ACTUALITÉ INTERNATIONALE: Le fondamentalisme religieux à la base de plusieurs conflits armés
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| L'Iran attaquée par les États-Unis |
Par Benoit Voyer
8 avril 2026
Les conflits contemporains attribués à la religion sont étonnants parce que les Musulmans, les Juifs et les Catholiques sont des frères dans la foi. Ces trois grandes religions monothéistes prennent leur racine dans la révélation de Dieu à Abraham. Elles proclament toutes qu'il n'y a qu'un seul Dieu. Les Juifs l'appellent « Yahweh », les musulmans « Allah » et les catholiques « Dieu ». Plusieurs noms pour parler du même Créateur de toutes choses. Les différences entre ces groupes sont d'ordre doctrinal.
Comme l’écrivait Jean-René Milot : « Quand le Chrétien dit : "Je crois en un seul Dieu" et que le Musulman dit : "Il n'y a pas d'autres dieux qu'Allah", ils disent une seule et même chose. Ils traduisent avec un minimum de mots ce qui est le cœur de leur foi, de leur expérience religieuse. Le reste de la profession de foi évoque la façon dont ce Dieu s'est manifesté à eux à travers des contextes historiques et culturels qui, eux, peuvent être différents ».
Pour les catholiques, le Nouveau Testament clôt la révélation. Pour les Musulmans, c'est le message éternel d'Allah donné à Mohamed, le dernier prophète venu dans le monde après Jésus.
Ce qui est à la source de bien des problèmes, c'est que la méthode historico-critique et littéraire acquise par la majorité des traditions chrétiennes pour lire la Bible est rejetée en bloc par de nombreuses communautés musulmanes pour une application au Coran. L'intégrisme vécu dans quelques pays vient d'une compréhension littérale (mot à mot) des textes sacrés. Cette problématique n'est pas étrangère à de nombreux groupes chrétiens, dont les évangéliques américains.
Ce qui unit et divise chrétiens et musulmans
Le théologien français, Claude Geffré, encourage la lecture du Coran par les chrétiens, mais est contre l'idée d'en faire une approche chrétienne. Pour lui, le Coran peut être reçu comme une « parole » de Dieu par tous les véritables fils d'Abraham. Il suggère plutôt d'accueillir ce livre saint dans sa différence comme étant une expérience de Dieu originale où certains aspects de la relation à Dieu sont exprimés, thématisés autrement que dans l'enseignement et la pratique de la religion chrétienne.
L'auteur note trois difficultés que la christologie chrétienne soulève pour l'islam. Il propose quelques voies herméneutiques pour les surmonter.
La Trinité
Il y a la question de la Trinité, c'est-à-dire le Dieu en trois personnes des chrétiens. Pour l'islam, un Dieu trinitaire est inconcevable parce que Dieu est un. Pourtant, la sourate, comme l'explique Geffré, est elle-même confrontée à une image de Trinité. Selon la sourate 5,16, elle consisterait en Dieu, Marie et Jésus.
Pour la théologie musulmane, le mystère trinitaire compromet l'unicité de Dieu. « Il n'y a de Dieu qu'un Dieu unique » (sourate 5,73). Dieu est indivisible, voire indissociable. Dans son livre « Croire et interpréter – Le tournant herméneutique de la théologie » (Cerf, 2003), le Dominicain explique que l'effort que fait la théologie musulmane pour concilier la simplicité de Dieu avec la multiplicité de ses attributs pourrait être une des voies pour concilier la simplicité de l'essence divine avec le concept de Trinité.
L'islam rejette l'idée d'une génération charnelle en Dieu, comme le fait le judaïsme et le christianisme. Lorsqu'il est confronté à l'image d'un Dieu au nom de Père, comme c'est le cas dans les deux autres religions qui se réclament d'Abraham, le judaïsme et le christianisme, l'islam s'entête à rejeter cette image en s'attachant obstinément au concept de génération charnelle. Pourtant, il n’en est rien.
De plus, la question de la divinité de Jésus pose aussi problème aux musulmans. Le Coran nie la mort de Jésus (sourate 4, 156). Il nie aussi sa mort sur la croix. Pour l'islam, Jésus n'a pas été crucifié et tué. Ce ne serait que ce qui serait apparu intérieurement aux disciples. Jésus ne serait pas passé par la mort et serait monté directement auprès de Dieu.
On s'entend toutefois sur sa conception virginale par un miracle dans le sein de Marie. Cependant, il ne s'inscrit pas dans la généalogie humaine parce qu'il a été conçu par l'Esprit de Dieu.
