10 mai 2026

TOURISME ESTIVAL : Le Manoir Mauvide-Genest

Le Manoir Mauvide-Genest

Par Benoit Voyer

10 mai 2026

L'époque des seigneuries et celle qui l'a précédée m'intéressent beaucoup. De plus, j'adore les vieilles maisons coloniales. Le 23 juillet 2025, de passage sur l'île d'Orléans dans le cadre d'un premier survol du lieu où ont vécu mes ancêtres Dupont, à Sainte-Famille, j'ai visité le Manoir Mauvide-Genest, à Saint-Jean.

C'est en lisant le livre "Par le chemin du Roi, une femme est venue", consacré à la vie de la bienheureuse Marie-Rose Durocher (1768-1830), que j'ai découvert ce site historique tout à fait exceptionnel. C'est ici que sa mère, Geneviève Durocher, a passé son enfance, bénéficiant de l'éducation que lui offrait sa tante Anne Mauvide (1736-1799), la seigneuresse du lieu et épouse de René-Amable Durocher (1737-1786). L'actuel nom du manoir fait référence aux parents de sa tante, Jean Mauvide (1701-1782) et Marie-Anne Genest dit Labarre (1707-1781). En plus d'être seigneur de la partie sud-ouest de l'île de 1752 à 1779, Jean Mauvide était chirurgien du roi et marchand.

C'est dans cette maison que le contrat de mariage entre Geneviève Durocher et Olivier Durocher (1771-1859) a été signé. Ils se marieront le 20 janvier 1794, dans l'église catholique du patelin qu'il est également possible de visiter.

Ainsi donc, le Manoir Mauvide-Genest est un ancien manoir seigneurial situé à Saint-Jean, sur l'Île-d 'Orléans. Il a été construit en 1734 par Jean Mauvide et agrandi en 1738 et avant 1755. La chapelle date de 1929. Il s'agit d'un des plus vieux manoirs seigneuriaux qui existent au Québec. Il a été classé immeuble patrimonial en 1971 et désigné lieu historique national du Canada en 1993.




LE PRÉSENT DU PASSÉ : Mgr Joseph-Aurèle Plourde

Mgr Joseph-Aurèle Plourde,
Archevêque émérite d'Ottawa

« Sur mon testament, j'ai demandé qu'on chante à mes funérailles l'Ave Maris Stella, l'hymne national des Acadiens, pour qu'on sache que je suis Acadien jusque dans la mort. » « C'est Mon Fils! Il est formidable »

OTTAWA — Il est bon de rencontrer un aîné heureux et serein. Le visage de Mgr Joseph-Aurèle Plourde, archevêque émérite d'Ottawa, est rempli de bonté. Il rayonne. Ses yeux sont magnifiques. Ils ont du regard. Il n'a vraiment pas l'air de son âge. Pourtant, il a passé le cap des 90 ans. Il marche droit et fier. Et, surtout, il a l'esprit vif. Il est à la retraite depuis maintenant 15 ans.

Il arrive sans retard à notre rendez-vous. Il s'avance dans le couloir du troisième étage du Centre diocésain d'Ottawa à pas lents et avec élégance. Pour l'occasion, il a mis son col romain et sa croix épiscopale. Il me sert chaleureusement la main et me regarde droit dans les yeux.

« Vous êtes originaire de quel endroit? » Il n'en faut pas plus pour lancer la conversation. « Je suis Acadien! » Rapidement, il clarifie ses origines : « Je dis que je suis Acadien, mais je ne suis pas un descendant des déportés. Mes grands-parents venaient de Rivière-Ouelle, au Québec. »

Dans ma mémoire, l'évocation de ce village me ramène plusieurs années en arrière. Lorsque j'étais enfant, je me rendais souvent au Foyer Martin pour aller y visiter ma grand-mère paternelle, Alice Chenard, veuve d'Edgar Voyer.

Je lui confie mon souvenir : « Il y a beaucoup de Plourde dans le comté de Kamouraska ! Je me souviens de ceux de Mont-Carmel... »

Il répond sans tarder : « C'étaient probablement des parents éloignés parce que tous les Plourde d'ici ont la même souche. Ils sont les descendants des deux mêmes frères. »

Malgré tout, son cœur est acadien : « Un jour, je prêchais une retraite à des prêtres de Moncton. J'ai confié : sur mon testament, j'ai demandé qu'on chante à mes funérailles l'Ave Maris Stella, l'hymne national des Acadiens, pour qu'on sache que je suis Acadien jusque dans la mort. J'ai eu droit à de chaleureux applaudissements ! » (rires)

Une vie au crépuscule
Il y a de ces questions difficiles, même pour un journaliste: « Mgr Plourde, je sais que c'est délicat, mais c'est une réalité de la vie : vous avez 90 ans. Vous en êtes au crépuscule de votre vie... Éventuellement, le Seigneur vous fera rentrer au bercail. Il vous arrive de penser à la mort ? »

Il sourit : « Et ça ne m'énerve pas du tout! Je trouve cela normal. Et cela vous paraîtra peut-être étrange, mais j'ai presque hâte de mourir. Je me dis : je vais rencontrer beaucoup plus de monde que j'aime. Ils sont déjà rendus où j'irai! Si je vais au ciel, comme je l'espère, je vais être beaucoup plus heureux que je le suis ici. Alors pourquoi rester ? Je n'ai plus de famille! J'avais cinq frères et cinq sœurs. Il ne me reste plus qu'une sœur et elle a la maladie d'Alzheimer. Il n'y a donc plus aucune communication possible avec elle quand je lui téléphone. Alors, je n'ai plus de famille. De plus, les amis que j'avais au collège sont aussi partis. Il ne me reste plus rien ici ! »

Je rétorque en douceur : « On dirait que le Seigneur vous a oublié... » Il trouve la réflexion bien drôle : « Oui! Peut-être! » Il me confie ne pas avoir peur de la mort et qu'il sera content de l'arrivée de ce moment. Honnête, il admet cependant que la manière du départ l'inquiète beaucoup. Il craint la maladie et la souffrance.

