VISION CATHOLIQUE: Douter
Par Benoit Voyer
4 avril 2026
Pour un esprit cartésien, il n’est pas facile de croire en la résurrection ? Un jour [1], j’ai questionné Mgr Francois Lapierre a ce sujet. Il m’a répondu : « Le récit de la rencontre du Christ avec les disciples d'Emmaüs vous donne la recette. Il faut commencer par se mettre en route. En marchant, Jésus se présente et engage un dialogue à l'aide des Écritures. La Parole de Dieu a le pouvoir d'animer ou de réanimer un élan en soi. Parfois, il faut juste une parole. Les étapes de leur cheminement nous montrent que la première chose qui ressuscite, c'est le cœur. Il s'ouvre à de nouvelles capacités. Une nouvelle espérance s'installe. L'amour qui renaît nous amène à nous engager davantage au service des autres et à pardonner. » Je vous en reparlerai demain.
Au sujet du doute face à la résurrection de Jésus, le récit des disciples d’Emmaüs (Lc 24,13-35) nous donne quelques pistes à méditer. Le 28 juillet 2022, de passage au Sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré [2], le Pape François racontait:
« Le voyage des disciples d’Emmaüs, à la fin de l’Évangile de saint Luc, est une image de notre route personnelle et de celle de l’Église. Sur le chemin de la vie, et de la vie de foi, tandis que nous poursuivons les rêves, les projets, les attentes et les espérances qui habitent notre cœur, nous nous heurtons aussi à nos fragilités et faiblesses, nous expérimentons défaites et désillusions, et parfois nous restons prisonniers d’un sentiment d’échec qui nous paralyse. L’Évangile nous annonce que, précisément à ce moment-là, nous ne sommes pas seuls : le Seigneur vient à notre rencontre, se joint à nous, marche sur la même route que nous avec la discrétion d’un voyageur aimable qui veut rouvrir nos yeux et rembraser notre cœur. Et quand l’échec laisse place à la rencontre avec le Seigneur, la vie renaît à l’espérance et nous pouvons nous réconcilier : avec nous-mêmes, avec nos frères et avec Dieu.
Suivons donc l’itinéraire de ce chemin que nous pourrions appeler : de l’échec à l’espérance.
Avant tout, il y a le sentiment de l’échec, qui habite le cœur de ces deux disciples après la mort de Jésus. Ils avaient poursuivi un rêve avec enthousiasme. En Jésus, ils avaient mis toutes leurs espérances et tous leurs désirs. Maintenant, après la mort scandaleuse sur la croix, ils tournent le dos à Jérusalem pour rentrer chez eux, à la vie d’avant. Leur voyage est un voyage de retour, comme pour vouloir oublier cette expérience qui a rempli d’amertume leurs cœurs, ce Messie mis à mort comme un malfaiteur sur la croix. Ils rentrent chez eux abattus, « tout tristes » (Lc 24, 17) : les attentes qu’ils avaient cultivées sont tombées dans le néant, les espérances en lesquelles ils avaient cru ont été brisées, les rêves qu’ils auraient voulu réaliser laissent place à la déception et à l’amertume.
