19 avril 2026

UN PEU DE MOI: Il y a 5 ans avaient lieu les funérailles de mon père

Il y a 5 ans avaient lieu les funérailles de mon père

Par Benoit Voyer
19 avril 2026

Le 15 avril 2021, mon père entrait dans la gloire des bienheureux du ciel. Il y a longtemps qu’il se préparait à entrer dans la grande lumière. Pour lui, la mort était une nouvelle forme de vie.

Il est décédé au CHSLD Villa-Bonheur, sur la rue Court, à Granby, à la suite de troubles pulmonaires causés par la Covid 19.

Je l’accompagnais depuis quelques nuits, avec ma conjointe Manon. Il est parti en me tenant la main.

Ses funérailles ont été célébrées le 19 avril 2021 en l'église catholique Immaculée-Conception, à Granby. Le père Michel Vigneau a présidé la cérémonie en faisant des parallèles entre Dieu le Père et Roméo, le père.

Il est inhumé dans le lot 40G section 19 du cimetière Mgr Pelletier à Granby, le même jour.

Comme l’écrivait Michel Jean : « Les gens vivent, meurent, vous quittent, mais les lieux et les souvenirs vous ramènent à eux, comme des remords »[1].

Gabriel, Isabelle et Roméo Voyer à lac de l'Est
Naissance et baptême

En 1930, dans le Haut-Pays du Kamouraska, sur les terres publiques de Mont-Carmel situées sur la rive est du lac de l’Est [2], un groupe d’hommes et de femmes forme en ce lieu une petite communauté nommée la « mission du Lac de l’Est ». Pendant que les hommes travaillent à exploiter la forêt pour le compte des frères Plourde, les femmes s’occupent de leur marmaille. Du 19ᵉ siècle jusqu'aux années 1960, le lac est utilisé par l'industrie forestière pour l'alimentation des moulins à scie et le flottage du bois.

Le secteur est également habité par quelques familles de la première nation Wolastoqiyik, communément appelée « les Malécites ». Les Wolastoqiyik l’appellent le lac Kijemquispam. Ce nom apparaît pour la première fois sur une carte toponymique en 1944. Il s’agit d’un mot en wolastoq, la langue parlée par les Wolastoqiyik.

Dans la petite chapelle en bois construite en 1926, tous vont à la messe lorsque le prêtre catholique est de passage. En ce début des années 1930, c’est l’abbé Albert Dionne qui est le desservant. Le lieu de prière est aussi l'endroit où les quelques enfants de la communauté vont à l’école et où se rassemble au besoin la petite communauté.

La grève du lac de l’Est est une place magnifique pour la pêche. L’eau est claire et y vivent de nombreuses espèces de poissons délicieuses à savourer, notamment le touladi, l'omble de fontaine, la perchaude, le corégone, la ouananiche et la lotte.

Le lac est situé sur la frontière canado-américaine. De l’autre bord, au loin, c’est le comté d’Aroostock, dans l’État du Maine. La municipalité américaine la plus proche est Allagash.

En canot, si on suit le courant des eaux, on navigue sur le petit lac de l’Est et la rivière Chimenticook, un affluent du fleuve Saint-Jean.

À environ deux kilomètres de la chapelle, la famille d’Edgar Voyer et d’Alice Chenard est une des rares qui détient des droits de propriété. Leur lot est sur une pointe de terre située sur la rive du lac et un petit cours d’eau qui sera connu du nom de “ruisseau Voyer”, qui fait référence, bien entendu, aux occupants à son embouchure.

Leur maison en bois est construite au centre de la propriété. Sur le bord de la maison, Alice Chenard, la mère de famille, y a planté quelques fleurs, des « annuelles »[3].

C’est à cet endroit, au cœur de la forêt enneigée, que le 23 décembre 1930 Alice donne naissance à Roméo, mon père, qui sera le dernier marmot du couple. Après les douleurs de l’accouchement, le « p’tit Méo » sera rapidement entouré de ses frères et sœurs : Camille, l’aîné né en 1912, Jean-Marie, Madeleine, Isabelle, Simone, Germaine, Rachel et Gabriel. Jeanne-Mance n’a vécu que quelques heures.

