benoit Voyer

4 janvier 2026

Le 5 janvier 1985, avec un groupe d'amis, Denis Lévesque fonde les Franciscains de l'Emmanuel, une fraternité communautaire dans l'esprit du saint d'Assise. Le groupe prend naissance avec la permission de l'archevêque de Montréal. La mission des Franciscains de l’Emmanuel est l’évangélisation des jeunes, des pauvres, des gens en difficulté ou carrément dans la rue.

Être un religieux au sein de cette fraternité n’est pas de tout repos. Les membres de la fraternité ne doivent rien posséder, se sauver du confort et de la vie facile et être matériellement les plus pauvres parmi les pauvres. Ainsi donc, les quatre des cinq premiers compagnons du début décideront finalement de quitter la communauté après quelques mois.

En 1986, François Garon se joint à Denis Lévesque.

De 1990 à 1995, ils résident à Roxton-Pond, situé à quelques kilomètres de Granby, mais aucune nouvelle recrue à la fraternité. C’est à cet endroit que je les ai connus.

De 1995 à 1997, ils vivent une expérience avec les Franciscains du Renouveau dans le Bronx, en pleine jungle new-yorkaise. Ils songent à se joindre à cette nouvelle fraternité franciscaine prospère. Ils reviennent finalement au Canada et décident de s'établir à Montréal.

Là-bas, le duo a souvent rencontré sainte Térésa de Calcutta. Elle jouera un rôle déterminant dans la décision de revenir au Québec. Un jour, Denis Lévesque me racontait : « À New York, on rencontrait souvent Mère Teresa parce que ses religieuses habitent à 10 minutes de marche de chez les Franciscains du Renouveau. Les frères prêtres vont souvent célébrer la messe dans leur maison. Il y a beaucoup d'échanges entre les deux communautés. Quand elle venait à New York, elle habitait toujours à cet endroit. Nous allions souvent prier avec elle. […] « En juin 1997, avant qu'elle parte pour Calcutta, deux mois avant qu'elle décède, je lui donne une petite lettre lui expliquant que François et moi étions en réflexion pour savoir si nous revenions au Québec. Si nous restions à New York, il n'y avait pas de retour possible au Canada avant une quinzaine d'années. Je lui demandais donc conseil. Elle prend la lettre, elle l'amène à Calcutta et elle décède le 6 septembre 1997. Une semaine plus tard, nous recevions sa réponse. C'est donc une des dernières lettres écrites avant son départ. » Mère Teresa écrivait : « Dieu vous a sûrement amenés à New York afin de pouvoir mieux aimer et apprécier le don de votre communauté au Québec. »

Après quelques années difficiles, d’autres hommes se joindront à eux. De plus, un évêque camerounais, en plein cœur de l’Afrique, invite les membres de la fraternité à s’établir dans son diocèse. Percevant cela comme un clin d’œil du bon Dieu, ils acceptent. De nombreux Africains décident de les suivre.

En novembre 2003, le cardinal Jean-Claude Turcotte, l’archevêque de Montréal, donne une reconnaissance canonique aux Franciscains de l'Emmanuel, à titre d'association de fidèles.

EN MUSIQUE: Babe (Nathalie Simard)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Année jubilaire à Saint-Hyacinthe

Année jubilaire à Saint-Hyacinthe

On ne fête pas une date de l'histoire, on célèbre le fait que Dieu est venu parmi nous.

Le 25 décembre, au petit matin, Jésus a eu 2000 ans! C'est tout un événement pour l'Église catholique qui ne manquera pas de souligner l'événement durant la prochaine année. La date est symbolique. Les chercheurs stipulent qu'il serait né il y a 2006 ans, donc six ans plus tôt. « ça fait tout un prématuré! » lance à la blague l'abbé André Godbout, responsable du service de la liturgie aux catéchumènes du diocèse de Saint-Hyacinthe.

« On ne fête pas une date de l'histoire! On célèbre le fait que Dieu est venu parmi nous. C'est 2000 ans d'une nouvelle présence de Dieu dans le monde à travers Jésus, le fils de Marie de Nazareth », dit le prêtre aux cheveux poivre et sel.

Ce sera donc une année d'action de grâce pour remercier le Créateur pour son action aujourd'hui. Cette présence de Dieu se manifeste de façon différente pour chaque personne puisque chacun n'a pas la même relation avec lui.

Pèlerinage diocésain

Dans le diocèse de Saint-Hyacinthe, c'est par un grand pèlerinage en douze étapes que l'événement sera souligné. « Mgr François Lapierre a voulu qu'à chaque mois, il y ait un dimanche de rassemblement dans le diocèse. Il veut faire dans la méthode du pèlerinage. C'est une façon originale de se rencontrer, de partager et, surtout, de visiter le diocèse », explique André Godbout.

