LE PRÉSENT DU PASSÉ: Chez Rona, la spiritualité n'est pas un sujet tabou
MONTRÉAL – Il n'y a pas de doute pour Robert Dutton, président et directeur général de Rona, la quête spirituelle et la recherche de sens à la vie sont des démarches personnelles. Elle n'est pas l'affaire de groupes et de business. « Il faut éviter de demander à l'entreprise plus qu'elle ne peut donner. Il ne lui appartient pas de donner un sens à la vie des gens », a-t-il lancé aux participants du Forum international sur le management, l'éthique et la spiritualité (FIMES), le 25 mai, à l'École des hautes études commerciales (HÉC).
Cependant, l'entreprise peut la faciliter. Puisqu'il est impossible de dissocier les différents aspects de l'être humain, car – qu'il soit au travail ou à la maison – il demeure entier. Il y a en lui un caractère indivisible. Il lui est impossible de laisser sa dimension spirituelle à la maison avant de s'en aller travailler. L'employeur doit tenir compte de cette facette de la personnalité humaine.
« Il y a quelques années, Rona a embauché des séminaristes pour un emploi d'été. Il s'agissait d'emplois manuels, comme ceux qu'on offre à tous les étudiants, et les séminaristes n'avaient aucune autre mission que de manutentionner des marchandises dans l'entrepôt. Mais les nouvelles vont vite. Et en très peu de temps, j'eus la surprise de découvrir que les employés réguliers de RONA profitaient des pauses-café et des pauses-déjeuner pour aborder avec les séminaristes des questions d'ordre existentiel et spirituel, pour leur parler de leurs angoisses, de leurs espoirs, bref… du sens de leur vie. Je l'ai dit, on se transporte au travail tout entier », a raconté Robert Dutton pour illustrer son propos.
Business et spiritualité
Le chef d'entreprise ne passe pas par quatre chemins : même si ce n'est pas le rôle de l'entreprise de donner un sens à la vie des gens, chaque personne doit travailler à donner un sens à la vie des entreprises. Il trouve malheureux que plusieurs entrepreneurs n'aient pas compris cela.
Il y a peu de temps, lors d'une causerie sur les perspectives de développement de Rona donnée à des financiers, il entend un homme d'affaires chuchoter sur un ton moqueur à un collègue : « Tant de passion pour vendre des clous ! »
« De toute évidence, il manquait à ce financier la contribution des individus à la vie de l'entreprise et qui, je le rappelle, s'incarne par cette petite phrase : "Est-ce que je peux vous aider ?" C'est là qu'intervient la passion… », a-t-il insisté devant les participants au FIMES. Il croit que la spiritualité peut donner un « supplément d'âme », pour reprendre le dicton de Bergson, afin de donner une raison d'être à l'esprit d'entreprise.
Benoît Voyer, journaliste
(Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 349)
VISION CATHOLIQUE: Les tempêtes de l’existence
Par Benoit Voyer
30 janvier 2025
Dans la barque de l’existence, lorsque nous traversons la rivière afin de vivre de nouvelles étapes de la vie, il y a parfois de grands vents et des vagues qui nous déstabilisent. Il arrive de se sentir perdu. C’est ce qu’on appelle un moment de crise.[1]
Il n’y a pas de recette miracle pour sortir de celle-ci. Il faut du temps, beaucoup de temps, le temps qu’il faut… « On ne peut pas passer par-dessus le temps. Avec le rythme de la vie d’aujourd’hui, cela n’est pas facile. Lorsque nous traversons des étapes difficiles, il faut laisser les choses descendre en soi afin d’en tirer le meilleur parti », affirme Rolande Parrot [2], qui a écrit, en 1995, le livre « Faire face à la crise spirituelle », en collaboration avec Bertrand Ouellet et Luc Phaneuf, publié chez Fides.
C’est un peu ce qu’écrivait également Christian Beaulieu [3] : « On veut éviter le vide : pourtant on devrait le traverser. Une épreuve ne se contourne pas, elle se traverse. On ne sort pas d’une souffrance en la neutralisant, mais en la vivant. On ne guérit pas une blessure en l’oubliant, mais en l’ouvrant et en la vidant. »
Il ajoute : « Le voyage intérieur qui ne débouche pas sur un absolu au fond de soi tourne au vide absolu. Là où il n’y a pas de transcendance, on aboutit à la déchéance. […] Que ne ferait-on pas pour se sortir de ce vide existentiel ? »[4]
Pour Rolande Parrot, la crise est une aventure, une occasion d’évoluer, d’avancer : « Des crises, on en traverse toute sa vie. C’est un passage à autre chose. Elle est normale dans le cheminement humain et, parce qu’elle provoque un choc en soi, elle nous fait grandir. Elle nous dit quelque chose de ce que nous sommes réellement et nous demande de trouver notre propre chemin. C’est l’arrivée à un carrefour : « Maintenant, qu’est-ce que je fais de ma vie ? »
Lorsqu’elle survient, il ne faut pas la raisonner, c’est-à-dire s’interroger inutilement sur les motifs qui la font apparaitre. Il faut la laisser travailler en soi et aller jusqu’où elle voudra bien nous mener. Un accompagnement humain peut aider à mieux la traverser et la laisser nous transformer. Pour reprendre le frère Marie-Victorin : « On soulage ses maux en les racontant »[5]
Il n’y a pas bien des manières de sortir de la crise : il faut être vrai avec soi, dialoguer avec le vent qui nous déstabilise et, peu à peu, trouver sa voie. Il ne faut pas craindre le lieu où la crise nous conduit. La confiance est de mise.
Un article que j’écrivais sur Rolande Parrot, paru en 1995, reste d’actualité : « La connaissance de soi n’est jamais totalement acquise. Ce qui importe surtout, c'est de pouvoir tabler sur ses richesses, ses qualités, ses capacités, ses compétences ; en fait, sur les éléments positifs de sa personnalité. À partir de là, il est plus facile de découvrir son style propre pour évoluer dans la vie. »
Les crises, on en traverse tous. Elles sont normales. Elles font partie des étapes de l’existence. Thomas Reese écrit : « Les psychologues, comme Erik Erikson, nous enseignent que les humains passent par des étapes de développement à mesure qu’ils mûrissent. Les grands mystiques catholiques ont enseigné la même chose pendant des siècles lorsqu’ils ont écrit sur les voies purgatives, contemplative et unitive. Plus récemment, des auteurs spirituels comme James Fowler ont utilisé la psychologie moderne pour enrichir notre compréhension du développement spirituel. »[6]
Une prière
Jésus,
Tu ne dors jamais bien profondément.
Tu es toujours là pour apaiser les tempêtes, les orages.
et les ouragans qui nous menacent.
Quand nous craignons, tu nous dis :
« Pourquoi avoir peur ? »
Aux instants de doutes, tu nous saisis :
« Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? »
Lorsque tu es auprès de nous,
Le vent tombe et le calme profond nous enveloppe.
Lorsque tu es auprès de nous
les intempéries ne peuvent pas nous atteindre.[7]
____________________
[1] Cf. Mc 4, 35-41.
[2] Benoit Voyer, « Pour sortir de la crise, il faut la laisser agir en soi », Revue Sainte Anne, octobre 2001. Texte republié dans : Benoit Voyer, Les Témoins de l’essentiel, Éditions Logiques, 2005. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2024/07/il-etait-une-fois-dans-les-medias_9.html
[3] Christian Beaulieu, Du vent plein les voiles, Les Éditions Le Renouveau, 1984, p. 26.
[4] Christian Beaulieu, Du vent plein les voiles, Les Éditions Le Renouveau, 1984, p. 25.
[5] Lettre du frère Marie-Victorin à Marcelle Gauvreau, 20 février 1937. Publiée dans : Frère Marie-Victorin. Lettres biologiques – Recherche sur la sexualité humaine, Boréal, 2018. p. 106.
[6] Thomas Reese, « You need to abandon God to find God”, National Catholic Reporter, 10 Septembre 2024. www.ncronline.org/opinion/guest-voices/you-need-abandon-god-find-god
[7] Benoit Voyer, Je prie comme je peux – Les prières d’un pauvre de cœur, Éditions Sainte Anne, 2004.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le silence des intellectuels chrétiens sur la place publique
MONTRÉAL – « Il faut mettre le doigt sur le pourquoi de l'absence des intellectuels chrétiens sur la place publique », a dit l'abbé Jean-Guy Dubuc, président de Communications et société (OCS), aux membres de son organisme, le 2 mai, à l'occasion de l'assemblée générale annuelle. Dans les derniers mois de son mandat à la tête de l'organisme, il mettra en place un comité d'études sur ce phénomène.
Selon lui, cette problématique est particulièrement grave. Cette absence au sein de la culture nouvelle commence à être catastrophique. « Est-ce parce qu'ils n'ont rien à dire ou qu'ils n'osent pas le dire ? », a-t-il questionné. « Il faut cesser de penser que c'est la faute des autres, que ce sont les autres qui doivent prendre la parole, qu'on ne peut rien y faire ou autre prétexte semblable. »
Sa pensée rejoint notamment celle de Pierre Pagé, professeur à l'université du Québec à Montréal (UQÀM), qui disait lors d'un colloque de l'OCS : « La présence trop discrète des intellectuels chrétiens dans les médias au Québec est un fait qu'il faut regarder avec réalisme. […] aux yeux de plusieurs, la foi doit honorer l'intelligence plutôt que de la laisser dans l'ombre », lançait-t-il.
Benoît Voyer, journaliste
(Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 349)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: FORUM INTERNATIONAL sur le management, l'éthique et la spiritualité
FORUM INTERNATIONAL sur le management, l'éthique et la spiritualité
Par Benoît Voyer, journaliste
MONTRÉAL – La crise au sein du monde de l'emploi à la fin des années 1980 et au début 1990 a fait d'énormes ravages chez les salariés et leurs employeurs. Les congédiements inexpliqués ont remis en question le fonctionnement habituel de l'univers du travail. Le matérialisme à outrance a ébranlé le sens donné depuis longtemps à l'occupation d'un emploi. Ne se donne-t-on pas corps et âme pour son entreprise ? Depuis quelques années, des chercheurs perçoivent la spiritualité comme une voie incontournable pour humaniser le travail.
Est-ce qu'il est possible de jumeler l'esprit d'entreprise et la spiritualité ? Les 25 et 26 mai, c'est à cette question que les 250 participants du deuxième Forum international sur le management, l'éthique et la spiritualité (FIMES) ont tenté de répondre à l'École des hautes études commerciales (HÉC), située sur le chemin de la Côte Sainte-Catherine à Montréal. Le FIMES est un lieu d'échanges interreligieux et de rencontres entre le milieu des affaires et la spiritualité.
« Nous sommes ici pour tenter de trouver un nouveau sens au travail et, ce qui me paraît le plus important, un sens pour l'individu afin qu'il retrouve sa fibre humaine », a dit, à la Revue Sainte Anne, Valérie Lecourt, responsable des inscriptions au FIMES et finissante au HÉC, durant l'événement qui a rassemblé des participants provenant surtout du Canada et des États-Unis. L'audience était composée à part relativement égale d'étudiants, d'intervenants du milieu associatif et communautaire et du monde des affaires. La présence du philosophe et écrivain Michel Serres, membre de l'Académie française et professeur à l'université Stratford aux États-Unis, a été très remarquée.
