VISION CATHOLIQUE: Une vie à la recherche du trésor
Par Benoit Voyer
5 mars 2026
Au fil des ans, ma vision de Dieu et de Jésus a considérablement changé. Pour y parvenir, j’ai dû traverser plusieurs crises de vie et de foi. Tout comme ma compréhension de la vie en général et de celle de ceux qui m’ont donné naissance dans cette humanité, ma conception des choses divines a changé.
Durant les étapes que j’ai traversées, il m’est arrivé de dire : « Je suis agnostique » ou « Je suis chrétien à la limite de l’agnosticisme ». Il est bon de rappeler que l’agnostique n’est pas un athée. L’athéisme nie l’existence de Dieu. L’agnostique se questionne sur son existence. C’est quelqu’un qui doute. Il pose des questions. On ne lui fera pas gober n’importe quoi.
Depuis 2023, je dis : « Je suis chrétien… Je suis un chrétien de tradition catholique. Oui, je crois ! Mais pas en n’importe quoi ! ».
Ainsi donc, à presque 60 ans, l’image que j’ai de Dieu et de Jésus n’est plus celle de mon enfance, de mon adolescence et de celle que mes parents m’ont transmise. Au fil des ans, il m’a fallu à quelques occasions abandonner Dieu pour mieux le trouver ou le retrouver.
Et je sais déjà que lorsque je serai un centenaire, mes certitudes actuelles n’auront plus la même saveur qu’aujourd’hui.
Si je me fie à plusieurs grands psychologues, comme Erik Erikson, mon cheminement spirituel et religieux est normal et sain.
Ils nous enseignent que l’homme et la femme passent par des étapes de développement à mesure qu’ils mûrissent. D’ailleurs, les grands mystiques catholiques ont enseigné la même chose pendant des siècles. C’est ce qui a conduit à des concepts comme les voies purgative, contemplative et unitive. De plus, plus près de nous, des auteurs spirituels comme James Fowler ont utilisé la psychologie moderne pour enrichir notre compréhension du développement spirituel.
Si on simplifie les choses à leur plus simple expression, le développement spirituel comporte trois grandes étapes : 1– Le détournement de nos mauvais penchants ou de nos péchés ; 2– La pratique de la vertu ; 3– Se sentir embrassé par l’amour divin. Ces étapes ne sont pas fermes, mais plutôt des périodes d’accentuation. Il y a une fluidité entre les trois. Selon les étapes de notre existence, nous serons plus ou moins dans l'une ou l’autre.
Malheureusement, bien des gens s’attardent à la première étape. On doit rapidement en venir à se focaliser sur la pratique de la vertu. Il faut passer du négatif au positif. On doit passer de « Comment puis-je arrêter de pécher ? » à « Comment puis-je être un meilleur chrétien ? »
Lorsqu’on prie et on lit les Évangiles, on ne se concentre pas sur le péché, mais sur Jésus comme la personne qu’on veut suivre et imiter : « Que puis-je faire pour plaire à Dieu ? » « Comment puis-je être meilleur ? »
La majorité des chrétiens passent la plus grande partie de leur vie dans cette étape du développement spirituel. Je ne suis pas un grand pécheur, mais pas non plus quelqu’un de parfait. Je tente d’être meilleur, même si j’échoue souvent. On fait ce qu’on peut.
Dans la troisième étape du développement, on ne se concentre pas sur soi, mais sur Dieu. En regardant Jésus dans les Évangiles, on verra une personne qui ne se contente pas de dire aux gens d’arrêter de pécher et de le suivre. On découvre plutôt quelqu’un de merveilleux qui nous parle de son Père, qui est aimant et compatissant. À cette étape du développement, on regarde les textes anciens pour constater à quel point Dieu est impressionnant et merveilleux.
Rendu là, l’acte de foi le plus difficile à faire est de croire que Dieu nous aime inconditionnellement et qu’il est un Dieu bienveillant.
Un auteur dont je ne me souviens plus du nom disait qu’à chaque étape du développement spirituel, notre vie de prière est différente. Dans la première étape, c’est surtout la contrition (je suis désolé), dans la deuxième étape, c’est surtout la supplication (aide-moi) et dans la troisième étape, c’est surtout l’action de grâce et l’adoration (Tu es incroyable, mon Dieu).