Bien entendu, une messe sera au programme à chaque fois. Cependant, il y aura d'autres activités. Chaque région est responsable du contenu de sa journée.

Le périple de douze mois débutera à Granby, le 16 janvier, à 14 heures. Pour répondre à un appel de Jean-Paul II, ce sera dans un esprit œcuménique qu'aura lieu cette journée. Tous « les frères séparés », comme dit souvent le souverain pontife, seront de la fête. C'est un autre pas du long processus de réconciliation entre les groupes chrétiens débuté au Concile Vatican II. D'ailleurs, le premier dimanche du carême 2000, le pape demandera pardon au monde entier pour les erreurs des fils de l'Église au fil de l'histoire.

« Nous sommes en train de finaliser les préparatifs de l'événement. Si tout va bien, il y aura un grand feu de joie sur la rue Principale qui sera fermée pour l'occasion. La célébration se déroulera dans l'église catholique Sainte-Famille, l'église anglicane Saint-Georges et l'Église Unie où se regroupent, d'un dimanche à l'autre, les paroissiens anglophones de la région qui sont membres de la communauté chrétienne Saint-Patrick. Elles sont situées toutes proches l'une de l'autre. Une partie de la célébration aura également lieu près du feu de joie », expliquait l'abbé Gérald Ouellette, l'un des organisateurs de l'événement dans la ville de Granby, au moment de mettre sous presse.

La célébration qui devrait se terminer en fête populaire, aura en esprit le pardon mutuel et l'unité « pour continuer à notre façon de créer un monde plus uni. » « Autour du feu de joie, symbole du Christ, les responsables régionaux des différentes Églises recevront un grand cierge qu'ils seront invités à allumer tout au long de l'année durant leurs rassemblements. Les paroisses des diverses confessions religieuses recevront un cierge plus petit. Les fidèles seront invités à acheter la chandelle du millénaire proposée par le diocèse de Saint-Hyacinthe.

L'idée de ces cierges est de prier Jésus pour qu'il ramène son Église qui est divisée dans l'unité de la foi », ajoutait le responsable du dossier de l'œcuménisme au sein de son diocèse.

Ce premier rassemblement diocésain devrait se terminer par un grand « brunch partage » où chaque paroisse de chaque église fournira un plat.

Chaque région aura sa couleur! Le 20 février, à Saint-Hyacinthe, le monde de la santé sera à l'honneur. Le 19 mars, à Sorel, ce seront les travailleurs et sans emplois de l'être. À d'autres occasions, le rassemblement coïncidera avec un festival ou un événement dont l'Exposition agricole de Saint-Hyacinthe. Le plus grand rassemblement aura lieu en plein air, le 11 juin, à Saint-Hyacinthe.

Toutes les régions du diocèse seront visitées : Granby, Saint-Hyacinthe, Sorel Iberville, Waterloo, Marieville, Acton Vale, Cowansville et Beloeil.

Chandelle du millénaire
Des chandelles du millénaire ont été mises en vente à la mi-novembre dans tout le diocèse maskoutain. La belle pièce de collection affichera le logo du jubilé et le thème choisi par l'Assemblée des évêques du Québec pour l'occasion "2000 ans de Bonne Nouvelle"

« On a repris le logo international et on l'a personnalisé en respectant la même dynamique », dit Johanne Boisvert, responsable de l'initiative.

Chaque chandelle est vendue au prix de 2$. Les profits seront donnés pour la création d'un fonds pour venir en aide aux initiatives sociales dans les paroisses du diocèse.

« Tout un prématuré! » lançait à la blague l'abbé André Godbout. Même si c'est le cas, la date officielle n'a pas d'importance pour se préparer à souligner le plus grand événement (selon les chrétiens) de l'histoire de l'humanité. 2000 ans, ça se fête!

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, janvier 2000, page 34)


3 janvier 2026

EN LIBERTÉ: La messe rythmée (2)


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Le premier bébé de 1972 a Granby


VISION CATHOLIQUE: Ne cessons jamais de suivre l’étoile

Ne cessons jamais de suivre l’étoile

Par Benoit Voyer

3 janvier 2026

L’Épiphanie est traditionnellement appelée la « fête des rois ».

Bien des légendes circulent au sujet des « rois mages ». Puisque le récit évangélique est écrit dans le style du conte, il faut le lire au second degré, un peu comme on le ferait avec l’histoire du Petit Prince de Saint-Exupéry.

Voici quelques notes pour bien entrer dans le récit.