C’est une expérience qui concerne aussi notre vie et notre cheminement spirituel, en toutes ces occasions où nous sommes contraints de redimensionner nos attentes et de faire face aux ambiguïtés de la réalité, aux ténèbres de la vie, à nos faiblesses. […]
Et c’est ce qui est arrivé à Adam et Ève, comme nous l’avons entendu dans la première Lecture : leur péché non seulement les a éloignés de Dieu, mais les a éloignés l’un de l’autre : ils ne peuvent que s’accuser mutuellement. Et nous le voyons aussi chez les disciples d’Emmaüs, dont le malaise d’avoir vu s’écrouler le projet de Jésus ne laisse place qu’à une discussion stérile. Et cela peut également se produire dans la vie de l’Église, la communauté des disciples du Seigneur que les deux d’Emmaüs représentent. Bien qu’étant la communauté du Ressuscité, elle peut se trouver perdue et déçue devant le scandale du mal et la violence du Calvaire. Elle ne peut alors rien faire d’autre que serrer dans ses mains le sentiment de l’échec et se demander : qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi cela est arrivé ? Comment cela a-t-il pu arriver ? […]
Ici, cependant, nous devons être attentifs à la tentation de la fuite, présente chez les deux disciples de l’Évangile : fuir, rebrousser chemin, s’échapper du lieu où les faits se sont produits, tenter de les enlever, chercher un “endroit tranquille” comme Emmaüs pour les oublier. Il n’y a rien de pire, face aux échecs de la vie, que de fuir pour ne pas les affronter. […]
Sur le chemin d’Emmaüs, il se joint avec discrétion pour accompagner et partager les pas résignés de ces disciples tristes. Et que fait-il? Il n’offre pas des paroles d’encouragement génériques, des expressions de circonstance ou des consolations faciles mais, en dévoilant dans les saintes Écritures le mystère de sa mort et de sa résurrection, il éclaire leur histoire et les événements qu’ils ont vécus. Ainsi, il ouvre leurs yeux à un nouveau regard sur les choses. […]
Seigneur Jésus, notre chemin, notre force et notre consolation, nous nous adressons à Toi comme les disciples d’Emmaüs : « Reste avec nous, car le soir approche » (Lc 24, 29). Reste avec nous, Seigneur, quand l’espérance se couche et que la nuit de la déception décline. Reste avec nous parce qu’avec Toi, Jésus, le cours des évènements change et l’émerveillement de la joie renaît de l’impasse du découragement. Reste avec nous, Seigneur, car avec Toi la nuit de la douleur se change en un matin radieux de la vie. Nous disons simplement : reste avec nous, Seigneur, parce que si Tu marches à nos côtés, l’échec s’ouvre à l’espérance d’une vie nouvelle.»
_____________________
[1] Cf. Benoit Voyer. « François, l’évêque ressuscité », Revue Sainte Anne, avril 2003, page 153. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/03/le-present-du-passe-francois-leveque.html
[2] www.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2022/documents/20220728-omelia-beaupre-canada.html
[1] Cf. Benoit Voyer. « François, l’évêque ressuscité », Revue Sainte Anne, avril 2003, page 153. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/03/le-present-du-passe-francois-leveque.html
[2] www.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2022/documents/20220728-omelia-beaupre-canada.html
LE PRÉSENT DU PASSÉ: Sze Wan Tit
Sze Wan Tit, étudiante en médecine
Benoit Voyer
Elle est bénie entre toutes les femmes. Pourtant, elle ne s'appelle pas Marie et elle ne vient pas de Nazareth. Sze Wan Tit est plutôt née à Hong Kong, en Asie, le 12 juillet 1981, et elle habite Montréal depuis son cinquième anniversaire de naissance. Elle est bénie parce qu'un ange de Dieu l'a visitée et a touché son cœur. Le 15 février 2004, elle disait oui à l'appel à la vie chrétienne en recevant, à l'âge de 22 ans, le baptême, en l'église catholique Saint-Ambroise, située sur la rue Beaubien, à Montréal, au cœur de la Petite Italie.
Sa conversion au catholicisme et son baptême sont l'aboutissement d'une longue quête. Tout débute à sa troisième année du secondaire alors qu'elle rencontre Rosalia Suarez, qui dirige une troupe de théâtre. Toutes deux participent à un spectacle de variétés organisé par Ville Saint-Pierre, à Montréal, à l’occasion des festivités du 24 juin. En plus des représentations, le divertissement est aussi une compétition de talents locaux. Cette journée-là, Sze Wan offre au public une prestation au piano et remporte le premier prix.
