VISION CATHOLIQUE: Le vénérable Pierre Goursat

Le pape Jean-Paul II et le vénérable Pierre Goursat
Le vénérable Pierre Goursat

Par Benoit Voyer

24 mars 2026

Pierre Goursat nait à Paris, le 15 août 1914, à 21 h, dans la « pension de famille » que dirige sa mère, la résidence Saint-Philippe. Ce lieu est situé au 123, rue du Faubourg-Saint-Honoré.[1] De nos jours, il s’agit de l’hôtel Le 123 Élysées de la chaîne Astotel.[2]

Il est le fils de Victor Goursat [3], Victor est né de l’union d’Auguste Goursat et Louise Saint-Martin, ainsi que de Marie Latapie, dont les parents sont Édouard Latapie et Laure Aubert, qui est sa deuxième épouse. Victor et Marie se sont mariés civilement le 27 septembre 1913, à la mairie du VIIIᵉ arrondissement, à Paris [4], et religieusement le 29 septembre, dans l’église catholique Saint-Philippe-du-Roule [5].

C’était quelques semaines après le début de la Première Guerre mondiale. Le 2 août 1913, les hommes de la France étaient mobilisés pour aller combattre les Allemands. Le lendemain, Adolf Hitler déclarait la guerre à la France et à la Belgique.

En France, les jeunes qui s’enrôlent pensaient que cette guerre sera de courte durée et qu’ils entreraient rapidement à la maison. Cependant, elle durera plus de quatre ans.

Le 30 août 1914, quelques jours avant la naissance de Pierre, Paris est le théâtre du premier raid aérien. Un avion du régime nazi largue quatre bombes. Dans les premiers jours de septembre, les Parisiens sont menacés par l’armée allemande qui parvient jusqu’à quelques dizaines de kilomètres de la ville. Devant la menace, le gouvernement français déménage à Bordeaux.

Malgré les troubles, Pierre Goursat est baptisé dans l’église Saint-Philippe-du-Roule, le 6 septembre 1914.

Le 1ᵉʳ août 1915 naitra son frère Bernard. C’est ainsi que débutera pour la famille Goursat et la majorité des citoyens français le long hiver 1915-1916 dans lequel s’installe une guerre interminable.

En 1923, Victor et Marie finissent par se séparer. Marie en a marre de cet homme instable, incapable d’avoir un travail régulier et qui ignore gérer son argent. Plus tard, on découvrira un problème en santé mentale. La tension est vive entre les deux parents. Le1er juillet 1923, Marie obtient un jugement de la cour favorable à sa demande. Du même coup, elle obtient la garde de ses enfants. À la suite du départ de Victor, il faudra de nombreuses années pour que les enfants revoient leur père. Devenue cheffe d’une famille monoparentale, Marie sera très attentive à ses fils. Sans être riches, ils ne manqueront de rien, surtout pas d’affection.

Père Jean-Paul Regimbal
Rencontre avec Jean-Paul Regimbal

En décembre 1971, Pierre Goursat rencontre à Paris le père Jean-Paul Regimbal qui est de passage en Europe. Le Trinitaire, qui a vécu une expérience spirituelle intense à Phoenix, en Arizona, lui raconte les débuts du renouveau charismatique aux États-Unis et au Québec. Cet entretien va bouleverser la vie de Pierre.

Francis Kohn, dans sa biographie du vénérable Pierre Goursat [6], raconte : « Lorsque Pierre écoute le père Regimbal, il est d’abord dubitatif ; mais au fil de leur discussion, il est convaincu par la foi et le profond attachement à l’Église de ce prêtre qui a bien « les pieds sur terre ». Pierre expliquera : « Quand il a témoigné, je me disais : « Le pentecôtisme, c’est une secte ! » Il m’a répondu : « Oui, mais ils deviennent catholiques. » Alors j’ai vu qu’il était solidement catholique parce qu’il avait fait toute une brochure dans laquelle il parlait de l’Esprit saint, des Actes des Apôtres, des premiers chrétiens, ainsi que du pape et des évêques. C’est ce qui m’a frappé. Alors je me suis dit : « C’est un type solide. Je vais m’intéresser à tout ça. »