D’abord, qu’en est-il de cette étoile ? Dans le monde de la symbolique, l’étoile symbolise la foi. C’est ce qui fera dire au saint Padre Pio : « Il en va de même pour nous : la foi nous sert de guide et sa lumière nous indique le chemin qui nous mène à Dieu et à la patrie céleste »[1]

De passage à Jérusalem, qui sont ces mages qui suivent cette étoile ? Les traducteurs de l’Évangile de Matthieu de la Nouvelle Traduction de la Bible [2], Marie-Andrée Lamontagne et André Myre, utilisent le terme « astrologues ». Plus récemment, dans sa traduction des Évangiles [3], Frédéric Boyer utilise le mot « magiciens ». Il s’agirait donc de devins ou de magiciens ou d’astrologues venus d’Orient.

Ces étrangers qui viennent en Israël sont en pèlerinage à la recherche du « roi des Judéens ». Dans leur recherche, ils questionnent. Pour commencer, ils s’adressent aux autorités religieuses de la Judée.

Le roi Hérode est informé du passage de ces étrangers. Il est troublé en apprenant l’objet de leur recherche.

À son tour, Hérode, qui n’est pas Judéen, cherche à comprendre. Il se renseigne d’abord auprès des titulaires du sacerdoce suprême, les hauts responsables des sacrifices au Temple de Jérusalem, à propos de ce qui est dit au sujet de l’endroit où devrait naître le roi attendu et, en second lieu, auprès des lettrés du peuple. Ces lettrés étaient les gardiens des écrits sacrés. Frédéric Boyer explique qu'« en hébreu, sopherim, employé plusieurs fois dans la Torah, désignait les scribes qui avaient la charge d’écrire sur les rouleaux sacrés le texte de la Loi et de veiller à sa conservation ».[4]

On cite à Hérode le passage du livre de Michée : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. »

Dans sa traduction, Frédéric Boyer n’utilise pas les mots « gouverner » ou « chef ». Il traduit : « un prince qui veillera sur mon peuple Israël ».

Hérode n’est pas entièrement satisfait de la réponse. Il poursuit son enquête en interrogeant « en secret » ces pèlerins d’Orient. Avant de les quitter, il leur demande de trouver l’endroit exact où se trouve l’enfant en question et de revenir l’en informer pour qu’il puisse lui aussi aller l’adorer.

Après leur rencontre avec Hérode, ils se remettent en route. L’étoile les guidera et s’arrêtera juste au-dessus de l’endroit où l’enfant est.

Leur joie est grande en découvrant ce petit bout d’homme. En le voyant, ils s’abaissent pour rendre hommage à l’enfant et lui offrent des cadeaux : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

En donnant de l’encens à l’Enfant Jésus, les mages reconnaissent sa nature divine. Ce don était habituellement offert en sacrifice aux dieux et brûlé dans leurs temples.

La myrrhe pour son humanité. Dans l’Antiquité, la myrrhe était utilisée entre autres pour le culte des morts.

Enfin, de l’or en reconnaissance de la royauté de Jésus.

Intuitivement, comme s’il s’agissait d’un songe reçu ou du signe donné à travers un rêve, les pèlerins d’Orient décident de ne pas revoir Hérode. Ils doutent de son honnêteté. Ils décident donc de rentrer chez eux par un autre chemin.

Être « pèlerins » : « C’est un beau mot dont la signification mérite d’être méditée », disait le pape François le 3 août 2023. Il signifie littéralement laisser de côté la routine habituelle et se mettre en chemin avec une intention, en se déplaçant « à travers les champs » ou « au-delà de ses frontières », c’est-à-dire hors de sa zone de confort, vers un horizon de sens. Dans le mot "pèlerin", nous voyons se refléter la condition humaine, parce que chacun est appelé à se confronter à de grandes questions qui n’ont pas de réponse, une réponse simpliste ou immédiate, mais qui invitent à accomplir un voyage, à se dépasser, à aller plus loin. C’est un processus qu’un universitaire comprend bien, car la science naît ainsi. Et ainsi grandit également la recherche spirituelle. Être pèlerin, c’est marcher vers un but ou chercher un but. Il y a toujours le danger de marcher dans un labyrinthe, où il n’y a pas d’objectif. Et même pas de sortie. Méfions-nous des formules préfabriquées – ce sont des labyrinthes –, méfions-nous des réponses qui semblent à portée de main, tirées de la manche comme des cartes à jouer truquées ; méfions-nous de ces propositions qui semblent tout donner sans rien demander. Méfions-nous ! Cette méfiance est une arme pour pouvoir avancer et ne pas continuer à tourner en rond. » (…) « L’imperfection caractérise notre condition de chercheurs et de pèlerins. »

Comme ces pèlerins venus d’Orient (ou ces mages, astrologues et magiciens), prenons la route. Ne cessons jamais de suivre l’étoile à la recherche de ce qui prend naissance en soi et autour de soi, de Celui qui naît et qui re-naît. Comme l’aurait dit le pape François, ils ne sont pas restés « sur leur canapé ». Ils sont en marche.