Le FIMES a mis en vedette 14 conférenciers de renommée internationale. En plus de M. Serres, étaient au rendez-vous: Avrim Lazar, sous-ministre adjoint, responsable de l'organisme gouvernemental Développement des ressources humaines Canada; André L. Delbecq, professeur à l'Université américaine Santa Barbara; Alice Repper Merlin, présidente de « Social Accountability international» de l'État de New York; Ranmath Narayanswamy, professeur de l'«Institute of Management», de Bangalore en Inde; Albert Low, directeur du centre zen de Montréal; Marc Saint-Olive, coordonnateur du Réseau-Entreprendre de France; Denis Smith, professeur à « Sheffield Management School» d'Angleterre; Bud Morris et Kim Beauvais de «Tewatohnihi'Saktha Kahnawakes Economic Developpement Commission»; Pascal Pingault, fondateur de la communauté française Pain de vie; Roberto Servitje, président et directeur général de l'entreprise mexicaine Bimbo; James Badawi, professeur au «St.Mary College»; Robert Dutton de Rona; et, Quig Tingley, président de Body Shop Canada.
C'est en 1998, aux HÉC, qu'a vu le jour le premier FIMES. 180 personnes prenaient part à ce rassemblement.
Le troisième FIMES aura lieu en 2003 à Santa Clara aux États-Unis. « Nous voulons que le FIMES puisse s'affronter à d'autres cultures… s'ouvrir. Et je crois qu'il ne peut grandir qu'en s'affrontant à la différence », conclut Virginie Lecourt.
250 participants
Par Benoît Voyer, journaliste
MONTRÉAL – La crise au sein du monde de l'emploi à la fin des années 1980 et au début 1990 a fait d'énormes ravages chez les salariés et leurs employeurs. Les congédiements inexpliqués ont remis en question le fonctionnement habituel de l'univers du travail. Le matérialisme à outrance a ébranlé le sens donné depuis longtemps à l'occupation d'un emploi. Ne se donne-t-on pas corps et âme pour son entreprise ? Depuis quelques années, des chercheurs perçoivent la spiritualité comme une voie incontournable pour humaniser le travail.
Est-ce qu'il est possible de jumeler l'esprit d'entreprise et la spiritualité ? Les 25 et 26 mai, c'est à cette question que les 250 participants du deuxième Forum international sur le management, l'éthique et la spiritualité (FIMES) ont tenté de répondre à l'École des hautes études commerciales (HÉC), située sur le chemin de la Côte Sainte-Catherine à Montréal. Le FIMES est un lieu d'échanges interreligieux et de rencontres entre le milieu des affaires et la spiritualité.
« Nous sommes ici pour tenter de trouver un nouveau sens au travail et, ce qui me paraît le plus important, un sens pour l'individu afin qu'il retrouve sa fibre humaine », a dit, à la Revue Sainte Anne, Valérie Lecourt, responsable des inscriptions au FIMES et finissante au HÉC, durant l'événement qui a rassemblé des participants provenant surtout du Canada et des États-Unis. L'audience était composée à part relativement égale d'étudiants, d'intervenants du milieu associatif et communautaire et du monde des affaires. La présence du philosophe et écrivain Michel Serres, membre de l'Académie française et professeur à l'université Stratford aux États-Unis, a été très remarquée.
Le FIMES a mis en vedette 14 conférenciers de renommée internationale. En plus de M. Serres, étaient au rendez-vous: Avrim Lazar, sous-ministre adjoint, responsable de l'organisme gouvernemental Développement des ressources humaines Canada; André L. Delbecq, professeur à l'Université américaine Santa Barbara; Alice Repper Merlin, présidente de « Social Accountability international» de l'État de New York; Ranmath Narayanswamy, professeur de l'«Institute of Management», de Bangalore en Inde; Albert Low, directeur du centre zen de Montréal; Marc Saint-Olive, coordonnateur du Réseau-Entreprendre de France; Denis Smith, professeur à « Sheffield Management School» d'Angleterre; Bud Morris et Kim Beauvais de «Tewatohnihi'Saktha Kahnawakes Economic Developpement Commission»; Pascal Pingault, fondateur de la communauté française Pain de vie; Roberto Servitje, président et directeur général de l'entreprise mexicaine Bimbo; James Badawi, professeur au «St.Mary College»; Robert Dutton de Rona; et, Quig Tingley, président de Body Shop Canada.
C'est en 1998, aux HÉC, qu'a vu le jour le premier FIMES. 180 personnes prenaient part à ce rassemblement.
Le troisième FIMES aura lieu en 2003 à Santa Clara aux États-Unis. « Nous voulons que le FIMES puisse s'affronter à d'autres cultures… s'ouvrir. Et je crois qu'il ne peut grandir qu'en s'affrontant à la différence », conclut Virginie Lecourt.
(Revue Sainte Anne, Septembre 2001, page 350)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Savoir et spiritualité
MONTRÉAL – Michel Serres, philosophe et membre de l'Académie française, croit que l'humain ne peut accéder à une saine spiritualité que par l'intermédiaire du savoir. « Je crois que la spiritualité sans le savoir c'est décidément vouloir tout avoir sans rien payer, c'est vouloir tout accueillir sans rien débourser », confie-t-il à la Revue Sainte Anne.
Actuellement, au sein de la société occidentale, il y a une forte tendance au fidéisme, c'est-à-dire à la tentation d'une spiritualité sans savoir ou d'un accès à la contemplation sans la connaissance.
« Depuis quelques années, la connaissance a mauvaise réputation. Je vous mets en garde de ce danger. Il est sérieux, car c'est lui qui ouvre la voie à tous les mouvements comme le Nouvel Âge et toutes les sectes possibles et imaginables », insiste l'érudit.
Benoît Voyer, journaliste
(Revue Sainte Anne, janvier 2002, page 17)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Sommet des enfants à l'ONU
TORONTO (BV) – En mai, quelque 60 chefs d'État et de gouvernement se sont réunis à New York à l'occasion de la session extraordinaire des Organisation des Nations unies (ONU) consacrée aux enfants. Ils n'étaient pas seuls. De nombreuses personnalités du monde des affaires, de la culture, des arts, des milieux universitaires et religieux étaient également de la partie. Les délégués ont étudié quatre thèmes : la santé, l'éducation, le VIH-SIDA et l'exploitation des enfants.
« Le fait que le sommet ait eu lieu est déjà historique ! Jamais avant l'Assemblée générale de l'ONU n'a dédié trois jours aux enfants ! L'autre partie historique de ce rendez-vous, c'est que les enfants y ont participé. Ils ont été très présents dans toutes les discussions », a confié Winiva Belmonte de l'UNICEF à la Revue sainte Anne.
Sur la planète, 30 000 enfants de moins de cinq ans meurent, chaque jour, de mauvaises conditions de vie.
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, Juillet-Août 2002, page 305)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Québec accorde 683 680$ pour rénover la cathédrale de Joliette
JOLIETTE (BV) – Le ministère de la Culture et des Communications du Québec, dans le cadre du programme « Soutien à la restauration du patrimoine religieux », a donné 683 680$ pour la restauration de la cathédrale de Joliette. Ce montant s'ajoute au 1 M$ que le ministère a déjà versés depuis l'automne 1999. Le coût total des travaux de la cathédrale et de l'évêché est évalué à plus de 5,6 M$. L'opération permet des interventions à la toiture et aux clochers, la restauration extérieure de l'édifice et la réfection des vitraux.
La cathédrale de Joliette est un trésor du patrimoine québécois. Elle a été construite au début des années 1890 selon les plans des architectes Perreault et Ménard. Le bâtiment se démarque par son style néoroman à l'extérieur et d'inspiration byzantine à l'intérieur. Dans ce temple, il est possible de contempler des tableaux de la fin du XIXᵉ siècle, notamment de Georges Delfosse et Ozias Leduc.
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, Juillet-Août 2002, page 305)
VISION CATHOLIQUE: Béelzéboul
Par Benoit Voyer
25 janvier 2025
Il y a dans les écrits bibliques des mots et des visions du monde qu’il faut remettre en contexte. Hier on ne voyait pas les choses comme aujourd’hui. Le développement des sciences nous oblige à le faire.
En exemple, dans les textes au style littéraire évangélique, on utilise les mots « démon » et « Béelzéboul » pour désigner la maladie : « Les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient : « Il est possédé par Béelzéboul ; c’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. » » (Mc 3,22).
Lire aussi:
De nos jours qu'en est-il des "esprits impurs"
https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/01/vision-catholique-de-nos-jours-quen-est.html
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le service est une manifestation de la liberté
VATICAN – À l'occasion du dimanche des vocations qui aura lieu le 11 mai, le pape Jean-Paul II rappelle que le véritable bonheur se trouve dans le don de soi au service des autres.
« Si dans la culture actuelle celui qui sert est perçu comme inférieur, dans l'histoire sainte le serviteur est celui qui est appelé par Dieu pour réaliser une œuvre singulière de salut et de rédemption », insiste-t-il.
Pour lui, le service est la réalisation suprême de la dignité humaine. Dans cet appel que Dieu fait, « chacun peut percevoir sa propre identité, en s'orientant vers une réalisation de lui-même qui le rendra heureux. »
Le Saint-Père insiste : « Servir est une vocation tout à fait naturelle, car l'être humain est naturellement serviteur : il n'est pas maître de sa propre vie et il a besoin, à son tour, de nombreux services d'autrui. Servir est une manifestation de liberté par rapport à l'envahissement de son propre moi et de responsabilité vis-à-vis de l'autre ; et servir est possible à tous à travers des gestes apparemment petits, mais grands en réalité, s'ils sont animés par un amour sincère. »
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, mai 2003, page 209)
GÉNÉALOGIE: Jean-Baptiste Voyer (1766-1838)
Par Benoit Voyer
24 janvier 2026
Le 25 janvier 1838, à Saint-Pascal, dans la région de Kamouraska, décède Jean-Baptiste Voyer, époux de Louise Dumais et fils de Magdeleine Dupont et René Voyer, connu au Nouveau-Monde sous le prénom d’Étienne. Il est inhumé dans le premier cimetière pascalien, lieu aujourd’hui disparu. Sa dépouille aurait été exhumée et enterrée à nouveau dans le cimetière derrière l’actuelle église. Comme c’était le cas à l’époque, il n’y a aucune pierre tombale à son nom.
Jean-Baptiste a vu le jour le 28 juin 1766, dans la seigneurie de Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce. Il grandit en régime britannique. L’Angleterre règne sur la Nouvelle-France en roi et maitre depuis 1763.[1]
Le 22 juin 1774, le roi Georges III ratifiera l’Acte de Québec. On permet alors aux Canadiens français de conserver leur langue, leurs droits civils et la religion catholique.[2]
Dans un article paru dans le Journal de Montréal [3], Martin Lavallée met en perspective cette période de l’histoire : « Devant la faible immigration britannique dans la « Province of Quebec », « le mécontentement des Canadiens d’origine française et le contexte tendu dans les Treize colonies américaines obligent Londres à faire preuve de réalisme et à écouter les conseils du gouverneur Guy Carleton. Ce dernier recommandait de renoncer au projet d’assimiler les Canadiens pour entretenir l’harmonie et faciliter la gestion de la colonie. Sa position reçut des appuis à Londres, notamment parmi ceux qui ne voulaient pas répéter les erreurs commises en Irlande. »
Il ajoute : « Les mesures importantes instaurées en 1774 sont le rétablissement des lois civiles françaises et du régime seigneurial, l’élargissement considérable de la « Province of Quebec » et l’abolition du serment du test. Celui-ci, en obligeant les individus à renier l’autorité papale et la transsubstantiation du Christ dans l’Eucharistie, restreignait l’accès des catholiques français aux charges publiques.