Rejointe au téléphone chez son employeur, Mme Suarez est ravie de parler de ce petit bout de femme qui est devenue son amie lors de cette manifestation culturelle : « C’est la Providence qui a permis cette rencontre. Je ne la connaissais pas. Elle cherchait une place dans l’assistance pour s’asseoir. Il ne restait qu’une seule chaise… à côté de moi! En moins de deux nous avons commencé à bavarder. C’est une jeune femme séduisante et fort simple. Ce n’est pas gênant de lui parler. »
Deux ans plus tard, dans le but de réaliser un projet de bénévolat auprès des personnes âgées, Rosalia Suarez la met en contact avec une fille de la résidence pour étudiantes Fonteneige, située sur la rue Woodbury, à quelques pas de l'Université de Montréal. Le centre est un organisme sans but lucratif. Des prêtres de l'Opus Dei y rencontrent souvent les jeunes femmes – si elles le désirent - pour des causeries sur la foi et pour de la direction spirituelle. « C’est probablement durant cette expérience qu’est née sa vocation pour la médecine » pense Rosalia, l’actuelle cuisinière en chef du Manoir de Beaujeu, une splendide maison de retraites fermées, une sorte de SPA spirituel pour prendre soin de sa beauté intérieure, à Côteau-du-Lac.
Durant ces années, Sze Wan Tit commence à s’intéresser à la philosophie et aux différentes religions. Elle est athée comme ses parents. Au Collège Marianopolis, le cégep qu’elle fréquente, elle suit des cours « de philo » dans le but d'assouvir son questionnement intérieur. « Ces cours ne satisfaisaient pas assez ma curiosité. Ils m’ont aidée à me poser des questions, mais sans vraiment m’apporter des réponses », confie la femme asiatique au journaliste venu la rencontrer. La philosophie n'est-il pas l'art de se questionner?
Elle poursuit sa réflexion avec son amie à la résidence pour étudiantes. À travers des échanges, elle lui fait découvrir le catholicisme. Ceux-ci portent sur l’existence de Dieu, le sens de la vie, l’authenticité de la bible, est-ce que Jésus a vraiment existé? etc.
Entrée à l’université
Suite à l’obtention de son Diplôme d’études collégiales (DEC), elle songe étudier à temps complet en musique avant de faire le saut en médecine. Elle se questionne.
Elle demande notamment conseil à son professeur de piano, un Argentin. « Il m'a conseillée de m'inscrire en médecine. Il disait que le métier de pianiste est très difficile, car les opportunités de carrière sont minces. Et pas très payantes aussi! Pour être reconnu, il faut indéniablement que tu sois le meilleur. »
Sze Wan est acceptée à l'année préparatoire en médecine à l’Université McGill, institution de haut niveau qui ne sélectionne que les candidats ayant les meilleurs dossiers académiques.
Elle décide également de ne pas abandonner ses études musicales commencées à l'âge de cinq ans. « Je voulais prouver que je suis capable d’étudier - en même temps et à temps complet - dans deux programmes universitaires différents et de très bien réussir » ajoute-t-elle le sourire aux lèvres. Elle complète donc, simultanément aux cours en médecine, sa maîtrise au Conservatoire de musique de Montréal.
De la raison jusqu’au cœur
Ses minutes sont comptées. Elle n’a pas de temps à perdre. Malgré tout, elle garde quelques heures par semaine pour fréquenter la résidence pour les étudiantes. Elle poursuit sa réflexion religieuse et philosophique. Elle s'y sent écoutée. Son point de vue de personne athée est accueilli par les autres, surtout par son amie.
« J'étais intriguée par sa perspective religieuse. On ne se comprenait pas toujours, mais ce n'était pas important à mes yeux. Je lui posais plein de questions auxquelles elle n'était pas toujours capable de répondre. Elle a demandé à l'abbé Éric Nicolaï de nous donner des petites causeries de 45 minutes sur mes sujets de questionnement. Il a accepté », raconte Sze Wan Tit.
L’abbé Nicolaï se souvient : « Elle a entendu parler de ma conversion au catholicisme. Cela l’a intriguée. Elle a demandé de me rencontrer pour échanger. Elle posait des questions très intelligentes. Elle ne se contentait pas de mes réponses parfois un peu toutes faites. Au début, je pensais qu’elle se convertirait assez rapidement, mais ça n’a pas été le cas. Je pense qu’elle rationnalisait trop, alors que la foi en Jésus est d’abord une histoire de cœur. Il fallait qu’elle aille plus loin, c’est-a-dire qu’elle descende en elle. On a beaucoup prié pour Sze Wan. »
Pour répondre à plusieurs de ses interrogations, le prêtre lui conseille de lire « Handbook of Christian Apologetics » de Peter Kreeft, car dans cet ouvrage on répond à plusieurs questions fondamentales sur la foi.