Pierre Goursat est enthousiasmé par cette rencontre avec Jean-Paul Regimbal. Francis Kohn ajoute [7] : « Il comprend que le Renouveau charismatique – dont il ignorait l’existence jusque-là – est un don providentiel de Dieu, la réponse à la prière de Jean XXIII qui, quelques mois avant l’ouverture du Concile Vatican II, avait appelé de ses vœux une « nouvelle pentecôte » sur l’Église. (…) Après cette rencontre, Pierre se rend chez Martine [8] pour partager l’espérance qu’a suscitée en lui le témoignage du père Regimbal. C’est la première fois qu’ils échangent longuement. Mais Martine ne comprend pas bien ce qu’il veut dire, car Pierre a parfois du mal à exprimer clairement sa pensée pétillante. À la mi-janvier 1972, Pierre rencontre aussi le père Caffarel pour lui faire part de la discussion qu’il a eue avec le père Regimbal ; il lui raconte cette « nouvelle Pentecôte » qui arrive chez les catholiques ».

Dans les mêmes jours, le père Henri Caffarel doit recevoir Xavier Le Pichon [9] et Brigitte Barthélemy qui arrivent d’un séjour aux États-Unis. En 1969, elle y a rejoint son mari et ils ont vécu une expérience similaire à celle racontée par Jean-Paul Regimbal [10]. Le père Caffarel propose à Pierre Goursat de se joindre à la rencontre pour entendre son témoignage. Xavier étant retenu par d’autres obligations, sa conjointe se présente seule au rendez-vous. Pierre est tellement intéressé par ce que le Trinitaire lui a raconté qu’il enregistre le témoignage.

Suite à la rencontre, on décide d’organiser une retraite spirituelle, les 12 et 13 février 1972, à Troussures, et on invite le couple à y donner leur témoignage et à parler de l’Esprit saint.
Pierre Goursat en prière
Durant cette fin de semaine, la vie de Pierre Goursat est profondément renouvelée. Il reçoit les grâces d’une nouvelle pentecôte dans sa vie.

Dans les semaines qui suivront, on organisera un groupe de prière à Paris. L’affaire connaîtra un grand succès et il faudra en créer un deuxième puis un troisième. Les groupes de prière de l’Emmanuel conduiront à la fondation de la communauté de l’Emmanuel dans laquelle sont affiliés des hommes et des femmes catholiques, mariés, célibataires et même des membres du clergé.

Pierre Goursat est décédé le 25 mars 1991. Il a été déclaré vénérable par le pape François, le 18 décembre 2024.
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[1] En 2025, Francis Kohn a écrit une biographie fort intéressante sur Pierre Goursat (Éditions Emmanuel). À moins d’indications contraires, les détails de cet article sont tirés de cet ouvrage.
[2] https://www.astotel.com/hotel/123-elysees/overview
[3] Né le 24 aout 1877.
[4] 11, place Jules-Joffrin, à Paris https://mairie18.paris.fr/
[5] 9, rue de Courcelles, à Paris https://saintphilippeduroule.fr/
[6] Francis Kohn. Pierre Goursat, Éditions Emmanuel, 2025, p. 169. La citation de Pierre Goursat est tirée de son témoignage (T1a) donné le 28 avril 1977.
[7] Francis Kohn. Pierre Goursat, Éditions Emmanuel, 2025, p. 170.
[8] Dr Martine Laffite - Catta.
[9] Pour plus de détails sur Xavier le Pichon : https://fr.wikipedia.org/wiki/Xavier_Le_Pichon
[10] Au sujet du père Jean-Paul Regimbal, en lisant le livre de Francis Kohn sur Pierre Goursat, on reste sur notre faim puisque l’auteur n’y fait référence qu’aux pages 169 et 170. Il manque la date exacte de cette rencontre et on ne sait pas s’ils ont eu d’autres échanges ou rencontres par la suite. De plus, l’auteur donne peu de renseignements au sujet de l’expérience spirituelle que le couple Le Prohon-Barthélémy a vécu aux États-Unis et s’ils y ont rencontré le père Regimbal. Le 9 octobre 2025, j’ai écrit un long courriel à la communauté de l’Emmanuel, par l’intermédiaire de leur site Internet, afin d’en savoir un peu plus. J’attends la réponse.

LE PRÉSENT DU PASSÉ: Le Tiers-ordre et le prêtre

Éditorial

Le Tiers-ordre et le prêtre

La revue TRINITAS est heureuse de dédier ce numéro à Mgr J. M. Gilbert, P.D., Tertiaire Trinitaire récemment élevé à la dignité de la Prélature Domestique. Hommages fraternels et félicitations à ce prêtre fervent, à ce pasteur zélé, à cet apôtre dévoué dont les mérites, aux yeux de tous, brillent maintenant d'un éclat nouveau! A Mgr Gilbert nous souhaitons des années encore nombreuses et un fructueux ministère auprès de ses fidèles paroissiens.

