9 mai 2026

SANTÉ MENTALE : Recréer des liens afin de contrer la solitude

Recréer des liens afin de contrer la solitude

Par Benoit Voyer

9 mai 2026

À l’occasion de la Semaine de la santé mentale, qui se terminera demain, le 10 mai, on lance un appel à se rassembler et à recréer des liens humains afin de briser le sentiment de solitude, le « défi majeur de notre époque » selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les spécialistes conviennent de plus en plus que la solitude est devenue une source de nombreuses problématiques en santé mentale.

L’humain est un être de relations. Cela fait partie de son ADN. Afin d’avoir une vie en équilibre, il est important qu’il soit en dialogue avec d’autres personnes qui vivent son humanité. Si les Québécois et les Québécoises sont dans le top du palmarès mondial de la consommation d’antidépresseurs, l’isolement d’un grand nombre pourrait-il en être une des causes ?

Cependant, être en dialogue avec une autre personne ce n’est pas toujours facile. Je l’ai déjà écrit : une chose que la vie m'a apprise, c'est que pour se comprendre, il faut écouter avec le cœur. C'est ce qu'on appelle l'empathie. Il y a maintenant longtemps, le 21 septembre 2014, j’abordais pour la première fois le sujet de l’art du dialogue empathique dans la défunte version québécoise du Huffington Post [1].

J’écrivais que pour y parvenir, une ouverture réciproque sans peur de l'autre est nécessaire parce que la peur est l'ennemi de l'ouverture. « Lorsque j'ai peur, une part de moi se referme. C'est un mécanisme normal de défense. »

J’ajoutais : « Savoir écouter, ce n'est pas seulement entendre ce que l'autre me dit. C'est surtout savoir saisir ce qu'il tente d'exprimer avec toute sa personne. C'est ce qu'on appelle le langage non verbal. On dit qu'à peine 7% [à 12%] de la communication humaine se fait avec des mots. Il y a tant de choses dont on ne trouve jamais le verbe pour l'exprimer. Au-delà des paroles et des actions, qu'est-ce que le cœur de la personne devant qui je me retrouve veut exprimer ? Qu'est-ce que les attitudes et le langage de son corps disent ? J'aime l'idée que le corps placote autant que les syllabes en bouche. La rencontre de cultures différentes - tout comme le dialogue intergénérationnel - se passe de la même manière qu'entre deux personnes qui tentent de se comprendre. »

Il y a quelques jours, dans l’édition du 11 février 2026 du magazine français Psychologies, je lisais les propos fort intéressants de la psychopraticienne Violaine Gelly [2].

Elle écrit : « Comprendre l’autre, ce n’est pas forcer les mystères de son être, c’est plutôt apprendre son langage. […] Comprendre l’autre, ce n’est pas toujours parler sa langue, c’est lui demander de nous la traduire. C’est dire : « Je ne sais pas exactement ce que tu vis, mais j’ai envie de comprendre comment tu le vis. » [...] La compréhension n’est pas un savoir définitif mais un mouvement. Un élan. Une manière de poser un regard vivant sur l’autre, qui permet au désir de circuler là où la routine voudrait s’installer. Cette curiosité n’est pas naïve : elle voit les failles, les ombres, les agacements. Elle ne maquille rien. Mais elle donne du souffle. Elle crée un espace où l’autre peut se dire sans crainte. Et nous, elle nous permet de prendre le temps de confronter nos interprétations à la réalité. »

Elle écrit aussi : « On apprend à lire l’histoire de l’autre comme un texte dont certaines pages manquent, ou sont raturées, ou encore écrites dans une langue inconnue. Il s’agit moins de percer un secret que de suivre une intrigue. »

