VISION CATHOLIQUE: Christian Beaulieu, un prêtre catho marginal
Par Benoit Voyer
21 mai 2026
Fils de Charles Beaulieu et Marie-Reine Morin, Christian Beaulieu naît le 22 mai 1941, à Saint-Hubert, près de Rivière-du-Loup, comme ses parents et ses grands-parents. Il est le cinquième enfant d’une famille qui en comptera treize.
Durant sa septième année, sa famille s’installe sur l'île d’Orléans, à quelques minutes de Québec. C’est là qu’il passe le reste de sa jeunesse.
En 1999, il me confiait [1] : « J’ai été enraciné dans les choses de la nature, de l’accueil, de la fête, de la célébration qui étaient communiquées naturellement au sein de ma famille. C’était un milieu avec une foi proche de la vie et où l’esprit de famille était très fort ».
À l’école, il n’a rien d’un élève brillant. Il connait bien des difficultés. D’ailleurs, tout au long de sa jeunesse, le « p’tit Beaulieu » n’aime pas beaucoup le milieu scolaire.
Un jour, lorsqu’il prend conscience à travers sa foi chrétienne que Dieu a besoin de lui, tout change : « J’ai découvert que la foi ce n’est pas simplement croire en Dieu, mais c’est aussi croire qu’il croit en nous ! Cela m’a vraiment touché! Ma rencontre avec Jésus-Christ a eu un très grand impact dans ma vie. J’ai comme été obligé de sortir de ma timidité, de ce complexe d’infériorité que j’avais. »
C’est vers l’âge de 20 ans qu’il décide de devenir prêtre catholique. Il n’y avait jamais songé sérieusement avant ce temps, parce que l’image du clerc qu’il avait était celle du professeur et du curé en paroisse. Cela ne l’interpellait vraiment pas.
Il envisage devenir criminologue. Pour payer ses études, il enseigne dans la région de Sherbrooke: « Et c’est là que j’ai commencé à travailler avec les jeunes dans les parcs et les prisons. Et ce sont eux qui m'ont interpellé: Pourquoi es-tu heureux? Pourquoi ne pas donner ta vie aux jeunes? Ils m’ont éveillé l’esprit ».
Cependant, c’est surtout grâce à l’intervention du père Henri Roy, fondateur de la Jeunesse ouvrière catholique canadienne (la J.O.C) et de l’Institut séculier Pie X, qu’il décide de faire le grand saut. En lui, il voit qu’il est possible de devenir un prêtre au service de la jeunesse et que le membre du clergé catholique peut prendre des initiatives pour ouvrir de nouveaux champs d’action. Ainsi donc, le père Roy lui communique l’amour de la centième brebis, celle qui est égarée. Être le pasteur de l’enfant prodigue, voilà une mission qui répond à ses aspirations : « Une rencontre avec cet homme nous marquait pour la vie. C’était un homme de Dieu! Il était capable de voir le travail qu’il réalisait à l’intérieur de nous. Il disait souvent: “Tu as rencontré Jésus! Alors, parle de Jésus et rayonne Jésus !” »
Toute sa vie, il se souviendra de cette prière d’Henri Roy: « Seigneur, que ceux qui me voient te voient et te rencontrent pour toujours ». Il redit souvent ces mêmes paroles dans le secret de son cœur. C’est bien plus qu’une prière toute faite! C’est son plan de vie.
Christian Beaulieu est ordonné prêtre le 9 juin 1968, à Québec, dans l’Institut séculier Pie X.
Il ne chôme pas. Pendant près de 20 ans, il sera des dirigeants du mouvement La Rencontre. C’est dans ce regroupement apostolique qu’il découvre ses talents de conférencier. Au fil des ans, il écrira de nombreux livres dont « Ma blessure est tendresse », « Jeunes, amour et sexualité », « Cœur blessé, espère ! » Et « Si on mettait le feu ».