Jésus est Dieu, Dieu est Jésus.
Pour les musulmans, Jésus n'est pas une émanation de Dieu. Toutefois, pour eux comme pour les chrétiens, le Créateur de tous les humains est le Dieu unique.
Claude Geffré, qui a longtemps été professeur de théologie au Saulchoir, puis à l'Institut catholique de Paris, explique qu'il est possible de tenter un dialogue fécond avec l'islam à partir d'une christologie narrative de Jésus, serviteur de Dieu, comme témoignent les Actes des Apôtres. Cependant, il n'y a rien à gagner de la christologie influencée par Paul.
Il y a aussi le second testament qui est un excellent outil de dialogue parce qu'il n'y est jamais question de la Trinité. Jésus prêche le Dieu unique. De plus, Jésus ne s'est jamais attribué le titre de Fils de Dieu, quoiqu'il se soit donné une autorité qui n'appartient qu'à Dieu et qu'on l'ait jugé et crucifié pour cette raison.
Ce n'est qu'après sa mort que la communauté chrétienne a commencé à lui attribuer le titre de Fils de Dieu. Par contre qu'en était-il de ce terme pour les premiers chrétiens ? Il semble qu'il ait été intronisé au titre de Fils de Dieu au sens de l'Ancien Testament comme le roi d'Israël. La filiation de Jésus ne serait donc pas de l'ordre du mystère de Noël, c'est-à-dire engendré corporellement par l'Esprit, mais plutôt du mystère de la Résurrection et de son exaltation.
Ainsi donc, cette filiation ne serait pas d'ordre physique ou métaphysique. Elle est plutôt de l'ordre de l'intronisation par Dieu. Cette manière de voir la Trinité n'a plus le même sens, et l'unicité de Dieu n'est plus remise en question. Les équivalences (Jésus est Dieu, Dieu est Jésus) sont ainsi surmontées. Jésus est devenu Fils de Dieu parce qu'il incarnait le dessein d'amour de Dieu.
Un même Dieu ?
« Nous adorons le même Dieu. » La phrase est souvent reprise par les trois religions monothéistes. Cependant, de quel Dieu s'agit-il ? La représentation de Dieu d’un et l’autre s'enracine dans des révélations bien différentes, ce qui conduit à des visions divines parfois opposées.
L'Islam répondrait à une logique de l'absolu ou une logique de l'identité qui conduirait à toute différence et qui est l'expression de son autosuffisance, c'est-à-dire de sa perfection.
L'unicité de Dieu se fait par la communion des membres du trio.
Claude Geffré explique que le Dieu des chrétiens n’est pas une identité absolue, mais une communion dans la différence.
La transcendance du Dieu des musulmans est de l’ordre de l’être, alors que celle du Dieu des chrétiens prend plutôt la direction de la communion.
La troisième personne de la Trinité, l’Esprit, signifie que Dieu est ouvert, qu’il est communication, source de vie et de partage. Le sommet de cette communication est l’incarnation, ce qui veut dire l’alliance avec l’humanité.
Aux sources de la guerre au Moyen-Orient
Nous assistons depuis quelques années, particulièrement au Moyen-Orient et dans quelques pays d’Afrique, à une spirale de violences. Sans le dire très ouvertement, les auteurs de celles-ci le font pour des motifs religieux. Ils ont tous un point commun : ils attendent un messie. En théologie chrétienne, on parle d’eschatologie ou, en mots simples, de la fin des temps. Il s’agit d’un point en commun qui existe dans les trois grandes religions monothéistes de la planète : le judaïsme, le christianisme et l’islam.
L’eschatologie est donc en arrière-plan dans plusieurs conflits. Chez les chrétiens, dans le livre de l’Apocalypse, on parle du retour de Jésus. Ce sera l’avènement d’un règne de justice et de paix. Dans le judaïsme, on attend depuis longtemps le messie. Dans l’islam, particulièrement en Iran, dans le courant chiite, on est dans l’attente de l’imam caché.
Le problème est que certains groupes fondamentalistes, c’est-à-dire qui n’utilisent pas la méthode historico-critique de lecture des textes sacrés, lisent ces textes sans au préalable un travail exégétique et herméneutique. Ces textes ont été écrits à des époques où les croyances et les sciences formaient un seul tout. C’était l’époque où tout était dans le tronc de l’arbre de la connaissance. Depuis ce temps, bien des branches ont poussé. Il faut donc relire ces textes anciens en les adaptant à notre époque.
Chez les chrétiens, c’est le cas des évangélistes, église issue du protestantisme à laquelle appartiennent le président américain et plusieurs de ses collaborateurs.