Durant ces mêmes semaines, elle prépare son examen de piano de première année de maîtrise.
Sze Wan Tit poursuit : « Ma grand-mère paternelle est venue nous visiter pendant environ un mois. Elle habite Calgary et est protestante. Elle fréquente son Église à chaque semaine. Elle prie avant de manger, avant de se coucher... Je trouvais ça très beau. J'ai suivi son exemple et j'ai commencé à prier. Je voulais voir si la prière marche vraiment! C'était aussi la fin de la session et j'avais beaucoup d'examens à venir. Ceux de piano me stressaient particulièrement. J'ai commencé à prier en me disant: Je n'ai rien à perdre! Je vais essayer! Durant ce temps, je lisais l'Évangile de Jean que m’a prêté une autre amie protestante qui fréquentait les cours de médecine avec moi. Un passage disait: Si tu demandes, Dieu va te donner. »
Le jour de son examen de piano arrive : « C'était vraiment important pour moi de bien réussir. Avant l'examen, j'ai prié. J'ai mis tout mon cœur dans ma prière. Au début, je voulais surtout tester Dieu. Je lui disais: Si j'ai plus de 90%, je vais croire en toi! Je n'avais jamais réussi à obtenir une note supérieure à 90% auparavant! !! (rires) Mais après un moment de réflexion, j’en suis venue à la conclusion que ce n'était pas très bien de prier de cette manière en posant des conditions à Dieu! C'était du marchandage! (rires) Je lui ai finalement demandé de m'aider à donner le maximum que je peux donner. »
Les pupilles de ses yeux se dilatent. Elle revit en elle ces instants inoubliables : « C'était incroyable! Je n'ai jamais joué de cette manière! Ça sortait tout seul! Avant, il y avait des accrochages que je n'arrivais pas à éliminer. Toutefois, durant l'examen tout sortait comme je le voulais. C'était parfait! C'est une sensation difficile à décrire... Je sens vraiment que Dieu m'a aidée. On dirait que ce n'était pas moi qui jouait, mais lui qui jouait à travers moi. Je ne me sentais pas toute seule. Je n'étais pas du tout stressée. J'étais calme et paisible dans ma tête. Je ne pensais à rien du tout. J'ai joué pendant une heure. En terminant, mon professeur, qui me connaît depuis dix ans, m'a dit ne jamais m'avoir entendue jouer comme ça. Une juge est sortie de la salle après moi pour venir me féliciter et m'a dit, à son tour, ne jamais avoir entendu quelqu'un jouer comme ça. Ça m'a beaucoup touchée. J'ai vraiment réalisé que c'est Dieu qui jouait pour moi. Il a répondu à ma prière. Le résultat ne m'importait plus beaucoup après le test. L'important devenait à mes yeux la preuve que Dieu existe. »
Elle obtient la note de 96%. C'était la plus élevée de tous les élèves de maîtrise au Conservatoire de cette année-là.
À partir de ce jour, Sze Wan Tit sort de l’athéisme et se met à la recherche d’un courant spirituel et religieux.
L'idée d'un Dieu personnel qui s'occupe de chacun l'attire. Son expérience lui démontre qu'il est ainsi. Le christianisme devient une évidence pour elle. Elle lit des livres sur le sujet et en parle avec des amis. Elle fréquente les Églises catholiques et protestantes. Elle cherche sa voie et prie. Pendant une année, rien ne se passe. Elle attend un signe de Dieu.
Une bénédiction divine
Un soir, comme à chaque semaine, elle participe à une méditation à la résidence Fonteneige. Elle y rencontre une autre chinoise venue avec sa sœur. Cette dernière vit, étudie la médecine et fréquente un centre de l'Opus Dei à Hong Kong. Elle est en visite à Montréal. La jeune fille désire être baptisée et ses parents ne le sont pas.
« Elles m'ont impressionnée. C'était un moment où j'avais besoin d'encouragements dans ma recherche intérieure et pour ma vie. Elles m'ont emmenée à l'église catholique dans le quartier chinois à Montréal. J'ai trouvé ça bien spécial. Ces personnes font un compromis entre la culture chinoise et la culture occidentale. Dans l'église, il y a une peinture qui représente Jésus avec ses apôtres. Ils sont tous chinois sur cette peinture! (rires) La messe est célébrée en cantonnais », raconte-t-elle.
