VISION CATHOLIQUE: La guerre, ça suffit !

La guerre, ça suffit !

Par Benoit Voyer

30 mars 2026

Ces dernières heures, en écoutant le pape Léon, j’ai cru entendre Paul VI qui clamait le 4 octobre 1965 devant l’ONU : « La guerre, jamais plus la guerre ! »

Ce dimanche des Rameaux, sur la place Saint-Pierre, Léon n’y est pas allé par quatre chemins : « Dieu n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre […] personne ne peut invoquer le Roi de la paix pour justifier la guerre ».

Comme la veille, à Monaco, il s’en est pris à tous ceux qui utilisent le nom de Dieu pour justifier la guerre : « Ne nous habituons pas au fracas des armes, aux images de guerre ! […] Encore aujourd’hui, combien de calculs sont faits dans le monde pour tuer des innocents ; combien de fausses raisons sont revendiquées pour les éliminer ! »

En ce moment, il n’y a pas de guerre juste. Les combats doivent cesser.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Dieu le Père, « père » du corps mystique

Dieu le Père, « père » du corps mystique

P. Jean-Baptiste de la Trinité, o.ss.t.
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N.D.L.R. : C'est dans le cadre de la Grande Mission que l'auteur de cet article a voulu présenter quelques réflexions sur le mystère des relations entre la Trinité et l'Église que le P. Philippon se plaît à nommer ECCLESIA TRINITATIS. La Rédaction s'excuse de ne pouvoir présenter le texte intégral. La schématisation semblera sans doute simplifier le problème à outrance. Mais il semble que, même dans ses grandes lignes, ce travail pourra conduire les lecteurs à saisir un nouvel aspect du mystère de l’Église.

Introduction
Le mystère fondamental de notre foi, celui de la très sainte Trinité, jette sur chacun des objets de notre croyance catholique une lumière bienfaisante d'intelligibilité, grâce à laquelle chacun d'eux prend un relief saisissant. Cette illumination par les sommets redonne à chaque article du "Credo" sa triple dimension et permet à l'esprit de pénétrer un peu plus "la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de la charité du Christ" (Éph. 3, 18) et de son Père bien-aimé !

Appliqué au mystère de l'Église, ce singulier éclairage se révèle très fécond puisqu'il nous aide à entrevoir un aspect presque ignoré des relations intimes qui rattachent leurs efforts intellectuels à mettre en valeur les relations entre le Christ, le Saint-Esprit et le Corps mystique. La merveilleuse doctrine du Christ, Tête du Corps mystique, et de l'Esprit-Saint, âme de l'Église, témoigne assez du succès de leur patient labeur. Il suffit de lire l'encyclique "Mystici Corporis" de Pie XII pour s'en rendre compte.

Toutefois, le travail est loin d'être terminé ! La Trinité Sainte compte bien trois Personnes distinctes. Si donc les deux personnes du Christ-Verbe et de l'Esprit tiennent respectivement la fonction de "tête" et d'"âme" du Corps mystique, on peut déjà pressentir en quelque sorte une certaine affinité entre la première personne de la Trinité et le "corps du Christ qu'est l'Église" (Col. I, 24).

DIEU LE PÈRE : PÈRE DE TOUT LE CORPS MYSTIQUE :
Avouons tout d'abord que le terme même "Père du Corps mystique" ne se rencontre ni dans l'Écriture sainte, ni dans la Tradition, ni dans aucun auteur consulté jusqu'à date… Cependant, la réalité que ce terme exprime apparait plusieurs fois dans le Nouveau Testament, dans les Écrits de la primitive Église ainsi que chez les commentateurs modernes.

Notre Seigneur revient souvent sur l'idée que nous avons tous un Père qui est dans les cieux. Dans le seul Sermon de la Montagne, il mentionne au moins trois fois ce thème : "Aimez vos ennemis et priez pour eux. Ce faisant, vous deviendrez LES FILS de VOTRE PÈRE qui est dans les cieux (Mat. 5, 45). « Vous donc soyez parfaits comme votre PÈRE céleste est parfait. » (Mat. 48). "Quand vous priez, dites : NOTRE PERE qui êtes aux cieux…" (Mat. 6, 9) et enfin, en une autre occasion, il rappelle à la foule et à ses disciples : "Vous êtes tous frères, et vous n'avez qu'un seul PERE qui est dans les cieux." (Mt. 23, 8).

Enfin, le jour de sa glorieuse Résurrection, Jésus annonce à Marie-Madeleine sa prochaine Ascension : "Je monte vers Mon PÈRE et VOTRE PÈRE, vers mon Dieu et votre Dieu."

Si Notre-Seigneur distingue ainsi entre son Père et le nôtre n'est-ce pas pour signifier que nous sommes fils du même Père, la Première Personne de la très sainte Trinité, bien qu'à des titres différents: lui est fils PAR NATURE, et nous PAR FAVEUR, PAR GRACE, PAR ADOPTION.