Il y a peu de temps, l’historien et théologien Jean-François Colosimo expliquait dans le quotidien La Croix : « Chez les Américains, un grand nombre de chrétiens évangéliques sionistes dérivent notamment de Nelson Darby, ce théologien du tournant des XIXᵉ-XXᵉ siècles, pour qui nous serions à la 7ᵉ période de l’humanité avant la grande Transfiguration. Selon lui, tous les Juifs doivent revenir sur la terre d’Israël pour être ensuite égorgés, afin de favoriser l’avènement du Messie. C’est une sorte de philo-sémitisme, qui ressemble à un antisémitisme renversé… Les chrétiens sionistes représenteraient 4 à 5 millions de personnes mais avec une aire d’influence sur 40 à 50 millions d’Américains. »
Il ajoute : « En Israël, c’est le mouvement Hardal qui irrigue aujourd’hui largement le sionisme politico-religieux. En Iran, c’est le Mahdisme – l’attente de l’imam caché dans le chiisme –, avec la secte des Hojjatiyeh, dont l’ancien président Ahmadinejad était l’une des figures clés, qui se donne encore pour tâche d’accélérer l’histoire et de précipiter l’apocalypse. Ses membres ont aujourd’hui une influence très forte sur la partie la plus conservatrice du pouvoir iranien. »
Ces groupes religieux s’impliquent activement en politique afin de promouvoir leurs idées. Ils espèrent de tout cœur que leur sauveur arrive. Leur espérance est si grande qu’ils sont prêts à tout faire pour précipiter sa venue en mettant en place les éléments favorisant celle-ci.
Jean-François Colosimo continue son explication : « Et dès lors que des groupes dépendant de cette conception messianique sont actifs en politique […] ces groupes radicaux pèsent sur le reste de la communauté politique. Tous les Israéliens, tous les Iraniens et tous les Américains ne s’inscrivent évidemment pas dans cette dynamique apocalyptique. Mais il y a suffisamment de groupes très minoritaires mais très actifs, au sein de chacun de ces trois peuples, pour qu’on ait là une surdétermination symbolique du conflit en cours. »
Le retour du religieux
Depuis 1989, on dit qu’il y a un « retour du religieux ». En réalité, ce retour débute en 1979. C’est l’année où l’ayatollah Khomeyni arrive au pouvoir et où l’on pose la première pierre de la future université islamique de Gaza. C’est aussi l’année où le Goush Emunim fonde le « Bloc de la foi », le premier parti religieux en Israël. Il sera représenté à la Knesset. Ailleurs, c’est l’année où le pape Jean-Paul II se rend en Pologne et que Ronald Reagan conquiert l’investiture républicaine grâce au retour des évangéliques dans la politique américaine.
Ainsi donc, Jean-François Colosimo n’a pas tort de dire que « dans toutes les grandes religions, il y a ce qu’on pourrait appeler un Christ qui dort – dans leurs formes les plus mystiques, toutes ont envisagé un médiateur qui viendrait habiter parmi nous et transfigurer la vie humaine. Le tsadik dans le judaïsme, l’imam dans l’islam, le bodhisattva dans le bouddhisme… Mais c’est là la grande révélation chrétienne. La couronne du roi du monde, c’est une couronne d’épines. Il n’y a que l’innocent absolu qui puisse la porter. C’est pour cela qu’il ne faut pas la vouloir, parce que ce couronnement passe par le Golgotha. Le renversement qu’apporte le Christ reste une radicale nouveauté pour le monde d’aujourd’hui. Dans ce sens, alors, le christianisme ne fait que commencer. »
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Sources consultées :
Benoit Voyer. « Nos frères musulmans », Revue Sainte Anne, novembre 1996, pages 439 et 440. BANQ PER A-10.
Benoit Voyer. « Ce qui unit et divise chrétiens et musulmans », Revue Sainte Anne, janvier 2006, pp. 34 et 35. BANQ PER A-10.
Jean-François Colosimo. « Le messianisme apporte le feu de Dieu et l’apologie de la force », La Croix, 10 mars 2026, p. 6. https://www.pressreader.com/france/la-croix/20260310/page/6
Milot, Jean-René. Musulmans et chrétiens : des frères ennemis ? Médiaspaul, 1995. BANQ 297.283 M661m 1995.
VISION CATHOLIQUE: La vénérable Marcelle Mallet
Par Benoit Voyer
8 avril 2026
Le 26 mars 1805, à Côte-des-Neiges, devenu un arrondissement de Montréal, Vital Mallet (1776-1810) et Marguerite Sarrazin (1777-1856) donnent naissance à une fille qu’ils nomment Marcelle. Elle est baptisée le lendemain dans la basilique Notre-Dame. Charles Picard et Marie-Anne Picard demandent pour elle l’entrée dans la foi chrétienne.