Pour la fin de semaine de la fête du Travail 2003, elles l'invitent pour un camp de réflexion, en Ontario. Sans se faire d'attente, elle accepte de se joindre aux deux femmes. Elle rencontre d'autres chinoises catholiques de son âge. Elles sont plaisantes et gentilles. Elle a bien du plaisir.
Elles lisent la bible ensemble. Il y a aussi la présentation de projets humanitaires. Des prêtres s'entretiennent avec elles. Sze Wan trouve le tout fort intéressant, mais rien ne la rejoint.
« Juste avant de partir, il y avait une messe à l'extérieur, sur le gazon, sur le bord du lac. Pendant que les autres recevaient la communion – puisque je ne pouvais pas, n’étant pas encore catholique - mon amie m'a demandé si je voulais recevoir une bénédiction du prêtre. J'ai accepté. J’ai avancé. Tout de suite après la bénédiction, j'ai commencé à pleurer. J'étais la seule qui pleurait dans l'assemblée. J’ai fini par sécher mes larmes. À la fin de la messe, le prêtre voulait donner la bénédiction à tous. J’ai avancé vers lui une autre fois. Au moment où il m'a bénie, j'ai recommencé à pleurer. C’était pour moi l’invitation de Dieu à entrer chez lui, dans sa maison, avec ses autres enfants. »
En autobus, de retour du camp en direction de Montréal, elle annonce à toutes son intention de devenir catholique.
Baptême
Sans tarder, Sze Wan Tit parle de sa décision à l'abbé Éric Nicolai. Il débute avec elle une série de rencontres catéchétiques.
« On attendait son réel désir d’être baptisée. La préparation au sacrement n’a pas été très longue parce qu’elle a acquis une bonne formation de base au fil des causeries a Fonteneige, de nos échanges et de ses lectures. Il ne restait plus qu’a l’aide a mettre fin aux derniers doutes qu’elle portait », dit l’abbé Éric Nicolai.
Elle se confie aussi à ses parents qui accueillent sa décision. Malgré leur athéisme, ils sont à ses côtés le jour de son baptême qui est célébré en anglais. Comme il arrive souvent lors du baptême d'un adulte, elle fait en même temps sa première communion, sa confirmation et sa profession de foi.
« Le baptême n’est pas l’aboutissement d’un cheminement. C’est n’est que le début! Avec elle et pour elle, l’Église doit assurer des outils de formation afin que sa foi continue de croître. Aussi, Sze Wan doit maintenant être un instrument afin que d’autres personnes s’approchent du Seigneur », lance l’abbé Éric Nicolai.
« Je vais vous confier un petit secret : Sze Wan prie a chaque jour pour la conversion au christianisme de ses parents. Elle souhaite que ceux-ci découvrent le bonheur qu’elle a découvert », conclut Rosalia Suarez.
Sze Wan Tit a obtenu sa maîtrise de piano en avril 2003 et complète actuellement sa 4e année de médecine à l’Université McGill.
Bénie entre toutes les femmes
Benoit Voyer
Elle est bénie entre toutes les femmes. Pourtant, elle ne s'appelle pas Marie et elle ne vient pas de Nazareth. Sze Wan Tit est plutôt née à Hong Kong, en Asie, le 12 juillet 1981, et elle habite Montréal depuis son cinquième anniversaire de naissance. Elle est bénie parce qu'un ange de Dieu l'a visitée et a touché son cœur. Le 15 février 2004, elle disait oui à l'appel à la vie chrétienne en recevant, à l'âge de 22 ans, le baptême, en l'église catholique Saint-Ambroise, située sur la rue Beaubien, à Montréal, au cœur de la Petite Italie.
