11 mars 2026

EN LIBERTÉ avec Benoit Voyer: L'Hôpital général de Québec


AU FIL DE L'HISTOIRE: Journée mondiale de la solitude (23 janvier)


LE PRÉSENT DU PASSÉ: François Paradis, animateur à la télévision

François Paradis, animateur à la télévision

« Je veux être un petit engrenage qui fait que chaque citoyen d'ici puisse se rendre compte de tout ce qu'il peut faire pour l'avancement de la société et, aussi, je veux leur montrer tout le poids qu'il a dans la démocratie. Lorsque j'anime un débat à la télévision, ma mission a pour seul but d'éveiller la réflexion »

Benoît Voyer


Qu'est-ce que la vérité ? Quelle est la mission du journaliste ? Est-ce que l'objectivité journalistique est possible ? L'animateur François Paradis accepte de répondre aux questions de la revue Sainte-Anne. En plus d'aborder ce sujet qui lui a demandé quelques heures de réflexion, l'homme de 45 ans accepte de parler de sa démarche à la télévision. En plus d'être l’animateur de TVA en direct.com à TVA, il rencontre presque quotidiennement ses téléspectateurs sur VOX aux émissions Cité Mag Québec et Réalité 2003. Durant la saison estivale, il remplacera quotidiennement la journaliste Jocelyne Cazin au réseau TVA.

François Paradis, on dit du journaliste qu'il est un chercheur de vérité. Est-ce que c'est bien cette vertu qui caractérise votre mission de vie ?

Ce serait prétentieux de ma part de dire que je recherche la Vérité parce que ma vérité est la mienne et votre vérité est la vôtre.

La vérité s'applique aux choses que nous pouvons démontrer sans aucun doute. Avant de débuter cette conversation, vous avez renversé un verre d'eau sur la table. Ce petit événement relève de la vérité. C'est une certitude parce que, ensemble, nous avons vu et vécu l'incident et parce que la table est encore humide.

Cependant, lorsqu'il est question de vérité sociétale, c'est une autre histoire. Votre vérité ne sera peut-être pas la mienne parce que votre vérité prend sa source dans vos valeurs, dans vos connaissances et vos expériences.

Je recherche l'honnêteté et la sincérité parce que le moyen de communication pour lequel je travaille est à ce point puissant qu'on n'a pas le droit de le gaspiller. Je gère mal l'incompétence et l'hypocrisie.

Lorsqu'en bavardant vous m'expliquez votre point de vue, je ne peux pas toujours être d'accord avec vous, mais je respecte ce que vous me partagez parce que je considère votre cheminement autant valable que le mien. Cependant, durant notre échange, je peux remettre en question ou douter de ce que vous m'apportez. Je peux aussi confronter vos propos avec ceux d'autres personnes.

Lorsque vous interviewez le ministre « Coin Coin » qui essaie de vous faire croire un mensonge ou une demi-vérité, vous devenez un chercheur de vérité…

Lorsqu'il accepte mon invitation, j'ose espérer que le ministre en question est assez honnête pour me dire le vrai fond de sa pensée. J'ai bien de la difficulté avec les discours en boîte. J'ai aussi de la misère à entendre des absurdités comme celle-ci… Au décès de Monsieur Y, un invité me dit que la mort de cet homme n'est pas si pire que ça parce qu'il est mort tout seul. Il y a des logiques en sol mineur que je n'accepte point.

Quelle est votre mission de journaliste ?

Dans mon travail, je confronte des points de vue. Je m'oblige à le faire ! Et si je dois le faire, par mes questions, je tente de démontrer au téléspectateur que ce qui se raconte devant moi, c'est de la foutaise.

Vous brouillez davantage les cartes. est-ce que vous êtes un chercheur de vérité ou d'honnêteté ?

La vérité est un concept. À part quelques vérités dont nous ne pouvons pas douter, comme l'incident du verre d'eau, la vérité est indéfinissable.

À la fin d'une émission, je ne peux jamais dire que la vérité c'est ceci ou cela. En entrevue, j'entends des vérités qui peuvent toutes être de bonnes vérités.