_____________________

[1] Saint Padre Pio de Pietrelcina. Une pensée par jour, textes recueillis par père Gerardo Di Flumeri, Médiaspaul 1991, p.122.
[2] La Bible. Bayard et Médiaspaul, 2001.
[3] Frédéric Boyer. Évangiles, Gallimard, 2022.
[4] Frédéric Boyer. Évangiles, Gallimard, 2022.

LES GRANDS ESPACES

 


EN MUSIQUE: Can't stop Falling in Love (Elvis Presley)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: « Il faut accepter certaines morts »

« Il faut accepter certaines morts »
-Christian Beaulieu,
nouveau d.g. de l'Institut séculier Pie X

Malgré la grande crise qui menace de faire disparaître plusieurs communautés religieuses du Canada, l'abbé Christian Beaulieu demeure confiant en l'avenir. Il est assuré que l'Église d'ici va se relever. Cependant, pour survivre, elle a encore quelques pas à faire

« Je suis sûr qu'il y a encore des choses que l'on n'a pas encore assez laissées mourir et qui doivent mourir pour qu'il y ait renaissance, résurrection. Je pense qu’on n’est pas encore assez détaché de certaines formules, d'une certaine forme d'Église qu'on a connue. Il faut accepter certaines morts », explique le nouveau directeur général de l'Institut séculier Pie X, qui vient d'être nommé pour une troisième fois à ce poste

Cette fois-ci, c'est un défi qu'il a à relever: Donner un second souffle à son groupe religieux formé d'une dizaine de prêtres, d'une vingtaine de laïcs consacrés et d'environ 150 couples mariés. Il ne s'en cache pas: Il n'y a pas de relève.

« Ce que j'ai reçu, je voudrais que d'autres le connaisse: le bonheur d'être donné à Dieu, le bonheur d'être des choisis, des appelés? Je voudrais communiquer cela aux jeunes d'aujourd'hui », lance l'auteur et conférencier connu aux quatre coins du monde.

« Pour moi, ceux qui vont être les porteurs du flambeau sont des gens qui vont avoir fait une rencontre personnelle avec Jésus-Christ et des gens qui vont aussi avoir un feu, une passion et qui sont capables de folies en amour. L'évangélisateur d'aujourd'hui doit être prêt à donner sa vie pour ceux qu'il veut rencontrer », ajoute-t-il.

À quelques heures du nouveau millénaire, il cherche avec les membres de sa famille religieuse de nouvelles façons de porter au monde le message de Jésus. Le défi n'est pas facile à relever. Il le sait. Il croit qu'en rallumant la flamme des premières saisons de leur amour, de leurs premières années en fraternité, qu'ils donneront le goût à d'autres personnes de s'engager à leur suite.

Christian Beaulieu doit lui-même vivre des deuils en ce temps de crise, car cette nouvelle mission demande des petits sacrifices à ce qu'il aime: Moins de présence à la maison Le Pharion qu'il a fondée pour venir en aide aux jeunes à se sortir de l'enfer de la drogue et de l'alcool; remettre à plus tard des projets de livres; et refuser de donner des centaines de conférences. C'est sa façon de donner sa vie. Que ce don de lui-même soit le germe de nouvelles vocations au sein de son groupe qui envoie des missionnaires aux quatre coins ... du Canada francophone.

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, janvier 2000, page 14)

2 janvier 2026

EN LIBERTÉ: La messe rythmée (1)


IL FAIT TOUJOURS BEAU QUELQUE PART: Dans la Voix de l'Est du 3 janvier 1972


EN MUSIQUE: Aux talons de ses souliers (Enrico Macias)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Un prêtre thérapeute en thérapie depuis 9 ans


Mon ami André Dumont


Un prêtre thérapeute en thérapie depuis 9 ans

Il a bien changé mon ami André Dumont! Il y avait déjà 4 ans que je ne l'avais pas rencontré. C'était à l'occasion d'une interview pour un autre magazine. Fidélité oblige, je n'ai pas été capable de m'empêcher de téléphoner pour savoir où il en est rendu dans sa vie. Prétextant une rencontre pour la Revue Sainte-Anne, il m'a accueilli les bras grands ouverts.

Son visage m'a d'abord intrigué. Qu'est-ce qui a bien pu changer autant? J'ai pensé à la coupe de sa moustache et à ses quelques rides en surplus – Après tout, il vient d'avoir 60 ans ! - , mais ce n'était pas ça.

Nous nous sommes assis l'un près de l'autre dans l'intimité du sous-sol de la maison l'Exode qu'il a fondée sur la rue Létourneux, à quelques pas du Stade Olympique à Montréal. C'est en scrutant son regard que j'ai enfin compris ce qu'il y a de transformé en lui : son masque est tombé. « L'ex-star » et prêtre du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap à Cap-de-la-Madeleine et auteur-compositeur de célèbres chansons religieuses qui ont fait le tour de la planète comme « Jésus est vivant », est descendu de son podium. Il a compris que la montée spirituelle est une descente au fond de soi.