Un Conseil législatif, dont les membres sont toutefois nommés par le gouverneur, est aussi instauré par l’Acte de Québec. Des Canadiens français catholiques seront nommés par le gouverneur et vont pouvoir siéger au sein de ce nouveau conseil. […]
Les diverses mesures mises en place par l’Acte de Québec plaisent bien entendu aux élites seigneuriales canadiennes et à l’Église catholique, mais déplaisent en revanche aux marchands britanniques de Montréal et de Québec, qui voient les nouvelles mesures comme une victoire des catholiques français. L’élargissement d’une province « papiste » sur les terres fertiles de l’Ohio crée aussi du mécontentement dans les Treize colonies et contribue à la Révolution américaine. »
Enfin, « si on prend la nation québécoise comme objet d’étude, l’Acte de Québec incarne une forme de renaissance. Évidemment, sur le terrain, l’application de la Proclamation royale était déjà assez souple en réalité. Néanmoins, en 1774, une nation conquise dont le destin était de disparaître se voit tout à coup reconnue par son conquérant, qui renonce officiellement à l’assimiler, lui redonne ses institutions et lui permet de continuer d’exister.
À première vue, cette nation issue de la colonisation française semble ainsi se voir offrir un nouvel horizon des possibles, lui permettant d’espérer et de se projeter dans l’avenir. »
À Sainte-Marie, en 1778, Jean-Baptiste voit se construire une petite chapelle en bois consacrée à sainte Anne. Comme toute la population de Sainte-Marie, il s’y rendra. Ce lieu de dévotion populaire, qui existe encore de nos jours, a toujours eu pour but de satisfaire le culte de la grand-mère de Jésus, « la bonne sainte Anne », et, surtout, de l’implorer de les préserver des dégâts des inondations. Dans ce secteur, la rivière Chaudière sort de son nid presque tous les printemps.
En 1781, le curé Jean-Marie Verreau et le seigneur Gabriel-Elzéar Taschereau feront construire une deuxième église. Celle-ci sera en pierre et remplacera la précédente faite en bois.
René-Étienne Voyer, son père, décède le 8 décembre 1785, à Sainte-Marie. Ses funérailles sont célébrées le 10 décembre dans l’église paroissiale [4], située juste à côté de sa propriété. Il est inhumé dans le cimetière de Sainte-Marie où on enterre les défunts de la seigneurie depuis 1748. Il y rejoint ses quatre enfants nés en bas âge.
Sur le plan politique, le 10 juin 1791, l’Acte constitutionnel reçoit la sanction royale. L’ancienne Nouvelle-France est alors divisée en deux: Le Haut-Canada (10 000 habitants) et le Bas-Canada (160 000 habitants). Il s’agit d’une division rendue nécessaire en raison des immigrés loyalistes qui ne veulent pas des lois françaises.
Quatre ans plus tard, le 5 octobre 1795, dans l’église catholique de Rivière-Ouelle, au Bas-Saint-Laurent, Jean-Baptiste épouse Louise Dumais (1772-1866), fille de Pierre Rossignol du May (1716-1803) et Catherine Michaud (1733-1815). Quelques jours plus tôt, le 30 septembre 1795, ils s’étaient rendus à la greffe du notaire Louis Cazes pour signer leur contrat de mariage.
____________________
[1] Cf. Philippe Roy-Lysencourt, “Le diocèse de Québec : éléments historiques”, “350 ans de sens et d’action – Église catholique de Québec – Reflets d’hier à demain”, le magazine officiel du 350ᵉ anniversaire du diocèse de Québec, décembre 2023, p. 11.
[2] Cf. Philippe Roy-Lysencourt, “Le diocèse de Québec : éléments historiques”, “350 ans de sens et d’action – Église catholique de Québec – Reflets d’hier à demain”, le magazine officiel du 350ᵉ anniversaire du diocèse de Québec, décembre 2023, p. 11.
[3] Martin Lavallée, « Il y a 250 ans, l’Acte de Québec redonnait vie au Canada français », Journal de Montréal, 22 juin 2024. www.journaldemontreal.com/2024/06/22/il-y-a-250-ans-lacte-de-quebec-redonnait-vie-au-canada-francais
[4] Cf. www.ancestry.ca/imageviewer/collections/1091/images/d13p_31191444?pId=15020084
[2] Cf. Philippe Roy-Lysencourt, “Le diocèse de Québec : éléments historiques”, “350 ans de sens et d’action – Église catholique de Québec – Reflets d’hier à demain”, le magazine officiel du 350ᵉ anniversaire du diocèse de Québec, décembre 2023, p. 11.
[3] Martin Lavallée, « Il y a 250 ans, l’Acte de Québec redonnait vie au Canada français », Journal de Montréal, 22 juin 2024. www.journaldemontreal.com/2024/06/22/il-y-a-250-ans-lacte-de-quebec-redonnait-vie-au-canada-francais
[4] Cf. www.ancestry.ca/imageviewer/collections/1091/images/d13p_31191444?pId=15020084
VISION CATHOLIQUE: Il faut que les chrétiens se convertissent
Par Benoit Voyer
24 janvier 2025
Un jour, le cardinal Emmanuel Suhard disait : « Un mur s’élève entre nous et la masse de nos populations. Ce qu’il y a de plus grave, c’est qu’au-delà de ce mur, cette masse se passe de religion et qu’on tend de plus en plus à l’organiser de telle façon qu’elle vive en dehors de l’Église. Laisserons-nous s’élever ce mur et se consommer le divorce entre l’Église et la masse qui l’entoure ? ». (…) « Ce mur, il faut l’abattre à tout prix. »[1]
Au Québec, le divorce serait-il consommé, voire irréversible ? Pour que le mur ne soit pas trop difficile à surmonter, il faut que les chrétiens se convertissent, changent leur attitude. Il faut sortir de nos églises et aller vers les gens. Il faut que l’Évangile prenne racine dans tous les secteurs de la vie humaine.
____________________
[1] Cité dans : Jean Vinatier. « Le Cardinal Suhard, l’évêque du renouveau missionnaire », Le Centurion, 1983, pp. 378 et 379.
[1] Cité dans : Jean Vinatier. « Le Cardinal Suhard, l’évêque du renouveau missionnaire », Le Centurion, 1983, pp. 378 et 379.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Les Prix radio et télévision de Communications et Société
Par Benoît Voyer
MONTRÉAL – Il n'y a plus l'ambiance de fête qu'il y avait, il y a quelques années, à la remise des prix Communications et société, catégorie radio et télévision, mais l'idée initiale de décerner, année après année, des récompenses à des œuvres qui s'inscrivent dans la mission de l'Organisation communications et société (OCS), reconnue par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) comme étant, depuis 1957, l'Office des communications sociales, demeure d'une grande importance pour le milieu des communications.
Le 2 mai, à l'occasion de son gala, qui avait lieu à la salle de bal Sarah-Bernhardt de l'Hôtel Intercontinental, sous la présidence d'honneur de la comédienne Janine Sutto, l'OCS a décerné cinq prix. Les récipiendaires 2001 sont « Mexico : à la vie à la mort », « Le glaneur », « Grandir dans la rue, 12 ans plus tard », « La maladie d'Alzheimer » et « Laurette et la joie de servir ».
Produit par Macumba International, « Mexico : à la vie comme à la mort » est construit à la manière d'un clip. Sans cucuterie, ce document présente le visage humain de Mexico coincé entre la vie et la mort. Société de l'espérance, ces images présentent la lutte à la pauvreté, contre la démocratie et la violence des 25 millions d'habitants de cette ville d'Amérique.
Reportage diffusé à l'émission Macadam tribu de la Première chaîne de Radio-Canada, le reportage « Le Glaneur » a touché les membres du jury, composé de Niquette Delage, avocate et communicatrice, Denis Dompierre, coordonnateur des Prix Communications et société, et Suzanne Leroux, formatrice et consultante en communication au Centre St-Pierre. Il met en vedette Étienne Lapointe qui exerce le métier de glaneur. « Orphelin de Duplessis », il s'enfuit d'un hôpital psychiatrique à l'âge de 19 ans. Pour s'en sortir, il « fait les poubelles » et décide d'en faire son métier.
Douze ans après avoir filmé des enfants dans les rues à Cusco au Pérou, Robbie Hart et Luc Côté proposent un retour sur place pour savoir ce que sont devenus ces enfants. « Grandir dans la rue », produit par la maison Adobe, est, selon le jury, « un parcours sans faute ».
« La maladie d'Alzheimer », produit par les Productions Pixcom, est un documentaire qui tente de faire comprendre les diverses étapes de cette maladie. Un reportage rempli d'espérance.
Une mention d'excellence a été décernée à l'émission « Sur la place » pour le portrait de Laurette Lepage-Boulet, responsable de La fraternité de l'Épi. Ses propos retenus pour ce reportage, intitulé « Laurette et la joie de servir », sont touchants. « La vie est remplie d'une espèce de plénitude qui va en s'élargissant, qui finit en beauté. La souffrance est faite pour être traversée », dit-elle.
Le prix 2001 est une gravure de l'artiste québécoise Manon Lambert, produite en exclusivité pour l'OCS, et le concours est rendu possible grâce à la participation financière de Vidéotron, de la Fondation CRICOM et de la CECC.
Communications et Société a pour mission de promouvoir la qualité, le sens critique et les valeurs éthiques et spirituelles dans l'univers des médias.
L'organisme ne jouit pas d'une grande popularité dans le grand public, comme ses prix, mais est essentiel. À contre-courant, l'OCS use de ses blandices pour rappeler des règles élémentaires à l'univers des communications et à la société canadienne.
(Revue Sainte Anne, Juillet et août 2001, pages 301 et 302)
VISION CATHOLIQUE: Jean-Guy Dubuc
-Jean-Guy Dubuc
Par Benoit Voyer
23 janvier 2026
Jean-Guy Dubuc a longtemps été éditorialiste à La Presse et à divers journaux du groupe de presse de Power Corporation. Il est avant tout prêtre catholique. Avant d’œuvrer dans l’univers des médias, il a enseigné la théologie dans une université. Pour lui, sa présence dans les médias a été bien plus qu'un travail. Elle a été sa mission de vie, sa mission de prêtre, qui est celle de porter l'Évangile.
En 2001, comme il l'a souvent refait depuis ce temps, il disait : « Il faut mettre le doigt sur le pourquoi de l'absence des intellectuels chrétiens sur la place publique, car cette absence [...] commence à être catastrophique. Est-ce parce qu'ils n'ont rien à dire ou qu'ils n'osent pas le dire ? [...] Il faut cesser de penser que c'est la faute des autres, que ce sont les autres qui doivent prendre la parole, qu'on ne peut rien y faire ou autre prétexte semblable. »[1]
Ce qui a toujours animé sa vie, c’est d’être utile. C’est d’ailleurs ce qu’il me disait, il y a déjà quelques années : « Tant que je suis utile, j'ai une raison de vivre. Un prêtre qui n'est pas utile ne peut pas vivre. Tant qu'il est utile, il a un sens à sa vie… » [...] « Je voudrais mourir 5 minutes après que je ne serai plus utile. »
Né en 1934, à Montréal, il est devenu prêtre, en 1958, parce qu'il voulait être au service des autres. Seule la vie religieuse l'assurait de réaliser pleinement cette aspiration profonde, inscrite au fond de son âme.