Son père décède le 23 avril 1810, à L’Assomption, dans l’actuelle région de Lanaudière. Il n’a que 33 ans. Il est inhumé dans le cimetière du patelin. En 1829, sa mère contractera un second mariage avec Nicolas Marchand. Elle finira ses jours à Châteauguay.
Après sa première communion, Marcelle rejoint son unique frère, Narcisse, à Lachine, chez un oncle et une tante qui deviendront ses parents adoptifs. Auprès d’eux, elle aura un solide support affectif.
En 1824, elle entre chez les Sœurs de la Charité de Montréal, congrégation fondée par sainte Marguerite Dufrost de la Jemmerais (1701-1771), veuve de François-Madeleine d’Youville (1700-1730). Cette communauté religieuse se consacre au service des pauvres.
En 1849, ses supérieures lui demandent d’être la fondatrice et supérieure d’un nouvel établissement de la congrégation à Québec.
Marcelle devra faire preuve d’autonomie et de leadership puisque ce n’est pas une succursale de Montréal qu’elle doit mettre en place, mais une nouvelle congrégation religieuse autonome.
Dès leur arrivée dans cette ville fondée par Samuel de Champlain en 1608, Marcelle Mallet et quelques compagnes se mettent immédiatement au travail : soin des malades à domicile, visite des pauvres, hébergement des orphelines, aide aux séminaristes et ouverture d’une petite clinique médicale pour les pauvres. Au fil des années qui suivront, des centaines et des centaines de femmes se joindront à la nouvelle communauté.
La fondatrice décède le dimanche de Pâques, 9 avril 1871.
Le 27 janvier 2014, elle est déclarée vénérable par le pape.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le peuple juif et ses saintes Écritures dans la bible chrétienne
Le document « Le peuple juif et ses saintes Écritures dans la Bible chrétienne » de la Commission pontificale biblique (CPB) constitue une lecture fort appréciable, car il permet de mieux cerner les liens qui unissent les Juifs et les chrétiens dans leur foi commune et leur interprétation des textes de leur même héritage. Bien qu'il veuille favoriser un dialogue entre les deux grandes religions, il va beaucoup plus loin et montre, indirectement, que le christianisme est un véritable courant du judaïsme, au même titre que les esséniens, les zélotes, les pharisiens et les autres groupes contemporains de Jésus, de Hillel et de leurs compatriotes.
Le cardinal Joseph Ratzinger, dans la préface de la déclaration, illustre bien les intentions de la Commission : « Il est clair qu'un rejet de l'Ancien Testament de la part des chrétiens, non seulement […] abolirait le christianisme lui-même, mais en outre, ne pourrait pas favoriser la relation positive entre les chrétiens et les Juifs, car ils perdraient précisément le fondement commun. Mais ce qui doit résulter de ce qui s'est passé, c'est un nouveau respect pour l'interprétation juive de l'Ancien Testament. » […] « Les chrétiens peuvent apprendre beaucoup de l'exégèse juive pratiquée depuis plus de 2000 ans ; en retour, les chrétiens peuvent espérer que les Juifs pourront tirer profit des recherches de l'exégèse chrétienne ».
Les Saintes Écritures du peuple
juif, partie fondamentale de la
bible chrétienne
D'entrée de jeu, la CPB montre le lien historique qui unit les Juifs et les chrétiens. Jésus de Nazareth et ses disciples sont les fils d'un même peuple. De plus, au commencement, le christianisme s'adressait uniquement aux Juifs et aux prosélytes (des païens associés à la communauté juive, pendant un siècle) et s'est développé au sein du judaïsme. Enfin, la majorité de ses textes sacrés sont ceux du judaïsme ou en font fréquemment allusion.
Au point 3, on fait la démonstration que le premier testament fait autorité et que le deuxième testament offre peu de nouveautés. On y décèle un seul nouvel événement. Il s'agit de la résurrection de Jésus, c'est-à-dire l'accomplissement des Écritures. Celui-ci amène une nouvelle herméneutique du premier testament. Aussi, les textes du deuxième testament montrent les liens étroits qui l'unissent à l'univers du premier testament. Comme l'écrit la CPB, « Les écrits du Nouveau Testament ne se présentent jamais comme une complète nouveauté ».