En parallèle, à Montréal, il fondera « Le Pharion » pour venir en aide aux jeunes alcooliques et toxicomanes de 18 à 30 ans et anime des retraites spirituelles, donne des conférences où on le demande et assume la direction de l’Institut séculier Pie X.
En entrevue pour la Revue Sainte Anne, il m’expliquait que « ce qui fait que les gens souffrent tant, c’est souvent parce que leur souffrance n’a pas de sens. Alors, je veux donner un sens à leur vie et à leur souffrance. Je veux passer comme un aigle dans la vie des gens pour leur donner le goût de se faire des ailes, pour leur donner de croire au large, à l’infini, à œuvrer... »
Il sera pendant plusieurs années un « prêtre superstar ». Il remplira les salles partout où il passera : « À une époque, cela me mettait une pression terrible ! Je voulais toujours être à la hauteur de la situation. Et là, je jouais un personnage. Depuis plusieurs années, j’ai accepté que les gens puissent demander, puissent avoir des attentes, mais je ne réponds pas toujours aux attentes. Je suis devant eux comme un enfant, alors j’enlève toutes formes de pression sur moi. »
Pendant ces années, il néglige ses moments de cœur à cœur avec le « bon dieu ». Maintenant, il ne manque plus ces précieux instants d’intimité. « Ma source doit d’abord être prise dans ma relation avec Dieu... et avec moi-même ». Pour lui, Dieu est le seul refuge où se calment ses peurs et ses angoisses. C’est grâce à lui qu’il peut vraiment rayonner Jésus.
Toute sa vie, il sera en contact avec sa vulnérabilité intérieure : « Il n’y a jamais rien d’acquis pour moi à cause de ma timidité. Je suis toujours obligé de me battre pour retrouver confiance. Le p’tit gars qui habite en moi revient vite prendre place avec ses peurs et ses angoisses ».
J’étais très étonné d’entendre cette confidence : « Il y a une force dans ma fragilité. Il y a une puissance dans mon impuissance. Étant donné que je vis avec des gens très souffrants, je suis toujours confronté à affronter mon impuissance. Il faut que je sache me réfugier dans le cœur de Dieu ou je vais retrouver la paix, la sérénité, la confiance et ou je vais m’abandonner. L’abandon n’est vraiment pas naturel pour moi. Je vais facilement parler de lâcher-prise dans les conférences, mais si j’en parle autant que ça c’est parce que c’est chaque jour que je dois aller rechercher personnellement ce lâcher-prise et faire un combat intérieur pour arriver à l’abandon »
La souffrance des autres nous ramène toujours à notre propre vulnérabilité. Christian Beaulieu ne cesse de l’expérimenter. C’est un cadeau que les marginaux lui ont fait, car leur fragilité l’aide à apprivoiser la sienne. Pour tant de gens, « le cheminement spirituel est comme un escalier que l’on monte », mais pour Christian Beaulieu, le cheminement spirituel et humain est un escalier que l’on descend, car pour toucher sensiblement la grandeur du cœur de Dieu, il faut être en contact avec sa petitesse et sa faiblesse. Il faut donc descendre profondément en soi.
Les apparences sont parfois trompeuses: devant un public, il semble fort, solide, sûr de lui et d’un positivisme hors du commun. Pourtant, il lui arrive d’être déçu et de traverser des moments de désarroi : « C'est souvent ce qui me plonge dans la prière à corps perdu. Même si je suis un homme d’action, énergique et dynamique, je suis un homme de prière. Je me donne quelques heures par jour, et j’y tiens! C’est là que ma peine passe, c’est là que mes forces se refont, c’est là que je puise l’énergie pour retrouver la joie de vivre ».
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[1] Benoit Voyer. « Un visage d’enfant aux yeux de Dieu », Revue Sainte Anne, juillet 1999. Article republié dans : Benoit Voyer, Les Témoins de l’essentiel, Éditions Logiques, 2005.