Dans la dernière étape du développement spirituel, on tombe véritablement amoureux et on s’engage. En vieillissant, mon dialogue avec le bon Dieu se résume de plus en plus à l’essentiel : « Salut ! Je suis là ! Merci d’être là, toi aussi ! Je t’aime, tu le sais bien… »
Pour produire de bons fruits spirituels, il est important de travailler à son développement. Pour reprendre Jésus, « le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits ». En d’autres termes, le bonheur ou le trésor sera donné à celui qui travaille à le trouver. N’oublions pas, la vie est une course au trésor. Elle nous conduit vers lui dans la mesure où on se donne les moyens de le trouver. (Mt 21,33-43. 45-46)
LE PRÉSENT DU PASSÉ: François, l'évêque ressuscité
Benoît Voyer
« L'assassinat de mon ami Raoul Léger, avec qui j'ai travaillé au Guatemala, a engendré dans ma vie et dans ma foi une grande période d'obscurité. Ce fut une terrible épreuve pour moi. J'ai douté jusqu'à remettre en question mon apostolat. »
Le doute est une réalité humaine. Chaque saint a vécu des périodes d'obscurité au fil de son existence. Quelques jours après la résurrection de Jésus, Thomas a été un des premiers à douter de ce qu'affirmaient les gens. « Si je ne vois pas, [...] je ne croirai pas » (Jn 20,25) Croire en la résurrection du maître n'est pas toujours facile. Qu'est-ce que la résurrection? Comment faire un acte de foi en période de doutes? Jésus est-il vraiment revenu à la vie, en chair et en os? Mgr François Lapierre, évêque catholique de Saint-Hyacinthe, tente de donner quelques pistes pour vivre à plein au cœur de l'expérience chrétienne.
Qu'est-ce que la résurrection?
C'est « être vivant »! C'est ce qu'affirme les évangiles. « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts? » (Lc 24,5)
Cette réalité ne se vit pas uniquement lors de notre passage de la vie à trépas au terme de notre chemin humain. Nous la vivons déjà durant notre existence quotidienne. Toute personne vit des moments de mort et de résurrection. Au moment des ténèbres que nous traversons, au moment où nous croyons qu'il n'y a plus rien de possible, il y a toujours l'espérance d'une vie nouvelle. Déjà cette espérance est très présente dans les psaumes. Je dois vous avouer que c'est ce qui soutient ma foi.
Cela est le sens philosophique de la résurrection. Après la pluie, vient toujours le beau temps. Au bout d'un long tunnel obscur, il y a toujours la lumière qui nous attend...
Pour représenter la résurrection, j'aime l'image de l'enfant qui vient au monde Lorsqu'il naît, il y a rapidement une rupture avec la mère. Ainsi, nous vivons une expérience nouvelle. La résurrection chrétienne c'est faire l'expérience de devenir une nouvelle création dans le Christ. J'aime beaucoup cette pensée de Pascal : « Quelle raison ont-ils de dire qu'on ne peut ressusciter? Quel est plus le difficile, de naître ou de ressusciter, que ce qui n'a jamais été soit, ou que ce qui a été soit encore? [...] La coutume nous rend l'un facile, le manque de coutume rend l'autre impossible: populaire façon de juger! » (Pascal, Pensées, 222-882) Son questionnement est intéressant : Celui qui a créé le monde peut aussi nous re-créer!
Thomas dit avoir touché concrètement à Jésus après sa mort. Cela pose un doute pour l'intelligence. Est-ce que vous êtes à l'aise avec son affirmation?
Jésus lui dit « Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru ». Je crois fermement que nous sommes appelés à vivre cette béatitude des gens qui ne l'ont pas vu et qui sont appelés à la foi. Cependant, on peut penser que cette foi ne repose pas uniquement sur une réalité vraiment rationnelle ou logique parce que toute la spiritualité chrétienne nous invite à ressusciter chaque jour, à vivre la résurrection au quotidien.
Voici une autre image de la résurrection que j'aime beaucoup. À la fin d'une journée de ma vie, il m'arrive d'être très fatigué. Je me couche et je ne fais rien pendant huit heures. Le matin, je me réveille reposé. L'Écriture nous parle à plusieurs reprises de la résurrection comme d'un réveil.
Peut-on faire ce parallèle avec la réalité de la résurrection du Christ qui est le fondement du christianisme?
Ces images sont des réalités qui peuvent nous aider à découvrir le mystère de la résurrection et à le vivre au présent.
