C'ÉTAIT LE PRÉSENT DU PASSÉ: La désinformation dans les médias


La désinformation dans les médias

Personne ne s'en étonnera : de nombreuses entreprises de communication au service des grandes entreprises, des partis politiques et de groupes de revendications utilisent la désinformation médiatique pour faire passer leurs messages et opinions.

Arnaud de Lassus de l'Action familiale et scolaire, organisme parisien, de passage au Canada, il y a quelque temps, appelle cela « le pouvoir des médias ».

« La désinformation est l'arme principale de la guerre idéologique », lance-t-il. Pour ce Français qui reprend les propos de Vladimir Volkoff, la méthode utilisée est simple. Elle s'exerce sur les foules. Elle ne se met jamais en place à contre-courant, c'est-à-dire que la cible doit être quelque peu complice du mensonge qu'on veut lui faire subir. Il faut donc adapter le discours selon le public ciblé. Elle exige du temps, parfois même des années, et elle agit à travers un ou –de préférence– plusieurs intermédiaires.

« On peut fort bien crier une chose et faire le contraire », dit M. de Lassus. « Pour peu qu'on crie assez fort, c'est le cri qui est remarqué si on a convenablement préparé l'opinion et l'acte passe inaperçu. La préparation une fois faite, on a même plus besoin d'orienter l'information : il suffit de la laisser raisonner. »

Il donne en exemple la guerre d'Algérie. Le 1ᵉʳ novembre 1954, au moment du début de l'action, les troupes algériennes comprenaient moins de 800 combattants avec seulement 400 armes et les conditions socio-économiques, politiques, historiques n'étaient pas du tout celles d'une situation révolutionnaire.

L'objet de la désinformation consistait donc à frapper les imaginations des habitants d'Algérie et de France en faisant croire à l'existence d'une puissante insurrection. Le moyen adopté fut qu'un petit nombre d'actes terroristes choisis en fonction de leur caractère spectaculaire soit choisi. Le tour est joué… et la guerre dure encore.

Plus près de nous, au Canada, il suffit d'observer dans les médias les propos échangés entre Québec et Ottawa su sujet de l'indépendance politique du Québec pour comprendre que les politiciens sont devenus les spécialistes de la désinformation.

Arnaud de Lassus explique que les médias sont les seuls capables de fabriquer une opinion publique sans qu'il y ait une foule rassemblée. Ils agissent sur chaque individu en particulier et isolément, tout en créant un phénomène collectif.

Information tendancieuse
La technique de désinformation utilise aussi l'information tendancieuse. Elle est soigneusement choisie et adroitement présentée.

Les douze principes généraux de cette méthode sont : la contrevérité non vérifiable, le mélange vrai-faux (un seul fait vérifiable peut en laisser passer d'autres qui ne le sont pas), la désinformation du vrai (la fausse objectivité), la modification du contexte, l'estompement (parler d'un événement ou d'un détail important comme d'un fait banal), les vérités sélectionnées, le commentaire appuyé, l'illustration (une photographie qui dit le contraire de l'article), la généralisation, l'omission pure et simple, le sondage tendancieux et la présentation trompeuse des statistiques et la désinformation par les titres.

Ne pas rester passif
Arnaud de Lassus demande à chaque personne qu'il rencontre d'être vigilante. Pour lui, il faut soutenir les organes d'informations sérieux, si possible les sources, et écrire aux médias pour replacer chaque situation de désinformation. Il invite à former son jugement critique en allant plus en profondeur que l'information diffusée par des lectures supplémentaires ou en consultant diverses sources sur le même sujet et en se donnant une bonne culture générale, surtout en histoire.

Il faut être vigilant afin de ne pas être manipulé par la désinformation.

Benoît Voyer



(Revue Sainte Anne, mai 2000, page 204)