Sa conversion au catholicisme et son baptême sont l'aboutissement d'une longue quête. Tout débute à sa troisième année du secondaire alors qu'elle rencontre Rosalia Suarez, qui dirige une troupe de théâtre. Toutes deux participent à un spectacle de variétés organisé par Ville Saint-Pierre, à Montréal, à l’occasion des festivités du 24 juin. En plus des représentations, le divertissement est aussi une compétition de talents locaux. Cette journée-là, Sze Wan offre au public une prestation au piano et remporte le premier prix.
Rejointe au téléphone chez son employeur, Mme Suarez est ravie de parler de ce petit bout de femme qui est devenue son amie lors de cette manifestation culturelle : « C’est la Providence qui a permis cette rencontre. Je ne la connaissais pas. Elle cherchait une place dans l’assistance pour s’asseoir. Il ne restait qu’une seule chaise… à côté de moi! En moins de deux nous avons commencé à bavarder. C’est une jeune femme séduisante et fort simple. Ce n’est pas gênant de lui parler. »
Deux ans plus tard, dans le but de réaliser un projet de bénévolat auprès des personnes âgées, Rosalia Suarez la met en contact avec une fille de la résidence pour étudiantes Fonteneige, située sur la rue Woodbury, à quelques pas de l'Université de Montréal. Le centre est un organisme sans but lucratif. Des prêtres de l'Opus Dei y rencontrent souvent les jeunes femmes – si elles le désirent - pour des causeries sur la foi et pour de la direction spirituelle. « C’est probablement durant cette expérience qu’est née sa vocation pour la médecine » pense Rosalia, l’actuelle cuisinière en chef du Manoir de Beaujeu, une splendide maison de retraites fermées, une sorte de SPA spirituel pour prendre soin de sa beauté intérieure, à Côteau-du-Lac.
Durant ces années, Sze Wan Tit commence à s’intéresser à la philosophie et aux différentes religions. Elle est athée comme ses parents. Au Collège Marianopolis, le cégep qu’elle fréquente, elle suit des cours « de philo » dans le but d'assouvir son questionnement intérieur. « Ces cours ne satisfaisaient pas assez ma curiosité. Ils m’ont aidée à me poser des questions, mais sans vraiment m’apporter des réponses », confie la femme asiatique au journaliste venu la rencontrer. La philosophie n'est-il pas l'art de se questionner?
Elle poursuit sa réflexion avec son amie à la résidence pour étudiantes. À travers des échanges, elle lui fait découvrir le catholicisme. Ceux-ci portent sur l’existence de Dieu, le sens de la vie, l’authenticité de la bible, est-ce que Jésus a vraiment existé? etc.
Entrée à l’université
Suite à l’obtention de son Diplôme d’études collégiales (DEC), elle songe étudier à temps complet en musique avant de faire le saut en médecine. Elle se questionne.
Elle demande notamment conseil à son professeur de piano, un Argentin. « Il m'a conseillée de m'inscrire en médecine. Il disait que le métier de pianiste est très difficile, car les opportunités de carrière sont minces. Et pas très payantes aussi! Pour être reconnu, il faut indéniablement que tu sois le meilleur. »
Sze Wan est acceptée à l'année préparatoire en médecine à l’Université McGill, institution de haut niveau qui ne sélectionne que les candidats ayant les meilleurs dossiers académiques.
Elle décide également de ne pas abandonner ses études musicales commencées à l'âge de cinq ans. « Je voulais prouver que je suis capable d’étudier - en même temps et à temps complet - dans deux programmes universitaires différents et de très bien réussir » ajoute-t-elle le sourire aux lèvres. Elle complète donc, simultanément aux cours en médecine, sa maîtrise au Conservatoire de musique de Montréal.
De la raison jusqu’au cœur
Ses minutes sont comptées. Elle n’a pas de temps à perdre. Malgré tout, elle garde quelques heures par semaine pour fréquenter la résidence pour les étudiantes. Elle poursuit sa réflexion religieuse et philosophique. Elle s'y sent écoutée. Son point de vue de personne athée est accueilli par les autres, surtout par son amie.
« J'étais intriguée par sa perspective religieuse. On ne se comprenait pas toujours, mais ce n'était pas important à mes yeux. Je lui posais plein de questions auxquelles elle n'était pas toujours capable de répondre. Elle a demandé à l'abbé Éric Nicolaï de nous donner des petites causeries de 45 minutes sur mes sujets de questionnement. Il a accepté », raconte Sze Wan Tit.
L’abbé Nicolaï se souvient : « Elle a entendu parler de ma conversion au catholicisme. Cela l’a intriguée. Elle a demandé de me rencontrer pour échanger. Elle posait des questions très intelligentes. Elle ne se contentait pas de mes réponses parfois un peu toutes faites. Au début, je pensais qu’elle se convertirait assez rapidement, mais ça n’a pas été le cas. Je pense qu’elle rationnalisait trop, alors que la foi en Jésus est d’abord une histoire de cœur. Il fallait qu’elle aille plus loin, c’est-a-dire qu’elle descende en elle. On a beaucoup prié pour Sze Wan. »
Pour répondre à plusieurs de ses interrogations, le prêtre lui conseille de lire « Handbook of Christian Apologetics » de Peter Kreeft, car dans cet ouvrage on répond à plusieurs questions fondamentales sur la foi.
Durant ces mêmes semaines, elle prépare son examen de piano de première année de maîtrise.
Sze Wan Tit poursuit : « Ma grand-mère paternelle est venue nous visiter pendant environ un mois. Elle habite Calgary et est protestante. Elle fréquente son Église à chaque semaine. Elle prie avant de manger, avant de se coucher... Je trouvais ça très beau. J'ai suivi son exemple et j'ai commencé à prier. Je voulais voir si la prière marche vraiment! C'était aussi la fin de la session et j'avais beaucoup d'examens à venir. Ceux de piano me stressaient particulièrement. J'ai commencé à prier en me disant: Je n'ai rien à perdre! Je vais essayer! Durant ce temps, je lisais l'Évangile de Jean que m’a prêté une autre amie protestante qui fréquentait les cours de médecine avec moi. Un passage disait: Si tu demandes, Dieu va te donner. »
Le jour de son examen de piano arrive : « C'était vraiment important pour moi de bien réussir. Avant l'examen, j'ai prié. J'ai mis tout mon cœur dans ma prière. Au début, je voulais surtout tester Dieu. Je lui disais: Si j'ai plus de 90%, je vais croire en toi! Je n'avais jamais réussi à obtenir une note supérieure à 90% auparavant! !! (rires) Mais après un moment de réflexion, j’en suis venue à la conclusion que ce n'était pas très bien de prier de cette manière en posant des conditions à Dieu! C'était du marchandage! (rires) Je lui ai finalement demandé de m'aider à donner le maximum que je peux donner. »
Les pupilles de ses yeux se dilatent. Elle revit en elle ces instants inoubliables : « C'était incroyable! Je n'ai jamais joué de cette manière! Ça sortait tout seul! Avant, il y avait des accrochages que je n'arrivais pas à éliminer. Toutefois, durant l'examen tout sortait comme je le voulais. C'était parfait! C'est une sensation difficile à décrire... Je sens vraiment que Dieu m'a aidée. On dirait que ce n'était pas moi qui jouait, mais lui qui jouait à travers moi. Je ne me sentais pas toute seule. Je n'étais pas du tout stressée. J'étais calme et paisible dans ma tête. Je ne pensais à rien du tout. J'ai joué pendant une heure. En terminant, mon professeur, qui me connaît depuis dix ans, m'a dit ne jamais m'avoir entendue jouer comme ça. Une juge est sortie de la salle après moi pour venir me féliciter et m'a dit, à son tour, ne jamais avoir entendu quelqu'un jouer comme ça. Ça m'a beaucoup touchée. J'ai vraiment réalisé que c'est Dieu qui jouait pour moi. Il a répondu à ma prière. Le résultat ne m'importait plus beaucoup après le test. L'important devenait à mes yeux la preuve que Dieu existe. »
Elle obtient la note de 96%. C'était la plus élevée de tous les élèves de maîtrise au Conservatoire de cette année-là.
À partir de ce jour, Sze Wan Tit sort de l’athéisme et se met à la recherche d’un courant spirituel et religieux.
L'idée d'un Dieu personnel qui s'occupe de chacun l'attire. Son expérience lui démontre qu'il est ainsi. Le christianisme devient une évidence pour elle. Elle lit des livres sur le sujet et en parle avec des amis. Elle fréquente les Églises catholiques et protestantes. Elle cherche sa voie et prie. Pendant une année, rien ne se passe. Elle attend un signe de Dieu.
Une bénédiction divine
Un soir, comme à chaque semaine, elle participe à une méditation à la résidence Fonteneige. Elle y rencontre une autre chinoise venue avec sa sœur. Cette dernière vit, étudie la médecine et fréquente un centre de l'Opus Dei à Hong Kong. Elle est en visite à Montréal. La jeune fille désire être baptisée et ses parents ne le sont pas.
« Elles m'ont impressionnée. C'était un moment où j'avais besoin d'encouragements dans ma recherche intérieure et pour ma vie. Elles m'ont emmenée à l'église catholique dans le quartier chinois à Montréal. J'ai trouvé ça bien spécial. Ces personnes font un compromis entre la culture chinoise et la culture occidentale. Dans l'église, il y a une peinture qui représente Jésus avec ses apôtres. Ils sont tous chinois sur cette peinture! (rires) La messe est célébrée en cantonnais », raconte-t-elle.
Pour la fin de semaine de la fête du Travail 2003, elles l'invitent pour un camp de réflexion, en Ontario. Sans se faire d'attente, elle accepte de se joindre aux deux femmes. Elle rencontre d'autres chinoises catholiques de son âge. Elles sont plaisantes et gentilles. Elle a bien du plaisir.
Elles lisent la bible ensemble. Il y a aussi la présentation de projets humanitaires. Des prêtres s'entretiennent avec elles. Sze Wan trouve le tout fort intéressant, mais rien ne la rejoint.
« Juste avant de partir, il y avait une messe à l'extérieur, sur le gazon, sur le bord du lac. Pendant que les autres recevaient la communion – puisque je ne pouvais pas, n’étant pas encore catholique - mon amie m'a demandé si je voulais recevoir une bénédiction du prêtre. J'ai accepté. J’ai avancé. Tout de suite après la bénédiction, j'ai commencé à pleurer. J'étais la seule qui pleurait dans l'assemblée. J’ai fini par sécher mes larmes. À la fin de la messe, le prêtre voulait donner la bénédiction à tous. J’ai avancé vers lui une autre fois. Au moment où il m'a bénie, j'ai recommencé à pleurer. C’était pour moi l’invitation de Dieu à entrer chez lui, dans sa maison, avec ses autres enfants. »
En autobus, de retour du camp en direction de Montréal, elle annonce à toutes son intention de devenir catholique.
Baptême
Sans tarder, Sze Wan Tit parle de sa décision à l'abbé Éric Nicolai. Il débute avec elle une série de rencontres catéchétiques.
« On attendait son réel désir d’être baptisée. La préparation au sacrement n’a pas été très longue parce qu’elle a acquis une bonne formation de base au fil des causeries a Fonteneige, de nos échanges et de ses lectures. Il ne restait plus qu’a l’aide a mettre fin aux derniers doutes qu’elle portait », dit l’abbé Éric Nicolai.
Elle se confie aussi à ses parents qui accueillent sa décision. Malgré leur athéisme, ils sont à ses côtés le jour de son baptême qui est célébré en anglais. Comme il arrive souvent lors du baptême d'un adulte, elle fait en même temps sa première communion, sa confirmation et sa profession de foi.
« Le baptême n’est pas l’aboutissement d’un cheminement. C’est n’est que le début! Avec elle et pour elle, l’Église doit assurer des outils de formation afin que sa foi continue de croître. Aussi, Sze Wan doit maintenant être un instrument afin que d’autres personnes s’approchent du Seigneur », lance l’abbé Éric Nicolai.
« Je vais vous confier un petit secret : Sze Wan prie a chaque jour pour la conversion au christianisme de ses parents. Elle souhaite que ceux-ci découvrent le bonheur qu’elle a découvert », conclut Rosalia Suarez.
Sze Wan Tit a obtenu sa maîtrise de piano en avril 2003 et complète actuellement sa 4e année de médecine à l’Université McGill.
(Revue Sainte Anne, octobre 2004, pp. 393 et 398)
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