Le fils de Juliette Martel et d'Eugène Dubuc, originaires de la banlieue montréalaise, jouit d'une intelligence au-dessus de la moyenne. C'est à l'école Plessis, institution scolaire dirigée par les frères des Écoles chrétiennes, que débute sa longue montée. En 1999, dans un grand entretien pour la Revue Sainte Anne, il me racontait : « Mon frère est allé à la même école jusqu'en 9ᵉ année. Parce qu'il était premier de classe, il a obtenu une bourse pour étudier au Mont Saint-Louis. J'ai décidé que je ferais la même chose parce que j'étais premier de classe à tous les mois et à toutes les années. À la fin de la 6ᵉ année, j'ai dit à mon père : "Je ne veux pas aller au Mont Saint-Louis !" "Pourquoi ?", répondit-il. "Parce que je veux devenir prêtre !" ». [...] « Il voulait que j'aille étudier chez les Sulpiciens au Collège Mont-Royal parce qu'il avait lui-même étudié là. Je ne voulais pas aller à cet endroit, parce que des gars que je connaissais allaient là. Je n'aimais pas leurs styles. Cela ne convenait pas à mon image (!). Alors, il a trouvé le Collège Grasset, sur le boulevard Crémazie, donc très loin pour moi qui habitais rue Sherbrooke, face au parc Lafontaine.
Jean-Guy Dubuc était vraiment décidé et motivé. Il faisait 45 minutes de tramway matin et soir. Ses cours commençaient à 8 h 15 et finissaient à 18 h, presque 7 jours par semaine. Les élèves de ce collège étaient libres les mardis et jeudis après-midi ; le samedi, les cours finissaient à 18 h, et le dimanche, ils besognaient de 8 h 30 à midi. Il garde de très beaux souvenirs de cette époque.
Il vit au sein d'une famille unie où tout concourt au développement intellectuel. Son père était professeur à l'élémentaire et maître de chapelle (il dirigeait une chorale). Chez lui, il fallait chanter tous les soirs. Après le souper, ils allaient tous au salon et son père s'installait au piano.
À 16 ans, en quête d'autonomie, il commence à travailler. IL achète ses habits pour le collège, paie ses études et ses sorties.
Prêtre catholique
Il est de la dernière grande vague de prêtres canadiens-français. À cette époque, la vocation presbytérale est synonyme de prestige. Dans sa classe de première année au Grand Séminaire de Montréal, ils sont 25 gars de Montréal et une centaine du Québec et d'ailleurs. La vie de séminariste et de prêtre est valorisée. Tous portent la soutane et sont salués dans la rue. Le prêtre fait partie de l'élite de la société. Cela est inscrit dans les mœurs. Mais porter la soutane ne lui plaisait guère. Dès qu’il a pu s’habiller en civil, il l’a fait.
Une histoire de soutane
Le cardinal Paul-Émile Léger n'aimait pas tellement voir son nouveau venu sans soutane et col romain. Il n'a pas manqué de le lui dire. Cependant, il a su respecter ce choix fondé sur quelques arguments valables.
Néanmoins, puisque le jeune abbé Jean-Guy Dubuc est brillant, président des étudiants de sa classe au Grand Séminaire et un peu marginal, son supérieur et archevêque de Montréal décide de le garder bien à la vue en le nommant vicaire à la cathédrale.
Jean-Guy Dubuc me racontait : « Lorsque je suis allé étudier en France et en Belgique et que je suis allé à Rome pour participer au concile Vatican II, je ne portais pas de soutane et de col romain ! Le cardinal [Paul-Émile Léger] était mal à l'aise avec cela, mais je lui ai expliqué mon point de vue. Pour moi, le prêtre déguisé, c'est le prêtre de l'Ancien Testament, l'homme retiré du peuple. L'homme du Nouveau Testament, c'est l'homme dans le peuple qui est pêcheur ou comptable et qui vit dans son milieu. » Le « prince de l’Église de Montréal » était un homme ouvert.
En Europe
Après avoir été vicaire, aumônier de l'aviation et aumônier diocésain de la Jeunesse étudiante catholique (JEC), il part, à la suggestion de l'ordinaire du diocèse de Montréal, poursuivre sa formation universitaire en Europe. Durant l'année 1961-1962, il étudie à l'Institut Lumen Vitae à Bruxelles, mais cela ne convient pas à ses attentes.
Après trois semaines, il rencontre le chanoine Philippe Delaye, dont l'influence est grande en Belgique puisqu'il est prêtre et sénateur au gouvernement. Il est le représentant de l'Église au gouvernement et professeur à Rome et à l'Île. Il conseille à Jean-Guy Dubuc d'aller étudier à l'Île.
Il ajoute : « Comme j'étais lié à Lumen Vitae, j'ai décidé de faire les deux en même temps. Tous les matins, je partais à 7 h avec ma voiture pour deux heures de route. Après mes trois heures de cours à l'Ille, je prenais une bouchée, je rentrais et je prenais mes cours à Lumen Vitae. Le soir, j'étudiais. Le lendemain matin, je repartais. J'ai fait cela pendant une année.
Participation au concile Vatican II
En 1962, à la suggestion de Paul-Émile Léger, il laisse tomber l'offre de devenir aumônier des étudiants à Paris. Il opte plutôt pour une poursuite de ses études au doctorat à l'université grégorienne, à Rome, afin de suivre de près le concile Vatican II et de se retrouver auprès du cardinal et de ses deux collaborateurs.
Ce qu'il rencontre au Concile, c'est une Église contestataire, car il y avait de grandes oppositions. Les positions du cardinal Léger et du cardinal Wojtyla, le futur pape Jean-Paul II, n'allaient vraiment pas dans le même sens, surtout sur la notion même d'« Église ».
Jean-Guy Dubuc commente, le sourire aux lèvres : « Heureusement que le cardinal Léger était un batailleur ! J'ai appris au Concile qu'il est important d'affirmer ce que l'on croit et de prendre les moyens pour imposer sa volonté. Le Cardinal s'est vraiment imposé. Il a eu des interventions extrêmement importantes qui ont influencé l'Église d'aujourd'hui. »
Au Concile, l'ouverture de l'Église sur le monde était la préoccupation d'un certain nombre d'évêques et de théologiens, et c'était loin d'être l'opinion de plusieurs autres qui étaient encore liés à une Église extrêmement hiérarchique et extrêmement romaine, liée aux dicastères romains.
La décentralisation est apparue et, surtout, les notions « Église peuple de Dieu » et « sacerdoce au service du peuple de Dieu ». L'idée d'un sacerdoce hiérarchique et dominant devenait dépassée. C'est là que Jean-Guy Dubuc s'est formé à l'idée que sa vie trouve un sens dans le service.
Comme dans une relecture de vie, il me lance : « Heureusement que j'ai fait un doctorat. Je ne pense pas que je serais resté prêtre si je n'avais pas eu l'occasion d'approfondir ma foi, parce que la théologie apprise au séminaire me rebellait. Il fallait apprendre des thèses, que nous ne comprenions pas, par cœur. Je comprends pourquoi tant de prêtres intellectuels ont décroché à cette époque : il y avait une opposition entre la foi et la raison.
À Rome, il a appris à raisonner sa foi. Il a vu qu'il est possible de ne pas être en accord et d'avoir le droit de se définir comme catholique et croyant. Il a aussi appris qu'il est possible d'être contestataire et prêtre. Tout cela l'a rassuré.
Retour au Canada
À son retour au Canada, en 1963, il devient professeur à l'université de Montréal. Ses sujets : la catéchèse et le rapport foi et raison. Son discours devient : l'Évangile doit s'incarner dans la culture contemporaine.
En 1967, le cardinal Paul-Émile Léger lui demande de prendre la direction de l'Office des communications sociales et de la revue L'Église de Montréal, ainsi que de fonder un bureau de presse à l'archevêché. Tâches que Jean-Guy Dubuc accepte, tout en continuant son travail d'enseignant.
Culture de masse
Rapidement, on le sollicite pour l'animation hebdomadaire d'une heure à la télévision de Radio-Canada, trente minutes au réseau TVA et trente minutes à CKAC 730, la radio la plus populaire de l'époque.
Pendant que des confrères religieux s'intéressent à la technique médiatique, il s'intéresse au phénomène de la culture de masse. Il me racontait : « J'étais très préoccupé par cette culture populaire. Je vivais dans un monde qui avait une culture et la transmission de sa culture et, par ailleurs, j'étais dans une Église qui vivait une autre culture et qui était de plus en plus repliée sur elle-même parce qu'elle n'était pas capable de transmettre sa culture à l'intérieur d'une culture de masse qui s'imposait. C'est cela qui a créé la crise que l'Église traverse au Québec. Je trouvais cela dramatique parce que, de toute son histoire, l'Église a toujours trouvé le moyen de transmettre son message : martyrs, l'empire de Constantin, les empereurs de l'époque, les cathédrales du Moyen Âge, les arts de la Renaissance… ».
Selon lui, depuis 1960, et surtout depuis 1967, l'Église est incapable de transmettre son message par la culture contemporaine. Il trouve cela regrettable.
La Presse
En 1971, à la suggestion du pasteur de son diocèse, il passe au journalisme au quotidien La Presse. En 1973, il devient éditorialiste et, en 1983, éditorialiste en chef. En 1988, éditeur du quotidien La Voix de l'Est et, l'année suivante, éditeur du quotidien La Tribune. En 1993, il tire sa révérence de l'empire de Paul Desmarais.
Durant ces années, il garde toujours la même préoccupation, qui est de propager les valeurs de la vérité, de la justice, et de prendre parti pour les plus faibles et la défense de la vie.
____________________
[1] Benoit Voyer, « Le silence des intellectuels chrétiens sur la place publique », Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 349.
23 janvier 2026
Jean-Guy Dubuc a longtemps été éditorialiste à La Presse et à divers journaux du groupe de presse de Power Corporation. Il est avant tout prêtre catholique. Avant d’œuvrer dans l’univers des médias, il a enseigné la théologie dans une université. Pour lui, sa présence dans les médias a été bien plus qu'un travail. Elle a été sa mission de vie, sa mission de prêtre, qui est celle de porter l'Évangile.
En 2001, comme il l'a souvent refait depuis ce temps, il disait : « Il faut mettre le doigt sur le pourquoi de l'absence des intellectuels chrétiens sur la place publique, car cette absence [...] commence à être catastrophique. Est-ce parce qu'ils n'ont rien à dire ou qu'ils n'osent pas le dire ? [...] Il faut cesser de penser que c'est la faute des autres, que ce sont les autres qui doivent prendre la parole, qu'on ne peut rien y faire ou autre prétexte semblable. »[1]
Ce qui a toujours animé sa vie, c’est d’être utile. C’est d’ailleurs ce qu’il me disait, il y a déjà quelques années : « Tant que je suis utile, j'ai une raison de vivre. Un prêtre qui n'est pas utile ne peut pas vivre. Tant qu'il est utile, il a un sens à sa vie… » [...] « Je voudrais mourir 5 minutes après que je ne serai plus utile. »
Né en 1934, à Montréal, il est devenu prêtre, en 1958, parce qu'il voulait être au service des autres. Seule la vie religieuse l'assurait de réaliser pleinement cette aspiration profonde, inscrite au fond de son âme.
Le fils de Juliette Martel et d'Eugène Dubuc, originaires de la banlieue montréalaise, jouit d'une intelligence au-dessus de la moyenne. C'est à l'école Plessis, institution scolaire dirigée par les frères des Écoles chrétiennes, que débute sa longue montée. En 1999, dans un grand entretien pour la Revue Sainte Anne, il me racontait : « Mon frère est allé à la même école jusqu'en 9ᵉ année. Parce qu'il était premier de classe, il a obtenu une bourse pour étudier au Mont Saint-Louis. J'ai décidé que je ferais la même chose parce que j'étais premier de classe à tous les mois et à toutes les années. À la fin de la 6ᵉ année, j'ai dit à mon père : "Je ne veux pas aller au Mont Saint-Louis !" "Pourquoi ?", répondit-il. "Parce que je veux devenir prêtre !" ». [...] « Il voulait que j'aille étudier chez les Sulpiciens au Collège Mont-Royal parce qu'il avait lui-même étudié là. Je ne voulais pas aller à cet endroit, parce que des gars que je connaissais allaient là. Je n'aimais pas leurs styles. Cela ne convenait pas à mon image (!). Alors, il a trouvé le Collège Grasset, sur le boulevard Crémazie, donc très loin pour moi qui habitais rue Sherbrooke, face au parc Lafontaine.
