PSYCHOLOGIE: La sexualité, c'est toute la pulsion qu'il y a en soi qui nous pousse à aimer
Par Benoit Voyer
30 avril 2026
Un jour, la docteure en sexologie clinique, Marie-Paule Ross [1], me donnait une définition intéressante de ce qu’est la sexualité humaine. Il s’agit d’un beau complément à la première lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe [2]:
« La sexualité, c'est toute la pulsion qu'il y a en soi qui nous pousse à aimer, à créer et à entrer en relation avec les autres. Quand on parle du vrai sens de la sexualité, quand on parle de processus de sexualisation, cela signifie que l'être humain est né de la fusion et que, tout au long de son processus de sexualisation, il doit atteindre l'autonomie et la liberté. C'est une dynamique intérieure qui nous pousse à la croissance et à grandir sur les plans affectif et spirituel.
C'est pour cette raison que, s'il n'y a pas tout ce lien affectif, toute cette relation profonde à l'intérieur d'un couple, l'intimité érotique n'a pas de sens.
Mes collègues, qui sont aussi des sexologues cliniciens, sont en accord avec moi. Nous vivons dans une société qui est tellement hédoniste, tellement pro-sensuelle, qu'on est en train de défaire notre humanité. Il est urgent d'intervenir pour que cette situation change. […]
Les blessures causées, à cause d'une sexualité défaillante qui ne respecte pas l'ordre des choses, et la consommation érotique, créent un vide dans l'affectivité humaine. »
Et puis, je lui demandais si de nos jours il est encore possible de vivre la chasteté ».
Il m’expliquait qu’ « atteindre la chasteté fait partie d'une dynamique de croissance chez tout humain. La chasteté signifie vivre des relations sexuelles conformes à l'amour, c'est-à-dire dans le respect, la liberté, la fidélité et la vérité. Elle nous garde loin de la fusion, de la dépendance et de la symbiose.
De son côté, le célibat qui inclut l'abstinence sexuelle, est une autre affaire ! La chasteté est pour tous ceux qui acceptent de devenir des personnes plus matures sur les plans affectif et spirituel et qui se rendent de plus en plus capables de vivre la chasteté. Celle-ci a pour but d'atteindre la liberté dans nos relations et ne pas utiliser l'autre à nos fins.
Ce n'est pas juste un idéal ! La chasteté est la réalisation à son apogée d'une personne humaine. Quand elle est vécue dans l'amour, c’est la vertu qui nous permet de vivre notre sexualité de façon constructive et non destructive. »
Dans son propos, elle insistait sur l’importance de la formation : « Comment se forme-t-on ? En apprenant comment fonctionne l'érotisme et en traitant nos angoisses, parce que celles-ci amènent à des compulsivisés incontrôlables. Que l'on soit célibataire ou marié, c'est la même chose… »
« Mais s’ils ne peuvent pas se maîtriser, qu’ils se marient, car mieux vaut se marier que brûler de désir » (1 Co 9, 9). Marie-Paule Ross éprouvait un grand malaise devant les propos de Paul: « Je ne suis pas en accord avec saint Paul. Ce n'est pas vrai que le mariage est la solution à ceux qui ne sont pas capables de vivre le célibat. Une personne qui ne peut pas vivre seule n'est pas plus apte à se marier ! Le célibat consacré, ce n'est pas seulement vivre sans relation sexuelle ! C'est aussi toute une proposition à vivre dans la liberté intérieure. Je me répète : les plus grands ennemis à une sexualité mature sont les angoisses non résolues en soi. »
Elle insistait : « Ce n'est pas avec des caresses, des tendresses et des embrassades qu'on résout les anxiétés humaines. Ces comportements se concluent par de la généralisation de conflits. Contrairement à l'enfant, l'adulte mature est capable de vivre sans caresses, comme il est capable d'en donner et d'en recevoir en conformité avec son engagement vocationnel. Je trouve vraiment regrettable que, ces dernières années, on ait créé toute une génération d'esclaves sur le plan sensuel. Pour être bien en soi, il est très important de traiter rapidement ses angoisses pour trouver le chemin vers la liberté. »
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[1] Cf. Benoit Voyer. “La passion d’une religieuse pour la sexualité », Revue Sainte-Anne, février 2004, pp. 57 et 73.
