6 mai 2026

VISION CATHOLIQUE: La vie spirituelle

La vie spirituelle

Par Benoit Voyer

6 mai 2026

Au fil des ans, ma vision de Dieu et de Jésus a considérablement changé. Pour y parvenir, j’ai dû traverser plusieurs crises de vie et de foi. Tout comme ma compréhension de la vie en général et de celle de ceux qui m’ont donné naissance dans cette humanité, ma conception des choses divines a changé.

Durant les étapes que j’ai traversées, il m’est arrivé de dire : « Je suis agnostique » ou « Je suis chrétien à la limite de l’agnosticisme ». Il est bon de rappeler que l’agnostique n’est pas un athée. L’athéisme nie l’existence de Dieu. L’agnostique se questionne sur son existence. C’est quelqu’un qui doute. Il pose des questions. On ne lui fera pas gober n’importe quoi.

Depuis 2023, je dis : « Je suis chrétien… Je suis un chrétien de tradition catholique. Oui, je crois ! Mais pas en n’importe quoi ! ».

Ainsi donc, à presque 60 ans, l’image que j’ai de Dieu et de Jésus n’est plus celle de mon enfance, de mon adolescence et de celle que mes parents m’ont transmise. Au fil des ans, il m’a fallu à quelques occasions abandonner Dieu pour mieux le trouver ou le retrouver.

Et je sais déjà que lorsque je serai un centenaire, mes certitudes actuelles n’auront plus la même saveur qu’aujourd’hui.

Si je me fie à plusieurs grands psychologues, comme Erik Erikson, mon cheminement spirituel et religieux est normal et sain. Ils nous enseignent que l’homme et la femme passent par des étapes de développement à mesure qu’ils mûrissent. D’ailleurs, les grands mystiques catholiques ont enseigné la même chose pendant des siècles. C’est ce qui a conduit à des concepts comme les voies purgative, contemplative et unitive. De plus, plus près de nous, des auteurs spirituels comme James Fowler ont utilisé la psychologie moderne pour enrichir notre compréhension du développement spirituel.

Si on simplifie les choses à leur plus simple expression, le développement spirituel comporte trois grandes étapes : 1– Le détournement de nos mauvais penchants ou de nos péchés ; 2– La pratique de la vertu ; 3– Se sentir embrassé par l’amour divin. Ces étapes ne sont pas fermes, mais plutôt des périodes d’accentuation. Il y a une fluidité entre les trois. Selon les étapes de notre existence, nous serons plus ou moins dans l'une ou l’autre.

Malheureusement, bien des gens s’attardent à la première étape. On doit rapidement en venir à se focaliser sur la pratique de la vertu. Il faut passer du négatif au positif. On doit passer de « Comment puis-je arrêter de pécher ? » à « Comment puis-je être un meilleur chrétien ? »

Lorsqu’on prie et on lit les Évangiles, on ne se concentre pas sur le péché, mais sur Jésus comme la personne qu’on veut suivre et imiter : « Que puis-je faire pour plaire à Dieu ? » « Comment puis-je être meilleur ? »

La majorité des chrétiens passent la plus grande partie de leur vie dans cette étape du développement spirituel. Je ne suis pas un grand pécheur, mais pas non plus quelqu’un de parfait. Je tente d’être meilleur, même si j’échoue souvent. On fait ce qu’on peut.

Dans la troisième étape du développement, on ne se concentre pas sur soi, mais sur Dieu. En regardant Jésus dans les Évangiles, on verra une personne qui ne se contente pas de dire aux gens d’arrêter de pécher et de le suivre. On découvre plutôt quelqu’un de merveilleux qui nous parle de son Père, qui est aimant et compatissant. À cette étape du développement, on regarde les textes anciens pour constater à quel point Dieu est impressionnant et merveilleux : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. » (Jn 9, 5-11)

Rendu là, l’acte de foi le plus difficile à faire est de croire que Dieu nous aime inconditionnellement et qu’il est un Dieu bienveillant :

Un auteur dont je ne me souviens plus du nom disait qu’à chaque étape du développement spirituel, notre vie de prière est différente. Dans la première étape, c’est surtout la contrition (je suis désolé), dans la deuxième étape, c’est surtout la supplication (aide-moi) et dans la troisième étape, c’est surtout l’action de grâce et l’adoration (Tu es incroyable, mon Dieu).

