Un pont au-dessus de la rivière Saguenay ?
Par Benoit Voyer
22 mai 2026
J’ai toujours été en faveur de la construction d’un pont sur la route 138 au-dessus de la rivière Saguenay entre Baie Sainte-Catherine et Tadoussac. Cependant, à la suite de la lecture du « Mémoire : Analyse des risques critiques du projet de pont sur la rivière Saguenay – Entre urgence hydrique et aberration financière » de Nathalie Maynard, une thèse bien documentée qui compte une vingtaine de pages, ma certitude est partie.
L’auteure est principalement contre le projet d’un pont dans la région et souhaite la poursuite des activités des traversiers pour des raisons environnementales. De mon côté, ce sont les coûts qui m’ont étonné.
Selon le ministère des Transports du Québec, le projet du pont est estimé à plus de 4,2 G$. Le chiffre est conservateur. Les dépassements risquent de faire grimper le coût réel à 6 ou 7 G$ (peut-être plus!) et ne comptent pas les problématiques qu’il faudra résoudre par la suite – parce qu’il y en aura –, les intérêts sur la dette et l’entretien annuel de l’infrastructure.
À un taux d’intérêts très conservateur de 4 % sur les intérêts annuels, on parle d’une facture de 260 M$. Ce sont les chiffres de 2025.
L’auteure du mémoire écrit qu'« en additionnant les intérêts de la dette et les frais de maintenance préventive (estimés à 50 M$), la facture récurrente pour les contribuables s’élèverait à 310 M$. » Ce montant est cinq fois le coût annuel de la traverse actuelle.
Ces chiffres évolueront très probablement vers le haut avec la fluctuation des taux d’intérêts et l’inflation. La construction d’un tel pont me semble pour l’instant une folie budgétaire. L’argent qu’on mettra dans ce nouvel ouvrage, en enlèvera pour les urgents besoins de mise à niveau des infrastructures partout au Québec.
Autres trucs…
La construction d’un pont au-dessus du Saguenay et de la modernisation du réseau routier que ce projet amènera inévitablement (on parle de 13 kilomètres de tunnels et d’échangeurs routiers) nécessitera des milliers de tonnes de béton et d’acier. La nature fragile de l’écosystème du Fjord est donc menacé.
Enfin, les risques environnementaux évoqués par Nathalie Maynard sont justes et à considérer. En exemple, « le forage prévu […] change radicalement la nature du risque. Contrairement au dynamitage de surface, l’excavation en profondeur intercepte directement les nappes phréatiques. En agissant comme un drain géant, ces tunnels risquent de détourner les veines d’eau » et d'en assécher d’autres. L’approvisionnement en eau des habitants de la région qui est menacé. Si cela arrivait, ce sont d’autres milliards de dollars qu’il faudrait encore injecter pour permettre aux gens du coin d’avoir accès à de l’eau potable.
Je pense qu’il faut arrêter le projet de la construction de ce pont et tout simplement mettre au goût du jour les infrastructures maritimes déjà en place.
