Par Benoit Voyer
4 avril 2026
Pour un esprit cartésien, il n’est pas facile de croire en la résurrection ? Un jour [1], j’ai questionné Mgr Francois Lapierre a ce sujet. Il m’a répondu : « Le récit de la rencontre du Christ avec les disciples d'Emmaüs vous donne la recette. Il faut commencer par se mettre en route. En marchant, Jésus se présente et engage un dialogue à l'aide des Écritures. La Parole de Dieu a le pouvoir d'animer ou de réanimer un élan en soi. Parfois, il faut juste une parole. Les étapes de leur cheminement nous montrent que la première chose qui ressuscite, c'est le cœur. Il s'ouvre à de nouvelles capacités. Une nouvelle espérance s'installe. L'amour qui renaît nous amène à nous engager davantage au service des autres et à pardonner. » Je vous en reparlerai demain.
Au sujet du doute face à la résurrection de Jésus, le récit des disciples d’Emmaüs (Lc 24,13-35) nous donne quelques pistes à méditer. Le 28 juillet 2022, de passage au Sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré [2], le Pape François racontait:
« Le voyage des disciples d’Emmaüs, à la fin de l’Évangile de saint Luc, est une image de notre route personnelle et de celle de l’Église. Sur le chemin de la vie, et de la vie de foi, tandis que nous poursuivons les rêves, les projets, les attentes et les espérances qui habitent notre cœur, nous nous heurtons aussi à nos fragilités et faiblesses, nous expérimentons défaites et désillusions, et parfois nous restons prisonniers d’un sentiment d’échec qui nous paralyse. L’Évangile nous annonce que, précisément à ce moment-là, nous ne sommes pas seuls : le Seigneur vient à notre rencontre, se joint à nous, marche sur la même route que nous avec la discrétion d’un voyageur aimable qui veut rouvrir nos yeux et rembraser notre cœur. Et quand l’échec laisse place à la rencontre avec le Seigneur, la vie renaît à l’espérance et nous pouvons nous réconcilier : avec nous-mêmes, avec nos frères et avec Dieu.
Suivons donc l’itinéraire de ce chemin que nous pourrions appeler : de l’échec à l’espérance.
Avant tout, il y a le sentiment de l’échec, qui habite le cœur de ces deux disciples après la mort de Jésus. Ils avaient poursuivi un rêve avec enthousiasme. En Jésus, ils avaient mis toutes leurs espérances et tous leurs désirs. Maintenant, après la mort scandaleuse sur la croix, ils tournent le dos à Jérusalem pour rentrer chez eux, à la vie d’avant. Leur voyage est un voyage de retour, comme pour vouloir oublier cette expérience qui a rempli d’amertume leurs cœurs, ce Messie mis à mort comme un malfaiteur sur la croix. Ils rentrent chez eux abattus, « tout tristes » (Lc 24, 17) : les attentes qu’ils avaient cultivées sont tombées dans le néant, les espérances en lesquelles ils avaient cru ont été brisées, les rêves qu’ils auraient voulu réaliser laissent place à la déception et à l’amertume.
C’est une expérience qui concerne aussi notre vie et notre cheminement spirituel, en toutes ces occasions où nous sommes contraints de redimensionner nos attentes et de faire face aux ambiguïtés de la réalité, aux ténèbres de la vie, à nos faiblesses. […]
Et c’est ce qui est arrivé à Adam et Ève, comme nous l’avons entendu dans la première Lecture : leur péché non seulement les a éloignés de Dieu, mais les a éloignés l’un de l’autre : ils ne peuvent que s’accuser mutuellement. Et nous le voyons aussi chez les disciples d’Emmaüs, dont le malaise d’avoir vu s’écrouler le projet de Jésus ne laisse place qu’à une discussion stérile. Et cela peut également se produire dans la vie de l’Église, la communauté des disciples du Seigneur que les deux d’Emmaüs représentent. Bien qu’étant la communauté du Ressuscité, elle peut se trouver perdue et déçue devant le scandale du mal et la violence du Calvaire. Elle ne peut alors rien faire d’autre que serrer dans ses mains le sentiment de l’échec et se demander : qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi cela est arrivé ? Comment cela a-t-il pu arriver ? […]
Ici, cependant, nous devons être attentifs à la tentation de la fuite, présente chez les deux disciples de l’Évangile : fuir, rebrousser chemin, s’échapper du lieu où les faits se sont produits, tenter de les enlever, chercher un “endroit tranquille” comme Emmaüs pour les oublier. Il n’y a rien de pire, face aux échecs de la vie, que de fuir pour ne pas les affronter. […]
Sur le chemin d’Emmaüs, il se joint avec discrétion pour accompagner et partager les pas résignés de ces disciples tristes. Et que fait-il? Il n’offre pas des paroles d’encouragement génériques, des expressions de circonstance ou des consolations faciles mais, en dévoilant dans les saintes Écritures le mystère de sa mort et de sa résurrection, il éclaire leur histoire et les événements qu’ils ont vécus. Ainsi, il ouvre leurs yeux à un nouveau regard sur les choses. […]
Seigneur Jésus, notre chemin, notre force et notre consolation, nous nous adressons à Toi comme les disciples d’Emmaüs : « Reste avec nous, car le soir approche » (Lc 24, 29). Reste avec nous, Seigneur, quand l’espérance se couche et que la nuit de la déception décline. Reste avec nous parce qu’avec Toi, Jésus, le cours des évènements change et l’émerveillement de la joie renaît de l’impasse du découragement. Reste avec nous, Seigneur, car avec Toi la nuit de la douleur se change en un matin radieux de la vie. Nous disons simplement : reste avec nous, Seigneur, parce que si Tu marches à nos côtés, l’échec s’ouvre à l’espérance d’une vie nouvelle.»
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[1] Cf. Benoit Voyer. « François, l’évêque ressuscité », Revue Sainte Anne, avril 2003, page 153. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/03/le-present-du-passe-francois-leveque.html
[2] www.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2022/documents/20220728-omelia-beaupre-canada.html
[1] Cf. Benoit Voyer. « François, l’évêque ressuscité », Revue Sainte Anne, avril 2003, page 153. https://benoitvoyerenliberte.blogspot.com/2026/03/le-present-du-passe-francois-leveque.html
[2] www.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2022/documents/20220728-omelia-beaupre-canada.html