Dans la dernière étape du développement spirituel, on tombe véritablement amoureux et on s’engage. En vieillissant, mon dialogue avec le bon Dieu se résume de plus en plus à l’essentiel : « Salut ! Je suis là ! Merci d’être là, toi aussi ! Je t’aime, tu le sais bien… »

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Un SPA spirituel pour sa beauté intérieure

Le manoir de Beaujeu
Un SPA spirituel pour sa beauté intérieure

Par Benoît Voyer


Sur le bord du lac Saint-François, une grande étendue d'eau du Saint-Laurent, à Côteau-du-Lac, situé à quelques kilomètres du pont Monseigneur Langlois, qui permet un accès à la rive nord du fleuve aux citoyens de la grande ville de Valleyfield, se cache un vieux manoir de pierres. Il s'agit de l'ancienne maison du maître de la Seigneurie de Soulanges. Anne, ma cousine éloignée, dirige la maisonnée.

Le Manoir de Beaujeu devient, en 1968, un centre de villégiature pour les catholiques, dirigé par un organisme sans but lucratif, Gestion hôtelière Soulanges. On y donne des retraites spirituelles et des séminaires de perfectionnement humain. L'accueil et les opérations sont sous la responsabilité d'une équipe de laïcs, mais des prêtres de l'Opus Dei y assurent les causeries sur la foi et y donnent de la direction spirituelle.

Le site est unique en son genre. Il suffit de s'asseoir confortablement sur une chaise du grand balcon, situé à l'arrière de la maison ancestrale pour être ébloui par un paysage époustouflant digne d'une carte postale. Le point d'observation offre vue unique sur la flore du fleuve Saint-Laurent et du Lac Saint-François, nom donné en l'honneur de Jean-François Régis, Jésuite français canonisé en 1737.

Cette étendue d'eau a été fort fréquentée jusqu'à l'ouverture de la voie maritime du Saint-Laurent, en 1959. Le canal de Soulages était un raccourci marin pour naviguer rapidement de Montréal jusqu'aux Grands Lacs. La voie navigable de Coteau-du-Lac a été construite entre 1892 et 1899. Pas très loin du manoir. Le Lieu historique du Canada de Côteau-du-Lac, propriété de Parcs Canada, témoigne de cette époque pas très lointaine.

La grande propriété du manoir regorge aussi d'une nature généreuse riche de grands conifères et de feuillus de taille respectable. Une excursion pédestre permet de respirer une bouffée d'air frais.

Il n'y a pas que l'écosystème qui impressionne ici.

À l'intérieur de la luxueuse résidence, qui est couronnée d'un toit à la Mansard avec deux cheminées, se cache un décor qui transporte le visiteur au cœur d'un autre siècle. Malgré le dépaysement, tout est rassurant. En ces murs, l'aménagement, tout comme le style de vie, respire l'ordre.

Lors de ma visite, je me suis exclamé à la vieille cousine en question, Anne Lousignant, la gérante du manoir : « On dirait une espèce de SPA... spirituel, c'est-à-dire un centre de beauté pour l'âme ! ». Il n'en fallait pas plus pour qu'elle s'amuse de l'idée, mais qui, admet-elle, résume efficacement et en mots simples la mission particulière de la résidence d'époque.

Dès que s'ouvre la porte, l'accueil désarme. En quelques minutes, on se croit en visite chez une bonne vieille cousine toujours heureuse de nous revoir. L'ambiance familiale est une vertu dominante au Manoir de Beaujeu. Et la bonne vieille cousine veille sur tout. De l'accueil jusqu'à la cuisine. Il suffit de se laisser guider et gâter.

Justement, il est impossible de passer sous silence cette gastronomie digne des meilleures auberges champêtres.