Plus loin, le lecteur voit que le second testament utilise un langage similaire à celui du premier testament. D'ailleurs, le grec du Deuxième Testament dépend étroitement de celui de la Septante : tournures grammaticales influencées par l'hébreu, le vocabulaire (surtout celui en matière religieuse), les expressions empruntées au Premier Testament, etc. La CPB résume efficacement ce point : « Sans une connaissance du grec de la Septante, il est impossible de saisir exactement le sens de beaucoup de termes du Nouveau Testament ».
De plus, le second testament a toujours recours à l'autorité des Écritures du peuple juif pour expliquer l'événement Jésus et son message (c'est-à-dire sa doctrine) et, aussi, pour argumenter (le premier testament a une valeur décisive). La CPB s'appuie sur Paul pour affirmer que « les Écritures juives ont […] une valeur toujours actuelle pour guider la vie spirituelle des chrétiens. »
Enfin, pour la CPB, le second testament est conforme aux Écritures du peuple juif : « Une double conviction se manifeste en d'autres textes : d'une part, ce qui est écrit dans les Écritures du peuple juif doit nécessairement s'accomplir, car cela révèle le dessein de Dieu, qui ne peut manquer de se réaliser et, d'autre part, la vie, la mort et la résurrection du Christ correspondent pleinement à ce qui est dit dans ces Écritures. »
On apprend donc qu'il y a une nécessité d'accomplissement des prophéties bibliques et une conformité aux Écritures du peuple juif (c'est ce qu'affirment plusieurs textes). Il y a tout de même quelques différences malgré la grande conformité des deux testaments : La Lettre aux Hébreux n'affirme jamais de manière explicite l'autorité des écritures du peuple juif, mais indirectement elle le fait en citant leurs textes. La lettre montre la conformité, mais également son contraire, au moins dans un élément.
Le point 9 introduit le thème de l'Écriture et de la tradition orale dans le judaïsme et le christianisme ». La CPB explique que, dans la majorité des grandes religions, existe une tension entre les textes sacrés (les textes fondateurs) et la tradition orale, car « les textes écrits ne peuvent jamais exprimer exhaustivement la tradition ». (CPB) Ceux-ci sont donc complétés par des additions et des interprétations qui finissent par être mises par écrit.
On touche aussi le sujet de l'Écriture et de la tradition orale dans le judaïsme et le Premier Testament. Le document de la CPB refait la petite histoire de la formation des écrits de la tradition orale juive.
En bref, à la fin du premier siècle, la formation d'un canon de la Bible hébraïque était presque complétée. Plus tard, au début du IIIᵉ siècle, apparaissent la MISHNA (une réécriture de la tradition juive pharisienne et rabbinique), la TOSEFTA (le « supplément ») et le TALMUD dans la double forme (Babylone et de Jérusalem), cependant le TALMUD ne sera pas reconnu au titre d'autorité et ne servira qu'à l'interprétation des textes.
Au point 11, il est question de l’« Écriture et de la tradition orale, c'est-à-dire du rapport entre les Juifs et les chrétiens. On y apprend qu'il y a une correspondance de forme entre les deux religions puisqu'elles se rencontrent dans l'héritage commun de la « sainte Écriture d'Israël ». Cependant, leurs perspectives diffèrent quant à la manière d'interpréter : a) À l'intérieur des courants du judaïsme, la Loi est au centre de tout. « En elle se trouvent les institutions essentielles révélées par Dieu lui-même et chargées de gouverner la vie religieuse, morale, juridique et politique de la nation juive après l'exil », écrit la CPB ; b) Dans les communautés chrétiennes (sauf pour les milieux judéo-chrétiens, liés au judaïsme pharisien, à cause de leur respect pour la Loi), on donne davantage d'importance aux textes prophétiques, car ils annoncent le mystère du Christ. Pourquoi ? Parce que, comme l'explique la commission, « le christianisme primitif se trouve en relation avec des zélotes, le courant apocalyptique et les esséniens, dont il partage l'attente messianique apocalyptique ».
Même s'il a été publié en 2001, ce document de la CPB est un incontournable. Le lecteur découvre le grand fossé qui a été rempli entre catholiques et Juifs. Chacune des deux grandes solitudes peut maintenant compter l'une sur l'autre, malgré des visions herméneutiques et théologiques différentes, pour donner du sens aux Écritures, surtout en ce qui concerne le premier testament.
Le texte de la Commission pontificale biblique est publié sur le portail du Vatican : www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/pcb_documents/rc_con_cfaith_doc_20020212_popolo-ebraico_fr.html
Benoît Voyer
(Revue Sainte Anne, mai 2007, pp. 226 et 238)
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