RÉFLEXION: Le « fondamentalisme laïc »
Par Benoit Voyer
28 avril 2026
En matière de laïcité, serait-il possible de trouver un juste milieu ? Après avoir vécu dans une société chrétienne, le « fondamentalisme laïc » a pris toute la place. Celui-ci n'admet pas la présence d'aucune religion dans l'espace public, les reléguant au domaine privé. On est passé d'un extrême à l'autre. Ce « fondamentalisme laïc » est aussi grosse menace aux libertés individuelles que le « fondamentalisme religieux ».
Depuis quelques décennies, on est en train d'évacuer notre histoire nationale qui a été tricotée serrée avec le christianisme. En évacuant ce passé qui donnait sens à nos luttes quotidiennes, à notre survie, on est en train d'offrir le vide à mes enfants. Ce vide, ils vont le remplacer par quoi ? Rien de très satisfaisant. Tant qu'à ne rien offrir en échange qui ne soit valable, je préférerais qu'on laisse à la vue des signes de la bergerie qui, jadis, nous a tous rassemblés.
Aujourd'hui, sauf exception, ce sont moins les religions qui menacent nos libertés que des croyances contemporaines déguisées en savoir. Ainsi, la science, les techniques, la publicité, l'économie, les médias... sont devenus de véritables idoles. Ces nouveaux cléricalismes tablent désormais sur leurs prêtres et diacres, dont les discours sont assénés et reçus sans aucun esprit critique.
Comme l'écrivait Jean-Claude Guillebaud dans son livre « La Force de conviction » (Seuil, Paris, 2005), on dit que « les croyances, c'est quelque chose d'archaïque, maintenant ce qui compte, c'est le savoir. Le savoir de l'économie, le savoir de la technique, le savoir transgénique… Le fait de donner à ces secteurs-là le statut de savoir, ça leur permet de toiser avec un brin de condescendance les croyances et de les considérer comme des choses vétustes. Mais ce n'est qu'un mensonge, un subterfuge »
Nous sommes entourés de savoirs qui n'en sont pas réellement. Ceux-ci sont des croyances qui se déguisent en savoir. Il y a autant de croyances, en d'autres mots de superstitions, dans l'économie et la politique que dans le religieux et le spirituel. On essaie pourtant de nous faire croire que ce sont des sciences, comme c'est le cas des mathématiques. On nous berne !
Ces secteurs, dont le libéralisme fondé par Adam Smith et d'autres penseurs, ne sont rien d'autres que des choix éthiques, voire des philosophies. Ce n'est pas de la mathématique. On choisit une option économique ou politique dans le seul but d'en arriver à un résultat sur l'humain. Il en va de même pour la technique. Elle n'est pas objective. Elle contient une part de croyances.
Ainsi, face à ces faux savoirs, l'humain ne doit pas sacrifier son sens critique et se soumettre aveuglément. S'il le fait, il devient esclave de systèmes de pensée.
En chassant le religieux institutionnel, on a favorisé le retour des idoles. Je pense que les idoles peuvent être demain encore plus meurtrières que l'était le religieux. En chassant du paysage le christianisme, on contribue à une forme de suicide identitaire.
Malgré tout, je demeure optimiste. Dans les milieux que je fréquente, je vois depuis 2023, année de mon retour à l’église, de nombreux jeunes milléniaux adhérer au christianisme de tradition catholique. Pour eux, ce n’est pas un retour à l’église, mais bien le choix d’y adhérer afin de combler le vide de sens que leurs prédécesseurs ont laissé. Les nouvelles générations reviennent à des valeurs plus conservatrices, des valeurs qui ont façonné notre identité collective depuis l’époque de la Nouvelle-France.
LE PRÉSENT DU PASSÉ: L'antisémitisme doit cesser
OTTAWA - Dans une lettre envoyée aux Églises du Canada, le 8 décembre, les grands leaders religieux du Canada, dont le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), ont déploré l'antisémitisme grandissant au pays : « Nous sommes profondément préoccupés, consternés même, par l'intensification alarmante de l'antisémitisme au Canada. Celui-ci revêt de multiples formes, dont la violence à l'égard de personnes juives - du seul fait de leur appartenance ethnique ou religieuse – et la profanation de leurs lieux saints et cimetières », écrivent-ils.
Les signataires de la lettre se disent plutôt reconnaissants des racines juives de la tradition chrétienne et ils reconnaissent le grand apport du peuple juif à la civilisation mondiale et, surtout, à la société canadienne. Ils ajoutent : « Nous reconnaissons, avec des sentiments de tristesse et de regret mêlés d'une profonde honte, le fardeau historique de persécution que les Juifs ont dû porter tout au long de l'histoire occidentale, fardeau trop souvent imposé par des chrétiens qui diffamaient le peuple de Jésus au nom même de Jésus. Nous exhortons toutes les Églises, paroisses et communautés, ainsi que toutes les personnes de bonne volonté, à rechercher des moyens de démasquer et d'extirper l'antisémitisme qui émane de la société canadienne ou qui sévit chez elle. Nous ne pouvons rester muets. »
Benoît Voyer
(Revue Sainte-Anne, mars 2004, p. 113)
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