Seul au monde ?
Il dit être seul au monde, mais il finit par confier un secret: « Vous vous souvenez des boat people, en 1975, au Cambodge ? »

Cette année-là, le gouvernement avait demandé aux évêques du Canada de promouvoir le parrainage. L'état s'engageait à doubler le montant financier de l'aide. L'archevêque d'Ottawa, alors en fonction, avait accepté d'en parler.

Un jour, il est invité à souper chez l'ambassadeur américain qu'il connaît assez bien puisqu'il est catholique. Il y avait autour de la table le commissaire aux réfugiés des Nations unies et quelques personnes.

« Ils m'ont dit: « Vous, les évêques, faites la promotion du parrainage d'enfants, mais, comme cʼest souvent le cas, vous ne ferez concrètement rien! Pourquoi ne parrainez-vous pas personnellement quelqu'un ? » J'ai été surpris de la remarque et de la question. J'ai répondu: « Mon milieu est beaucoup trop clérical et il y a très peu de catholiques au Cambodge... », relate l'archevêque émérite de la région ottavienne.

Après son départ, il réfléchit sérieusement à la proposition. Il décide de retourner rencontrer l'ambassadeur pour en reparler plus longuement. La femme de celui-ci partait justement en Thaïlande afin de visiter un camp de réfugiés dans lequel sa fille travaillait.

Mgr Plourde lui dit : « Si vous trouvez un orphelin, puisque je ne peux pas prendre la charge d'une famille, je pense que je le parrainerais. »

Là-bas, elle parle de l'intérêt du prélat. La réponse vint instantanément. Un jeune était pointé : Huot Tee.

De retour au Canada, l'affaire est conclue. « Comment va-t-il vous appeler, Monseigneur ? » « Qu'il m'appelle père et il décidera d'y mettre le sens qu'il voudra. »

Peu de temps après, les Chevaliers de l'Ordre de Malte demandent à Mgr Joseph-Aurèle Plourde de visiter des camps de réfugiés en Thaïlande. Il accepte.

Joseph-Aurèle Plourde se souvient : « À Bangkok, où je passais, on a fait venir le jeune que je parrainerais. Je pensais qu'il m'appellerait père, comme nous avions convenu. En me voyant, il s'élance vers moi en disant : « Ah ! Papa ! Pour lui, c'était définitif : j'étais son père ! »

Le jeune de 17 ans a finalement émigré au Canada et l'archevêque a réalisé auprès de lui son contrat d'une année tel que convenu.

Ses yeux s'allument et il raconte avec émotion : « Je lui ai finalement trouvé une famille formidable. Le couple avait sept enfants. Je croyais que c'était un milieu bien mieux pour lui. Je lui ai finalement communiqué ma décision. Il était furieux! Il m'a dit: « Non !!! Vous êtes mon père et je reste avec mon père! » J'ai donc accepté de le garder. Je pensais que cela allait être beaucoup de préoccupations pour moi, mais ce ne fut pas le cas… Aujourd'hui, Huot Tee a 42 ans, il travaille pour Postes Canada et il est marié. Vous savez, il vient me voir deux ou trois fois par semaine. Il m'appelle toujours avant sa visite pour me demander si j'ai besoin de quelque chose. Le dimanche il vient avec sa famille, à la messe, dans l'église qui est située en face du Centre diocésain où je demeure et ils viennent dîner avec moi. C'est mon fils ! Il est formidable ! »

Il ne cache pas qu'on s'est beaucoup questionné sur la présence de ce jeune dans sa vie. On craignait que l'exemple se répande trop. Même le Vatican a fait sa petite enquête suite à une visite chez le Saint-Père avec « son fils »

Un mot pour l'histoire
L'histoire se souviendra inévitablement de son action dans l'archidiocèse d'Ottawa. Je ne peux m'empêcher de lui lancer ma traditionnelle question piège: « Qu'est-ce que vous aimeriez que je retienne de vous ? »

Il répond sans tarder: « Cela m'est égal! On dira ce qu'on voudra de moi... Vous savez, lorsqu'on arrive à un certain âge, comme le mien, on se demande beaucoup plus ce que Dieu pense de soi que ce que les autres peuvent bien penser. C'est ma rencontre avec Dieu qui est importante, le reste m'importe peu. »

La romancière Amélie Nothomb a tellement raison quand elle questionne et répond, dans son ouvrage « Métaphysique des tubes » : « Quelle est la différence entre les yeux qui ont un regard et les yeux qui n'en ont pas ? Cette différence a un nom : c'est la vie. La vie commence là où commence le regard ». Tout est affaire de vision des choses. Et quand elle a la couleur du ciel, comme le bleu des yeux de Mgr Joseph-Aurèle Plourde, il nous fait inévitablement affirmer que la vie commence à la veille de la mort C'est le secret de la sérénité.

Mgr Joseph-Aurèle Plourde,
Archevêque émérite d'Ottawa
Centre diocésain
1247, Place Kilborn
Ottawa, Ontario, Canada
K1H 6K9
Par Benoît Voyer

(Revue Sainte-Anne, janvier 2005, p. 9)