Pour appuyer son propos, Violaine Gelly s’appuie avec brio sur le philosophe Paul Ricoeur qui rappelait que nos vies sont des récits que nous réécrivons sans cesse : « Comprendre quelqu’un, revient à comprendre le récit que cette personne fait d’elle-même et que parfois elle n’arrive pas encore à formuler. » C’est accepter que l’autre se transforme, que ses motivations évoluent, que ses certitudes se fissurent, que le livre soit en cours permanent d’écriture. On ne comprend jamais quelqu’un une fois pour toutes. On le comprend à cet instant-là, avec ce qu’il vit, dans ce cycle, cette fatigue, cette réminiscence du passé. Comprendre, c’est entrer dans le récit de l’autre, dans ses zones de tension, ses incohérences, ses ellipses. L’amour devient une compréhension partagée : « Une manière d’interpréter l’autre sans jamais refermer son sens », pour Ricoeur. […] Aimer, finalement, c’est accepter que l’autre reste en partie inconnu – et choisir malgré tout de marcher vers lui. »

Être soi
Enfin, disons-le honnêtement, le point de départ d'un bon dialogue, c'est l'identité individuelle. Ainsi donc, ce sont deux « moi » – ou personnes – qui s'ouvrent l'un à l'autre ou, pour reprendre les termes de la série jeunesse « Passe-Partout », « deux fesses qui se connaissent ».

C'est un vieil adage : Il est impossible de bien connaître l'autre qui est devant moi, si je ne me connais pas moi-même. Et puis, je ne peux guère accueillir sa différence, si je suis incapable d'affirmer la mienne. Ainsi, pour apprécier une autre culture différente de la mienne, il faut avant tout aimer celle qui a fait de moi ce que je suis. Pour apprécier le pays d'autrui, il est préférable d'avoir visité le sien. L'autre n'est pas moi.

Ce que j’avançais dans le Huffington Post reste d’actualité : « Lorsqu'on veut véritablement comprendre culturellement l'autre, il est important de mettre de côté les réponses faciles, les propos superficiels et les idées préconçues. Et puis, éviter de se comporter en conquérants ou en « personne qui fait pitié ». Enfin, la rencontre avec une autre culture n'est possible qu'en restant humble ».

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[1] Benoit Voyer. « Apprendre à dialoguer avec les Premières Nations afin de sortir des préjugés», Huffington Post Québec, 21 septembre 2014 (page consultée le 29 juillet 2024) www.huffpost.com/archive/qc/entry/apprendre-a-dialoguer-avec-les-premieres-nations-afin-de-sortir_b_5844076
[2] Violaine Gelly. « COUPLE : faut-il se comprendre pour S’AIMER ? » Psychologies (France), 11 février 2026, pp. 84-86.

LE PRÉSENT DU PASSÉ : Alain Massé

Alain Massé,
gestionnaire, homme de désir et témoin de la lumière

« Cette journée-là, en regardant l'hostie dans l'ostensoir, je vois comme une lumière vive jaillir d'elle. Après quelques instants, je ne suis plus capable de garder mes yeux ouverts. Je pleure... C'est plus fort que moi ! Le Jésus que je désirais tant est là ! »

Benoît Voyer

GRANBY – Alain Massé ne peut plus se taire. Il a rencontré, dans une expérience christique, voire mystique, Jésus, le fils de Marie. Détenteur d'un baccalauréat en administration des affaires, option comptabilité, de l'Université de Sherbrooke, d'un baccalauréat multidisciplinaire en animation pastorale, en toxicomanie et en santé mentale et d'une maîtrise en comptabilité presque entièrement complétée, il est actuellement gestionnaire-comptable de l'usine d'une multinationale de l'industrie de la confiserie. Son expérience spirituelle intense est bien plus que du bonbon !

Alain Massé, avant de le rencontrer, qui était Jésus pour vous ?

Jésus était pour moi une personne importante et intéressante à cause de ce qu'il est et ce qu'il a fait.

Cependant, dans les circonstances difficiles que je vivais, je ne désirais rien de moins que le rencontrer. Je voulais vivre une expérience surnaturelle...

Je me questionnais sur la manière d'entrer en communication avec lui. Est-ce que c'est possible? Se transmet-on cela de génération en génération ?

Je savais, à l'intérieur de moi, qu'il devait bien y avoir un fond de réalité, car sans pouvoir le définir et le décrire j'avais toujours eu un attrait pour Lui.

Je me souviens de mes jeunes années, lorsque j'allais à l'église, je sentais, sans pouvoir la définir, une certaine présence dans ce lieu.

Je cherchais ... Je le désirais ! Je voulais voir Jésus ! Je voulais le connaître intimement.