Quel regard! Quelle transparence! Beaucoup moins pincé qu'avant, plus ouvert, plus direct ... Dieu est passé et lui a donné la grâce de la véracité

« Je suis en thérapie depuis 9 ans! C'est le prix à payer! Si tu prêches d'être vrai et authentique, ils exigent aussi cela de toi! Travailler sur l'empathie te rend franchement plus pauvre! Je n’ai pas toutes les réponses et solutions! Avant, j'avais un rôle sur le podium, mais après 20 ans on a goûté tout ce que ça veut dire! Ça donne quoi? Il y a tant de gens qui souffrent et qui ont besoin de quelqu'un en bas du podium qui va simplement s'asseoir et écouter sans juger. Il ne faut pas essayer de les amener à la messe ou au sacrement du pardon dans la demi-heure qui suit une première rencontre! À l'Exode, la thérapie sera la première véritable confession qu'ils feront », lance-t-il.

Ce qu'il a trouvé le plus difficile au début de cette mission avec les « poqués » de la vie, c'est de recevoir que très rarement un merci. Son côté animateur demandait toujours une réaction : « ça va? C'est l'fun? ça trippe? » C'est à son besoin d'approbation des autres qu'il a dû faire face.

« Ça a été confrontant pour moi d'arriver à dire : je fais juste ce que j'ai à faire, je fais ma mission et je n'attends pas la récolte, c'est gratuit », ajoute mon cher André.

Même s'il est thérapeute, il est aussi un pauvre qui a besoin de l'aide des autres. « C'est quand on exprime ses pauvretés qu'on peut se faire aimer et apprécier des autres. Souvent les gens disent : Oh! S'ils voyaient telle ou telle faille en moi!

Ça sert à quoi de se cacher? De toute façon, chaque faille en soi se voit. Plus tu joues à la cacher, plus elle paraît! Puisque tu ne l'avoues pas, les gens s'enfuient, ils foutent le camp! confie-t-il. C'est toute une leçon que la vie lui a apprise!

Au risque de faire réagir quelques personnes, il va plus loin : « Le prêtre doit être atteignable! Être capable de pleurer! En thérapie, ils m'ont fait pleurer! Dans le monde clérical, il y a très souvent une forme de censure. Il faut toujours être un modèle. Le défaut majeur d'une certaine Église à laquelle je ne veux plus appartenir est le perfectionnisme. C'est impossible! On ne peut pas être parfaits! On est des êtres humains faillibles et imparfaits par définition. Lorsque Jésus nous dit : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait, il veut juste nous dire : Monte! Sois en marche! Évolue! »

Ouff! Pas reposant le vieux! C'est tout un cadeau qu'il vient de recevoir! Il n'est plus capable de se taire! La vérité rend libre!

La plus belle chose qu'il a reçue en 9 ans aura été d'apprendre à exprimer ses émotions. Erik Dagenais, le directeur général de l'Exode, est devenu son fils adoptif. Il parle de lui avec fierté. Ce jeune au début de la trentaine issu du monde de l'alcoolisme et qui vivait dans un état suicidaire critique, a transformé la vie du religieux. « Lorsqu'il me dit : Je t'aime! Je trouve ça frémissant! », résume-t-il sa relation filiale avec lui.

De l'exil à l'Exode
C'est un peu après 1984 que commence l'expérience qui conduira l'initiateur des messes rythmées à la fin des années 1960 - surnommées : « messes à gogo » - à fonder cet organisme qui prend de plus en plus de place dans l'univers montréalais.

Sentant que la béatification du père Frédéric serait proche, il propose à l'équipe du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap d'écrire un livre sur ce personnage : « le goût de Dieu ».

Après avoir lu les lettres de Frédéric Jansoonne qu'il a dû sortir de la poussière, il remarque des traits forts chez le saint homme. Un de ceux-ci est d'aller vers les gens qui portent des souffrances intérieures. Une similitude qui se retrouve, aussi, chez saint Eugène de Mazenod, le fondateur des Oblats de Marie Immaculée.

Au moment d'écrire le livre, il reçoit un appel téléphonique, un cri de détresse d'un jeune du nom de Pierre Forest de la maison Mélaric à Pointe-du-lac. Il lui explique qu'un prêtre qui célèbre l'eucharistie à leur centre ne peut plus venir et que les gars trouvent cela difficile.

En quittant, le prêtre dit aux dirigeants du centre : « Demandez à André Dumont, il est au sanctuaire! ». « La direction de Mélaric a dit à ce jeune qui est décédé deux ans plus tard d'une overdose de trouver cet étrange personnage. Ces gens ne me connaissaient pas, car ils ne fréquentaient pas le Sanctuaire », me raconte-t-il.