Jean-Guy Dubuc était vraiment décidé et motivé. Il faisait 45 minutes de tramway matin et soir. Ses cours commençaient à 8 h 15 et finissaient à 18 h, presque 7 jours par semaine. Les élèves de ce collège étaient libres les mardis et jeudis après-midi ; le samedi, les cours finissaient à 18 h, et le dimanche, ils besognaient de 8 h 30 à midi. Il garde de très beaux souvenirs de cette époque.
Il vit au sein d'une famille unie où tout concourt au développement intellectuel. Son père était professeur à l'élémentaire et maître de chapelle (il dirigeait une chorale). Chez lui, il fallait chanter tous les soirs. Après le souper, ils allaient tous au salon et son père s'installait au piano.
À 16 ans, en quête d'autonomie, il commence à travailler. IL achète ses habits pour le collège, paie ses études et ses sorties.
Prêtre catholique
Il est de la dernière grande vague de prêtres canadiens-français. À cette époque, la vocation presbytérale est synonyme de prestige. Dans sa classe de première année au Grand Séminaire de Montréal, ils sont 25 gars de Montréal et une centaine du Québec et d'ailleurs. La vie de séminariste et de prêtre est valorisée. Tous portent la soutane et sont salués dans la rue. Le prêtre fait partie de l'élite de la société. Cela est inscrit dans les mœurs. Mais porter la soutane ne lui plaisait guère. Dès qu’il a pu s’habiller en civil, il l’a fait.
Une histoire de soutane
Le cardinal Paul-Émile Léger n'aimait pas tellement voir son nouveau venu sans soutane et col romain. Il n'a pas manqué de le lui dire. Cependant, il a su respecter ce choix fondé sur quelques arguments valables.
Néanmoins, puisque le jeune abbé Jean-Guy Dubuc est brillant, président des étudiants de sa classe au Grand Séminaire et un peu marginal, son supérieur et archevêque de Montréal décide de le garder bien à la vue en le nommant vicaire à la cathédrale.
Jean-Guy Dubuc me racontait : « Lorsque je suis allé étudier en France et en Belgique et que je suis allé à Rome pour participer au concile Vatican II, je ne portais pas de soutane et de col romain ! Le cardinal [Paul-Émile Léger] était mal à l'aise avec cela, mais je lui ai expliqué mon point de vue. Pour moi, le prêtre déguisé, c'est le prêtre de l'Ancien Testament, l'homme retiré du peuple. L'homme du Nouveau Testament, c'est l'homme dans le peuple qui est pêcheur ou comptable et qui vit dans son milieu. » Le « prince de l’Église de Montréal » était un homme ouvert.
En Europe
Après avoir été vicaire, aumônier de l'aviation et aumônier diocésain de la Jeunesse étudiante catholique (JEC), il part, à la suggestion de l'ordinaire du diocèse de Montréal, poursuivre sa formation universitaire en Europe. Durant l'année 1961-1962, il étudie à l'Institut Lumen Vitae à Bruxelles, mais cela ne convient pas à ses attentes.
Après trois semaines, il rencontre le chanoine Philippe Delaye, dont l'influence est grande en Belgique puisqu'il est prêtre et sénateur au gouvernement. Il est le représentant de l'Église au gouvernement et professeur à Rome et à l'Île. Il conseille à Jean-Guy Dubuc d'aller étudier à l'Île.
Il ajoute : « Comme j'étais lié à Lumen Vitae, j'ai décidé de faire les deux en même temps. Tous les matins, je partais à 7 h avec ma voiture pour deux heures de route. Après mes trois heures de cours à l'Ille, je prenais une bouchée, je rentrais et je prenais mes cours à Lumen Vitae. Le soir, j'étudiais. Le lendemain matin, je repartais. J'ai fait cela pendant une année.
Participation au concile Vatican II
En 1962, à la suggestion de Paul-Émile Léger, il laisse tomber l'offre de devenir aumônier des étudiants à Paris. Il opte plutôt pour une poursuite de ses études au doctorat à l'université grégorienne, à Rome, afin de suivre de près le concile Vatican II et de se retrouver auprès du cardinal et de ses deux collaborateurs.
Ce qu'il rencontre au Concile, c'est une Église contestataire, car il y avait de grandes oppositions. Les positions du cardinal Léger et du cardinal Wojtyla, le futur pape Jean-Paul II, n'allaient vraiment pas dans le même sens, surtout sur la notion même d'« Église ».
Jean-Guy Dubuc commente, le sourire aux lèvres : « Heureusement que le cardinal Léger était un batailleur ! J'ai appris au Concile qu'il est important d'affirmer ce que l'on croit et de prendre les moyens pour imposer sa volonté. Le Cardinal s'est vraiment imposé. Il a eu des interventions extrêmement importantes qui ont influencé l'Église d'aujourd'hui. »
Au Concile, l'ouverture de l'Église sur le monde était la préoccupation d'un certain nombre d'évêques et de théologiens, et c'était loin d'être l'opinion de plusieurs autres qui étaient encore liés à une Église extrêmement hiérarchique et extrêmement romaine, liée aux dicastères romains.
La décentralisation est apparue et, surtout, les notions « Église peuple de Dieu » et « sacerdoce au service du peuple de Dieu ». L'idée d'un sacerdoce hiérarchique et dominant devenait dépassée. C'est là que Jean-Guy Dubuc s'est formé à l'idée que sa vie trouve un sens dans le service.
Comme dans une relecture de vie, il me lance : « Heureusement que j'ai fait un doctorat. Je ne pense pas que je serais resté prêtre si je n'avais pas eu l'occasion d'approfondir ma foi, parce que la théologie apprise au séminaire me rebellait. Il fallait apprendre des thèses, que nous ne comprenions pas, par cœur. Je comprends pourquoi tant de prêtres intellectuels ont décroché à cette époque : il y avait une opposition entre la foi et la raison.
À Rome, il a appris à raisonner sa foi. Il a vu qu'il est possible de ne pas être en accord et d'avoir le droit de se définir comme catholique et croyant. Il a aussi appris qu'il est possible d'être contestataire et prêtre. Tout cela l'a rassuré.
Retour au Canada
À son retour au Canada, en 1963, il devient professeur à l'université de Montréal. Ses sujets : la catéchèse et le rapport foi et raison. Son discours devient : l'Évangile doit s'incarner dans la culture contemporaine.
En 1967, le cardinal Paul-Émile Léger lui demande de prendre la direction de l'Office des communications sociales et de la revue L'Église de Montréal, ainsi que de fonder un bureau de presse à l'archevêché. Tâches que Jean-Guy Dubuc accepte, tout en continuant son travail d'enseignant.
Culture de masse
Rapidement, on le sollicite pour l'animation hebdomadaire d'une heure à la télévision de Radio-Canada, trente minutes au réseau TVA et trente minutes à CKAC 730, la radio la plus populaire de l'époque.
Pendant que des confrères religieux s'intéressent à la technique médiatique, il s'intéresse au phénomène de la culture de masse. Il me racontait : « J'étais très préoccupé par cette culture populaire. Je vivais dans un monde qui avait une culture et la transmission de sa culture et, par ailleurs, j'étais dans une Église qui vivait une autre culture et qui était de plus en plus repliée sur elle-même parce qu'elle n'était pas capable de transmettre sa culture à l'intérieur d'une culture de masse qui s'imposait. C'est cela qui a créé la crise que l'Église traverse au Québec. Je trouvais cela dramatique parce que, de toute son histoire, l'Église a toujours trouvé le moyen de transmettre son message : martyrs, l'empire de Constantin, les empereurs de l'époque, les cathédrales du Moyen Âge, les arts de la Renaissance… ».
Selon lui, depuis 1960, et surtout depuis 1967, l'Église est incapable de transmettre son message par la culture contemporaine. Il trouve cela regrettable.
La Presse
En 1971, à la suggestion du pasteur de son diocèse, il passe au journalisme au quotidien La Presse. En 1973, il devient éditorialiste et, en 1983, éditorialiste en chef. En 1988, éditeur du quotidien La Voix de l'Est et, l'année suivante, éditeur du quotidien La Tribune. En 1993, il tire sa révérence de l'empire de Paul Desmarais.
Durant ces années, il garde toujours la même préoccupation, qui est de propager les valeurs de la vérité, de la justice, et de prendre parti pour les plus faibles et la défense de la vie.
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[1] Benoit Voyer, « Le silence des intellectuels chrétiens sur la place publique », Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 349.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Jean-Guy Roy
« On en vient avec les années à se prendre un peu trop au sérieux. Pour être heureux, il faut en venir à être capable de rire de soi… »
Par Benoît Voyer
MONTRÉAL – Bip ! Bip ! Bip ! Le réveil-matin du frère Jean-Guy Roy annonce une nouvelle journée, comme le coq de la basse-cour chante le cocorico annonciateur des premiers rayons du soleil. Il est 5 h 45.
Il fait sa toilette matinale et retourne dans son intimité. Assis, il écoute les plus belles mélodies du répertoire classique en lisant quelques bribes de propos spirituels. Comme à chaque matin, il entre dans la vie à petits pas…
Après de longues minutes, il range son bouquin, ferme les yeux et se questionne : « Aujourd'hui, à qui vais-je dire merci ? » Il identifie trois ou quatre personnes et les raisons. À son agenda, il inscrit des notes afin de ne pas manquer ces occasions de semences vivifiantes.
Il poursuit son rituel quotidien en priant. Il sort une liste de prénoms et de noms comme à chaque matin. Une promesse, c'est une promesse ! Lorsqu'il dit : « Je vais prier pour toi ! », il n'y a pas de doute qu'il le fera. Afin de ne pas oublier ces gens, il tient cette liste à jour. Quelques-uns sont là depuis plusieurs années.
Même s'il a perdu le contact avec l'un ou l'autre, il reste fidèle. « C'est ma façon d'être solidaire et en lien avec chaque personne que je parraine spirituellement », confie-t-il.
Enfin, il peut sortir de sa cellule et prendre l'envol vers une autre journée de la vie. Après le petit-déjeuner avec ses confrères, il prend la route de son bureau du 505, avenue du Mont-Cassin, où il assure le développement et la gestion de Radio Ville-Marie, la station radiophonique qui tente de jeter un regard nouveau sur l'homme et la femme, une vision qui donne un sens à la quête existentielle.
Je crois…
Pour Jean-Guy Roy, « la vie » est synonyme de « doutes » parce qu'il faut douter pour avoir foi en quelqu'un qui donne une valeur à la finitude humaine.
« La foi c'est comme la flamme qui fait que je suis capable de donner une signification à mes humbles pas, à ce que je suis, et qui donne l'espérance en la vie. Je ne suis pas qu'un paquet d'os et un bout de chair ! Je suis habité par quelqu'un qui me donne des défis à relever et qui m'amène à devenir foncièrement qui je suis », ajoute le religieux né le 3 juin 1953.
en la vie
« Quelle est la différence entre les yeux qui ont un regard et les yeux qui n'en ont pas ? Cette différence a un nom : c'est la vie. La vie commence là où commence le regard », écrit la romancière Amélie Nothomb dans « Métaphysique des tubes ».
Le frère Roy est assurément un homme au regard vivant. « Libérer la vie » est son programme existentiel, un leitmotiv qui se résume, depuis son adhésion à la congrégation des Frères du Sacré-Cœur, par « être le levain dans la pâte ».