Cet évènement nous permet de traiter ici un problème resté encore intouché : celui du tiers-ordre trinitaire en relation avec le prêtre! L'idéal sacerdotal stimule sans cesse ces âmes consacrées à la conquête de nouveaux sommets de sainteté : Et c'est pourquoi il nous paraît utile de montrer comment le tiers-ordre trinitaire peut devenir un moyen de choix pour atteindre à cette haute perfection!

Les vœux du tertiaire
L'idéal de sainteté proposé par le saint Évangile comprend, si l’on peut dire, deux étapes : l’une commune à tous les fidèles, la voie des commandements ; et l’autre propre aux âmes qui veulent être plus parfaites, la voie des conseils.


Or, le prêtre, soucieux de sa perfection personnelle, ne négligera rien de ce qui peut l’aider le plus efficacement à parvenir au sommet. Et c’est précisément par les vœux de chasteté et d’obéissance que le tiers-ordre fournit au prêtre un moyen éprouvé depuis sept siècles et demi pour faciliter son ascension spirituelle.

L’obéissance du prêtre tertiaire ne l’engage que vis-à-vis du directeur du tiers-ordre selon la teneur des statuts. Loin de nuire à l’obéissance qu’il doit déjà à son évêque, ce nouvel acte de religion lui sera un puissant auxiliaire pour devenir un prêtre encore plus obéissant puisqu’il le sera doublement : par son serment d’obéissance et par l’esprit de son vœu de tertiaire.

De même, le vœu de chasteté qu’émet le prêtre-tertiaire ne change rien à ses engagements contractés au moment du sous-diaconat. Mais ce moyen devient pour lui une nouvelle assurance contre la faiblesse de sa nature, une nouvelle source de mérite et une nouvelle occasion de s’engager plus à fond dans la conquête de la chasteté parfaite : « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ».

La règle du Tiers-ordre
Moyen de perfection approuvé par l’Église et enrichi par une expérience plusieurs fois séculaire, la règle du Tiers-Ordre offre au prêtre un guide sûr dans les voies supérieures de la vie mystique. Cette règle impose, en effet, des pratiques concrètes de sanctification non seulement afflictives comme le jeûne, les pénitences et les veilles, mais encore affectives par des exercices spirituels appropriés et des œuvres de charité corporelles et spirituelles. Ainsi donc le prêtre-tertiaire entoure son sacerdoce d’une forteresse spirituelle le protégeant contre les assauts du malin, mais ouvrant largement ses portes sur les misères du prochain.

La messe, le bréviaire, chaque sacrement, chaque action liturgique depuis la consécration des basiliques jusqu'au modeste bénédicité s’inspirent directement de la louange trinitaire ! Le prêtre est en réalité une vivante « louange de gloire à la très sainte Trinité : CULTOR TRINITATIS ».

Le Tiers-Ordre trinitaire fournit donc au prêtre un moyen incomparable d'alimenter sa spiritualité aux sources les plus vives et les plus authentiques. En plus d'approfondir la vie spirituelle du prêtre, le Tiers-Ordre le stimule à répandre, par la prédication et le ministère, cette dévotion dans le peuple, à présenter une doctrine théologique dont les âmes ont de plus en plus faim, à établir enfin la spiritualité de ses fidèles sur des bases solides, positives, tonifiantes, sanctifiantes, devenant ainsi un « FAUTOR TRINITATIS ».

Conclusion
Le prêtre reste donc libre d'adopter pour soi le régime de vie parfaite que lui propose le tiers-ordre trinitaire. Celui qui l'embrasse y trouve, certes, une aide sans égal pour faire de sa vie sacerdotale un hommage vivant à la gloire de la très sainte Trinité !

Puissent plusieurs prêtres suivre l'exemple des illustres prélats qui honorent actuellement le tiers-ordre trinitaire, en particulier leurs Éminences les cardinaux Copello, Mimmi et Ottaviani, et de date toute fraîche, Mgr J. M. Gilbert de Mooers Forks, New York !

Le père directeur [1]

(Trinitas (2), aout-septembre 1959, pp 4 et 5)

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[1] Le père directeur est le père Jean-Paul de Jésus, le nom de religieux de Jean-Paul Regimbal.
[2] Revue conservée dans le fonds P049 de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska.