VISION CATHOLIQUE: A son image

A son image

Par Benoit Voyer

3 avril 2026

Le livre de la Genèse affirme que Dieu a créé l’humain à son image, selon sa ressemblance (Gn 1, 26-27). Au fil de ma recherche à ce sujet, je suis tombé sur trois passage intéressants.

Benoit XVI
Dans le dernier texte que le défunt pape émérite Benoit XVI a laissé, il aborde la question de l’humain créé « a son image ». Il écrit : « On nie aujourd’hui que l’homme, en tant qu’être libre, soit lié d’une quelconque manière à une nature qui détermine l’espace de sa liberté. L’homme n’a plus de nature, il se « fait ». Il n’y a plus de nature humaine : c’est lui qui décide de ce qu’il est, homme ou femme. C’est l’homme qui produit l’homme et décide ainsi du destin d’un être qui ne sort plus des mains d’un Dieu créateur, mais du laboratoire des inventions humaines. L’abolition du Créateur comme l’abolition de l’homme est ainsi devenue la véritable menace pour la foi. C’est le grand défi auquel la théologie est confrontée aujourd’hui. Et elle ne pourra le relever que si l’exemple de la vie chrétienne est plus fort que la puissance des négations qui nous entourent et nous promettent une fausse liberté. La conscience de l’impossibilité de résoudre un problème de cette ampleur au seul niveau théorique ne nous dispense cependant pas d’essayer de proposer une solution au niveau de la pensée. Nature et liberté semblent, à première vue, irréconciliablement opposées : néanmoins, la nature de l’homme est pensée, c’est-à-dire qu’elle est création, et en tant que telle, elle n’est pas simplement une réalité dépourvue d’esprit, mais elle porte en elle le « Logos ». Les Pères de l’Église – et en particulier Athanase d’Alexandrie – ont conçu la création comme la coexistence de la « sapientia » incréée et de la « sapientia » créée. Nous touchons ici au mystère de Jésus-Christ, qui unit en lui la sagesse créée et la sagesse incréée et qui, en tant que sagesse incarnée, nous appelle à être ensemble avec Lui. Ainsi, la nature – qui est donnée à l’homme – n’est plus distincte de l’histoire de la liberté de l’homme et porte en elle deux moments fondamentaux. D’une part, on nous dit que l’être humain, l’homme Adam, a mal commencé son histoire dès le début, de sorte que le fait d’être humain, l’humanité de chacun, comporte un défaut originel. Le « péché originel » signifie que chaque action individuelle est préalablement inscrite sur une mauvaise voie. Toutefois, à cela s’ajoute la figure de Jésus-Christ, le nouvel Adam, qui a payé à l’avance la rédemption pour nous tous, offrant ainsi un nouveau départ à l’histoire. Cela signifie que la « nature » de l’homme est en quelque sorte malade, qu’elle a besoin d’être corrigée (« spoliata et vulnerata »). Cela l’oppose à l’esprit, avec la liberté, telle que nous l’expérimentons continuellement. Mais d’une manière générale, elle est aussi déjà rachetée. Et ce, est un double sens : parce qu’en général, suffisamment de choses ont déjà été faites pour tous les péchés et parce qu’en même temps, cette correction peut toujours être accordée à chaque individu dans le sacrement du pardon. D’une part, l’histoire de l’homme est l’histoire de fautes toujours nouvelles ; d’autre part, la guérison est toujours possible. L’homme est un être qui a besoin de guérison, de pardon. Le fait que ce pardon existe comme une réalité et pas seulement comme un beau rêve est au cœur de l’image chrétienne de l’homme. C’est ici que la doctrine des sacrements trouve sa juste place. La nécessité du Baptême et de la Pénitence, de l’Eucharistie et du Sacerdoce, ainsi que le sacrement du Mariage. » [1]

Bruno-Jean Rutival
Dans le livre « Val Notre-Dame – L’abbaye dans le bois » paru chez Mediaspaul en 2017, Bruno-Jean Rutival écrit que « Dans la Bible, il est émouvant de noter que, dès la première page, il est clairement dit que « Dieu créa l’homme (et la femme) a son image ». Le mot hébreu utilisé est alors « Tselem » qui vient de « Tsel » qui veut dire « ombre »; Dieu créa l’homme (et la femme) comme son ombre… lui la lumière! Les contrastes s’opposent entre ces deux vocables, entre ombre et lumiere, entre clarté et ténèbres. »

Jean-Paul Regimbal
Dans une conférence qu’il donnait le 8 juin 1981 [2] à la maison des Trinitaires, à Granby, le père Jean-Paul Regimbal disait : « Nous sommes les icônes de la Trinité, car le texte grec en nous parlant d’image et de ressemblance emploi le terme « icône ». Ce n’est pas peu dire! C’est-à-dire que chaque baptisé est un chef-d’œuvre de la Très Sainte Trinité. Chaque baptisé est un original issu de la pensée créatrice de Dieu, conforme à cette pensée amoureuse et, ensuite, actualisée d’une façon visible pour manifester l’invisible même. […]

Dieu dans sa richesse et sa diversité a voulu que chaque personne soit unique. Et dans cette (hésitation) unicité qui est diversité, manifestant ainsi la richesse multiforme de son être. C'est parce qu'il y a diversité qu'il y a harmonie et beauté et chef-d’œuvre. Je ne le répéterai jamais assez, chaque personne est un chef-d’œuvre conçu et créé par la Trinité elle-même.

Chaque personne avec son tempérament, son caractère, sa personnalité, ses caractéristiques, voire même ses défauts, contribue à faire un tableau encore plus sublime de la création tout entière. Si ce tableau était tout noir ou tout blanc on n’y verrait rien de la beauté des coloris. Mais parce qu'il y a des contrastes entre l'or, le bleu, le rouge, le vert, le sable et parce qu'il y a une diversité de couleurs, il y a chef-d’œuvre. Et quand on regarde les grands chefs-d’œuvre de Rambran... Et quand on regarde les grands chefs-d’œuvre de la Renaissance... Qu'est-ce que l'on constate? Ce sont précisément les zones sombres qui mettent en lumière les zones les plus significatives, la lumière prenait plus de relief. Et ce qui était mis en lumière prenait plus de sens et éclatait davantage à nos yeux. Le Seigneur se sert même de la diversité de nos défauts pour nous enrichir dans la plénitude de notre être humain. »

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[1] Pape Benoit XVI. https://fr.zenit.org/2024/10/25/limage-chretienne-de-lhomme-texte-inedit-dont-benoit-xvi/
[2] Jean-Paul Regimbal. Conférence donnée le 8 juin 1981 a la maison des Trinitaires, à Granby, a l’occasion de la retraite de la fête de la Trinité. Librairie Pneumathèque no 6057.