C'est l'histoire de ses engagements que de faire éclater ce qui est beau et grand en l'être humain et de contribuer à l'épanouissement de ce dernier. Croire en la vie, c'est avoir foi en l'humanité et en sa capacité d'aimer et d'être aimé.
Comment susciter la vie ? Son programme se résume en deux étapes : être à l'écoute de soi et de l'autre dans le respect et avoir un esprit d'humilité. Il ne développe pas le premier point qu'il considère assez clair, mais se fait plus bavard sur le second item : « Être porteur de vie, c'est être attentif aux fragilités du monde contemporain… C'est de la cassure que peut jaillir quelque chose de beau ou c'est du chaos que naissent la vie et l'espérance ! Il n'y a que dans la crise intérieure, où tout est bousculé et remis en question, qu'il est possible de trouver un tremplin pour plonger dans le futur de l'existence. Ce qui fait la grandeur de l'humain est sa fragilité. Elle est notre richesse… C'est par ma petitesse que je fais des merveilles ! L'humilité, c'est être capable d'aller en soi, d'être à l'écoute de son intériorité. »
Il abonde dans le même sens que le roi catholique, le pape Jean-Paul II, qui affirme dans la lettre apostolique sur le sens chrétien de la souffrance humaine, publiée en 1984 : « La souffrance doit servir à la conversion, c'est-à-dire à la reconstruction du bien dans le sujet qui peut reconnaître la miséricorde divine dans la pénitence. »
Selon le directeur général de Radio Ville-Marie, la rencontre du Dieu vivant se fait dans la communion avec les autres : « Si je ne peux pas le voir dans le frère ou la sœur avec qui je travaille, il me semble que ça fait un Dieu de plâtre… »
La vie est simple. Il regrette que l'humain la complique inutilement. « On en vient avec les années à se prendre un peu trop au sérieux. Pour être heureux, il faut en venir à être capable de rire de soi… », ajoute l'éternel optimiste.
et au service des autres
Au service de Radio Ville-Marie depuis le 1ᵉʳ mars 2000, Jean-Guy Roy a été supérieur provincial de la province montréalaise et assistant général à Rome au sein des Frères du Sacré-Cœur, communauté religieuse à laquelle il appartient.
Il a été directeur de l'Office de la jeunesse et de l'éducation chrétienne au diocèse catholique romain de Saint-Hyacinthe et des services aux étudiants au Collège Mont Sacré-Cœur de Granby.
Enfin, il a été membre de missions pour le compte d'organisations internationales « en matière socio-éducative », dont l'UNESCO, est l'auteur de plusieurs articles et a assuré la direction de plusieurs publications sur la culture des jeunes, dont « Bonjour Seigneur : 100 jeunes parlent à Dieu », « Nos cris et nos rêves : 150 jeunes parlent au monde » et « Un jour la paix : 200 jeunes parlent de paix ».
Il entre au noviciat des Frères du Sacré-Cœur en 1970 et fait ses premières promesses le 15 août 1971. Ses vœux perpétuels sont prononcés le 30 septembre 1979 au collège Mont Sacré-Cœur de Granby, à l'occasion de l'anniversaire de fondation de l'institut.
« J'ai connu les Frères du Sacré-Cœur à Verdun, en 1969. J'ai été séduit par leur engagement auprès des jeunes, leur spiritualité axée sur l'amour et leur joie de vivre. J'ai fait des études en orthopédagogie, mais je n'ai jamais travaillé dans mon domaine d'études parce qu'on m'a toujours confié des postes de direction », relate-t-il.
Né à Matapédia, un village du Bas-du-Fleuve, ce huitième enfant d'une famille de neuf a grandi à Farnham, municipalité de la Montérégie où le bienheureux Alfred Bessette, alias le Frère André, a vécu la plus grande partie de sa jeunesse. Il a fait ses études primaires et secondaires chez les sœurs de la Présentation de Marie et chez les Frères de l'instruction chrétienne (école St-Romuald).
Le frère Jean-Guy Roy est fier de son itinéraire et heureux des missions qui lui sont confiées. Le soir, avant de se coucher, il dit : « Merci mon Dieu pour la vie ! » Il s'endort le sourire aux lèvres, content de ses bons coups et riant de lui-même pour ses bévues. Paisiblement, il attend le prochain cocorico électronique qui le relancera de nouveau dans la trépidante aventure humaine.
(Revue Sainte-Anne, juillet-août 2001, page 247)
RÉFLEXION: La solitude
Par Benoit Voyer
22 janvier 2026
L’an dernier, à cette date, je terminais la lecture d’une série de lettres entre Marcelle Gauvreau et le frère Marie-Victorin, le fondateur du Jardin botanique de Montréal. Dans cet ouvrage, une phrase m’a grandement marqué. Le 11 avril 1937, elle lui écrivait : « Dites-moi que si dans la solitude une pensée noire se jette dans le creux de mon âme, c'est uniquement parce que dans tout bonheur se mêle un secret effroi : celui de le perdre… »[1]. Pour écrire une telle réflexion, la solitude de Marcelle devait être bien pénible à vivre.
Qu’est-ce que la solitude ?
La solitude est un état d’être. Elle peut être ponctuelle ou durable. Parfois, nous la choisissons. Trop souvent, nous la subissons. C’est surtout le cas lorsque nous n’avons pas beaucoup d’interactions avec les autres.
La solitude est très différente selon qu'elle est choisie ou subie. Parfois, je la choisis. J’en ai besoin pour nourrir ma vie intellectuelle ou spirituelle. Parfois, je la réclame afin de me poser ou pour me préparer avant d’entrer en action. Elle est alors appréciée.
En revanche, lorsqu’elle est subie, la solitude peut devenir douloureuse.
À mes yeux, la pire des solitudes n’est pas celle que je vis lorsque je me retrouve en solitaire. C’est plutôt de me sentir seul en couple, en famille ou en groupe.
On ne le sait peut-être pas assez, mais la solitude est un facteur de risque dans le développement de maladies de longue durée.
Plusieurs études montrent que la solitude (ou l’isolement social) est associée à des risques accrus de problèmes de santé physique et mentale, par exemple, la dépression ou le suicide.
C’est le sociologue Émile Durkheim, dans son ouvrage Le Suicide, paru en 1897, qui a mis en évidence un lien statistique fort entre la solitude et le suicide. Grâce à des données épidémiologiques, il a montré qu’il y a un lien fort entre l'isolement social et les problèmes de santé, physique et mentale, ainsi que le risque de suicide.
Dans les années 1970, le développement de la psychologie a démontré que la solitude aurait une forte corrélation avec la conscience et la représentation générale de soi : notamment en ce qui a trait à la faible estime de soi, la timidité, l'introversion et le manque d'assurance en soi.
En santé mentale, la solitude est également liée à un trouble schizoïde dans lequel un individu peut faire l'expérience d'aliénation.
Chez les enfants et les adultes, la solitude a souvent un impact dans la compréhension et la mémoire. Dans des cas d'isolement long et total, des phénomènes hallucinatoires ont été rapportés.
Enfin la solitude peut jouer un rôle important dans des troubles comme l'alcoolisme et la toxicomanie.
En ce 23 janvier, Journée mondiale de la solitude, allons visiter une personne qui n’a pas beaucoup d’amis et, pourquoi pas, offrons-lui notre amitié.
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[1] Marcelle Gauvreau, Lettres au frère Marie-Victorin – Correspondance sur la sexualité humaine, Boréal, 2019.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: La santé financière de Radio Ville-Marie s'améliore
Par Benoît Voyer, journaliste
MONTRÉAL – Radio Ville-Marie (RVM) a terminé son année fiscale 2000 avec des recettes de 729 140$, comparativement à 607 977$ en 1999. Le conseil d'administration de l'organisme de radiodiffusion a de quoi sourire, mais doit demeurer vigilant puisque c'est le million de dollars qu'il doit atteindre afin de rencontrer ses véritables besoins. Chaque jour, le directeur général, Jean-Guy Roy, doit contribuer au miracle quotidien puisqu'il faut plus que des prières pour maintenir le cap d'une programmation accessible 24 heures par jour.
Les dépenses minimales d'opération totalisent 583 609$, soit environ 20 000$ de plus que l'année précédente (562 079$).
Le frère Roy, membre de la congrégation des Frères du Sacré-Cœur, est fier de l'appui des auditeurs de sa station. Les dons totalisent 263 237$ pour l'an 2000, comparativement à 226 829$ pour 1999. Toutefois, il espère davantage. L'avenir de la station, qui rejoint un bassin potentiel de quatre millions d'auditeurs dans un rayon de 150 km, en dépend.
RVM est « une radio de contenu », une des rares, excluant les stations communautaires, avec la Première chaîne de Radio-Canada. Sa mission est d'offrir un service de radiodiffusion essentiellement consacré à des émissions religieuses d'inspiration chrétienne et œcuménique. Elle est ouverte aux grands courants spirituels d'aujourd'hui.
Elle est officiellement entrée en ondes le 1ᵉʳ mai 1995, après trois ans d'efforts d'un groupe de réalisateurs et d'animateurs de la Société Radio-Canada, dont René Barbin, Raphaël Pirro et Jacques Houde. Jacques Paquette, ex-directeur général de l'Office des communications sociales, devenu depuis ce temps Communications et société, figure également dans la liste des fondateurs.
La radio religieuse de Montréal rassemble 110 animateurs bénévoles et quinze employés, diffuse 140 émissions hebdomadaires axées sur l'information, la culture musicale, la culture religieuse et sociale, la méditation et les services communautaires.
Forte de deux antennes émettrices pour les régions de Montréal et de Sherbrooke, une demande a été déposée auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) afin de pouvoir diffuser les émissions sur une fréquence en Outaouais. Le miracle attendu pourrait se réaliser dans un court laps de temps.
(Revue Sainte Anne, Juillet et août 2001, page 301)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Paul-André Comeau
« Je suis un chercheur didactique. J'aime que ma recherche profite aux autres. Je ne pourrais pas vivre isolé. J'ai besoin de communiquer et de rencontrer des gens. [...] Depuis toujours, ce qui me fait le mieux vivre est de faire des choses significatives pour la société. J'ai toujours eu la prétention d'être, avec d'autres, un instrument de développement culturel et un éveilleur qui amène les gens à réfléchir. »
Par Benoît Voyer
La vérité
Paul-André Comeau est un chercheur de vérité. N'est-ce pas l'importance de celle-ci que le pape Jean-Paul II rappelait, en 1993, dans sa lettre encyclique Veritatis Splendor sur quelques questions fondamentales de l'enseignement moral de l'Église ? « S'il existe un droit à être respecté dans son propre itinéraire de recherche de la vérité, il existe encore antérieurement l'obligation morale grave pour tous de chercher la vérité et, une fois qu'elle est connue, d'y adhérer », écrivait-il. N'est-ce pas la pensée de l'apôtre Jean qui écrit dans son évangile : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière » ?
Qu'est-ce que la vérité ? « C'est une situation idéale où on est sûr de la réalité du fait, de l'explication et de la signification. Il y a donc très peu de vérités… Celles qui existent sont fondamentales et elles débouchent toutes sur des questions relativement simples, mais immenses (!), sur le sens de notre passage sur terre », explique Paul-André Comeau.
Toutefois comment trouver la vérité ? « C'est une démarche personnelle. La recherche de la vérité, c'est la volonté d'aller au-delà des apparences et d'accepter de mettre entre parenthèses le relativisme ou les recettes faciles. La vérité, c'est le début de l'absolu. Ce sont les quelques grandes certitudes qui peuvent nous surprendre et, dans certains cas, nous éblouir », ajoute-t-il.