Le religieux le remercie pour l'offre qui lui est faite et répond que pour l'instant, il est débordé. Le jeune Forest récidive quelques jours plus tard. André Dumont donne la même réponse.

« La troisième fois, y a été wise, il m'a dit : Je sais que tu vas me dire non, alors ne me réponds pas. J'aimerais juste que tu viennes nous visiter, juste une petite fois pour que tu saches davantage qui on est. Après tu pourras dire non. C'est là qu'il m'a eu! » se souvient en souriant le bon André.

Lors de sa visite du 3 septembre 1987, il est touché. Parmi ses surprises, un jeune lui demande un gros « Pardon de Dieu ». « Je dois t'avouer que ça valait le déplacement! » lance-t-il.

Les jeunes étaient enchantés par ce prêtre à l'allure un peu rock-n-roll. Pendant 3 ans, il fréquente ce centre. C'est pour lui comme un noviciat.

En 1990, il laisse sa ville natale où il est fort connu, Cap-de-la-Madeleine, et va s'établir anonymement à Montréal pour fonder l'Exode, un centre de réhabilitation pour faire suite aux démarches thérapeutiques.

Pour le père Dumont, le choix du site de la première maison est vraiment providentiel. C'est sa communauté religieuse qui lui offre le 2575, rue Létourneux dans le quartier le plus chaud de Montréal. Il ne pouvait pas y avoir meilleur endroit.

En août 1995, les Sœurs de la Providence se joignent à lui. Elles lancent la maison de réhabilitation pour les femmes sur la rue Dandurand. La maison est maintenant située juste en face de celle des hommes.

Le 15 mai 1999, c'est au tour de la maison de thérapie Genesis de l'Exode à Saint-Anicet d'ouvrir ses portes. Ancien domaine des Sœurs de Sainte-Croix qui comprend 5 millions de pieds carrés, Genesis offre une thérapie pour se sortir de toutes formes de dépendances dont l'alcoolisme et la toxicomanie. Le programme thérapeutique comprend 4 étapes de 21 jours.

André Dumont est un homme de projets, un bâtisseur. Il a encore un rêve pour l'Exode : Des logements supervisés pour compléter la démarche de réinsertion. Il cherche un ou des généreux donateurs qui permettront à l'organisme d'acheter un immeuble à logements contenant uniquement des 1 1/2 pièces. Comme je sais que Dieu a toujours été bon envers lui, j'ai la certitude qu'il inspirera quelques personnes.

C'est vrai qu'il a changé mon ami André. Le prêtre thérapeute a été « thérapeutisé ». Il reste le même bonhomme que j'ai connu, sauf que maintenant ce qu'il dégage parle plus que ce qu'il dit. Une lumière a jailli dans les ténèbres de ses yeux.

Benoît Voyer

(Revue Sainte Anne, janvier 2000, page 7)

1er janvier 2026

EN LIBERTÉ: On doit resserrer les procédures de contrôle à l’entrée des unités psychiatriques


IL FAIT TOUJOURS BEAU: Les résolutions du Jour de l'An


VISION CATHOLIQUE: Quel cadeau vais-je commencer à développer aujourd'hui ?

"Il y a beaucoup de chrétiens qui ne sont pas déballés !"
Quel cadeau vais-je commencer à développer aujourd'hui ?

Par Benoit Voyer

1er janvier 2026

On rencontre Jean. On fait enquête. On veut savoir qui est au juste Jean, le prophète qui baptise dans le désert et invite ceux qu’il rencontre à changer. Jean répond aux questions sans se faire prier. Il est clair : il n’est pas le Christ et il n’est pas un prophète, mais il affirme qu’il est le témoin de Celui qui est déjà vivant au cœur du monde.

Le narrateur du récit affirme qu’il est un témoin de la Lumière qui s’en vient. Sa mission ? Préparer le terrain. Et il ne le fait pas avec aisance : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert ». Il invite chacun à changer un peu son cœur avec d’être prêt. C’est pourquoi il baptise avec de l’eau, une manière de signifier l’entrée dans une vie nouvelle.

Si nous sommes entrés dans une vie nouvelle lors de notre baptême, pourquoi ai-je tant de difficultés à laisser entrer la Lumière en moi et à évoluer ?

Il y a peut-être lieu de se questionner : quel cadeau vais-je commencer à développer aujourd'hui ? Le 8 juin 1981, à l’occasion d’une conférence qu’il donnait à la maison des Trinitaires, à Granby, Jean-Paul Regimbal disait avec une pointe de sarcasme aux gens venus l’entendre : « Il y a beaucoup de chrétiens qui ne sont pas déballés ! Y sont encore empaillés, "empactés". Y sont encore enveloppés pis même y portent la boucle sur le front. Y sont jamais sortis de leur placard depuis le jour de leur baptême. […] Avez-vous déballé vos cadeaux ? Les avez-vous évalués ? Les avez-vous utilisés ? Qu'avez-vous fait des vôtres ? »[1] La question est encore d’actualité.