Mon boulot est de faire sortir au grand jour l'essence même de ce qu'un intervenant trouve correct ou non. Je tente de rechercher chez lui l'honnêteté et qu'il dévoile entièrement son jeu, c'est-à-dire qu'il ne cache rien dans sa manche et qu'il soit assez vrai pour me présenter sa main ouverte sans peur. Ainsi, à la lumière de ce qui est dévoilé, je laisse le téléspectateur tirer ses conclusions. J'ai confiance au jugement de celui qui assiste à la discussion. Il est capable de dire : « Tiens ! Le monsieur ou la dame avec Paradis vient de nous en passer une vite. »

L'automne dernier, un ministre me disait quelque chose de totalement absurde. J'ai rétorqué : « Ben voyons donc ! Ce que vous nous dites, vous le pensez vraiment ? » Chaque fois que je lance cette affirmation, la personne devient très honnête ou se met à bafouiller.

Je dois tout de même vous confier que je n'aime pas reprendre les gens ou douter de ce qu'ils me disent. Je prends toujours pour acquis que les gens sont fondamentalement honnêtes et qu'ils expriment réellement ce qu'ils pensent, sans jouer de jeu.

Des réseaux de télévision et de radio se vantent de poser les vraies questions…

C'est juste du marketing, ça ! Voyons ! Est-ce qu'il y a des questions qui sont fausses ? Je n'ai pas cette prétention. Je veux juste poser de bonnes questions et ne pas avoir peur de les exprimer.

De plus, je ne fais jamais de préinterview. On dit ce qu'on a à se dire en présence du public. Cependant, avant une émission, je dis à chaque invité que je permets de poser toutes les questions qui me viennent à l'esprit et qu'il n'est pas obligé d'y répondre. S'il ne veut pas, je veux qu'il le dise directement au téléspectateur. Toutes les questions se posent et chacun a le droit ou non d'y répondre. Et la personne à la maison dira : « Il a osé lui poser cette question ! » Il ne faut pas sous-estimer le téléspectateur, il est pas mal plus intelligent que vous pensez !

Est-ce que l'objectivité journalistique existe vraiment ?

Je suis un gars d'opinions. Quand j'aborde un sujet, je ne veux pas teinter celles des autres. Je serais bien mal venu de faire semblant de ne pas en avoir. Lorsque j'aborde des questions délicates, j'ai déjà une opinion sur le sujet. J'ai ma tendance.

Je trouve qu'il serait dommage d'être des créatures insipides, incolores, sans opinion et sans idée. Cependant, mon idée ou mon opinion ne doit pas m'empêcher d'entendre celle de l'autre avec qui je parle.

Sur les ondes, il m'arrive de ne pas dire ce que je pense. Néanmoins, par mes questions, il est possible de savoir ce que je pense vraiment. L'individu qui est devant son petit écran a la capacité de me saisir parce qu'il est brillant, compétent et intelligent. Il comprend et il a soif de comprendre. De cette manière, nous devenons des partenaires.

Lors d'une interview, au risque d'avoir l'air fou devant le public, est-ce qu'il vous arrive de changer d'opinion ?

Avoir l'air fou pour qui ? Pour mon ego ? Voyons ! J'ai le droit de me tromper et de l'exprimer. Puisque je me nourris de ce que les gens me donnent, ma pensée est toujours en évolution.

Alors, quelle est votre mission de journaliste ?


Je veux être un petit engrenage qui fait que chaque citoyen d'ici puisse se rendre compte de tout ce qu'il peut faire pour l'avancement de la société et, aussi, je veux lui montrer tout le poids qu'il a dans la démocratie. Lorsque j'anime un débat à la télévision, ma mission a pour seul but d'éveiller la réflexion. J’ai le pouvoir de poser des questions. C'est un privilège qui m'est donné. Cependant, le vrai pouvoir, c'est le téléspectateur qui l'a parce qu'il est le mieux placé pour analyser et juger les idées de mes invités.

(Revue Sainte Anne, juin 2003, page 249)