C'est dans cette recherche de l'absolu qu'il souhaite que l'Église catholique se place. À sa façon, il redit, sans le savoir, ce qu'un patron d'une salle de presse a dit, en 1992, au Comité des communications de l'AÉQ : « Autrefois on respectait celui qui possédait la vérité, maintenant on respecte celui qui cherche… qui sait aussi faire part de ses doutes. »
Sortir du pessimisme
L'information médiatique est un départ pour se dégager de ce pessimisme ou de ce marasme du relativisme. Cependant, elle n'est pas la réponse. Elle amène à réfléchir aux questions de sens et à voir si l'une ou l'autre pourrait se rapprocher de la vérité.
« Je ne pense pas qu'une personne bien informée, qui a structuré ses schèmes de références, puisse être capable de répondre aux questions fondamentales. Il faut faire un pas au-delà et, là, c'est toute la marche qui sépare l'humanisme de la croyance. Il y a tout un pont à franchir. Il n'est pas évident et il ne s'impose pas de soi », pense l'érudit.
Comment faire ce passage transcendantal ? La question l'embarrasse un peu. Il réfléchit quelques secondes avant de tenter une réponse. Après un long silence, il verbalise sa pensée : « Les certitudes d’hier semblent avoir été toutes évacuées… Certains vont le faire d'eux-mêmes par une démarche consciente, par une réflexion. C'est, à mon point de vue, c'est le petit lot. Je pense que c'est par le contact avec des gens qui ont un message qui peut nous amener à franchir cette étape. Sinon, il y a une certaine quiétude à être bien informé, à comprendre les choses et à couler une existence normale parce qu'on est préoccupé par les problèmes d'autrui, mais, à la longue, je crois que c'est insatisfaisant. »
Pour le journaliste, l'Église a joué un rôle prophétique lors du Concile Vatican II. Il remarque qu'elle est la seule société internationale qui est à la fois le réceptacle de valeurs, de pratiques et de croyances universelles et, aussi, par ses incarnations dans les régions, les pays et les sociétés, profondément enracinée. Il trouve cela fort intéressant parce qu'elle est capable de répondre à l'inquiétude des jeunes et des moins jeunes devant la tendance à la mondialisation et la nécessité de se raccrocher à son terroir, à sa société, à des valeurs plus locales.
« L'Église me semble à la convergence incroyable du cri du cœur et de l'inquiétude d'aujourd'hui. Contrairement à un certain pessimisme, l'Église a en main des éléments pour donner un nouveau souffle à la proclamation de son message et, surtout, dans sa tentative de rejoindre les gens parce qu'ils sont un peu déstabilisés par le relativisme et les problèmes rattachés à cela. Elle est en mesure d'offrir des solutions sérieuses », croit-il profondément. Il encourage l'Église à prendre une place de plus en plus grande dans les médias tout en faisant attention à ne pas être une voix parmi tant d'autres. « Son message doit rester un message fort ! »
Un passé garant de l'avenir
Cet héritage chrétien, Paul-André Comeau le connaît bien. Cet homme est habité par une présence particulière, par des valeurs de sagesse. Il sourit à ces propos et répond qu'il y a surtout en lui des valeurs d'inquiétude et d'imperfection.
« Je n'ai jamais la certitude d'avoir réussi et je n'ai pas la conviction d'avoir trouvé la réponse définitive à toutes les questions que je pose. La valeur à laquelle je me rattache, sur le plan professionnel et personnel, est la nécessité et le goût de toujours faire mieux la prochaine fois. Dans un sens, je suis probablement en recherche d'absolu. C'est l'héritage que j'ai reçu d'un professeur de l'externat classique », dit-il en faisant de l'introspection en lui, car ce n'est pas tous les jours qu'on se fait questionner sur les valeurs fondamentales de sa vie.
L'abbé Hectorien Chapdelaine, professeur au Collège Mgr Prince de Granby, ville où il s'établit à l'âge de 10 ans, a fortement influencé sa personnalité. Il n’a que des éloges à son égard : « Ce bonhomme, qui n'avait pas fait des études au-delà de son grand séminaire, avait le don de nous provoquer et de nous obliger à être meilleurs. Il y avait chez lui une recherche de l'élitisme intellectuel. Je suis reconnaissant à ce prêtre – lorsque j'avais 13 et 14 ans – de m'avoir profondément marqué et de m'avoir incité à me remettre continuellement en question. »
La vie malgré les épreuves
Le vieux dicton dit qu'il n'y a rien qui n’arrive pour rien dans la vie. Les épreuves sont là pour nous inciter à grandir. Paul-André Comeau en sait quelque chose. Il y a 7 ans, il perdait son fils unique de 27 ans, un pédiatre voué à un brillant avenir.
Il est facile à comprendre qu'il est peu bavard sur le sujet à cause de la peine que ce souvenir provoque en lui. Parfois, il y a des événements pénibles à comprendre sur la route de la vie. Paul-André Comeau affirme que ce moment difficile l'a amené à réfléchir sur le sens de sa vie. Il a compris qu'il est encore ici afin de tenter de continuer à s'améliorer et à partager ce qui l'habite.
(Revue Sainte Anne, septembre 2001, page 343)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: 5 février 1839
5 février 1839, maintenant sur vidéocassette
MONTRÉAL – Avec « 15 février 1839 », Pierre Falardeau met sur grand écran la plus merveilleuse histoire mythologique que le Québec a connue. C'est un véritable monument pour contrer l'oubli. Quel message ! Marie Thomas Chevalier de Lorimier, notaire de formation, enseigne à ses héritiers qu'il faut se battre jusqu'au bout de ses convictions. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis », disait un autre messie. Il faut bien l'admettre, De Lorimier s'est offert en victime pour la rédemption du peuple québécois. Son messianisme, étouffé par l'envahisseur anglais, revient hanter les esprits contemporains. Dans la lignée des gens de son époque, la mémoire collective se réveille grâce à « saint Falardeau », le patriote ressuscité.
Depuis 1760, la terre des francophones américains est occupée par les Britanniques. Après 40 ans d'une démocratie artificielle, les Anglais mettent fin au système parlementaire et poussent le peuple d'origine française, qui désire sa terre de Canaan, à la révolte. L'armée patriotique soulève une guerre contre l'armée la plus puissante du monde. Chargés, de manière préhistorique, de haches, de fourches et de quelques fusils, plus de 300 patriotes désireux de libérer leur région de la tutelle du roi d'Angleterre meurent à bout de sang. Les 8000 soldats des troupes de Sir John Corbone pillent les maisons, brûlent les fermes et rasent les villages. 108 prisonniers, condamnés à mort, sont amenés à la prison de Pied-du-Courant à Montréal. Le 14 février 1839, à 24 heures d'avis. Marie Thomas Chevalier de Lorimier, leur chef et libérateur en qui ils ont une confiance aveugle, est condamné à la pendaison avec trois autres compatriotes. « 15 février 1839 », un chemin de croix moderne qui laisse émerger un caractère profondément sacré, a été écrit à partir des relations entre De Lorimier et sa femme.
« C'te défaite-là, j'pense que c'est plus grave que celle de 1760… Mais le plus dangereux… j'pense, c'est pas l'occupation militaire… c'est c'qui vient avec… c'est l'occupation de nos cerveaux. [...] J'ai peur qu'à l'avenir on s'habitue au malheur... [...] Nos barreaux, on va finir par les transporter dans nos propres têtes », dit un patriote incarcéré à un autre.
« 15 février 1839 » est un film quasi-parfait. Les critiques n'ont qu'à faire l'effort de se transporter 162 ans en arrière et se laisser bercer par le climat de cette époque. Il ne faut surtout pas tenter de faire des comparaisons avec aujourd'hui.
Cette haine intense envers les Anglais n'est plus de notre temps. Aujourd'hui, les Britanniques ne sont plus l'incarnation diabolique du mal extrême. La seule chose qui reste est cet intense rêve d'une Nation, mais cela est une autre histoire, celle de Bernard Landry et de sa formation politique.
Par moments ce film sent l'héroïsme romanesque et le fait historique déformé, mais pour créer l'effet qu'il provoque sur le plan de la sensibilité et de la réflexion, l'aventure en vaut bien un bout de chiffon rouge entre les doigts de De Lorimier au moment de sa pendaison.
D'ailleurs, Landry sera assurément d'accord sur le fait que ce bout de tissu, qui a fait souffrir bien des Canadiens francophones, mis entre les doigts de Chevalier de Lorimier, livré en innocente victime au bûcher britannique, fait éclater un grand gage d'amour et de tendresse envers sa femme et un intense don de soi pour l'honneur de la nation.
L'amour d'une femme
Quel supplice pour son épouse ! Ce n'est pas pour rien qu'elle goûte l'hystérie. Son Chevalier est toute sa vie ! Ce genre de rupture, une sorte de divorce passionnel, est le plus cruel qui puisse exister. Il faut comprendre la situation.
Quant à leurs ultimes échanges amoureux, ils donnent des images puissantes, touchantes, frémissantes pour les spectateurs, témoins impuissants de ce passage triste, mais élogieux, de l'historiographie nationale. Ils ne peuvent que laisser échapper des larmes douces sur leurs joues. Ces scènes d'amour, de tendresse et de passion sont les plus poignantes de la tradition cinématographique québécoise.
Le rôle joué par Sylvie Drapeau est bref, mais intense. Son texte est une véritable poésie : « Moi, j'veux pas te perdre… C'est toi que j'aime… pas ta révolution… Moi mon pays… c'est toi. [...] J'les laisserai pas te faire du mal… J'les laisserai pas me faire du mal à moi… Ils veulent nous détruire… j'vais me battre… comme une chienne. Avec mes pieds… avec mes ongles… avec mes dents… Je t'aime… Est-ce que tu comprends ça ? J'taime ... J'taime ... J't'aime. Comment j'vais faire pour vivre si tu meurs… Moi je suis toi… Toi, tu es moi… Tu fais partie de moi… Y peuvent pas t'arracher de moi. [...] Qu'est-ce que je vais faire sans toi ? J'pourrai plus jamais te toucher, te sentir… te tenir dans mes bras… Plus jamais… », dit-elle avec une intensité qui reste gravée dans l'être des heures et des heures après la projection de l'œuvre.
Des images puissantes
Dans ce film, le directeur photo, Alain Dostie, et le réalisateur Falardeau réussissent à donner au public les plus belles images et les plus beaux éclairages de l'histoire du cinéma d'ici. Les puits de lumière, préalablement bien étudiés, permettent au spectateur d'entrer dans l'intensité émotionnelle de ces 24 heures de purgatoire, en donnant l'impression de vivre dans les mêmes pièces que les patriotes.
Parmi les images fortes, il y a bien entendu celles où Chevalier de Lorimier apprend sa condamnation. Le silence du condamné et le jeu intérieur de Luc Picard pénètrent l'âme. La peur, la souffrance et le doute s'expriment avec une grande fougue. Devant l'émotion, les erreurs historiques, comme le fait que les comédiens soient plus âgés qu'ils l'ont fort probablement été dans la réalité, n'ont plus d'importance.
Il est impossible de passer sous silence deux autres tableaux émouvants : Un prêtre catholique (Julien Poulin), un ami du chef des patriotes, est en prière avec les condamnés. Ils sont douze autour de lui. Une scène qui rappelle un certain Jeudi saint dans le film « Jésus de Nazareth ». Il y a aussi le dernier repas festif de Hindelang où des gens s'amusent, malgré l'épreuve, sous le regard d'un officier étonné de la situation. Il semble s'exclamer comme les compatriotes d'Astérix : « Ils sont fous ces Romains ! »
Erreurs historiques
« 15 février 1839 » est un récit inspiré de faits historiques, mais n'est pas l'histoire tout à fait telle que vécue. Les erreurs sont pardonnables, mais nombreuses :
En 1839, les Britanniques ne sont pas installés en Afrique. Il faut attendre la guerre des Sipahis (1857) pour qu'ils y débarquent.