La grande question n'est pas seulement de la vie après la mort, mais de la vie avant la mort. Nous avons à nous soucier de la qualité de cette vie. C'est là que l'expérience chrétienne, quand elle est bien vécue, devient une expérience de vie. Tout le cheminement de la foi est un art de vivre. La résurrection c'est l'expérimentation de la vie en abondance
Revenons à Thomas. Est-ce qu'il a vraiment touché le Christ en chair et en os? Est-ce qu'il serait plus simple pour l'intelligence d'affirmer que c'était un corps métaphysique?
C'est le corps du Christ ressuscité.
Comment décrire ce corps du Christ ressuscité?
C'est une réalité qui dépasse notre entendement. La résurrection n'est pas simplement comme dans le cas de Lazare un retour à la vie antérieure. Lazare a été réanimé.
La résurrection est une nouvelle création, c'est une réalité nouvelle qui dépasse notre raisonnement humain.
Est-ce que nous pourrions comparer la résurrection du christ à une apparition?
Vous avez bien compris. C'est un phénomène mystique. Ce n'était plus le corps de chair du Seigneur. C'était son corps transformé, ressuscité.
Sans vouloir amenuiser l'importance de la nécessité d'une compréhension rationnelle de ce phénomène, je pense c'est une réalité qui se comprend surtout avec le cœur.
Comment surmonter le doute?
Le récit de la rencontre du Christ avec les disciples d'Emmaüs vous donne la recette. Il faut commencer par se mettre en route. En marchant, Jésus se présente et engage un dialogue à l'aide des Écritures. La Parole de Dieu a le pouvoir d'animer ou de réanimer un élan en soi. Parfois, il faut juste une parole.
Les étapes de leur cheminement nous montrent que la première chose qui ressuscite, c'est le cœur. Il s'ouvre à de nouvelles capacités. Une nouvelle espérance s'installe. L'amour qui renaît nous amène à nous engager davantage au service des autres et à pardonner.
De plus, les jours saints que nous vivrons dans peu de temps peuvent être une source pour retrouver l'élan. Par cette commémoration du passage de Jésus de l'épreuve à la mort et de la mort à la vie nouvelle, chacun célèbre ses vendredis saints et ses matins de Pâques.
Qu'est-ce qu'il faut penser du doute?
Il est normal de douter et de passer par des périodes ténébreuses. Les plus grands saints sont passés par des périodes de grande obscurité. Ce sont des étapes charnières dans notre vie. Elles ne se traversent pas toujours avec les âges de la vie.
Est-ce qu'il vous est déjà arrivé de ces périodes de doutes?
[Il fait silence. Il scrute du regard les yeux du journaliste. Il comprend que la question a pour principal but d'aider son interlocuteur à traverser ses propres doutes. D'une voix mi éteinte, comme lorsqu'on confie un grand secret, il poursuit…]
L'assassinat de mon ami Raoul Léger, avec qui j'ai travaillé au Guatemala, a engendré dans ma vie et dans ma foi une grande période d'obscurité. Ce fut une terrible épreuve pour moi. J'ai douté jusqu'à remettre en question mon apostolat.
Il y a quelques mois, lors de la présentation du nouveau film de l'ONF qui porte sur sa vie, j'ai vu un parallèle entre celle-ci et celle de Jésus. Raoul n'avait que 30 ans.
Pourquoi avez-vous douté?
C'est toujours la question du pourquoi qui hante l'esprit, surtout lorsqu'on a l'impression d'avoir été fidèle à l'appel reçu et qu'on a donné le meilleur de soi-même. J'ai beaucoup questionné Dieu.
Qu'est-ce que l'épreuve a transformé en vous?
L'expérience a été pour moi un tournant important. J'ai découvert une réalité nouvelle dans la spiritualité. Elle n'est pas une fuite, mais un au-delà. J'ai découvert une lumière dans ma nuit. C'est difficile à exprimer. C'est une expérience qui s'explique difficilement avec des mots. Si je n'avais pas vécu cet événement, mon cheminement n'aurait pas été le même. Après quelques pas dans la nuit, j'ai vu le soleil se lever. J'ai vécu l'expérience d'une vie nouvelle. La résurrection c'est le soleil qui se lève après la nuit obscure.
(Revue Sainte Anne, avril 2003, page 153)
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