C'était en 1988

Avez-vous trouvé ce que vous espériez tant?

Oui! En décidant d'aller plus loin !

Je me souviens d'une expérience que j'ai vécue à la maison des Trinitaires de Granby, un centre de retraites spirituelles qu'on appelle maintenant le Centre Jean-Paul-Regimbal. En entrant dans ce lieu, j'ai goûté à nouveau à la fameuse présence que je sentais à l'église durant mon enfance, une présence qui se décrit difficilement avec des mots, mais qui est tellement pacifiante.

Qu'est-ce qui s'est passé durant cette retraite spirituelle?

Durant la fin de semaine, il y a eu l'adoration du Saint-Sacrement. Un prêtre est arrivé dans notre salle de causeries avec un ostensoir. Il y avait une hostie blanche au milieu. Il disait: « Attention ! Laissez passer Jésus ! »

Intellectuellement, je ne comprenais pas trop ce qu'il voulait bien dire. Cependant, dans la foi, j'ai dit: « Seigneur, je ne sais vraiment pas si tu es présent là-dedans, mais si toutefois tu l'es, je suis prêt à t'accueillir tel que tu es ! »

Rien ne s'est passé pour moi à ce moment...

Alors, vous l'avez rencontré comment?

J'y arrive ...

Lors d'une autre soirée, il y a eu, encore une fois, la présentation du Saint-Sacrement.

Le prêtre se promène avec la présence réelle dans l'assistance. Lorsqu'il arrive à ma hauteur, une émotion indescriptible et une grande paix m'envahissent. J'en perds presque l'équilibre (!). Je m'assois ... C'est intense ! C'est extraordinaire !

Le phénomène se vit en moi et il est bien difficile à décrire. C'est verbalement quasi impossible.

Ce que je sais, c'est que je me sens bien. Je me sens comme un enfant emmitouflé au chaud dans une grosse doudou ! Ça ressemble vraiment à cette sensation, mais de l'intérieur...

Cette journée-là, en regardant l'hostie dans l'ostensoir, je vois comme une lumière vive jaillir d'elle. Après quelques instants, je ne suis plus capable de garder mes yeux ouverts. Je pleure... C'est plus fort que moi! Le Jésus que je désirais tant est là !

Pour moi, cette expérience a été la démonstration que Jésus est vraiment présent dans l'eucharistie.

À regarder vos yeux, il est clair que vous avez été touché par quelque chose ou quelqu'un qui transcende notre finitude…

L'expérience m'anime encore! Elle me motive à continuer à prendre des temps de relation avec Jésus.

Ces temps avec le Christ me font un bien inimaginable ! Souvent, lorsque je suis très fatigué physiquement ou intérieurement, je m'arrête et je demande à la Trinité la permission d'entrer en relation avec elle.

À chaque fois, je me sens tellement visité et comblé. Ma fatigue finit toujours par s'en aller. Ainsi, ma relation avec la Trinité devient comme un tremplin pour mieux replonger dans la vie active.

Vous êtes un gestionnaire d'entreprise. Vous administrez l'usine d'une multinationale de la confiserie. Qu'est-ce que Jésus change dans votre travail d'administrateur?

Cela me conduit à un plus grand accueil de l'expérience de l'autre et à un plus grand respect de ce qu'il est.

De plus, il m'inculque des valeurs de dépassement, d'honnêteté et de sagesse.

Lorsqu'on vous demande de faire des déclarations ou des transactions financières douteuses, comment réagissez-vous?

Ça m'est arrivé, il y a quelques années. J'avais refusé de me joindre à certains exercices financiers, car la situation entraînait de fausses déclarations. Je ne voulais pas participer à cela parce que des personnes auraient été brimées à cause de ce geste. Ma conscience chrétienne m’empêchait d'agir ainsi.

Que ce soit au travail ou à la maison ou entre amis, je me dis que les valeurs que j'ai me sont inspirées de l'Évangile. Mais celui-ci vient d’où ? Du Verbe qui s'est fait chair (!). C'est donc Dieu qui s'est incarné, qui est venu nous apprendre à mieux nous connaître et nous donner le défi de nous dépasser dans l'amour.

(Revue Sainte Anne, juin 2004, p. 249)