Le lundi 25 décembre 1930, jour de Noël, le bambin est baptisé dans la petite chapelle de la mission par l’abbé Albert Dionne. Il reçoit les prénoms de Joseph, Henri et Roméo. Son parrain et sa marraine sont Sigefroid Lizotte [4] et Bertha Dionne [5], un couple de voisins [6]. Le même jour, dans la chapelle, on baptise aussi Léo Gauvin, fils de Charles Gauvin et Alice Marquis. Le journal Le Peuple du 9 janvier 1931 [7] fera écho à ces nouvelles naissances.

Roméo et Rachel Voyer à lac de l'Est
Adolescence

Le 2 janvier 1946, sœur Rachel Voyer, ma tante, débute son noviciat dans la communauté des Sœurs de la Charité d’Ottawa, à Ottawa.

Le 4 janvier 1947, Rachel Voyer fait ses voeux temporaires dans la congrégation des Sœurs de la charité d’Ottawa sous le nom de Sœur Louis-Camille. Le 4 janvier 1950, elle y prononcera ses voeux perpétuels.

Le 23 décembre 1950, décède Lumina Bélanger, sa grand-mère. Elle est inhumée dans le cimetière de Saint-Alexandre-de-Kamouraska [8].

Fiançailles et mariage
En 1952, quelques mois avant de se marier, ma mère – avec quelques amies de Mont-Carmel, au Bas-Saint-Laurent - participe à une retraite spirituelle animée par le vénérable père Victor Lelièvre à la Maison Jésus-Ouvriers.

Elles prennent le train de Saint-Philippe-de-Néri jusqu’à Québec. Mon père, qui était en route pour son travail de bûcheron, la dernière « run » qu’il fera, s’arrêtera les saluer et passera quelques heures avec « les filles » qu’il connait bien avant de s’enfoncer dans la forêt boréale.

Maman gardera toute sa vie un précieux souvenir de cette retraite spirituelle.

Roméo arrive à Granby au printemps 1953. Il trouve un emploi à l’Esmond Mills. Engagé pour une journée, il y passera une quarantaine d’années.

Jeannine Jean et Roméo Voyer en 1953
Le 17 octobre 1953, il épouse ma mère, Jeannine Jean, dans l’église de Mont-Carmel, dans le Kamouraska. Ils s’installèrent à Granby.


Ils habitent d’abord sur la rue Decelles, devenue de nos jours la rue Matton, puis sur la rue Saint-Charles Nord, en face de l’avenue du Parc (la maison n’existe plus).

Yvon naît en juillet 1955 et Pauline en mai 1957.

En 1957, l’Annuaire téléphonique de Granby [9] indique qu’ils sont domiciliés au 343, rue Savage. Il s’agit de leur première maison.

En 1958, il est inscrit dans le bottin qu’il est domicilié au 98, rue Villeneuve et qu’il est journalier à l’Esmond Mills.

En 1960 arrive la Révolution tranquille québécoise.[10] Les annuaires de 1960 et 1961 indiquent qu’ils sont domiciliés au 98, rue Villeneuve, que mon père est journalier à l’Esmond et que leur numéro de téléphone est 8-5470.

Le 667, rue Saint-François, à Granby
Quelques jours après la naissance de Clément, le 24 mai 1961, ils emménagent au 667, rue Saint-François, où ils passeront le reste de leurs jours. Le duplex est construit pour eux par Léopold Dionne. Leur numéro de téléphone est FR8-5470. Leur premier locataire est Laurier Fontaine (marié à Georgette Rivard). Lui succéderont Raymond Paradis et Huguette Desormeaux.


En 1963, une année après l’ouverture des travaux du concile Vatican II, leur numéro téléphonique devient le 378-5470.

En 1964, Roméo, toujours à l’emploi de l’Esmond Mills, devient mécanicien d’entretien.

Je nais en novembre 1966.

Un collègue de travail de l'Inde pose avec Roméo à l'Esmond
À l’été 1975, on demande à Roméo de se rendre avec un patron de l’usine, Dave Allan, si mon souvenir est bon, pour étudier la mécanique de nouvelles machines pour l’Esmond Mills. Il apprend notamment les rudiments des « corners automatiques ». Il fera une pause de quelques jours pour assister au mariage d’Yvon, le 19 juillet.