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[1] Jean-Paul Regimbal, conférence donnée le 8 juin 1981 a la maison des Trinitaires, à Granby, a l’occasion de la retraite de la fête de la Trinité. Librairie Pneumathèque no 6057.

EN MUSIQUE: Sugar Daddy (Patsy Gallant)

 


LE PRÉSENT DU PASSÉ: Raymond Beaugrand-Champagne

Raymond Beaugrand-Champagne


«Quand je marche sur la rue, je sens que le Christ pleure ... »

Benoît Voyer


« Souvent, quand je marche dans la rue, je sens que le Christ pleure. C'est comme si je l'entendais », dit Raymond Beaugrand-Champagne, animateur de la populaire émission radiophonique « Rencontre spirituelle » qui reprend l'antenne sur Radio Ville-Marie 91, 3 Fm (Montréal) et 100, 3 Fm (Sherbrooke), du lundi au vendredi, de 10h à 11h. « Je vois tous ces gens qui sont comme des fourmis lorsque nous soulevons une pierre. Ils s'en vont dans toutes les directions. Et on ne sait pas vers où ils vont ni vers quoi ils vont. Ces gens vont s'acheter un nouveau jeans, un billet pour aller au cinéma ... Ils se rendent au restaurant pour se prendre un "big mac" ... Ils courent après quelqu'un pour passer la nuit ! Les gens ne savent plus où ils vont! Ils ne font que satisfaire leur petit appétit insignifiant, alors qu'il y a la beauté de l'amour conjugal, il y a le don de soi dans une vocation, il y a l'Église qui appelle ... Les gens ne savent même plus que les plus belles choses se déroulent dans une église ! »

Pour lui, on ne peut plus vivre tous dans le vide, l'impiété, l'hyper-sexualité et les maux de cette génération. Il n'est pas possible que la société continue sa course dans la direction prise. Il constate qu'il y a une nausée qui s'empare de plus en plus des personnes. Celle-ci conduit au suicide, à l'alcoolisme, à la toxicomanie à la violence et à la dégradation de l'être humain. Il crie à l'urgence ! Il faut que des témoins de la foi se lèvent pour clamer leur joie de vivre. Il faut surtout des témoins vivants des valeurs de l'Évangile, des témoins pleinement engagés jusqu'à la plus petite fibre de l'être.

C'est pour cela que ce montréalais qui habite à deux pas du Musée des Beaux-arts de Montréal, sur la rue Sherbrooke, consacre sa retraite à tenter de donner le goût de vivre dans l'intimité de Dieu. Il s'inspire des saints pour propager son message. Tous ces témoins vivants de la présence de Dieu parmi nous sont des modèles à imiter.

C'est son espérance en l'avenir qui le fait demeurer positif au creux de cette crise de la foi que les Québécois traversent: « On vit un grand renouveau. Nous allons voir des choses sublimes qui vont surgir dans une Église réduite. Il y aura peut-être beaucoup moins de monde dans les églises, mais ce sera une Église qui rayonnera dans sa charité de façon phénoménale. Il y aura de plus en plus de saints ! » Une génération de nouveaux bienheureux est en train de naître au Québec.

Prendre la parole
«Je ne m'attendais jamais à prendre la parole au nom de ma foi. Cela s'est présenté - il y a 4 ans- à l'ouverture de Radio Ville-Marie. À quelques heures d'avis, le vendredi, je reçois un coup de téléphone de René Barbin, directeur de la programmation et fondateur de la station. Il me demande d'animer une émission, le lundi suivant, parce qu'il n'y avait personne de 11h à midi. On voudrait quelqu'un qui parlerait de la vie des saints, m'a-t-il dit. J'ai accepté. J'ai donc débuté le 1er mai 1995, jour de l'ouverture de la station», raconte-t-il.

Néanmoins, Raymond Beaugrand-Champagne a une passion pour la Parole de Dieu depuis sa petite enfance. Celle-ci fait partie de l'héritage laissé par sa mère. Il se souvient des passages à l'église avec elle, alors qu'il avait à peine 3 ans

Il s'intéresse tôt à l'enseignement religieux. Il fait sa première communion à 6 ans et devient rapidement servant de messes à l'église Sainte-Madeleine d'Outremont.

Vers l'âge de 12 ans, il décide de devenir moine et d'entrer à l'abbaye Saint-Benoît-du-Lac, mais il doit attendre à 18 ans pour réaliser son désir.

Au collège, il est bon premier en apologétique, en religion et en français. « Je n'aspirais qu'à me donner à Dieu ! » Son journal intime écrit durant ces années va en ce sens.