[2] 1 Co 7, 1-40
LE PRÉSENT DU PASSÉ: En chassant du paysage toutes nos croix, on procède à un suicide identitaire
Une autre histoire de crucifix refait surface dans l'actualité. C'est à un vrai chemin de croix auquel nous participons depuis quelques années. Cette fois-ci, Claude Talbot de l'arrondissement Verdun, à Montréal, a demandé au Mouvement laïque québécois (MLQ) de déposer une plainte, en son nom, à la Commission des droits de la personne, afin d'obliger le maire à enlever la croix, un symbole de notre héritage chrétien, du mur de la salle du conseil d'arrondissement.
Après avoir vécu dans une société chrétienne, le « fondamentalisme laïc », dont le MLQ en est un excellent porte-parole, a pris toute la place. Celui-ci n'admet pas la présence d'aucune religion dans l'espace public, les reléguant au domaine privé. On est passé d'un extrême à l'autre. Ce « fondamentalisme laïc » est aussi grosse menace aux libertés individuelles que le « fondamentalisme religieux ». Serait-il possible de trouver un juste milieu ?
Aussi, en retirant tous ces crucifix, nous sommes en train d'évacuer notre histoire nationale qui a été tricotée serrée avec le christianisme. En évacuant ce passé qui donnait sens à nos luttes quotidiennes, à notre survie, nous sommes en train d'offrir le vide à mes enfants. Ce vide, ils vont le remplacer par quoi ? Rien de très satisfaisant. Tant qu'à ne rien offrir en échange qui ne soit valable, je préférerais qu'on laisse à la vue des signes de la bergerie qui, jadis, nous a tous rassemblés.
Mais allons plus loin. Pourquoi s'attaquer à un symbole qui n'a de pouvoir que dans l'esprit des gens qui veulent bien lui en donner ? Aujourd'hui, sauf exception, c'est moins les religions qui menacent nos libertés que des croyances contemporaines déguisées en savoir. Ainsi, la science, les techniques, la publicité, l'économie, les médias... sont devenus de véritables idoles. Ces nouveaux cléricalismes tablent désormais sur leurs prêtres et diacres, dont les discours sont assénés et reçus sans aucun esprit critique, comme d'Évangile.
Comme l'écrivait Jean-Claude Guillebaud dans son livre « La Force de conviction » (Seuil, Paris, 2005), on dit que « les croyances, c'est quelque chose d'archaïque, maintenant ce qui compte, c'est le savoir. Le savoir de l'économie, le savoir de la technique, le savoir transgénique ... Le fait de donner à ces secteurs-là le statut de savoir, ça leur permet de toiser avec un brin de condescendance les croyances et de les considérer comme des choses vétustes. Mais ce n'est qu'un mensonge, un subterfuge »
Nous sommes entourés de savoirs qui n'en sont pas réellement. Ceux-ci sont des croyances qui se déguisent en savoir. Il y a autant de croyances, en d'autres mots de superstitions, dans l'économie et la politique que dans le religieux et le spirituel. On essaie pourtant de nous faire croire que ce sont des sciences, comme c'est le cas des mathématiques. On nous berne !
Ces secteurs, dont le libéralisme fondé par Adam Smith et d'autres penseurs, ne sont rien d'autres que des choix éthiques, voire des philosophies. Ce n'est pas de la mathématique. On choisit une option économique ou politique dans le seul but d'en arriver à un résultat sur l'humain. Il en va de même pour la technique. Elle n'est pas objective. Elle contient une part de croyances.
Ainsi, face à ces faux savoirs, l'humain ne doit pas sacrifier son sens critique et se soumettre aveuglément. S'il le fait, il devient esclave de systèmes de pensée.
En chassant le religieux institutionnel, on a favorisé le retour des idoles. Je crois, comme Jean-Claude Guillebault, que les idoles peuvent être demain encore plus meurtrières que l'était le religieux. En chassant du paysage toutes nos croix, on procède à un suicide identitaire.
Benoit Voyer
(Revue Sainte-Anne, juillet-août 2008, p. 302)
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