En 1986, il ferme l’usine de la rue Cowie après avoir démonté la machinerie qu’il avait installée dix ans plus tôt. Il les installera une deuxième fois dans une usine de la Dominion Textile située à Magog.

On lui offre de se joindre aux employés de Magog, mais il décide de se prévaloir du plan de pré-retraite auquel il souscrit depuis quelques années. Il a 58 ans.

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[1] Michel Jean. Tiohtia : Ke, Libre Expression, 2021, p. 70.
[2] Le lac de l’Est, Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Lac_de_l%27Est_(Kamouraska)
[3] Lors de ma visite du site, en 2013, elles étaient les reines du site puisque la maison n’existe plus.
[4] Né le 19 octobre 1897 et décédé le 12 février 1960. Inhumé dans le cimetière de Saint-Philippe-de-Néri.
[5] Née le 24 juillet 1906 et décédée le 21 mars 1976. Inhumée dans le cimetière de Saint-Philippe-de-Néri.
[6] En 1932, Edgar et Alice seront le parrain et la marraine de leur fille Bartha Lizotte.
[7] Le Peuple, 9 janvier 1931, p. 1. www.numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4020518?docsearchtext=le%20peuple%209%20janvier%201931
[8] Lumina Bélanger est inhumée dans le lot d’Henri Chenard et Rita Gagnon. Son nom ne figure pas sur la pierre tombale. L’information m’a été donnée par Léonard Voyer qui était présent lors de l’enterrement. Puisqu’il travaille en forêt loin de la région du Kamouraska, tout porte à croire qu’il était absent aux obsèques.
[9] Des annuaires de Granby sont conservés dans le centre de documentation de la Société d’histoire de la Haute-Yamaska (SHHY 920.011).
[10] Au Québec, la Révolution tranquille débute en 1960 et prend fin en 1982.

Roméo à lac de l'Est

Roméo est baptisé dans la chapelle du lac de l'Est le jour de Noel 1930

LE PRÉSENT DU PASSÉ: La piscine de Siloé est retrouvée

La piscine de Siloé est retrouvée

MONTRÉAL – Des archéologues ont retrouvé à Jérusalem la piscine de Siloé. Il s'agit d'une zone pavée et d'une canalisation d'eau sur le site d'un réservoir où, selon plusieurs chrétiens, Jésus aurait guéri un aveugle.

Le site se trouve près de l'ancienne cité de Jérusalem, dans la partie est conquise par Israël durant la guerre des Six Jours en 1967. Depuis ce temps, elle est annexée.

La datation de la piscine de 50 mètres de long, qui s'alimentait jadis par une canalisation d'eau à la source de Silwan, s'est minutieusement réalisée grâce à des pièces de monnaie qui ont été retrouvées dans le mortier qui a servi à la construction de la piscine et à des poteries brisées.

Les archéologues ont mis au jour une large volée de marches qui mènent vers le site.

La piscine n'était pas un réservoir d'eau comme certains ont longtemps pensé. Pendant 120 ans, elle a été utilisée par les Juifs pour des bains rituels. Elle est reliée au Mont du Temple par une route qu'ont démontrée les dernières fouilles.

Ce lieu rappelle le passage de l'Évangile de Jean : « Il a vu, en passant, un aveugle de naissance. Rabbi, demandent ses disciples, à qui la faute s'il est né aveugle, à lui ou à ses parents ? Ni à lui ni à ses parents, répond Jésus, c'est pour que l'action de Dieu se manifeste à travers lui. Tant qu'il fait jour, il nous faut remplir les tâches de celui qui m'envoie, la nuit tombée, on ne peut plus agir. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. Ayant dit ces mots, il a craché par terre, du crachat il a fait de la boue, la boue il l'a appliquée sur les yeux, et il a dit : « Va te laver dans le bassin de Siloé » (c'est-à-dire l'envoyé). L'homme est parti se laver et, au retour, il voyait » (Jn 9,1-7, La Bible, Bayard Médiaspaul, 2001).

Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, avril 2005, p. 161)