LE PRÉSENT DU PASSÉ: La communauté de Qumrân est-elle une secte essénienne ?

La communauté de Qumrân est-elle une secte essénienne ?

MONTRÉAL – Lorsqu'on parle de la communauté de Qumrân, on parle, bien entendu, d'un groupe sectaire au sens sociologique du terme. Les sociologues utilisent le mot « secte » d'une manière qui n'est pas péjorative.

Pour Jean Duhaime, professeur à la faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal et spécialiste des manuscrits de la mer Morte, « la secte est un groupe qui émerge d'une coupure, dans le sens d'un sectateur, avec une communauté-mère, dans le cas de Qumrân avec le judaïsme, disons générique, c'est-à-dire celle des autorités de Jérusalem. C'est un groupe qui, souvent, dans une situation de crise, va proposer une solution originale. Elle essaie de convaincre le plus grand nombre de gens à ses idées. Si cela fonctionne, ça devient un mouvement de réforme. Si les gens refusent les idées, le groupe se retrouve face à deux choix : ou bien il abandonne son projet ou bien il le vit dans la marginalité. »

C'est un peu ce qui est arrivé avec la communauté de Qumrân. Ces gens qui, devant la domination de tout son territoire par les Grecs, ont choisi de faire les choses autrement.

Ses premiers membres, un groupe de prêtres, en sont venus à la conclusion que tous les malheurs du pays des Juifs viennent du fait qu'on n'a pas vraiment compris et appliqué correctement la loi de Moïse. Pour eux, il fallait revenir sans tarder à une interprétation rigoureuse de celle-ci. À leurs yeux, une réforme religieuse ultra-orthodoxe s'imposait. Leur projet n'a pas été accepté. Ils se sont donc retirés au désert, dans la région de Jéricho, au bord de la mer Morte, dans la région de Qumrân, et ont essayé d'implanter leur projet. Ils se soumettaient de tout leur cœur à la loi de Moïse telle qu'elle était comprise et interprétée par leurs leaders religieux.

Ce groupe-là, dans les textes de Qumrân, n'est pas nommé. Il s'appelle les « Fils de lumière » ou les « Fils de l'Alliance » ou « ceux qui veulent faire la volonté de Dieu ».

« La manière dont le groupe se décrit lui-même dans sa loi – qu'on appelle la « Règle de la communauté de Qumrân » – correspond à 95 % à 27 ou 28 traits assez spécifiques sur une trentaine d'une secte juive ou d'un parti religieux juif de cette époque qu'ils appellent les esséniens. Habituellement, les chercheurs associent le groupe de Qumrân aux esséniens comme les décrit Flavius Joseph, tout en étant conscients que cet auteur décrit un groupe qui a existé ou qui existe encore à son époque, donc dans la deuxième moitié du premier siècle de notre ère, alors que les textes que l'on a pour décrire ce groupe-là à Qumrân ont été copiés dans les années 100 avant notre ère. Il y a donc un décalage de 150 ans environ », dit le professeur Duhaime à la Revue Sainte Anne.

Il y a donc une parenté très forte avec quelques divergences qui peuvent s'expliquer par cet écart et par le fait que Flavius Joseph n'a pas connu le même groupe, mais un groupe apparenté.

La plupart des spécialistes de notre époque sont presque tous en accord sur le fait que le groupe de Qumrân en est un d'esséniens plus ou moins identique à ceux que Flavius Joseph et d'autres auteurs comme Pline L'Ancien et Philon d'Alexandrie ont décrit dans leurs comptes rendus de ce qu'était la vie religieuse de cette époque.

Parmi les opposants à ce constat figure notamment Lawrence H. Shiffman. Dans son livre « Les Manuscrits de la mer Morte » (Fides, 2003) traduit et mis à jour par Jean Duhaime, il dit plutôt que les gens de Qumrân étaient des protosadducéens. « Les sadducéens à l'époque du premier testament et dans la tradition juive postérieure sont des prêtres. Ils sont responsables du Temple de Jérusalem. Ils ont un langage et des préoccupations qui tournent autour du culte et ne croient pas à la vie après la mort. Ils croient plutôt que la mort est la fin de tout », conclut le professeur de théologie.

Benoît Voyer 

(Revue Sainte Anne, juin 2007, p. 274)