VISION CATHOLIQUE : Le pluralisme religieux : un défi pour le christianisme d'aujourd'hui
Par Benoit Voyer
7 mai 2026
Le pluralisme religieux est une question encore plus difficile que celle de l'athéisme et de l'indifférence religieuse qui a fait couler bien de l'encre, il y a quelques années. Il amène un challenge de taille au christianisme. Ce dernier doit veiller à maintenir le privilège de sa singularité comme étant LA vraie religion et trouver une manière de dialoguer avec les autres traditions religieuses dans le respect des visions de l'autre et de la sienne.
Le pluralisme religieux interpelle la théologie chrétienne en plusieurs aspects.
Tout d'abord, il a le défi de concilier simultanément : la permanence de la sécularisation, l'athéisme, l'indifférence religieuse, le retour du religieux et du sacré et un engouement pour des sagesses autres que celles des religions de la Bible, notamment celles de l'Orient. Le travail est imposant parce que les conciliations sont parfois quasi impossibles. L'heure est donc au dialogue.
En second lieu, il interpelle à répondre à une nouvelle question théologique fondamentale: Est-ce que d'un pluralisme nous ne sommes pas théologiquement invités à envisager un pluralisme de principe qui relèverait de la volonté de Dieu ? En d'autres mots, est-ce que le pluralisme correspondrait à la volonté de Dieu ? Le théologien Claude Geffré écrit dans son ouvrage « Croire et interpréter - Le tournant herméneutique de la théologie » (Cerf, 2001) que cela est possible, mais que nous n'en savons guère la signification : « On peut penser que [ ... ] les multiples expressions du phénomène religieux tout au long de l'histoire concourent à une meilleure manifestation de la plénitude inépuisable de l'Esprit de Dieu. »
Aussi, sans compromettre le privilège unique du christianisme, nous devons chercher à penser la pluralité insurmontable des voies vers Dieu. C'est un autre beau défi qui demande de concilier l'affirmation fondamentale de la volonté universelle de salut de Dieu avec tous les textes du deuxième testament qui, pour leur part, attestent qu'il n'y a pas de salut en dehors de la connaissance explicite de Jésus. Insurmontable? Claude Geffré spécifie que cela n'est peut-être pas si insurmontable qu'on le croit.
De plus, le pluralisme religieux amène à devoir réinterpréter tous les textes de la Bible et le témoignage de la tradition chrétienne à partir de sa réalité. Le pluralisme est une nouvelle expérience historique.
Enfin, il faut replacer les textes de la longue tradition patristique et théologique dans leur contexte historique. À part le judaïsme, à l'époque des Pères de l'Église, aux premiers siècles de notre ère, on n'était pas très ouvert aux autres religions. Elles formaient des groupes de païens inspirés du diable. On était extrêmement sévère. Les Pères de l'Eglise avaient une expérience historique très différente de la nôtre. Des religions comme celles de la Mésopotamie, de l'Égypte et de Rome de cette partie de l'histoire sont disparues. De plus, l'Islam n'était pas encore né et ils connaissent vaguement les autres religions d'Orient. Aujourd'hui, nous faisons appel à des systèmes religiologiques nouveaux, pour les plus importants de forme théiste, qui amènent une vision différente des relations interreligieuses.
Malgré leur sévérité, les Pères de l'Église montraient tout de même jugement fort positif à l'égard de la « Sagesse des Nations » qu'on peut aussi appeler la « sagesse philosophique des Nations ». Ces philosophies sont une théologie des semences du verbe, car elles parlent de Dieu.
Pour un œcuménisme interreligieux efficace
Trois conditions sont essentielles pour que le dialogue œcuménique interreligieux soit efficace et porteur d'avenir.
Premièrement, il faut respecter l'autre dans son identité propre. Ainsi, il faut commencer par dépasser ses préjugés historiques non critiqués. Il s'agit plutôt de faire un acte d'imagination analogique, c'est-à-dire de déceler la ressemblance dans la différence. Il s'agit d'une attitude herméneutique dans l'esprit du document de la Commission biblique pontificale sur l'interprétation de la Bible dans l'Église. Avant de juger l'autre, il faut vraiment le connaître. Ce n'est qu'en apprenant profondément le langage de la religion de l'autre que cela est possible, mais pour cela il faut du temps et un effort intellectuel.
Deuxièmement, il faut rester fidèle à sa propre identité religieuse. Cela est simple : pour accéder à l'autre, il faut être fidèle à soi, c'est-à-dire à sa propre tradition. Si cette idée n'est pas au rendez-vous, le dialogue est impossible. On se dirige vers le confusionnisme.
Le problème est que, actuellement, il est de plus en plus difficile pour un chrétien de réfléchir à ce qu'est véritablement sa propre identité et de comprendre que toutes les vérités religieuses ne sont pas toutes complémentaires et, parfois même, elles sont inconciliables.
Faire abstraction de sa propre foi n'est pas une véritable attitude d'ouverture à l'autre, car pour s'ouvrir à l'autre le dialogue est nécessaire. Celui-ci implique la divulgation et l'accueil de ses différences mutuelles.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Les catholiques doivent prendre la parole
OTTAWA – Les médias forment et informent. Pour une grande partie de la population, il s'agit de la seule source de formation et d'informations accessible immédiatement.
Le monde des communications médiatiques joue donc un impact considérable sur les mentalités. Il peut faire un bien énorme ! Il peut bâtir comme il peut détruire l'être humain. Il peut présenter une vision très belle et constructive de ce qu'il est et, d'un autre côté, lui offrir une vision qui ne respecte pas sa dignité humaine.
C'est pour cette raison que Michèle Boulva, co-directrice de l'Organisme catholique pour la vie et la famille (OCVF) et ex-journaliste, lance, dans une interview qu'elle a accordée à la Revue Sainte-Anne, de passage dans la capitale canadienne, une invitation formelle, surtout à ceux qui ont choisi de suivre Jésus à travers la voie du catholicisme : « Il est important que monsieur et madame « Tout-le-Monde » qui lisent les journaux, qui voient une publicité sur un abribus, qui regardent la télévision ou qui visualisent des émissions sens dessus dessous prennent la parole. Écrire une lettre ouverte, ce n'est pas long ! Quatre ou cinq lignes suffisent ! Ce sont souvent les plus courtes qui sont publiées. »
Pour elle, il faut absolument apprendre à utiliser les médias pour faire valoir ce qu'on a à dire, surtout lorsqu'il s'agit de valeurs éthiques que proposent les textes des premier et deuxième testaments et aussi, la longue et riche tradition de l'Église.
Benoît Voyer
(Revue Sainte-Anne, mai 2005, p. 209)
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