Le portrait de Hindelang est intéressant, mais peu crédible. En relisant les faits historiques, il n'est pas assuré qu'il a été si courageux que cela. Dans la réalité, il a même essayé de se dissocier de ses amis afin de se sauver de la mort.
Jean Joseph Girouard, que nous voyons à l'occasion faire des croquis en prison, a été emprisonné officiellement du 26 décembre 1837 au 16 juillet 1838. Il ne devrait donc pas apparaître dans ce film.
La hiérarchie sociale n'est pas respectée. Puisque De Lorimier était notaire, de simples paysans n'oseraient jamais le « tutoyer ». Il y avait des protocoles d'usage qui étaient en vigueur entre bourgeois, notables et paysans.
Cependant, donnons raison à Falardeau puisque les historiens ne sont pas tous en accord sur ce point.
Ce n'est que quelques détails qui démontrent qu'il faut regarder ce film avec un œil et une intelligence critique.
Un film politiquement engagé
« 15 février 1839 », c'est Pierre Falardeau à son meilleur. Qu'est-ce qu'il pourra offrir de mieux maintenant ? Ce long métrage est une construction d'une implacable rigueur. Il est aussi le manifeste d'un cinéaste politiquement engagé, à l'image de son idéologie.
« Nous autres, on veut pas savoir d'ousse tu d'viens ou de quelle couleur que t'es. Que tu soyes blanc, jaune, noir… vert si tu veux… on s'en sacre… Nous autres c'qu'on veut savoir, c'est si t'es d'notre bord ou du bord des Anglais », fait dire Falardeau à Charles Hindelang par l'intermédiaire d'un des patriotes.
Plus loin, sur les lèvres de Hindelang, il poursuit : « Je les hais, là, tu peux pas savoir… C'est comme du feu… icitte… Touche. touche… mais fais attention, tu vas te brûler… » Et le message politique lancé aux Québécois d'aujourd'hui arrive : « C'est ça votre problème à vous autres… Vous êtes pas capables de haïr… »
Voilà que l'Évangile selon saint Falardeau est né. Tout est presque parfait, sauf la pleine véracité historique, mais cela n'est pas important lorsqu'un peuple se raconte une légende mythologique et christique qui donne un sens à la finitude de ses luttes libératrices.
Par Benoît Voyer, journaliste
Évangile De Lorimier selon saint Falardeau
MONTRÉAL – Avec « 15 février 1839 », Pierre Falardeau met sur grand écran la plus merveilleuse histoire mythologique que le Québec a connue. C'est un véritable monument pour contrer l'oubli. Quel message ! Marie Thomas Chevalier de Lorimier, notaire de formation, enseigne à ses héritiers qu'il faut se battre jusqu'au bout de ses convictions. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis », disait un autre messie. Il faut bien l'admettre, De Lorimier s'est offert en victime pour la rédemption du peuple québécois. Son messianisme, étouffé par l'envahisseur anglais, revient hanter les esprits contemporains. Dans la lignée des gens de son époque, la mémoire collective se réveille grâce à « saint Falardeau », le patriote ressuscité.
Depuis 1760, la terre des francophones américains est occupée par les Britanniques. Après 40 ans d'une démocratie artificielle, les Anglais mettent fin au système parlementaire et poussent le peuple d'origine française, qui désire sa terre de Canaan, à la révolte. L'armée patriotique soulève une guerre contre l'armée la plus puissante du monde. Chargés, de manière préhistorique, de haches, de fourches et de quelques fusils, plus de 300 patriotes désireux de libérer leur région de la tutelle du roi d'Angleterre meurent à bout de sang. Les 8000 soldats des troupes de Sir John Corbone pillent les maisons, brûlent les fermes et rasent les villages. 108 prisonniers, condamnés à mort, sont amenés à la prison de Pied-du-Courant à Montréal. Le 14 février 1839, à 24 heures d'avis. Marie Thomas Chevalier de Lorimier, leur chef et libérateur en qui ils ont une confiance aveugle, est condamné à la pendaison avec trois autres compatriotes. « 15 février 1839 », un chemin de croix moderne qui laisse émerger un caractère profondément sacré, a été écrit à partir des relations entre De Lorimier et sa femme.
« C'te défaite-là, j'pense que c'est plus grave que celle de 1760… Mais le plus dangereux… j'pense, c'est pas l'occupation militaire… c'est c'qui vient avec… c'est l'occupation de nos cerveaux. [...] J'ai peur qu'à l'avenir on s'habitue au malheur... [...] Nos barreaux, on va finir par les transporter dans nos propres têtes », dit un patriote incarcéré à un autre.
« 15 février 1839 » est un film quasi-parfait. Les critiques n'ont qu'à faire l'effort de se transporter 162 ans en arrière et se laisser bercer par le climat de cette époque. Il ne faut surtout pas tenter de faire des comparaisons avec aujourd'hui.
Cette haine intense envers les Anglais n'est plus de notre temps. Aujourd'hui, les Britanniques ne sont plus l'incarnation diabolique du mal extrême. La seule chose qui reste est cet intense rêve d'une Nation, mais cela est une autre histoire, celle de Bernard Landry et de sa formation politique.
Par moments ce film sent l'héroïsme romanesque et le fait historique déformé, mais pour créer l'effet qu'il provoque sur le plan de la sensibilité et de la réflexion, l'aventure en vaut bien un bout de chiffon rouge entre les doigts de De Lorimier au moment de sa pendaison.
D'ailleurs, Landry sera assurément d'accord sur le fait que ce bout de tissu, qui a fait souffrir bien des Canadiens francophones, mis entre les doigts de Chevalier de Lorimier, livré en innocente victime au bûcher britannique, fait éclater un grand gage d'amour et de tendresse envers sa femme et un intense don de soi pour l'honneur de la nation.
L'amour d'une femme
Quel supplice pour son épouse ! Ce n'est pas pour rien qu'elle goûte l'hystérie. Son Chevalier est toute sa vie ! Ce genre de rupture, une sorte de divorce passionnel, est le plus cruel qui puisse exister. Il faut comprendre la situation.
Quant à leurs ultimes échanges amoureux, ils donnent des images puissantes, touchantes, frémissantes pour les spectateurs, témoins impuissants de ce passage triste, mais élogieux, de l'historiographie nationale. Ils ne peuvent que laisser échapper des larmes douces sur leurs joues. Ces scènes d'amour, de tendresse et de passion sont les plus poignantes de la tradition cinématographique québécoise.
Le rôle joué par Sylvie Drapeau est bref, mais intense. Son texte est une véritable poésie : « Moi, j'veux pas te perdre… C'est toi que j'aime… pas ta révolution… Moi mon pays… c'est toi. [...] J'les laisserai pas te faire du mal… J'les laisserai pas me faire du mal à moi… Ils veulent nous détruire… j'vais me battre… comme une chienne. Avec mes pieds… avec mes ongles… avec mes dents… Je t'aime… Est-ce que tu comprends ça ? J'taime ... J'taime ... J't'aime. Comment j'vais faire pour vivre si tu meurs… Moi je suis toi… Toi, tu es moi… Tu fais partie de moi… Y peuvent pas t'arracher de moi. [...] Qu'est-ce que je vais faire sans toi ? J'pourrai plus jamais te toucher, te sentir… te tenir dans mes bras… Plus jamais… », dit-elle avec une intensité qui reste gravée dans l'être des heures et des heures après la projection de l'œuvre.
Des images puissantes
Dans ce film, le directeur photo, Alain Dostie, et le réalisateur Falardeau réussissent à donner au public les plus belles images et les plus beaux éclairages de l'histoire du cinéma d'ici. Les puits de lumière, préalablement bien étudiés, permettent au spectateur d'entrer dans l'intensité émotionnelle de ces 24 heures de purgatoire, en donnant l'impression de vivre dans les mêmes pièces que les patriotes.
Parmi les images fortes, il y a bien entendu celles où Chevalier de Lorimier apprend sa condamnation. Le silence du condamné et le jeu intérieur de Luc Picard pénètrent l'âme. La peur, la souffrance et le doute s'expriment avec une grande fougue. Devant l'émotion, les erreurs historiques, comme le fait que les comédiens soient plus âgés qu'ils l'ont fort probablement été dans la réalité, n'ont plus d'importance.
Il est impossible de passer sous silence deux autres tableaux émouvants : Un prêtre catholique (Julien Poulin), un ami du chef des patriotes, est en prière avec les condamnés. Ils sont douze autour de lui. Une scène qui rappelle un certain Jeudi saint dans le film « Jésus de Nazareth ». Il y a aussi le dernier repas festif de Hindelang où des gens s'amusent, malgré l'épreuve, sous le regard d'un officier étonné de la situation. Il semble s'exclamer comme les compatriotes d'Astérix : « Ils sont fous ces Romains ! »
Erreurs historiques
« 15 février 1839 » est un récit inspiré de faits historiques, mais n'est pas l'histoire tout à fait telle que vécue. Les erreurs sont pardonnables, mais nombreuses :
En 1839, les Britanniques ne sont pas installés en Afrique. Il faut attendre la guerre des Sipahis (1857) pour qu'ils y débarquent.
Le portrait de Hindelang est intéressant, mais peu crédible. En relisant les faits historiques, il n'est pas assuré qu'il a été si courageux que cela. Dans la réalité, il a même essayé de se dissocier de ses amis afin de se sauver de la mort.
Jean Joseph Girouard, que nous voyons à l'occasion faire des croquis en prison, a été emprisonné officiellement du 26 décembre 1837 au 16 juillet 1838. Il ne devrait donc pas apparaître dans ce film.
La hiérarchie sociale n'est pas respectée. Puisque De Lorimier était notaire, de simples paysans n'oseraient jamais le « tutoyer ». Il y avait des protocoles d'usage qui étaient en vigueur entre bourgeois, notables et paysans.
Cependant, donnons raison à Falardeau puisque les historiens ne sont pas tous en accord sur ce point.
Ce n'est que quelques détails qui démontrent qu'il faut regarder ce film avec un œil et une intelligence critique.
Un film politiquement engagé
« 15 février 1839 », c'est Pierre Falardeau à son meilleur. Qu'est-ce qu'il pourra offrir de mieux maintenant ? Ce long métrage est une construction d'une implacable rigueur. Il est aussi le manifeste d'un cinéaste politiquement engagé, à l'image de son idéologie.
« Nous autres, on veut pas savoir d'ousse tu d'viens ou de quelle couleur que t'es. Que tu soyes blanc, jaune, noir… vert si tu veux… on s'en sacre… Nous autres c'qu'on veut savoir, c'est si t'es d'notre bord ou du bord des Anglais », fait dire Falardeau à Charles Hindelang par l'intermédiaire d'un des patriotes.
Plus loin, sur les lèvres de Hindelang, il poursuit : « Je les hais, là, tu peux pas savoir… C'est comme du feu… icitte… Touche. touche… mais fais attention, tu vas te brûler… » Et le message politique lancé aux Québécois d'aujourd'hui arrive : « C'est ça votre problème à vous autres… Vous êtes pas capables de haïr… »
Voilà que l'Évangile selon saint Falardeau est né. Tout est presque parfait, sauf la pleine véracité historique, mais cela n'est pas important lorsqu'un peuple se raconte une légende mythologique et christique qui donne un sens à la finitude de ses luttes libératrices.
Par Benoît Voyer, journaliste
(Revue Sainte Anne, juin 2001, pages 274 et 275)
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