Mais la Providence voulait qu'il soit ailleurs. Il sort de l'ordre des Bénédictins quelques années plus tard. Après de nouvelles expériences, il opte pour le célibat laïc et se trouve un emploi, en 1960, au secteur des émissions religieuses de Radio-Canada. Il travaillera sur de nombreux projets dont l'émission Rencontres qu'il réalisera de 1970 à 1990. Cette série lui a permis de présenter environ 750 reportages-interviews avec les grands témoins de la foi de notre siècle. « J'ai rencontré des saints vivants! », dit-il le regard rempli de lumière

Un saint marquant
Durant cette série, il sera particulièrement marqué par Dom Jean Tyszkiewicz, père Abbé de l'abbaye d'Aiguebelle en Europe de 1977 à 1983. Cet homme, né le 23 février 1917 et décédé le 17 octobre 1986 à la suite d'un cancer, avait un véritable don pour scruter les cœurs.

« Ce Polonais a vécu une expérience tragique ! Il a été saisi par les Russes qui l'ont amené près de Moscou. Il a été traduit devant un peloton d'exécution à 4h du matin. Comme il était d'une très grande famille ayant de riches possessions partout en Europe, c'était délicat ! Au lieu de donner le signal "feu", le commandant disait "À demain !". Le peloton d'exécution a fait cela pendant quelques jours. Subir un tel drame à 20 ans, c'est devenir fou à coup sûr ! C'est étonnant qu'il ne le soit pas devenu ! », dit-il.

La guerre terminée, le père Jean aboutit à Paris où sa famille a aussi de riches possessions. Il se lance dans le commerce. Un jour, il part pour l'Algérie avec une femme, sa voiture et des amis ... Un soir de voyage, alors qu'il a bu, il lance : « J'en ai assez de cette vie ! Demain je vais entrer à la Trappe pour me faire moine ! » Il avait 36 ans. Comme il l'avait dit, il entre dans l'ordre des Cisterciens de la stricte observance en Algérie, monastère où ont malheureusement été assassinés 17 Trappistes, il y a quelques mois

« Cette expérience qu'il me racontait m'a fasciné. Il avait un tel regard et un tel bonheur! Je voyais devant moi un homme arraché au péché ... Il était tellement rayonnant qu'il avait le don de recevoir des prêtres des 5 coins de la France à Aiguebelle. Ils venaient parler à ce moine pour confier leurs difficultés et souvent un désir de quitter la prêtrise. Ils repartaient les larmes aux yeux, consolés et plus décidés que jamais à demeurer prêtres ! Il avait le don de tout doucement poser des questions, de scruter. Il l'a d'ailleurs fait dans l'entrevue ! Ses réponses se transformaient en question ! Il scrutait l'interviewer, l'abbé Marcel Brisebois. Mon confrère de travail s'est même senti obligé durant l'interview à lui dire : Je suis prêtre ! Je suis même aumônier chez les Clarisses ! » Cet homme m'a saisi du fait d'être si habité, un peu comme petite sœur Annie que nous avons interviewée à Rome. Elle respirait la présence de Dieu ! » ajoute Raymond Beaugrand-Champagne.

Le frère André Barbeau, successeur du père Jean à l'Abbaye d'Aiguebelle se souvient : « Cette émission de Radio-Canada, diffusée, si ma mémoire est bonne, dans le cadre de l'émission Rencontres, m'avait aussi beaucoup impressionnée à l'époque. Québécois d'origine, j'étais alors jeune moine à l'Abbaye cistercienne Notre-Dame du Lac (Trappe d'Oka), près de Montréal, et j'étais bien loin de me douter qu'un jour, je succéderais comme père Abbé à cet homme remarquable que je n'ai malheureusement pas connu de son vivant », écrivait-il dans un courriel envoyé en juillet au journaliste de la Revue Sainte Anne.

Rencontre spirituelle
Raymond Beaugrand-Champagne est toujours étonné d'entendre ou de lire le témoignage de gens qui se sont convertis après l'avoir entendu à la radio. Il y a beaucoup d'incroyants qui écoutent son émission et qui lui disent avoir changé de vie, qui se sont mis à aller à l'église, qui se sont confessés .... Très souvent se sont des gens dans la vingtaine et la trentaine.

Il n'est pas étonnant que ces propos à la radio touchent les cœurs. À force de fréquenter les saints d'aujourd'hui et de parler de ceux d'hier, il s'est mis en route vers cet ultime but de la vie : entrer dans le mystère de Dieu. Il est lui-même habité par Dieu et, par grâce, il revêt des traces de sainteté. S'il poursuit cette route, des gens diront de lui -comme il a dit de personnes qu'il a fréquentées- « J'ai rencontré un saint ! » À sa façon, il console le Christ qui pleure en voyant cette génération d'humains qui vit comme les fourmis.

(Revue Sainte Anne, septembre 1999, pages 343 et 382)