Comme nous l'admettions tout à l'heure, le mot "Père du Corps mystique" n'apparaît nulle part dans l'Écriture. Cependant, l'expression jaillit presque des lèvres de saint Paul dans ce passage de l'Épître aux Éphésiens 4, 4-6 : "Veillez à conserver l'unité de l'esprit dans le lien de la paix : un seul CORPS, et un SEUL ESPRIT, comme vous fûtes appelés à partager par vocation UNE SEULE ESPERANCE : UN SEUL SEIGNEUR, une seule foi, UN SEUL BAPTEME ; UN SEUL DIEU ET PERE DE TOUS LES HOMMES…

On sait que pour saint Paul, déjà au simple point de vue de la création, toute l'humanité forme une grande famille. Il rattache même à Dieu le PÈRE l'origine de toute famille naturelle ou surnaturelle : "Je fléchis le genou devant le Père de qui toute famille, sur la terre et aux cieux, tire son nom."

Or, en principe, toujours selon saint Paul, l’Église qui est le CORPS MYSTIQUE du CHRIST doit avoir la même extension que le genre humain d’après la volonté salvifique universelle de DIEU LE PÈRE.

Est-il donc surprenant après cela de voir saint Paul attribuer à la Première Personne de la sainte Trinité la paternité du « seul corps » mystique de Jésus-Christ ?

C’est pourquoi également il ne trouve pas téméraire d’enseigner aux Éphésiens qu’en Jésus-Christ, ils ont tous accès auprès du Père pour la bonne raison qu’ils sont « membres de la famille de Dieu » (Éph. 2, 18-19).

Un commentateur moderne, le R. P. Prat, s'exprime comme suit, au sujet des textes que nous venons de rapporter : "L'idée qui flotte dans l'esprit de Paul, quand il écrit ces lignes, est le dessein de Dieu le Père de constituer avec ces éléments hétérogènes (juifs et gentils) UNE SEULE FAMILLE, une seule maison QUI SERA 'L'ÉGLISE, une seule personne morale, UN SEUL CORPS, qui sera le CHRIST MYSTIQUE." (PRAT : Les Épîtres de saint Paul, lle vol. p. 272-75).

Le R. P. Huby, S. J., autre commentateur distingué de la pensée paulinienne, arrive aux mêmes conclusions : "L'ultime raison de cette unité (dans le corps, le baptême et la foi) n'est pas à chercher, comme chez les stoïciens, dans un principe cosmologique, l'unité du monde, mais dans un principe transcendant : les chrétiens doivent constituer une seule famille, parce qu'ils sont fils par adoption d'un seul Dieu et PÈRE de tous, qui est au-dessus de tous, agit par tous et réside en tous… Comme Dieu appelle tous les hommes à être ses fils adoptifs dans le Christ (l Tim. 11, 4-6), l'Église, en droit, c'est l'humanité !" (HUBY : Verbum Salutis, VIII Saint Paul).

Cette pensée fondamentale de Paul rejoint, sur ce point, l'enseignement du Disciple bien-aimé, saint Jean. Dans son commentaire de l'Épître de saint Jean III, I et 9, le P. Bonsirven, S.J., remarque les deux points suivants : "Cet amour (que le Père nous a donné) est attribué non à Dieu en général, mais au PÈRE : cet amour nous a fait ses FILS et notre RELATION FILIALE fondée sur notre fraternité avec Jésus-Christ nous réfère à Dieu le PÈRE." (BONSIRVEN : Verbum Salutis IX – Saint Jean, p. 157.)

"Tous ceux qui adhèrent à Jésus entrent à leur façon dans ce rapport filial au Père, "Ils sont de LUI", ils se laissent conduire par son Esprit" (ibid., p. 126).

CONCLUSION : Le Corps mystique consiste, comme nous l'avons vu, en l'union intime des membres et de la Tête, et n'est formé que par la participation des fils adoptifs au seul vrai Fils, Jésus-Christ.

Or, à l'unique relation du seul vrai Fils correspond l'unique relation du seul vrai PÈRE puisqu'il y a opposition selon la relation et selon l'origine entre PATERNITÉ et FILIATION.

Donc, une seule relation de paternité se termine au Fils de Dieu, Jésus-Christ, Tête du Corps mystique, et à tous ceux qui en participent, à savoir, les membres.

C'est en ce sens qu'écrit le P. Mersch, s.j., dans son long article : FILII IN FILIO : "La participation au Fils vient après (l'incorporation), toujours selon une postériorité logique. Elle consiste dans l'adoption : elle amène comme conséquence des rapports aux autres personnes divines et à la Trinité, mais PAR le Christ seulement et à la manière qui convient aux membres de celui qui est le Fils. Rattachement dans le Christ au PÈRE, comme PÈRE : PÈRE DU CHRIST, LE PÈRE DOIT ÊTRE PÈRE DE TOUT LE CORPS QUI EST LA PLÉNITUDE DU CHRIST." (N.R.T. 1938, pp. 822-823.)

(Trinitas, mars-avril 1960 pp.9 à 11) [2]

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[1] Jean-Baptiste de la Trinité est un nom de plume du père Jean-Paul Regimbal.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.