LE PRÉSENT DU PASSÉ : Nouvelles de chez nous
Benoît Voyer
L'Université de Sherbrooke a 50 ans
SHERBROOKE – L'Université de Sherbrooke célèbre cette année son 50ᵉ anniversaire. L'institution compte plus de 5000 employés, dont 2400 professeurs, qui partagent leurs connaissances à 30 000 étudiants. Pour l'occasion, Mgr André Gaumond, archevêque de Sherbrooke, a présidé une célébration d'action de grâces à la cathédrale Saint-Michel, le 15 janvier. Selon la Charte de l'université, le chancelier de l'institution est la personne qui exerce la fonction d'archevêque catholique romain de Sherbrooke.
Bénédiction des militaires
QUÉBEC – Le 9 janvier, Mgr Donald Thériault a béni 800 militaires de Valcartier en attente d'un départ pour une mission de paix en Afghanistan ou en Bosnie-Herzégovine, à l'occasion d'une célébration œcuménique à la basilique de Québec. Il les a encouragés et leur a rappelé qu'ils partent en mission pour aider à la reconstruction de pays dévastés.
Un joyau menacé de disparition
QUÉBEC – À moins d'y investir plusieurs centaines de milliers de dollars d'ici 10 ans, l'orgue centenaire de l'église Saint-Jean-Baptiste de Québec est voué au silence. L'instrument se détériore. D'une semaine à l'autre, il refuse d'émettre certaines notes. Celles-ci s'éteignent et ne réapparaissent plus. En ce moment, la fabrique multiplie ses efforts afin de trouver les fonds nécessaires pour sa restauration. En 1979, l'orgue de Saint-Jean-Baptiste a été le premier instrument à être classé bien culturel par le ministère des Affaires culturelles du Québec.
L'Accueil Bonneau agrandit
MONTRÉAL – L'Accueil Bonneau inaugurera une nouvelle maison abritant 47 unités de logements, en 2004. Ce projet de 5 millions de dollars verra le jour grâce au programme Accès-Logis, en partenariat avec les trois paliers gouvernementaux.
Nouveau document pour la formation à la vie chrétienne
MONTRÉAL – Médiaspaul vient de publier le document « Jésus-Christ, chemin d'humanisation. Orientations pour la formation à la vie chrétienne » de l'Assemblée des évêques du Québec (AÉQ). L'an dernier, ce document a été présenté aux diocèses du Québec sous forme d'un document provisoire.
Mond'ami honoré
MONTRÉAL – Mond'ami a été honoré de la médaille de la paix « YMCA Montréal » lors de la 16ᵉ présentation annuelle. Il s'agit d'une reconnaissance remise à des Montréalais qui ont démontré, par leur engagement, qu'ils sont des artisans de paix. L'organisme a été reconnu tant pour les moyens pédagogiques qu'il propose que pour les activités réalisées par les élèves du primaire en faveur de la paix.
Nouveau père abbé
ROUGEMONT – Le père Raphaël a été élu au poste de « père abbé » de l'abbaye cistercienne de Rougemont, dans le diocèse de Saint-Hyacinthe.
Une église, deux vocations
VENISE-EN-QUÉBEC – La municipalité de Venise-en-Québec a débuté des négociations avec les autorités religieuses dans le but de devenir propriétaire de l'église des Saint-Martyrs-Canadiens. Selon le projet, l'église servirait de lieu de culte et de centre communautaire et culturel.
Québec donne 100 000$ pour une église
QUÉBEC – Le gouvernement du Québec a accordé une subvention de 100 000$ pour rénover l'église Saint-Charles-Borromé, à Charlesbourg. L'argent servira à la mise aux normes du système de chauffage.
Une pièce théâtrale sur le Frère André
VICTORIAVILLE – Hélène Desperrier, du théâtre Parminou, a été choisie pour écrire et monter une pièce théâtrale sur la vie du bienheureux Alfred Bessette, alias le Frère André. Michel Cormier assurera la mise en scène. Elle sera présentée en octobre pour souligner le centenaire de l'Oratoire Saint-Joseph. Elle sera d'abord présentée au Collège Notre-Dame.
