VISION CATHOLIQUE: Saint François de Laval (1623-1708)

François dans la cathédrale de Saint-Jérôme
Saint François de Laval (1623-1708)

Par Benoit Voyer

3 mai 2026

Le 30 avril 1623, François de Laval naît au sein d’une grande famille de la noblesse française.

À la suite du décès de son père et de ses frères aînés, il devient l’héritier légal, mais il décide de consacrer ses avoirs au service des missions.

À quatorze ans, il devient membre de la Congrégation mariale du Collège de La Flèche où il s'initie aux bases de la vie spirituelle et est sensibilisé aux missions en Nouvelle-France.

Après son ordination sacerdotale, il adhère à la Société des Bons Amis. Dans cette association, il approfondit sa vie spirituelle : prière, ascèse, mise en commun des biens et engagement auprès des plus pauvres.

Vitrail du manoir Mauvide-Genest sur l'île d'Orléans
D’ailleurs, François de Laval priait chaque matin de 3 à 9 heures. « C'était une personne d'ascèse, profondément ascétique, peut-être de façon exagérée pour nos contemporains. Il voulait si passionnément faire la volonté de Dieu qu'il en devenait intransigeant et "cassant" quand il considérait qu'elle était en jeu. C'était un homme de l'absolu, un passionné. »[1]


L'influence spirituelle de Jean de Bernières, un laïc, est déterminante. Il lui inspire de se consacrer à l'œuvre d'évangélisation des Amériques.

Durant ces années, en France, François fréquente de grands réformateurs spirituels comme saint Vincent de Paul et Jean-Jacques Olier.

À la recherche d'un évêque pour les missions du Canada, on pense naturellement à cet homme à la forte personnalité, à la grande piété et entièrement donné à Dieu.

À son arrivée en Nouvelle-France, en 1659, sainte Marie Guyart de l'Incarnation, la supérieure du monastère des Ursulines, écrit à son sujet : « C'est un homme saint, le père des pauvres et du public. C'est un seigneur de la maison de Laval qui s'est donné à Dieu dès sa jeunesse. Le Roi l'aime beaucoup pour son mérite et ses qualités. Sa Majesté voulait le retenir en France, mais l'amour que ce bon prélat porte à cette nouvelle Église a fait qu'il a supplié pour y revenir. »

Dès son arrivée à Québec à titre d’évêque, il entreprend de connaître ses fidèles. À pied, à travers les forêts, il effectue des visites pastorales de Gaspé à Montréal, à pied, en canot ou en raquettes l'hiver. Ces périples lui font prendre conscience des besoins de la population. Tous, les premiers peuples comme les Français, sont l'objet de sa sollicitude.

À l'annonce d'une nouvelle fondation missionnaire, les Jésuites témoignent : « Sitôt que Monseigneur l'Évêque de Pétrée eut appris le dessein que nous avions de commencer cette Mission (au lac de la Nation maritime et au lac Supérieur), on ne peut croire combien il y parut affectionné. »

Il repose dans la basilique-cathédrale Notre-Dame, à Québec

Soucieux d'établir une Église qui se perpétue à la grandeur de l'Amérique, il prévoit la mise en place les institutions nécessaires. Il commence en soutenant les trois grandes communautés déjà présentes pour l'éducation (les Jésuites et les Ursulines) et pour la santé (les Augustines).


François donne son approbation à des initiatives nouvelles fondées à Montréal, par sainte Marguerite Bourgeoys pour l'éducation et la vénérable Jeanne Mance pour les soins de santé.

Enfin, Mgr de Laval fonde le Séminaire de Québec pour la formation du clergé local qui s'occupera de propager la foi chrétienne dans tous les recoins connus de son vaste diocèse.

Il ajoutera pour les jeunes le Petit Séminaire et l'école d'arts et métiers de Saint-Joachim.

Sa préoccupation d'une foi vivante chez toutes les catégories de fidèles lui inspire d'autoriser la création de différentes associations de formation chrétienne et de piété.

Comme soutien spirituel aux familles, il appuie particulièrement la fondation de la Confrérie de la Sainte Famille. Cette dernière est toujours vivante à la paroisse cathédrale Notre-Dame-de-Québec.