«Ici, rien n'est laissé au hasard. Tout est soigneusement pensé et servi avec adresse et délicatesse. Tout débute par la présentation de la table. Le repas n'est pas commencé que, déjà, nous voulons délecter les papilles gustatives de nos invités par l'intermédiaire des yeux et de l'odorat», me raconte ma chère cousine Anne qui ne semble pas avoir plus de quarante ans. Vous devez voir son élégance.

Dans une maison de retraites fermées il doit bien y avoir une chapelle ? Il suffit d'en parler pour qu'une porte s'ouvre près de l'entrée. C'est là que se cache le petit oratoire décoré de riches boiseries, comme celles que j'aimerais avoir chez moi. Ce lieu sacré peut accueillir 24 personnes. C'est ici que les retraitants se recueillent deux à trois fois par jour pour entendre des causeries spirituelles de 20 à 30 minutes qui se donnent devant le Saint-Sacrement. La pièce rayonne d'ondes christiques.

Ce qui étonne au manoir de Beaujeu est que les activités se donnent presque toujours à guichet fermé. La clientèle est très stable et elle revient habituellement d'une année à l'autre. Ce qui étonne aussi est que les activités ne sont pas mixtes. Une fin de semaine, elles sont destinées aux femmes. L'autre, aux hommes. La mode unisexe n'a pas franchi les lucarnes de ce château du Québec.

Le manoir de Beaujeu offre aussi diverses activités de formation : Il y a des séminaires de formation professionnelle, des sessions sur le leadership, des fins de semaine pour les étudiants, des ateliers sur la famille, des cours de philosophie et de théologie, etc. Le but est toujours l'approfondissement de la foi chrétienne et de donner des outils afin que chaque retraitant devienne un meilleur chrétien au cœur du monde. Il s'agit donc d'un lieu de transformation intérieure.

Les retraites fermées et les sessions durent trois jours, habituellement du jeudi soir au dimanche après-midi. En plus des causeries, il y a la célébration des sacrements de l'eucharistie et de la réconciliation, le chapelet et le chemin de croix. Toutefois, chacun est libre de participer ou pas aux activités proposées.

«La retraite spirituelle a habituellement pour objectif de se remettre en orbite, dans sa vie de chaque jour et dans sa vie chrétienne, explique Isabelle Saint-Maurice qui fréquente ce lieu depuis qu'elle a une dizaine d'années. Durant ces journées, les grandes questions se posent: Quelles sont mes origines ? (d'où viens-je ?) Quel est le but de la vie chrétienne? (où vais-je ?). Le prêtre qui anime la retraite aborde aussi des thèmes comme : les valeurs humaines et chrétiennes, le sens de l'existence, la vie avec le Christ, l'importance des sacrements dans la vie de foi, etc. Il fait donc un survol des aspects fondamentaux de la foi.»

L'histoire du manoir de Beaujeu débute en 1826. Cette année-là, le Britannique John Simpson, receveur des douanes et inspecteur des écluses à Côteau-du-Lac, un poste important entre le Haut-Canada et le Bas-Canada, se fait construire un manoir. Celui-ci devient donc le plus ancien bâtiment de l'actuelle municipalité de Côteau-du-Lac. Le 2 août 1831, le comte Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu, quatrième seigneur de Soulanges, en devient le propriétaire.

Ce lieu de villégiature catholique de haut niveau est ouvert à tous. Le forfait du jeudi soir au dimanche midi, comprenant les 3 repas du vendredi, les 3 autres du samedi et les deux du dimanche; les collations du soir; les causeries; les messes; la direction spirituelle; et, l'accès à la nature du site, est offert pour 355 $. Les étudiants bénéficient de tarifs spéciaux. On parle d'environ le tiers du prix.

Pour en savoir davantage sur les prochaines retraites ou pour en savoir plus, il suffit de téléphoner à Anne Lousignant. Si vous lui parlez avant moi, dites-lui un beau bonjour de la part de son vieux cousin !

Le Manoir de Beaujeu
Côteau-du-Lac
(450) 763-5507


(Revue Sainte Anne, juillet-août 2004, pp. 309 et 310)