Un presbytère devient une maison des jeunes
ROXTON POND – Le presbytère catholique de Roxton Pond héberge, maintenant, la maison des jeunes Le Cabanon. Le centre a été créé dans le but de diminuer la délinquance dans la municipalité.
Opposition à la visite du Dalaï-lama au Canada
TORONTO – L'ambassade de la Chine au Canada a manifesté son opposition à la visite du Dalaï-lama à Toronto, Vancouver et Ottawa, en avril, afin de parler du Tibet. Alors qu'il affirme vouloir parler de la paix sur la planète, l'ambassade chinoise dit qu'il cherche à diviser le peuple chinois sur la question du Tibet. Le Dalaï-Lama devrait profiter de sa visite au Canada pour demander au premier ministre Paul Martin d'agir comme médiateur entre Pékin et le gouvernement tibétain en exil que préside le Dalaï-Lama.
Soutien financier pour s'occuper d'un proche malade
OTTAWA – Depuis le début de l'année, l'assurance-emploi canadienne offre la possibilité aux travailleurs de prendre congé de leur emploi pendant 6 semaines pour s'occuper d'un proche gravement malade ou en soins palliatifs. Cette prestation offre un soutien de revenu temporaire aux travailleurs admissibles qui ont présenté le certificat médical nécessaire.
De Terre-Neuve en Terre sainte
SAINT-JEAN, TERRE-NEUVE – Pour la troisième année consécutive, du 12 au 15 janvier, une délégation canadienne, sous la présidence de Mgr Brendan O'Brien, archevêque de Saint-Jean (Terre-Neuve) et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), est allée en sol juif afin de participer à une rencontre pour discuter de l'avenir de la Terre sainte et des nombreux problèmes auxquels sont confrontés les chrétiens de cette partie du monde. Elle a ainsi répondu à l'invitation à l'Assemblée des Ordinaires de la Terre Sainte.
Création du fonds Roland Leclerc
TROIS-RIVIÈRES – Suite au décès de l'abbé Roland Leclerc, l'évêque trifluvien, Mgr Martin Veillette, a lancé le Fonds Roland Leclerc. Il servira à faire connaître la Parole de Dieu dans les médias, afin de respecter les dernières volontés du défunt religieux et pour perpétuer son action. Pour Mgr Veillette, il est important que le nom de Roland Leclerc survive après 30 ans de carrière dans le monde des médias.
L'animateur de l'émission est mort noyé, à la mi-novembre, dans les eaux du Lac-en-Croix, près de Shawinigan. Il souffrait d'une tumeur au cerveau. Sa mort tragique a suscité beaucoup de réactions et de sympathie partout au Québec.
Suite à ses funérailles, on a distribué près de 100 000 exemplaires de son image post-mortem. Les demandes provenaient de partout au Canada.
Les cisterciens se préoccupent du vieillissement
OKA – Les moines cisterciens canadiens sont préoccupés par le vieillissement de leurs membres. Leur inquiétude est légitime, car sur le plan international, le Canada est le 3ᵉ pays où les cisterciens sont les plus âgés. En 1997, la moyenne d'âge était de 66,89 ans chez les moines et de 72,48 ans chez les moniales d'ici.
Dans une lettre envoyée aux supérieurs des abbayes du Canada, Dom Bernardo, supérieur général de l'Ordre, invite les religieux à ne pas paniquer devant la réalité de l'âge qui avance. « Il s'agit manifestement d'une réalité qui, tôt ou tard, nous affecte tous ; le temps passe pour tout être humain et tout être humain passe avec le temps », écrit-il.
Il explique que le grand nombre d'aînés entraîne de nombreuses conséquences sociales en Occident. Il cite, notamment, la perte du statut social et que la vieillesse n'est plus une valeur sociale. « Tant de personnes âgées se sentent humiliées et déprimées par les slogans d'une certaine culture », lance le religieux. « Malgré tout, je trouve important que nous envisagions la vieillesse avec une attitude juste ».
(Revue Sainte-Anne, avril 2004, pp. 157 et 158)
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