Mgr de Laval est également sensible à la beauté de la liturgie. Malgré les modestes moyens financiers de la colonie, il investit dans de grandes manifestations religieuses au point que les Amérindiens éblouis le surnomment « l'homme de la grande affaire ».

De 1662 à 1668, Mgr de Laval achète les terres des huit propriétaires de l’île d’Orléans ou de leurs descendants. À partir de 1638, on avait commencé à concéder des terres sur l’île, mais plus intéressés par le commerce que par l’agriculture, les concessionnaires firent peu d’efforts pour développer l’île. Il restera propriétaire pendant treize ans, c’est-à-dire le temps qu’il lui faudra pour établir une petite communauté. C’est grâce à l’évêque que l’île commence son réel développement.

En 1664, il consacre la petite église locale érigée par les colons de Québec avant son arrivée comme la première église paroissiale de son diocèse et en fait sa cathédrale en 1674.

En 1668, dans une lettre qu'il adresse à des missionnaires sulpiciens, il donne les conseils suivants : « Qu'ils tâchent d'éviter deux extrémités qui sont à craindre en ceux qui s'appliquent à la conversion des âmes : de trop espérer ou de trop désespérer. Ceux qui espèrent trop sont souvent les premiers à désespérer de tout à la vue des grandes difficultés qui se trouvent dans l'entreprise de la conversion des infidèles, qui est plutôt l'ouvrage de Dieu que de l'industrie des hommes. Qu'ils se souviennent que la semence de la parole de Dieu porte son fruit dans la patience… »

Monument dans le Vieux-Québec
Cette même année, dans ses Instructions aux missionnaires, il écrit : « Souvent, une parole amère, une impatience, un visage de rejet détruiront en un instant ce qui a été construit en beaucoup de temps » (Instructions aux missionnaires, 1668).


Le père Denis Gagnon disait à son sujet : « C'était le bonhomme qui allait régulièrement à l'Hôtel-Dieu. Il veillait les malades, changeait leurs lits et les aidait à manger. Souvent, le soir, il arrivait et disait à l'infirmière : "Vous pouvez aller dormir, je vais veiller…" Et puis, quand il a pris sa retraite, il s'est consacré à aider les pauvres. À bout d'argent, il allait en demander au Séminaire de Québec. Un jour, ils ont commencé à refuser. »[2]

Saint François de Laval décède le 6 mai 1708. On se souviendra toujours de ce qu’il écrivait : « La semence de la Parole de Dieu porte du fruit dans la patience ».

Le 6 juin 1708, dans son oraison funèbre, La Colombière laisse cette note sur la sainteté du premier évêque catholique d’Amérique du Nord : « Se lever tous les jours et en tout temps à 3 heures du matin malgré la rigueur du climat, faire les fonctions de portier dans l'église tous les jours, en ouvrir les portes, allumer les lampes, s'acquitter parfaitement bien des fonctions d'infirmier dans le séminaire, faire les lits des malades, les lever, les coucher, toucher, crever les fistules de ceux qui avaient la petite vérole, passer tous les jours plusieurs heures devant le Saint-Sacrement, assister à tout l'office divin avec une exactitude inviolable ; c'était la manière dont ce premier évêque se délassait des fatigues que lui procurait son zèle. »

Les catholiques de la planète soulignent sa mémoire le 6 mai de chaque année.


Toile de François au Sanctuaire Sainte-Anne-de-Beaupré
Paroles de saint François de Laval


« L'esprit de Dieu demande un cœur paisible, recueilli et non pas un cœur inquiet et dissipé ; il faut un visage joyeux et modeste, il faut éviter les railleries et les ris déréglés et généralement tout ce qui est contraire à une sainte et joyeuse modestie. » (Instructions aux missionnaires, 15 septembre 1668)

« Notre Seigneur, par sa miséricorde, me fait la grâce de jouir d'une grande paix intérieure de cœur et d'esprit, ayant une entière confiance [...] qu'il fera tout réussir pour sa gloire. » (Lettre de Laval à Denonville, 16 avril 1691)

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[1] Benoit Voyer. Les évêques en retraite, Revue Sainte Anne, février 1996, page 57. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/11/cetait-le-present-du-passe-les-eveques.html
[2] Benoit Voyer. Les évêques en retraite, Revue Sainte Anne, février 1996, page 57. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2025/11/cetait-le-present-du-passe-les-eveques.html